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dimanche 18 mai 2014

Influence de l’OMPI sur la politique de l’Union Européenne – Eldar Mamedov

Signe de la renaissance des liens entre l’Union Européenne (UE) et l’Iran, Edgars Rinkevics, ministre letton des affaires étrangères, s’est rendu à Téhéran le 24 avril. Cette visite est importante car la Lettonie occupera la présidence tournante de l’UE pendant le premier semestre 2014. On a discuté de la coopération régionale entre l’UE et l’Iran, l’Asie centrale et l’Afghanistan lors de la visite indiquant le désir de l’UE de regarder au-delà du programme nucléaire iranien. Cette visite marque une nouvelle étape dans la reconnexion entre l’occident et l’Iran après le voyage en Iran de ministres des affaires étrangères et de délégations parlementaires de plusieurs pays de l’UE dont l’Autriche, la Suède, l’Italie et le Royaume-Uni.

Mais ces avancées ne font pas plaisir à tout le monde. Le Conseil National de la Résistance d’Iran (CNRI), vitrine d’une organisation iranienne dissidente exilée, l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI), classée comme terroriste par l’UE jusqu’en 2009 et par les Etats-Unis jusqu’en 2012, a dénoncé le voyage effectué le mois dernier à Téhéran par le ministre des affaires étrangères Sebastian Kurz. Cette dénonciation a eu lieu deux semaines après que les soi-disant Amis de l’Iran Libre (AIL), réseau informel de députés européens alliés du CNRI, aient organisé une conférence appelant à un changement de régime en Iran et faisant du CNRI-OMPI une alternative démocratique.

C’est le message dont le CNRI et ses associés comme AIL font la promotion depuis des années dans les pays européens où l’OMPI a eu beaucoup plus de temps pour faire du lobbying qu’aux Etats-Unis. La notion d’hostilité irréconciliable entre l’occident et l’Iran était relativement facile à promouvoir sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013) mais l’élection du modéré Hassan Rouhani et les progrès significatifs dans les négociations sur le programme nucléaire avec Téhéran mettent toute l’histoire en questions. Donc l’OMPI, qui déteste la notion de rapprochement entre l’Iran et l’Occident, a changé de tactique et a choisi les droits humains pour affronter le régime iranien.

La nouvelle stratégie de l’OMPI est de se servir de l’inacceptable augmentation des exécutions et des incidents comme l’attaque brutale contre les détenus de l’infâme prison Evine de Téhéran comme preuves que les promesses de campagne de Rouhani, réforme et modération, ne sont que du bluff et que la seule façon de changer l’Iran est un changement de régime. Mais les députés européens répétant le mantra de l’OMPI « Rouhani le bourreau »oublient de reconnaître que les peines de mort sont de la compétence de la justice iranienne et pas de son président. Ils rejettent aussi le fait qu’en Iran la politique est importante. La justice est dominée par les durs qui utilisent les exécutions pour saboter l’agenda de libéralisation de Rouhani. Rouhani a prudemment refoulé les plans des conservateurs en matière de politique intérieure, ce qui confirme ses aptitudes de réformateur, mais, en raison des contraintes au-milieu desquelles il est forcé d’agir, l’ordre des étapes est fondamental : il doit d’abord résoudre le problème nucléaire et obtenir le retrait des sanctions, ce qui lui donnera plus d’espace politique pour s’attaquer aux problèmes sociaux et des droits humains.

La bonne nouvelle c’est que les efforts de lobbying de l’OMPI pour contrer la diplomatie iranienne ont peu de chances d’aboutir. Malgré les sommes faramineuses dépensées par l’OMPI pour se faire approuver des élites politiques, l’importance du groupe dans l’UE se limite à une partie du parlement européen. Les décisionnaires en matière d’affaires étrangères de l’UE, le Conseil de l’UE et le Service d’Action Extérieur, ne considèrent pas l’OMPI comme une alternative sérieuse au gouvernement actuel de Téhéran puisqu’elle ne jouit virtuellement d’aucun support dans la population iranienne. La ligne dominante de l’UE favorise clairement la diplomatie avec l’Iran, ce qui, nous l’espérons, conduira à un accord sur le programme nucléaire controversé de Téhéran. Plus les chances de succès augmentent pour la diplomatie, plus l’OMPI perdra de son importance.

Il ne faudrait cependant pas complètement négliger la capacité de l’OMPI à pourrir le climat des relations Europe-Iran. Les institutions comme le Parlement Européen sont par nature ouverts au lobbying de différents groupes et l’OMPI s’est montrée très capable de recruter des supporters. Dans la droite conservatrice, l’OMPI est vue comme défenseur loyal des valeurs d’Israël et de l’occident contre les soi-disant « mollahs fous » iraniens ; dans la gauche progressiste, l’OMPI est vue comme une victime de l’invasion américaine de l’Irak qui a besoin de protection (l’OMPI a créé sa base, Camp Ashraf, en Irak suite à son exil d’Iran).

Le lobbying coûteux de l’OMPI et ses efforts de défense ont aussi fait croire que le groupe défendrait les droits humains et surtout les droits de femmes face au « régime médiéval et barbare des mollahs ». La présence importante des femmes, dont la dirigeante Maryam Radjavi, sert aussi de preuve de son engagement pour l’égalité des sexes et la laïcité. Peu importe que les membres du camp Ashraf, sauf bien sûr Madame Radjavi, soient invariablement habillées en uniforme quasiment militaires et coiffées de foulards, et peu importe les violations prouvées des droits humains de ses membres par l’OMPI.

Au niveau opérationnel, l’OMPI est extrêmement obstinée et agressive. Les lobbyistes de l’OMPI sont constamment présents dans les cafeterias des bâtiments du parlement européen de Bruxelles et de Strasbourg ou devant la salle des réunions plénières de Strasbourg. Il y a des endroits stratégiques pour bombarder les députés européens et leurs assistants de demandes de soutien pour l’OMPI. Mais quelquefois, ils en font trop. Une députée m’a raconté qu’elle avait été obligée de hurler contre un militant de l’OMPI jusqu’à ce qu’il descende de l’ascenseur qu’elle utilisait pour se rendre à son bureau. Même les bureaux des députés sont leur cible : les lobbyistes de l’OMPI n’ont aucun scrupule à y entrer sans y être invités et à distribuer des tracts contre la prétendue « tyrannie islamo-fasciste » de Téhéran.

Il y a une autre menace contre l’OMPI au parlement européen. En mai 2011, plusieurs députés européens venant de tous les horizons politiques, ont envoyé une lettre ouverte à leurs collègues pour les mettre en garde contre la légitimation de l’OMPI et de son programme destructeur, dont certains poids lourds comme le puissant président allemand du comité des affaires étrangères, le chrétien-démocrate Elmar Brok, le dirigeant des sociaux-démocrates, le politicien autrichien Hannes Swoboda, la présidente du partie des libéraux-démocrates européens Annemie Neyts et beaucoup d’autres. La dernière résolution du parlement européen sur l’Iran ne fait pas mention de l’OMPI ou de ses demandes. Et la délégation pour les relations avec l’Iran, qui donne la parole à divers groupes d’opposition, n’a pas offert de plateforme à l’OMPI.

Il faut néanmoins faire plus pour contrer la propagande de l’OMPI qui peut entraver les efforts diplomatiques en direction de l’Iran qui peuvent, sans doute, permettre au gouvernement de réformer de l’intérieur. Les individus et les organisations de la diaspora iranienne, dont la plus grande majorité n’est pas favorable à l’OMPI, pourraient penser qu’affronter l’OMPI lui donnerait une importance injustifiée, mais la réalité est que, l’OMPI étant le seul groupe d’opposition organisé et constamment présent, elle réussit à se faire entendre. La seule façon d’empêcher les députés européens qui désirent sincèrement un changement démocratique en Iran mais manquent d’informations sur la politique iranienne ou l’OMPI de tomber dans le piège de l’OMPI est de leur fournir d’autres sources d’information.

Téhéran doit aussi jouer son rôle. Les chefs de l’OMPI et le gouvernement iranien ne se réconcilieront jamais, le gouvernement islamique a exécuté en masse des membres de l’OMPI suite aux actes terroristes de l’OMPI contre les officiels iraniens qui ont aussi tué des civils et l’OMPI s’est rangée aux côtés du régime de Saddam Hossein durant la brutale guerre Iran-Irak, mais l’organisation ne menace pas le gouvernement iranien actuellement de façon tangible. Se plaindre du groupe auprès de dignitaires étrangers donne de l’Iran une image faible et préoccupée de problèmes secondaires. Par exemple, les liens du parlement européen avec l’OMPI ont été évoqués à chaque réunion de la délégation du parlement européen durant sa visite en Iran en décembre 2013 alors que les membres de cette délégation n’ont jamais soutenu l’OMPI. Dénoncer l’OMPI auprès de ce groupe s’apparente à prêcher des convertis.

Finalement, un accord réussi sur le nucléaire retirera toute importance à l’OMPI et l’UE a un rôle important à jouer dans ce processus. Cet accord devra aussi faire place à des améliorations tangibles à l’intérieur de l’Iran. Jusqu’à présent l’OMPI n’a pas représenté de défi crédible à ce processus mais il ne faut pas lui donner l’occasion de parasiter les soucis légitimes de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien et sur ses politiques des droits humains et civiques.



samedi 17 mai 2014

Pourquoi le Canada fait fausse route sur l’Iran – Saeed Kamali Dehghan – 15 mai 2014

Depuis que le Canada a rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran, Ottawa a durci le ton sur l’Iran, adoptant une approche similaire à celle d’Israël.

Alors que l’occident a saisi l’occasion de s’engager avec le président modéré Hassan Rouhani, le Canada semble prendre la direction opposée, ignorant non seulement les appels au dialogue de la communauté internationale mais aussi celles des dissidents iraniens qu’Ottawa prétend défendre. Au contraire, le Canada s’aligne avec les radicaux, des groupes d’exilés rusés et la droite israélienne, s’éloignant des réalités du terrain.

En 2012, le ministre des affaires étrangères du Canada, John Baird a décrit l’Iran comme « la plus importante menace à la paix et à la sécurité globales dans le monde d’aujourd’hui » quand il a annoncé sa décision unilatérale de fermer l’ambassade de son pays à Téhéran et d’expulser les diplomates iraniens du sol canadien.

En un an, alors que Rouhani se rendait à New-York pour réorganiser les relations de l’Iran avec l’occident, soutenu par un large mouvement populaire en Iran, Baird a averti : «  des mots gentils, un sourire et une offensive de charme ne remplacent pas des actes. »

Plus tard, alors que l’Iran et six puissances mondiales dont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, sont parvenus à un accord historique sur le nucléaire à Genève, tentant ainsi de désamorcer les menaces d’une autre guerre au Moyen-Orient, le Canada a fait preuve d’un grand scepticisme.

La grande excuse du Canada, ce sont les droits humains. Bien sûr, l’effarante situation des droits humains en Iran, dont le nombre élevé d’exécutions et d’arrestations arbitraires de militants politiques reste un grand problème.

Mais la politique d’Ottawa qui tend à isoler Téhéran, alors que Rouhani est en but aux pressions des va-t-en-guerre de l’intérieur et des intégristes, dessert le futur de la paix dans le monde ainsi que le bien-être des Iraniens eux-mêmes. En refusant de s’engager avec l’Iran, le Canada tourne aussi le dos aux appels répétés des personnalités iraniennes de l’opposition à exploiter l’occasion unique qui se présente suite à l’élection de Rouhani.

La manifestation sur les droits humains en Iran au parlement canadien concrétise ce qui ne va pas dans l’approche d’Ottawa. L’un des orateurs clé du programme étudiant les violations des droits humains en Iran était Maryam Radjavi, chef du groupe radical exilé de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran, sur la liste des organisations terroristes jusqu’à récemment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni [NDT : et de l’Union Européenne]. L’OMPI, décrite par de nombreux observateurs comme un groupe proche d’une secte, a été condamnée à de nombreuses reprises par les Nations-Unies pour avoir maltraité ses propres membres.

La venue de l’OMPI dans ce programme aurait causé le retrait du rapporteur spécial de l’ONU pour les droits humains en Iran, Ahmed Shaheed a rapporté Ali Gharib de la Nation. Bien que largement critiqué par les autorités iraniennes, Shaheed a produit des rapports étendus sur les violations des droits en Iran, dont les mauvais traitements infligés aux prisonniers, dont certains sont emprisonnés en Iran à cause de leurs liens avec l’OMPI.

« Si l’on veut améliorer les droits humains en Iran, il ne faut pas inviter le chef de l’OMPI, un groupe accusé de violations graves des droits humains à la tribune » a twitté Golnaz Esfandiari qui tient un blog sur l’Iran. L’OMPI reste très impopulaire en Iran à cause de son soutien à l’ancien chef irakien Saddam Hussein pendant les huit années de guerre entre l’Iran et l’Irak. L’OMPI a combattu contre ses compatriotes à cette époque.

Plus tôt ce mois-ci, Eldar Mamedov a détaillé sur Lobelog comment l’OMPI utilise les droits humains comme un casus belli pour embrouiller les complexités de la politique intérieure de l’Iran vue de l'étranger et enrayer le processus de rapprochement entre l’Iran et l’occident. Il semble que le Canada reproduise l’erreur commise par les Etats-Unis et certains pays européens il y a des décennies : se fier à des groupes radicaux comme l’OMPI ou à quelques monarchistes iraniens pour rester au courant de la complexité de l’Iran d’aujourd’hui.

De plus, le Canada admoneste souvent l’Iran sous le prétexte de défendre les militants des droits humains et des personnalités de l’opposition emprisonnés en Iran. Mais ces mêmes personnes, dont 50 prisonniers politiques de premier plan, ont contacté Barack Obama pour lui demander de mettre fin aux sanctions économiques « paralysantes » qui frappent les Iraniens ordinaires et de s’emparer de « la dernière chance » de dialogue avec Téhéran sous le mandat de Rouhani, le Canada semble se boucher les oreilles.

Il ferait mieux d’écouter des voix plus raisonnables, comme celle de son ancien ambassadeur à Téhéran John Mundy qui a déclaré qu’Ottawa commettait une erreur en rompant ses liens diplomatiques.

Soyons clairs : personne ne nie les violations grossières des droits humains en Iran ou les défis à relever pour atteindre un accord permanent sur le nucléaire avec la république islamique. Mais les droits humains ne pourront s’améliorer que par le dialogue. C’est pourquoi la visite récente en Iran de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, qui y a rencontré plusieurs féministes de premier plan, a eu plus d’effets que les nombreuses déclarations sur les droits humains du Canada.

Les relations du Canada avec l’Iran sont glaciales depuis la révolution islamique de 1979. Elles se sont encore tendues en 2003 quand la photographe Irano-Canadienne Zahra Kazemi est morte d’une fracture du crâne sous la torture en prison en Iran. Mais si Ottawa s’inquiète vraiment du bien-être des Iraniens, dont ceux qui sont persécutés dans le pays, elle devrait réviser sa politique iranienne. Mais pour l’instant, le Canada ne fait que se tromper sur l’Iran.

Source : http://www.theguardian.com/world/iran-blog/2014/may/15/canada-getting-it-wrong-on-iran?CMP=twt_gu

dimanche 30 juin 2013

Journal d’une participante à la foule rétribuée de l’OMPI

L’étudiante Kirghize Alina Alimkoulova raconte comment elle a été recrutée pour se rendre de Prague à Paris pour assister à un rassemblement de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI) mouvement iranien d’opposition en exil.

L’OMPI et sa branche politique basée à Paris, le Conseil National de la Résistance d’Iran, sont souvent sujets à controverse. L’OMPI, qui appelle à un changement de régime en Iran, a récemment été retirée de la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis et l’Union Européenne.

Le conseil national de la résistance d’Iran et sa présidente élue, Maryam Radjavi, sont connus pour organiser des rassemblements de masse qui attirent des Iraniens exilés et des soutiens VIP du monde entier. Mais, comme le prouve le journal d’Alimkoulova, certains des dizaines de milliers de supporters qui ont assisté au rassemblement du 22 juin à Paris, ont été motivés par autre chose que leur désir d’un Iran libre.

20 juin
09h00 : J’étais à Prague ; j’écoutais de la musique en ligne et je lisais les nouvelles sur les médias sociaux quand une publicité m’a attirée. Elle offrait un voyage gratuit pour Paris, une ville que j’ai toujours rêvé de visiter au moins une fois dans ma vie.
Le prix était étonnamment peu élevé : aller-retour en bus, chambre d’hôtel quatre étoiles et petit-déjeuner pour 35 euros.
J’ai écrit à l’organisateur et j’ai découvert qu’il y avait une astuce, mais je m’en moquais. L’organisateur m’a expliqué qu’il me faudrait prendre part à un rassemblement à Paris pendant quelques heures. Il m’a promis que ce rassemblement serait pacifique, sans violence, et que je rentrerai chez moi saine et sauve.

21 juin
21h00 : Je suis arrivée à une station de bus de Prague avec un ami, étudiant comme moi originaire du Kirghizstan. Comme l’organisateur me l’avait promis hier soir, il y avait huit bus qui attendaient de nous emmener à Paris.
La plupart des « manifestants » étaient jeunes ; il s’agissait visiblement d’étudiants comme moi. J’ai rencontré beaucoup de Russes, d’Ukrainiens, de Tchèques ainsi que des étudiants originaires de pays asiatiques, tous recrutés par Internet.
Plus d’une heure plus tard, nous étions toujours au terminal routier. Les gens continuaient d’arriver. Il faisait froid et il pleuvait, quelques-uns ont commencé à boire de l’alcool pour se réchauffer. D’autres ont commencé à scander des slogans : « Liberté pour les perroquets iraniens » et « Les organisateurs doivent apporter de la bière. »
Je me suis rapprochée de jeunes-filles russes pour savoir si elles en savaient plus sur le but de notre voyage. « Défendre les droits des femmes iraniennes » m’a dit l’une « Rencontrer de beaux Français » m’a dit l’autre, « Qui se soucie des Iraniennes ? »

23h12 : Finalement, les organisateurs sont arrivés et nous ont fait monter dans les bus. Le voyage commençait.

22 juin
11h56 : Après un long voyage en bus et une nuit sans sommeil, nous sommes arrivés à Paris. Les organisateurs nous ont dit que nous avions toute la journée pour visiter la ville.
J’ai rencontré un étudiant qui venait d’Allemagne pour participer au même rassemblement. Mais il croyait que nous allions participer à un rassemblement pour soutenir le changement en Irak, pas en Iran.

23 juin
00h52 : L’hôtel était à environ 60 kilomètres de Paris. On nous avait promis une nuit dans un hôtel quatre étoiles, mais je n’accorderai même pas une étoile à cet endroit minable où les organisateurs nous ont emmenés. « Qu’attendiez-vous d’autre pour un voyage tout compris à Paris de 35 euros ? » a dit quelqu’un alors que nous faisions la queue pour les toilettes.

11h42 : J’ai trop dormi et j’ai raté le petit-déjeuner. Ceux qui s’étaient réveillés plus tôt ont dit que le petit-déjeuner se composait de lait et d’un sandwich.
13h16 : Les bus nous emmènent dans un endroit étrange proche de l’aéroport Charles de Gaulle. On nous donne des papiers expliquant où aller et ce que nous devons faire. Les appareils-photos ne sont pas autorisés. En sortant du bus, je me suis résignée à l’idée que la fuite n’était pas possible – l’endroit était gardé.
Des drapeaux jaunes et pourpres pendaient partout. Le nom de « Maryam Radjavi » était écrit sur les drapeaux. Je connaissais au moins le nom de la personne qui se cachait derrière cet évènement de masse.
Voir des files de bus sans fin, venant de pays différents était quelque peu inquiétant. Les gardes de sécurité nous contrôlaient à notre entrée dans le bâtiment. Ils m’ont arrêtée parce que j’ai gardé mon appareil-photo dans mon sac à dos malgré les mises en garde des organisateurs. Bizarrement, les gardes m’ont laissé mon appareil photo quand je leur ai glissé quelques euros. En quelques secondes, j’étais à l’intérieur du bâtiment.
14h23 : Nous étions au moins 10.000 à l’intérieur. On jouait une musique étrange. On donnait à tous les participants des bons pour un sandwich et une boisson gratuits. Nous avons mangé et bu puis rejoint le rassemblement qui se tenait dans un endroit qui ressemblait à un énorme stade.
Il y avait des écouteurs sur chaque siège, apparemment pour pouvoir écouter la traduction simultanée des discours. J’ai soudain vu une femme debout à côté de moi. Elle était couverte de la tête aux pieds et n’arrêtait pas de répéter : «  Allah o Akbar. »
C’en était trop pour moi, il me fallait trouver la sortie.
Près des portes de sortie, là où les organisateurs distribuaient des sandwiches au saumon et des kebabs, j’ai entendu des gens parler Kirghize, ma langue maternelle. C’étaient trois étudiants qui venaient d’Allemagne.
21h28 : J’ai passé le reste de la journée à visiter Paris avant de retourner à notre bus.

24 juin
11h57 : Nous sommes de retour à Prague. J’avais le moral à zéro et même les souvenirs que j’avais achetés à Paris ne me le remontaient pas. Réfléchissant à toute cette expérience, un dicton me vient à l’esprit : « On ne trouve de fromage gratuit que dans une souricière. »

Source : http://www.rferl.org/content/iran-mko-ncri-rally-diary/25029410.html

jeudi 25 août 2011

Interview avec Maryam Rajavi - Nooshabeh Amiri - 22 août 2011


Il y a quelques années, l’un des producteurs de l’émission de CBS 60 Minutes m’a demandé d’organiser une interview de Maryam Rajavi, une dirigeante de l’organisation des Moudjahiddines du Peuple d’Iran (OMPI). Je lui ai dit que je ne pensais pas que cela soit possible, à quoi il m’a répondu : « Si l’interview a lieu sur un média non-iranien, la réponse sera certainement différente. »

Je me suis assurée l’assistance d’un sympathisant de l’OMPI. Quelques jours plus tard, il me donna un email à contacter. Quand je l’ai eu fait, on me donna un numéro de téléphone à contacter, ce qui me mis dans l’embarras par rapport à ce que j’avais d’abord déclaré et qui était basé sur des ouï-dire. Ce qui a suivi m’a donné raison.

Une fois le premier numéro appelé, on m’en donna un autre. Ceci se répéta plusieurs fois dans les mois qui ont suivi, jusqu’à ce que le producteur américain m’appelle pour me dire qu’il n’y avait plus de problème et que je n’avais plus besoin de les relancer.

J’en ai conclu que 60 Minutes avait décidé d’annuler cette quête en raison du temps nécessaire pour organiser l’interview. Il me surprit en m’annonçant qu’un représentant de l’OMPI s’était arrangé avec le principal producteur de l’émission et qu’il y avait une condition pour l’interview, que les questions soient préalablement fournies par écrit.

C’était pathétique et cela continue toujours.

Ces jours-ci, les médias parlent des efforts de l’OMPI pour être retirés de la liste des terroristes publiée par le département d’état américain ; des réactions et des réponses sont également publiées qui parlent de contradiction entre cette possibilité et le soutien au mouvement iranien pour la liberté et les droits. Alors, en tant que journaliste, j’ai encore une fois cru de mon devoir de demander d’interviewer Maryam Rajavi pour obtenir des réponses à des questions fondamentales. En voici quelques unes :

  • Durant les premières années après la révolution de 1979, les jeunes membres de l’OMPI avaient pour instructions de ne pas contacter les membres et sympathisants des autres groupes politiques. Est-ce exact et la politique est-elle la même aujourd’hui ?
  • Si elle est retirée de la liste, l’OMPI a-t-elle l’intention de changer ses structures pour les rendre semblables aux autres organisations politiques, sujettes aux règlementations qui gouvernent ce genre de partis ?
  • L’OMPI se pense-t-elle responsable de répondre aux questions portant sur sa coopération avec Saddam Hossein lors de son attaque contre l’Iran et de son invasion ?
  • Quelle stratégie, quels buts étaient-ils poursuivis lorsqu’on a demandé à des jeunes inexpérimentés de répondre à l’opération Mersad en Iran ?
  • La critique interne est-elle autorisée à l’intérieur de l’OMPI et peut-on en faire état à l’extérieur de l’organisation ?
  • Est-il exact que des membres de l’OMPI aient quitté l’organisation sur ordre du groupe pour prendre la responsabilité d’attaquer les autres opposants de la république islamique ?
  • Dans quelle perspective l’OMPI attaque-t-elle Khatami (depuis 1997) et Moussavi et Karroubi (depuis 2009) alors que, dans le même temps, elle proclame son soutien au Mouvement Vert ?

Et enfin,
  • D’où vient la croyance: « Evitez les Moudjahiddines, ils sont dangereux. » Y a-t-il des suites lorsque l’on critique l’OMPI ? Même lorsque l’on pose des questions ?

En tant que journaliste, j’aimerais obtenir des réponses à ces questions. Mais d’autres tentent de m’en dissuader.
  • N’écris pas, ils sont dangereux. En guise de réponse, toi et ta famille serez insultés. Ils diront que tu es de mèche avec Khamenei, ils te présenteront comme un agent.

Ils me disent :
  • Quand  un jeune blogger a écrit quelques lignes de critique contre Mme Rajavi, il a été tellement attaqué que sa mère, une ancienne membre de l’OMPI à Téhéran, l’a averti de rester éloigné du groupe, ses membres ayant « mauvaise réputation. »

Et ils m’en disent bien plus.

Et pourtant, j’ai envoyé mes questions par écrit à Mme Rajavi pour savoir si nous évoluons tous au cours du temps ou bien….

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2011/august/22/article/interview-with-maryam-rajavi.html