dimanche 9 février 2014

Interview d’Issa Saharkhiz pour Al-Monitor par Behdad Bordbar – Eloge du journalisme citoyen en Iran – 7 février 2014

Téhéran, Iran – Issa Saharkhiz est un journaliste iranien de premier plan et l’un des fondateurs de l’Association pour la Liberté de la Presse en Iran. Au début de la présidence du réformateur Mohammad Khatami, en 1997, il s’occupait des publications nationales au sein du ministère de la culture et de la guidance islamique, une époque pendant laquelle les médias iraniens ont connu une croissance et une liberté sans précédent. Mais en 1999, les conservateurs ont riposté en interdisant beaucoup de journaux. Saharkhiz a fini par démissionner en raison de la répression. Plus tard, il a fondé Akhbar-é Eghtessad (Nouvelles Economiques). Après les élections controversées de 2009, il a été arrêté et incarcéré. Il a été libéré en septembre dernier, à la fin de sa peine. 

Al-Monitor : Aux dernières nouvelles, Mehdi Karroubi a été transféré chez lui en provenance d’un domicile sécurisé du ministère du renseignement ; cela va évidemment améliorer sa situation. Est-ce que cela veut dire que Rouhani a réussi à convaincre les autres parties du gouvernement de lui permettre de réaliser l’une de ses promesses de campagne ? Considérez-vous qu’il s’agisse d’une victoire pour l'exécutif ?

Issa Saharkhiz : Je crois que le cabinet de Rouhani a joué son rôle. Mais dans les cas d’emprisonnement et d’assignation à domicile, il n’a encore rien obtenu en dépit de tous ses efforts. Ce qui est arrivé à Karroubi aurait dû avoir lieu il y a quelques mois. Il n’y avait aucune raison de le retirer de son domicile et ainsi d’occasionner beaucoup de frais à sa famille, et de le garder dans des conditions qui ont fait empirer sa maladie. Je crois que les affections constantes de Karroubi, surtout son ostéoporose causée par le manque de soleil, les opérations chirurgicales qu’il a dû subir sont les principales raisons de son retour à domicile. Ces raisons étaient plus importantes qu’un accord politique entre l’exécutif et le judiciaire ou les organismes sécuritaires.

A-M : Croyez-vous que l’exécutif essaie de tenir les autres promesses de campagne ? Pensez-vous que le ministre de la culture et de la guidance islamique essaie de tenir les promesses faites à la presse ?

IS : L’exécutif travaille dur. Bien sûr, sa priorité ce sont les négociations sur le nucléaire et les relations internationales. L’exécutif se concentre sur ces problèmes dans l’espoir d’endiguer les effets négatifs des sanctions, d’augmenter les revenus pétroliers, ce qui augmentera automatiquement le budget du gouvernement, de réduire le déficit et enfin d’améliorer l’économie et les conditions de vie de la population. S’il arrive à améliorer les relations internationales, la conséquence prévisible sera la réduction des sanctions, ce qui conduira à plus d’opportunités d’investissement qui elles-mêmes conduiront à plus d’emploi et aidera les industries qui pour l’instant tournent au ralenti. La politique étrangère est la priorité de cet exécutif. Les progrès dans les champs culturel et politique viennent au second plan. Il est normal que Rouhani mette tout son poids et son énergie sur ce problème. Mais les ministres, surtout le ministre de la culture et de la guidance islamique, ont aussi tenté d’améliorer la situation. Par exemple, le conseil de supervision de la presse a accordé des licences de parutions à plusieurs publications même si deux journaux, Neshat et Ham-Miham ainsi que d’autres publications politiques liées aux réformateurs n’ont pas été autorisées. Ils ont également tenté d’obtenir l’autorisation pour le Front de la Participation Islamique d’Iran et l’Organisation des Moudjahidines de la Révolution Islamique de pouvoir se constituer en parti politique, comme par le passé. L’exécutif tente tout doucement d’atteindre ses objectifs politiques et culturels. Mais les promesses faites à la population avant les élections étaient d’une autre ampleur. Les promesses étaient plus importantes et les exigences de la population aussi sont beaucoup plus étendues que ce que l’exécutif a réussi à faire en six mois.

A-M : Un grand nombre de dirigeants du nouvel exécutif ont un background dans les domaines du renseignement et du contre-espionnage. Croyez-vous que l’exécutif considère le peuple d’Iran comme son allié ou bien essaie-t-il seulement d’impressionner et de satisfaire le guide suprême, ou bien la justice ou d’autres organismes pour qu’ils ne s’opposent pas à lui et ne l’empêchent pas de travailler ?

IS : Comme vous le dites, Rouhani et son équipe agissent en secret depuis des années. Ils tentent d’atteindre leurs buts calmement, doucement, sans créer de tension dans la société, ce qui aurait profité aux groupes radicaux. Bien sûr, actuellement, le but de Rouhani n’est pas de déstabiliser le guide suprême : comme vous le savez, si cela devait arriver, les radicaux en tireraient profit pour promouvoir leurs propres buts. Ils utiliseraient le mécontentement de l’ayatollah Khamenei comme point de départ pour mettre la pression sur Rouhani. Ils pourraient même aller jusqu’à orchestrer sa chute avant la fin de son mandat.

A-M : Vous défendez la société civile et une presse indépendante ; craignez-vous une croissance à la chinoise en Iran : l’économie serait florissante, le pays prendrait sa place dans l’économie mondiale, mais les droits humains, la société civile et la liberté de parole resterait dans le même état ?

IS : Oui, c’est un vrai danger. Les infrastructures sociales en Iran ne sont pas celles de la Chine. Durant ces huit dernières années, les organismes sécuritaires et de renseignement ont activement participé à l’économie iranienne. Le secteur privé s’en est trouvé affaibli et n’est pas en bon état. Je pense que si Rouhani met l’accent sur les réformes sociales et politiques tout de suite, il échouera sur le plan économique. Les secteurs de la sécurité et du renseignement peuvent contrôler l’économie du pays et empêcher Rouhani d’atteindre ses buts. Naturellement, quand une société n’a pas d’institutions civiles, elle est dépourvue d’associations économiques et de syndicats. S’il n’y a pas d’organisations et d’associations civiles, si une presse libre ne peut pas jouer son rôle de surveillance, la corruption qui existe actuellement s’en trouvera renforcée. De fait, même si l’exécutif réussit à éradiquer ce cancer qui dévore actuellement le pays, la corruption ne fera que croître et prospérer. Bien sûr, une croissance coordonnée et équilibrée bénéficiera à la société. Comme vous l’avez dit dans votre précédente question, Rouhani a besoin de s’appuyer sur le peuple et les organisations civiles plus que tout, surtout que, lors des élections précédentes, il n’avait aucun parti politique ou aucune organisation spécifique. Il est devenu le seul choix possible pour les réformateurs, alors ils l’ont soutenu et il jouit toujours de leur soutien. Mais s’il les déçoit, ils pourraient arrêter de le soutenir et même commencer à s’y opposer. Le mouvement totalitaire qui veut prendre le pouvoir commence à créer des problèmes à Rouhani et à son exécutif et le temps venu, ils porteraient le coup fatal.

A-M : Durant ces 15 dernières années, les journalistes indépendants ont œuvré sans relâche à la perpétuation de la presse indépendante. Dans le même temps, le mouvement totalitaire a augmenté la pression, a fermé les journaux et emprisonné les journalistes. Comment voyez-vous l’issue de cette lutte ? Peut-on dire que nous voyions un progrès en dépit de toutes les répressions ? Par exemple, y-a-t-il eu une amélioration depuis le départ de Mohammad Khatami ou bien une régression pendant les huit années de présidence d’Ahmadinejad ?

IS : Si l’on doit parler de la presse, nous ne pouvons pas nous limiter au journalisme réalisé en Iran. Après les évènements de l’année 2009, le groupe qui a le plus souffert, officiellement et officieusement, a été celui des journalistes travaillant en Iran. Pendant un certain temps, nous avons eu le plus grand nombre de journalistes et de bloggeurs emprisonnés. Même maintenant, certains de nos meilleurs journalistes sont emprisonnés ou ont perdu leur emploi et beaucoup d’autres ont quitté le pays ou décidé de suspendre leurs activités. Certains de ceux qui ont quitté le pays ont commencé à travailler avec des médias étrangers. C’est pourquoi le ministre du renseignement et les organisations sécuritaires mettent beaucoup de pression sur les familles de ces journalistes dans l’espoir de les empêcher de travailler hors d’Iran. A l’intérieur de l’Iran, les journalistes ont essayé de garder vivant le journalisme au prix d’efforts considérables et nous avons vu quelques progrès récemment. Bien sûr, il y a du chemin à faire pour retrouver ce qu’on a appelé « le Printemps de Téhéran », les deux premières années de la présidence Khatami ; en fait, il se peut que l’on n’atteigne jamais ce but. Ces pressions ont poussé nos journalistes à travailler au niveau international, à s’installer dans les réseaux sociaux et aussi à apprendre et à pratiquer le journalisme citoyen. Il est vrai que le journalisme citoyen diffère du journalisme professionnel, mais en fin de compte, les deux tentent de refléter ce qui se passe dans la société, de révéler ce qui doit l’être pour que le mouvement totalitaire ne puisse agir à sa guise sans aucune opposition. En tout cas, je suis optimiste, je crois que le journalisme en Iran, comme dans le reste du monde, progresse. C’est une profession passionnante mais dangereuse, ce qui attirera beaucoup de gens ; nous pourrions voir, à long terme, des progrès en termes de qualité et de quantité même si, à court terme, nos journalistes peuvent être victimes de pressions et en souffrir.

Source : http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2014/02/iran-saharkiz-rouhani-politics-reform-interview.html#ixzz2sk20dUJ2

samedi 8 février 2014

Semaine 06 pour un Iran Libre et Démocratique

Nouvelles des Prisonniers
A-Transferts
  • Mohammad Banazadeh-Amirkhizi est de retour à Redjaï Shahr après son hospitalisation.
  • Mehdi Karroubi transféré à son propre domicile mais toujours assigné à domicile.

B-Arrestations - Incarcérations
  • Youssef Ab-Kharabat envoyé à la prison de Mahabad pour purger ses deux ans de prison.
  • Djamal Abdel-Khazar, récemment converti à l’islam Sunnite, arrêté et transféré à la prison Karoun d’Ahvaz.
  • Emad Arab, militant du mouvement Vert, envoyé à Evine pour purger ses 9 mois de prison.
  • Gholamreza Khalili, avocat, arrêté à Tabriz.
  • Ali-Hadi Maali, récemment converti à l’islam Sunnite, arrêté et transféré à la prison Karoun d’Ahvaz.
  • Abdollah Mohie-Ahmad, récemment converti à l’islam Sunnite, arrêté et transféré à la prison Karoun d’Ahvaz.
  • Mohammad Molanaï, 76 ans, envoyé à la prison de Mahabad pour purger son année de prison.
  • Zia Nabavi est de retour à la prison Karoun à la fin de sa liberté provisoire.
  • Abdel-Rahim et Fouad Salamat, récemment convertis à l’islam Sunnite, arrêtés et transférés à la prison Karoun d’Ahvaz.
  • Vahed Seyyedeh envoyé à la prison de Mahabad pour purger ses deux ans de prison.
  • Khalil Taheri, récemment converti à l’islam Sunnite, arrêté et transféré à la prison Karoun d’Ahvaz.
  • 14 arrestations à Shush.

C-Libérations
  • Mohammad-Sajad Ahmadi libéré à la fin de sa peine.
  • Mahmoud Bagheri en liberté provisoire.
  • Anvar Ghoreishi libéré sous caution.
  • Bahram Hassaninejad libéré sous caution.
  • Ali Rashidi en liberté provisoire.
  • 27 mineurs de la mine de Tchadormanlou libérés.

D-Autres Nouvelles
  • Samkou Khalghati est en grève de la faim.
  • Le bloc des femmes politiques d’Evine privé d’eau chaude et de chauffage : il fait -5 dehors.

Nouvelles de l’injustice en Iran
  • Ahmad Bahrami condamné à 11.5 ans de prison.
  • Ali Randjbar condamné à 11.5 ans de prison.
  • 7 pendaisons secrètes à la prison de Bandar Abbas en deux jours.
  • 15 pendaisons à Tchabahar.

L’université – la Culture
  • Le journaliste Mashallah Shamsolvaezine reçoit le titre de héros de la liberté de la presse 2014.
  • L’étudiant bahaï Farshad Farzan interdit de poursuivre ses études.
  • Le ministère du renseignement retire sa plainte contre l’association de la presse.

Manifestations 
  • Des ouvriers de l’asphalte ont été arrêtés après avoir manifesté pour protester contre les licenciements.

L’Iran à l’étranger 
  • Zarif rencontre Kerry à Munich.
  • Le ministre des affaires étrangères suédois Carl Bildt est en visite en Iran.
  • Les sanctions américaines contre la télédiffusion d’état iranienne suspendues.

L’économie en Iran 
  • L’Iran a reçu le premier versement de$4.2 milliard d’avoirs gelés.
  • Une délégation française de 140 personnes est à Téhéran pour discuter des investissements directs dans divers domaines dont la banque, la finance, le pétrole, le gaz et la pétrochimie.
  • Le Japon effectue le premier paiement de son pétrole en un an.

Politique en Iran
  • Aaleddin Boroujerdi, chef de commission nationale de sécurité du parlement a rejoint le comité nucléaire du conseil suprême de la sécurité nationale, liant ainsi le parlement aux négociations nucléaires.
  • Le bureau du parti Mosharekat une fois de plus scellé à Téhéran.
  • L’interview en direct de Rouhani, prête à être diffusée, retardée par le chef de l’IRIB à cause d’un conflit sur les journalistes devant mener l’interview.

Nouvelles en vrac
  • Les écoles et les administrations fermées à Zabol à cause de la pollution atmosphérique.
  • 500.000 personnes privées d’eau de gaz et d’électricité à cause de la neige.
  • L’examen d’entrée à l’université reporté de deux semaines à Téhéran à cause des fortes chutes de neige.


Et toujours, la liste des prisonniers politiques en Iran (en Anglais) : http://hyperactivist.info/ipr.html
Aidez-nous à la tenir à jour

samedi 1 février 2014

Semaine 05 pour un Iran Libre et Démocratique

Nouvelles des Prisonniers
A-Transferts
  • Mashallah Haeri a fait une attaque cardiaque en prison ; il a est transféré à l’hôpital Day de Téhéran.
  • Samkou Khalghati transféré à l’isolement.
  • Mohammad-Amin Roghani est transféré au bloc financier d’Evine.
  • Le condamné à mort Kaveh Sharifi transféré d’Evine vers un lieu inconnu.

B-Arrestations-Incarcérations
  • Reza Alnasser, militant étudiant, arrêté à Mashhad.
  • Moslem Boushehrian arrêté à l’aéroport de Téhéran.
  • Sassan et Siavash Djanatian, militants étudiants, arrêtés à Mashhad.
  • Hajir Firouzian, bahaï, arrêté à Semnan to serve his 40 days sentence.
  • Dana Landj-Abadi, étudiant kurde, arrêté.
  • Amir-Ali Mehran-Nia arrêté à Kermanshah.
  • Le militant étudiant Arash Mohammadi est de retour à la prison de Tabriz à la fin de sa liberté provisoire.
  • 47 arrestations à Khorram-Abad.
  • 88 arrestations pour hooliganisme à Téhéran.
  • Plus de 20 ouvriers manifestants arrêtés à Ardekan dans la province du Fars.

C-Libérations
  • Shahnaz Djayzan, épouse d’un Pasteur, libérée sous caution de la prison de Sepidar.
  • Farzad Madadzadeh libéré à la fin de sa peine.
  • Fatemeh Masni libérée sous caution de la prison d’Evine.
  • Faghir-Mohammad Reissi, religieux Sunnite, libéré sous caution de la prison de Zahedan.

D-Autres Nouvelles
  • Les prisonniers politiques de Redjaï Shahr en grève pour protester contre les mauvais traitements.

Nouvelles de l’injustice en Iran
  • Reza Aghakhani, membre du parti National-Religieux, condamné à 3 ans de prison.
  • Mohammad-Bagher Alavi, membre du movement de la liberté, condamné à 4 ans de prison.
  • Hamid Babaei, étudiant de l’université de Liège, condamne à 10 ans de prison.
  • Sarang Etehadi condamné à 5 ans de prison.
  • Fatemeh Hashemi, fille de l’ancien président Rafsandjani, condamnée à 6 mois avec sursis.
  • Morteza Rahmani militant kurde a été condamné à mort 3 fois.
  • Le militant d’Ahvaz, Hadi Rashedi, a été exécuté la semaine dernière.
  • Le militant d’Ahvaz Hashem Shabaninejad a été exécuté la semaine dernière.
  • 7 pendaisons à la prison de Ghezel Hessar lundi.
  • Une pendaison publique à Ghazvine mardi.
  • 5 pendaisons à la prison d’Oroumieh jeudi.

L’université – la Culture
  • Le cinéaste iranien Maziar Partow décède à 81 ans.
  • L’Irano-Américain Rostam Batmangelidj qui joue de plusieurs instruments et son orchestre Vampire Weekend ont gagné le Grammy award de la musique alternative.
  • Les étudiants de l’université Payam é Nour de Marivan Dana Amini,Souran Ravesh et Maysam Djavanmiri interdits de poursuivre leurs études.
  • Le Passé d’Asghar Farhadi a été nommé dans 5 catégories pour les Césars.

Manifestations 
  • Les ouvriers d’Iran Tire en grève depuis 7 jours ; 200 licenciements.
  • Les ouvriers de Zagros Steel manifestent contre le non-paiement de leurs salaires depuis 7 mois.
  • Les forces de sécurité ont arrêté plus de 20 mineurs de la mine de Tchodarmanlou, région de Yazd.

L’Iran à l’étranger 
  • Koffi Annan et Desmund Tutu se rendent à Téhéran pour rencontrer les dirigeants iraniens.
  • Le trésor américain lève les sanctions contre les entreprises iraniennes pétrolières.
  • Le ministre italien de la culture se rend en visite en Iran.
  • Laridjani reçoit son homologue sud-coréen.
  • Le secrétaire d’état aux affaires étrangères rencontre Hervé de Charrette.
  • Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan arrive à Téhéran.

L’économie en Iran 
  • Le constructeur automobile français Renault reprend ses envois de pièces détachées vers l’Iran.

Politique en Iran
  • Le budget militaire de l’Iran est réduit de 9% dans la proposition présentée par Rouhani.
  • Rouhani nomme Massoud Soltanifar chef du patrimoine.

Et toujours, la liste des prisonniers politiques en Iran (en Anglais) : http://hyperactivist.info/ipr.html
Aidez-nous à la tenir à jour

dimanche 26 janvier 2014

Lettre de Hossein Ronaghi expliquant comment le bloggeur Sattar Beheshti est mort en detentions

Au juge Izadi, président de la 1057ème chambre du tribunal de Keyfari

Sujet : Accord pour témoigner dans le dossier se rapportant au meurtre de feu Sattar Beheshti

Monsieur le juge,

Alors que je suis incarcéré, j’ai appris par la presse que l’accusation de meurtre avec préméditation avait été abandonnée dans le dossier du décès du bloggeur Sattar Beheshti. C’est pourquoi, n’ayant pas eu la possibilité d’assister au procès à cause de mon incarcération, je pense qu’il me faut, pour la première fois, témoigner de ce que j’ai vu et de ce que m’a dit la victime alors qu’il était incarcéré au bloc 350 d’Evine peu de temps avant son meurtre. Je le fait avec l’espoir de pouvoir être utile à la manifestation de la vérité. Je déclare donc par la présente être prêt à témoigner devant la cour pour éclairer la justice sur les évènements qui ont eu lieu.

Je n’ai jamais été favorable à la peine de mort et j’ai toujours eu foi dans la réforme et l’application de la loi pour éviter les violations des droits humains par un procès juste.

Monsieur le Juge,

C’est mon devoir moral d’être humain d’aider à la restauration de la justice en éclairant quelques aspects ignorés de ce qui a conduit à la constitution de ce dossier.

J’ai rencontré Sattar Beheshti peu après son transfert au bloc 350 de la prison d’Evine le 31 octobre 2012. Après une courte conversation, j’ai remarqué son état physique très détérioré ; son état physique résultait des interrogatoires des 30 et 31 octobre.

Dans la nuit du 31 octobre, alors que Sattar était au bloc 350, j’ai vu de mes yeux les traces physiques laissées par les tortures qu’on lui avait infligées :
  • Œdème et blessures aux poignets qui indiquaient qu’il avait été pendu au plafond.
  • Gros œdème et meurtrissures au front (sur le côté gauche)
  • Hémorragie de l’œil gauche
  • Nombreuses meurtrissures profondes sur la poitrine, le flanc et l’abdomen causées par des coups de pied et de poing donnés par celui qui l’avait interrogé
  • Douleur aux pieds et boitement quand il essayait de marcher
  • Douleur intense aux testicules
  • Vertige et nausées

Feu Sattar Beheshti m’a fait part de détails choquant sur la conduite de celui qui l’avait interrogé. Mêle si j’avais déjà entendu des relations de torture sévères infligées dans les centres de détention des forces de sécurité, j’ai été surpris : les prétendues activités de Sattar n’auraient pas dû lui valoir ce niveau de brutalité et de violence. Sattar Beheshti m’a dit que pendant qu’il était suspendu au plafond, on le battait méchamment ; il avait peur que ce passage à tabac ne se répète. Sattar m’a dit : « J’étais menotté et quand on m’a laissé tomber par terre, celui qui m’interrogeait m’a mis son pied sur la tête en maudissant ma mère et ma sœur. Une autre fois, on m’a attaché les bras et les jambes à une chaise et on me donnait sans arrêt des coups de pied et des coups de poing. » Sattar m’a dit que celui qui l’interrogeait lui a dit de but en blanc : « Je vais te tuer, tu ne partiras pas d’ici vivant, ta mère ne pourra même pas récupérer ton corps. La seule façon de sortir d’ici vivant, c’est de coopérer et me disant et en écrivant ce que je te dis de faire. »

Sattar Beheshti m’a dit que ses blessures sur le cou venaient de coups de poing, de chocs électriques et de câbles, qu’après avoir reçu des coup à l’estomac et aux testicules, il avait remarqué du sang dans ses urines et qu’il avait des douleurs insoutenables aux testicules. Il m’a dit qu’on l’avait forcé à se déshabiller et qu’on l’avait menacé de violences sexuelles.

Monsieur le juge,

Après que le meurtre de Sattar Beheshti au centre de détention du FATA ait été connu, les autorités impliquées ont répété à plusieurs reprises que l’accusé était en détention à cause du contenu de son blog. Vous serez peut-être intéressé de savoir que d’après Sattar, que ceux qui l’interrogeaient brutalement et illégalement ne voulaient pas lui extorquer des aveux sur le contenu de son blog ou de son compte Facebook. Sattar m’a dit qu’on le torturer pour obtenir son nom et son mot de passe sur Facebook et autres détails du même genre. Il est donc clair qu’on se concentrait lors de son interrogatoire non pas sur ce que Sattar avait écrit sur son blog ou son compte Facebook mais plutôt sur l’accès illégal à ses informations personnelles, ce qui les a poussé à lui infliger deux séances d’interrogatoire sévère et qui a causé sa mort.

Monsieur le juge,

Vous savez que Sattar Beheshti n’est resté en garde à vue que quatre jours, dont un au bloc 350 d’Evine sans être interrogé. C’est à vous désormais de juger : quand une personne est tellement sauvagement torturé en moins de 36 heures, menacé de mort, ce qui en soi constitue un crime, quand on lui dit froidement qu’on a l’intention de le tuer, ce que l’on fera de son cadavre, est-il pensable de parler d’absence de préméditation dans ce meurtre ? Est-ce qu’un « tueur type » n’utilise pas ce niveau de violence, de maltraitance physique et de torture psychologique ? Celui qui l’interroge, qui utilise l’excuse de tenter d’extorquer des aveux et qui est parfaitement conscient de la sévérité de ses coups et de leur impact sur l’accusé, qui abuse de sa position et a recours à des tortures sauvages par tous les moyens à sa disposition et qui ensuite prétend n’avoir pas eu de mauvaises intentions, n’avoir pas commis de meurtre volontairement, a-t-il le droit de se prévaloir de n’avoir pas commis un crime qui n’est que le résultat de ses actes ?

Je répète que je suis prêt à témoigner devant un tribunal de ce que j’ai dit et je demande respectueusement à la justice de s’occuper et de suivre ce dossier.

Je vous prie de croire, Monsieur le juge, à l’expression de mes salutations respectueuses.

Seyed Hossein Ronaghi-Maleki

Source : kaleme http://www.kaleme.com/1392/09/21/klm-167991/

Kouhyar Goudarzi toujours en attente du statut de réfugié en Turquie

Le militant des droits humains Kouhyar Goudarzi écrit sur son statut de demandeur d’asile en Turquie et sur la bureaucratie du haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU 


J’ai pris la décision l’hiver dernier de quitter l’Iran. Depuis lors, je n’ai rien écrit et je ne me suis pas plaint de ma situation. Voilà quelques années que j’ai appris à ne pas me plaindre et à accepter les hauts et les bas de ma vie avec humour. C’est cette attitude qui m’a sans doute aidé le plus pendant mes années d’incarcération. Mais il faut, de temps en temps, s’exprimer et parler de ses souffrances. J’ai pris ma décision et j’ai remis mon sort entre les mains des passeurs, du froid glacé et de la neige d’Azerbaïdjan et j’ai traversé la frontière. Après être resté huit jours otage des passeurs, dans la bergerie d’un village, avoir marché dans la glace et la neige, après que mes effets personnels aient été volés, porteur de faux papiers, j’ai fini par atteindre Ankara et le bureau des réfugiés où je me suis inscrit après avoir rempli un formulaire. Je n’avais ni passeport ni papiers officiels et c’était là mon plus gros problème.

Maintenant, une année est presque passée et je suis toujours en Turquie ; non seulement je n’ai pas reçu d’acceptation du Haut-Commissariat aux Réfugiés pour me rendre dans un pays tiers, mais je n’ai même pas été interviewé pour entamer le processus de ma demande d’asile. Voici ma situation actuelle : il y a environ quatre mois, je me suis rendu à un rendez-vous pris auparavant avec le Haut-Commissariat de l’ONU en Turquie, administration bourrée de bureaucratie et procédures compliquées. J’ai mis sept heures pour m’y rendre et quand je suis arrivé, on ne m’a pas laissé rentrer. A l’époque, j’ai pensé que le fait de ne pas avoir de papiers en règle avait causé l’annulation du rendez-vous, mais, d’après le bureau du Haut-Commissariat, c’est le fait que mon dossier médical n’ait pas été complet qui aurait causé l’annulation. C’est ce que m’avait recommandé de faire un avocat (conseiller psychiatrique) après avoir entendu un résumé des arrestations et des tortures que j’avais subies avant de m’enregistrer comme demandeur d’asile. A l’époque, je ne pouvais même pas imaginer que cela constituerait un obstacle alors j’avais accepté.

Les soins psychiatriques une fois par mois, les frais de transport aller et retour à ma charge m’auraient pris beaucoup de temps et auraient duré plusieurs années. Le bureau du Haut-Commissariat a annulé mon rendez-vous il y a quatre mois en prétextant que j’avais mis fin à mes soins psychiatriques. Ce qui veut dit que le médecin qui devait traiter et guérir mon stress émotionnel provenant de ce que j’avais souffert en prison est devenu pour moi une source de stress et de problèmes. 

Le Haut-Commissariat ne fait pas une exception pour moi dans son fonctionnement bureaucratique, elle traite de même les milliers d’autres réfugiés iraniens en Turquie.

Les allégations fallacieuses sont un autre problème. Par exemple, une personne prétendait devant le bureau du Haut-Commissariat de l’ONU avoir été emprisonnée à l’isolement alors qu’en fait, elle n’avait même jamais entendu le nom d’Evine et qu’il n’y aurait eu aucune raison valable à sa prétendue incarcération si ce n’est qu’elle militait politiquement. Malgré tout ce flou, son dossier a été approuvé par le bureau des réfugiés de l’ONU en environ deux mois, tout simplement, quelque douloureux que cela soit.

En 2010, lors de l’anniversaire de l’élection présidentielle de 2009, la Secrétaire d’Etat de l’époque, Hillary Clinton, a mentionné dans un discours, le nom de sept militants des droits humains, dont le mien, et a demandé leur libération. Et pourtant, les autorités américaines qui ont même un dossier universitaire à mon nom au titre des étudiants surdoués, n’ont pas bougé le petit doigt pour m’aider dans ma demande d’asile. Et beaucoup de mes amis influents qui, à l’époque de mon incarcération, n’oubliaient pas d’utiliser mon image et mon nom, sont maintenant tellement occupés par leur routine quotidienne qu’ils n’ont même plus le temps pour une petite conversation.

J’aurais pu quitter l’Iran il y a plusieurs années. Lorsqu’on étudie à l’université Sharif, quitter l’Iran est chose facile. J’aurais aussi pu partir après mes arrestations précédentes. Mais lorsque ce qui vous arrive résulte d’un choix personnel, la situation est plus facile à accepter.

Au sixième mois de ma cinquième arrestation, pour passer le temps dans ma cellule, j’ai calculé que si je devais vivre 50 ans, j’aurais passé 1% de ma vie en prison. Ce pourcentage a finalement atteint 4% lors de ma dernière arrestation.

Les épreuves que j’ai endurées ces derniers mois, quelques dures qu’elles aient pu être, je les ai acceptées et supportées car c’était le prix à payer pour les choix que j’avais faits. Mais il est dur d’avoir quitté ma patrie pour pouvoir poursuivre mes études, droit qui m’était refusé dans mon pays, maintenant que je suis en attente, d’entendre de temps en temps que je n’ai fait tout ça que pour obtenir le statut de réfugié.

Je n’écris pas pour me plaindre de ma situation. Le plus grand avantage de la prison et de l’isolement c’est que l’on comprend que rien ne vaut le temps et que même dans la pire des situations, la vie ne doit pas être inutile. Durant le temps que j’ai passé ici, j’ai obtenu un diplôme en étudiant sur internet et dans quelques mois je vais passer mon examen du TOEFL. J’écris parce que dernièrement des amis iraniens m’ont demandé comment était la vie aux Etats-Unis et dans quel état je vivais. Apparemment, la plupart pensent que je vis aux USA. Je voulais aussi rapporter le système bureaucratique du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies et ses procédures sans fin.

Kouhyar Goudarzi
3 janvier 2014
Source : https://www.facebook.com/kouhyar.g/posts/10151890664303354

samedi 25 janvier 2014

Semaine 04 pour un Iran Libre et Démocratique

Nouvelles des Prisonniers
A-Transferts

  • Hamed Ahmadi, prisonnier Sunnite condamné à mort, transféré de la prison de Ghezel Hessar vers un lieu inconnu.
  • Djahanguir et Djamshid Dehghani, prisonniers Sunnites condamnés à mort, transférés de la prison de Ghezel Hessar vers un lieu inconnu.
  • Adnan Hassanpour transféré de la prison de Sanandaj à celle de Marivan.
  • Mehdi Karroubi est de retour dans sa résidence de détention après 9 jours à l’hôpital.
  • Karim Marouf-Aziz de retour à Redjaï-Shahr après une opération chirurgicale.
  • Kamal Molaï, prisonnier Sunnite condamné à mort, transféré de la prison de Ghezel Hessar vers un lieu inconnu.
  • Kasra Nouri, derviche Gonabadi, exilé de la prison d’Adel-Abad à celle de Nezam.
  • Hani Yazerlou exilé à la prison de Vakil-Abad.

B-Arrestations-Incarcérations
  • Ahmad, Khaled, Milad, Mohammad, Sadegh et Taregh Afravi arrêtés à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyés à la prison Karoun.
  • Adnan et Azim Ayashi arrêtés à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyés à la prison Karoun.
  • Ahmad, Ali-Hadji, Ebrahim and Sedjad Badavi arrêtés à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyés à la prison Karoun.
  • Abdol-Hossein Baladi, enseignant retraité, arrêté à Ahvaz.
  • Ahmad, Rassoul et Taemeh Baradjeh arrêtés à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyés à la prison Karoun.
  • Mohammad Bavi arrêté à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyé à la prison Karoun.
  • Mehrdad Djamshidpour, étudiant, arrêté.
  • Le journaliste Darioush Elias commence à purger sa peine de 5 ans au bloc 350 d’Evine.
  • Mohammad-Amin Gherbavi arrêté à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyé à la prison Karoun.
  • Djassem Hadjikian commence à purger sa peine de7 ans à la prison de Makou.
  • Hossein et Taemeh Hamoudi arrêtés à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyés à la prison Karoun.
  • Madjid Hashemi arrêté à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyé à la prison Karoun.
  • Ali-Kerker, Ghassem, Naïm et Salem Heidari arrêtés à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyés à la prison Karoun.
  • Ghassem Herdani arrêté à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyé à la prison Karoun.
  • Mohammad, Ghassem, Nouri et Rassoul Keroshavi arrêtés à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyés à la prison Karoun.
  • Ali, Bandar, Ghader, Madjed, Madjid, Mohammad, Sattar et Valid Massoudi arrêtés à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyés à la prison Karoun.
  • Mojtaba et Reza Mervani arrêtés à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyés à la prison Karoun.
  • Hassan Saedi arrêté à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyé à la prison Karoun.
  • Djafar Silavi arrêté à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyé à la prison Karoun.
  • Saïd Soleimani arrêté à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyé à la prison Karoun.
  • Aref Sorkhi arrêté à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyé à la prison Karoun.
  • Hassan Tarafi arrêté à Ahvaz lors des funérailles du poète Mollah Fazel Sokrany et envoyé à la prison Karoun.
  • Ahmad Zeidabadi est de retour à Redjaï-Shahr à la fin de sa liberté provisoire.

C-Libérations
  • Shabnam Madadzadeh libérée à la fin de sa peine.
  • Mohammad Matadji libéré sous caution.
  • L’étudiant de gauche Arash Mohammadi en liberté provisoire de la prison de Tabriz.
  • Zia  Nabavi en liberté provisoire pour 5 jours.
D-Autres Nouvelles
  • Hamed Ahmadi, prisonnier Sunnite kurde, met fin à sa grève de la faim.
  • Djahanguir et Djamshid Dehghani, prisonniers Sunnites kurdes, mettent fin à leur grève de la faim.
  • Kamal Molaï, prisonnier Sunnite kurde, met fin à sa grève de la faim.
  • La bibliothèque des prisonniers politiques de Redjaï Shahr a été scellée.

Nouvelles de l’injustice en Iran
  • Shamim Etehadi condamné en appel à 3 ans de prison, 74 coups de fouet, 2 ans d’interdiction de sortie du territoire et une amende de 40 millions  de rials.
  • Ali Kheirdjou condamné en appel à 6 mois de prison.

L’université – la Culture
  • L’étudiante kurde bahaïe Guita Gouran est interdite d’accès à l’université.
  • La réunion mensuelle de l’association des écrivains iraniens est interdite.

Manifestations 
  • Les ouvriers d’IranTire manifestent pour protester contre le licenciement de 80 de leurs camarades.
  • Des ouvriers de la pétrochimie cessent le travail après qu’un de leurs représentants ait été licencié.

L’Iran à l’étranger 
  • Un diplomate iranien assassiné à Sanaa.
  • Le Sénégal va rouvrir son ambassade et nommer un ambassadeur en Iran.
  • L’union européenne abroge quelques sanctions contre l’Iran suite à l’accord nucléaire.
  • Le Canada maintient lui ses sanctions.
  • Rouhani se rend au forum de Davos, il y rencontre Barroso, les présidents de la Suisse et d’Azerbaïdjan et Catherine Ashton.

Nouvelles en vrac
  • 2 femmes meurent dans l’incendie d’une usine de vêtements à Téhéran.
  • La grippe tue 9 personnes.

Et toujours, la liste des prisonniers politiques en Iran (en Anglais) : http://hyperactivist.info/ipr.html
Aidez-nous à la tenir à jour

lundi 20 janvier 2014

Au bloc 350, l’art défie les murs – Hessam Shirazi

Si la nuit avait un plafond de ciment….
Le monde de la prison n’est pas qu’un monde de murs. C’est aussi un monde d’esprits isolés de la société derrière de hauts murs ne vivant que par les souvenirs de leurs amours et de leurs êtres chers.

Dans l’appentis du bloc, Hamid, qui préfère utiliser ce nom pour garantir sa sécurité, s’occupe à poncer une pièce de bois brut, noir et dur comme du roc. Il est seul, immergé dans un monde éloigné de celui dans lequel il vit. Il dit que cela le distrait et le calme, que cela rend plus supportable la séparation de son épouse et de sa fille adolescente.

C’est le bloc de cellules 350 du centre de détention 3 de la prison d’Evine, que la plupart appelle le « bloc des politiques ». Durant les quatre ans et demi passés, ce bloc a abrité beaucoup de militants, célèbres et inconnus ; aujourd’hui, beaucoup de prisonniers de conscience s’y trouvent encore. C’est un groupe très différent des autres détenus, même s’ils sont aussi différents les uns des autres ; ils diffèrent par la classe, les opinions politiques et vont de personnes ordinaires à des politiques radicaux, des journalistes, des poètes et des peintres.

Certains sont en prison parce que leur art était en soi une manifestation. D’autres, en prison, ont mis leur art au service de la protestation.

Un Mur comme Journal
« L’art en prison » évoque souvent des bras et des membres tatoués ou peut-être des boîtes à cigarettes gravées d’images d’amoureuses légendaires. On entend souvent dire qu’on enseigne aux prisonniers un artisanat ou une vocation en prison pour les empêcher de récidiver à leur sortie. Mais pour les prisonniers politiques ? Imaginez Hesmatollah Tabarzadi, militant démocrate emprisonné en train de scier du bois pour fabriquer des chaises ou bien Bahman Ahmadi Amoui, journaliste emprisonné, apprenant à broder pour abandonner le journaliste à sa libération…

Mais la réalité est plus déprimante que cette image. Le bloc 350 est un endroit fermé et isolé, les détenus y sont gardés à l’écart de ceux ces autres blocs et des aménagements généraux de la prison. Pour éviter que des lettre ou des déclarations politiques ne s’échappent vers le monde extérieur, les détenus n’ont pas le droit de fréquenter les ateliers ou même les installations sportives de la prison d’Evine. (Le téléphone public a été retiré il y a quelques années et il est interdit d’envoyer ou de recevoir du courrier).

Dans cet environnement contraint, lire et écrire sont les seules distractions dont bénéficient les prisonniers. Mais même si la plupart des prisonniers politiques sont des intellectuels studieux et cultivés, combien peuvent-ils écrire pour s’occuper ? Au bout de très peu de temps, cela conduit à la dépression. « En 2009, juste après mon arrestation, il n’y avait aucun aménagement dans le bloc » raconte un ancien détenu du bloc 350. « Les gars prenaient des briques en guise d’haltères pour faire du body-building. Le gardien était méchant et ne cessait de nous harceler. Un jour, il a placé 10 ou 15 d’entre nous à l’isolement. »

Après les élections de 2009 et les manifestations du Mouvement Vert, le bloc 350 était surpeuplé. Les cellules étaient tellement pleines que même sur le sol, il n’y avait pas assez de place pour dormir. Les anciens disaient « exactement comme dans les années 80. » Au fil de la détente, les détenus restant ont peu à peu appris à utiliser au mieux les jours sans fin d’incarcération. Au début 2011, Nader Karim Djouni, journaliste réformateur, a commencé un modeste journal mural ; lui et d’autres journalistes pouvaient y écrire de petits articles et même des poèmes. Dans les poètes, Ghassem Sholeh-Saadi, ancien député, professeur de droit, des journalistes, des militants politiques, des poètes et des écrivains. Mohammad Djavad Mozaffar, directeur d’édition, a mis en place une compétition de narrations dont on a parlé sur internet. Les détenus ont même organisé des groupes d’écriture de livres.

Thérapie musicale
Les projets personnels fournissaient une autre source majeure de divertissement. On a traduit beaucoup de livres au bloc 350, dont certains qui en valent vraiment la peine comme l’Atlas des Droits Humains d’Andrew Fagan traduit par Mehdi Khodaï, étudiant emprisonné, l’œuvre poétique complète de Nizar Qabbani, diplomate syrien décédé et poètes ainsi que des livres sur l’histoire iranienne.

Les jours de fêtes et lors d’autres occasions, les prisonniers se donnaient en concert et jouaient des mélodies qu’ils avaient eux-mêmes arrangées. Le bloc politique a vu beaucoup de bons musiciens, certains y sont encore, comme le rappeur Amir-Ehsan Tehrani, condamné à un an de prison pour avoir publié deux chansons dont le thème était les droits humains. Avec un autre détenu, Houman Moussavi, il a composé une chanson ; ils l’ont chantée le soir de leur libération à leurs fans rassemblés devant les portes de la prison. Massoud Pedram, docteur en sciences politiques, a écrit et chanté des chansons dont deux dédiées à Hoda Saber, journaliste décédé au bloc 350 suite à une grève de la faim et aux passages à tabac brutaux qu’il a dû endurer.

L’année dernière, un groupe d’acteurs a décidé d’organiser un spectacle tous les vendredis après-midi pour leurs codétenus pour tenter de diluer le poison de la triste nostalgie qui descend lorsque le soleil se couche sur le week-end iranien. Ils l’ont appelé « la Tour de Fleurs » et Ramin Partchami, un acteur qui avec Djafar Panahi, metteur en scène réputé, faisait partie des célébrités les plus notoires du cinéma du Mouvement Vert, y participait. « La Tour des Fleurs » était l’une des vraies distractions dont les prisonniers politiques pouvaient jouir. Mais, aux dernières nouvelles, le nouveau responsable l’a fait interdire vers le milieu de l’été.

Ecoutez ce morceau de musique traditionnelle enregistré au bloc 350, diffusé pour la première fois par Iranwire : https://soundcloud.com/iranwire-iran/lsmwp58agu7n

La noix de coco subversive


« Quand je travaillais sur des plaques de bois, surtout en écoutant de la musique à la radio, je rentrais en quelque sorte en transe. J’étais dans un état terrible et je ne comprenais pas pourquoi j’étais encore vivant… Mais lorsque j’ai montré mon travail à ma famille durant les visites, j’ai remarqué que leurs yeux brillaient ce qui m’a poussé à travailler davantage. »

Hamid est l’un des artistes graveurs les plus célèbres du bloc 350. Il est libre depuis longtemps mais sa voix tremble encore quand il parle de son incarcération. Adolescent, il a travaillé le bois pendant quelque temps, dit-il, mais les œuvres qu’il a créées à Evine sont complètement différentes : une œuvre est une plaque gravée pour sa famille, l’autre une poupée de chiffon. Elles sont faites du bois dur des noix de coco, la seule espèce de bois qui entre dans le bloc de temps en temps avec d’autres fruits.

« Nous avons créé toutes sortes de motifs » dit Hamid. « Nous avons emprunté certains dessins aux magazines et aux journaux, ou bien on les trouvait nous-mêmes. Houshang Rezaï (maintenant transféré dans une autre prison et condamné à mort) a gravé le visage de Mir-Hossein Moussavi sur une plaque en noix de coco et c’était une très belle œuvre. On a fait sortir la plaque et apparemment, un site Web en a posté l’image. Après cela, on n’a plus autorisé les noix de coco dans le bloc pendant un certain temps. Le gardien disait : « Vous allez encore graver les visages de Moussavi et de Karroubi et c’est nous qui allons prendre ! »
« Travailler les noix de coco est extrêmement difficile » dit un autre ancien prisonnier. « Une fois que c’était fini, je ne sentais plus la fatigue. Au début, j’ai voulu confectionner des cadeaux pour mon épouse et mes enfants, mais petit à petit, c’est devenu un divertissement. Bien sûr, j’ai confectionné des cadeaux pour les épouses et les enfants des autres détenus du bloc pour qu’ils puissent leur faire plaisir. » Il s’arrête puis poursuit : « A chaque fois que je vois une de mes œuvres gardées par ma famille ou par la famille d’un autre prisonnier et qu’elles me remercient encore pour ce cadeau, je suis fier de moi parce que j’ai pu amener un sourire à nos familles en souffrance, aussi tenu que ce sourire ait il été. »

Cet art a été transmis à de nouveaux prisonniers talentueux et beaucoup sont devenus des maîtres, y compris ce même Houshang Rezaï. Les outils sont entrés en contrebande et sont très difficiles à acquérir. « Il est très difficile de se procurer des outils » dit Saman, qui, comme d’autres anciens détenus ne peut pas nous permettre d’utiliser son vrai nom. « Il nous est aussi difficile d’obtenir des matériaux. Par exemple, durant les 22 mois que j’ai passé au bloc 350, nous n’avons eu que deux fois des noix de coco. Vers la fin, il nous manquait du papier de verre et des noix de coco, nos œuvres ont beaucoup rétréci, ce qui les a rendues plus délicates et élégantes. Une fois finies, elles étaient agréables à regarder. »

« Quand l’un d’entre nous était libéré, les autres héritaient de ses outils, de ses grattoirs usés ou de ses dossiers. Nos outils étaient très primitifs. Par exemple, un grattoir était réalisé avec un clou et le tube d’un stylo à bille. Le clou m’a si souvent percé la main que le sang coulait et que mon pouce gauche est devenu plus gros que le droit ! Mais cela en valait la peine, j’ai confectionné des souvenirs pour beaucoup de mes camarades ainsi que pour tous mes membres de ma famille. »

« Il était très difficile de trouver de la colle liquide » soupire Hamid. « Il y a quelque temps, dans un magasin, j’ai vu une vitrine de colles liquides. Je me suis précipité pour en acheter quelques tubes ; c’est alors que je me suis rappelé que je n’étais plus prisonnier ! Ces derniers jours, j’ai pensé à installer un petit atelier dans ma chambre pour y travailler le bois à l’occasion en souvenir de ma détention. J’ai disposé les choses que j’ai confectionnées à Evine devant le miroir de ma chambre, ainsi, je continue de vivre avec. »

Les poupées emprisonnées


Gholam-Reza Khsoravi est l’un des détenus les plus aimés du bloc, non seulement pour ses manières charmantes mais aussi à cause des souvenirs qu’il fabrique. Les chapeaux de Monsieur Khosravi ! Il est condamné à mort mais garde le moral et fabrique des chapeaux simples et élégants à partir de vieux jeans ornés de sa signature et d’un petit poème de sa main.



Les bracelets en noyaux de date (ou d’olives s’il y en a) sont l’un des autres artisanats de Monsieur Khosravi. Avec deux autres, ils ont confectionné des ornements les plus compliqués en taillant les noyaux.

Mais une autre histoire intéressante est celle des poupées de la prison, des poupées de chiffon, aux habits rayés, les yeux bandés et menottées de vert. L’un des experts en est Houman Moussavi qui vit désormais en Norvège. Né dans l’ancienne ville de Shiraz, son père a été exécuté avant sa naissance. Moussavi a été arrêté durant les évènements de 2009 et a passé près de trois ans à Evine. Il a donc eu assez de temps pour apprendre à travailler les tissus. Il a confectionné de nombreux bracelets colorés, des bagues, des bandeaux et des poupées que la plupart des anciens prisonniers politiques gardent en souvenir.

« Ce sont les anciens qui m’ont appris cet art. En prison, j’ai beaucoup lu et tenté d’écrire mais les journées n’en finissaient pas. Alors, fabriquer des poupées et des bracelets pour mes codétenus m’occupait. Ainsi, je donnais des souvenirs à mes amis et je restais en bonne santé. Maintenant que j’ai été libéré, je ne sais pas qui fabrique des souvenirs pour les familles de mes camarades prisonniers. »

Dans le bloc des femmes, les artistes ne manquaient pas. Motahereh Bahrami, épouse de Mohsen Daneshpour-Moghadam, un autre prisonnier d’Evine, confectionne des poupées de chiffon. Mahsa Amr-Abadi confectionne les œuvres les plus impressionnantes pour son époux Massoud Bastani. Mahsa a appris le tournage et la gravure sur bois dans le bloc des femmes et a créé des œuvres exquises en gravant des poèmes d’Ahmad Shamlou, un des poètes les plus célèbre du vingtième siècle.



Le peintre Madjid Sadeghinejad a créé un logo pour le bloc 350 et a esquissé le portrait des prisonniers politiques mais la publication de certains de ses dessins sur des sites d’information a poussé les autorités à limiter ses activités. 




Shahram Eliassi, militant kurde, fabrique des objets avec des perles. Une de ses cravates est devenue célèbre quand Ghassem Sholeh-Saadi, ancien député, l’a portée lors de sa candidature à l’élection présidentielle (les autorités l’ont, par la suite, renvoyé au bloc 350)  La cravate est ornée de perles, porte le nom de « bloc 350 » ainsi que le drapeau tricolore de l’Iran et une balance, symbole de la loi et de la justice.


Source: http://iranwire.com/en/projects/4352