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mercredi 21 mai 2014

La honte que je porte en moi – Masoud Lavasani 20 mai 2014

  
   



J’avais six ou sept ans, je me rendais avec mes parents par l’allée tortueuse du quartier « Imamzadeh Yahya » chez mon grand-père. Une rue étroite avec un ruisseau au milieu qui longe le marché couvert « Pesteh Bak » qui sentait le pain frais chirmâl (galette au lait) et qui est si accueillant

Juste avant la ruelle pour arriver chez mon grand-père, il y avait de vieux bains publics avec dix à vingt marches qui descendaient au sous-sol où certaines scènes de Gheysar de Massoud Kimiaï ont été tournées. Il y avait aussi une petite mosquée relativement modeste pour l’époque. Un vieux mollah y disait ses prières quotidiennes. Au royaume de mon enfance, c’était un homme célèbre ; il portait une longue barbe blanche et un turban noir plein de dignité et semblait hors de portée.

On disait que ce mollah avait forcé des familles bahaïes à renier leur religion et à devenir musulmanes au plus fort de la révolution islamique de 1979.

J’ai entendu parler des bahaïs pour la première fois à cet âge. Quand j’ai grandi, je suis allé dans une sandwicherie. Sur la vitrine, il était écrit : « Cette épicerie appartient aux minorités religieuses. » J’ai demandé à mon père : « Qu’est-ce qu’une minorité religieuse ? »Il m’a répondu : « les chrétiens, les juifs et les bahaïs qui vivent parmi la majorité chiite. » J’ai questionné mon père sur les bahaïs. Il m’a expliqué qu’au contraire des chiites, ils croyaient que l’Imam Mehdi s’était manifesté et m’a raconté l’histoire de ses relations avec les bahaïs.

Avant la révolution, mon père avait un ami bahaï né d’une famille chiite. Cherchant à s’informer sur la religion bahaïe, il a questionné son ami sur sa foi et ses traditions religieuses. Mon père m’a dit qu’il était bizarre dans sa famille d’avoir un ami bahaï, surtout qu’il ignorait auparavant ce qu’était un bahaï. Même avant la révolution, beaucoup de propagande négative circulait sur les bahaïs. Les illettrés ignorants croyaient en général que les bahaïs n’interdisaient pas le mariage entre frères et sœurs.

Mon père avait appris de son ami quelques-unes des traditions et des croyances de la religion bahaïe mais, plus que tout, il était attiré par l’idée que les bahaïs ne mentaient pas.

Mon père partageait avec moi sa perception de musulman chiite, mais j’ai compris que, si les bahaïs ne mentaient pas, c’était dû à leur côté humaniste et attentionné.

C’est pourquoi je n’ai jamais prêté attention à la propagande hostile aux bahaïs.

Les années ont passé et je n’ai pas rencontré de bahaï jusqu’en 2009, lorsque je me suis retrouvé dans un coin où j’en ai rencontré plusieurs. J’ai tout d’abord fait la connaissance de Peyman Kashfi à la section 350 de la prison d’Evine ; il est un peu plus âgé que moi, avec un diplôme d’ingénieur (si je ne me trompe pas) de l’Institut Bahaï d’Education Supérieure (BIHE). Etant bahaï, on lui avait interdit l’entrée dans toutes les universités. Il avait été arrêté pour avoir organisé une cérémonie religieuse et emprisonné avec une longue peine. Quand Peylan est arrivé j’ai entendu les détenus dire qu’il était bahaï. Sa présence ne m’a pas interpellé uniquement parce que je n’avais jamais rencontré de bahaï jusqu’à ce jour.

Dans une société où les citoyens sont bombardés d’allégations contre les bahaïs de façon unilatérale, quand on est contraint de vivre dans un petit espace près des « autres » on est suffisamment intéressé pour les étudier.

D’abord, Peyman a salué tout le monde. Il participait au-delà des attentes aux tâches de la prison : vaisselle, débarrasser la table, etc… même quand ce n’était pas son tour. Quelquefois, cela me mettait en colère et je le lui disais : « Cher Peyman, tu es du genre à finir en martyr à la fin du film.» J’étais fasciné par le caractère de Peyman. Ce qui m’attirait en lui c’était son calme, son comportement et sa dignité dans tous les aspects de sa personnalité et de sa conduite. Il parlait très doucement et lentement, montrait tant d’empathie dans nos conversations sur nos proches qu’on avait envie de lui parler pendant des heures. C’est ainsi que durant mes premiers jours nous sommes devenus très amis et nous avons passé de nombreuses heures ensemble.

Nous discutions de littérature, de poésie et de musique. Nous parlions aussi parfois de notre façon de vivre et de notre culture. J’ai demandé à Peyman de me parler de la foi bahaïe mais apparemment, il ne voulait pas m’en parler. Quand j’ai insisté, il m’a dit : « Avant de nous mettre à la section 350, les autorités nous on dit à nous, bahaïs de ne pas nous mêler aux autres détenus. Autrement, nous allons recevoir des peines supplémentaires pour avoir enseigné la religion bahaïe dans une cellule de prison.»

C’était comme une prison à l’intérieur de la prison, mais nous n’avions pas le choix. 24 heures par jour, sept jours par semaine, 30 jours par mois et 12 mois par an, nous vivions dans une cellule de 20 m² sans pouvoir même nous parler. Alors pendant que nous étions ensemble à la section 350 d’Evine, il ne m’a pas beaucoup parlé de la foi bahaïe. Je lui avais demandé de m’expliquer cinq ou six sujets. La première chose qu’il m’a expliquée c’était les coutumes des fiançailles et du mariage dans la foi bahaïe. Nous avons parlé des droits des femmes, du divorce, de l’avortement, du mariage gay, de l’alcool, du culte bahaï, de ce qui était obligatoire et de ce qui était interdit.

Il n’a jamais insisté sur ses croyances pour propager la foi bahaïe. Il ne la mentionnait jamais sauf si on le questionnait. Au fil du temps, notre amitié a grandi et j’ai eu de plus en plus honte d’être musulman chiite : pourquoi mes camarades musulmans infligeaient tant de cruauté et d’injustice aux bahaïs.

Certains disent qu’en république islamique d’Iran les bahaïs ont des citoyens de seconde zone, mais j’ai été témoin que la république islamique ne leur donne absolument aucun droit à la vie, leurs vies et leurs propriétés peuvent être prises par n’importe quel citoyen musulman. Un bahaï n’a pas le droit de propriété ni même droit à sa propre destinée.

J’ai vu de mes yeux des actes méprisables d’injustice perpétrés par un être humain contre un autre être humain jamais vu au vingt-et-unième siècle.

Maintenant, l’humanité a atteint son point de maturité pour le savoir. La couleur de notre peau et ce à quoi nous choisissons de croire ne sont pas des raisons pour juger que quiconque est au-dessus des autres. Je ne comprends tout simplement pas pourquoi un être humain bahaï en Iran n’a pas droit à une éducation supérieure ni même à un cimetière ! N’ont-ils pas les mêmes droits que les autres Iraniens qui partagent la même terre ?

Au début de ma relation avec Peyman j’avais beaucoup de questions. A ce jour, je n’ai pas trouvé les réponses.

Peyman Kashfi était exceptionnellement pacifique et gentil. Je lui présente mes excuses personnelles pour les injustices commises contre les bahaïs et pour toute cette cruauté, mais je me souviens qu’il n’a pas fait montre de la moindre haine envers ceux qui l’avaient interrogé et qui l’avaient fait atterrir en prison.

Je lui ai dit qu’il me semblait intéressant de noter que si le monde se retournait, il n’aurait aucune réaction.

Il a souri et m’a dit les célèbres mots de Kurt Vonnegut Jr : « Oui donc ainsi vont les choses … »
Peyman, j’ai honte de me nommer être humain alors que tu es prisonnier de mes coreligionnaires ignorants.

Massoud Lavassani est un journaliste vivant en Turquie

Source: http://iranwire.com/blogs/6272/5835/


vendredi 2 mai 2014

17 prisonniers politiques annoncent la fin de leur grève de la faim


17 prisonniers politiques de la section 350 de la prison d’Evine qui étaient en grève de la faim pour protester contre l’attaque dont ils avaient été l’objet le 17 avril ont annoncé la fin de leur grève de la faim tout en soulignant qu’ils continuaient à demander une enquête impartiale sur cette attaque.

Au nom de Dieu,
Noble peuple d’Iran,

Le jeudi noir, un grand nombre de prisonniers ont été vicieusement battus alors qu’ils étaient menottés et avaient les yeux bandés ; beaucoup ont été grièvement blessés, ce qui ne s’était jamais produit auparavant.

Le 21 avril, nous avons lancé une grève de la faim pour protester contre ce qui s’était passé, pour faire entendre la voix des victimes et faire savoir ce qui s’était passé.

Nous espérons que vous avez bien été informés, que vous avez eu connaissance des preuves et que vous êtes maintenant à même de juger. En plus de ce qui précède, il suffit de regarder qui étaient les attaquants et qui ils attaquaient pour mieux comprendre et se souvenir.

Les responsables auraient du être les premiers à s’opposer à cette injustice, à s’occuper de ceux qui ont perpétré ces crimes, ont été les premiers à fermer les yeux sur ce qui se passait ; ce faisant, ils ont mis la réalité en lumière. Mais plus que tout le reste, la négation de faits évidents et le refus de mener une enquête impartiale ont aidé l’opinion publique à se faire son idée.

Si l’on continue d’ignorer le jeudi noir de la section 350 de la prison d’Evine, si une enquête impartiale n’est pas diligentée, les instigateurs et les préparateurs de ce crime en resteront marqués à jamais. Nous espérons que notre gouvernement se conduise honorablement et que quelques députés épris de justice puissent enregistrer ce qui s’est passé et mettre la vérité en lumière.

Nous exprimons notre gratitude à tous ceux qui ont fait part de leur sympathie lors du traumatisme des prisonniers innocents de la section 350, parmi eux de grands érudits, des personnalités nationales de premier plan, des groupes et des institutions qui nous ont demandé de mettre fin à notre grève de la faim ; nous leur annonçons qu’elle se termine le mardi 28 avril mais que nous continuons à demander une enquête sur les violations qui ont eu lieu.

Notre gratitude aussi à nos amis de la prison de Radjai Shahr qui sont en grève de la faim pour nous soutenir ; nous leur demandons aussi de cesser leur grève de la faim. 

1. Hassan Assadi-Zeidabadi
2. Amir Eslami
3. Akbar Amini-Armaki
4. Emad Bahavar
5. Ghorban-Ali Behzadian-Nejad
6. Massoud Pedram
7. Amine Tchalaki
8. Mohammad-Sadegh Rabani-Amlashi
9. Alireza Redjai
10. Seyyed Hossein Ronaghi-Maleki
11. Reza Shahabi
12. Mohsen Mirdamadi

Source :http://www.kaleme.com/1393/02/08/klm-182879/

Cinq autres prisonniers ont également annoncé arrêter leur grève de la faim :

1. Alireza Radjabian-Fard
2. Mohammad Davari
3. Hamid Karvassi
4. Djafar Gandji
5. Mohsen Ghashghai

Source :http://www.kaleme.com/1393/02/08/klm-182881/

jeudi 1 mai 2014

La section 350 de la prison d’Evine est-elle vraiment calme ? – Mehrangis Kar – 28 avril 2014

Gholam-Hossein Esmaïli, chef de l’infâme prison d’Evine a dit à l’agence de presse Tadbir que la section 350 de la prison était calme et tranquille. Mais depuis, les familles des prisonniers de cette section ont crié sans relâche la violence perpétrée dans la section et on a entendu leurs voix dans le monde entier. Après la révélation, le directeur a dit avoir identifié la source de cette « fausse » nouvelle.

Depuis longtemps, quand nous voulions écrire sur les lois et le déroulement de la justice, nous pensions que nous avions perdu la tête et qu’après 35 ans de république islamique, nous n’avions toujours pas compris que les lois de cette république ne sont que des outils sans vie propre, ce ne sont que des blagues. Certains se sont entrainés à les faire voter tandis qu’à d’autres, beaucoup moins intelligents, on a appris à ne pas permettre de les appliquer. Quel raisonnement sous-tend cette politique ? Je veux dire la politique de la rédaction de lois dans le but d’en tirer des bénéfices sonnants et trébuchants ?

En fait, rien de surprenant à ce que le régime brutal qui s’est imposé en Iran ne prenne la loi pour une farce. Ce qui est en revanche surprenant, c’est qu’il commence par faire voter des lois. Une de ces lois, rédigée en bonne et due forme, se rapporte aux prisons et à la règlementation de l’administration des prisons ; elle a été votée en 2005. Ce qui se passe dans les prisons iraniennes n’a absolument rien à voir avec ce qui est inscrit dans la loi. Ceux qui ont été entrainés à nier la loi, ce qu’ils font très bien d’ailleurs, ont vu une aubaine dans la nomination d’Esmaïli à la tête de la prison d’Evine. Après tout, il avait déjà réussi à proclamer : « Il n’y a pas un seul gramme de drogue vendu et acheté dans toutes les prisons du pays. »

Maintenant qu’Esmaïli a clairement démontré aux détenus d’Evine que les lois qui gouvernent les prisons de ce pays ne sont là que pour faire joli, il prépare le terrain pour qu’on ne s’intéresse jamais à la « recherche de la justice » Il ne semble pas comprendre que la lame même qu’il a ordonné d’utiliser pour raser les prisonniers se retournera bientôt contre lui.

Quand ceux qui m’enseignaient me parlaient de la loi, ils ne s’imaginaient pas qu’un jour la loi connaitrait un tel sort. Ils étaient pleins d’espoir : la loi serait respectée et honorée par ceux à qui ils l’enseignaient. Ils croyaient qu’on n’arrêterait jamais la mise en place de la loi à coups de couteaux, la remplaçant par une matraque. Mais maintenant, ces rêves et ces espoirs sont perdus, mais pas l’amour de la loi, même si des gens comme Esmaïli ont supprimé tout espoir de mise en application des lois que le régime lui-même a promulguées.

La section 350 d’Evine est une base historique. Si elle est secouée, le tremblement de terre arrive. A cause de ce qu’il s’est passé dans les cellules de cette section, et dans les autres cellules des autres sections, des autres prisons du pays, une réconciliation nationale n’est qu’illusoire. Même le régime de l’apartheid avait confiance en lui tandis que ce régime se moque de ses propres lois et règlementations.

La loi régissant l’administration des prisons en république islamique parle des droits du prisonnier en tant que citoyen. Elle en fait la liste, définit leur portée, exige la présence des avocats à tous les étages de l’organisation carcérale. Nulle part elle ne mentionne que si un homme, issu du sein de la république islamique, arrive aux affaires et tente, ne serait-ce que modestement, de l’empêcher de s’écrouler, qu'ils s'appellent Khatami ou Rouhani, on renierait la présomption d’innocence. Cette loi prend toutes les dispositions en cas de violation des droits des prisonniers et contient des règles spécifiques sur les aspects disciplinaires. Elle prévoit un conseil de classement les prisonniers et un autre disciplinaire. Si ces deux conseils n’avaient pas été transformés en farce par des personnes comme Esmaïli, la section 350 de la prison d’Evine aurait vraiment été paisible. Et si le principe de présomption d’innocence jusqu'à la preuve de la faute, stipulé dans l’article 37 de la constitution, n’avait pas été transformé en outil pour la justice, les prisonniers, aujourd’hui blessés et injuriés, joueraient un rôle actif dans la société dans leurs domaines professionnels ou universitaires, et ils auraient œuvré à réduire le nombre de crimes commis dans leurs communautés.

Mais notre sort est entre les mains de criminels qui jouent du couteau et nous attaquent chaque fois qu’un de leurs rivaux prend le dessus dans la lutte perpétuelle pour le pouvoir ; il nous faut donc nous appuyer sur ces mêmes lois pour nous battre pour nos droits. Il nous faut utiliser leurs lois pour les tenir responsables.

La section 350 de la prison d’Evine a bien accueilli les réformateurs entre 1997 et 2006. Après l’élection présidentielle de 2009, c’est devenu le foyer des réformateurs et maintenant, c’est le lieu de résidence des militants des droits humains. Elle a toujours servi d’étalon pour jauger les libertés de pensée et d’expression. Aujourd’hui, ces attaques et cette violence dénotent la peur suscitée par Madame Ashton et les réactions à propos la déclaration sur les droits humains publiée par le parlement européen sur la situation des droits humains en Iran. C’est plus sérieux que cela ne l’a jamais été. On a maintenant peur d’un prisonnier doté de raison et de connaissances. Ce nouveau prisonnier connait la loi et sait que seules des déclarations et des résolutions écrites peuvent ébranler le régime. Ces documents sont une base pour un prisonnier qui ne possède rien dans son propre pays. Elles lui donnent espoir et confiance, et cette confiance signe l’arrêt de mort du réseau des tortionnaires. En plus, elles donnent le sentiment que le monde les regarde, et ça marche même si ce n’est qu’une illusion.

Ils sont très doués pour créer des crises, mais tout autant étroits d’esprit et ils ne voient pas plus loin que le bout de leurs nez.

Alors, par peur de perdre le pouvoir, ils se sont maintenant concentrés sur la section 350 d’Evine. Mais ils n’en tireront rien. L’économie, malade et non-traitée, cherchant toujours à guerroyer, ils ne peuvent s’en débarrasser.

C’est le moment pour tous les Iraniens, de l’intérieur comme de l’extérieur, de déposer plainte contre le régime. Tous les Iraniens seront alors reconnus comme prisonniers de la section 350 de la prison d’Evine. Les Iraniens peuvent commencer à utiliser ces plaintes dans l’intérêt du pays, qui n’est autre que la défense de la dignité humaine. Les outils législatifs sont disponibles à l’intérieur même des lois votées par la république islamique. Tant que les Iraniens ne se présenteront pas comme membres de la famille de tous les prisonniers politiques, aucun progrès n’aura lieu et les déclarations sur les droits humains de l’union européenne resteront sans effets.

Les lois régissant l’administration des prisons en Iran sont un bon outil pour des actions à grande échelle pour défendre leurs intérêts nationaux. La loi spécifie les infractions qui pourraient être commises par les prisonniers. Si l’on avait respecté les dispositions de cette loi, la crise actuelle n’aurait jamais eu lieu.

Les Iraniens de tous horizons peuvent manifester contre les politiques cruelles et sans fondement du régime à un niveau international et mondial. Ils peuvent révéler ses crimes.

Je dis à Monsieur Rouhani que s’il ne défend même pas les droits que son administration a identifiés dans sa charte des droits du citoyen, il sera relégué au rôle de simple « coordinateur d'agences », comme l’avait nommé le président Khatami, beaucoup plus vite qu’il ne le croit. Et ceux qui avaient voté pour lui se demanderont alors ce qui est arrivé à celui qu’ils avaient élu président pour qu’il se transforme en simple coordinateur. Monsieur Rouhani, ne succombez pas à la pression, soyez ferme sur la loi et les droits des citoyens. La population place encore en vous ses espérances et vous pouvez en jouer. Vous serez détruit plus vite que vous ne le croyez si vous n’agissez pas ainsi. Ne vous suicidez pas, le temps presse.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/ward-350-of-evin-prison-is-peaceful.html

mardi 29 avril 2014

L’odeur du sang était partout – Nooshabeh Amiri – 28 avril 2014

Nous savons tous que beaucoup d’hommes et de femmes des excès de la première décennie de la république d’Iran des années 1980. Ils ont appris à connaître le régime et sa nature par les excès horribles et affreux et les transgressions de personnes comme le boucher d’Evine Ladjevardi et « frère Hamid ». Deux décennies sont pourtant passées et ces mêmes victimes continuent de souffrir de la douleur infligée alors à leur âme autant qu’à leur corps. La douleur se manifeste et explose souvent à la moindre cause qui déclenchera un suintement de souffrance et de douleur et, de temps en temps on se retrouve projeté entre les murs de la section 350 d’Evine aujourd’hui. C’est l’endroit où règnent la torture, la bastonnade et la violence sous toutes ses formes. Ceux qui perpétuent cette violence sont les « frères » et des hommes pseudo-religieux qui n’ont toujours pas étanché leur soif de sang après s’en être repu pendant plus de 30 ans.

Comme les parents des prisonniers d’aujourd’hui, nous continuons à voir des gens de notre génération aux âmes brisées dont certains sont encore dans des cellules sombres. Ils restent dans ces cellules, craignant à tout instant qu’on ne leur inflige davantage de douleur encore. En prison, nous voyons nos semblables, mais il faut que nous en ayons nous-mêmes fait l’expérience pour vraiment comprendre ce qu’ils nous ont fait, ce qu’ils sont en train de faire maintenant dans la section 350 de la prison d’Evine.

En dépit de tout ce qu’ils ont fait pour nous réduire au silence, pour nous dissuader, nos semblables sont de plus en plus nombreux et nos rêves humanistes sont plus solides que jamais. Si, à notre époque, ces victimes étaient des dirigeants qui soutenaient les travailleurs (comme Rahman Hatefi), de nos jours ce sont des travailleurs qui se moquent de leurs tortionnaire (Sattar Beheshti). Si c’étaient des religieux qui ont passé leur vie derrière les barreaux (comme l’ayatollah Montazéri), aujourd’hui ce sont des religieux qui s’engagent dans des prières pour la liberté (Mohsen Mirdamadi). Si c’étaient des nationalistes qui étaient viscéralement attachés à leur pays (Ezzatollah Sahabi), aujourd’hui ils sont assez forts pour défier leurs tortionnaires en leur demandant de les torturer davantage (Emad Bahavar).

Mais le groupe qui nous fait face est composé des mêmes menteurs qui, hier, signaient les ordres d’exécution d’un clignement d’œil et dressaient immédiatement l’échafaud. Et même quand ils ont versé des larmes de crocodile par opportunisme, ils créent encore des groupes et des institutions comme la prison de Kahrizak ou roulent sur les corps dans la rue. Ce sont des hommes avides de pouvoir qui nomment Mostafa Pour-Mohammadi à la tête de la justice (juge qui a ordonné les exécutions de masse de 1988).

D’un côté de cette bataille entre la vie et la mort se tiennent des hommes qui ne lâchent rien sur leur demande de droits humains, même sous les tortures les plus violentes. Aujourd’hui, leur message est : « Vous avez tort de croire que nous allons vous laisser détruire ceux que nous aimons » à chaque occasion. Ces hommes qui, le jour même où des mères sont tombées après avoir vu les fils torturés et blessés, se sont rasé la tête pour protester, ont regardé les agents du renseignement dans les yeux ; on les a jeté à terre et ils se sont relevé pour montrer qu’ils ne craignaient plus les agents, même si la salle de visite rappelait la prison d’Abu Ghraib.

De l’autre côté se tiennent les alliés de Monsieur Kamenei dont le nombre se réduit. Ceux qui ont remplacé des hommes comme Ladjevardi à Evine et qui jouaient au football en plein champ, sont aujourd’hui obligés de se déplacer en véhicule blindé, ne pouvant faire confiance à personne de leur entourage, chacun d’eux agissant comme un microphone pour son compagnon d’armes. Ces hommes savent trop bien qu’à la fin de la république islamique, ce sera leur tour de faire face à la population et qu’ils devront affronter leur destin.

Nous connaissons des hommes et des femmes dont les voix ont été étouffées dans les cellules d’isolement, dont on a volé la vie, dont on a pris le nom, la maison et la ville. Mais on ne peut leur retirer ni leurs rêves ni leur espoir. L’espoir est bien vivant dans chaque centimètre carré de ce pays.

Aujourd’hui Emad Bahavar, Hassan Assadi Zeydabadi, Abdolfattah Soltani, Hossein Ronaghi Maleki, Akbar Amini, Yashar DaralShafa, Saïd Haeri, Sadigh Kaboudvand, Behzad Arab Gol, Saïd Matinepour, Ghorban Behzadiannejad, Akbar Amini Armaki, Amine Tchalaki, Siamak Ghaderi, Mohammad-Sadegh Rabani Amlashi, Alireza Radjaï, Reza Shahabi, Mohsen Mirdamadi, Mohammad Shodjaï, Gholmareza Khosravi, Soroush Sabet, Soheyl Babadi, Mohammad Davari, Mehrdad Ahankhah, etc… sont des graines dont les bourgeons poussent déjà. Ces hommes qui saignent à chaque bastonnade nous rappellent que le temps n’est pas loin qui verra l'avènement d'un futur différent.

Nous nous lèverons, nous planterons des arbres dans nos blessures, nous nous fortifierons et nous grandirons malgré et grâce à notre douleur. Nous sommes ici et nous y resterons.

Aux détenus de la section 350 d’Evine, je déclare : notre cœur est avec vous ; nous partageons vos douleurs et vos larmes versées. Mais tout ceci, ces jours noirs et amers eux aussi passeront.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/the-smell-of-blood-was-everywhere.html

lundi 28 avril 2014

Arrêtez de faire souffrir les mères de ce pays – Narges Mohammadi

Ce lundi, j’ai accompagné les mères, les épouses et les enfants des prisonniers politiques dans la salle de visite de la prison Evine de Téhéran. Dans la salle de visite, j’ai vu des militants, le Docteur Maleki et Monsieur Nourizad.

L’atmosphère dans la salle était tendue, des larmes perlaient dans les yeux qui fixaient la porte, espérant son ouverture pour qu’on leur donne des nouvelles de leurs enfants ou même pouvoir les rencontrer.

La veille, c’était la fête des mères mais dans la salle, personne ne se la souhaitait. J’ai entendu la mère d’Akbar Amini appeler son fils et se frapper la poitrine de douleur. Elle venait de voir son fils, la tête et le cou blessés, derrière une vitre. Elle était tellement dépassée par la douleur et le choc qu’elle n’arrêtait pas de se répéter son nom.

La mère d’Amini souffre de diabète et s’est écroulée par trois fois durant la visite avec son fils, deux fois avant et une fois après. Nous avons appelé une ambulance et ils nous ont dit qu’il fallait l’emmener à l’hôpital. Mais elle a refusé de partir disant qu’elle voulait voir son fils d’abord. Un médecin urgentiste qui était venu pour elle a dit qu’elle était dans un état grave et qu’il fallait l’emmener à l’hôpital immédiatement. C’est alors qu’on l’appela au haut-parleur pour qu’elle aille voir son fils. Elle est partie en toute hâte et quelques minutes plus tard, nous avons entendu ses pleurs et ses cris : les pleurs d’une mère choquée de voir le corps blessé de son fils. C’est alors qu’elle s’est évanouie pour la troisième fois et qu’elle est partie pour l’hôpital.

De l’autre côté de la salle était assise la mère de Saïd Matinepour, pleurant sans arrêt, prononçant quelques paroles entre ses sanglots. Elle aussi s’est évanouie et plusieurs personnes sont venues la secourir et lui apporter de l’eau fraîche. « Mère, s’il vous plaît, relevez-vous, ouvrez les yeux chère mère » lui a dit une personne essayant de l’aider à se remettre et de la consoler.

Mère, quel mot beau et douloureux à la fois. Je ressens la douleur que ces mères et d’autres encore ont ressenti. Des larmes perlent aussi dans mes yeux.

La mère de Saïd a dit avoir vu son fils au bout de neuf mois à l’isolement. Au départ, elle ne l’a pas reconnu tant il avait maigri. Elle a alors demandé à sa bru : « Pourquoi ont-ils dit qu’il n’y aurait pas de visite pendant trois mois ? Qu’ont-ils fait à mon fils ? »

Une mère âgée, le visage pâle m’a demandé pourquoi on ne nous permettait pas de rencontrer nos enfants. « Je suis venue de Boroudjerd, 18 heures de voyage. Je ne partirai pas avant de l’avoir vu. J’ai entendu dire qu’ils avaient frappe nos enfants. Pourquoi ? » C’était la mère de Mohammad Davari.

La mère de Soheil Babadi a élevé la voix. Elle était agitée et ne tenait pas assise. « Je n’ai qu’un fils, Soheil. Je dois le voir » disait-elle.

Dans un autre coin de la salle, une fille console sa mère. L’urgentiste venu pour la mère d’Akbar Amini vient aussi l’examiner ; c’est la mère de Mehdi Dolati. Le docteur dit à ses filles d’emmener leur mère à l’hôpital immédiatement.

On entend de nouveau la voix forte des mères dans la salle ; toutes demandent à voir leurs enfants. Elles scandent « Allah-o-Akbar » et « Libérez les prisonniers politiques ». A plusieurs repris, j’ai senti la terre trembler sous mes pieds. J’ai vu le Docteur Maleki asperger d’eau une mère tout en tenant sa canne.

Monsieur Nourizad écoute les plaintes d »une mère. La mère d’Alireza Radjaï revient de la visite, soutenue par son autre fils qui la console. Elle pleure et gémit « Chère Nargues, ils ont tabassé Alireza. A qui se plaindre ? » Je lui réponds « A dieu ». Elle demande alors pourquoi dieu ne s’occupe pas de leur douleur.

La mère d’Hossein Ronaghi-Maleki est assise à côté des mères de Davari et de Matinepour et toutes pleurent sans arrêt. Elle parle de la maladie de son fils et s’inquiète pour sa santé. De temps en temps, elle récite des prières et va jusqu’aux gardiens pour répéter sa demande de voir son fils.

La mère de Saïd Zeinali arrive, le visage plein de larmes. Elle étreint la mère de Saïd Matinepour qui lui demande : « Ont-ils aussi battu votre fils ? ». Elle lui répond : « Je ne sais pas, peut-être » au milieu de ses sanglots. La mère de Matinepour demande à celle de Zeinali : « Vous l’avez vu aujourd’hui ? ». Elle lui répond : « Je voudrais que mon Saïd soit aussi à Evine, j’aurais été là pour lui. » Ces mères, comme les autres, échangent leurs points de vue et leurs douleurs, même si elles ne se connaissent pas, même si elles ne connaissent pas les enfants des autres mères. Mais elles ont en commun un sentiment : l’amour d’une mère pour son enfant.

Voir ces mères mourant d’envie de voir leurs enfants emprisonnés le jour de la fête des mères n’est pas chose facile. Et je suis déconcertée de l’indifférence des dirigeants de ce pays face à tant de mères en larmes parce qu’elles ne peuvent pas voir ou être avec leurs enfants.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/stop-the-suffering-of-the-mothers-of-this-country.html

dimanche 27 avril 2014

Lettre de Bahareh Hedayat en réponse à l'attaque récente de la section 350

Durant ces quatre dernières années, le téléphone a été coupé dans les prisons d’Evine et de Redjaï Shahr. Durant ces quatre dernières années, les prisonniers et leurs familles ont tenté tout ce qui était en leur pouvoir par des moyens légaux pour mettre fin à cette injustice mais sans résultat. Durant ces quatre dernières années, les prisonniers ont été fréquemment fouillés pour saisir tous leurs moyens de communication. Malheureusement, lors de la dernière fouille à la section 350 d’Evine, nous avons été témoins du lâche tabassage de nos frères.

Les autorités judiciaires sont devenues rouges de colère en « découvrant » quelques portables dans la section 350. Il faut demander : « Vous savez ce que c’est d’avoir 26 heures de visite par an avec votre famille ? C’est comme enterrer les prisonniers vivants ! Quand vous coupez le téléphone et privez les prisonniers de leur droit à communiquer avec leurs familles, vous condamnez les prisonniers à une mort lente, une peine non-écrite qui ne fait qu’ajouter à la cruauté et à l’oppression imposées aux prisonniers durant ces années.

Quand les prisonniers n’ont pas accès au téléphone, ils sont finalement condamnés à une demi-heure de communication avec leur famille (essentiellement une communication indirecte) ce qui ronge et met en danger leur santé émotionnelle et psychologique. C’est une sorte de torture lente et silencieuse qui prend la place des ecchymoses et des blessures, bien visibles, elles.

Vous voulez doucement détacher les prisonniers de conscience de leurs familles et du monde extérieur. Vous enfermez les prisonniers dans un vide jusqu’à ce que leurs relations spirituelles ou leur relation avec le monde libre soient bloquées ou même détruites. Vous avez l’intention de les détruire de façon insidieuse et cruelle, mais vous êtes en colère parce que les prisonniers ont choisi de ne pas mourir de mort lente, alors vous avez promis d’augmenter la pression.

Au fil des ans, la situation des prisonniers politiques c’est leur tenir une semaine la tête sous l’eau puis les laisser respirer pendant une demi-heure et répéter l’opération pendant des années. Il est facile de comprendre que la respiration durant la demi-heure est pleine d’angoisse et de stress, mais, malheureusement, les autorités judiciaires sont plus concernées par la raison pour laquelle le prisonnier, la tête sous l’eau pense qu’il a le droit de tricher en agitant les bras et les jambes de bas en haut.

Tentent-ils d’attirer l’attention des « médias dissidents » pour salir le tableau ? Tentent-ils de dire que « les droits humains islamiques » torturent ? Tentent-ils de fournir du contenu aux médias occidentaux ? Les autorités de la prison sont fières d’avoir écrasé toutes les personnes dont ils ont maintenu la tête sous l’eau pendant les inspections. Mais il n’y a personne pour répondre à cette question : quel pourcentage des appels émis de ces portables « découverts »étaient-ils destinés à d’autres qu’aux membres de leurs familles ?

En ce moment, les ministères de la justice et du renseignement ainsi que l’organisation des prisons ont tous signé un pacte pour mettre en place cette peine injuste. Bravo pour votre unité, mais il faut que vous sachiez que la réaction comportementale et la résistance des prisonniers n’est que naturelle et même critique.

Lors de vos procès inéquitables, aucun de nous n’a été condamné à être « enterré vivant. »
Communiquer avec sa famille fait partie des droits du prisonnier. Les en priver n’est pas en conformité avec les normes des droits humains, qu’ils soient islamiques ou non, orientaux ou occidentaux. Nous devrions être fiers des prisons iraniennes quand on les compare à celles de Corée du Nord, d’Abu Ghraib ou de Guantanamo Bay.

Eu égard à la situation des droits au téléphones dans les sections politiques des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr, il serait plus approprié d’adopter et d’appliquer des décisions plus humaines. La pratique des fouilles fréquents et de l’intimidation ne conduit nulle part.

Les prisonniers ont le droit de défendre leur santé psychologique et émotionnelle, c’est un droit fondamental et aucun règlement ou arrêté ne peut s’y opposer.

Bahareh Hedayat – Avril 2014
Prison d’Evine
Source : http://www.kaleme.com/1393/02/07/klm-182473/

Sept détenus de Redjaï-Shahr annoncent leur grève de la faim

Sept détenus de Redjaï Shahr ont commencé une grève de la faim mercredi 23 avril pour protester l’attaque violente contre les prisonniers de la section 350 d’Evine :

Noble peuple d’Iran,

La révolution de 1979 n’était pas un évènement isolé mais un long processus répondant aux demandes et aux besoins du peuple d’Iran. Partant d’une monarchie constitutionnelle, les slogans n’étaient pas un hasard : liberté et justice, le but était le droit du peuple à la souveraineté sur son propre futur. Malheureusement, les années qui ont suivi la victoire de la révolution, les autorités du pays ont, à de multiples reprises, violé les principes enchâssés dans la constitution et relatifs aux droits sociaux du peuple. La justice n’a non seulement pas réussi à être responsable, mais, très souvent, l’institution en elle-même a violé la loi.

Attaquer des prisonniers politiques, les contraindre physiquement et psychologiquement ainsi que leurs familles, cela n’est malheureusement pas la première fois que cela se produit. La maltraitance des prisonniers politiques par les autorités judiciaires est devenue acceptable et les actions criminelles des personnels de sécurité des prisons sont devenues une habitude. Quel dommage que les officiels du régime ne tirent pas la leçon des conséquences de leurs actes : les résultats à court terme produisent des pertes à long terme.

Dans le passé, il n’y a pas eu d’enquête équitable sur les agissements immoraux et illégaux, encore moins de châtiment : les meurtres de Zahra Kazemi, Zahra Bani-Yaghoub, Hoda Saber, Sattar Beheshti ou la tragédie amère des crimes et maltraitances qui se sont passés au centre de détention de Kahrizak, et aucune enquête. Les autorités judiciaires sont devenues plus dures et rigides dans leurs relations avec les prisonniers de conscience et les prisonniers politiques, élargissant le fossé séparant le régime du peuple.

Dans ces conditions, les évènements du Jeudi Noir ont ouvert de nouvelles blessures pour le peuple d’Iran, amoureux de la démocratie et en recherche de liberté. 

Une semaine après les évènements douloureux et inhumains qui ont eu lieu dans la section 350 d’Evine, bastonnades vicieuses ayant causé des blessures terribles aux prisonniers, transfert par la force à l’isolement, aucune autorité judiciaire, administrative ou sécuritaire n’a eu une conduire responsable. Ils ont nié leur responsabilité en fabriquant des mensonges diffusés dans les médias officiels dont la télévision d’état Seda o Sima.

Le chef du Bureau des Prisons qui est officiellement le responsable, a purement et simplement nié les faits, et il a aussi ajouté l’insulte aux blessures en ridiculisant les détenus. Le silence éloquent et le manque de réaction des ministères de la justice et du renseignement est inexplicable et suspect. Il semblerait que ces messieurs aient oublié que le vote de la nation en juin 2013 était « non » aux mensonges, à l’illégalité, à la corruption et à l’incompétence et « oui » aux demandes du Mouvement Vert d’Iran.

Alors nous, prisonniers de conscience et prisonniers politiques de la section 12 de la prison de Redjaï Shahr, en union avec nos amis de la section 350 de la prison d’Evine, avons commencé une grève de la faim le mercredi 23 avril pour protester contre la conduite illégale des institutions judiciaire et sécuritaire et les agissements inconscients des responsables.

Djafar Shahin Eghdami
Reza Entessari
Massoud Bastani
Saïd Razavi Faghih
Mehdi Mahmoudian
Saïd Madani
Mostafa Nili

Prison de Radjaï Shahr 

Source: http://www.kaleme.com/1393/02/04/klm-181991/

Témoignage d'Arash Sadeghi sur le jeudi noir à la section 350 d'Evine

Quand nous sommes arrivés devant le portail d’Evine ce matin-là, nous avons d’abord remarqué la forte présence d’agents en civil. Nous devions rencontrer plusieurs personnes ; le Docteur Mohammad Maleki, Mohammad Nourizad, Nargues Mohammadi et Behnam Moussivand étaient venus. Nous nous sommes salués et nous sommes entrés dans la salle de visite qui était très agitée. Il y avait environ 150 à 200 personnes, certaines faisaient partie des familles de prisonniers et tous les autres étaient venir les soutenir. On n’avait pas accordé de visite aux prisonniers qui avaient été transférés à l’isolement.

Soudain, on a entendu une femme crier. C’était la mère de Saïd Matinepour. Les familles de ceux qui avaient obtenu une visite lui ont dit qu’il avait été si sauvagement battu qu’il avait perdu conscience pendant un long moment. La mère de Saïd se frappait en maudissant les autorités. Du côté nord de la salle, une autre femme a crié. C’était la mère d’Akbar Amini. On lui a dit que son fils avait le cou brisé. Ce fut ensuite le tour de l’épouse d’Omid Behrouzi d’entendre parler des blessures de son mari, un derviche Gonabadi emprisonné. Il a des fractures du crâne et une veine arrachée à la main. De nombreux membres des familles scandaient dans la salle de visite : « Mort au dictateur » et « Libérez les prisonniers politiques. »



La tragédie est beaucoup plus profonde. Le colonel Imanian a donné l’ordre d’attaquer les prisonniers de la section 350. Avant l’assaut, il avait demandé aux forces de sécurité : « Ceux qui n’ont pas le cœur de tabasser ne devraient pas entrer dans le bâtiment de la section. » L’attaque a commencé et les prisonniers ont été attaqués à coups de poing, de pied et de matraque. Puis les agents de sécurité ont séparé 20 prisonniers et les ont transférés dans une salle qui n’est pas équipée de caméra où ils ont pu tabasser les prisonniers tout leur soûl. Ensuite, les forces de sécurité ont traîné les prisonniers souffrant de fractures dans un fourgon garé devant la section 350. On leur a rasé la tête et on les a transférés à l’isolement dans la section 240 d’Evine.

Beaucoup des prisonniers battus sont restés à la section 350 avec des fractures aux jambes et aux bras, sans recevoir aucun soin médical. Les prisonniers de la section 350 se sont engagés à se mettre en grève de la faim si les blessés ne recevaient pas de soins médicaux dans les trois jours.

Arash Sadeghi, militant
Téhéran, Iran

P.S. : Ceci n’est qu’une partie de ce qui s’est passé pendant l’attaque des forces de sécurité contre la section 350 d’Evine. Je fournirai d’autres détails ultérieurement.

Source : http://persian2english.com/?p=24967

Témoignage d'Hossein Ronaghi-Maleki sur le jeudi noir

Certains évènements sont plus pénibles à raconter qu’à vivre ; c’est mon amère réalité, la mienne et celle des autres prisonniers politiques de la section 350. Ce dont j’ai été témoin m’a remémoré tous les évènements des cinq dernières années, les gens écrasés dans la rue, les arrestations violentes, la détention à l’isolement, l’attaque des universités et les épisodes controversés du centre de détention de Kahrizak.

Jeudi, un groupe nous a assailli pour nous déshonorer, nous ôter toute personnalité et dignité. Ils l’ont dit eux-mêmes : « Pendant quatre ans nous avons été doux avec ces mecs, maintenant il faut les soumettre. » Ils sont venus nous intimider et nous faire comprendre que si nous résistons, nous serons humiliés, mis à terre et maltraités.

Jeudi, peu après neuf heures du matin, nous avons entendu le ton agressif de quelques hommes qui avaient pénétré dans le hall. « Debout, vite » J’ai répondu : « Permettez-moi de m’habiller et je sors. » Il s’est mis encore plus en colère et a dit avec agressivité : « Ce n’est pas la peine, sors tout de suite. » Dans le va et vient qui a suivi, les souvenirs de mon arrestation en 2009, on ne m’avait pas permis de m’habiller, me sont revenus. On nous a fouillés de façon non-habituelle et immorale puis on nous a envoyé dans la cour. Ils ont fermé la porte et nous avons d’abord pensé que tous les détenus de la section étaient dehors, mais ce n’était pas le cas.

Nous avons entendu nos amis gémir très fort et quand nous avons regardé par les fenêtres la sinistre réalité nous a choqués. Sous les insultes et les jurons, les gardes arrachaient les vêtements des prisonniers, les traînant vicieusement sur le sol tout en les battant. Ce que voyant, nous nous sommes dirigés vers la porte et avons scandé des slogans pour protester. La porte s’est ouverte et beaucoup sont entrés dans le bâtiment. Nous avons alors vu les gardes former un tunnel de matraques et battre les prisonniers qu’ils tiraient dans ce tunnel.

Monsieur Radjaï criait : « Ne frappez pas ! » et nous ne pouvions rien faire d’autre que de crier « Ne frappez pas ! ». Des dizaines de fonctionnaires en civil et de gardiens de prison nous ont attaqués, nous frappant au visage et au cou impitoyablement des poings et des pieds. C’était une scène incroyable : les matraques pleuvaient sur les visages de Messieurs Alireza Redjaï, Akbar Amini et Behzad Arabagol entre autres. Ils ne prenaient pas le temps de la réflexion, ne se rendaient pas compte qu’il s’agissait de prisonniers sans défense, et plus important encore, d’êtres humains. Les gardes ne se sont pas demandés pourquoi ils se conduisaient ainsi.

Les fonctionnaires en civil étaient costauds, comme s’ils n’étaient là que pour attaquer les prisonniers. Les fonctionnaires semblaient croire avoir gagné quand ils ont poussé les prisonniers dans la cour en les frappant à coups de pied et de poing, avec des bâtons et des matraques. Les coups étaient plus forts dans le tunnel de matraques, les jurons plus vulgaires et il y a eu davantage de menaces. Ils ont dit à Alireza Radjaï : « On s’occupera de toi plus tard. »

Nous étions choqués. Le visage ensanglanté, on nous avait dépouillés de notre dignité ; cela ressemblait à une scène de l’Ashoura. Un prisonnier est tellement désarmé ! Les agents avaient oublié leur conscience, n’avaient ni compassion ni humanité et ils nous montraient leur visage féroce. Les infâmes attaquants voulaient nous intimider, détruire notre fierté, notre dignité en nous piétinant, nous frappant avec des bâtons et des matraques ; mais ils ont échoué.

Ma foi, ma dignité et mes convictions m’ont empêché de pleurer et de crier à la vue de la mort de l’humanité dont j’étais témoin. Nous souvenant que nous étions des prisonniers politiques, nous n’avons pas bougé d’un cil durant toute la scène. Comme l’a dit l’un des prisonniers politiques, nous devions faire face, tête haute et Verts. A cause de cette résistance, Akbar Amini avait le visage en sang, Omid Behrouzi une veine rompue, Emad Bahavar a été sévèrement battu et grièvement blessé, Mohammad-Sedigh Kaboudvand a eu des ecchymoses sur tout le corps, Esmaïl Barzegar des côtes cassées, on a sauvagement manqué de respect à un homme respectable comme Mohammad-Amine Hadavi, et le cœur de Kamiar Sabet n’a pas supporté ce niveau de violence et de cruauté.

Des dizaines de fonctionnaires en civil et de membres des services de sécurité ont convergé vers la cour de la section 350 en hurlant des insultes. Ils criaient : « Pendant quatre ans nous les avons laissé faire, que croient-ils qu’il se passe ? » Ils voulaient leur revanche et se sentaient plus forts que les prisonniers politiques innocents et sans défense. Ils nous ont entourés, faisant tournoyer leurs matraques en hurlant : « Revenez ici ! » L’un des fonctionnaires en civil hurlait : « Venez ici, vous n’avez pas les – de venir ! » C’étaient les mêmes qui scandaient des slogans sur leurs matraques en 2009.

Il n’y avait pas assez d’air et je suffoquais. Malgré toute cette violence, tous ceux que j’ai rencontrés ont dit : « S’ils en ont après nous et nous attaquent, on se laisse battre mais nous ne ripostons pas. » Nous nous sommes assis en silence au milieu de la cour pour protester. Mais les assaillants se sont mis en position d’attaque, ils voulaient plus de sang. Nous étions fatigués. On nous avait déjà battus à coups de matraque. Beaucoup avaient faim et soif. Que pourrais-je dire ? Ils ne permettaient même pas aux malades et aux blessés de prendre des médicaments, alors de la nourriture et de l’eau… Ils ont refusé de nous donner des pansements pour nos blessures, et, mon dieu, ils ont même interdit les médicaments à faire fondre sous la langue dont certains prisonniers avaient désespérément besoin.

Qu’il était triste de voir Omid Behrouzi tête haute devant les matraques, la main ensanglantée, qui était agoni d’injures. Il criait : « Personne dans ce pays ne devrait être au-dessus de la loi. Personne n’a le droit d’ignorer de façon flagrante la loi et d’attaquer les détenus. Nous demanderons que vous soyez tous trainés en justice. » Les fonctionnaires se moquaient de lui alors que les prisonniers, les larmes aux yeux se sentaient abattus. Les prisonniers savaient que la justice est un concept étranger et qu’on n’a jamais suivi la loi et qu’on ne la suivrait jamais. Omid était dans un état physique déplorable, nous l’avons emmené au centre de la cour, c’est alors que les manifestations de l’Ashoura 2009 nous sont revenus en mémoire.

Nous avions été battus, nous avions versé notre sang et nous demandons toujours justice, nous disons encore arrêtez d’enfreindre la loi, abandonner votre conduite tyrannique ! Nous demandons toujours la compassion pour sauver l’humanité, car les prisonniers sont vraiment sans défense.

Je me sens étouffer. Donnez-moi un peu d’air.

Seyed Hossein Ronaghi Maleki
Prison d’Evine, section 350
Source : http://www.kaleme.com/1393/02/04/klm-182170/


samedi 26 avril 2014

Témoignage d’Emad Bahavar sur l’attaque brutale contre les prisonniers politiques de la section 350

J’ai l’impression que la douleur a pris possession de mon corps. Je n’avais jamais encore tâté de la matraque  J’ai été arrêté le lendemain de l’élection de 2009 et je n’ai pas pu être aux côtés du peuple pendant les manifestations.

Quand huit personnes pesant chacune plus de 100 kilos s’agitent au-dessus de vous, vous donnant des coups de pieds, des gifles et des coups de matraques, on ne sent plus rien au bout de quelques minutes.

On ne ressent même pas si l’un de ses os a été fracturé, si l’on saigne, si l’on est blessé. Ce n’est que quelques heures après avoir été battu et agressé que l’on arrive à penser à s’examiner en détail pour vous ce qui nous est arrivé.

En plus des gardes, il y avait plusieurs hommes en civil qui nous battaient : un gros de 120 kilos qui portait une chemise blanche avec un col clergyman par-dessus son pantalon et qui avait une barbe assez longue, un autre de 130 kilos, athlétique, un peu plus grand, qui avait le lobe des oreilles arraché, une chemise blanche et rose, un autre de 140 kilos, qui mesurait environ deux mètres, portait des lunettes noires et un costume, et le reste, des bodybuilders de 100 kilos portant des jeans serrés et des tennis.

J’étais au premier étage et j’ignorais ce qui se passait en bas. J’entendais seulement les voix dont le volume allait augmentant. Je me suis dirigé vers l’entrée de la section pour voir ce qui se passait.

J’ai entendu les hurlements du hadj agha : « frappez-les » et les hommes en civil ont dévalé les escaliers.

C’est là que j’ai vu le gars de 120 kilos pour la première fois. Il a retiré sa veste, il était en colère. Il faisait tournoyer sa matraque au-dessus de sa tête en hurlant et en jurant.

En un instant, j’ai revu les scènes des vidéos de 2009 ; c’étaient les mêmes qui frappaient sauvagement la population dans la rue.

Je ne pouvais pas me contenter d’observer la bastonnade, j’ai retiré ma montre pour la jeter par terre. Je me suis dirigé vers le hadj agha et je lui ai crié : « Pourquoi les frappez-vous ? »
Ce qu’ils ont traduit par « Pourquoi ne me frappez-vous pas ? » D’un seul coup, plusieurs d’entre eux on fondu sur moi en me frappant et en me donnant des coups de pieds.

Hadji s’est dressé devant moi et m’a demandé qui j’étais. « Emad Bahavar, du quartier général de Monsieur Moussavi. » Le gars de 120 kilos m’a donné un coup de poing au visage. Il a commencé à cracher des injures sur Moussavi. Hadji a dit : « Moussavi et sa femme sont partis se cacher, la peur au ventre, dans un trou. »

Le gars de 130 kilos m’a crié : « Assieds-toi », je n’ai pas bougé. Je suis tombé sous une rafale de coups de poing, de pied et de matraque.

Je me suis relevé et me suis placé face à Hadji, le fixant dans les yeux. Le gars de 120 kilos a hurlé : « Baisse la tête ! Baisse les yeux ! » Je n’ai pas bougé. Le gars de 130 kilos a joint les mains entre mes jambes, m’a soulevé et projeté au sol. De nouveau, rafale de coups de pied, de poing et de matraque.

De nouveau, je me suis relevé et j’ai fait face à hadji : « Cela fait 5 ans que nous faisons face… »
Ils envoyaient toujours plus de gardes en bas, il y en avait environ 200. L’un des commandants a hurlé : « Que les soldats qui ne veulent pas participer au tabassage ne descendent pas. » Beaucoup sont restés à l’étage.

Ils emmenaient les gars un par un à l’étage jusqu’au bout de la section. Tous étaient menottés, certains avaient le visage en sang et pouvaient à peine marcher. Ils étaient obligés d’en porter certains en les portant par les bras et les jambes, à l’horizontale. Certains avaient été tellement battus qu’ils n’arrivaient plus à marcher. J’en ai reconnu trois : Khalghati, Ebrahimzadeh et Fouladvand. En tout, il y en avait environ 30.

Ils ont bandé les yeux de tout le monde. Ils m’ont aussi apporté un bandeau et des menottes. J’ai résisté et protesté un peu mais sans résultat.

Ils nous ont mis sur une rangée dans le couloir de la section 350, menottés et les yeux bandés, face au mur. Certains gémissaient. De nouveau, ils nous ont battus par derrière. Les gémissements sont devenus plus forts.

Les gardes ont formé un tunnel humain de la porte de sortie de la section jusqu’à un fourgon garé dehors. Ils nous ont forcés à traverser ce tunnel en nous battant, en nous donnant des coups de pied. Il y avait du sang tout le long du chemin jusqu’au fourgon et à l’intérieur.

Dans le fourgon, les gens s’annonçaient : Mohammad Davari, Gholamreza Khosravi, Mohammad Sedigh Kaboudband, Mehrdad Ahankhah, Madjid Assadi, Soheil Arabi

Apparemment, quelqu’un est intervenu pour moi, on m’a appelé et dit de quitter le fourgon. Ils ont emmené les autres.

Hadji, au milieu de ses hommes, me faisant face, m’a fait un discours éloquent contre le Mouvement Séditieux et Mir-Hossein et a parlé du pouvoir et de l’autorité du régime.

Le gars de 130 kilos m’a apporté un verre d’eau glacée. Le chef de la sécurité leur a ordonné de m’emmener au dispensaire de la prison. Ils y avaient emmené Esmaïl Barzegari auparavant. Il avait les côtes cassées. Plus tard, ils y ont emmené Omid Behrouzi dans des vêtements trempés de sang ; il avait eu le poignet ouvert par du verre brisé. Kamiar Sabeti avait eu un problème cardiaque.

J’ai entendu dire qu’ils avaient trouvé plusieurs portables et iPods. Voilà cinq ans qu’ils ont coupé le téléphone de la section. Tout ce « déploiement de force » parce que certains voulaient entendre la voix de leur famille ou apprécier quelques instants de calme au son de la musique. Il n’y a rien d’illégal à la 350, que de l’amour et de la musique.

J’ai mal dans tout le corps. Je ne veux pas dire la douleur et le mal des contusions au poignet dues aux menottes de métal, ni le mal à l’oreille gauche causé par les fortes gifles, ni le mal au cou venant des coups de poing à la tête et au cou, ni le mal à la langue qui était entre mes dents durant une rafale de coups de poing et de pied, ni le mal au dos des coups de matraques en plastique, ni le mal aux reins et aux genoux, contusionnés par les coups de pied.
Aucune de ces douleurs n’est importante et elles se calmeront bientôt. La source du mal est ailleurs. Les années de prison nous ont fait oublier les blessures de 2009. Nous avons oublié le mal et la souffrance que les mères et pères en deuil sont endurés.

Nous avons oublié la douleur de la perte de Neda, de Sohrab, d’Ali, de Taraneh et des autres martyrs. Nous avons oublié la douleur des balles et des matraques, des battes de base-ball, des poignards et des poings américains utilisés par les hommes en civil sur le peuple.

L’attaque du 17 avril contre la section 350 nous a rappelé toutes ces scènes et a ramené toutes ces douleurs dans nos âmes.

Quand Rouhani est arrivé, nous nous sommes dit que les souffrances de la population seraient réduites, que la situation s’améliorerait et que nous pourrions alors fermer les yeux sur tout ce que nous avions souffert. Certaines des mères en deuil ont aussi dit qu’elles étaient prêtes à pardonner.

Les évènements sanglants du 17 avril nous ont montré que la haine dans leurs cœurs noirs surpassait l’amour et le pardon des Verts.

J’aurais voulu murmurer ces mots à l’oreille d’hadj agha : « Nous voulions pardonner, souviens-toi, mais vous, vous ne le vouliez pas… »

Source : http://www.kaleme.com/1393/02/02/klm-181647/

mardi 22 avril 2014

Lettre de 74 prisonniers de la section 350 d'Evine

Jeudi noir à la section 350 de la prison d’Evine – 21 avril 2014

Traduction d’une partie de la lettre de 74 prisonniers politiques de la section 350 de la prison d’Evine de Téhéran. Elle décrit ce dont les prisonniers ont été témoins durant l’attaque violente d’agents en civil et de gardes de la prison le matin du « Jeudi noir » à la prison d’Evine et comprend la liste des prisonniers blessés et de leurs blessures. 

Le 17 avril 2014 vers 09h30, nombre d’agents en civil accompagnés de gardes de la prison et des dirigeants de la prison ont pénétré dans la section 350 de la prison d’Evine de Téhéran pour y mener une inspection. Les agents en civil, qui appartenaient probablement à l’appareil sécuritaire, sont entrés dans les pièces de la section et, après des fouilles au corps, ont envoyé les prisonniers dans la cour et ont fermé les portes du bâtiment.

Durant l’inspection, les prisonniers, dans la cour, ont compris que leurs codétenus qui étaient encore dans les cellules, étaient sévèrement tabassés par les agents de sécurité en civil et les gardes de la prison. Malheureusement, malgré les protestations des prisonniers, non seulement le tabassage ne s’est pas arrêté mais les prisonniers qui protestaient ont été soudain sévèrement attaqués par les agents de sécurité avec des matraques, des barres de fer, à coups de poing et de pied.

Les autorités de la prison et les gardes de la prison n’ont non seulement pas empêché les tabassages, les insultes et la destruction de leurs effets personnels, mais ils encourageaient les agents et les gardes de la prison qui agissaient sous leurs ordres et attaquaient physiquement les prisonniers.

Lors de cet incident triste et inhumain, 14 détenus battus devant les autres ont été transféré vers un lieu inconnu [NDT : en fait à la section 240 à l’isolement] le syeux bandés alors qu’ils saignaient beaucoup. Le reste des prisonniers battus et blessés dont certains âgés et malades a été confiné dans la cour ; les autorités ont refusé de faire un rapport sur le nombre de blessés et la nature des dommages subis par leurs effets personnels. Pour enregistrer la nature et la sévérité des blessures subies par les personnes ci-dessus mentionnées, nous avons établi la liste des blessés ainsi que la nature de leurs blessures établies par deux médecins prisonniers :

  1. Kamyar Sabet-Sanati : Choc nerveux grave – angoisse dans la poitrine, douleur avec des symptômes d’atteinte du cœur ; suite à la prise d’un médicament sublingual les symptômes ont beaucoup régressé.
  2. Omid Behrouzi : Coupure profonde de l’intérieur du poignet droit causée par un objet tranchant accompagnée de saignement sévère. Grâce à une action hémostatique, les saignements se sont arrêtés. On l’a alors envoyé à l’infirmerie. Un premier examen montre la possibilité d’un corps étranger dans la blessure.
  3. Akbar Amini Armaki : Lacération relativement profonde du cuir chevelu au-dessus de l’oreille droite ; nous avons fait les premiers gestes pour amener à l’hémostase. Caillots de sang et œdème à l’arrière de la tête, vertiges, nausée et vision brouillée.
  4. Esmaïl Barzegari : Œdème et douleur extrême dans le bas de la poitrine du côté gauche avec des symptômes récurrents de côtes cassées.
  5. Ali Redjaï : Douleur dans l’avant-bras droit, ecchymoses et douleur d’une épaule à l’autre dans le dos.
  6. Armine Tchalaki : Douleurs, abrasion et caillots de sang dans la région postérieure du coude gauche.
  7. Massoud Arab-Tchoudbar : Douleur dans l’épaule droite et le bras droit avec œdème et motricité réduite de l’articulation de l’épaule droite.
  8. Farshid Fatehi : Douleur, œdème et motricité réduite des articulations du gros orteil gauche.
  9. Seyyed Hossein Ronaghi-Maleki : Douleur et œdème mineur de la région postérieure du cuir chevelu, petites coupures peu profondes sur les doigts et la paume des mains gauches et droites.
  10. Madjid Mohammadi-Moein : Rougeur et inflammation de l’œil gauche ; douleur et ecchymose autour de l’œil gauche.
  11. Docteur Asghar Ghotan : Douleurs et œdème léger aux jambes gauche et droite.
  12. Emad Bahavar : Douleurs diffuses dans tout le corps, ecchymoses en forme de bande dans le dos et sur les épaules, petites abrasions et ecchymoses sur les poignets des deux mains.
  13. Peyman Kassen-Nejad : Douleurs et ecchymoses à l’avant-bras gauche et la jambe antérieure droite.


Source: http://www.kaleme.com/1393/01/30/klm-180979/