Affichage des articles dont le libellé est Nasrin Sotoudeh. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nasrin Sotoudeh. Afficher tous les articles

lundi 26 janvier 2015

Interview de Nasrine Sotoudeh avec Radio Zamaneh

Radio Zamaneh : Votre libération anticipée était-elle un signe de la détermination du gouvernement à améliorer la situation des droits humains en Iran ?
Nasrine Sotoudeh : On aurait pu l’interpréter ainsi, c’est même ce que j’ai pensé à l’époque. Malheureusement, les libérations de prisonniers ont cessé ; à la place, il y a eu plus d’arrestations et des verdicts plus lourds.
Il faut noter que le domicile de Monsieur Abdolfattah Soltani, qui lui servait de caution, a été confisqué il y a plus de quatre mois. Les autorités lui ont refusé une libération provisoire pour la deuxième fois. Quand je considère tous ces évènements, je suis obligée d’en déduire qu’il n’y a pas de perspective prometteuse pour la libération des autres prisonniers politiques.



RZ : Qu’en est-il de votre autorisation de pratiquer ?
NS : Le conseil de discipline fait partie du Barreau. Quand un avocat est accusé dans n’importe quel tribunal, le procureur en informe le conseil de discipline du Barreau qui le transmet à l’une des chambres du conseil. Mon dossier a été envoyé dans une chambre du conseil de discipline qui s’est opposée à la révocation de mon autorisation. Puis une autre chambre a décidé de suspendre mon autorisation pendant trois ans. Quand un avocat est condamné, le procureur peut en informer le conseil de discipline et demander la suspension de l’autorisation de l’avocat.

RZ : Alors en ce moment, votre autorisation est suspendue ?
NS : Habituellement, lorsque le tribunal énonce son verdict, le procureur le fait suivre au Barreau en demandant la suspension de son autorisation. Dans mon cas, le procureur a envoyé la décision à une chambre du conseil de discipline et sa demande de suspension a été refusée. Puis le tribunal a énoncé son verdict ; il aurait dû être envoyé à la même chambre. C’est ce qui s’est passé, mais il y avait divergence d’opinion entre la première chambre et les membres du Barreau, alors le bureau est intervenu et a envoyé le dossier à la deuxième chambre du conseil de discipline. Ils ont décidé de me condamné à la suspension de mon autorisation pendant trois ans.

RZ : Quelle leçon tirez-vous des réactions provoquées par cette condamnation ? Est-ce qu’elle pourrait devenir la règle ?
NS : En aucune façon. Ce verdict a provoqué une protestation généralisée dans toute la communauté des gens de loi. Il y a eu des tonnes de correspondance entre les avocats, le bureau et la deuxième chambre du conseil de discipline exprimant l’inquiétude suscitée par ce verdict. Il y a tellement de problèmes légaux avec ce verdict qu’aucun des directeurs du bureau n’est prêt à l’endosser. Il n’est donc pas possible que cela se généralise. Une décision prise avec tant de hâte et comportant tant d’irrégularités ne peut pas faire jurisprudence.

RZ : Que pensez-vous de la situation des droits humains en Iran ?
NS : Je pense tout d’abord que l’atmosphère sécuritaire du pays doit changer. Le gouvernement élu doit tout faire pour y mettre fin. Il y a beaucoup d’experts du sujet qui font actuellement partie des prisonniers politiques. Le gouvernement devrait libérer tous les prisonniers politiques et commencer à discuter avec les experts du sujet.

RZ : Pensez-vous que les changements doivent provenir du gouvernement ou de l’institution politique. ?
NS : C’est une bonne question. Durant leur emprisonnement, les prisonniers politiques ont été confrontés à de nombreuses reprises à la situation suivante : ils demandaient des libertés provisoires ou pour raisons médicales et on leur répondait que celui qui les interrogeait devait l’approuver au préalable, et ce, alors que l’enquête était finie, que le procès avait eu lieu, que le verdict avait été énoncé et que ces personnes purgeaient leurs peines. Quand le gouvernement de Monsieur Rouhani est arrivé au pouvoir, vues les déclarations du ministre du renseignement avant le vote de confiance du parlement, il est apparu que le ministère du renseignement aurait une attitude plus sage, mettrait fin à l’approche sécuritaire, et traiterait les demandes du peuple plus rationnellement. Actuellement, on dit que la justice demande toujours l’avis du ministère du renseignement avant de se prononcer, ce qui érode complètement le pouvoir de la justice. Nous espérons que la justice mettra fin à sa dépendance totale vis-à-vis du ministère du renseignement et commence à prendre des décisions basées sur les documents et les preuves présentés au tribunal.

Source : http://archive.radiozamaneh.com/english/content/lawyer-nasrin-sotoudeh-state-human-rights-iran

lundi 5 janvier 2015

L’avocate des droits humains promet de continuer à manifester – Golnaz Esfandiari


Nasrine Sotoudeh (au centre, portant une fleur) manifeste devant le barreau iranien le mois dernier avec plus personnes qui la soutiennent

La célèbre avocate des droits humains Nasrine Sotoudeh dit qu’elle est déterminée à continuer de manifester contre la décision qui lui interdit d’exercer.

Nasrine Sotoudeh a commencé un piquet de grève à l’extérieur du Barreau de Téhéran il y a un mois, portant des pancartes « droit au travail » et « droit à la dissidence » après que le Barreau, sous la pression officielle dit-on, lui a interdit d’exercer en tant qu’avocate, pendant trois ans.

« Si ce verdict n’est pas annulé, je continuerai à manifester jusqu’à la fin de l’interdiction des trois ans » a déclaré Nasrine Sotoudeh à RFE/RL par téléphone le 26 novembre.

Elle a aussi dit que l’indépendance du Barreau Iranien doit être restaurée.

Nasrine Sotoudeh a été libérée de prison l’année dernière après avoir purgé la moitié de sa peine de six ans pour des accusations comme agissements contre la sécurité nationale de l’Iran et propagande contre le système.

Nasrine Sotoudeh, co-lauréate du Prix Sakharov du Parlement Européen pour les Droits Humains en 2012, dit que sa manifestation pacifique a reçu le soutien de beaucoup de militants et d’intellectuels en Iran.

« Chaque jour, de 09h30 à 12h00, je manifeste devant le Barreau. Beaucoup de militants politiques et sociaux ainsi que des personnalités se sont jointes à moi » dit-elle.

Nasrine Sotoudeh ajoute que certains de ceux qui se sont joints à elle ont subi des pressions des autorités qui les ont menacés d’arrestation.

Nasrine Sotoudeh déclare que les fonctionnaires du renseignement l’ont arrêtée et interrogée pendant plusieurs heures le 25 novembre après qu’elle ait participé à un rassemblement contre les attaques à l’acide visant les femmes à Ispahan.

« On m’a demandé combien de temps j’allais continuer à manifester ; on a également proféré quelques menaces. Je ne crois pas que mon arrestation, qui a duré sept heures ce jour-là, était sans rapport avec ma manifestation de longue durée devant le Barreau»

L’avocate des droits humains a dit à RFE/RFL que beaucoup de passants lui ont exprimé leur soutien pour ses actions.

« Quelquefois, ils disent même de loin ‘Nous sommes avec vous’ et ils font le V de la victoire. »

Nasrine Sotoudeh a gagné le respect de beaucoup, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Iran pour sa résistance face à un état répressif.

Avant son arrestation en 2010, Nasrine Sotoudeh s’occupait de dossiers sensibles de droits humains et politiques.

Pendant son incarcération, elle a fait plusieurs grèves de la faim pour protester contre sa peine et une interdiction de quitter le territoire imposée à sa fille.

Source : http://www.rferl.org/content/iranian-human-rights-lawyer-vows-to-continue-protest/26711946.html

jeudi 25 décembre 2014

Interview de Soussane Tabianian

Soussane Tabianian a été arrêtée et emprisonnée à plusieurs reprises. En 2010, elle a passé un an à la prison d’Evine. Demain, elle se rendra à la prison de Semnan, au nord de l’Iran pour commencer à purger un an de prison pour « propagande contre le régime et soutien à des groupes hostiles au régime ».

Quand avez-vous été arrêtée pour la première fois ?
C’était à l’apogée du mandat de Monsieur Khatami en 2005. La communauté bahaïe avait décidé d’écrire une lettre sur les pressions injustes auxquelles elle devait faire face.

A qui cette lettre était-elle adressée ?
Aux autorités du gouvernement. Je faisais partie de ceux qui ont donné cette lettre à sept ou huit directeurs à Semnan, dont le directeur du département de la justice, le directeur général des assurances et d’autres. Avant de la leur donner, j’ai décrit les injustices dont les bahaïs avaient souffert durant ces années. En fait, c’était une pétition. Mais il ne s’est même pas passé deux jours avant qu’on ne me stoppe et un mois avant que je ne sois convoquée.

Etait-ce ma première fois que vous étiez convoquée ?
Oui, mais il faut mentionner que durant le mandant de Monsieur Khatami, la justice traitait la communauté bahaïe de façon plus légale. Neuf membres de la communauté bahaïe de Semnan ont été convoqués. Nous sommes allés au tribunal et avons été emprisonnés une nuit. Le lendemain, nous avons été libérés sous des cautions très légères. Six d’entre nous ont été condamnés à six mois avec sursis et trois autres à trois de prison. Mon sursis a duré quatre ans.

Etes-vous allée en prison en 2009 pour la même infraction ?
Non, c’était pour autre chose. Le bureau du renseignement de Semnan m’a arrêtée cette année-là quand ma fille avait juste un an et demi et dépendait beaucoup de moi. Cette fois-ci, j’ai été arrêtée pour avoir donné une interview à Massih Alinejad et Radio Farda dans laquelle j’exposai la situation difficile des bahaïs de Semnan.
J’ai été emprisonnée et interrogée plusieurs jours puis libérée sous caution. Mais quelques mois plus tard, le tribunal me condamnait à 18 mois de prison.

De quoi étiez-vous accusée ?
De propagande contre le régime et d’avoir formé un groupe bahaï illégal. J’étais professeur de morale et c’est pourquoi j’ai été condamnée à un an de prison pour formation d’un groupe illégal. J’ai pris six mois pour propagande contre le régime.

Pourquoi avez-vous été transférée de Semnan à Evine ?
Le 30 juin 2010, je me suis présentée pour purger ma peine. On m’a alors dit qu’il n’y avait pas de place pour moi, alors on m’a envoyée dans l’une des plus grandes prisons de Téhéran.
Quatre femmes, dont moi, ont été transférées de Semnan à Evine. C’étaient des jours difficiles pour moi, mais j’ai eu ma récompense. J’ai connu deux personnes à Evine qui m’ont beaucoup influencée, ainsi que mes codétenues. L’une d’elles est Haleh Sahabi, qui a beaucoup aidé à sensibiliser le public sur le sort des prisonnières. Puis, il y a eu un miracle : Nasrine Sotoudeh est arrivée dans notre bloc et nous sommes devenues très proches. A cette époque, je n’avais aucune expérience et je ne connaissais rien à la politique.
Avant l’arrivée de Nasrine, les prisonnières avaient des idées politiques très différentes mais elle a apporté une harmonie positive qui s’est enracinée en nous toutes.
Bien que j’aie été libérée à la fin de ma peine, il semble que cela continue.

Pourquoi avez-vous été arrêtée la fois suivante ?
Le 31 mai 2014, j’avais invité deux de mes amis qui ne sont pas bahaïs pour étudier des langues ensemble. Ma fille assistait à un cours artistique et j’étais seule à la maison avec mon fils Sami, 12 ans. Quand on a sonné, j’ai vu le visage de mes amis, alors j’ai ouvert, mais je  me suis vite rendu compte que tous deux s’étaient blottis au fond de l’ascendeur, confus et apeurés, quand un homme masqué s’est précipité pour maintenir la porte ouverte. J’ai immédiatement fermé la porte. Il a tambouriné dessus pendant près de deux heures. Je lui ai dit que je n’ouvrirai que s’il me présentait un mandat car il serait sinon illégal pour lui d’entrer.

Et il avait un mandat ?
Oui un mandat de perquisition et d’arrestation. Mais pour être franche, ce qu’il m’a montré par le judas ne ressemblait en rien à un mandat officiel. C’était une page déchirée signée par le substitut du procureur, Hossein Zamani, celui qui s’occupait de mon dossier. Il était manuscrit, avec des mots et des parenthèses barrées et disait que l’arrestation devait avoir lieu même si c’était de nuit. C’était un papier désordonné.

Quand avez-vous fini par ouvrir la porte ?
Je l’ai laissé dehors jusqu’à ce que mon mari rentre. Pendant une heure et demie, ils ont retourné l’appartement et m’ont emmenée dans une pauvre cellule sale. J’ai été interrogée immédiatement. Il était 21h30. Je leur ai dit que, d’après la constitution, il était illégal de mener des interrogatoires après les prières du soir. Celui qui m’interrogeait a été surpris de voir que je connaissais ces détails, mais je n’ai pas abandonné. Je lui ai dit qu’on ne m’avait jamais fait part des charges qui pesaient contre moi et que, jusqu’à ce que cela soit fait, je ne lui répondrai pas.

Quelles étaient ces accusations ?
Ils ne me l’ont pas dit le jour même. Le lendemain, ils m’ont sorti de ma cellule d’isolement pour m’interroger. Zamani m’a dit que j’étais ici pour l’interview donnée à Massih Alinejad et Radio Farda. J’ai refusé l’accusation. J’ai été interrogée pendant trois jours mais j’ai résisté à toutes les demi-preuves qu’ils avaient rassemblées car je ne les considérais pas comme légales. Etait-ce une assez bonne raison de me terroriser ou de m’interroger parce que j’avais parlé à Nasrine Sotoudeh, à Monsieur Nourizad ou à des familles bahaïes ? Ou, peut-être parce qu’on m’avait prise en photo à une commémoration de Sattar Beheshti ? Ou parce que j’avais parlé à Radio Zamaneh des pressions économiques sur la communauté bahaïe de Semnan ?

Vous souvenez-vous des interrogatoires ?
Je m’en souviens comme si c’était hier. Celui qui m’interrogeait entrait en fureur, déchirait ses notes et m’insultait mais je répondais en décrivant ce qui se passait. Je disais : « Celui qui m’interroge m’insulte maintenant » ou bien « celui qui m’interroge hurle. »
Pendant les interrogatoires, j’étais sous une pression intense et j’ai perdu sept kilos en une seule semaine. On m’a même envoyée à l’unité de vérification des identités pour comparer ma voix avec l’interview donnée à Radio Zamaneh. Le livre de prière qu’ils avaient trouvé chez nous est devenu une preuve de propagande contre le régime mais j’ai répondu à chaque accusation pendant les interrogatoires mais je sentais que je serai acquittée parce qu’il n’y avait aucune preuve de ma culpabilité.

Quelle est votre profession ?
(Rires) Je savais que vous me poseriez cette question. J’étais conseillère d’orientation. En 2005, je travaillais dans une clinique mais j’ai été licenciée parce que j’étais bahaïe. Comme mon travail touchait à la culture, je n’ai pas eu le droit de continuer. En 2006, j’ai eu une patente pour ouvrir un magasin de vêtements pour femmes, amis après que l’on ait découvert, pour la deuxième fois, que j’étais bahaïe, on m’a retiré ma patente et on m’a dit que je n’avais pas le droit de posséder une boutique.

Combien de temps êtes-vous restée à l’isolement avant d’être transférée à la section générale ?
Je n’ai jamais été transférée à la section générale Après une semaine d’interrogatoires, j’ai été transférée à une section de la prison de Semnan qui interne les prisonniers de conscience. J’étais la seule bahaïe emprisonnée alors j’étais dans une cellule individuelle de la section commune. J’y suis restée 45 jours puis j’ai été libérée sous caution. Mais le tribunal révolutionnaire de Semnan m’a condamnée à un an de prison et la cour d’appel a confirmé le verdict.

Comment vous sentez-vous moralement ?
Je me sens bien, je suis juste inquiète pour mes enfants. Ma fille a sept ans et va à l’école. Elle ne comprend pas totalement la signification de la prison et de mes aspirations. En ce moment, elle est inquiète sans arrêt et répète : « Maman, il y a combien de jours dans un an ? Si j’étudie et que je réussis mon examen, tu reviendras ? »

Croyez-vous en la liberté de conscience ? Par exemple, si votre fils voulait se convertir au judaïsme ou au christianisme, que feriez-vous ?
J’y crois vraiment. La liberté de culte est le premier des droits humains, c’est ce qui ressort de tous nos enseignements. Je crois que nous devons essayer de créer un monde humain uni, que l’on soit musulman, bahaï, chrétien ou athée. L’important est de construire un monde correct et bon.

Source : http://en.iranwire.com/features/6184/

Déclaration des participants au sit-in devant le Barreau de Téhéran à l’occasion de la Journée Internationale des Droits Humains le 10 décembre

Heureuse Journée des Droits Humains !

50 ans après l’adoption de la Déclaration Universelle des Droits Humains par l’Assemblée Générale de l’ONU, la mise en place de certains droits les plus fondamentaux semble un rêve hors de portée pour certains.

D’après la Déclaration des Droits Humains, « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. »

Donc, les états-membres des Nations Unies, ont déclaré leur foi dans les droits humains fondamentaux et sont décidés à favoriser le développement social.

D’après cette déclaration,
« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.

Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi.
Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.

Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.

Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. »

Et pourtant, nous n’avons pas l’égalité de dignité et de droits.

La discrimination se fait sur la base du sexe, de l’origine ethnique, des opinions et de la religion.

Nous sommes soumis à des arrestations arbitraires, à des emprisonnements, à l’exil et à des assignations à domicile illégales.

Nous sommes jugés dans des tribunaux qui ne sont ni objectifs, ni indépendants, ni justes, ni publics. Notre intimité, notre correspondance sont sous surveillance constante. Notre droit d’association, de manifestation, de sit-in, et de manifestation pacifique sont bafoués, des personnes sont détenues, jugées, punies, ou, comme Saïd Zeinali ou Shahram Zandjani, disparaissent après leurs arrestations pour avoir pris part à de telles activités. Le droit des personnes à l’emploi leur est retiré et ils sont privés de toute protection sociale ou civique. Le droit des personnes à la vie leur est retiré par la peine de mort et des citoyens sont emprisonnés en groupes sous divers prétextes.

En cette Journée des Droits Humains, nous disons NON aux tribunaux révolutionnaires et à l’ingérence des agents de sécurité dans les procès politiques, beaucoup d’Iraniens demandent des procès équitables, la dissolution des tribunaux révolutionnaires et la fin de l’ingérence des forces de sécurité dans la justice.

Nous répétons NON à la peine de mort, et demandons plus spécifiquement la fin des exécutions des mineurs et des exécutions politiques ; nous rappelons à tous qu’accuser les suspects politiques et de conscience de crimes de droit commun ou moraux est une méthode abominable.

Nous soulignons la nature injuste des procès pour des accusations politiques et de conscience devant le tribunal révolutionnaire iranien, nous demandons l’abrogation de tous les verdicts promulgués par ce tribunal, la libération des dirigeants du Mouvement Vert, la libération de tous les prisonniers politiques et de conscience, surtout celle des avocats emprisonnés comme Messieurs Abdolfattah Soltani, Seyed Mohammad Seifzadeh, Amir Eslami, Farshid Yadollahi, Mostafa Daneshdjou et Omid Behrouzi.

Les manifestants au sit-in devant le Barreau de Téhéran

Source : https://www.facebook.com/NasrinSotoudehOfficial/posts/333842346822312%20…

lundi 15 décembre 2014

Lettre de Rassoul Hardani après 14 ans de souffrance en prison


Rassoul Hardani a été arrêté à l’âge de 19 ans suite au détournement d’un avion des lignes intérieures ; il a passé plus de 14 ans en prison. La raison de ce détournement est le sujet d’un film du metteur en scène iranien Ebrahim Hatami-Kia : c’est la pauvreté et des conditions de vie misérables d’après les aveux des prisonniers.

Au nom de Dieu qui lui seul peut juger.

Voici ma plainte, l’histoire d’un jeune-homme pauvre.

Les yeux grands ouverts, j’ai peur et j’ai des cauchemars très pénibles. 

La rivière Karoun que j’aime tant et qui traverse ma ville, s’est changée en pierres.

Ma lamentation, faite de peines et de souffrances reflète mes blessures qui suppurent.

Mes rêves sont pleins de fer et de pierre et j’ai vraiment peur des nuits en prison.

Je vous salue, que la paix soit sur vous qui lisez la lettre de Rassoul Hardani ! Le 14 novembre 2000, mes frères Khaled et Abou-Amir, ma famille et moi, nous avons été contraints d’émigrer en détournant un avion pour pouvoir commencer une nouvelle vie dans un autre pays et mettre ainsi fin à huit ans de souffrance et de tyrannie au Khouzestan, où nous avons perdu notre père. Il faut préciser que je n’étais pas au courant du plan que je n’ai découvert que quelques minutes après le décollage de l’avion qui se rendait d’Ahvaz à Bandar-Abbas ; j’ai été choqué de voir mon frère blessé. Quand j’ai vu que mon frère saignait, j’ai perdu la tête et j’ai lutté contre les forces de sécurité, qui ont fini par m’arrêter. J’ai alors passé plusieurs mois dans les geôles du ministère du renseignement dans une situation très difficile. J’ai fini par être condamné à 22 ans de prison sans connaitre la raison d’un verdict si injuste. J’ai demandé au juge à plusieurs reprises la justification du verdict, et à chaque fois, il m’a répondu : tu comprendras quand tu auras perdu tes dents et que tu auras les cheveux blancs. Cela fait maintenant plus de 15 ans et j’ai passé la plus grande partie de ma jeunesse en prison. Mes lettres, mes demandes de libération pour raisons médicales ont été perdues ou ignorées. A chaque fois, on m’envoie vers un médecin différent qui me prescrit d’autres médicaments. Je voudrais maintenant exprimer la volonté d’être exécuté et de donner mes organes à des malades, car je ne veux pas mourir en prison comme Akbar Mohammadi ; on a refusé à sa famille de l’enterrer dans sa ville. Je voudrais mourir dans ma ville.

Je prie Dieu de mettre fin à ma vie misérable. Vous pourriez me dire de garder espoir et patience, mais même les murs épais de la prison ne supportent plus la tyrannie et la souffrance. Je suis injustement emprisonné et je dois passer de longues années dans cette situation uniquement parce que je suis le frère de Khaled et d’Abou-Amir Herdani. Je dois souligner que j’ai perdu ma jeunesse et que j’ai passé mes 15 meilleures années en prison. J’ai perdu plusieurs membres de ma famille que j’aimais tendrement pendant ces années :

  1. En 2007, les autorités ont décidé d’exécuter mon frère Khaled qui était le soutien de ses huit frères et cinq sœurs
  2. J’ai passé les plus belles années de ma jeunesse en prison
  3. Au bout de 14 ans de prison, j’ai pu me marier. Mais, en raison de ma longue peine et de la campagne de dénigrement contre notre famille, mon épouse a décidé de me quitter. Je suis gravement malade, j’ai des douleurs chroniques aux jambes et au dos et aucun médecin n’a pu déterminer la raison de ce problème de santé.
  4. Mes demandes de libération provisoire et d’amnistie ont été ignorées. Les médias nationaux ont également refusé l’accès sous prétexte que je n’étais pas dans leurs critères.
  5. Tous les avocats que j’ai contactés pour nous défendre ont été soit emprisonnés, par exemple Madame Nasrine Sotoudeh ou Alizadeh Tabatabaei, ou bien ont eu peur.
  6. Pendant mon emprisonnement, le ministère du renseignement a ordonné la fouille de notre domicile et ne nous a toujours pas rendu nos effets personnels au bout de huit mois.
  7. J’ai demandé à travailler en prison, mais cela m’a été refusé et j’ai été transféré à la section publique fermée. On ne m’a autorisé qu’à reprendre mes études à l’université par correspondance et aussi quelquefois à pratiquer la lutte iranienne traditionnelle. Les moments les plus heureux de ma vie sont ceux où je m’adonne à la lutte et ceux où je prie Dieu, parce que, dans la section publique, la plupart des prisonniers s’occupent de corruption et d’actions illégales. Vous pouvez maintenant voir par vous-même ma situation : vivre avec des prisonniers qui n’ont aucune morale.

Je demande maintenant à ceux qui voudraient aider des prisonniers sans défense : Pouvez-vous me sauver de cette situation inextricable ? Je vous demande de devenir ma voix et de souligner l’oppression qui m’a frappé. S’il vous plait, demandez aux autorités de m’exécuter et de donner tous mes organes aux patients qui en ont besoin. J’exprime ici mon consentement à le faire et je prie Dieu de donner la paix à mon âme.

Rassoul Hardani, prisonnier et étudiant en sciences appliquées - Code 92126003160006
16 heures le 9 novembre 2014

Seul à jamais dans mon lit à la prison

Source : https://hra-news.org/en/articles/letter-rasoul-hardani-14-years-suffering-prison

dimanche 23 novembre 2014

Sur les attaques à l’acide

Suite à une série d’attaques violentes contre des femmes en Iran durant laquelle des individus non-identifiés ont jeté de l’acide au visage de femmes dans la ville d’Ispahan soit disant parce qu’elles étaient mal voilées, la défenseur des droits humains de premier plan Nasrine Sotoudeh a dit à la Campagne Internationale pour les Droits Humains en Iran que le projet de loi « Pour la protection des promoteurs de la vertu et des adversaires du vice » doit être immédiatement suspendu.

« Disséminer dans la population des individus non-identifiés non-éduqués pour promouvoir la vertu est complètement contraire à la loi, les principes de la loi et le raisonnement de la loi ; et c’est une menace pour la population qui doit être arrêté immédiatement » a dit Nasrine Sotoudeh.

« J’espère que les horribles incidents d’Ispahan serviront de signal d’alarme pour les autorités et pour éliminer ce plan…. Les autorités doivent penser à eux-mêmes : est-ce que leurs propres filles, épouses et sœurs répondront aux critères des « adversaires du vice », sinon, devront-elles en payer le prix ? »

L’agence de presse ISNA a été la première à publier la nouvelle d’une attaque à l’acide le 16 octobre 2014. Dans les rapports qui ont suivi, il est apparu petit-à-petit que les attaques à l’acide avaient commencé plusieurs semaines auparavant. Les médias officiels n’ont, à ce jour, rapporté que quatre attaques à l’acide à Ispahan, mais les rapports officieux laissent penser qu’il y aurait eu jusqu’à onze victimes, dont l’une serait décédée de ses blessures.

Ces jours derniers, le ministre iranien de l’intérieur a demandé dans une lettre au chef de la justice de revoir le « plan de protection des promoteurs de la vertu et des adversaires du vice ». Pourtant, Mohammad Dehghan, membre du bureau du parlement, a dit le 20 octobre : « La révision de ce plan ne peut être stoppée par la lettre d’un cadre. Le gouvernement peut annoncer son accord ou son désaccord avec certains articles et ses motivations pendant une session publique. » Le plan a reçu un accord préliminaire du parlement iranien le 21 octobre, mais il doit encore franchir d’autres étapes de procédures et obtenir l’approbation d’institutions officielles avant d’être promulgué.

Lors d’un récent discours, sur la réponse à donner au problème des mal-voilées, l’imam du vendredi d’Ispahan, Mohammad-Taghi Rahbar a déclaré que la promotion de la vertu et l’opposition au vice doit dépasser le simple avertissement verbal. Quatre jours après que les attaques à l’acide aient été rendues publiques, il a cependant infirmé ses déclarations précédentes et a dit : « Je n’ai pas dit que les avertissements devraient dépasser la notification verbale. »

Bien que dans les premiers rapports la connexion entre les attaques acides et le fait d’être mal-voilée ait été minimisé, dans un reportage sur l’attaque de Soheila Djorkesh, l’une des victimes, le journal Farhikhtegan a écrit le 20 octobre : « les familles des victimes d’Ispahan ont dit qu’avant de jeter l’acide sur leurs victimes, les agresseurs ont dit : ‘nous nous opposons aux mal-voilées’. »

Néanmoins, le porte-parole de la justice, Gholam-Hossein Mohseni-Edjeï, a réfuté tout lien entre les attaques à l’acide et le fait d’être mal-voilée. « Contrairement aux allégations de certains sites Web, rien n’est encore confirmé » a-t-il dit aux journalistes le 20 octobre d’après ISNA.

Abbas-Ali Mansouri-Arani, membre de la commission parlementaire iranienne de la sécurité nationale et de la politique étrangère, a dit que les attaques à l’acide étaient probablement l’œuvre « des espions étrangers ». Il a ajouté : « Certains essaient de créer un lien entre ce problème et les discussions sur le hidjab, la chasteté et devoir religieux de la promotion de la vertu et de l’opposition au vice. C’est exactement ce que fait Daesh en Irak et en Syrie, agir contrairement à la charia pour donner à l’islam un visage violent. »

Radio Farda a cité une source le 16 octobre qui disait que durant les dernières semaines, au moins six jeunes femmes victimes des attaques à l’acide, avaient été hospitalisées à l’hôpital Feiz d’Ispahan. Cette source disait que toutes les six étaient «  de belles jeunes-femmes qui ne portaient pas le tchador. »

ISNA a écrit le 16 octobre que des motocyclistes non-identifiés avaient jeté de l’acide sur une jeune femme au volant d’une voiture la veille au soir. C’était en fait le premier article sur les attaques à l’acide publié par une agence de presse gouvernementale.

Cinq jours après la publication des attaques à l’acide, le secrétaire d’état à l’intérieur, Morteza Mir-Bagheri, a prétendu que les attaques à l’acide ne constituaient pas une série, et que, d’après un rapport du gouverneur d’Ispahan « dans toute la province d’Ispahan, il n’existe absolument aucune inquiétude sur les attaques à l’acide » bien que les journaux aient rapporté que les habitants d’Ispahan pensaient que leur sécurité était compromise.

« L’horrible nouvelle des attaques à l’acide d’Ispahan a mis en danger la sécurité des habitants de cette ville. Les femmes et les jeunes filles de cette ville s’occupent maintenant de leur propre sécurité, sortant moins et s’enfermant chez elles » écrit le journal Etemad le 20 octobre, et il ajoute « et celles qui sortent, n’ouvrent les vitres de leurs véhicules qu’avec peur et en tremblant, font ce qu’elles ont à fait à l’extérieur rapidement, pour se confiner dans leurs voitures aux fenêtres fermées. »

La police d’Ispahan avait déclaré plus tôt que les attaques à l’acide étaient le fait d’une seule personne mais les scènes décrites dans les reportages indiquent que deux motocyclistes avaient commis ces attaques. Le secrétaire d’état à l’intérieur a plus tard déclaré que « trois ou quatre suspects »avaient été arrêtés. Il n’expliquait pas davantage pourquoi on ne savait pas exactement s’il y avait trois ou quatre personnes détenues.

L’avocate Farideh Gheriat a dit à la Campagne que le code pénal islamique ne préconisait pas de peine précise pour les attaques à l’acide. « Dans le code pénal islamique, la peine pour les attaques à l’acide n’est pas explicitement définie. Pour déterminer la peine pour ce genre de crime, des lois similaires ont été utilisées ; elles incluent le paiement du diyah (le prix du sang) pour les blessures. Si la victime n’accepte pas le diyah, la peine appliquée sera le talion. Ce qui veut dire que pour chaque partie du corps perdue, la même partie sera retirée du corps du coupable » a dit Gheirat à la Campagne.

Dans une interview avec le journal Farhikhtegan, Bahman Keshavarz, avocat célèbre de Téhéran a dit : « Le cas similaire le plus important est peut-être ce qui s’est passé à Kerman il y a plus de dix ans. Un groupe à Kerman a commis une série de meurtres de personnes qu’ils avaient eux-mêmes choisies pour améliorer l’éthique de la société. Ils ont été condamné suivant la loi du talion et aussi au diyah. »

Source : http://www.iranhumanrights.org/2014/10/sotoudeh-on-acid-attacks/

dimanche 26 octobre 2014

Lettre de Shirine Ebadi à l’Association Internationale des Barreaux au sujet de Nasrine Sotoudeh. – 201 octobre 2014



J’ai le grand regret de vous informer que, d’après les rapports reçus, le tribunal disciplinaire des avocats a suspendu la licence de Madame Nasrine Sotoudeh. On lui a interdit d’exercer pendant trois ans. Nasrine Sotoudeh avait, auparavant, été condamnée à six ans d’emprisonnement en raison de son travail de défense des accusés politiques et des prisonniers de conscience. Elle a reçu le prix Sakharov en 2012. En raison des pressions de la communauté internationale et des militants des droits humains, le guide suprême iranien lui a octroyé, ainsi qu’à quelques autres prisonniers politiques, une amnistie avant la visite du président Rouhani à l’ONU. Elle a été libérée au bout de trois ans de prison.

Vous savez peut-être que, d’après la loi iranienne, les avocats ne peuvent pas choisir librement le bureau du bâtonnier de leur Barreau qui ne représente donc pas réellement ses membres. C’est pourquoi le Barreau ne soutient pas ses membres contre les forces de sécurité. 

En raison de ce qui précède, je vous exhorte à soutenir notre collègue iranienne Nasrine Sotoudeh.

Dans l’attente de vos commentaires, je vous prie de croire à mes salutations les plus sincères.

Shirine Ebadi – Prix Nobel de la Paix 2003

Une copie de cette lettre a été envoyée à :
  • Docteur Ahmad Shaheed, Rapporteur Spécial de l’ONU sur la Situation des Droits Humains en Iran
  • Le Rapporteur Spécial sur la Situation des Défenseurs des Droits Humains
  • Le Rapporteur Spécial sur l’Indépendance des Juges et des Avocats
  • Le Bureau du Secrétaire Général de l’ONU
  • Le Bureau  du Haut-Commissaire de l’ONU aux Droits Humains

Source : http://www.humanrights-ir.org/php/view_en.php?objnr=1172

Interview de Nasrine Sotoudeh par le rédacteur d’Arseh Sevom Mohammad-Reza Dardari.




Arseh Sevom : Madame Sotoudeh, pouvez-vous me dire à quoi ressemble pour vous la société idéale ?
Nasrine Sotoudeh : On m’a souvent demandé à quoi ressemblait pour moi la société idéale. Tous les militants se posent cette question sans arrêt. Pour moi, la société idéale possède en abondance la raison, l’amour et la sincérité au lieu de la force militaire et les intimidations du gouvernement : une société qui respecte non seulement les droits des femmes mais aussi ceux des minorités religieuses et ethniques, des enfants et de tous. C’est ainsi que nous pourrons vivre ensemble pacifiquement.

AS : Quelle est la réalité de votre rêve ?
NS : Je rêve d’égalité des droits humains quels que soient le sexe, la couleur, la race ou tout autre critère. L’égalité ne se fera pas du jour au lendemain. Elle a besoin d’efforts continus. Une femme qui s’implique dans de tels efforts a un style de vie certainement différent mais qui n’est pas nécessairement pire qu’un autre. Les enfants de telles mères peuvent souffrir davantage que les autres, mais ils arrivent vraiment à comprendre pourquoi ils doivent endurer de telles difficultés.

AS : Comment tout ce que vous avez fait pour atteindre vos idéaux a affecté votre vie personnelle et votre famille, et surtout vos enfants Nima et Mehraveh ?
NS : Vous savez qu’il y a trois ans et demi, j’ai été envoyée en prison pour motifs politiques. A cette époque, mes enfants étaient petits. Ils ont supporté mon absence de trois ans et demi grâce au grand talent de père de mon époux. Ainsi et aussi grâce à ses efforts incessants pour éduquer nos enfants, mon époux a fait la preuve de son engagement perpétuel pour l’égalité.
Pendant mon absence de trois ans et demi loin de ma famille, j’ai vu mes enfants changer naturellement. Ils ont grandi. Ma fille avait 11 ans quand j’ai été arrêtée, elle en a maintenant 14, elle sait pourquoi sa mère était absente pendant trois ans. Je suis soudain face à une jeune-fille qui motive ses décisions ; mon fils, à l’époque de mon arrestation, ne comprenait même pas le concept d’emprisonnement, il a maintenant six ans. Un cerveau de bébé qui s’inquiète d’emprisonnement, de crime, de vol et de délits politiques, et des erreurs de la police !!! C’est ainsi qu’il a connu toutes ces choses.
Il a perdu son enfance. Il me demande souvent : « Quand ai-je grandi ? J’ai grandi d’un seul coup. » Quand il pense à moi, il se souvient de moi en prison.

AS : Je me souviens qu’avant d’être avocate, vous militiez pour le droit des enfants. Vous êtes l’une des fondatrices de l’ « Association pour la Protection des Droits des Enfants. » Les droits de vos enfants ont-ils pâti de vos idéaux ?
NS : Ces histoires sont, bien sûr, bouleversantes. Mais je vais vous faire part de mon expérience pour vous expliquer que nous devons payer le prix de nos idéaux. Ce n’est pas ce que je voulais. Si vous dites que ce sont mes enfants  qui en ont payé le prix, je suis tout à fait d’accord avec vous. Et si vous dites que l’on n’a pas le droit de faire payer le prix de nos idéaux à nos enfants, je suis encore d’accord avec vous.
Existe-t-il un point de rencontre entre les droits humains et la maternité ? Lors de la Journée Internationale de la Femme, nous avons le droit de parler de nos problèmes. Si une mère travaille pour les droits des enfants, elle tentera certainement de défendre les droits de son propre enfant et si elle souffre, c’est toute la famille qui souffre. Que devrais-je faire ? Est-ce que cela veut dire qu’il faut abandonner notre vision ? Certainement pas.
Pour donner plus de pouvoir à nos enfants, pour les éduquer, nous les obligeons à aller à l’école, ce qui est difficile ; de notre côté, nous devons tolérer quelques difficultés pour enseigner à nos enfants que chaque chose de valeur a un prix.
Ce que nous avons payé pour gagner en justice et en égalité n’a été que « l’éloignement » et « la nostalgie ». C’est tout. Au vu des idéaux que nous cherchons à atteindre, ce n’est pas beaucoup.

AS : Pour finir, comment voyez-vous le futur ?
NS : Je suis un symbole d’égalité et de justice, c’est ce pour quoi je me bats par mon activité légale. Tant que je le pourrai, je me battrai pour ces idéaux. Si on m’en empêche, je me battrai pour continuer avec tous mes droits d’être humain.
Je suis bien sûr optimiste pour le futur. Je ne doute pas que l’égalité triomphera, parce que, sans égalité, il n’existe ni paix ni amour, et que sans paix et sans amour, la vide est vide.

Source : http://www.arsehsevom.net/fa/archives/3564#sthash.yFT4kM6z.dpbs

samedi 25 octobre 2014

Interview exclusive de Marietje Shaake – Le peuple a perdu espoir dans les promesses de Rouhani – Nooshabeh Amiri – 21 octobre 2014

Rooz s’est entretenu avec la députée européenne Marietje Shaake qui revient d’Iran et a participé à la cérémonie de remise du prix à l’avocate des droits humains Nasrine Sotoudeh.

Nooshabeh Amiri : Vous vous êtes rendue en Iran et avez remis son prix à Nasrine Sotoudeh. Comment cette rencontre avait-elle été arrangée ? Aviez-vous l’accord des autorités iraniennes ?
Marietje Shaake : Nous voulions être sûrs de rencontrer Nasrine Sotoudeh lors de notre voyage en Iran pour lui remettre son prix. Elle était en prison quand ce prix lui a été décerné ; c’est pourquoi elle ne l’avait pas encore reçu.

NA : Les autorités iraniennes vous ont-elles aide dans cette entreprise ?
MS : Je pense qu’il faudrait leur poser la question.

NA : Vous ne voulez donc pas parler de ces details ?
MS : Exact.

NA : Comment s’est passée la rencontre ?
MS : C’était pour moi un grand privilège de rencontrer Nasrine Sotoudeh. C’est une femme courageuse qui a payé cher pour avoir fait son devoir. Elle continue de se battre pour les droits humains de ses clients malgré les restrictions sévères auxquelles elle doit faire face. Pour résumer, c’était une rencontre brève mais unique.

NA : Quelle est à vos yeux la situation générale de l’Iran ?
MS : Les Iraniens nous ont accueillis chaleureusement partout où nous sommes allés ; depuis les vendeurs des kiosques à journaux de la rue jusqu’à tous les autres. Ils étaient heureux de voir un groupe d’Européens.

NA : Avez-vous eu des contacts directs avec eux ?
MS : Oui, nous avons rencontré beaucoup de gens et nous avons parlé avec eux. Beaucoup s’inquiétaient du futur de leurs emplois, de leurs vies et de ce que le futur leur réservait. J’ai conclu de ses réunions que beaucoup de jeunes voulaient quitter l’Iran. Entre ces deux récents voyages que j’ai faits, j’ai senti que l’optimisme soulevé par l’élection de Rouhani, évident au début, avait presque complètement disparu. En d’autres termes, ils entendent régulièrement de bonnes paroles mais ne voient pas d’actions utiles. Ils ont même dit que d’un certain point de vue, les restrictions avaient même augmenté. Comment leur dire que les autorités de l’état ont accès à Internet mais, qu’officiellement, l’accès à Internet est banni ? Ou bien comment se fait-il que ceux qui veulent montrer qu’ils sont heureux en Iran soient jetés en prison ? A tout ceci, il convient d’ajouter le problème de la dépendance à la drogue. Nous avons bien sûr parlé à la Communauté Européenne des problèmes du Moyen-Orient et des relations avec l’Iran, mais sur place, nous avons vu des gens éduqués et éclairés mais englués dans les problèmes. Ils disent qu’on ne leur donne aucune chance.

NA : Comment voyez-vous les choses en tant que femme ?
MS : Il m’était très difficile d’être obligée de porter un foulard.

NA : Pourquoi le portiez-vous ?
MS : J’y étais obligée.

NA : Pourquoi ? Beaucoup se demandent pourquoi des autorités étrangères comme vous-même obéissez à cette obligation. Le contraire est vrai aussi. Vous aussi, vous pouvez forcer les officiels iraniens qui viennent dans votre pays à faire certaines choses.
MS : Ecoutez, la diplomatie demande de respecter les lois de tous les pays.

NA : Est-ce qu’ils respectent vos lois ?
MS : On ne peut pas comparer parce que les lois dans les sociétés démocratiques sont librement choisies. Presque tout le monde peut faire tout ce qu’il veut, porter ou non un foulard, boire ou non de l’alcool, serrer ou pas la main de quelqu’un. Alors, eux aussi peuvent faire ce qu’ils veulent dans les pays de l’Union Européenne. Mais là-bas, il n’y a pas beaucoup de liberté. Nous parlons donc de deux systèmes différents. Ils n’ont pas la liberté de choisir.

NA : Beaucoup s’inquiètent que les problèmes les plus importants de l’Occident soient l’économie et la résolution du problème nucléaire. Si le dossier du nucléaire est résolu, oubliera-t-on les droits humains ?
MS : Non, cela n’arrivera jamais. Les droits humains ont été au premier rang des demandes de l’Union Européenne et ils continueront à l’être. Mais pour l’instant, le problème nucléaire est important et peut entraîner une crise grave. Pourtant, j’ai toujours dit que les discussions sur le nucléaire et les droits humains ne devraient pas être dissociés ; chacun est très important dans une perspective différente. C’est pourquoi les droits humains sont au premier rang des demandes de l’Union Européenne et le problème nucléaire ne les éclipseront pas. Nous aussi devons exercer plus de pression sur ce sujet. Mais d’un point de vue différent, si on n’arrive pas à une solution acceptable sur le problème nucléaire, ce serait une énorme victoire pour les extrémistes du pays ce qui aura, sans aucun doute, un impact sur le problème des droits humains. Cela pourrait entraîner plus de sanctions et plus d’isolement pour l’Iran, ce qui conduirait à une pression accrue à l’intérieur du pays.

NA : Comment voyez-vous le futur ? Un accord acceptable peut-il être conclu ?
MS : Oui, c’est possible. La question est de savoir s’il y a le bon leadership politique de part et d’autre. Le spécialistes savent que les solutions existent mais il est difficile de trouver un soutien politique en Iran.

NA : Qu’en pensez-vous ? Etes-vous d’accord avec la limitation du nombre de centrifugeuses ? 
MS : Je pense qu’il est nécessaire de surveiller sans arrêt ce programme. L’Iran peut bénéficier de l’énergie nucléaire, personne n’y est opposé. Mais la république islamique doit gagner la confiance internationale et donner les informations demandées par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Tout récemment, l’AIEA a annoncé que l’Iran ne donnait pas les informations requises. Cela entraîne un déficit de confiance et n'aide pas aux négociations. C’est pourquoi je suis très inquiète même si je n’ai jamais dit que l’Iran ne devrait pas avoir droit à l’énergie nucléaire. Personne d’autre n’a d’ailleurs dit que l’Iran ne devrait pas avoir accès à l’énergie nucléaire.

Source : 
http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/october/21/article/eu-representative-people-have-lost-hope-in-rouhanis-promises.html


lundi 23 juin 2014

Nasrine Sotoudeh : tout ce que je veux, c’est mettre fin aux arrestations – Lara Marlowe – 20 juin 2014

Le barreau de Téhéran a donné l’autorisation à Nasrine Sotoudeh de reprendre ses activités. Elle défend des dossiers de bahaïs, de prisonniers politiques et de mineurs.

L’attitude de l’Iran vis-à-vis des bahaïs est l’un des sujets les plus sensibles du pays. Comme leur religion a été fondée après l’Islam, ils sont considérés comme membres d’une « secte déviante ». Les bahaïs occupaient des postes de premier plan sous le shah et leur quartier général est situé à Haïfa en Israël, ce qui nourrit les suspicions du régime. D’après un rapport de l’ONU sur les droits humains en Iran, 136 bahaïs étaient emprisonnés fin janvier.

Il y avait dix bahaïes à la section 290 d’Evine avec Nasrine Sotoudeh. « Je suis devenue amie avec l’une d’elles, Mahvash Shariari » dit-elle.

Mahvash Shariari et l’une des sept dirigeants bahaïs condamnés à huit ans de prison en 2008. On lui avait interdit d’enseigner depuis la révolution. « Nous avons passé beaucoup de temps ensemble à lire et à discuter des livres, dont l’un sur la réforme protestante. »

Les intellectuels réformateurs croient que l’islam révolutionnaire d’Iran est prêt à être réformé.

Elever la voix

Des signes montrent que la proscription dont souffrent les bahaïs pourrait craquer. Avant sa mort en 2009, le grand ayatollah Hossein-Ali Montazéri a publié une déclaration disant que les bahaïs avaient « droit à la citoyenneté et à la vie dans ce pays. » D’autres personnalités de premier plan ont élevé la voix contre leur persécution, dont l’ayatollah Abdol-Hamid Massoumi-Téhérani. Le mois dernier, il a rejoint Nasrine Sotoudeh et d’autres pour commémorer le sixième anniversaire de l’arrestation des dirigeants bahaïs.

« L’élection du président Rouhani a un peu libéré la société iranienne. D’autre part, le nombre d’exécutions est monté en flèche. La justice est encore entre les mains des durs et ils veulent montrer leur puissance. »

20 prisonniers politiques ont été libérés en même temps que Nasrine Sotoudeh. Mais on en a arrêté d’autres. Lors d’une conférence de presse, le 14 juin, Rouhani a promis de s’intéresser à l’arrestation de Sabah Azar-Peyk, journaliste indépendante qui couvrait le parlement.

« Personne ne sait pourquoi elle a été arrêtée parce qu’elle est à la section 209 et il est très difficile de faire sortir des informations de cette section » dit Nasrine Sotoudeh.

« Propagande » en ligne

Une autre journaliste, Maryam Shafipour, a été condamnée en mars à sept ans de prison et deux ans d’interdiction d’accès à Internet. Elle avait utilisé internet pour « diffuser de la propagande contre le régime » et avait participé aux manifestations qui avaient suivi l’élection présidentielle contestée de 2009.

Dans le bureau de Nasrine Sotoudeh, il y a une statue de déesse en bronze tenant la balance de la justice. C’est un cadeau d’un des signataires d’une pétition demandant la fin de la discrimination des sexes dont la plupart ont été arrêtés en 2007. Nasrine Sotoudeh les a défendus.

Nasrine Sotoudeh ignore les comparaisons avec la lauréate du prix Nobel Shirine Ebadi. « Tout ce que je veux, c’est la fin des arrestations. Ce n’est pas encore arrivé. Je veux des procès justes et la fin de la peine capitale. Et ça non plus, ce n’est pas arrivé. »

Source : http://www.irishtimes.com/news/world/middle-east/nasrin-sotoudeh-the-only-thing-i-want-is-to-put-an-end-to-arrests-1.1838730?page=2

dimanche 22 juin 2014

Arrêtez de mettre la pression sur les militants – Nasrin Sotoudeh – 16 juin 2014

Une nouvelle vague de tactiques de pression déferle sur les militants civiques et politiques.

L’attaque impitoyable contre la section 350 de la prison d’Evine et l’arrestation de nombreux militants civiques et de journalistes ainsi que l’exécution de Gholamreza Khosravi, un prisonnier politique exécuté au milieu de grandes manifestations, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, des militants des droits humains, sont les marqueurs de ce nouvel assaut judiciaire.

L’atmosphère de menaces et de peur mélangées qui prédomine parmi les prisonniers et leurs familles ces derniers jours laisse entendre que cette dernière exécution n’était rien d’autre qu’une démonstration de force contre ceux qui ont protesté contre l’attaque contre la section de la prison où sont détenus les prisonniers politiques.

C’est particulièrement pertinent quand on remarque que Khosravi était l’un des manifestants les plus efficaces contre les violences commises contre les prisonniers politiques le 17 avril de cette année.

Le silence de l’administration a laissé les mains libres à ceux qui ont perpétré ces violences ; ils pourront continuer les actes criminels ; le résultat : non seulement le mépris pour ces manifestations mais surtout, le transfert du chef de la prison à un poste dans la justice ; il pourra maintenant continuer à tuer pour des raisons de vengeance personnelle. J’insiste donc pour obtenir la fin des pressions judiciaires sur les militants, j’appelle à une enquête sur les violences impitoyables commises contre les prisonniers politiques, qui sont en fait traités comme des otages, je demande la fin de toutes les exécutions, surtout celles des prisonniers politiques qui ne sont que l’assouvissement de vengeances personnelles contre les prisonniers.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/june/16/article/end-the-pressure-on-activists.html

samedi 7 juin 2014

L’avocate des droits humains libérée continue le combat – Simon Tisdall – 01 juin 2014

L’arrestation et l’emprisonnement de Nasrine Sotoudeh avait causé la réprobation internationale. Elle parle ici de son épreuve.


Nasrine Sotoudeh et son fils, Nima, après sa libération l’année dernière - Behrouz Mehri/AFP/Getty Images

Nima, le fils de sept ans de Nasrine Sotoudeh veut sortir jouer. Sa mère, l’avocate iranienne des droits humains dont l’arrestation arbitraire avait suscité une campagne internationale pour la libérer, parle depuis des siècles. Nima s’ennuie.

A la porte de leur appartement, au nord-ouest de Téhéran, Nasrine prend Nima dans ses bras. Le garçon se tient sur la pointe des pieds pour embrasser sa mère. Ils restent embrassés pendant plus d’une minute, comme s’ils ne supportaient pas d’être séparés.

Si c’est le cas, ce n’est guère étonnant. Nima n’avait que trois ans quand les hommes du ministère du renseignement sont venus en silence chercher sa mère en 2009. Personne ne savait si elle reviendrait un jour. Sa condamnation initiale était de 11 ans de prison. Elle était détenue à l’isolement, interdite de visites et de téléphone. Sa santé se détériorait, elle perdait du poids. Des rumeurs couraient sur sa disparition. Et puis, Nasrine Sotoudeh a été libérée à l’improviste, sans explication ni excuses en septembre dernier.

Parlant franchement au Guardian malgré les risques de représailles que cette interview pourrait déclencher de la part des autorités, Nasrine Sotoudeh a expliqué que c’était Nima qui était indirectement responsable de sa première grève de la faim qui avait attiré l’attention internationale sur sa situation difficile.

« Avant l’élection de 2009, j’ai été menacée à de nombreuses reprises pour le travail que je faisais en tant qu’avocate des droits humains, mais je n’ai pas eu de problème sérieux. Mais après, les choses ont changé. J’étais à une réunion de l’association professionnelle des avocates quand soudain, la porte a été brutalement ouverte et des policiers du renseignement sont entrés. Ils m’ont montré un mandat d’arrêt émanant du tribunal et m’ont dit de me présenter devant la cour dans trois jours. J’y suis allée et j’ai été arrêtée. En même temps, cinq hommes ont perquisitionné mon domicile. Ils ont emmené certains de mes effets personnels. Je tenais un journal sur Nima depuis sa naissance, et ce journal, ils l’ont emmené. Une fois en prison, je leur ai demandé de me rendre le journal et d’autres affaires personnelles. Pendant deux semaines, je n’ai même pas pu appeler mon mari au téléphone. Alors j’ai fait une grève de la faim de trois jours, j’ai eu droit au téléphone et mes affaires ont été rapportées chez moi. »

C’était une victoire, petite mais importante ; l’incarcération de Sotoudeh ne faisait que commencer. Apres des interrogatoires longs et souvent effrayants, elle a été accusée d’ « actes contre la sécurité nationale » et « propagande à l’encontre du régime ».

Sotoudeh a été condamnée à 11 ans de prison, 20 ans d’interdiction d’exercer une profession juridique et à l’interdiction de quitter le territoire. Le verdict a été réduit en appel à six ans de prison et 10 ans d’interdiction d’exercer une profession juridique.

En mai 2010, neuf mois après son arrestation, Nasrine a écrit à Nima depuis la célèbre prison Evine de Téhéran ; elle était alors détenue à la section 209, réservée aux prisonniers politiques et sous la supervision du ministère du renseignement. Elle a écrit sur des mouchoirs en papier (le seul papier dont elle disposait) pour tenter d’expliquer l’inexplicable et combler le gouffre de peur et d’incompréhension qui se creusait entre elle et son fils, d’après ses craintes.

« Bonjour Nima, mon bien-aimé, t’écrire une lettre est tellement difficile mon cher Nima. Comment te dire où je suis alors que tu es tellement innocent et trop jeune pour comprendre la réelle signification de mots comme prison, arrestations, verdict, jugement, injustice, censure, oppression qui sont les contraires de libération, liberté, justice, égalité ? Comment t’expliquer que rentrer à la maison ne dépend pas de moi, que je ne suis pas libre de me précipiter vers toi, alors que je sais que tu as dit à ton père de me demander d’arrêter de travailler pour que je rentre à la maison ? Comment t’expliquer que ces six derniers mois on ne m’a pas permis de te voir ne serait-ce qu’une heure ?

Mon cher Nima, durant ces six derniers mois, j’ai pleuré sans pouvoir me contrôler à deux occasions, la première, lors du décès de mon père, quand on ne m’a pas interdit de faire mon deuil et d’assister aux funérailles, la deuxième quand tu m’as demandé de rentrer à la maison et que je n’ai pas pu rentrer avec toi. Je suis retournée dans ma cellule et j’ai sangloté sans contrôle. »

Il y a eu d’autres moments difficiles, beaucoup même pour dire la vérité, bien que Nasrine Sotoudeh soit une femme modeste et effacée, répugnant à dramatiser ses expériences. Pour beaucoup d’Iraniens, et surtout de jeunes Iraniennes, c’est une héroïne nationale, bien qu’on ne la loue qu’en privé et à voix basse. Elle a gagné le prix Sakharov 2012 du parlement européen et beaucoup d’autres récompenses, mais elle dit se sentir étonnée à chaque fois qu’on lui dit qu’elle est célèbre. 

A 50 ans, mince et de taille moyenne, les cheveux châtains coupés court, le sourire éclatant, Narine Sotoudeh semble heureuse chez elle. Mais des cernes sous les yeux et une certaine nervosité trahissent une réalité différente, plus sombre. Elle avoue que sa vue a baissé en prison, mais se dit en bonne santé par ailleurs. Vu tout ce qui lui est arrivé d’horrible, elle semble remarquablement optimiste.

« J’ai commencé à travailler comme avocate après avoir eu mon diplôme, ce qui m’a pris huit ans. Je me suis tout de suite occupée de dossiers de droits humains. Je me suis spécialisée dans le droit des enfants. J’étais très sensible à la peine de mort, surtout pour les mineurs, et c’est toujours un problème en Iran. Je m’intéressais aux droits des femmes, des militants politiques, des journalistes et des minorités religieuses. J’ai travaillé pendant dix ans sur ces dossiers.  »

En plus de sa clientèle privée, Nasrine a travaillé avec ou aide à la fondation de plusieurs ONGs dont le Centre de Défense des Droits Humains, fondé par la lauréate 2003 du prix Nobel de la Paix Shirine Ebadi, et le Comité pour le Droit des Enfants. Le Centre des Droits Humains a été fermé par le gouvernement en 2008.

Avant son arrestation, elle avait représenté Issa Saharkhiz, journaliste réformateur, Heshmat Tabarzadi, militant politique d’opposition et Parvine Ardalan, fondatrice de la campagne Un Million de Signatures pour des droits égaux pour les femmes et lauréate du prix Olof Palme 2008

« J’étais aussi impliquée dans le dossier d’Arash Rahmanipour, arrêté avant l’élection ; on a prétendu qu’il avait été arrêté après, durant les manifestations, c’était un mensonge. Ils étaient très en colère contre moi. On n’aime pas que je défende des dossiers comme celui-là. On m’a demandé à plusieurs reprises de quitter mon travail. On n’aimait pas non plus ce que je disais lors des interviews avec des médias nationaux et internationaux. Lors de mon arrestation, on m’a dit avoir fait un CD de toutes mes interviews. J’ai répondu que je n’avais rien fait de mal. »

Les interrogatoires et le procès ont eu lieu devant un tribunal d’exception à huis clos à la prison d’Evine. « C’était le pire endroit. Les interrogatoires étaient menés par des représentants du ministère du renseignement. Ils étaient vraiment durs, méchants et effrayants. J’ai demandé ma mise en liberté. Leur réponse ? Ils m’ont ajouté un chef d’accusation, adhésion au Centre des Défenseurs des Droits Humains, passible d’une peine de cinq ans. 

Je suis restée à l’isolement jusqu'au bout. Aucune communication. Il y avait cinq cellules dans le couloir, mais uniquement le silence et l’isolement. Le pire moment, c’est lorsqu’un jour je me suis retrouvée enfermée seule avec un homme qui m’interrogeait. Ce n’est pas une situation normale, d’être seule avec un enquêteur. Je me souviens qu’il n’y avait qu’une petite fenêtre. J’ai hurlé. Alors, le sous-directeur de la prison est arrivé en compagnie d’une femme. Il a donné l’ordre qu’elle soit présente tout au long des interrogatoires. Si vous me le demandez, je vous dirais que je n’ai pas été maltraitée physiquement, mais j’ai fait l’objet de beaucoup de menaces psychologiques. Celui qui m’interrogeait m’a dit : « je ne vais pas te libérer, je vais te faire donner une peine de 10 ans. » En fait, j’ai pris 11 ans. Il se conduisait comme s’il avait le pouvoir d’obtenir des juges ce qu’il voulait. Et ils obéissaient. »

Plus tard, Nasrine Sotoudeh a raconté que le responsable de ceux qui l’interrogeaient lui a suggéré de donner des interviews favorables au régime aux medias pour diminuer sa « faute ». Je lui ai ri au nez et lui ai demandé ‘Est-ce que vous pensez de moi ?’ 

Cette suggestion, criante de désespoir, a peut-être été soufflée par la campagne internationale pour libérer Sotoudeh, par sa nomination par Amnesty International en tant que prisonnière de conscience, ainsi que les déclarations d’inquiétude sur la façon dont elle était traitée par les gouvernements américain et autres.

Human Rights Watch, la Commission Internationale des Juristes, la Fédération Internationale des Droits Humains et le Parlement Européen sont tous intervenus en sa faveur, ainsi que certains medias occidentaux et la Société Juridique d’Angleterre et du Pays de Galles qui a appelé à sa libération en janvier 2011.

Quelques mois plus tard, cette même personne est revenue : « Il m’a dit : ‘OK, ne donne plus d’interviews. Contente-toi de tes réunions avec les avocats et informe-nous’. Je lui ai encore ri au nez. Il est revenu à de nombreuses reprises en me menaçant : ‘Je vais te casser. Je vais te faire mordre la poussière et tu y resteras pour toujours.’ »

Nasrine Sotoudeh dit que la séparation d’avec ses enfants, Nima et sa fille Mehraveh, 11 ans à l’époque de son arrestation, a peut-être été l’épreuve la plus difficile à supporter. Mais ses enfants, aussi jeunes qu’ils aient été, ont fait montre d’un grand courage.

En octobre 2012, elle a commencé une nouvelle grève de la faim qui a duré 49 jours pour protester contre sa situation en prison, y compris contre les restrictions appliquées aux visites de sa famille et contre l’interdiction de sortie du territoire de son époux Reza Khandan et de Mehraveh.

A cette époque, lors d’une rare visite de Mehraveh, derrière une vitre, Nasrine Soutoudeh a dit que les autorités de la prison distribuaient ce qu’on appelait une feuille de pardon, qui permettaient aux prisonniers de demander une libération provisoire en échange de l’aveu de leur culpabilité.

« Ce jour-là, ma fille était très soucieuse, alors on l’a laissée s’approcher de moi. Je l’ai serrée dans mes bras. Je sentais qu’elle était très inquiète pour moi. Je lui ai expliqué qu’on distribuait la feuille de pardon. Je lui ai dit : ‘Je peux en prendre une’. Mais ma fille m’a répondu : ‘N’y pense même pas.’ »

C’est l’époque où Reza Khandan a exprimé ses craintes pour la vie de son épouse, disant qu’elle souffrait de vertiges, d’une détérioration de la vue, d’hypotension et qu’elle avait perdu beaucoup de poids. On a fini par accéder à ses demandes, l’interdiction de sortie du territoire a été levée et elle a mis fin à sa grève de la faim.

A-t-elle jamais pensé à abandonner ou à se soumettre ? Elle répond que oui, qu’elle a eu plus que sa part de moments noirs.

« Nous sommes tous des êtres humains. Quelquefois on se sent faible et des pensées démoniaques nous viennent de Satan. Mais je peux vous dire qu’en ce qui concerne les interviews en leur faveur ou la coopération avec eux, je n’ai jamais eu le moindre doute.»

Nasrine Soutoudeh nous dit que sa libération sans condition en septembre de l’année dernière a été une surprise. Elle a coïncidé avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président iranien, à la ligne moins dure, le centriste Hassan Rouhani et avec le voyage de haut-niveau qu’il effectuait pour l’assemblée générale de l’ONU à New York. Elle a dit que 20 autres prisonniers politiques avaient aussi été libérés, sans explication.

« Malheureusement, ce processus a pris fin depuis » nous dit Nasrine Sotoudeh, notant que jusqu'à 800 prisonniers politiques restent détenus. « Je me sens mal par rapport aux autres prisonnières que j’ai laissées derrière moi. Nous avons vécu ensemble pendant trois ans, certaines venaient de minorités ethniques, il y avait aussi des bahaïes, des chrétiennes, des militantes politiques des Vertes, des femmes de gauche, des communistes, mais aussi des journalistes et des écrivaines. Je les connais. J’ai été libérée sans l’avoir demandé. Nous espérions qu’elles aussi seraient libérées, mais ce n’est pas ce qui s’est passé… Mais j’espère toujours que le gouvernement le fera. A une époque, nous étions 30 prisonnières, maintenant, elles ne sont plus que 14. La bonne nouvelle est qu’ils n’en ont pas rajouté et que le total continue à baisser. »

De retour chez elle, son ardoise judiciaire apparemment effacée et malgré ou peut-être à cause de son épreuve de trois ans, Nasrine Sotoudeh a repris son travail d’avocate des droits humains. Elle s’occupe actuellement de deux dossiers de délinquants mineurs accusés de meurtre, et elle envisage d’en prendre un troisième, politique cette fois. Elle a aussi réactivé son Association Professionnelle des Avocates et le Comité des Droits des Enfants, et a lancé une campagne avec sept autres personnes pour l’abolition graduelle de la peine capitale en Iran.

« Ceux qui font campagne pour les droits humains devraient se concentrer sur deux choses : d’abord la réduction de la peine capitale dont l’occurrence a augmenté sous le nouveau gouvernement, et deuxièmement, presser Monsieur Rouhani de réagir aux actions contraires aux droits humains en Iran, comme l’attaque contre les prisonniers d’Evine il y a trois semaines. Si Monsieur Rouhani ne peut réagir correctement à de telles crises, il ne va pas tarder de perdre son soutien dans la société.»

A-t-elle peur que son retour sur le champ de bataille des droits humains puisse avoir de nouvelles conséquences négatives pour elle-même et sa famille ? Nasrine Sotoudeh ne se dit pas concernée. « Depuis ma libération, on ne m’a pas inquiétée, on ne m’a pas contactée. »

Tout de même, ce n’est peut-être pas une coïncidence si son appartement a été cambriolé il y a quatre mois, peu de temps après sa libération. Et son époux a récemment reçu une menace anonyme de lui lancer de l’acide au visage.

Nasrine sourit ; Nima est rentré, maintenant la discussion est terminée. Il veut jouer un air au piano pour sa mère et son invité. Il joue, nous écoutons. Et nous espérons que tout ira pour le mieux.

Source : http://www.theguardian.com/world/2014/jun/01/iran-rights-lawyer-nasrin-sotoudeh?CMP=twt_gu