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lundi 26 janvier 2015

Interview de Nasrine Sotoudeh avec Radio Zamaneh

Radio Zamaneh : Votre libération anticipée était-elle un signe de la détermination du gouvernement à améliorer la situation des droits humains en Iran ?
Nasrine Sotoudeh : On aurait pu l’interpréter ainsi, c’est même ce que j’ai pensé à l’époque. Malheureusement, les libérations de prisonniers ont cessé ; à la place, il y a eu plus d’arrestations et des verdicts plus lourds.
Il faut noter que le domicile de Monsieur Abdolfattah Soltani, qui lui servait de caution, a été confisqué il y a plus de quatre mois. Les autorités lui ont refusé une libération provisoire pour la deuxième fois. Quand je considère tous ces évènements, je suis obligée d’en déduire qu’il n’y a pas de perspective prometteuse pour la libération des autres prisonniers politiques.



RZ : Qu’en est-il de votre autorisation de pratiquer ?
NS : Le conseil de discipline fait partie du Barreau. Quand un avocat est accusé dans n’importe quel tribunal, le procureur en informe le conseil de discipline du Barreau qui le transmet à l’une des chambres du conseil. Mon dossier a été envoyé dans une chambre du conseil de discipline qui s’est opposée à la révocation de mon autorisation. Puis une autre chambre a décidé de suspendre mon autorisation pendant trois ans. Quand un avocat est condamné, le procureur peut en informer le conseil de discipline et demander la suspension de l’autorisation de l’avocat.

RZ : Alors en ce moment, votre autorisation est suspendue ?
NS : Habituellement, lorsque le tribunal énonce son verdict, le procureur le fait suivre au Barreau en demandant la suspension de son autorisation. Dans mon cas, le procureur a envoyé la décision à une chambre du conseil de discipline et sa demande de suspension a été refusée. Puis le tribunal a énoncé son verdict ; il aurait dû être envoyé à la même chambre. C’est ce qui s’est passé, mais il y avait divergence d’opinion entre la première chambre et les membres du Barreau, alors le bureau est intervenu et a envoyé le dossier à la deuxième chambre du conseil de discipline. Ils ont décidé de me condamné à la suspension de mon autorisation pendant trois ans.

RZ : Quelle leçon tirez-vous des réactions provoquées par cette condamnation ? Est-ce qu’elle pourrait devenir la règle ?
NS : En aucune façon. Ce verdict a provoqué une protestation généralisée dans toute la communauté des gens de loi. Il y a eu des tonnes de correspondance entre les avocats, le bureau et la deuxième chambre du conseil de discipline exprimant l’inquiétude suscitée par ce verdict. Il y a tellement de problèmes légaux avec ce verdict qu’aucun des directeurs du bureau n’est prêt à l’endosser. Il n’est donc pas possible que cela se généralise. Une décision prise avec tant de hâte et comportant tant d’irrégularités ne peut pas faire jurisprudence.

RZ : Que pensez-vous de la situation des droits humains en Iran ?
NS : Je pense tout d’abord que l’atmosphère sécuritaire du pays doit changer. Le gouvernement élu doit tout faire pour y mettre fin. Il y a beaucoup d’experts du sujet qui font actuellement partie des prisonniers politiques. Le gouvernement devrait libérer tous les prisonniers politiques et commencer à discuter avec les experts du sujet.

RZ : Pensez-vous que les changements doivent provenir du gouvernement ou de l’institution politique. ?
NS : C’est une bonne question. Durant leur emprisonnement, les prisonniers politiques ont été confrontés à de nombreuses reprises à la situation suivante : ils demandaient des libertés provisoires ou pour raisons médicales et on leur répondait que celui qui les interrogeait devait l’approuver au préalable, et ce, alors que l’enquête était finie, que le procès avait eu lieu, que le verdict avait été énoncé et que ces personnes purgeaient leurs peines. Quand le gouvernement de Monsieur Rouhani est arrivé au pouvoir, vues les déclarations du ministre du renseignement avant le vote de confiance du parlement, il est apparu que le ministère du renseignement aurait une attitude plus sage, mettrait fin à l’approche sécuritaire, et traiterait les demandes du peuple plus rationnellement. Actuellement, on dit que la justice demande toujours l’avis du ministère du renseignement avant de se prononcer, ce qui érode complètement le pouvoir de la justice. Nous espérons que la justice mettra fin à sa dépendance totale vis-à-vis du ministère du renseignement et commence à prendre des décisions basées sur les documents et les preuves présentés au tribunal.

Source : http://archive.radiozamaneh.com/english/content/lawyer-nasrin-sotoudeh-state-human-rights-iran

dimanche 28 décembre 2014

Déclaration des militants des droits humains des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr

Nous rendons hommage au 66ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits Humains, alors que nous sommes témoins de violations systématiques des droits humains par les organisations officielles et officieuses du gouvernement de notre pays bien-aimé.

Ces jours-ci, nous commémorons le 16ème mois du mandat de Rouhani qui a su rendre espoir et jouit d’un grand soutien. Durant cette période, nous avons vu quelques efforts du gouvernement pour améliorer la situation dans quelques domaines : le gouvernement s’oppose à la censure du net, soutient le retour d’anciens professeures et étudiants expulsés des universités, projet de charte des droits du citoyen, tentatives d’améliorer les conditions de l’environnement et approbation du projet de libre accès à l’information. Malheureusement, en raison de la structure du pouvoir et de la juridiction de la république islamique, de la concentration du pouvoir entre les mains d’organisations non-élues et qui n’ont pas à répondre de leurs actes, l’augmentation des violations des droits humains est telle que l’on perd espoir de voir une quelconque amélioration sur ce point précis.

Infractions aux procédures et normes d’un procès équitable, augmentation des verdicts lourds et justes, dont la peine de mort, refus de mise en place de certains article du code pénal qui conduiraient à la libération de beaucoup de prisonniers (comme l’article 134), retards dans la mise en place du nouveau code criminel, voilà des violations majeures des droits humains qui sont commises dans le domaine judiciaire. Malheureusement, dans le domaine légal, l’approbation de plusieurs articles, projets de loi et recommandations comme le « soutien au bien et l’interdiction du mal » produisent une violence aggravée, systématique et officielle, et une limitation des libertés sociales par des organisations non-élues et qui n’ont pas à répondre de leurs actes, soutenues par certaines factions du gouvernement. Le rejet de la convention « interdisant toute sorte de discrimination contre les femmes » ainsi que du projet pour prévenir la violence contre les femmes et les enfants ont conduit à plus de discrimination et d’inégalité pour les femmes de ce pays. De plus, il est important de noter l’approbation et le décret d’application d’articles du code pénal islamique (2013) dont les articles 220, 286, 291, 292, 302,303 et 349, par lesquels les juges peuvent condamner à mort des opposants politiques ou de conscience. En se basant sur ces articles, tout citoyen peut commettre un crime sous de piètres prétextes sans en être puni. Et ce ne sont que quelques exemples des violations systématiques des droits humains sous la législature actuelle.

L’exécutif du 11ème gouvernement se bat toujours avec différents problèmes à cause des promesses faites au peuple. Il a échoué à mettre en œuvre certaines parties de la constitution, surtout celles relatives aux droits de la nation à cause de l’approche sécuritaire actuelle du gouvernement envers les problèmes politiques et sécuritaires ; l’incarcération illégale des dirigeants du Mouvement Vert : Mir-Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard et Mehdi Karroubi, une distribution des richesses injuste et inadéquate qui a causé plus de pauvreté et d’inégalité ainsi que l’élargissement du fossé entre les classes de la société. L’absence de sécurité de l’emploi, surtout parmi ceux qui gagnent le moins est aussi un exemple des problèmes évoqués ci-dessus.

Dans le domaine de la sécurité et de l’hygiène, l’injection d’une partie des revenus du pétrole a permis une amélioration temporaire de la santé des citoyens ; cependant, l’hygiène et la santé publique ne sont pas dans un état acceptable et durable et nous faisons face à des maladies largement répandues comme le cancer et les maladies cardiovasculaires et respiratoires.

Il faut aussi souligner l’importance des politiques sociales qui ont fait augmenter la violence à l’intérieur de la société. Par exemple, l’augmentation de la violence et des attaques contre les femmes à Ispahan et à Djahrom qui rendent la société malsaine et dangereuse.

Les manifestations contre le décret visant à « empêcher le mariage des enfants » malgré l’importance du nombre de mariages d’enfants, surtout de petites filles, a suscité beaucoup de questions dans l’opinion publique, surtout chez les militants des droits des enfants.

Dans cette situation, nous sommes incrédules face aux allégations des autorités responsables sur « la situation satisfaisante des droits humains en Iran » et « la transparence nécessaire » sur le sujet.

A propos de ces allégations, nous remarquons aussi l’absence du Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la Situation des Droits Humains en Iran pour la 4ème année consécutive.

Pour conclure, nous exprimons notre inquiétude sur les violations systématiques des droits humains en Iran et les dommages irréparables faits à la société iranienne, nous demandons aux autorités d’œuvrer efficacement dans ce domaine en coopérant avec la société civile, en mettant en œuvre les conventions internationales pour améliorer la situation des droits humains en Iran.

Militants des droits humains et politiques des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr : 
Abdolfattah Soltani – Saïd Madani Ghahfarakhi – Mehdi Khodaï – Keyvan Samimi – Saïd Razavi Faghih

Source : https://hra-news.org/en/statements/declaration-human-rights-activists-evin-rajai-shahr-prison

samedi 27 décembre 2014

Lettres de deux enfants d’avocats emprisonnés à leurs pères.


Voici plus de trois ans que vous n’êtes plus à nos côtés. Nous savions, depuis le début, que le chemin des droits humains est difficile et plein de danger, mais nous croyons en votre persévérance et nous savons que vous n’arrêterez jamais, ne serait-ce qu’un instant, de suivre la vérité et les droits pour établir la loi. Aujourd’hui, journée internationale des droits humains, nous nous souvenons de vous et de tous ceux qui sont en prison, nous nous rappelons votre bonté et votre absence à nos côtés et nous désirons pouvoir vous embrasser au plus vite.

Maedeh, fille d’Abdolfattah Soltani – Ali, fils de Mohammad Seifzadeh

Source : https://hra-news.org/en/two-imprisoned-lawyers-childrens-letter-fathers

jeudi 25 décembre 2014

Déclaration des participants au sit-in devant le Barreau de Téhéran à l’occasion de la Journée Internationale des Droits Humains le 10 décembre

Heureuse Journée des Droits Humains !

50 ans après l’adoption de la Déclaration Universelle des Droits Humains par l’Assemblée Générale de l’ONU, la mise en place de certains droits les plus fondamentaux semble un rêve hors de portée pour certains.

D’après la Déclaration des Droits Humains, « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. »

Donc, les états-membres des Nations Unies, ont déclaré leur foi dans les droits humains fondamentaux et sont décidés à favoriser le développement social.

D’après cette déclaration,
« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.

Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi.
Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.

Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.

Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. »

Et pourtant, nous n’avons pas l’égalité de dignité et de droits.

La discrimination se fait sur la base du sexe, de l’origine ethnique, des opinions et de la religion.

Nous sommes soumis à des arrestations arbitraires, à des emprisonnements, à l’exil et à des assignations à domicile illégales.

Nous sommes jugés dans des tribunaux qui ne sont ni objectifs, ni indépendants, ni justes, ni publics. Notre intimité, notre correspondance sont sous surveillance constante. Notre droit d’association, de manifestation, de sit-in, et de manifestation pacifique sont bafoués, des personnes sont détenues, jugées, punies, ou, comme Saïd Zeinali ou Shahram Zandjani, disparaissent après leurs arrestations pour avoir pris part à de telles activités. Le droit des personnes à l’emploi leur est retiré et ils sont privés de toute protection sociale ou civique. Le droit des personnes à la vie leur est retiré par la peine de mort et des citoyens sont emprisonnés en groupes sous divers prétextes.

En cette Journée des Droits Humains, nous disons NON aux tribunaux révolutionnaires et à l’ingérence des agents de sécurité dans les procès politiques, beaucoup d’Iraniens demandent des procès équitables, la dissolution des tribunaux révolutionnaires et la fin de l’ingérence des forces de sécurité dans la justice.

Nous répétons NON à la peine de mort, et demandons plus spécifiquement la fin des exécutions des mineurs et des exécutions politiques ; nous rappelons à tous qu’accuser les suspects politiques et de conscience de crimes de droit commun ou moraux est une méthode abominable.

Nous soulignons la nature injuste des procès pour des accusations politiques et de conscience devant le tribunal révolutionnaire iranien, nous demandons l’abrogation de tous les verdicts promulgués par ce tribunal, la libération des dirigeants du Mouvement Vert, la libération de tous les prisonniers politiques et de conscience, surtout celle des avocats emprisonnés comme Messieurs Abdolfattah Soltani, Seyed Mohammad Seifzadeh, Amir Eslami, Farshid Yadollahi, Mostafa Daneshdjou et Omid Behrouzi.

Les manifestants au sit-in devant le Barreau de Téhéran

Source : https://www.facebook.com/NasrinSotoudehOfficial/posts/333842346822312%20…

dimanche 9 novembre 2014

Interview d’Amine (Peyman) Tchalaki après sa sortie de prison – Fereshteh Ghazi – 2 Novembre 2014 : Nous ne nous repentons pas, nous avons foi en notre lutte





La semaine dernière, à sa sortie de la prison d’Evine où il avait passé ces quatre dernières années en tant que prisonnier politique, Amine (Peyman) Tchalaki, l’adjoint au directeur de campagne de Mir-Hossein Moussavi en 2009 à Saveh, a brandi une photo de son ancien patron pour défier ceux qui l’avaient arrêté, condamné et emprisonné.

Rooz a interviewé Tchalaki qui a expliqué : « La photo de Moussavi que j’ai brandie devant la prison le disait : non seulement nous ne nous repentons pas mais nous avons la ferme intention de continuer sur la même voie. »

Tchalaki a été arrêté avec son épouse le 17 janvier 2010 dans la ville de Saveh. Les agents ont interrogé sa fille de trois ans. Son épouse a été condamnée à deux ans avec sursis et lui à quatre ans fermes. Mais cet interrogatoire au milieu de la nuit n’a pas été le seul calvaire de Mana Tchalaki. Quatre ans plus tard, quand elle a eu besoin de soins médicaux suite à un accident à la main, elle n’a pas pu être hospitalisée car elle ne pouvait fournir l’autorisation écrite de son père qui était en prison. Les fonctionnaires pénitentiaires, n’ont pas permis à Amine Tchalaki de rendre visite à sa fille lorsqu’elle s’est blessée, mais, en plus, ils n’ont pas permis à sa fille de lui rendre visite.

« Depuis ma libération, une de mes inquiétudes les plus sérieuses concerne mes amis encore emprisonnés, dont Mir-Hossein Moussavi, Monsieur Karroubi et Madame Zahra Rahnavard. Tant qu’ils sont assignés à domicile, ma libération ne veut rien dire. La liberté est un phénomène social et ne veut rien dire s’il n’y a qu’une personne à en bénéficier. Je m’inquiète pour les personnes emprisonnées, surtout que la situation de la section 350 ne fait qu’empirer. Les traitements médicaux sont très difficiles à obtenir. Notre ami Naïmipour est devenu sourd à cause d’une déchirure au tympan ; il a besoin de traitement médical mais le bureau du procureur le lui interdit. Monsieur Abdol-Fattah Soltani a besoin de traitement médical pour son cœur, mais on le lui interdit. Je m’inquiète pour eux et d’autres et même si je suis sorti de prison, une partie de moi est encore avec eux. »

« La prison a été pour moi une excellente occasion pour me rapprocher d’amis venant d’horizons différents, comme le Mouvement Vert a permis de concentrer différentes personnes, de les écouter. Ce fut une bonne occasion de lire 24.000 à 25.000 pages de livres, de se concentrer et de penser plus profondément. Je pense que celui qui en a parlé le mieux est Mir-Hossein Moussavi quand il a mis l’accent sur la patience. De la même façon que le silence a une valeur en musique et que d’autres notes se définissent par le silence, l’atmosphère politique et sociale en Iran a aussi besoin de silence et de plus de patience. Un évènement majeur a eu lieu en 2009, un évènement d’importance qui servira de phare à la lutte de la prochaine génération. Je pense que l’ingénieur Moussavi a exposé ces notions profondes dans ses 17 déclarations, claires, détaillées et précises. J’ai changé d’avis. Je pense que notre peuple poursuit sa lutte politique à travers le gouvernement. Cela fait plus de 100 ans, depuis le mouvement constitutionnel, que tous les efforts de ceux qui luttent pour la liberté de ce pays reposent sur le gouvernement. Je crois que l’engagement politique devrait se mener au travers de la société civile. On nous l’a interdit depuis des années. Il nous faut retourner à la société civile et y travailler. Les appels à la démocratie n’aboutiront pas tant qu’ils ne s’enracineront pas dans les piliers de la société civile. Les évènements qui ont eu lieu dans ce pays après la période réformatrice montrent que nous avons échoué à approfondir ces concepts dans la société civile. Beaucoup des buts atteints pendant la réforme ont été perdus ensuite. J’espère que j’aurai l’occasion de faire plus dans cette voie. J’ai senti que la première chose qui m’est arrivée après ma libération était révélatrice. La photo que j’ai brandie devant la prison proclame que nous ne nous repentons pas mais qu’au contraire, nous avons foi dans notre voie. La plupart des personnes en prison sont d’honnêtes gens et ont confiance dans la voie qu’ils empruntent. Il est plus que certain qu’il s’agit du même chemin pour lequel nous avons payé un prix si élevé»

« J’ai besoin de me réadapter à cette nouvelle atmosphère. Voyez-vous mes amis, il faut écouter davantage. Mais peu importe, ce chemin est incontournable. Les gens continueront certainement à demander les mêmes choses et à lutter pour elles. Et nous aussi devons poursuivre. Ces dernières années ont montré que la lutte et la résistance dont Moussavi, Karroubi et Rahnavard ont fait preuve dans la défense de leur cause est le prix à payer pour atteindre nos buts. Les élections de 2013 ont montré que le peuple continue à formuler les mêmes demandes et saisissent toutes les occasions. Non seulement le peuple n’est pas indifférent mais il est à la recherche d’occasions pour jouer son rôle historique. Cela s’est déjà produit par le passé et se reproduira de nouveau dans le futur. »

« Nos enfants sont conditionnés par notre situation, comme nous devons payer le prix pour le déni de nos droits fondamentaux. Nos enfants aussi payent le prix de cette situation. Le régime n’a même pas pitié des enfants de trois ans. D’un autre côté, je pense que la génération de ma fille est désormais assez solide pour tenir debout seule. Cette génération reste ferme dans ce qu’elle demande. »

Parlant de l’accident de sa fille tandis qu’il était en prison, Tchalaki a dit : « Il m’a été très difficile de ne pas être à ses côtés. Mon épouse était seule. On ne m’a pas permis de lui rendre visite à l’hôpital. D’autres prisonniers sont ainsi privés de leurs droits fondamentaux comme les appels téléphoniques et les visites. Par exemple, Monsieur Massoud Sadeghi n’a pas vu son enfant depuis deux ans et n’a pas de permission. Il y a d’autres prisonniers âgés comme Monsieur Rabani qui a plus de 70 ans. »

« Je pense qu’il faut lancer un nouveau train d’efforts politiques dans ce pays. Les groupes politiques doivent porter leur attention vers la société civile et c’est là qu’il leur faut poursuivre leurs buts politiques. C’est là que des notions comme la démocratie et les droits humains devraient être approfondies. »

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/november/02/article/we-do-not-repent-have-full-belief-in-our-struggle.html?utm_content=bufferc55fe&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer 

vendredi 21 mars 2014

Questions pour le conseil général des barreaux iraniens – 18 mars 2014 – Nasrine Sotoudeh

Les 28èmes élections au conseil général des barreaux iraniens se sont tenues alors que :

  1. Un grand nombre d’avocats sont toujours en prison pour s’être conformés à leur serment professionnel. En plus des membres du barreau, il y a beaucoup d’autres avocats qui relèvent de l’article 187 mais qui sont enfermés parce qu’eux aussi se sont conformés à leur serment professionnel.
  2. Dans le passé et surtout ces dernières années, beaucoup de nos collègues ont été contraints de quitter l’Iran et ils souffrent de la violence que le pouvoir leur inflige dans leurs vies privées.
  3. Comme les années précédentes, beaucoup de membres honnêtes de la profession du droit ont été disqualifiés par la justice. De plus, la justice et le ministère du renseignement ne semblent pas ressentir le besoin de publier les raisons de leurs disqualifications.
  4. Les représentants du ministre du renseignement sont régulièrement présents lors des réunions hebdomadaires du conseil général des barreaux ; ils mettent très souvent en question les membres du conseil ; étonnamment, les juristes du conseil non seulement ont œuvré à la présence continuelle de ces représentants mais encore ils leur ont fourni des explications sur les activités légales du conseil : c’est dans ces conditions que les dernières élections ont eu lieu. De plus, les fonctionnaires du ministère du renseignement demandaient fréquemment les dossiers et l’histoire des avocats de l’association pour les droits humains et les membres du conseil général des barreaux les leur fournissaient volontairement. Mais nos représentants ne se contentaient pas d’agir ainsi : en plus de prendre les mesures légales pour annuler les licences de ces avocats, ils exerçaient des pressions illégales pour y arriver.


Vue la situation actuelle du conseil général des barreaux il est légitime d’obtenir une réponse aux questions suivantes :

  • Les avocats actuellement illégalement emprisonnés ne méritent-ils pas d’être défendus ? Le conseil n’a-t-il pas le pouvoir de défendre ses membres ? Si tel est le cas, alors comment ses membres et les autorités ont-ils l’intention de défendre les droits des autres ?
  • Comment se fait-il qu’à chaque élection aux postes de bâtonniers, les candidats sont rejetés sans qu’une seule raison pour justifier leur disqualification ne soit annoncée ?
  • Quelle est la raison de la présence continue des représentants du ministère du renseignement au sein du conseil général des barreaux, symbole de la loi ? Plus important encore, quelle est la situation du conseil pour être ainsi sujet à une telle mise en question ? Pourquoi les juristes de ce pays répondent-ils aux questions illégales des représentants du ministère du renseignement ?

Nous attendons du conseil général des barreaux les actions suivantes :

  1. Assurer la défense qu’ils méritent à ses collègues comme Abdol-Fattah Soltani et Seyed Mohammad Seifzadeh ainsi qu’à Mostafa Daneshjou, Farshid Yadollahi et Amir Eslami
  2. Arrêter les violences contre les familles des membres du barreau, arrêter de confisquer les biens de nos collègues contraints à quitter l’Iran. Je vous assure que dans de nombreux cas, les droits des familles de nos collègues sont violés à de nombreuses reprises.
  3. La communauté des juristes devrait trouver les moyens d’arrêter la disqualification illégale et clandestine de ses membres : il s’agit d’une ingérence flagrante des autorités dans les affaires du barreau.
  4. Puisque le président du conseil jouit du même statut que le procureur général, arrêter l’ingérence et la présence illégale du ministère du renseignement dans les affaires du barreau pour que nos collègues puissent exercer leur profession dans une atmosphère calme, sans peur ni pressions extérieures.


Source : http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/archive/2014/march/18/article/questions-for-the-board-of-directors-of-irans-bar-association.html

jeudi 9 mai 2013

Rassemblement pour examiner l’indépendance des avocats – Shirin Ebadi – 5 mai 2013


Rassemblement pour examiner l’indépendance des avocats – Shirin Ebadi – 5 mai 2013

Le 29 avril, Maître Mandanipour, président des barreaux iraniens a annoncé : « Les barreaux ont le devoir de défendre l’intérêt national les plus grands atouts du pays en plus de défendre les droits des personnes. En raison des connaissances du droit tant national qu’international des membres des barreaux, il est de leur devoir de s’occuper de cette affaire ; il a donc été décidé d’organiser une étude juridique et historique sur le statut des trois îles qui sera mise en débat sur un forum civil. »

Sans doute, l’examen des problèmes juridiques au niveau international par les barreaux convient tout à fait, mais l’enjeu le plus important est que beaucoup des membres de ces barreaux dirigés par Mandanipour sont derrière les barreaux pour avoir défendu leurs clients, par exemple Nasrine Sotoudeh, Abdol-Fattah Soltani et Mohammad Seifzadeh. Ils sont emprisonnés pour ce que Mandanipour définit comme le devoir des avocats : la défense des droits des personnes Mais leurs clients étaient des détenus politiques ou d’opinion accusés de crimes par l'’état, les tribunaux du pays ont perdu leur indépendance et ils agissent conformément aux directives des agents de sécurité du gouvernement ; ces avocats sont donc actuellement en prison. Ils sont considérés comme complices dans les dossiers que l’état a montés contre leurs clients.

Les agents de sécurité et les tribunaux révolutionnaires partent du principe que les avocats partagent les idées des clients qu’ils tentaient de défendre. Mais la défense des droits des clients est le premier devoir d’un avocat et cela est plus important que la tenue d’un séminaire et la production de documents internationaux.

Alors, la question qui s’impose est : Est-il correct d’accuser un avocat d’être complice de ses clients inculpés ? Si la réponse est non, alors pourquoi ces avocats sont-ils emprisonnés et pourquoi d’autres avocats ont-ils été obligés de s’exiler après avoir purgé leurs peines pour les mêmes accusations de conspiration ? Exemples : Maîtres Mahnaz Parakand, Khalifeh-Lou, Mostafaï et Shadi Sadr.

Ce que les autorités sécuritaires ont infligé aux avocats qui avaient accepté de défendre des personnes accusées de délits politiques ou d’opinion n’est pas passé inaperçu aux yeux des autres avocats et ils ne veulent désormais plus défendre les personnes objets de tels chefs d’accusation. Exemple : les randonneurs américains injustement accusés d’espionnage et qui ont fini par être libérés contre le paiement de $500.000 ; aucun avocat indépendant n’a été assez courageux pour prendre leur défense en charge.

Depuis juin 2009, dans tous les dossiers où les avocats de la défense, plus de 50, ont été inculpés de complicité avec les chefs d’accusation portés à l’encontre de leurs clients, les barreaux n’ont pas joué leur rôle le plus important : la défense des droits de leurs membres. Ils n’ont absolument rien fait.

Alors, où est la faille de ce scénario ? Le problème est une loi spécifique que monsieur Mandanipour et les autres bâtonniers ne peut discuter ouvertement. D’après cette loi, les candidats au poste de bâtonnier doivent être approuvés par le ministère iranien du renseignement qui transmet sa décision à l’administration judiciaire qui nomme et confirme les bâtonniers. Dans le passé, le tribunal administratif s’est comporté comme le conseil des gardiens, c’est-à-dire qu’il rejetait les compétences et qualifications des personnes sans aucune justification. Exemple de ces disqualifications : Abdol-Fattah Soltani et moi-même.

Alors que les barreaux sont censés être présidés par des avocats choisis par leurs membres, ils sont en fait dirigés par des individus agréés par la justice d’état et le ministère du renseignement. Il n’est donc pas étonnant que les avocats n’aient personne pour défendre leurs droits.

Nous voyons bien que lorsqu’un acteur de cinéma est arrêté, ses collègues et ses camarades artistes protestent ; quand un ouvrier est détenu, les autres ouvriers signent des pétitions pour protester. Mais quand un avocat est arrêté, les autres avocats ne manifestent pas et sont indifférents.

Alors, plutôt que de féliciter monsieur Mandanipour de son organisation d’un rassemblement pour examiner les problèmes légaux du Golfe Persique, nous demandons qu’il organise auparavant un autre rassemblement pour examiner l’indépendance des avocats et débattre de la raison pour laquelle les représentants des avocats doivent être sélectionnés par le ministère du renseignement et non par leurs pairs.

Source : http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/archive/2013/may/05/article/need-a-gathering-to-examine-the-independence-of-lawyers.html

dimanche 5 août 2012

LA SITUATION DES PRISONNIERS EN IRAN SE DEGRADE DE JOUR EN JOUR


Shirine Ebadi, prix Nobel de la paix, la fédération internationale des droits humains (FIDH) et la ligue iranienne de défense des droits humains (LDDHI) ont publié cette déclaration commune : 
Les prisonniers politiques et les prisonniers de conscience souffrent de torture et autre maltraitance avant leur procès : refus d’accès à leurs avocats et à leurs familles et sont ensuite jugés dans des conditions très éloignées des normes internationales définissant un procès juste, pour des accusations liées à leurs emplois, leurs actions pour les droits humains, la liberté d’expression, d’assemblée et d’association et autres droits légitimes reconnus par les traités internationaux dont la république islamique d’Iran est signataire.

Suite à ces procès, qui ne durent souvent que quelques minutes, les prisonniers politiques sont condamnés à des peines extrêmement injustes, quelquefois illégales même d’après les lois iraniennes très imparfaites. Un exemple en est « l’emprisonnement en exil » dans des prisons iraniennes éloignées, qui n’existe dans aucune loi iranienne et qui punit en fait les prisonniers et leurs familles.

Les familles des prisonniers politiques font souvent face à d’autres formes de harcèlement. Quelquefois, des membres de la famille sont détenus ou condamnés à de la prison uniquement pour avoir rendu public le dossier de leur prisonnier ou en demander des nouvelles auprès des autorités judiciaires. Dans certains cas, des agents de sécurité fouinent dans l’intimité de la famille des prisonnier, par exemple, ils conseillent aux épouses de porter plainte contre leurs époux ou de demander le divorce.

Plus tard, tandis qu’ils purgent leurs peines, beaucoup de prisonniers politiques sont soumis à davantage de harcèlement, souvent de nouvelles accusations forgées à leur encontre pour prolonger leur emprisonnement  lorsque la fin de leur peine approcher ou même lorsqu’ils ont fini de la purger. Quelquefois, les prisonniers politiques et les prisonniers de conscience sont exilés dans une autre prison éloignée, même si le verdict ne contient pas « d’emprisonnement en exil ».
Beaucoup de prisonniers de conscience ont un besoin urgent de soins médicaux et de traitements qu’ils ne peuvent trouver dans les prisons, mais les autorités refusent fréquemment de leur fournir les soins médicaux obligatoires d’après les traités internationaux et les règlements des prisons en Iran.

Nous n’avons cessé d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation des prisonniers politiques en Iran, y compris par le rapport conjoint de la FIDH et de la LDHHI : « Iran : répression de la liberté, prison, torture, exécutions. Un état répressif » (http://www.fidh.org/An-FIDH-LDDHI-report-at-the). De nouveau, nous attirons l’attention de la communauté internationale sur les prisonniers politiques suivants, récemment soumis à des maltraitances mais nous souhaitons souligner que cette liste ne représente qu’une partie des prisonniers maltraités et qu’il est loin d’être exhaustif.

Madame Nargues Mohammadi a été emmenée à l’hôpital le 9 juillet 2012 après avoir été gravement blessée au visage lors d’une chute. Elle souffre de paralysie musculaire et de convulsions. Sa famille est restée sans nouvelles pendant 12 jours jusqu’à ce qu’elle les contacte le 22 juillet environ à son retour en prison. Elle a dit avoir même perdu la vue pendant cinq jours. Malgré la présence de gardiens de prison près de son lit, elle a été menottée chaque nuit quand elle dormait. Madame Mohammadi est la vice-présidente de Centre des Défenseurs des Droits Humains (DHRC) et purge une peine de 6 ans d’emprisonnement à cause de son travail sur les droits humains. Les autorités, qui l’ont illégalement transférée à la prison de Zandjan où elle était détenue parmi les criminelles de droit commun, ont fini par lui accorder une liberté provisoire pour raisons médicales le 31 juillet pour qu’elle suive son traitement hors de prison. Mais on ne sait pas clairement combien de temps cette liberté provisoire durera.

Madame Zeynab Djalalian souffre d’hémorragie intestinale et de problèmes de vue causés par une torture sévère durant les interrogatoires avant son procès. C’est une prisonnière politique kurde condamnée à perpétuité et détenue à la prison de Sanandaj.
Mesdames Kobra Banazadeh Amirkhizi et Sedigheh Moradi, deux prisonnières politiques transférées le 11 juillet à la prison de Ghartchak où des criminelles de droit commun sont détenues dans des conditions très en dessous des normes. Elles purgent des peines de 5 et 10 ans de prison en exil intérieur, accusées à cause des liens de leurs familles avec des membres de l’opposition à l’étranger.

Madame Nasrine Sotoudeh, avocate des droits de l’homme et membre du DHRC, purge une peine de 6 ans à la prison d’Evine. Les autorités ont interdit son mari et même leur fille de 12 ans de sortie du territoire d’après des informations reçues le 11 juillet.

Madame Hanieh Farshi Shotorban, bloggeuse qui purge une peine de 7 ans à la prison d’Evine, s’est vue refuser un traitement médical et des médicaments par le dispensaire de la clinique pour ses problèmes rénaux et urinaires.

Mohammad Seifzadeh souffre de problèmes de santé aigus, douleurs dans les jambes, les genoux, le dos et la moelle épinière, arthrite du cou et des mains et maladie cardiaque. On lui refuse des soins médicaux depuis janvier dernier. Monsieur Seifzadeh, avocat et membre fondateur du DHRC, purge une peine de deux ans à la prison d’Evine pour son travail sur les droits humains et doit faire face à de nouvelles accusations pour avoir écrit des lettres ouvertes critiques.

Abdolfattah Soltani, qui souffre d’anémie et d’autres problèmes de santé, devait être hospitalisé la dernière semaine de juin, mais son transfert a été annulé à la demande insistante des autorités de le menotter. Monsieur Soltani, avocat et membre fondateur du DHRC, est détenu depuis septembre 2011 et a récemment été condamné à 13 ans d’emprisonnement en exil intérieur dans la lointaine ville de Borazdjan pour son travail sur les droits humains. S’il est exilé à Borazdjan, sa famille devra faire 1.200 kilomètres pour une courte visite en prison et autant pour le retour.

Shahrokh Zamani, syndicaliste, a été envoyé à la section de quarantaine de la prison de Yazd le 29 juillet, une semaine après avoir écrit une lettre ouverte où il critiquait la situation effroyable de la prison de Yazd. Il a été condamné à 11 ans de prison pour s’être efforcé d’établir un syndicat indépendant et a été « exilé » à la prison de Yazd alors qu’il habite à Tabriz, une ville du nord-ouest de l’Iran, en mai 2012, même si le verdict ne comporte pas « d’emprisonnement en exil ».

Mohammad Sedigh Kaboudvand, s’est récemment mis en grève de la faim pour pouvoir rendre visite à son fils qui souffre d’une maladie incurable. Il l’a finalement arrêtée le 24 juillet au bout de 59 jours. Monsieur Kaboudvand, président de l’Organisation des Droits Humains au Kurdistan, purge une peine de 10 ans et demi pour son travail pour les droits humains ; il a fait trois attaques d’apoplexie et au moins une attaque cardiaque en prison ; il a des problèmes de reins et de prostate ; il a connu des vertiges et des pertes de conscience. Il n’a néanmoins pas eu de traitement médical cohérent.

Bahman Ahmadi Amouï, journaliste économique, purge une peine de cinq ans. A la mi-juin 2012, les prisonniers politiques de la prison de la section 350 d’Evine ont organisé une cérémonie pour honorer Hoda Saber, prisonnier politique décédé en prison ; les fonctionnaires de la prison ont envoyé plusieurs prisonniers, dont Bahman Ahmadi Amouï à l’isolement. Il ensuite été banni à la prison lointaine de Radjaï Shahr. Là, il a été insulté et mis au mitard pendant 20 jours. Il reste dans la même prison, même si le verdict ne comporte pas « d’emprisonnement en exil ».

Anvar Hossein Panahi, militant kurde, purge une peine de 16 ans à la prison de Sanandaj ; il souffre d’infection rénale et intestinale. Les rapports détaillant des tortures qu’il a subies avant son procès indiquent qu’il a eu les côtes cassées et a été obligé de rester nu dans la cour de la prison pendant de froides nuits d’hiver. L’un de ses frères a été tué dans des circonstances douteuses alors qu’il portait une pétition proclamant l’innocence de son frère pour la remettre aux autorités judiciaires. Son autre frère a été détenu plusieurs fois et a perdu 50% de sa vue sous la torture ; il a été condamné à un an de prison.

Abolfazl Ghadiani, journaliste militant, souffre d’une maladie cardiaque et a été opéré plusieurs fois. Les gardiens de prison l’auraient emmené à l’hôpital pour y être examiné (le 30 juillet) après l’avoir battu et menotté. Il a refusé d’être examiné pour protester et a été ramené en prison. A la mi-juillet, on lui a refusé une libération provisoire pour raisons médicales que la commission médicale avec recommandée. Monsieur Ghadiani devait être libéré fin novembre 2011 à la fin de sa peine d’un an, mais de nouvelles accusations ont été portées contre lui pour « insultes contre le guide suprême et le président » et a été condamné à un an de prison supplémentaire. Il fait encore l’objet de nouvelles accusations.

Mostafa Tadjzadeh, ancien secrétaire d’état à l’intérieur, purge une peine de 6 ans de prison et souffre de ses disques lombaires, d’arthrite du cou, de problèmes de peau et de vue. Les autorités refusent de le transférer à la section publique de la prison.

Kourosh Kouhkan, militant politique purge une peine de prison de 3,5 ans. Il souffre d’une déchirure du ménisque droit consécutive à la torture. Son genou a cessé de fonctionner mi-juillet et est tombé dans des escaliers. Les autorités de la prison ne lui ont pas procuré de traitement médical à temps.

Keyvan Samimi-Behbani, journaliste et défenseur des droits humains de longue date ; il puge une peine de 6 ans dans la prison lointaine de Radjaï Shahr et souffre d’une grave maladie du foie.

Saïd Matinepour, militant Azeri iranien et journaliste, purge une peine de 8 ans de prison et souffre d’une infection pulmonaire.

Ahmad Zeidabadi, journaliste, purge une peine de 6 ans de prison et souffre d’une perte de poids inexpliquée.

Heshmatollah Tabarzadi, militant politique, purge une peine de 8 ans de prison et souffre de problèmes cardiaque et de tension artérielle élevée.

Abdollah Momeni, militant politique, purge une peine de 4 ans et 11 mois ; ils souffre d’une maladie rénale, d’une maladie de peau et de problèmes d’audition consécutifs à la déchirure de ses tympans sous la torture. Il doit faire face à de nouvelles accusations.

Ghassem Sholeh Saadi, avocat, purge une peine d’un an et demi de prison et souffre de la moelle épinière suite aux tortures subies lors de son emprisonnement précédent. Il doit faire face à de nouvelles accusations.

Hamed Rouhinejad, étudiant, purge une peine de 10 ans de prison en exil intérieur à la prison de Zandjan ; il souffre de sclérose en plaques qui lui a causé des problèmes de vision et d’audition et l’une de ses mains est paralysée.

Mohammad Hossein Kazemeini Boroudjerdi, religieux dissident, purge une peine de 11 ans de prison à la prison d’Evine ; il souffre de la maladie de Parkinson, de diabète, de tension artérielle élevée, de problèmes rénaux et cardiaques et a perdu la vue d’un œil.

Saleh Kohandel, prisonnier politique, purge une peine de 10 ans dans la prison lointaine de Redjaï Shahr ; il souffre d’irrégularité dans sa numération sanguine, surtout dans les plaquettes.
Siamak Ighani, bahaï, purge une peine de 3 ans à la prison de Semnan ; il souffre de problèmes pulmonaires et de rhumatismes.

Mohsen Djavadi Afzali, prisonnier politique, purge une peine de deux ans et demi à la prison d’Evine ; il souffre d’une infection auriculaire aigüe et de troubles de l’audition.

Djafar Eghdami, prisonnier politique, purge une peine de 10 ans dans la prison lointaine de Redjaï Shahr ; il souffre d’une névrose de la taille et de la jambe qui pourrait le paralyser complètement.

Ebrahim (Nader) Babaï, prisonnier politique ; il purge une peine de 6 ans dans la prison lointaine de Redjaï Shahr ; il souffre d’une maladie cardiaque et des disques lombaires.

Arash Honarvar Shodjaï, religieux dissident, purge une peine de 4 ans à la prison d’Evine ; il souffre de problèmes cardiaques et d’épilepsie.

Karim Lahidji, vice-président de la FIDH et président de la LDDHI a déclaré : « Les prisonniers politiques et les prisonniers d’opinion sont les otages des autorités iraniennes qui exercent autant de pressions qu’elles le peuvent sur eux et leurs familles. Les autorités violent constamment les dispositions de l’ensemble de principes pour la protection de toutes les personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d'emprisonnement adopté par l’assemblée générale de l’ONU en décembre 1988 et de l’ensemble des règles minimales pour le traitement des prisonniers adopté par le conseil économique et social le 13 mai 1977. Les autorités refusent de fournir un traitement médical régulier aux prisonniers politiques, leur refusent ce à quoi ils ont droit et les soumettent à toutes sortes de torture, de châtiments inhumains et à d’autres maltraitances. Elles punissent même les familles des prisonniers politiques. »

Source : http://www.majzooban.org/en/news-and-exclusive-content/2854-iranian-authorities-hold-political-prisoners-hostage.html

dimanche 25 mars 2012

« Je ne suis pas une criminelle et je ne demanderai pas pardon » Nargues Mohammadi


Nargues Mohammadi, directrice adjointe du Centre des Défenseurs des Droits Humains (DHRC) a été condamnée en appel à six années de prison le 5 mars, a dit à la Campagne Internationale pour les Droits Humains qu’elle ne demanderait pas pardon puisque toutes les activités du DHRC étaient basées sur les lois de la république islamique d’Iran.

Le 11 octobre, la 26ème chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran avait condamné Mohammadi à 11 ans de prison pour « assemblée et collusion contre la sécurité nationale, appartenance au Centre des Défenseurs des Droits Humains et propagande contre le régime ». La 54ème chambre de la cour d’appel de Téhéran a ensuite réduit sa peine deux mois après son énoncé.

Le Centre des Défenseurs des Droits Humains, maintenant interdit, a été fondé par le prix Nobel de la paix Shirin Ebadi, Abdolfattah Soltani, Mohammad Ali Dadkhah, Mohammad Seifzadeh et Mohammad Sharif. Les forces de sécurité ont fermé le centre en 2008 et ont depuis pris beaucoup de ses membres, y compris Nargues Mohammadi.

« La cour d’appel a énoncé le verdict le 15 janvier, mais, pour des raisons inconnues, le verdict de six ans de prison n’a été délivré à mon avocat que deux jours après les élections du 4 mars. Ce jugement est définitif et je devrai me présenter à Evine dès que j’aurai été convoquée par l’unité d’exécution des peines. »
Mohammadi a gagné le prix suédois Per Anger pour le travail humanitaire et les initiatives au nom de la démocratie en 2011 ; elle a déclaré ne pas faire appel de la sentence à cause de la non observation des processus dans son dossier : « Je ne suis pas optimiste en cas d’appel dans des cas semblables puisque le processus dans mon dossier et ce depuis le jour de la fermeture des bureaux du DHRC le 20 janvier 2008 a été tel que je n’entretiens plus aucun espoir pour présenter mes objections. J’ai été traitée de différentes manières ces trois dernières années : licenciée sur ordre des forces de sécurité, arrêtée de façon totalement illégale, les jugements prononcés à mon encontre, et jusqu’à la date de l’énoncé des verdicts, tout cela est basé sur une volonté du pouvoir politique et des forces de sécurité et je m’attendais à tout cela. De mon expérience de ces trois dernières années, mon dossier n’a jamais suivi le processus judiciaire. Par exemple, les forces du renseignement m’avaient parlé du verdict de 11 ans en première instance et de celui de 6 ans en appel. Donc, mon dossier n’a pas avancé selon les lois de la république islamique mais selon les changements de la scène politique iranienne. En conséquence, je doute fort qu’un autre appel puisse donner lieu à une révision juste et impartiale de mon dossier. »

Nous lui avons demandé si elle avait subi des pressions pour rédiger une demande d’amnistie ou pour faire de faux aveux contre le DHRC :  « Je ne peux pas répondre clairement mais je n’ai jamais écrit de demande d’amnistie. La constitution de la république islamique a accordé à chaque citoyen iranien le droit d’agir dans toute organisation, association ou société et nos activités au sein du Centre des Défenseurs des Droits Humains étaient entièrement basées sur les normes internationales des droits humains auxquelles l’Iran a souscrit. Le DHRC était actif dans le cadre des lois de la république islamique et de la Déclaration Universelle des Droits Humains. Nos activités étaient totalement transparentes et nous n’avions aucune activité clandestine. Je ne suis pas une criminelle et j’ai commis aucun péché pour lequel demander pardon. Je n’ai exercé aucune activité armée, illégale ou secrète. Il m’arrive de penser que chaque membre du Centre a milité pour promouvoir les droits humains et que c’était une source de fierté pour le pays. Nous ne méritons pas de telles peines. Je crois que tout ce que j’ai fait, je l’ai fait de bonne volonté et avec de bonnes intentions pour mon pays. Je suis fière de ce que j’ai fait et je sais que lorsqu’on nous envoie en prison, d’autres citoyens épris de liberté continueront notre œuvre. »

Mohammadi, mère de deux jeunes enfants, peut être convoquée pour purger sa peine à tout moment. Réfléchissant sur l’époque où elle sera convoquée et sur le futur de l’Iran elle dit : « J’ai reçu le verdict à la veille de la Journée internationale de la Femme. Comment peuvent-ils donner une peine aussi lourde à une mère à la veille de la Journée internationale de la Femme et en être heureux ? Mais supporter la douleur de la séparation est l’un des aspects, l’autre est l’espoir. Je crois que nous connaîtrons des jours meilleurs en Iran. J’ai espoir dans le changement. J’aime vraiment l’Iran. Ils ont confisqué mon passeport. Si j’avais quitté le pays illégalement, j’aurais toujours craint de ne pas pouvoir rentrer en Iran. J’aime ce pays. »

Source : http://www.iranhumanrights.org/2012/03/mohammadi-appeals/

mardi 13 mars 2012

Les mères du Parc Laleh Park dénoncent la persécution des militants - 10 mars 2012


 Les Mères du Parc Laleh et ceux qui les soutiennent ont publié une déclaration mettant en cause les lourds verdicts de la justice iranienne à l’encontre des militants des droits humains.

Zamaneh rapporte que les Mères du Parc Laleh ont publié une déclaration disant : « Alors que la possibilité d’une vie humaine s’évanouit pour le peuple iranien, surtout pour ceux qui sont épris de liberté, les criminels prennent de l’envergure et qu’il n’y a plus de tribunaux justes capables de répondre au peuple. » 

La déclaration se rapporte aux verdicts sévères récemment énoncés à l’encontre de l’avocat des droits humains Abdolfattah Soltani et la dirigeante en second du Centre des Défenseurs des Droits Humains, Narges Mohammadi, opposant leurs sorts judiciaires avec celui de Saïd Mortazavi, le célèbre ancien procureur de Téhéran. Il a été révoqué après que les tortures scandaleuses et la mort des détenus du centre de détention de Kahrizak aient été dévoilées.

Les Mères du Parc Laleh écrivent : « Le juge Mortazavi, dont tout le monde connaît les nombreux crimes, a été renvoyé après que les délits de Kahrizak aient été révélés. Mais, non seulement il n’a pas été jugé, mais il a été nommé à la tête de la brigade luttant contre le trafic de drogue. Et maintenant, il a été nommé à la tête de l’Organisation de la Sécurité Sociale. »
Une enquête spécifique du parlement a accusé Mortazavi d’avoir directement ordonné le transfert d’un groupe de détenus arrêtés après les élections au centre de détention de Kahrizak qui avait conduit à la torture de nombreux détenus et à la mort d’au moins trois des manifestants en juillet 2009.

Mortazavi aurait dit qu’il avait été acquitté de toutes les charges pesant contre lui.

Les Mères du Parc Laleh condamnent le traitement réservé à Soltani en prison, citant des rapports indiquant qu’il avait subi des pressions pour témoigner contre sa propre organisation, le Centre des Défenseurs des Droits Humains, et aussi contre sa collègue, la lauréate du prix Nobel Shirin Ebadi.

Soltani vient d’être condamné à 18 ans de prison plus à une peine d’exil. On lui a également interdit de travailler dans le domaine juridique pendant 20 ans.

Les Mères du Parc Laleh expriment aussi leur solidarité avec les familles des prisonniers politiques qui se sont rassemblées à Shoush cette semaine devant le bureau du ministère du renseignement de cette ville. La déclaration ajoute que ces manifestants affirment que leurs proches sont détenus sans accès à une représentation légale et sans être formellement accusés. Ils déclarent aussi que les forces de sécurité soumettent les détenus à la torture, à des outrages et à l’isolement.

Les Mères rapportent que le rassemblement a été attaqué par les forces du gouvernement, les manifestants se couvrant alors la tête du Coran pour se protéger des bastonnades.

Le mois dernier, plus de 60 personnes ont été arrêtées à Shoush et dans d’autres ville de la province du sud-ouest le Khouzestan. Les familles de deux détenus, Mohammad Kaabi et Nasser Abolshokeh ont été informées par les autorités qu’ils étaient décédés en détention ans leur donner plus d’explication.

Les Mères du Parc Laleh, connues aussi sous le nom de Mères en Deuil d’Iran, est un groupe formé par des mères qui ont perdu leurs enfants pendant la répression des manifestations après les élections présidentielles de 2009. Les membres demandent des comptes au gouvernement pour les morts, les arrestations et les disparitions de leurs enfants.

Source : http://www.radiozamaneh.com/english/content/mothers-laleh-park-denounce-persecution-activists