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dimanche 17 mai 2015

Hassan Ronaghi, frère du militant emprisonné Hossein Ronaghi.


Chaque minute qu’Hossein passe en détention aggrave son état de santé.

Bien que souffrant de graves problèmes intestinaux, rénaux et cardiaques, Hossein reçoit une nourriture pauvre, n’a pas accès à ses médicaments et est privé de soins médicaux en prison.

Hossein supporte des douleurs indicibles et ne peut même plus prendre de médicaments antidouleur qui sont nocifs pour sa santé.

La vie d’Hossein est en danger

Mon frère, tu souffres tous les jours alors que tu es en prison et ta vie est en danger. Sache que nous aussi, nous souffrons avec toi à l’extérieur de la prison et nous prions pour que les officiels responsables n’aient pas oublié leur humanité et que leurs consciences se réveillent.

Sache, mon frère, que notre peuple ne t’as pas oublié.

Source :
 

vendredi 2 janvier 2015

J’ai grandi loin de ma mère, dans les salles de visite de la prison – Fereshteh Ghazi


Elle avait 13 ans quand ma mère a été emprisonnée ; pendant plus de cinq ans, elle n’a vu sa mère que dans les salles de visite des prisons d’Evine, Radjaï Shahr et Ghartchak de Varamine. Elle a maintenant 18 ans ; quand sa mère aura purgé ses 20 ans de prison, ce sera une femme de 33 ans. Taraneh Taefi est la fille de Fariba Kamalabadi, l’une des sept Yaran, comité de direction des bahaïs d’Iran, condamnés à 20 ans de prison.

Quand sa mère a été arrêtée, le 14 mai 2008, elle avait 13 et était en terminale. C’est maintenant une jeune femme de 18 ans qui n’a pas le droit d’étudier à l’université ; elle me parle de sa mère, de ses droits de prisonnière de conscience, privée de sa présence depuis cinq ans et demi et pour encore 15 ans. Elle me parle de l’éventualité que sa mère ne rentre jamais, des salles de visite, de privations, de déceptions, et pourtant, elle garde espoir.

« Quand j’essayais de te préparer à mon arrestation en 2008, je t’ai demandé si tu serais bouleversée si j’étais arrêtée. Tu as répondu : ‘J’étais très jeune quand tu as été arrêtée en 2005 et je ne comprenais pas ce qui t’arrivait, alors tu me manquais, tout simplement. Mais cette fois-ci, tu me manqueras et je serai désolée pour toi’ ». Voici un extrait de la lettre de Taraneh Taefi à sa mère à la prison d’Evine.

J’étais très jeune quand ma mère a été arrêtée pour la première fois ; je n’ai pas compris qu’elle était dans une situation très difficile. La plupart du temps, j’étais triste parce que ma maman n’était pas là et qu’elle me manquait. Je n’ai pas compris qu’elle était à l’isolement, qu’elle subissait des interrogatoires musclés, qu’elle avait des soucis et était complètement isolée du monde extérieur. Cependant, en grandissant, j’ai pensé à toutes ces choses en plus du manque que je ressentais. Je me souviens que la deuxième fois qu’elle a été arrêtée, elle se rendait à Mashhad. Nous ne savions pas exactement comment et où elle avait été arrêtée. Pendant presqu’un mois, nous ne savions même pas où elle était. J’étais bien sûr très jeune à l’époque et je ne m’occupais pas de connaître sa situation ou comment elle avait été arrêtée, etc. En grandissant, j’étais à la fois triste et inquiète, et s’est pourquoi j’ai dit que j’étais désolée pour elle ; je venais de comprendre que non seulement elle me manquait, mais que j’étais aussi inquiète de sa situation et de la façon dont elle était traitée en prison.

J’avais dix ans quand ma mère a été emprisonnée pour la première fois. Bien sûr, la peine était beaucoup plus courte, une fois un mois et l’autre deux mois. J’avais 13 ans quand elle a été arrêtée pour la troisième fois. Naturellement, un membre de la famille n’était plus parmi nous et nous étions inquiets de savoir combien cela durerait. Au début, j’avais très peur qu’elle ne revienne jamais. J’étais bien sûr, alors au début de mon adolescence et c’était très difficile pour moi. Après un temps, nous nous sommes habitués, même si elle nous manquait souvent et que je ressentais son absence.

Que voulez-vous dire quand vous dites : « J’avais peur qu’elle ne revienne jamais » ? Aviez-vous peur qu’on ne la condamne à mort pour des accusations graves ?
Oui. Je me souviens du jour où le verdict a été énoncé, je m’en souviens très bien. Mon père m’a dit qu’elle avait pris une peine de prison de 20 ans. J’ai pensé qu’il plaisantait ! Même si j’avais envisagé des verdicts très lourds, je n’arrivais pas à le croire. En mon for intérieur, je n’avais jamais cru qu’elle serait condamnée à une si longue peine. 20, c’est trop long, c’est une vie ! Cette peine a commencé quand j’avais 13 ans et elle se terminera quand j’aurai 33 ans ! Cependant, malgré de graves difficultés, on finit par s’habituer. Je préfère ne pas avoir trop d’espoir d’une libération anticipée ou d’un quelconque changement dans les 15 ans qui restent parce que tout le réconfort que les espoirs des autres m’ont apporté s’est révélé faux. Je me sentirai beaucoup mieux si j’arrive à accepter de ne pas l’avoir avec moi pour15 autres années. Plutôt qu’espérer et ne pas voir la réalisation de cet espoir, je préfère être surprise par sa libération anticipée.

Comment se passent les visites avec votre mère ?
Les enfants de prisonniers ont le droit de voir leurs parents une fois par semaine en visite face-à-face. Mais comme je suis plus âgée, je n’y ai droit qu’une fois tous les 15 jours. Ce qui veut dire qu’une semaine nous avons droit à une visite face-à-face et l’autre dans une cabine de visite, séparés par une vitre. Il y a des chaises dans la salle de visite. Il y avait bien sûr plus de monde ces dernières années et il n’y avait pas assez de sièges pour tout le monde, mais maintenant, il y a moins de monde. Normalement, il y a beaucoup d’enfants qui jouent. Nous attendons dans cette salle puis montons à l’étage pour la visite à l’appel de nos noms. Un des enfants que je vois toujours ici est le fils de Farine Hessami, Artine : sa mère est à Evine et son père à Radjaï Shahr. Les enfants s’arrêtent de jouer et se précipitent pour voir leurs mères à l’appel de leurs noms. Vers la fin de la visite, nous essayons de parle très vite, nous avons beaucoup de choses à nous dire, et nous baissons la tête pour un dernier regard à nos êtres chers tandis que les stores de la cabine s’abaissent. Il y a une  cabine sans stores. Quand les prisonniers et leurs visiteurs sont présents, nous parlons avec les mains, en utilisant la pantomime. Quand la visite s’achève, nous partons et n’avons plus de nouvelles jusqu’à la semaine suivante. Quand ma maman était à la prison de, Radjaï Shahr, malgré les mauvaises conditions sanitaires et le type de prisonnières avec lesquelles elle séjournait, elle pouvait appeler au téléphone tous les jours, ce qui nous rendait très heureux car nous pouvions parler de tout au téléphone. Mais maintenant, nous n’avons aucune nouvelles d’elle entre les visites parce que les prisonnières n’ont pas le droit d’utiliser le téléphone, ce qui nous ennuie et nous inquiète beaucoup. Les visites face-à-face se tiennent dans une grande salle meublée de plusieurs tables entourées de chaises. Chaque famille s’assied à une table et parle avec son prisonnier. Nous ne pouvons rien apporter en prison, mais quelquefois, les prisonniers apportent de la nourriture et nous déjeunons ensemble. Je suis très heureuse lors des visites en face-à-face parce que je peux embrasser ma maman, m’asseoir près d’elle, manger et parler avec elle. Les conditions sont bien meilleures durant ces visites.

Et votre maman n’a encore eu aucune libération provisoire ?
Absolument aucune. Certains disent que si un prisonnier a pur gé un sixième de sa peine il doit pouvoir bénéficier d’une liberté provisoire. D’autres disent que c’est après le tiers de la peine. Je ne sais pas si l’une des deux options est vraie. Chaque fois que nous avons demandé une permission, ils n’ont pas suivi les règles et ont répondu : « vous faites partie du ‘groupe des sept’ et nous n’avons pas l’intention de vous donner de permission. Nous le ferons quand nous penserons qu’il le faut et vos demandes répétées ne servent à rien. »

Donc, pas de permission, pas d’appels téléphoniques et vous n’avez que les visites hebdomadaires. Comment préservez-vous vos relations avec votre mère ?
Nous nous parlons beaucoup. J’envie cependant les autres enfants qui peuvent parler avec leur mère, j’en suis privée. Pendant la semaine, je pense à beaucoup de choses que je veux lui dire, mais quand je vais la voir et que la visite se termine, je me souviens de tout ce que j’ai oublié de lui dire et je ne suis jamais sûre de pouvoir les lui dire la semaine suivante. C’est très difficile mais nous tentons de faire face. Il y a tant de choses que je n’ai jamais dites à personne. Quelquefois, quand je suis à la maison et qu’on sonne à la porte, mon cœur tressaute en pensant, est-ce qu’on aurait libéré maman ou on lui aurait donné une permission ? Et quelquefois, quand je rentre, j’ai l’impression que ma maman sera là quand j’arriverai. Et bien sûr, elle n’est pas là. Alors, les problèmes existent mais je n’ai pas perdu tout espoir. J’ai ces images à l’esprit. J’ai un grand frère et une grande sœur. Tous les deux sont mariés et mon frère avait quitté l’Iran avant l’arrestation de ma mère. Cette distance les a empêchés d’avoir un contact quelconque avec elle puisqu’elle n’a pas le droit d’utiliser le téléphone. Avant, elle avait le droit d’appeler une fois par mois, mais ce droit a été révoqué il y a un an. Ma sœur a eu un bébé il y a quelques jours, mais on n’a pas laissé ma mère appeler pour lui parler. Il nous a même été difficile de l’avertir de l’arrivée du bébé.
La militante étudiante Baharej Hedayat, emprisonnée à Evine depuis presque cinq ans, a parlé de Fariba Kamalabadi dans une lettre à son époux Amin Ahmadian : « Je n’oublierai jamais la première fois que Fariba a décidé d’emporter une chope de thé lors d’une visite face-à-face avec sa fille Taraneh. J’ai remarqué qu’elle a commencé par mettre du sucre dans la chope, a réfléchi, retiré le morceau de sucre pour le remplacer par du chocolat, a de nouveau réfléchi et l’a remplacé par une date. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait. Elle m’a dit : « Je ne me souviens plus si Taraneh prend son thé avec du sucre ou avec autre chose… » Elle a fini par emmener les trois ! Je ne m’en suis pas souciée tant qu’elle était ici, mais après, je ne pouvais m’empêcher de pleurer… Imaginez, cette fille avait 12 ans quand on lui a retiré sa mère, elle en a maintenant 17… Fariba est une mère mais elle a oublié tous les détails de sa maternité. On les lui a retirés de l’esprit par cruauté et injustice. »
Taraneh Taefi dit : «  Je me souviens avoir beaucoup pleuré quand je l’ai lu, parce que je me souvenais pendant cette visite particulière, elle avait oublié d’apporter le thé. Elle avait apporté les trois éléments et dit qu’elle ne s’en souvenait plus. Cela m’a attristé alors mais pas ému. Quand j’ai lu la lettre de Bahareh, je suis devenue très triste et j’ai pleuré. Beaucoup de gens pensent qu’être en prison signifie juste être privée de sa vie quotidienne et enfermée dans une cellule. Mais il y a beaucoup d’autres privations que la plupart des gens ignorent. Beaucoup de regrets et de déceptions sont enterrés entre ces murs ! Par exemple, quand son premier petit-enfant est venu au monde, ma mère ne le savait pas, elle n’a pas pu le voir et n’a même pas pu appeler pour savoir s’il était né. Ces choses peuvent sembler simples, mais elles ont vraiment blessantes, à la fois pour ma maman et pour nous. Je pense  cependant qu’il faut prêter plus d’attention aux prisonniers qu’à leurs familles. Nous avons perdu une personne, mais elles ont perdu toute la société. En dépit des difficultés et des privations, nous faisons partie de la société mais nos prisonniers sont entourés de murs et loin de la société. Ils ont tout laissé derrière les murs. Bien sûr, d’une certaine façon les prisons sont devenues pour eux des universités. Beaucoup de prisonniers lisent ensemble. Ma maman lit et tricote. Elle dit toujours : « J’ai tricoté quelque chose pour toi ou pour tout autre membre de la famille » c’est ainsi qu’elle garde le contact avec sa famille et ses relations. Nous voyons lors des visites et nous entendons aussi de celles qui ont été dans la même section qu’elle a bon moral. Ce n’est pas comme si elle avait perdu espoir ou si elle s’attristait après cinq ans et demi d’emprisonnement. Elle vit une vie normale et est en bonne santé psychologique. De temps en temps, elle est malade, mais elle n’a pas de problème pour l’instant.

Dans une lettre à son petit enfant qui vient de naître, Fariba Kamalabadi écrit : « Nous sommes sept membres d’un groupe nommé ‘Yaran-e-Iran’ ; nous nous occupions des affaires de la communauté bahaïe d’Iran. Nous nous occupions de leurs problèmes personnels suivant les enseignements de la foi bahaïe et les protégions des nombreuses brutalités qu’on leur infligeait. S’ils étaient licenciés et n’avaient plus les moyens de vivre, nous leur enseignions, avec l’aide d’autres bahaïs, une profession et de moyens de gagner sa vie. S’ils étaient malades et ne pouvaient s’offrir un traitement, nous les aidions avec l’aide de médecins bahaïs. Nous aidions à l’instruction et à l’éducation morale des enfants et jeunes bahaïs à l’aide de professeurs d’université bahaïs renvoyés de leurs postes, nous permettions à des milliers de bahaïs dont tes parents, d’avoir une éducation supérieure au domicile de bahaïs, etc.. Tous les efforts de ce groupe visaient à contrecarrer les activités concentrées sur le ‘génocide intellectuel’ des jeunes bahaïs par des mesures constructives. Et ces actions été menées de telle façon qu’aujourd’hui il n’y a ni haine ni animosité envers le gouvernement, l’islam ou le gouvernement islamique dans le cœur d’un seul bahaï ; les bahaïs révèrent l’Iran, sanctifie l’islam comme une sainte religion ; ils désirent en leur cœur servir l’Iran et le peuple iranien, même si quelques jeunes bahaïs ont été condamnés à beaucoup d’années de prison, surtout parce qu’ils s’occupaient d’enfants dans des quartiers défavorisés. »

Sa fille dit : « Ma mère et six autres personnes, qui ont toutes été condamnées à 20 ans de prison comme elle, étaient membres d’un comité qui s’occupait des affaires de la communauté bahaïe d’Iran. Ce qui voulait dire s’occuper d’organiser des enterrements, des mariages suivant les rites bahaïs ou d’autres problèmes similaires. Comme le comité était en relation avec tous les bahaïs d’Iran, je crois que le gouvernement voulait, à tout prix, arrêter ces soi-disant dirigeants bahaïs pour effrayer les autres. Bien sûr, ma maman dit que ça ne va pas durer aussi longtemps, mais ce sont les conditions actuelles, je les ai acceptées et je m’y suis habituée. Pour éviter toute déception, je ne nourris aucun faux espoir. Supporter ces 20 ans m’est rendu plus facile parce que je sais qu’il y a une fois et des convictions solides derrière. J’accepte beaucoup d’autres difficultés à cause de cette croyance. Toute la situation devient plus tolérable.

Taraneh Taefi a aussi été privée d’éducation supérieure. 
Quand j’ai passé le concours national d’entrée à l’université, j’ai reçu mon classement et j’ai choisi ma discipline et, au lieu de recevoir le nom de l’université à laquelle j’ai été admise, j’ai reçu un message qui disait « dossier incomplet ». Depuis le début de la révolution culturelle, aucun bahaï n’a été admis à l’université : sur le formulaire d’inscription, il faut choisir une religion sur une liste, la foi bahaïe ne fait pas partie de cette liste. Cela a duré jusqu’en 2003-2004. Cette année-là, on a retiré les noms des religions des formulaires et les candidats écrivaient eux-mêmes leur religion puis passaient l’examen. Cependant, quand ils recevaient les cartes pour passer le concours, sous la rubrique religion, il était inscrit islam. Quand les étudiants bahaïs contactaient les autorités, elles leur disaient : «  Ceci se rapporte aux examens religieux que vous allez passer. » Alors, nous l’avons accepté. Mais après l’examen, ils nous ont de nouveau interdit d’entrer à l’université. Ils renvoyaient les étudiants à différents stages, certains quand ils recevaient leurs cartes d’étudiants, d’autres quand ils choisissaient leur disciplines ou pendant l’inscription. Certains étudiants suivaient huit mois de cours et étaient renvoyés juste avant l’examen. Telle était la situation. L’élection de Monsieur Rouhani a suscité de grands espoirs pour une meilleure situation. Mais dans les faits, tout a empiré. Les années précédentes, ils n’éliminaient pas tant d’étudiants dès le début. Mais cette année, ils ont envoyé un message de « dossier sérieusement incomplet » à 80 à 90% des étudiants bahaïs après qu’ils aient choisi leurs disciplines. Et ce, bien que tout le processus de candidature soit fait en ligne ; « dossier incomplet » ne veut donc rien dire. Même ceux qui ont été admis n’ont pas pu assister aux cours après quelques semaines.

Ma chère fille, je vous présente mes excuses pour tous ceux qui sont ignorants et vous ont créés tant de difficultés. Je pensais que ces difficultés se résumaient à une privation irraisonnable et injuste d’éducation. Cependant, je comprends que ce ne sont pas vos seules souffrances. La prochaine fois que vous verrez votre mère, dites-lui : « Le Docteur Mohammad Maleki, 81 ans, premier doyen de l’université de Téhéran, s’est rendu chez vous et s’est incliné humblement devant votre innocence et celle de vos coreligionnaires. » Ce sont les mots du Docteur Mohammad Maleki) à Taraneh Taefi quand il lui a rendu visite, accompagné de l’écrivain et documentariste Mohammad Nourizad.

Je ne savais pas que Monsieur Maleki venait. Monsieur Nourizad avait mentionné qu’il venait avec un ami et a insisté pour que je sois à la maison. Je ne savais pas pourquoi et je ne pensais pas que cela me concernait. J’avais vu Monsieur Maleki auparavant quand il était en prison et que nous avions rendu visite à maman. Je l’avais vu dans la salle de visite, mais je ne savais pas qui il était. Quand ils sont arrivés, Monsieur Nourizad a dit : « Le premier doyen de l’université de Téhéran veut vous parler parce que vous avez été privée d’éducation supérieure. » C’était merveilleux de savoir que cela les concernait tant et qu’une personne d’une telle importance était venue me rencontrer et m’encourager. Cette privation m’avait beaucoup attristée et leur visite m’a exaltée et rendu la joie. Il m’a dit qu’il n’hésiterait pas à me soutenir de tout son poids.

Après l’élection de juin de cette année et le début de la présidence d’Hassan Rouhani, de nouveaux espoirs se sont fait jour sur la liberté des prisonniers de conscience et l’apparition de plus de libertés individuelles. Certains prisonniers ont même été libérés
Bien sûr, on espérait que la situation changerait. Nous l’espérons toujours. Nous avons vu certains prisonniers politiques bénéficier de libérations provisoires, d’étendre la durée de leurs permissions ou même être libérés. Mais en ce qui concerne les prisonniers bahaïs, il n’y a eu aucune clémence ou permission. Il y a des bahaïs qui sont en prison depuis que Rouhani est arrivé au pouvoir. Il n’y a eu aucune amélioration de la situation des prisonniers, des bahaïs continuent d’être arrêtés dans différentes villes et il n’y a eu aucune amélioration.
Source : http://iranpresswatch.org/post/11274/

lundi 29 décembre 2014

Lettre à Bahareh Hedayat, étudiante iranienne emprisonnée et féministe


Ci-dessous, des extraits d’une lettre de la journaliste Marzieh Rassouli à Bahareh Hedayat, étudiante féministe. Marzieh et Bahareh se sont trouvées ensemble à la prison d’Evine.

Les dimanches, jours de visite, je demandais toujours à Raheleh si quelque ami ne m’avait pas envoyé de message. Elle me répondait que non mais qu’un tel t’as écrit quelque chose dans une publication. Je savais que je n’étais pas la seule à ressentir la même chose. Maryam aussi avait le cœur brisé. Son amie venait de se marier. Maryam demandait incrédule : « Elle ne m’a pas invitée ? Pourquoi ne m’a-t-elle pas au moins envoyé un message ? Ce n’est pas parce que je ne peux pas m’y rendre qu’elle n’aurait pas dû m’inviter ? »

Et toi ? Penses-tu encore à ce genre de choses après cinq ans en prison ? Ces préoccupations sont peut-être normales au début. Au début, quand ton corps est en prison mais ton esprit se concentre encore sur l’extérieur. Cela erre de maison en maison, d’une rue à l’autre, et d’une personne à une autre. Au début, on erre, on se sent déplacée. Cela prend du temps à l’esprit et au corps de se rejoindre pour finir par trouver la paix. Le sort a voulu que je n’aille pas au-delà du début. Mais peut-être que si j’étais restée plus longtemps, cette part inconnue de mon être, qui était toujours en attente, aurait-elle commencé à se mettre en marche et j’aurais alors oublié toutes ces préoccupations. Le processus de l’acclimatation, comme une douce mère qui ne veut pas que son enfant ait des difficultés dans sa vie, aurait fini par se saisir de moi, me berçant pour m’endormir, jusqu’à un état d’oubli.

Je ne sais pas si tu t’es réconciliée avec ces choses, ou s’il y a même des problèmes qui te préoccupent ? Je voudrais pouvoir te parler de tout cela. Pas par lettre, mais plutôt te parler face à face, comme nous parlions en prison. On s’asseyait en bas et commencions à discuter, si absorbées que celles qui nous regardaient pensaient que nous avions une conversation privée intense. Elles nous demandaient la permission avant de s’approcher. « Puis-je descendre ? Je ne vous dérange pas ? » Demandaient-elles.

Quelquefois, je pense à ta libération, combien tu te sentiras perdue et déçue dehors. Tu marcheras dans la rue et personne ne connaîtra ton secret. Comme si rien ne s’était passé. Comme si tu n’avais pas été absente. Comme si ta vie ne t’avait pas manqué pendant toutes ces années. Immédiatement après ta libération, tu deviendras comme tous ces gens sans visage qui attendent que le feu passe au vert. On te bousculera quand tu essaieras de prendre le métro pour se faire de la place. Toutes ces choses que tu n’as pas ressenties pendant des années, que tu as peut-être même oubliées, se précipiteront sur toi. Elles ne t’attendront pas. Pas une seule minute ! Et pour les évènements quotidiens, tu ne seras pas différente des autres. 

Durant cette méditation, on me suggère qu’il vaudrait peut-être mieux d’espérer d’abord ta libération, après quoi, on pourra s’inquiéter de ce qui t’arrivera. « Il faut que Bahareh soit libérée, après, peu importe si elle finit par être comme nous autres ? » Disent-ils. Je me demande combien de temps il te faudra pour devenir l’une des nôtres ?

Je veux publier cette lettre sur mon blog. Ainsi, j’aurai parlé avec toi ici aussi. Ecrire à ton propos sur mon blog me permettra de parler de toi aux rares personnes qui comptent pour moi, qui pourront le lire. Je veux leur dire que tu n’es pas qu’une prisonnière courageuse dont ils ont vu la photo ou dont ils ont lu l’histoire dans différents reportages ou déclarations. Je veux leur dire que tu es une vraie personne. En fait la meilleure.

Source : http://3rouzpish.blogspot.co.uk/2014_12_01_archive.html

dimanche 28 décembre 2014

Déclaration des militants des droits humains des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr

Nous rendons hommage au 66ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits Humains, alors que nous sommes témoins de violations systématiques des droits humains par les organisations officielles et officieuses du gouvernement de notre pays bien-aimé.

Ces jours-ci, nous commémorons le 16ème mois du mandat de Rouhani qui a su rendre espoir et jouit d’un grand soutien. Durant cette période, nous avons vu quelques efforts du gouvernement pour améliorer la situation dans quelques domaines : le gouvernement s’oppose à la censure du net, soutient le retour d’anciens professeures et étudiants expulsés des universités, projet de charte des droits du citoyen, tentatives d’améliorer les conditions de l’environnement et approbation du projet de libre accès à l’information. Malheureusement, en raison de la structure du pouvoir et de la juridiction de la république islamique, de la concentration du pouvoir entre les mains d’organisations non-élues et qui n’ont pas à répondre de leurs actes, l’augmentation des violations des droits humains est telle que l’on perd espoir de voir une quelconque amélioration sur ce point précis.

Infractions aux procédures et normes d’un procès équitable, augmentation des verdicts lourds et justes, dont la peine de mort, refus de mise en place de certains article du code pénal qui conduiraient à la libération de beaucoup de prisonniers (comme l’article 134), retards dans la mise en place du nouveau code criminel, voilà des violations majeures des droits humains qui sont commises dans le domaine judiciaire. Malheureusement, dans le domaine légal, l’approbation de plusieurs articles, projets de loi et recommandations comme le « soutien au bien et l’interdiction du mal » produisent une violence aggravée, systématique et officielle, et une limitation des libertés sociales par des organisations non-élues et qui n’ont pas à répondre de leurs actes, soutenues par certaines factions du gouvernement. Le rejet de la convention « interdisant toute sorte de discrimination contre les femmes » ainsi que du projet pour prévenir la violence contre les femmes et les enfants ont conduit à plus de discrimination et d’inégalité pour les femmes de ce pays. De plus, il est important de noter l’approbation et le décret d’application d’articles du code pénal islamique (2013) dont les articles 220, 286, 291, 292, 302,303 et 349, par lesquels les juges peuvent condamner à mort des opposants politiques ou de conscience. En se basant sur ces articles, tout citoyen peut commettre un crime sous de piètres prétextes sans en être puni. Et ce ne sont que quelques exemples des violations systématiques des droits humains sous la législature actuelle.

L’exécutif du 11ème gouvernement se bat toujours avec différents problèmes à cause des promesses faites au peuple. Il a échoué à mettre en œuvre certaines parties de la constitution, surtout celles relatives aux droits de la nation à cause de l’approche sécuritaire actuelle du gouvernement envers les problèmes politiques et sécuritaires ; l’incarcération illégale des dirigeants du Mouvement Vert : Mir-Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard et Mehdi Karroubi, une distribution des richesses injuste et inadéquate qui a causé plus de pauvreté et d’inégalité ainsi que l’élargissement du fossé entre les classes de la société. L’absence de sécurité de l’emploi, surtout parmi ceux qui gagnent le moins est aussi un exemple des problèmes évoqués ci-dessus.

Dans le domaine de la sécurité et de l’hygiène, l’injection d’une partie des revenus du pétrole a permis une amélioration temporaire de la santé des citoyens ; cependant, l’hygiène et la santé publique ne sont pas dans un état acceptable et durable et nous faisons face à des maladies largement répandues comme le cancer et les maladies cardiovasculaires et respiratoires.

Il faut aussi souligner l’importance des politiques sociales qui ont fait augmenter la violence à l’intérieur de la société. Par exemple, l’augmentation de la violence et des attaques contre les femmes à Ispahan et à Djahrom qui rendent la société malsaine et dangereuse.

Les manifestations contre le décret visant à « empêcher le mariage des enfants » malgré l’importance du nombre de mariages d’enfants, surtout de petites filles, a suscité beaucoup de questions dans l’opinion publique, surtout chez les militants des droits des enfants.

Dans cette situation, nous sommes incrédules face aux allégations des autorités responsables sur « la situation satisfaisante des droits humains en Iran » et « la transparence nécessaire » sur le sujet.

A propos de ces allégations, nous remarquons aussi l’absence du Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la Situation des Droits Humains en Iran pour la 4ème année consécutive.

Pour conclure, nous exprimons notre inquiétude sur les violations systématiques des droits humains en Iran et les dommages irréparables faits à la société iranienne, nous demandons aux autorités d’œuvrer efficacement dans ce domaine en coopérant avec la société civile, en mettant en œuvre les conventions internationales pour améliorer la situation des droits humains en Iran.

Militants des droits humains et politiques des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr : 
Abdolfattah Soltani – Saïd Madani Ghahfarakhi – Mehdi Khodaï – Keyvan Samimi – Saïd Razavi Faghih

Source : https://hra-news.org/en/statements/declaration-human-rights-activists-evin-rajai-shahr-prison

jeudi 25 décembre 2014

Lettre de Bahareh Hedayat depuis la prison d'Evine

Bahareh Hedayat, féministe et dirigeante étudiante condamnée à un total de neuf ans et demi de prison pour avoir évoqué les injustices en Iran, a écrit une nouvelle lettre de la prison d’Evine. Voici des extraits de cette lettre.

Les droits humains sont-ils politiques ? Les droits humains, à la base, consistent à revendiquer ces droits auprès d’une autorité supérieure ou à remédier temporairement à un dysfonctionnement de ce pouvoir, qu’il s’agisse d’une dictature, d’un groupe démocratique ou rebelle. La défense des droits humains, qu’il s’agisse de revendiquer des droits ou de les conserver et de les protéger, demande d’affronter le pouvoir. Cette confrontation s’étend de la coopération avec le pouvoir en place pour induire des principes et obtenir des solutions, jusqu’à une confrontation physique.

Dans le cas d’un pays comme l’Iran, les droits humains sont absolument politiques, ce qui n’est pas forcément négatif. Je voudrai comprendre pourquoi les militants des droits humains ferment les yeux sur les violations des droits humains en politique.

La défense des droits humains est politique, d’abord parce qu’elle est liée au gouvernement, au pouvoir actuel. Deuxièmement, par la confrontation elle-même, la défense des droits humains acquière une sorte de pouvoir. Cependant, les militants des droits humains n’ont pas le droit de choisir une position politique, leur domaine de compétence se limite aux violations des droits humains.

Les droits humains et la politique ne sont pas complètement séparés, ils sont liés. L’existence de prisonniers politiques est la base des violations des droits humains. Un militant des droits humains ne peut pas se désintéresser des violations des droits humains en politique, ni prendre une position ambiguë d’apolitisme.

Il faut dire que garder le silence sur les prisonniers politiques constitue une prise de position politique. Le silence n’a d’autre résultat que de rendre les prisonniers politiques invisibles aux organisations internationales. On ne peut échapper à ses responsabilités en se déclarant apolitique.

Le Mouvement Vert peut avoir attiré à Téhéran au moins quelques millions de personnes, certains sont morts pour ce mouvement, des centaines ont été emprisonnés et ses dirigeants sont assignés à domicile sans jugement pour presque quatre ans maintenant. Et pourtant, combien de fois les militants des droits humains citent-ils le « Mouvement Vert » ou les noms de Moussavi, Karroubi et Rahnavard ?

Moussavi, Karroubi et Rahnavard sont assignés à domicile, ils n’ont pas d’accès au téléphone, les visites qu’ils reçoivent sont limitées et tous les trois sont malades depuis quelque temps maintenant. Ils sont maintenus sous un contrôle sécuritaire strict sans avoir été condamnés ; leur situation ne remplit-elle pas les critères d’une violation des droits humains ? La liberté d’expression, la liberté d’association, le droit à un procès juste, etc, ne sont-ils pas des droits humains ? Finalement, ces trois personnes sont assignées à domicile parce qu’ils ont défendu les droits de la population.

Voilà quatre ans que Mostafa Tadjzadeh est détenu à l’isolement. Il n’a droit qu’à une visite de son épouse toutes les semaines. Il n’a le droit de voir sa fille qu’une ou deux fois par an. Voilà des mois qu’Abolfazl Ghadvani est hospitalisé dans des conditions de stricte sécurité.
Mir-Hossein Moussavi, Mehdi Karroubi, Mostafa Tadjzadeh, Mohsen Mirdamadi, Keyvan Samimi, Alireza Redjaï, Massoud Pedram et Saïd Madani sont des prisonniers politiques de premier plan dont les droits fondamentaux ont été piétinés et pourtant ils sont ignorés des organisation internationales de défense des droits humains. Les avocats de premier plan Abolfattah Soltani et Mohammad Seifzadeh ne sont-ils pas considérés parce que ce ne sont pas des femmes ? Savez-vous qu’ils sont emprisonnés pour avoir défendu les droits humains ? Avez-vous entendu parler d’Hakimeh Shokri, d’Hassan Assadi-Zeidabadi, d’Emad Bahavar, de Zia Navavi et de Madjid Tavakoli ?

Nous rêvons du jour où les droits humains ne seront plus politisés, mais où leurs militants surveilleront la conduite de leurs gouvernements. Mais il semble qu’aujourd’hui, on doive surveiller les militants des droits humains pour s’assurer qu’ils fassent correctement leur travail. Je ne suis pas sûre que nos priorités soient les bonnes. Je perds espoir quand je pense qu’il est possible que certains militants des droits humains se conduisent comme des juges et se montrent incapables de neutralité.

Source : http://www.kaleme.com/1393/09/14/klm-204214/

samedi 7 juin 2014

L’avocate des droits humains libérée continue le combat – Simon Tisdall – 01 juin 2014

L’arrestation et l’emprisonnement de Nasrine Sotoudeh avait causé la réprobation internationale. Elle parle ici de son épreuve.


Nasrine Sotoudeh et son fils, Nima, après sa libération l’année dernière - Behrouz Mehri/AFP/Getty Images

Nima, le fils de sept ans de Nasrine Sotoudeh veut sortir jouer. Sa mère, l’avocate iranienne des droits humains dont l’arrestation arbitraire avait suscité une campagne internationale pour la libérer, parle depuis des siècles. Nima s’ennuie.

A la porte de leur appartement, au nord-ouest de Téhéran, Nasrine prend Nima dans ses bras. Le garçon se tient sur la pointe des pieds pour embrasser sa mère. Ils restent embrassés pendant plus d’une minute, comme s’ils ne supportaient pas d’être séparés.

Si c’est le cas, ce n’est guère étonnant. Nima n’avait que trois ans quand les hommes du ministère du renseignement sont venus en silence chercher sa mère en 2009. Personne ne savait si elle reviendrait un jour. Sa condamnation initiale était de 11 ans de prison. Elle était détenue à l’isolement, interdite de visites et de téléphone. Sa santé se détériorait, elle perdait du poids. Des rumeurs couraient sur sa disparition. Et puis, Nasrine Sotoudeh a été libérée à l’improviste, sans explication ni excuses en septembre dernier.

Parlant franchement au Guardian malgré les risques de représailles que cette interview pourrait déclencher de la part des autorités, Nasrine Sotoudeh a expliqué que c’était Nima qui était indirectement responsable de sa première grève de la faim qui avait attiré l’attention internationale sur sa situation difficile.

« Avant l’élection de 2009, j’ai été menacée à de nombreuses reprises pour le travail que je faisais en tant qu’avocate des droits humains, mais je n’ai pas eu de problème sérieux. Mais après, les choses ont changé. J’étais à une réunion de l’association professionnelle des avocates quand soudain, la porte a été brutalement ouverte et des policiers du renseignement sont entrés. Ils m’ont montré un mandat d’arrêt émanant du tribunal et m’ont dit de me présenter devant la cour dans trois jours. J’y suis allée et j’ai été arrêtée. En même temps, cinq hommes ont perquisitionné mon domicile. Ils ont emmené certains de mes effets personnels. Je tenais un journal sur Nima depuis sa naissance, et ce journal, ils l’ont emmené. Une fois en prison, je leur ai demandé de me rendre le journal et d’autres affaires personnelles. Pendant deux semaines, je n’ai même pas pu appeler mon mari au téléphone. Alors j’ai fait une grève de la faim de trois jours, j’ai eu droit au téléphone et mes affaires ont été rapportées chez moi. »

C’était une victoire, petite mais importante ; l’incarcération de Sotoudeh ne faisait que commencer. Apres des interrogatoires longs et souvent effrayants, elle a été accusée d’ « actes contre la sécurité nationale » et « propagande à l’encontre du régime ».

Sotoudeh a été condamnée à 11 ans de prison, 20 ans d’interdiction d’exercer une profession juridique et à l’interdiction de quitter le territoire. Le verdict a été réduit en appel à six ans de prison et 10 ans d’interdiction d’exercer une profession juridique.

En mai 2010, neuf mois après son arrestation, Nasrine a écrit à Nima depuis la célèbre prison Evine de Téhéran ; elle était alors détenue à la section 209, réservée aux prisonniers politiques et sous la supervision du ministère du renseignement. Elle a écrit sur des mouchoirs en papier (le seul papier dont elle disposait) pour tenter d’expliquer l’inexplicable et combler le gouffre de peur et d’incompréhension qui se creusait entre elle et son fils, d’après ses craintes.

« Bonjour Nima, mon bien-aimé, t’écrire une lettre est tellement difficile mon cher Nima. Comment te dire où je suis alors que tu es tellement innocent et trop jeune pour comprendre la réelle signification de mots comme prison, arrestations, verdict, jugement, injustice, censure, oppression qui sont les contraires de libération, liberté, justice, égalité ? Comment t’expliquer que rentrer à la maison ne dépend pas de moi, que je ne suis pas libre de me précipiter vers toi, alors que je sais que tu as dit à ton père de me demander d’arrêter de travailler pour que je rentre à la maison ? Comment t’expliquer que ces six derniers mois on ne m’a pas permis de te voir ne serait-ce qu’une heure ?

Mon cher Nima, durant ces six derniers mois, j’ai pleuré sans pouvoir me contrôler à deux occasions, la première, lors du décès de mon père, quand on ne m’a pas interdit de faire mon deuil et d’assister aux funérailles, la deuxième quand tu m’as demandé de rentrer à la maison et que je n’ai pas pu rentrer avec toi. Je suis retournée dans ma cellule et j’ai sangloté sans contrôle. »

Il y a eu d’autres moments difficiles, beaucoup même pour dire la vérité, bien que Nasrine Sotoudeh soit une femme modeste et effacée, répugnant à dramatiser ses expériences. Pour beaucoup d’Iraniens, et surtout de jeunes Iraniennes, c’est une héroïne nationale, bien qu’on ne la loue qu’en privé et à voix basse. Elle a gagné le prix Sakharov 2012 du parlement européen et beaucoup d’autres récompenses, mais elle dit se sentir étonnée à chaque fois qu’on lui dit qu’elle est célèbre. 

A 50 ans, mince et de taille moyenne, les cheveux châtains coupés court, le sourire éclatant, Narine Sotoudeh semble heureuse chez elle. Mais des cernes sous les yeux et une certaine nervosité trahissent une réalité différente, plus sombre. Elle avoue que sa vue a baissé en prison, mais se dit en bonne santé par ailleurs. Vu tout ce qui lui est arrivé d’horrible, elle semble remarquablement optimiste.

« J’ai commencé à travailler comme avocate après avoir eu mon diplôme, ce qui m’a pris huit ans. Je me suis tout de suite occupée de dossiers de droits humains. Je me suis spécialisée dans le droit des enfants. J’étais très sensible à la peine de mort, surtout pour les mineurs, et c’est toujours un problème en Iran. Je m’intéressais aux droits des femmes, des militants politiques, des journalistes et des minorités religieuses. J’ai travaillé pendant dix ans sur ces dossiers.  »

En plus de sa clientèle privée, Nasrine a travaillé avec ou aide à la fondation de plusieurs ONGs dont le Centre de Défense des Droits Humains, fondé par la lauréate 2003 du prix Nobel de la Paix Shirine Ebadi, et le Comité pour le Droit des Enfants. Le Centre des Droits Humains a été fermé par le gouvernement en 2008.

Avant son arrestation, elle avait représenté Issa Saharkhiz, journaliste réformateur, Heshmat Tabarzadi, militant politique d’opposition et Parvine Ardalan, fondatrice de la campagne Un Million de Signatures pour des droits égaux pour les femmes et lauréate du prix Olof Palme 2008

« J’étais aussi impliquée dans le dossier d’Arash Rahmanipour, arrêté avant l’élection ; on a prétendu qu’il avait été arrêté après, durant les manifestations, c’était un mensonge. Ils étaient très en colère contre moi. On n’aime pas que je défende des dossiers comme celui-là. On m’a demandé à plusieurs reprises de quitter mon travail. On n’aimait pas non plus ce que je disais lors des interviews avec des médias nationaux et internationaux. Lors de mon arrestation, on m’a dit avoir fait un CD de toutes mes interviews. J’ai répondu que je n’avais rien fait de mal. »

Les interrogatoires et le procès ont eu lieu devant un tribunal d’exception à huis clos à la prison d’Evine. « C’était le pire endroit. Les interrogatoires étaient menés par des représentants du ministère du renseignement. Ils étaient vraiment durs, méchants et effrayants. J’ai demandé ma mise en liberté. Leur réponse ? Ils m’ont ajouté un chef d’accusation, adhésion au Centre des Défenseurs des Droits Humains, passible d’une peine de cinq ans. 

Je suis restée à l’isolement jusqu'au bout. Aucune communication. Il y avait cinq cellules dans le couloir, mais uniquement le silence et l’isolement. Le pire moment, c’est lorsqu’un jour je me suis retrouvée enfermée seule avec un homme qui m’interrogeait. Ce n’est pas une situation normale, d’être seule avec un enquêteur. Je me souviens qu’il n’y avait qu’une petite fenêtre. J’ai hurlé. Alors, le sous-directeur de la prison est arrivé en compagnie d’une femme. Il a donné l’ordre qu’elle soit présente tout au long des interrogatoires. Si vous me le demandez, je vous dirais que je n’ai pas été maltraitée physiquement, mais j’ai fait l’objet de beaucoup de menaces psychologiques. Celui qui m’interrogeait m’a dit : « je ne vais pas te libérer, je vais te faire donner une peine de 10 ans. » En fait, j’ai pris 11 ans. Il se conduisait comme s’il avait le pouvoir d’obtenir des juges ce qu’il voulait. Et ils obéissaient. »

Plus tard, Nasrine Sotoudeh a raconté que le responsable de ceux qui l’interrogeaient lui a suggéré de donner des interviews favorables au régime aux medias pour diminuer sa « faute ». Je lui ai ri au nez et lui ai demandé ‘Est-ce que vous pensez de moi ?’ 

Cette suggestion, criante de désespoir, a peut-être été soufflée par la campagne internationale pour libérer Sotoudeh, par sa nomination par Amnesty International en tant que prisonnière de conscience, ainsi que les déclarations d’inquiétude sur la façon dont elle était traitée par les gouvernements américain et autres.

Human Rights Watch, la Commission Internationale des Juristes, la Fédération Internationale des Droits Humains et le Parlement Européen sont tous intervenus en sa faveur, ainsi que certains medias occidentaux et la Société Juridique d’Angleterre et du Pays de Galles qui a appelé à sa libération en janvier 2011.

Quelques mois plus tard, cette même personne est revenue : « Il m’a dit : ‘OK, ne donne plus d’interviews. Contente-toi de tes réunions avec les avocats et informe-nous’. Je lui ai encore ri au nez. Il est revenu à de nombreuses reprises en me menaçant : ‘Je vais te casser. Je vais te faire mordre la poussière et tu y resteras pour toujours.’ »

Nasrine Sotoudeh dit que la séparation d’avec ses enfants, Nima et sa fille Mehraveh, 11 ans à l’époque de son arrestation, a peut-être été l’épreuve la plus difficile à supporter. Mais ses enfants, aussi jeunes qu’ils aient été, ont fait montre d’un grand courage.

En octobre 2012, elle a commencé une nouvelle grève de la faim qui a duré 49 jours pour protester contre sa situation en prison, y compris contre les restrictions appliquées aux visites de sa famille et contre l’interdiction de sortie du territoire de son époux Reza Khandan et de Mehraveh.

A cette époque, lors d’une rare visite de Mehraveh, derrière une vitre, Nasrine Soutoudeh a dit que les autorités de la prison distribuaient ce qu’on appelait une feuille de pardon, qui permettaient aux prisonniers de demander une libération provisoire en échange de l’aveu de leur culpabilité.

« Ce jour-là, ma fille était très soucieuse, alors on l’a laissée s’approcher de moi. Je l’ai serrée dans mes bras. Je sentais qu’elle était très inquiète pour moi. Je lui ai expliqué qu’on distribuait la feuille de pardon. Je lui ai dit : ‘Je peux en prendre une’. Mais ma fille m’a répondu : ‘N’y pense même pas.’ »

C’est l’époque où Reza Khandan a exprimé ses craintes pour la vie de son épouse, disant qu’elle souffrait de vertiges, d’une détérioration de la vue, d’hypotension et qu’elle avait perdu beaucoup de poids. On a fini par accéder à ses demandes, l’interdiction de sortie du territoire a été levée et elle a mis fin à sa grève de la faim.

A-t-elle jamais pensé à abandonner ou à se soumettre ? Elle répond que oui, qu’elle a eu plus que sa part de moments noirs.

« Nous sommes tous des êtres humains. Quelquefois on se sent faible et des pensées démoniaques nous viennent de Satan. Mais je peux vous dire qu’en ce qui concerne les interviews en leur faveur ou la coopération avec eux, je n’ai jamais eu le moindre doute.»

Nasrine Soutoudeh nous dit que sa libération sans condition en septembre de l’année dernière a été une surprise. Elle a coïncidé avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président iranien, à la ligne moins dure, le centriste Hassan Rouhani et avec le voyage de haut-niveau qu’il effectuait pour l’assemblée générale de l’ONU à New York. Elle a dit que 20 autres prisonniers politiques avaient aussi été libérés, sans explication.

« Malheureusement, ce processus a pris fin depuis » nous dit Nasrine Sotoudeh, notant que jusqu'à 800 prisonniers politiques restent détenus. « Je me sens mal par rapport aux autres prisonnières que j’ai laissées derrière moi. Nous avons vécu ensemble pendant trois ans, certaines venaient de minorités ethniques, il y avait aussi des bahaïes, des chrétiennes, des militantes politiques des Vertes, des femmes de gauche, des communistes, mais aussi des journalistes et des écrivaines. Je les connais. J’ai été libérée sans l’avoir demandé. Nous espérions qu’elles aussi seraient libérées, mais ce n’est pas ce qui s’est passé… Mais j’espère toujours que le gouvernement le fera. A une époque, nous étions 30 prisonnières, maintenant, elles ne sont plus que 14. La bonne nouvelle est qu’ils n’en ont pas rajouté et que le total continue à baisser. »

De retour chez elle, son ardoise judiciaire apparemment effacée et malgré ou peut-être à cause de son épreuve de trois ans, Nasrine Sotoudeh a repris son travail d’avocate des droits humains. Elle s’occupe actuellement de deux dossiers de délinquants mineurs accusés de meurtre, et elle envisage d’en prendre un troisième, politique cette fois. Elle a aussi réactivé son Association Professionnelle des Avocates et le Comité des Droits des Enfants, et a lancé une campagne avec sept autres personnes pour l’abolition graduelle de la peine capitale en Iran.

« Ceux qui font campagne pour les droits humains devraient se concentrer sur deux choses : d’abord la réduction de la peine capitale dont l’occurrence a augmenté sous le nouveau gouvernement, et deuxièmement, presser Monsieur Rouhani de réagir aux actions contraires aux droits humains en Iran, comme l’attaque contre les prisonniers d’Evine il y a trois semaines. Si Monsieur Rouhani ne peut réagir correctement à de telles crises, il ne va pas tarder de perdre son soutien dans la société.»

A-t-elle peur que son retour sur le champ de bataille des droits humains puisse avoir de nouvelles conséquences négatives pour elle-même et sa famille ? Nasrine Sotoudeh ne se dit pas concernée. « Depuis ma libération, on ne m’a pas inquiétée, on ne m’a pas contactée. »

Tout de même, ce n’est peut-être pas une coïncidence si son appartement a été cambriolé il y a quatre mois, peu de temps après sa libération. Et son époux a récemment reçu une menace anonyme de lui lancer de l’acide au visage.

Nasrine sourit ; Nima est rentré, maintenant la discussion est terminée. Il veut jouer un air au piano pour sa mère et son invité. Il joue, nous écoutons. Et nous espérons que tout ira pour le mieux.

Source : http://www.theguardian.com/world/2014/jun/01/iran-rights-lawyer-nasrin-sotoudeh?CMP=twt_gu

samedi 19 avril 2014

Lettre du père de Hossein Ronaghi-Maleki à l’ayatollah Khamenei

A son excellence l’ayatollah Khamenei, guide suprême de la république islamique d’Iran,

Votre excellence,

Avec tout le respect qui lui est dû, je désire partager avec le dirigeant de la révolution islamique ce qui s’est passé : on rapporte que, le 17 avril, des fonctionnaires en civil ainsi que des gardes d’Evine ont brutalement attaqué les prisonniers et beaucoup de détenus ont été grièvement blessés.

Les preuves poussent à penser que la vie des prisonniers politiques, y compris celle de mon fils, sont en péril. Durant ces dernières années, les prisonniers politiques et leurs familles ont été maltraités. Si ce genre de conduite inhumaine et illégale est toléré dans ce pays, alors plus aucun de ses citoyens n’est en sécurité.

Dans la mesure où la justice est placée sous votre autorité, je vous demande respectueusement d’ordonner rapidement une enquête sur cet incident, d’en dénoncer les auteurs et de les traduire en justice.

Je vous prie, excellence, de croire à l’expression de mes salutations respectueuses.

Seyed Ahmad Ronaghi-Maleki, père du prisonnier politique Hossein Ronaghi, le 18 avril 2014

Source : http://www.kaleme.com/1393/01/30/klm-181160/

lundi 2 septembre 2013

Lettre de Hossein Ronaghi-Maleki à sa mere Zoleikha Moussavi

Je te salue mère bien-aimée qui signifie pour moi plus que la vie !

Je sais que je n’ai pas besoin de préliminaires quand je parle avec toi. Durant toutes ces pénibles années, tu as respecté mes convictions ; avec d’autres mères à ton image, vous avez soutenu les efforts de vos enfants pour obtenir la dignité et la liberté de notre pays bien-aimé l’Iran. Vous avez accordé votre soutien alors même que nos efforts étaient à la source de vos douleurs, de vos angoisses et de beaucoup de difficultés.

Mère ! Tu sais que réprimer quelqu’un en en faisant un prisonnier politique représente l’ultime pression sur ceux qui n’ont pas renoncé à leur promesse d’aider à la liberté de notre nation. Mais les partisans de l’autorité qui mentent et dirigent par la dictature savent tous très bien qu’ils ne peuvent nous imposer leurs désirs par la force. Ceux qui, au nom de la religion, ont fait couler le sang pendant le mois sacré, qui ont perpétré les atrocités de Kahrizak, torturé et emprisonné les enfants d’Iran, savent très bien qu’un jour ils devront répondre de leurs actes. D’après ce que Dieu nous a transmis par le Coran, tous les tyrans feront face aux conséquences de leurs méfaits.

Ma chère mère, quand je te regarde, je vois sur ton visage le dessin de ces temps de tumulte. Dans tes yeux, je vois la tendresse, la douleur et le chagrin. D’une part, je me déteste d’être le catalyseur de tes souffrances, d’autre part je me console en sachant que tu ne m’as pas élevé pour que je sois faible et sans défense. 

Mère, grâce aux principes et aux idéaux que tu m’as inculqués et appris à honorer, j’ai pu traverser les jours les plus sombres. Tu es tenace et tu m’as appris la persévérance. Tu m’as dit que ces jours passeraient et que chacun finirait pas avoir ses bons jours. Lors de mes derniers jours à l’isolement, tu m’as parlé de la section des femmes, des prisonnières et de leur bravoure. Ta voix mélancolique m’a conduit à la sérénité et je me suis calmé. Aussi simplement que çà.

Ma mère fidèle ! Il y a quelque temps, après le tremblement de terre en Azerbaïdjan, tu es restée debout jusqu’à l’aube pour empaqueter des affaires pour les victimes ; au lieu de tenter de me dissuader de me rendre dans la zone frappée par le tremblement de terre, tu m’y as encouragé et soutenu, t’en souviens-tu ? Même après mon arrestation et le calvaire qui s’en est suivi, tu ne m’as jamais dit : « Tu t’es trompé Hossein ! » Alors que je partais pour la zone frappée par le tremblement de terre, malgré tes yeux inquiets, tu m’as béni en me disant au-revoir. Malgré les tourments et les souffrances considérables que tu as endurés, tu m’as parlé des personnes frappées par le tremblement de terre, déplacées, démunies, sans abri dans le froid piquant. Malgré la longue oppression que tu as endurée, c’est encore toi qui n’as pas renoncé à ton sens des responsabilités et à une profonde compassion.

Ma mère fidèle ! Quand le sang coule à cause du pouvoir et de la tyrannie, les pleurs deviennent puissants et se muent en tempête. Oui, depuis des demeures anonymes aux tables vides, jusqu’aux lamentations des mères, aux verrous des prisons, à la douleur d’hier, au présent sanglant, à demain plein de joie, de flamme en flamme, de chaîne en chaîne, un ouragan se formera qui brisera les entraves de l’esclavage. La tyrannie sera détruite et son idéologie corrompue exposée. C’est ce jour-là que la liberté surgira et libèrera le peuple opprimé.

Ma mère au cœur tendre ! La liberté est un droit humain et son cap est la dignité et l’humanité. Il existe des centaines d’hommes et de femmes qui ont subi la prison et la torture en cheminant vers un goût de liberté et de justice. Et je suis l’un d’entre eux. L’emprisonnement n’est pas la réponse à la liberté d’expression. Je continuerai à protester en prison contre le mépris de la loi et la conduite criminelle de l’oppresseur ; je ne me tairais jamais devant la répression et l’injustice qui règnent. Je continuerai à protester en faisant la grève de la faim qui est le dernier recours pour demander les droits humains les plus fondamentaux quand l’appareil dirigeant ne prête aucune attention à nos cris. J’espère que, comme par le passé, les gens de mon pays entendront nos cris et nous soutiendrons, mes compagnons et moi.

Ne pleure pas, j’ai foi en des jours plus radieux.

Ton fils Hossein
Prison d’Evine
Mardi 7 novembre 2012

Pour moi, vivre c’est être avec toi
Près, loin,
Repu, affamé
Languissant, joyeux.
Les moments privés de ta présence,
La notion de la mort
Dans ton honneur, à tes côtés
C’est l’expression de ta vie
Et la signification de l’amour
En fin de compte
Avec toi, toujours avec toi, vivant pour toi
Oh ma terre !

Source : http://www.ronaghi.me/p/blog-page_7049.html


jeudi 15 août 2013

Interview des mères de Hossein Ronaghi-Maleki et Abolfazl Abedini-Nasr

Zoleikha Moussavi, mère de Hossein Ronaghi Maleki a dit à Jaras qu’elle était très inquiète : « J’ai vu Hossein la semaine dernière et il s’est plaint d’un très fort mal aux reins qui l’a empêché de dormir pendant quatre nuits. Il a dit avoir parlé à monsieur Khodabakhsh, substitut du procureur et lui avoir dit que s’il n’obtenait pas de libération provisoire, il lancerait une grève de la faim. Monsieur Khodabakhsh lui a dit qu’il s’en moquait. Il lui avait dit auparavant qu’il finirait bien par mourir et qu’au bout de quelques jours, tout se calmerait et qu’on l’oublierait.

J’ai dit à Hossein que ces gens ne me prêtaient aucune attention, je l’ai supplié d’attendre que je me rende au bureau du procureur pour soumettre une autre demande officielle de libération provisoire. J’y suis allé le lendemain et on m’a dit que monsieur Khodabakhsh n’était pas au bureau. Mais il y était. Alors j’ai dit tout ce que j’avais à dire juste derrière la porte pour que monsieur Khodabakhsh entende que mon fils ne pouvait pas dormir à cause de la douleur et aussi qu’il était en train de perdre son rein droit. Mais personne n’y a prêté attention.

J’ai continué à m’en occuper. On m’a dit qu’il n’aurait pas de liberté provisoire mais qu’on s’occuperait de ses besoins médicaux. Mais les médecins ont bien spécifié que Hossein avait besoin de spécialistes et la prison n’a pas d’équipements médicaux pour répondre à ses besoins. Hossein a été opéré sept fois et chaque fois on l’a ramené en prison ce qui a causé le retour de sa maladie avec toujours plus de douleur. C’est la prison qui a causé la maladie de Hossein et pourtant il lui refuse une liberté provisoire.

Je ne comprends pas quelle sorte de musulmans ils sont ; maltraiter ainsi nos enfants. S’agit-il de meurtriers pour les soumettre à tant de mauvais traitements ? On me demande pourquoi j’accorde des interviews. La vie de mon fils est en danger et, qui que je voie, personne ne me prête attention. Alors comment me faire entendre ? Il n’existe aucun lieu où je ne me soies rendue, les bureaux du parlement, ceux de la justice, le bureau de monsieur Laridjani, mais personne n’a voulu me répondre. J’ai parlé à monsieur Khodabakhsh et il m’a répondu qu’il n’avait pas envie. Et ils prétendent suivre le chemin du Prophète. Ils embarrassent le prophète avec une telle conduite. Le prophète rendait visite à ses ennemis, alors de jeunes innocents dont la vie est en danger, enfermés à cause d’accusations mensongères… Je suis une mère. Je suis venue d’Azerbaïdjan à Téhéran pour m’occuper de mon fils et la seule réponse que j’obtiens c’est qu’il n’a pas envie. Si vous êtes assis derrière ce bureau, c’est bien parce que vous avez la responsabilité de nous répondre ? Aujourd’hui, Hossein en est à son troisième jour de grève de la faim. Vous ne pouvez pas imaginer ce que je ressens. Le rein gauche de Hossein ne fonctionne plus et qui me répondra si son rein droit suit le même chemin ? Je demande qu’on lui donne une liberté provisoire pour qu’il puisse recevoir des soins et ne pas perdre son rein droit aussi. Avant qu’une autre catastrophe n’arrive, s’il vous plaît, écoutez-nous. Est-ce trop demander ? »

Seyed Ahmad Ronaghi Maleki, père de Hossein Ronaghi Maleki s’est présenté à la huitième chambre du tribunal révolutionnaire de Tabriz après y avoir été convoqué le 11 août. Madame Moussavi a parlé de sa visite au tribunal avec son mari : « La convocation se rapportait à ce qui s’est passé au camp de Sarand et avec l’arrestation de 30 bénévoles qui venaient aider dans cette région d’Azerbaïdjan frappée par un tremblement de terre. On nous a donné un numéro de dossier et on nous a dit de revenir dans quelques jours. »

Hossein Ronaghi Maleki fait partie des personnes détenues en 2009 suite à l’élection présidentielle contestée. Il a été arrêté par les gardes révolutionnaires à son domicile et a été condamné à 15 ans de prison par la 26ème chambre du tribunal révolutionnaire présidé par le juge Pir-Abassi.

La mère de Hossein Ronaghi Maleki a conclu par la tristesse de la situation actuelle. « On dit qu’il en ont amnistié certains mais cette liberté dont ils parlent est donnée à des prisonniers non-politiques comme des voleurs et des meurtriers. Hossein et d’autres prisonniers politiques sont en prison depuis quatre ans. Lequel d’entre eux a été amnistié ? Aucun de ces prisonniers politiques innocents n’en fait partie. Ils perdent leur vitalité et souffrent de leur mauvaise santé et personne ne veut répondre. Pourquoi ? »

Abolfazl Abedini, prisonnier politique également en grève de la faim, ne va pas bien, sa santé est mauvaise. Abedini a témoigné devant le magistrat enquêtant sur la mort du bloggeur Sattar Beheshti qui a perdu la vie durant des interrogatoires menés par la police. Même s’il avait reçu l’assurance que son témoignage n’aurait aucune conséquence, il a brutalement été transféré de la prison d’Evine à celle de Karoun à Ahvaz. Pour protester contre son transfert illégal, Abedini a annoncé qu’il se mettait immédiatement en grève de la faim et qu’il n’y mettrait fin qu’à son retour à la prison d’Evine.

Abedini souffre de problèmes cardiaques (maladie de la valve mitrale) et hépatiques. Sa santé s’est dramatiquement dégradée en conséquence de sa grève de la faim et des pressions psychologiques intenses.

Assareh Eyvazi, mère d’Abolfazl Abedini en grève de la faim depuis le samedi 27 juillet a dit à Jaras : « Voilà plus de deux semaines qu’Abolfazl a commencé sa grève de la faim et il s’affaiblit chaque jour. Il a appelé et j’ai eu beau essayer de le persuader d’arrêter, il continue. Son frère et moi l’avons supplié mais il a dit qu’il continuerait. Je suis très inquiète mais aucun responsable ne s’en soucie. J’ai écrit des lettres partout mais je n’ai reçu aucune réponse. On prétend qu’il va y avoir des amnisties mais les dossiers judiciaires de nos enfants ne font que grossir. Mon fils a été condamné à 12 ans de prison et il a passé ces quatre dernières années derrière les barreaux sans un seul jour de permission. Les familles des prisonniers politiques sont destinées à passer leur temps dans l’inquiétude. Il n’y a aucun signe de liberté pour les prisonniers politiques. Nos enfants ont servi le peuple et ceux qui sont libérés sont des criminels qui ont fait du mal aux gens et à leurs biens ! »

En avril 2010, le tribunal révolutionnaire d’Ahvaz a condamné Abolfazl Abedini à 11 ans de prison pour « association avec des gouvernements hostiles, militantisme pour les droits humains et propagande contre le régime par des interviews aux médias étrangers ». Un an plus tard, il a eu droit à un autre procès à la 28ème chambre du tribunal révolutionnaire présidée par le juge Moghiseh ; il y a été condamné à un an de prison de plus pour « propagande contre le régime. » Ce militant des droits humains en prison depuis quatre ans pour purger sa peine de 12 ans est soumis chaque jour à des pressions accrues et à des contraintes supplémentaires.

Source : http://www.rahesabz.net/story/74130/

dimanche 11 août 2013

Lettre de Hossein Ronaghi-Maleki à Abolfazl Abedini

Au nom de la justice
Tu vis en moi
Et moi en toi
Nous ne mourrons jamais
Toi, moi et des milliers d’autres,
Nous prendrons cette route.
La victoire nous appartient
La joie et la prospérité nous appartiendront.
Mon bien-aimé, 
Le monde va s’épanouir
Et chaque tulipe née du sang des martyrs
Est une promesse du jour à venir qui sera libre

Houshang Ebtehadj

A mon frère emprisonné et souffrant, Abolfazl Abedini :

Voici aujourd’hui 14 jours que tu es en grève de la faim à cause de ton transfert illégal. Penser à la tyrannie et aux persécutions utilisées pour réprimer les personnes éprises de liberté comme toi, le son de ta voix me rappellent cette ballade inspirante bien loin des murailles d’Evine. Elle venait de la terre du Khuzestân : « Si tu entends un musulman pleurer et que tu ne réagis pas, tu n’es pas musulman. »

Mon cher ami, je te connais depuis des années, depuis l’époque où tu étais la voix des travailleurs opprimés qui souffraient des injustices courantes ; de l’époque où les rues étaient pleines de feu, de fumée et des cris brisés de milliers d’Iraniens qui y étaient descendus pour manifester, appelant à la justice alors qu’ils étaient attaqués ; et ensuite, à l’époque de la prison, des pressions et des mauvais traitements, quand tu as triomphé de la pression de ceux qui t’interrogeaient et que tu es resté en prison.

Je sais que tu es décidé et que tu t’es fait des promesses. C’est malheureusement ta bienveillance et ta persévérance dans l’humanité qui t’ont mis, toi et ta famille dans une situation si difficile.

Je sais que notre détermination et notre persévérance nourriront le futur des enfants de ce pays et je ne peux donc pas m’opposer à ta protestation ou à tes convictions. Je ne peux pas te dire de penser à ta propre santé, à ta propre vie dans ces jours difficiles où tu n’as personne à tes côtés pour porter ta voix. Nous sommes des vagues manquant de tranquillité.

Je resterai à tes côtés, je ressentirai ta douleur car si nous ne restons pas ensemble, nous ne trouverons personne avec qui suivre notre chemin. Je sais que l’égoïsme de certains n’a fait que prolonger ton destin amer au point que tu es prêt à te sacrifier pour la poursuite de la lutte. Ton emprisonnement, celui de Madjid Dori et de Zia Nabavi dans la prison de Karoun aux conditions inhumaines, mêlés que vous êtes aux malfaiteurs dangereux est un sacrifice très lourd dont vous et vos familles payez le prix.

Je sais que tu es en grève de la faim pour protester contre la tyrannie, l’oppression, le manque de légalité, l’assignation à domicile de Mir-Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard et Mehdi Karroubi. Nous partageons tous cette douleur, nous sommes tous opposés à ce climat d’outrages et d’injustice, tu ne devrais donc pas te retrouver seul dans cette voie.

Tu sais que nos mères sont unies sur ce chemin car il c’est un calvaire pour toute mère de voir son enfant s’éteindre comme une chandelle. Si nous n’avons pas de camarade, personne pour faire entendre notre voix, nos mères seront nos porte-voix, elles seront à nos côtés car elles ressentent nos peines et nos souffrances. Je sais qu’avec le soutien de nos mères, notre lutte finira par changer le cours du destin.

Je serai ton compagnon dans tes inquiétudes sur le futur de l’Iran, sur la situation d’Arash Sadeghi à l’isolement et dont personne n’a de nouvelles, et sur les milliers d’Arash et de Neda qui ont payé et qui paieront le prix pour poursuivre ce chemin.

Je lance une grève de la faim pour manifester contre les responsables qui ignorent la santé des prisonniers politiques, les besoins médicaux des militants politiques malades qui sont en prison, les pressions impitoyables sur ma famille, le transfert arbitraire de prisonniers politiques innocents, la situation inhumaine des prisonniers politiques, leur mise à l’isolement et la continuation des actions illégales et violentes.

Que notre santé et notre vie mettent fin à l’emprisonnement, à la torture et aux chaînes qui entravent les mains et les pieds de ceux qui recherchent la liberté. A une époque où rien n’a changé, crions que nous exigeons le changement pour promouvoir la moralité, la dignité, la légalité et la valorisation de la santé mentale et physique des humains.

Mon cher Abolfazl,

La vie est pour nous, artistes, une belle scène,
Chacun chante sa propre chanson
Dans la scène qui convient.
On se souviendra de nous
Une larme à la fois.
Ton image que j’oublierai doucement
Vivre dans la joie est un art.
Ne t’approprie pas la joie des autres
Car comme la nature morte du jour et de la nuit
Nous serons privés de toute joie
L’absence de douleur ne risque pas de nous atteindre.

Seyed Hossein Ronaghi Maleki – prison d’Evine

Source : http://www.kaleme.com/1392/05/20/klm-154375/