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dimanche 17 mai 2015

Rouhani attaqué de tous côtés – Issa Saharkhiz – 1er mai 2015

Alors que le cabinet d’Hassan Rouhani continue d’améliorer la position régionale et internationale de l’Iran, les politiciens durs et les militaires intensifient leur surveillance et leurs attaques. On s’y attendait, mais les attaques se sont transformées en menaces de démission ou d’éviction.

La dernière attaque vient de Djavad Karimi Ghodoussi, membre dur de la commission parlementaire de la sécurité nationale et de la politique étrangère ; il l’oralement mis en garde ; « Si Rouhani ne retire pas ses commentaires (la police en Iran n’a pas le devoir de maintenir les lois islamiques, mais uniquement les lois) et ne se repent pas devant les oulémas et les martyrs, s’il ne présente pas ses excuses au peuple, l’islam lui imposera ce qu’il a imposé par le passé. »

Mohammad-Ali Assoudi, représentant de l’ayatollah Khamenei auprès des gardes révolutionnaires, a utilisé d’autres mots pour le même message quand il a dit que Rouhani devrait tirer des leçons de ce qui est arrivé à Bani-Sadr, premier président du régime islamique après 1979. Il a été demi par le parlement mais avait fui le pays avant.

Trois religieux de haut rang de Qom ont également publié des déclarations critiquant sévèrement Rouhani.

Tout cela indique que le groupe qui, en son temps, considérait Mahmoud Ahmadinejad comme proche de ses idées, ne tolère pas les semblables de Mir-Hossein Moussavi, Mehdi Karroubi, Mohammad Khatami et Hashemi-Rafsandjani et n’accepterait pas non plus un second mandat pour Rouhani. Il utilise tout ce qui est à sa disposition pour le discréditer et finalement l’évincer du pouvoir à mi-mandat.

Il semble improbable que le parlement actuel puisse réunir une majorité des deux tiers pour évincer Rouhani. Mais comme on prévoit que la plupart des députés actuels ne seront pas réélus en février 2016, ils pensent que c’est leur seule chance d’agir. On s’attend à ce que le prochain parlement soit surtout constitué de modérés.

La constitution permet au parlement, par un vote d’une majorité des deux tiers, de convoquer le président qui a alors 30 jours pour se rendre devant le parlement pour convaincre les députés de sa politique et de ses qualifications pour rester en place. Si les deux tiers des députés ne lui votent pas la confiance, le résultat est communiqué au guide suprême qui prend sa décision.

Maintenant qu’il est évident que les durs ont décidé de se débarrasser du chef de l’exécutif, une façon de les en empêcher est d’obtenir, pour l’exécutif, un large soutien public en mettant en œuvre les parties de la constitution qui sont restées lettres mortes et en tenant ses promesses de campagne.

Le président a déjà pris cette orientation et s’efforce de la promouvoir au sein d’un régime qui s’agrippe aux « administrations parallèles ». Il doit canaliser sa politique et ses actions pour que le peuple garde l’espoir, pour que, lors des élections, il sache pour qui voter. Même si cela résulte en un « vote de protestation ».

Source :

samedi 31 janvier 2015

Motahari et l’échec des réformateurs – Issa Saharkhiz – 16 janvier 2015


Plutôt que de secouer le régime, le jeu que le parlementaire Ali Motahari joue seul au parlement pourrait aboutir à l’échec des plans des réformateurs pour la prochaine législature de l’année prochaine. Ce jeu pourrait créer encore plus de différents au sein du camp réformateur et même mettre en question leur stratégie électorale.

Tout d’abord, les organisateurs du « rassemblement National des réformateurs », satisfaits et pleins d’espoir au bout de six ans d’effort et grâce à l’aide apportée par le gouvernement actuel, ont réussi à rassembler les dirigeants des partis membre du conseil de coordination du front réformateur « Shoraye Hamahangui Jebhe Eslahat » ; ils doivent trouver une solution à ce phénomène puisque, selon leurs dires, le but de ce rassemblement est de « maintenir l’unité » lors des prochaines élections.

La question-clé aujourd’hui est : qu’a fait un député idéologue de l’intégrisme pour mettre en question tout le travail fait par la majorité des réformateurs, qui ont réussi à se glisser au parlement et pourquoi devrait-on voter pour les réformateurs lors des élections législatives de l’année prochaine ?

Le préliminaire serait de comprendre ce qui permet aux réformateurs modérés de se rassembler officiellement et à Mohammad Khatami de parler lors de ce rassemblement où on prévoit aussi de lire un message d’Hashémi Rafsandjani.

Bien sûr, l’annulation de l’autorisation de ce rassemblement ou son échec pourraient créer de plus grands problèmes aux dirigeants du « rassemblement national des réformateurs » ; ils espèrent organiser un rassemblement encore plus important lors de la seconde étape de leur processus de récupération. On ne peut négliger qu’on a proféré des menaces claires de perturber ce rassemblement à peine un jour après son annonce.

Les organisateurs de ce rassemblement tentent de rassurer : toutes les démarches ont été effectuées auprès des autorités, ministère de l’intérieur, police, etc… pour assurer un déroulement sûr et utile. Mais qui ignore que la décision finale de l’autorisation de ce rassemblement, surtout que les personnalités qui doivent y parler sont bien connues du régime, n’est pas entre les mains du ministre de l’intérieur ou de celui du renseignement du gouvernement modéré actuel, et même pas entre celles du président.

On pourrait faire remarquer aux réformistes qui ont aidé à catapulter Hassan Rouhani à la présidence avec d’autres partisans du changement, aux dirigeants et aux supporters du Mouvement Vert que leur situation aurait été bien meilleure s’ils n’avaient pas boycotté les dernières élections législatives.

Mais ceux qui en sont conscients devraient garder présent à l’esprit que la jeunesse d’aujourd’hui critique les résultats des députés réformateurs ; ils les comparent avec, non seulement les faits et gestes d’Ali Motahari mais avancent même que les durs et les intégristes sont plus dévoués à ce qu’ils croient et sont plus persévérants que les députés réformateurs.

Ce groupe suscite des réserves par ce qu’il fait, ce qu’il dit, sur  sa prudence à ne pas affaiblir le gouvernement ou à fournir un prétexte aux intégristes ; les réformateurs au parlement devraient cependant préparer un rapport transparent pour montrer à la nation ce qu’ils ont réussi au parlement. Ils devraient démontrer que la situation aurait été bien pire s’ils n’avaient pas été présents.

Il est de plus en plus évident que, parmi les réformateurs, la plupart sont des députés conservateurs ; ils ont soutenu Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi lors de l’élection présidentielle de 2009 ou même travaillé dans leurs comités électoraux, mais il leur manque l’endurance pour faire ce qu’a fait Ali Motahari pour lever l’assignation à domicile des dirigeants du Mouvement Vert ; ils ne sont même pas prêts à défendre les droits du peuple au parlement contre l’envahissement des durs et des intégristes.

Ce groupe n’a pas la conscience tranquille ; la grande peur qui guide leurs actions est ce que le cœur du régime pourrait penser d’eux : il pourrait les disqualifier pour les empêcher de participer aux prochaines élections législatives. Ils semblent ne pas comprendre que le mécontentement d’Ahmad Djanati et l’échec de la surveillance imposée du conseil des gardiens sont cent fois plus respectables que le mécontentement de certains ou la possibilité d’être candidat mais d’échouer à obtenir les votes.

C’est pourquoi on leur demande au moins de répondre à cette question : Les actions et les positions d’Ali Motahari au parlement ont-elles été celles d’un dur pour ne pas avoir coopéré avec lui ? Ou bien avaient-ils un meilleur plan, ce qui a fait que Motahari a été le seul à parler des buts des réformateurs ? Ses mots ont été les seuls au parlement à faire écho aux désirs et aux demandes du peuple, et il ne prétend même pas être réformateur ou respecter les dirigeants du mouvement réformateur.

Au lieu de perdre leur temps à préparer des listes pour les élections, il vaudrait peut-être mieux pour les réformateurs aujourd’hui penser à se libérer du carcan dans lequel ils se sont eux-mêmes enfermés et clarifier leurs positions et leurs buts. Ils ont besoin d’expliquer si leur but est de suivre un processus visant à réactiver la société civile et à  rendre au peuple le domaine de la politique ou bien un projet limité pour assurer leur siège au parlement ou augmenter leur nombre dans cette institution.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2015/january/16/article/motahari-and-the-checkmating-of-reformers.html

dimanche 28 décembre 2014

L’obsédé sexuel qui m’a interrogée – Fereshteh Ghazi


Jusqu’à ce qu’elle soit assise les yeux bandés face à un mur dans une salle d’interrogatoire, Fereshteh Ghazi n’avait jamais imaginé être menacée de viol, ne s’était pas attendue à ce qu’on lui demande d’avouer des relations sexuelles illicites avec des gens qu’elle n’avait jamais rencontrés.

Des centaines de journalistes et de militants politiques ont été arrêtés en Iran, beaucoup ont été soumis à la torture pour avouer des crimes qu’ils n’avaient pas commis et emprisonnés dans des conditions inhumaines, souvent à l’isolement. Ces hommes et ces femmes ont été accusés d’immoralité, d’être des « ennemis de dieu », d’espionnage au profit des de gouvernements occidentaux « hostiles ». La journaliste et militante des droits humains Fereshteh Ghazi a été l’une des premières à parler publiquement de son calvaire, donnant à d’autres femmes reporters soumises à un traitement similaire le courage de raconter leurs histoires.

Saïd Mortazavi, alors procureur général de Téhéran, a ordonné l’arrestation de Fereshteh Ghazi et de plusieurs autres journalistes le 28 octobre 2004. Il a été par la suite suspendu de ses fonctions en 2010 après que trois gouvernements anti-gouvernementaux soient morts en détention à la prison de Kahrizak en 2009. Le 15 octobre 2014, il a fini par être démis de ses fonctions.

L’arrestation de Fereshteh Ghazi et de ses collègues, connue en Iran comme le « dossier des sites web » a beaucoup attiré l’attention des médias internationaux. Après leur libération, les journalistes ont refusé de se taire et ont parlé de ce qui leur était arrivé et des brutalités qu’elles ont subies en prison, y compris des menaces de viol et d’autres formes de torture mentale. Les journalistes ont raconté leurs expériences au bureau de surveillance de la constitution et à l’ancien responsable de la justice, l’ayatollah Hashemi-Shahroudi. 

IranWire a parlé à Fereshteh Ghazi des accusations dont elle a fait l’objet et des menaces de viol répétées.

Avant votre arrestation, imaginiez-vous être accusée de relations illicites ou d’immoralité ?
Non, à l’époque, c’était différent. Aujourd’hui, on menace couramment les gens de viol ou on les accuse de relations illicites qui n’existent pas ou d’actions immorales ; c’est utilisé pour torturer les détenus. A cette époque, on avait bien entendu dire qu’un journaliste arrêté ou un militant politique avait été accusé de choses comme des relations illicites ou d’avoir bu de l’alcool ou encore d’être drogué, mais comme ils n’en avaient jamais parlé, ce n’était pour nous qu’une rumeur. Je n’ai jamais imaginé que si j’étais arrêtée une telle chose m’arriverait.

Comment avez-vous réagi lorsque cela vous est arrivé ?
J’ai été choquée. J’ai été un moment prise de vertige et je n’arrivais pas vraiment à croire ce que j’entendais. J’ai fait une grève de la faim mais sans résultat. Rien n’a changé. Le juge Zafar Ghandi a dit : « Je vais vous montrer ce que nous faisons des prisonniers professionnels ! » Ils croyaient que les grèves de la faim étaient réservées aux prisonniers professionnels.

Comment a-t-il réagi en portant ces accusations ?
Je pense que plus que tout, c’était un obsédé sexuel et qu’il aimait porter ces accusations durant les interrogatoires. Je l’ai entendu dire par mes co-accusées interrogées par la même personne. Le ton de sa voix, sa façon de parler, les mots qu’il utilisait, rien de tout cela ne dénotait une personne normale.

Pouvez-vous nous dire ce qu’il vous a dit ?
Il voulait que j’avoue des relations illicites avec des personnes haut-placées à cette époque, depuis Mostafa Tadjzadeh, Ata’ollah Mohadjerani et Mohammad-Ali Abtahi jusqu’à Khatami lui-même. Je n’ai jamais rencontré certains d’entre eux, j’en ai rencontré d’autres uniquement brièvement. Mais il voulait que j’avoue avoir eu des relations illicites avec eux. Comme je n’ai pas répondu, il a commencé à parler de façon dégoûtante et énervante. Il parlait des relations illicites comme s’il feuilletait un porno.

Vous avez été contrainte à avouer ?
On m’accusait de deux choses et exerçait des pressions sur moi pour que j’en reconnaisse au moins une. Je devais accepter soit les relations illicites soit avouer que j’étais une espionne. J’ai avoué l’espionnage parce qu’il n’impliquait que moi. Si j’avais avoué les relations illicites, d’autres personnes auraient été impliquées.

Vous avez vu le visage de celui qui vous interrogeait ?
Au début, quand j’étais au « centre de détention secret », j’étais toujours interrogée les yeux bandés. Mais une fois, quand il m’a accusée d’immoralité, je me suis levée pour protester et j’ai retiré le bandeau. Il a donné un coup de pied à la chaise par derrière, mon visage a heurté le bras de la chaise et je me suis cassé le nez. Quand j’ai été transférée à la prison d’Evine, les interrogatoires se sont arrêtés. On voulait juste que j’avoue face à une caméra. Je n’avais pas les yeux bandés durant ces sessions. Après ma libération, j’ai compris que c’était le même homme qui avait interrogé mes co-accusées sous des noms différents, Keshavarz et Fallah. Un an et demi après l’arrestation, je me suis rendue à l’étranger ; à mon retour, j’ai été convoquée au ministère du renseignement. Et je l’ai vu, celui qui m’avait interrogée.

Mortazavi a-t-il assisté à certains de vos interrogatoires ?
Une fois, j’ai reconnu sa voix au centre de détention. En tant que journaliste, j’ai assisté à beaucoup de conférences de presse. Avant mon arrestation, il m’avait déjà interrogée une fois. Je connaissais sa voix et ses expressions. Après l’arrestation, il nous a interrogées plusieurs fois dans son bureau.

En tant que procureur, vous a-t-il personnellement accusée d’immoralité ?
Saïd Mortazavi essayait de ne pas dire ce genre de choses en public. Mais une fois, il a expulsé mon avocat de la pièce ; il est passé si près de moi que j’ai senti son souffle sur mon visage. Il m'a dit que tout ce qu’on m’avait dit lors des interrogatoires pouvait se passer. On m’avait menacé de viol à plusieurs reprises : « Il y a beaucoup d’hommes qui n’ont pas vu une femme depuis des années. On va vous mettre dans la même cellule qu’eux ». Ou bien : « Il y a beaucoup d’accidents en Iran. Votre mari sera écrasé par une voiture. » Etc. J’ai été choquée d’entendre Mortazavi dire que de telles choses pourraient se passer. Je voulais porter plainte contre celui qui m’avait interrogée mais le procureur disait la même chose que lui. Ils étaient de mèche.

En avez-vous parlé après votre libération ?
J’avais été très blessée alors j’en ai parlé publiquement. Je pensais que si ceux qui avaient été arrêtés avant moi en avaient parlé, j’aurais au moins évité le choc et j’aurais été mieux préparée aux interrogatoires. Je me souviens que l’atmosphère était si lourde que, lorsque je parlais à mes collègues de cette conduite inhumaine et des accusations d’immoralité, certains me disaient : « N’en parle pas. Ça peut te coûter cher. » Je demandais pourquoi il ne fallait pas que j’en parle. A ma libération, j’ai parlé, plus que du reste, des pressions exercées au travers de ces accusations d’immoralité. Je voulais que ceux qui risquaient d’être arrêtés après moi sachent au moins à quoi s’attendre et sur quoi porteraient les interrogatoires. J’abordais le sujet lors de réunions avec tous les officiels que je rencontrais.
J’avais l’impression que, si l’on abordait le sujet, on pourrait l’éviter. J’avais bien sûr tort. Cela a continué après nous et cela continue toujours.

Avez-vous mentionné les accusations d’immoralité et la façon dont les interrogatoires avaient été menés lors de votre entrevue avec l’ayatollah Hashemi-Shahroudi ?
Quand nous avons rencontré Monsieur Shahroudi nous a dit de ne pas parler des accusations d’immoralité abordées lors des interrogatoires et de nous en tenir aux accusations politiques. J’ai dit que c’était ma principale doléance. En tant que journaliste, je dois savoir pourquoi j’ai été accusée de relations illicites et pourquoi je ne devrais pas en parler. J’ai rapporté tous les détails. Je me sentais si mal que j’ai quitté la réunion en plein milieu. Plus tard, Monsieur Khatami a cité Monsieur Shahroudi disant : « elle se sentait si mal que cela m’a touché »

Qui vous a dit de ne pas parler de ces sujets ?
Quelques personnes qui avaient préparé la réunion. L’assistant de Monsieur Shahroudi. Même certaines de mes co-accusées, qui ne voulaient pas en parler à cause de l’atmosphère qui régnait. J’ai bien sûr tout décrit en détail.

Quelle a été la réaction de Shahroudi quand il a pris connaissance de ces choses?
La première chose que Shahroudi a dite était très intéressante : « Monsieur Mortazavi m’a dit que vous aviez fait des choses vulgaires sur internet. Vous avez publié des images vulgaires des imams chiites, de l’imam Khomeiny, du guide et même de Monsieur Khatami. Les ordinateurs sont mauvais. J’ai un ordinateur à la maison, mais quand je pars, je ferme la porte de la pièce à clé pour que ma fille n’y touche pas et ne soit pas touchée par le vice. »
Monsieur Shahroudi croyait réellement que nous avions créé ces images, par exemple, une de l’ayatollah Khamenei en sous-vêtements, et que nous les avions postées. Voyez plutôt, le responsable de la justice ne connaissait pas les détails d’un dossier dont le monde entier parlait. Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU de l’époque en avait parlé.
Quand nous avons commencé à parler, il était clair qu’il était choqué. On nous avait donné une demi-heure, ensuite nous devions nous rendre à une réunion, une session de conseil suprême de la révolution si je ne me trompe pas. Mais la réunion s’est poursuivie tandis que nous parlions. Monsieur Shahroudi n’a pas assisté à la réunion et a continué à nous écouter attentivement.

La réunion a-t-elle apporté quelque chose ?
Après la rencontre avec Monsieur Shahroudi, nous n’avons plus été convoquées par Mortazavi et on lui a retiré le dossier. Entre notre libération et notre rencontre avec Shahroudi, j’ai été convoquée et interrogée par Mortazavi 13 fois.

Après cette rencontre, vous avez assisté à une session du conseil constitutionnel et vous leur avez parlé des interrogatoires. Quelle a été leur réaction ?
Nous avons rencontré le conseil constitutionnel avant Monsieur Shahroudi. Monsieur Khatami avait chargé le conseil de réviser notre dossier. Nous avons expliqué les problèmes en détail au conseil, des accusations d’immoralité et de sécurité, des accusations d’espionnage aux conduites illégales, des arrestations illégales au centre de détention secret et tout ce qui s’y est passé ainsi que plus tard à la prison d’Evine. Ils ont été profondément touchés.
Mais je me souviens encore de quelque chose pendant cette réunion qui me fait sourire amèrement quand j’y pense. Imaginez, nous avions tout expliqué : les menaces de viol, les menaces d’arrestation ou de meurtre pour les membres de nos familles, les accusations de conduite immorale et d’espionnage, les coups, mon nez cassé. Et soudain, Hashemzadeh Harissi, qui est aussi membre du conseil des experts, m’a interrompu pour me demander : « Madame Ghazi, je n’ai qu’une question : la personne qui vous interrogeait était-elle un homme ou une femme ? »

En ce moment, beaucoup parlent d’expériences similaires. Quand vous entendez parler des personnes récemment arrêtées, cela vous rappelle-t-il votre propre expérience ?
Pour vous dire la vérité, je me sens amère et blessée. J’ai ressenti cela dans ma chair et dans tous mes os. Je suis triste que les efforts de divulgation de mes collègues et les miens, pour que les autorités arrêtent ce processus n’aient mené à rien. Malgré toutes les pressions et les risques, nous ne nous sommes pas tues. Nous avons donné des interviews et nous sommes adressées aux autorités. Certains n’ont pas eu confiance et n’ont pas aimé ce que nous disions. Ils nous ont demandé de nous taire et de ne parler que des interrogatoires sur les sujets politiques et sécuritaires. Nous n’avons pas suivi leurs conseils et avons continué à parler.
Malheureusement, nous avions tort et cette méthode perdure toujours.

Source : http://en.iranwire.com/features/6150/

jeudi 25 décembre 2014

Les Modérés et le Chemin vers le prochain Parlement – Issa Saharkhiz – 6 décembre 2014

Alors que les principaux partis politiques, que les religieux les plus en vue n’ont encore rien fait pour les prochaines élections législatives en Iran, sauf les nouveaux partis qui visent des sièges de modérés au parlement qui compte 290 sièges, les rapports indiquent que le peu de députés critiques restant ne seront pas réélus.

Il y aurait de larges disqualifications pour les candidats au prochain parlement ainsi qu’une surveillance et un contrôle illimité par des organismes mis en place. En fait, la peur d’une telle surveillance est telle qu’on suspecte le conseil des gardiens de vouloir reproduire ce qu’il avait fait lors des élections à la septième législature en 2004 ; la plupart des députés réformateurs et indépendants avaient organisé un sit-in contre les agissements illégaux du conseil.

En 2004, 139 députés avaient fait une grève de la faim et avaient fini par démissionner pour protester contre la disqualification de 3.500 candidats, plus de la moitié d’un total de 4.679, à la septième législature. Beaucoup se souviennent encore du résultat de la réunion organisée entre le président de la république, de celui du parlement et du guide suprême pour résoudre le problème.

11 ans sont passés depuis ce sit-in mais beaucoup de ces députés sont toujours en prison ; en ce qui concerne les dirigeants de cette époque, le président de la république Mohammad Khatami est aujourd’hui interdit de sortie du territoire, les photos sont toujours interdites, et le président du parlement Mehdi Karroubi est toujours assigné à domicile.

Lors de cette réunion fatidique, après des mises en garde répétées du chef de la justice et de la majorité des réformateurs demandant l’ajournement d’élections illégales, on avait promis au dernier moment que les disqualifications seraient limitées et ne concerneraient qu’une poignée de candidats réformateurs, concluant qu’il vaudrait mieux qu’ils se désistent volontairement.

Finalement, cette promesse a été jetée aux oubliettes et la plainte déposée par le secrétaire d’état à l’intérieur Mostafa Tadjzadeh contre Ahmad Djanati du conseil des gardiens a fini par le conduire en prison à l’isolement pour longtemps.

De nos jours, la majorité des députés réformateurs et indépendants de la neuvième législature ont choisi de garder le silence par peur de subir le même sort que leurs collègues il y a dix ans. Ils ont délégué la poursuite de leurs demandes sur l’élection de 2009 au député conservateur respecté Ali Motahari, qui pourrait lui aussi perdre son accréditation à cause de ses demandes de libération de Moussavi, Karroubi et Rahnavard et de son hostilité à Mahmoud Ahmadinejad, président favori de l’ayatollah Khamenei, ce qui l’a poussé à se retirer de la course à l’élection au prochain parlement.

On a entendu dire que Motahari pourrait être emprisonné, mais à cause du scandale public que cela créerait, beaucoup plus important que celui causé par l’emprisonnement du fils du vétéran religieux de la révolution Mohammad Beheshti, l’arrestation est pour l’instant en suspens.

Un rapide regard aux médias conservateurs modérés ou encore aux remarques des députés révèle que ces peurs de rejet ou d’arrestation, sont sérieuses et très répandues. Il suffit de voir la demande que Djavad Karimi-Ghodoussi, député conservateur de la faction dure, a adressé au bureau de l’assemblée : réexaminer les justificatifs de Motahari, pour non seulement l’empêcher d’être réélu, mais aussi pour le révoquer avant la fin de son mandat.

Ghodoussi, ancien commandant de la force paramilitaire bassidj qui s’est glissé au parlement avec moins de dix pour-cent des suffrages a dit à un journaliste : « J’ai dit à Monsieur Motahari qu’il recevrait une claque pour ses positions politiques et que son problème était qu’il était passé de l’école à l’université puis au parlement sans avoir pris part à la révolution ; bien qu’il vienne d’une famille martyre, il manque de vision politique. »

Cet avertissement menaçant est le signe d’un plan plus important rédigé dans un article de Jahan News : « Monsieur le Docteur Ali Motari est professeur de philosophie ; c'est un intellectuel qui a l’expérience des affaires culturelles ; maintenant qu’il est arrivé à ce poste, nous lui conseillons fraternellement de prendre ses distances avec la politique, au moins pour son père martyr à qui nous devons tant. »

L’autre côté de la médaille : les positions prises par l’extrémiste Ahmad Tavakoli. Le site web Alef, qui lui est affilié, a récemment écrit qu’il avait critiqué ceux qui se servaient des dirigeants des manifestations de l’élection de 2009 pour se débarrasser de leurs rivaux, qui pourraient être candidats à la prochaine élection législative, et appelaient à la création d’une autorité pour définir les critères de la « sédition », terme utilisé pour les dirigeants des manifestations de 2009. Il a averti ceux qui avaient le privilège de pouvoir approuver les candidatures aux élections nationales et qui pourraient s’en servir pour des vengeances personnelles.

Il est peu probable que Motahari se retire des prochaines élections législatives, même si ses rivaux accueilleraient favorablement sa décision de ne pas être candidat, car ce serait ce qui leur coûterait le moins cher.

C’est exactement l’attitude que les adversaires des réformateurs, forces extrémistes et totalitaires, défendent pour que les candidats réformateurs abandonnent volontairement leurs candidatures aux prochaines élections.

Une telle décision signifie également que l’on permet aux forces tyranniques de préparer le chemin pour l’élection de pseudo-réformateurs ou de réformateurs incompétents, groupe auquel même Ali Laridjani, actuel président du parlement est censé appartenir.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/december/06/article/moderates-and-the-road-to-the-next-majlis.html

vendredi 2 mai 2014

Le message est clair : ne rentrez pas en Iran ! – Issa Saharkhiz – 28 avril 2014

Le message est clair et concis : le gouvernement n’a aucune autorité, nous avons le dernier mot et nous ne permettrons pas aux Iraniens qui ont quitté le pays, qui ont la double nationalité et qui résident à l’étranger de rentrer au pays pour y commencer une nouvelle vie.

Voici le message envoyé de temps à autre par un centre politique spécifique en se contentant de changer les mots. La cible est claire : le gouvernement et tous ceux qui attendent des réformes et du changement.

Ce message a été diffusé explicitement deux fois la semaine dernière à ceux qui nourrissaient quelque espoir, surtout les militants politiques et sociaux : attention, arrêtez de vous préparer à rentrer en Iran pour y vivre ou même pour y rendre visite à vos familles. 

Le premier message a été envoyé par le procureur général Mohseni Edjehi lors d’une conférence de presse ; il y a dévoilé en 2013 la création d’un tribunal spécial siégeant à huis clos, chargé de juger par contumace les personnes ayant joué un rôle dans les manifestations qui ont suivi l’élection présidentielle de 2009.

Lundi, Hossein Nouraninejad a été arrêté à son domicile et envoyé en prison dans une section sous la supervision des gardes révolutionnaires ; ce n’est que le prolongement du message d’Edjehi. Nouraninejad est un militant politique proche des réformateurs et du parti Mosharekat (Participation Islamique) ; il avait été arrêté et emprisonné en relation avec le Mouvement Vert mais avait quitté le pays pour s’établir en Australie pour y poursuivre ses études. 

C’est la naissance de son premier enfant qui l’a fait revenir au pays pour y voir son nouveau-né et son épouse, une journaliste, Parastou Sarmadi. Elle a déclaré que des agents étaient venus chez eux et y avaient arrêté son époux ; ils lui avaient dit qu’ils l’emmenaient à la section 1 d’Evine.

C’est de la même façon que Sadjadeh Arabsorkhi et Serajeddine Mirdamadi ont été arrêtés, interrogés et condamnés à leur retour en Iran, après l’élection de Rouhani l’année dernière.

Le président Rouhani et plusieurs membres importants de son cabinet ont, à plusieurs reprises ces derniers mois, invité leurs compatriotes iraniens vivant à l’étranger à retourner chez eux. Durant son voyage de 2009 à New York, Rouhani a délivré  le même message à des Iraniens lors d’un dîner.

Suite à quoi, le secrétaire d’état aux affaires consulaires a précisé qu’il n’existait pas de loi en Iran interdisant aux Iraniens de rentrer au pays. Mais il a aussi dit que la peur des Iraniens qui voulaient rentrer n’avait d’autre base que la propagande des groupes d’opposition.

Pour répondre sur le statut des Iraniens qui avaient quitté le pays ces quatre dernières années, il a répondu que le président avait ordonné la création d’une commission interministérielle pour examiner le retour des Iraniens, surtout de ceux qui ne faisaient l’objet d’aucune poursuite.

Avec le temps, il est devenu clair que certains individus, au sein du régime, sous le contrôle de la justice, n’acceptaient pas cette politique du gouvernement et ne voulaient pas permettre au président de créer des conditions propices au retour des Iraniens, surtout des militants politiques et des journalistes.

C’est le même groupe qui harcèle les familles des militants iraniens émigrés à cause des menaces et de la peur d’être arrêtés et emprisonnés, moyen de forcer les militants d’arrêter leurs actions militantes et médiatiques. Ils envoient souvent des messages, tant directs qu’indirects, qui sont quelquefois menaçants, aux journalistes qui ont une double nationalité et qui travaillaient pour des médias officiels et légaux avant l’élection présidentielle de 2013, pour les persuader d’arrêter de travailler.

Les évènements récents corroborent l’observation qu’au fil du temps, ceux qui sont opposés au retour des Iraniens dans leur patrie l’emportent sur le cabinet Rouhani qui lui, le favorise.

Durant les six derniers mois, des personnes qui se sont rendues au bureau des passeports, à celui du procureur ou à la prison d’Evine ont raconté à leurs proches qu’ils avaient été témoins de l’emprisonnement et de la détention sans motif de beaucoup d’Iraniens qui étaient rentrés au pays. Ils ont vu de jeunes Iraniens sillonnant le bureau des passeports pour comprendre les raisons de leur interdiction de sortie du territoire ou pour récupérer leurs passeports confisqués à l’aéroport à leur retour en Iran. Ces personnes ont dû se rendre au ministère du renseignement, à l’agence du renseignement des gardes révolutionnaires ou au bureau du procureur.

Je pense que le second message envoyé aux Iraniens voulant rentrer au pays, ce sont les évènements de la section 350 de la prison d’Evine qui ont attiré l’attention du monde entier. Le message était clair : s’ils rentraient, les Iraniens subiraient le même traitement : tabassage à mort, blessures, etc.

Ceux qui ont perpétré cette violence contre les détenus d’Evine ont nié leurs crimes mais le tumulte engendré a poussé à la démission du directeur de la prison. Mais il a bénéficié d’avancement, ce qui est un camouflet pour les personnes et les groupes qui défendent les droits humains et qui suivent la situation en Iran, comme le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon et le rapporteur spécial aux droits humains Shahid.

Ces violations grossières et épouvantables des droits humains se passent en Iran alors que ce pays s’est engagé à défendre les droits humains.

Il faut souligner que l’une des faiblesses du cabinet Rouhani a été de ne pas prendre position sur la mise en place de la déclaration universelle des droits humains. On rapporte désormais que les efforts du président pour codifier mes « droits du citoyen » rencontrent aussi de sérieux obstacles en dépit de ses lacunes. Il est maintenant possible que ce projet de loi soit complètement écarté par le parlement.

Si Rouhani ne réussit pas à tenir ses promesses de campagne et à répondre aux demandes de ceux qui ont voté pour lui, la majorité des Iraniens en arriveraient à la conclusion que le transfert de pouvoir par le processus électoral ne produit aucun changement pour eux, ce qui enlèverait toute chance à Rouhani d’être réélu, mais permettrait aussi à ceux qui s’opposent aux programmes et réformes de son cabinet d’écraser les appels des réformateurs qui suivent Seyed Mohammad Khatami et Hashemi Rafsandjani.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/clear-message-do-not-return-to-iran.html

mardi 5 novembre 2013

2 novembre 2013 – Il faut une commission d’enquête indépendante – Issa Saharkhiz –

Aftab_iran@yahoo.com

Plusieurs militants politiques, des droits civiques et des médias en Iran ont déjà conclu que la lune de miel de Hassan Rouhani avec ceux qui l’ont soutenu a pris fin ; le ministre de la justice de son cabinet, a qualifié les évènements qui auraient eu lieu lors des fêtes de l’Eid Ghadir (commémoration chiite historique) au domicile de Mir-Hossein Moussavi de « blitz médiatique »,  une expression qui aurait mieux convenu au cabinet Ahmadinejad et une réminiscence du temps où il travaillait au renseignement sécuritaire.

Je connais Rouhani ; il est intelligent et juste ; je doute vraiment qu’il partage les points de vue d’un ministre qui, en réalité, est le représentant du chef de la justice, Sadegh Laridjani, dans sa version « modérée ».

Les réformateurs et les partisans de la transformation ont joué un rôle clé dans sa victoire à l’élection présidentielle de juin ; dans les 100 premiers jours de son mandat, le chef du dixième gouvernement fournirait ainsi à ses anciens opposants et à ses nouveaux critiques, des preuves qui, plus que tout démontreraient sa rupture avec ces deux factions ; personnellement, j’en doute sérieusement.

De plus, ce fait pourrait, à lui seul prouver la fin de sa lune de miel, surtout avec les religieux de premier plan de Ghom, Shiraz, etc… ; même des dirigeants réformateurs comme Seyed Mohammad Khatami et des militants nationaux-religieux comme Abdollah Nouri, qui vient de rendre visite aux filles de Moussavi et de Rahnavard et a téléphoné à Kowkab et Nargues qui lui ont exprimé la cruauté et la douleur que leur cause l’assignation à domicile de leurs parents.
« Ne pas interférer avec la création d’une commission pour lever l’assignation à domicile de Moussavi et Karroubi », voilà la position du gouvernement et elle est en adéquation avec ses intentions politiques et culturelles ; mais il ne semble pas possible que Rouhani accepte l’assertion de Mostafa Pour-Mohammadi : l’attaque rapportée contre les filles de Moussavi, gifles et morsure, aurait été forgée par les médias. Et cela, parce que ces remarques ne sont ni « prévoyantes » ni « génératrices d’espoir », deux qualificatifs auxquels le gouvernement aime être associé.

A notre époque, les outils sophistiqués de surveillance sont largement utilisés en Iran et dans le monde entier ; la remarque du ministre de la justice : « la surveillance est une activité normale qui a également lieu en république islamique, comme dans les autres pays » est acceptable mais il est beaucoup moins probable que Mr. Pour-Mohammadi autorise personnellement que Moussavi et les membres de sa famille, ses proches et ses enfants soient « fouillés » ou que l’épouse et les filles de Moussavi soient mises à nu, exposant leurs corps aux agents qui les entourent ou soient soumises à d’autres vexations qu’il n’est même pas possible de relater ici par écrit.

Je voudrais informer Monsieur Rouhani que la fouille à corps est la norme dans les prisons iraniennes de nos jours ; les prisonniers politiques et d’opinion sont régulièrement contraints de se déshabiller et de rester nus pour être non seulement inspectés mais pénétrés par les gardiens de prison quand ils rentrent du tribunal ou de visites médicales.

Ce sont des pratiques communes et intrusives lorsque les prisonniers bénéficient de visites sans séparation ou de « visites religieuses ». C’est pourquoi certains prisonniers s’abstiennent de se rendre dans des établissements médicaux ou que certains membres des familles refusent les visites sans séparation. Si le gouvernement le juge nécessaire, il peut former une commission spéciale qui s’entretiendra avec ceux qui ont été témoins de ces conduites et pratiques.

Même s’ils semble que le président ou ses conseillers les plus proches n’accepteront pas de former une commission spéciale pour la libération de Moussavi et Karroubi, on peut encore espérer que Monsieur Rouhani demandera à son conseiller le plus éminent, l’hodjatoleslam Younessi de former « une commission d’enquête indépendante » composée de membres du gouvernement, de personnalités indépendantes réformatrices, favorables à la transformation et de conservateurs rationnels pour enquêter sur ce problème et sur les fouilles à corps qui sont menées dans le pays, en s’entretenant avec les prisonniers d’opinion et politiques, actuels et anciens, y compris les prisonniers du Mouvement Vert qui, en dépit de tous les dangers, ont ouvertement déclaré avoir été battus et torturés, physiquement et psychologiquement. 

Source : http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/archive/2013/november/02/article/the-need-for-an-independent-fact-finding-commission.html

mardi 28 mai 2013

Hossein Marashi sur la disqualification de Rafsandjani : le régime est responsable – Fereshteh Ghazi – 26 mai 2013

« Monsieur Rafsandjani s’est rendu disponible, le peuple l’a bien accueilli et le régime l’a rejeté. Le régime est responsable. » Ce sont les mots du porte-parole du parti du développement (Kargozaran Sazandegui), ancien député et vice-président de Mohammad Khatami lors de son entretien avec Rooz. Il a aussi déclaré : « Monsieur Rafsandjani ne joue qu’avec un petit nombre de cartes. Il en a d’autres pour continuer à jouer un rôle en Iran»

Monsieur Marashi a clairement dit que Rafsandjani ne contesterait pas sa disqualification et n’en appellerait pas au guide suprême, mais qu’il parlerait au peuple. Il a souligné que ne pas contester ne voulait pas dire qu’il n’avait pas à se plaindre.

La candidature à l’élection présidentielle du 14 juin a été rejetée par le conseil des gardiens mardi. Marashi a dit que se plaindre à une organisation qui ne se sent pas responsable envers le public n’avait pas de sens. Voici des extraits de l’interview.

Rooz : Que pensez-vous de la disqualification de Monsieur Rafsandjani par le conseil des gardiens ?
Marashi : On ne s’y attendait pas. Personnellement, je pense qu’en voyant les différentes vagues de soutien qu’il suscitait, les durs qui sont présents dans les cercles dirigeants de la république islamique ne pouvaient plus accepter Rafsandjani comme prochain président car cela aurait, à terme, dans la perte des situations qu’ils avaient atteintes.

Rooz : Pourquoi avez-vous été surprise quand les membres du conseil des gardiens et du parlement ont eu des paroles négatives sur Monsieur Rafsandjani ?
Marashi : Le journal Kayhan a commencé par penser que Rafsandjani ne jouissait pas d’un large soutien populaire ; il a donc cru que sa candidature serait acceptée mais qu’il finirait par décider de se retirer. Nous aussi avons été agréablement surpris de tant de soutien et d’enthousiasme populaire à sa candidature. Les durs ont remarqué ce soutien ; il leur a fait peur et ils ont réagi.

Rooz : Monsieur Rafsandjani savait apparemment mardi matin qu’il serait rejeté et Fatemeh Hashemi a déclaré que Messieurs Rohani et Laridjani l’en avait informé.
Marashi : C’est exact, ils lui ont demandé de se retirer, faute de quoi, sa disqualification serait publiquement annoncée. Monsieur Rafsandjani a bien sûr décliné l’offre.

Rooz :Madame Hashemi a aussi dit que Rafsandjani ne contesterait pas. Pourquoi ?
Marashi : Le conseil des gardiens prend sa décision et la loi ne donne aucun moyen d’appel ou de révision de sa décision. Mais l’absence de contestation de Monsieur Rafsandjani ne signifie pas qu’il n’a pas à se plaindre ou que d’autres n’ont pas envie de contester. C’est simplement parce qu’aucune action légale n’est possible. Mais le conseil des gardiens n’a jamais été responsable devant le peuple, contester sa décision n’a aucun sens. Il présentera ces sujets au people par des déclarations et directement.

Rooz : Monsieur Mashaï a dit qu’il avait l’intention de référer sa disqualification au guide suprême. Il se dit que Monsieur Khameini pourrait casser la décision du conseil des gardiens comme il l’a déjà fait par le passé.
Marashi :Ahmadinejad et Mashaï ont des idées utopiques sur leur influence sur le peuple. Ils pensaient que le peuple soutiendrait Mashaï malgré ses souffrances, ce qui forcerait le régime à accepter sa candidature. Alors ils ont dit ça simplement parce qu’il fallait réagir face à la situation et montrer à ceux qui les soutenaient qu’ils prenaient des mesures. Mais ils savent qu’ils n’ont aucune influence sur le guide suprême.

Rooz : Il y a eu deux objections à la candidature de Monsieur Rafsandjani : son âge et son affiliation à la soi-disant rébellion. Pourquoi pensez-vous qu’il a été disqualifié ?
Marashi :Le cœur du problème est que Monsieur Rafsandjani est indépendant. C’est le seul qui aurait pu rendre ce pays modéré. Ce qu’ils ont dit n’est que purs mensonges. Si rébellion il y a eu, on sait qui se cache derrière elle et quels sont ses buts. Pour son âge, ils savent parfaitement qu’il est en meilleure forme que beaucoup de ceux qui sont au pouvoir. Même nous, que l’on considère comme ses enfants, avons du mal à le suivre. Nous n’avons pas ses capacités d’analyse et de compréhension des problèmes, ses discours et son temps de travail qui s’étend du lever au coucher du soleil. Ils ne pensaient pas qu’il jouirait d’autant de popularité, mais ils ont vu le soutien massif dont il bénéficiait après sa candidature officielle.

Rooz : Mohsen Hashemi, le fils aîné de Monsieur Rafsandjani, a également été disqualifié pour les élections au conseil régional. Mehdi Hashemi, son autre fils, est en liberté sous caution et attend son procès. Faezeh, sa fille, vient d’être libérée à la fin de sa peine de prison. Les médias de l’état continuent à tous les bombarder. Et maintenant, Monsieur Rafsandjani lui-même a été disqualifié. Qu’est-ce que le régime reproche à Monsieur Rafsandjani ? Quel rôle pense-t-il jouer dans ce régime ?
Marashi : Monsieur Rafsandjani ne va pas renier les principes pour lesquels il s’est battu toute sa vie. Ils pensent que cela va l’obliger à abandonner. Mais ils ont tort. Il ne confiera pas sa réputation à des extrémistes. 

Rooz : Alors que va faire Monsieur Rafsandjani maintenant ?
Marashi : Monsieur Rafsandjani n’est pas un politicien avec peu d’atouts. Les évènements des élections nous ont montré que Monsieur Rafsandjani est un politicien rusé. Il a certainement des cartes à jouer pour son rôle en Iran.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2013/may/26/article/the-regime-is-responsible.html

samedi 18 mai 2013

Hamid-Reza Djalaïpour dit à Rooz : le consensus sur Rafsandjani n’était pas évident – Fereshteh Ghazi – 16 mai 2013


La candidature officielle de Hashemi Rafsandjani a non seulement bouleversé beaucoup de positions politiques du pays, elle a aussi soulevé beaucoup de questions. Comme beaucoup de dirigeants réformateurs ont déclaré leur soutien à la candidature de Rafsandjani, on se demande ce qu’il est arrivé aux conditions mises par le dirigeant réformateur Mohammad Khatami pour participer à la course présidentielle. Qu’en est-il des demandes du peuple ? Qu’est-ce qui a conduit les réformateurs à se mettre d’accord sur Rafsandjani et qu’attendent-ils des élections ?

Hamid-Reza Djalaïpour est un membre dirigeant du Front de la Participation (Djebhe Mosharekat) ; lors d’une interview exclusive à Rooz, il a répondu à certaines de ces questions. Hier le Front a publié une déclaration qualifiant l’acte de Rafsandjani de « courageux » et lui déclarant son soutien « inconditionnel ».

Sazeman Moudjahidine Enghelab Eslami (organisation des moudjahidines de la révolution islamique), une autre organisation réformatrice a également publié une déclaration de soutien à la candidature de Rafsandjani.

Djalaïpour a révélé qu’arriver à un accord sur Rafsandjani n’a pas été facile pour les réformateurs. « C’est n’était pas une plaisanterie. Ils en ont discuté pendant des mois avant d’arriver à un accord sur un candidat qui puisse répondre aux demandes des prisonniers et du peuple. »

Voici des extraits de l’interview :

Rooz : Qu’est-ce qui a décidé les réformateurs à participer aux élections et comment ont-ils choisi Rafsandjani ?

Djalaïpour : Les élections sont importantes pour les réformateurs parce qu’elles relient les gens ordinaires aux problèmes publics et aux décisions des dirigeants. Ces élections leur sont particulièrement importantes en raison des problèmes graves auxquels l’Iran doit faire face et que les élections peuvent aider à résoudre. Les réformateurs sont dans une situation très difficile et ils ont été sujets à des interrogations sur des problèmes comme leur simple survie. Alors ils ont décidé de faire quelque chose pour sortir la société de cet état. Les réformateurs étaient d’accord sur de nombreux sujets depuis des mois ; l’un de ces sujets était l’importance des prochaines élections, un autre la nécessité d’y participer. Ils avaient aussi compris qu’ils devraient soutenir un candidat qui puisse mettre d’accord la majorité des réformateurs. Ce ne pouvait pas être n’importe qui ; il fallait qu’il soit connu et accepté de tous. Deux personnes répondaient à tous ces critères : Rafsandjani et Khatami. Khatami a insisté pour que ce soit Rafsandjani et qui lui a valu le soutien total de tous les réformateurs. Je pense que l’acceptation de Monsieur Rafsandjani est le premier succès des réformateurs qui vivent sous une pression intense depuis quatre ans. Le second sera, je l’espère, sa victoire. Je suis très optimiste parce que les groupes égocentriques de l’intérieur du pays sont maintenant très en colère, ce qui indique que les réformateurs ont fait ce qu’il fallait. 

Rooz : Monsieur Khatami et les autres réformateurs ont mis des conditions particulières pour participer aux élections, comme la libéraition des prisonniers politiques, l’arrêt de l’assignation à domicile de Messieurs Moussavi et Karroubi et de Madame Zahra Rahnavard et des élections libres, et aucune de ces conditions n’a été remplie.

Djalaïpour : Les conditions posées par Monsieur Khatami étaient pour les élections, pas pour les réformateurs. Il y avait aussi des élections libre, l’accès aux médias et au public, etc…

Rooz : Aucune n’a été remplie.

Djalaïpour : Une de leurs demandes est le renforcement de la démocratie et de la volonté du peuple. Ils veulent que la démocratie soit institutionnalisée. Il y a deux façons d’y arriver : certains disent qu’il faut rester à l’écart à cause des restrictions. D’autres disent que les réformateurs devraient participer pour renforcer nos acquis. D’autres encore se tiennent en réserve. Alors, il n’a pas été facile pour les réformateurs de tomber d’accord sur ce sujet. Ils ont parlé des mois jusqu’à s’accorder de participer aux élections avec un candidat acceptable pour mettre en œuvre leurs demandes de libération des prisonniers et d’autres sujets. Ils ont compris qu’ils ne pourraient pas s’occuper de ces problèmes s’ils ne s’impliquaient pas.

Rooz : Le problème, c’est que les réformateurs ont essayé de détruire Rafsandjani dans le passé durant la sixième législature…

Djalaïpour : Ce n’est pas correct. Ceux qui soutiennent Monsieur Rafsandjani aujourd’hui ne l’avaient pas abandonné à l’époque. La liberté existait durant la période réformatrice (l’administration Khatami). Deux individus ont écrit des commentaires sévères contre Monsieur Rafsandjani et ont été emprisonnés. Rafsandjani lui-même les a tolérés. C’est l’opposition qui aujourd’hui qui monte de problème en épingle. Il faut faire attention de ne pas tomber dans leur piège. Quand lors de son mandat de huit ans Monsieur Khatami aurait-il abandonné Rafsandjani ?

Rooz : En 2005, les réformateurs ont choisi le Docteur Moïn pour affronter Monsieur Rafsandjani et de nos jours même, il se dit qu’Ahmadinejad a gagné à cause de cet acte destructeur. Son image a alors été entachée par les réformateurs qui l’ont défié en présentant leur propre candidat.

Djalaïpour : L’expérience nous a montré que nous aurions dû présenter un seul candidat, les votes réformateurs ne se seraient pas séparés. Ils ont fait une faute à l’époque et ils ont mis du temps à le comprendre.

Rooz : On parle de rejet de la candidature de Rafsandjani. D’autre disent même qu’en tant qu’homme d’état expérimenté, il devrait se cantonner au conseil de surveillance et donner son âge. Qu’en pensez-vous ?

Djalaïpour : Ceux qui ne croient pas en la force de la loi usent d’un langage menaçant pour arriver à leurs fins. Ils écrivaient ces mensonges sur lui jusqu’à 17h30 samedi (l’heure approximative de l’enregistrement de sa candidature). Monsieur Rafsandjani et les réformateurs devaient soit succomber à ces attaques, soit penser au pays et dire qu’ils en seraient. Les réformateurs ne se sont pas soumis à ces attaques et ont accepté toutes les critiques. Ces quatre dernières années leur ont été très désagréables.

Rooz : Etes-vous optimiste pour sa victoire ?

Djalaïpour : Les élections ont lieu dans 30 jours. La situation en Iran demande une analyse quotidienne. Nous devons cependant rester optimistes. Pourquoi pas ? Voyez à quoi le pays a été soumis Durant ces quatre dernières années. Il y a des gens qui vivent maintenant dans une pauvreté absolue et n’ont même plus de quoi manger. Quelque dix millions sont sous antidépresseurs et sept ou huit millions sont sur le point d’en prendre. Environ 3.7 millions sont toxicomanes, beaucoup de jeunes sont chômeurs et beaucoup sont actuellement en Europe mais veulent rentrer, même s’ils sont menacés. Regardez autour de vous, on menace les gens, on les soumet à des pressions. Nous croyons en la victoire de Monsieur Rafsandjani et qu’il mettra fin à cette situation destructrice. Il ne peut bien sûr pas faire de miracles mais la destruction cessera (en économie, politiques extérieure et intérieure°.
Il y a deux choses  importantes sur Monsieur Rafasandjaini. S’il n’avait pas été là, le talibanisme aurait tout submergé dans le pays. Il a joué un rôle efficace pour faire progresser une forme modérée de l’islam. La deuxième est de savoir qui, lors des quatre années écoulées a exprimé à haute voix les problèmes du peuple ? Si je prends le parti du peuple, ça n’a aucune importance puisque je ne suis pas aux affaires. Mais quand quelqu’un a des responsabilités, cela devient important. Deux personnes ont défendu le peuple et les prisonniers : Messieurs Rafsandjani et Khatami. Il faut être raisonnable sur ces sujets et sur la situation.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2013/may/16/article/consensus-on-rafsanjani-did-not-come-easily.html

dimanche 3 février 2013

Survivre au viol dans les prisons iraniennes – Témoignage de Maryam Sabri


Nom Maryam Sabri
Lieu de Naissance Téhéran, Iran
Date de naissance 1988
Profession Commerçante
Interviewer Iran Human Rights Documentation Center (IHRDC)
Date de l’interview 3 décembre 2009
Interviewer                              IHRDC Staff

Témoignage approuvé par Maryam Sabri le 9 novembre 2010

Préambule
Je m’appelle Maryam Sabri. J’ai vingt et un ans et je travaillais dans une compagnie maritime avant de quitter l’Iran.

J’ai été admise à l’université d’art de Téhéran en 2006 et je suis devenue membre du conseil politique de l’université. Je n’étais affiliée à aucun parti politique particulier et je n’avais pas d’activités politiques à l’université. J’ai participé à des programmes et à des manifestations non politiques sur le campus. Néanmoins, le bureau de protection de l’université et l’unité de renseignement de l’université ont décidé de m’exclure temporairement en 2007 et plus tard m’ont confirmé par écrit que je n’avais plus le droit d’assister aux cours. J’ai donc été expulsée définitivement de l’université un an après y avoir été admise.

J’ai commencé à militer politiquement durant l’élection présidentielle de 2009. Après avoir participé aux manifestations, j’ai été arrêtée par des agents en civil et transférée dans un centre de détention que j’ignore où j’ai été maltraitée et violée à plusieurs reprises.

L’élection
Au début, j’hésitais à voter pour l’élection présidentielle de 2009. J’étais même en faveur du boycott de l’élection. Je croyais que voter signifiait que l’on était satisfait du système, mais quand Khatami est entré en jeu, a présenté Moussavi et à demander de le soutenir, j’ai changé d’avis. 
J’ai retrouvé l’espoir et pensé que, si Moussavi était élu, la société s’ouvrirait comme lors de l’époque réformiste de Khatami. J’ai donc rejoint la campagne de Moussavi à Téhéran et j’ai milité pour lui. Je sortais tous les soirs où Moussavi participait à un débat. La passion et l’enthousiasme du peuple étaient pleins de promesses. On scandait : « Ahmadi, bye bye » parce qu’on était sûr qu’Ahmadinejad perdrait l’élection.
Mais nos espoirs ont été anéantis. La république islamique s’est jouée de nous. Nous avions voté mais le régime avait décidé à l’avance du gagnant. Le vote n’était qu’un jeu que le régime jouait avec nous. Nous sommes descendus dans la rue pour déclarer que nous avions été dépouillés de nos votes et pour montrer notre mécontentement du résultat de l’élection. Nous demandions aux supporters de Moussavi et de Karroubi de sortir manifester pour prouver que nous étions plus nombreux que le nombre que le régime attribuait aux votes pour Moussavi et Karroubi.

Les manifestations
J’ai participé à toutes les manifestations jusqu’à mon arrestation le 30 juillet 2009. Je ne me souviens plus des dates mais je me souviens des jours où ont eu lieu les manifestations auxquelles j’ai participé.
Le lundi (15 juin 2009) nous devions commencer la manifestation place Enghelab et marcher jusqu’à la place Azadi, mais les plans ont changé et nous sommes partis de la place Imam Hossein pour aller place Azadi. Le mardi et le mercredi (16 et 17 juin) nous nous sommes rassemblés devant la radio-télévision rue Vali-Asr et place Haft-é-Tir. Le jeudi après-midi nous nous sommes rassemblés place Haft-é-Tir. Le mardi, il y a eu deux manifestations, l’une place Haft-é-Tir et l’autre à Tadjrish. Les manifestants ont défilé de Tadjrish jusqu’à la place Rah-é-Ahan à l’autre bout de la rue Vali-Asr. Le lundi suivant la manifestation était rue Karegar.
Nos manifestations avaient un seul but : exprimer notre protestation contre l’annonce des résultats officiels de l’élection et dénoncer publiquement les tricheries du gouvernement. La plupart des manifestations étaient pacifiques. Nous ne voulions pas affronter les forces de sécurité surtout les agents en civil. Nous scandions des slogans mais nous n’avions pas recours à la violence. Mais parfois, les agents en civil nous incitaient à la violence. Par exemple, les manifestations du mardi et du mercredi devant la radio-télévision répondaient à celle des supporters d’Ahmadinejad de la veille. Nous sommes descendus dans la rue pour montrer notre force, notre popularité et notre nombre, plus important que celui des supporters du gouvernement.
A cette époque, il n’était pas très facile d’informer les gens sur les manifestations. Les téléphones portables ne fonctionnaient pas. Nous nous appelions depuis des téléphones fixes et nous utilisions les réseaux sociaux comme Facebook, Yahoo 360 et les blogs qui n’étaient pas encore bloqués. Il y avait beaucoup de blogs tenus par des militants que nous utilisions pour informer les autres. Notre slogan était « Nous sommes les médias et nous serons forts si nous unissons nos voix. »
Je manifestais habituellement avec quatre ou cinq amis. Deux étaient des camarades de classe de Téhéran. Ils sont actuellement en fuite. Les deux autres ont été arrêtés le même jour que moi et je ne sais rien de ce qu’ils sont devenus.
Les forces de sécurité qui affrontaient les manifestants appartenaient aux forces spéciales de la police de Téhéran, les bassidj et les gardiens de la révolution (IRGC). Elles utilisaient toutes la violence contre les civils et frappaient les manifestants sans pitié. Elles frappaient tout le monde, les garçons, les filles, les jeunes et les vieux. Toutes étaient également brutales.
Il y avait en plus les agents en civil qui affrontaient les manifestants. Il était difficile de savoir s’ils appartenaient à l’IRGC ou à la bassidj. Ils étaient plus agressifs et frappaient les manifestants impitoyablement. Les bassidj de Téhéran ont une apparence bien à eux. Ils portent tous la barbe ou sont mal rasés, les cols de leurs vêtements sont des cols Mao boutonnés jusqu’en haut, des pantalons et des chemises trop larges. Même si les bassidjs ne portent pas d’uniforme, la façon dont ils s’habillent les rend reconnaissables entre tous.
Fedayan-é-Rahbar (les forces spéciales du guide suprême) s’occupaient aussi de la répression des manifestations. Nous reconnaissions les bassidj des Fedayan-é-Rahbar. Il s’agit en fait d’une filiale de la bassidj très dévouée au guide suprême et prête à mourir pour lui. Ils considèrent le guide suprême comme incontestable. Si on l’insulte, c’est comme si on insultait un de leurs proches. Il leur est même plus cher que leurs proches.
On avait l’impression que les forces de sécurité coordonnaient leurs actions. Je pense que nous n’avons pas osé leur demander de s’identifier. Ils nous étaient très hostiles et ne répondaient à aucune de nos questions. Ils étaient venus pour nous battre, pas pour nous aider. Par exemple, je les ai vus battre un jeune-homme rue Haft-é-Tir. Il leur demandait sans arrêt pourquoi ils le battaient mais ils continuaient à le battre sans dire un mot.
A mesure que les manifestations continuaient lors de la première semaine, les forces de sécurité déployées dans les rues augmentaient en nombre. J’ai vu les NAJA amener plus de forces de sécurité en bus et en camionnettes à Téhéran. Par exemple, j’ai vu un NAJA débarquer deux minibus pleins place Vanak.
Habituellement, avant de nous attaquer à la matraque, électrique ou pas, les forces de sécurité utilisaient des gaz lacrymogènes ou des sprays au poivre. Ils nous battaient, nous poursuivaient et nous arrêtaient. Quelquefois nous répondions, nous les frappions et ils s’échappaient. Cela ressemblait au jeu du chat et de la souris. Les agents en civil poursuivaient les manifestants jusque dans les domiciles et les y frappaient. Par exemple, j’étais un soir à Saadatabat, place Kadj avec une poignée d’autres jeunes un samedi soir. Les bassidjs nous ont vu et nous ont poursuivis. Nous avons couru nous cacher. Ils ont extrait quelques jeunes d’appartements et les ont arrêtés. Ils ont aussi arrêté les propriétaires des appartements où ils s’étaient cachés.
Quelquefois les forces de sécurité attaquaient les manifestants pacifiques pour les énerver et les transformer en foule en colère. Par exemple, un lundi, place Azadi, nous défilions de la place Imam Hossein à la place Azadi en scandant des slogans. Nous sommes restés place Azadi puis avons décidé de retourner place Imam Hossein. Au retour, il n’y avait pas de slogans, nous défilions en silence en portant des portraits. Les bassidjs sont arrivés, ont commencé à nous insulter et à nous attaquer. Ils avançaient et nous provoquaient. Rue Azadi, près de la place Enghelab un de leurs groupes s’est mêlé à la foule et a insulté l’épouse d’un des manifestants et a commencé à se bagarrer. C’était des Bassidj en civil et ils portaient une matraque à la ceinture.
Une autre fois, j’ai vu les forces de sécurité en groupe battre des manifestants et des membres de la police secrète qui utilisaient des couteaux et des rasoirs parmi la foule. Je crois que c’était le jeudi place Vanak. Nous étions rue Vali-Asr et nous nous dirigions vers la voie Park. Les forces de sécurité et les bassidjs nous ont attaqués place Vanak et ont battu tous ceux qui se trouvaient sur leur chemin. L’un d’eux avait un couteau. Je l’ai vu le sortir de sa ceinture et courir vers les manifestants. J’ai eu très peur pour ma vie et je me suis enfuie. Je ne me suis pas arrêtée pour voir ce qu’il faisait de son couteau.
J’ai aussi vu les forces de sécurité tirer sur la foule place Azadi un lundi. Un jeune en est mort. Il avait reçu une balle à l’arrière de la tête. On avait tiré depuis le toit d’un bâtiment de la bassidj. La victime se trouvait juste en face du bâtiment de la bassidj rue Azadi.
J’ai aussi entendu des tirs un jeudi rue Vali-Asr. Les manifestants se rassemblaient habituellement rue Vali-Asr ou place Haft-é-Tir le jeudi. Je me trouvais plus haut dans la rue quand les tirs ont commencé vers la fin du cortège environ deux ou trois rues plus au sud de l’endroit où je me trouvais. Tout le monde a commencé à courir. Nous essayions de trouver un trou pour nous y cacher. Plus tard, j’ai entendu dire que deux personnes avaient été blessées ce jour-là. Je pense que les agents en civil ont tiré directement sur les manifestants alors que les forces en uniforme tiraient en l’air ou utilisaient des chevrotines. J’ai eu la moitié de la jambe meurtrie et j’ai eu mal longtemps.

Arrestation
Le jeudi, 40ème jour de la mort de Neda, je scandais des slogans à Behesht-é-Zahra : « Notre Neda n’est pas morte, c’est le gouvernement qui est mort » « Dictateur, démissionne » « Honte à toi Ahmadi, laisse le peuple tranquille ». Nous portions des fleurs et scandions : « Militaire, mon frère ! Ne tue pas ton frère » Nous donnions les fleurs aux gardes. Nous jetions des pétales dans leur direction. Les gardes n’agissaient pas contre les manifestants. Ils se contentaient d’observer.
Mais, vers 17h00 ou 17h15, certains ont crié « courrez ». Quand je me suis retournée, j’ai vu des masses de bassidjs et de Sepahs derrière nous. Ils étaient environ cent. J’ai commencé à courir dans le cimetière et en courant, j’ai été frappée à plusieurs reprises. Je suis tombée. Quand je me suis relevée, j’étais entourée d’agents en civil. Ils ont commencé à me frapper avec des matraques et à me donner des coups de pied. Puis ils m’ont emmenée. Ils étaient cinq et tous étaient des hommes.
On m’a transporté dans une camionnette blanche qui ne portait aucun signe distinctif. Ils m’ont bandé les yeux et menottée assez vite dans la camionnette. J’entendais le bruit des pas de ceux qui arrivaient tandis que j’étais assise dans la camionnette. Au bout de quelques minutes, la camionnette s’est mise en marche. Ils m’ont posé quelques questions comme mon nom et ont écrit mes réponses dans la camionnette. Beaucoup d’autres personnes ont été arrêtées dont une fille que je ne connaissais pas, j’ignore où elle se trouve maintenant et une de mes amies dont j’ai dit dans la camionnette que je ne la connaissais pas. Nous étions environ cinq personnes arrêtées dans la camionnette dans laquelle je me trouvais et il y avait beaucoup d’autres véhicules pleins de personnes arrêtées. J’ai moi-même compté 7 ou 8 véhicules pleins de manifestants. La seule raison de notre arrestation était d’avoir participé  à la manifestation. Le gouvernement nous traita d’émeutiers.
Je ne sais pas où on m’a emmenée. Il s’est passé beaucoup de temps entre mon arrestation et ma descente du véhicule. Je suppose que je suis descendue de voiture dans une cour qui n’était pas très grande car après quelques pas, j’ai atteint les escaliers. Je les ai descendus jusqu’à un sous-sol. Au bout de quelques pas, on ouvrit une porte métallique. Je me trouvais dans une petite pièce carrée. Je ne pouvais pas m’allonger sur le sol, je ne pouvais que m’asseoir par terre pour étirer mes jambes sur le sol carrelé. Il n’y avait pas de fenêtre, il faisait complètement noir et je ne voyais rien. C’était très sale et ça sentait très mauvais.
On ne m’a pas écrouée à cet endroit. Je ne voyais pas les gardes car on nous bandait les yeux pour nous emmener aux toilettes ou aux interrogatoires. Quand je n’avais pas les yeux bandés, les gardes portaient un masque qui ne laissait voir que leur bouche et leurs yeux.
Je suppose que tous les prisonniers étaient détenus dans des cellules d’isolement. Le silence était absolu quand on m’emmenait de ma cellule aux toilettes qui étaient horribles, si je glissais, je tombais dans le trou des toilettes. Cela ressemblait à des toilettes dans un village éloigné où on aurait creusé un trou sur une pente escarpée avec une forme de triangle sur le dessus. J’avais le droit d’aller aux toilettes 4 à 5 fois par jour.
Je suis restée là pendant 14 jours et j’ai entendu beaucoup de cris, de pleurs et de malédictions. Un jour et demi après mon arrestation je crois, on m’a emmenée pour m’interroger. Les personnes qui m’ont interrogée étaient différentes mais aucune ne m’a dit de quoi j’étais accusée. Je n’ai vu aucun de ceux qui m’interrogeaient sauf le dernier qui m’a débandé les yeux et s’est montré à moi. Il était grand avec des yeux clairs, une peau claire, des cheveux clairs et le nez brisé. Il avait un aspect détestable, un aspect que je n’oublierai jamais jusqu’à ma mort.
Lors de l’interrogatoire, on m’a demandé qui était mon chef, de qui venait les ordres que je recevais, comment je coordonnais mes activités, où j’allais, où je rencontrais mes amis et d’autres questions du même genre. Le premier interrogatoire a duré environ deux heures et demi.
Les deuxième et troisième interrogatoires se sont déroulés comme le premier. Ce n’était pas les mêmes personnes qui m’interrogeaient, mais ils me posaient les mêmes questions. A la fin du troisième interrogatoire, celui qui m’interrogeait s’est mis très en colère et m’a menacé de graves conséquences. Il m’a dit : « Tu cherches les ennuis. S’il t’arrive quelque chose, tu seras la seule responsable. Tu ne pourras t’en prendre qu’à toi. Tu ouvriras peut-être la bouche la prochaine fois. Si tu ne coopères pas avec nous, nous changerons d’attitude à ton égard. » Ce sont les menaces proférées à mon endroit par la troisième personne à m’avoir interrogée. Ensuite, on me renvoya dans ma cellule. Je n’avais pas compris la signification des menaces.

Violée à plusieurs reprises
Le quatrième interrogatoire a commencé comme les autres. On m’a posé les mêmes questions. Puis on m’a dit : « Apparemment, tu ne veux pas parler ? » Quand il a vu que je ne répondais pas, il a ajouté : « Tu ne veux pas coopérer ? » Je suis restée silencieuse. Il a dit : « D’accord, tu voulais ton vote ? Je suis là pour te le rendre. Je vais te le rendre maintenant et tu verras bien ce qu’il valait ». Je l’ai senti m’attraper aux épaules. Il ne m’avait jamais attrapé si fort en me battant. Il me souleva de la chaise et me déshabilla de force. Je criais et je pleurais, je le suppliais, je jurais sur tout ce à quoi je croyais. II a ri et m’a dit : « Je n’ai pas de Dieu ou de prophète. Ne t’en occupe pas. Je pleurais en disant : « S’il vous plait, pour l’amour de Dieu, je ferai tout ce que vous voudrez, tout ce que vous direz. » Il a répondu : « Non, tu n’as pas coopéré au début et maintenant je veux te rendre ton vote. Pourquoi es-tu ennuyée ? Pourquoi pleures-tu ? Ça ne sert à rien de pleurer. Tu as manqué de réflexion et tu as demandé ton vote et maintenant je vais manquer de réflexion et te rendre ton vote. Ne pleure pas. »
Puis, ce qui n’aurait jamais dû arriver arriva. Il me viola. Après je n’étais qu’à demi-consciente quand on me ramena en cellule. Ils agissaient comme si rien ne s’était passé. Ils me jetèrent dans ma cellule. Je ne sais pas combien de temps a passé. Chaque instant me semblait durer des années.
Le cinquième interrogatoire a été mené par un homme différent. On me posa des questions auxquelles j’avais déjà répondu. Puis il me dit : « Apparemment, tu ne veux pas ouvrir la bouche. D’accord. On va se conduire avec toi de la manière que tu comprends. » Il commença de nouveau à me déshabiller. Je hurlais et il riait. Puis il dit : « Même si tu meurs à force de crier ici, personne ne t’entendra. » Puis il me viola pour la deuxième fois. On me renvoya. J’allais aux toilettes avant de rentrer en cellule.
Cela se reproduisit durant le sixième interrogatoire. La seule différence ce fut que cette fois je n’ai pas pleuré, pas hurlé et pas supplié. Celui qui m’interrogeait riait en disant : « Pourquoi ne me supplies-tu pas? Supplie-moi, des fois que je ressente de la pitié et que je te laisse partir. Pleure, pleure pour que je te laisse partir. Je vais peut-être avoir pitié de toi. » Mais c’était comme si je savais déjà ce qui allait se passer et cela ne m’importais plus. Je n’ai pas pleuré, je n’ai pas supplié parce que j’étais sûre de ce qui allait se passer. On me renvoya en cellule.
La fois suivante, quand on m’emmena pour m’interroger, on me posa les mêmes questions puis on me viola. Celui qui m’interrogeait retira le bandeau de mes yeux et je vis son visage. Il s’assit face à moi et commença à parler. Il demanda : « Veux-tu qu’on te laisse partir ? Veux-tu rester vivante ? Veux-tu revoir le monde extérieur ? » Je pleurais et lui répondit : « Oui. Je ferai tout ce que vous direz mais laissez-moi partir. Tuez-moi ou laissez-moi partir. Ne me faites plus de mal comme ça. » Il rit et dit: « Non, on ne va pas te tuer tout de suite. On va te laisser partir mais il y a une condition, il faudra que tu ailles où on te dit d’aller et que tu fasses ce qu’on te dira de faire. Et il ne faudra pas parler à âme qui vive de ce qui s’est passé ici. Si tu en parles, on te tue, tu ne resteras pas vivante. Nous te suivrons constamment et on ne te laissera pas nous échapper. Si tu agis mal, tu ne resteras pas vivante. Comme beaucoup d’autres qui sont morts sans que personne ne le sache, toi aussi tu mourras. » J’ai pleuré et j’ai dit : « Bon, d’accord, laissez-moi partir. » Alors il me menaça de nouveau : « Tu as une dette envers moi. Si tu sors, tu feras tout ce qu’on te dit. »
Il me dit encore qu’on m’emmènerait au tribunal et qu’il fallait que je m’y prépare. Il ajouta que, si j’étais gentille, le tribunal me relaxerait et que si je n’étais pas gentille, je n’arriverai jamais jusqu’au tribunal.
On me relâcha à condition que je coopère avec eux. Je finis par dire : « Je ferai ce que vous voudrez, laissez-moi juste le temps de me remettre ». Il rit et me dit : « Mais tu vas bien. Tu ressens peut-être des douleurs, dans les os, des luxations. Mais rien de cela n’est important. Tu es toujours vivante. » J’ai dit « D’accord ». Je devais collaborer avec eux, participer aux manifestations, prendre des photos et filmer, me débrouiller pour connaître les participants, savoir combien ils étaient. C’était leur plan mais je n’ai jamais participé aux manifestations après cela et je n’ai pas coopéré avec eux.
On me ramena en cellule. Il se passa quelques temps. Puis ils arrivèrent, je gravis les escaliers que j’ai dû descendre. J’ai atteint la cour et j’ai senti l’air frais. On me mit dans une voiture et on me relâcha au parc Tchitgar. C’était le crépuscule, il faisait sombre. J’ai découvert que nous étions le 14 août 2009.

Après la libération
Après ma libération, ils m’appelèrent trois ou quatre fois sur mes portables. J’avais deux cartes SIM. Je pensais qu’ils n’en connaissaient qu’une. On me dit : « On va t’appeler et t’ordonner où tu dois aller et ce que tu dois faire. » Je demandais où et il ajouta : « Cela ne te regarde pas. On te le dira quand il faudra que tu le saches. » Puis il m’intima l’ordre de ne pas couper mon portable, d’être joignable et de répondre aux appels. Il ajouta : « On te dira où tu dois te rendre pour nous rencontrer. Nous avons quelque chose pour toi. »
J’avais très peur. J’ai éteint mon téléphone et jeté ma carte SIM. J’ai ensuite reçu un appel à minuit. Je ne pensais pas que c’étaient eux qui appelaient. On me dit : « Tu as pensé pouvoir nous échapper ? » J’ai répondu que mon portable avait des problèmes. Il a commencé à m’injurier : « Pourquoi as-tu éteint ton portable ? Pourquoi ne répond-tu pas ? Où diable étais-tu ? Pourquoi n’es-tu pas rentrée à la maison ? Tu croyais qu’on plaisantait avec toi ? » J’ai raccroché et jeté ma carte SIM.
Deux jours plus tard, je quittais l’Iran pour la Turquie. Je me suis rendu au bureau de l’ONU où j’ai rempli un dossier.
J’ignore qui était responsable de mon arrestation. Après ma libération, j’ai eu une interview télévisée ce qui a poussé le gouvernement à admettre dans un article que c’était l’IRGC qui m’avait arrêtée.
Après ma fuite, on a arrêté mon frère et mon père. Mon père a été détenu trois jours. Il a été cité à comparaître devant le tribunal révolutionnaire. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé. Cela fait maintenant cinq ans que je n’ai pas eu de contact avec mon père, que je ne lui ai pas parlé. Mon cousin, avec lequel j’étais en contact par email, m’a mise au courant de ce qui était arrivé après mon départ. Il m’a dit que mon père et mon frère subissaient des pressions pour me demander de revenir au pays et de faire des aveux télévisés pour dire que j’avais menti et que je n’avais pas été violée en prison.

Source : http://www.iranhrdc.org/english/english/publications/reports/3401-surviving-rape-in-iran-s-prisons.html?p=24#.UQGuP7-7W2B