Affichage des articles dont le libellé est Mir-Hossein Moussavi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mir-Hossein Moussavi. Afficher tous les articles

dimanche 17 mai 2015

Rouhani attaqué de tous côtés – Issa Saharkhiz – 1er mai 2015

Alors que le cabinet d’Hassan Rouhani continue d’améliorer la position régionale et internationale de l’Iran, les politiciens durs et les militaires intensifient leur surveillance et leurs attaques. On s’y attendait, mais les attaques se sont transformées en menaces de démission ou d’éviction.

La dernière attaque vient de Djavad Karimi Ghodoussi, membre dur de la commission parlementaire de la sécurité nationale et de la politique étrangère ; il l’oralement mis en garde ; « Si Rouhani ne retire pas ses commentaires (la police en Iran n’a pas le devoir de maintenir les lois islamiques, mais uniquement les lois) et ne se repent pas devant les oulémas et les martyrs, s’il ne présente pas ses excuses au peuple, l’islam lui imposera ce qu’il a imposé par le passé. »

Mohammad-Ali Assoudi, représentant de l’ayatollah Khamenei auprès des gardes révolutionnaires, a utilisé d’autres mots pour le même message quand il a dit que Rouhani devrait tirer des leçons de ce qui est arrivé à Bani-Sadr, premier président du régime islamique après 1979. Il a été demi par le parlement mais avait fui le pays avant.

Trois religieux de haut rang de Qom ont également publié des déclarations critiquant sévèrement Rouhani.

Tout cela indique que le groupe qui, en son temps, considérait Mahmoud Ahmadinejad comme proche de ses idées, ne tolère pas les semblables de Mir-Hossein Moussavi, Mehdi Karroubi, Mohammad Khatami et Hashemi-Rafsandjani et n’accepterait pas non plus un second mandat pour Rouhani. Il utilise tout ce qui est à sa disposition pour le discréditer et finalement l’évincer du pouvoir à mi-mandat.

Il semble improbable que le parlement actuel puisse réunir une majorité des deux tiers pour évincer Rouhani. Mais comme on prévoit que la plupart des députés actuels ne seront pas réélus en février 2016, ils pensent que c’est leur seule chance d’agir. On s’attend à ce que le prochain parlement soit surtout constitué de modérés.

La constitution permet au parlement, par un vote d’une majorité des deux tiers, de convoquer le président qui a alors 30 jours pour se rendre devant le parlement pour convaincre les députés de sa politique et de ses qualifications pour rester en place. Si les deux tiers des députés ne lui votent pas la confiance, le résultat est communiqué au guide suprême qui prend sa décision.

Maintenant qu’il est évident que les durs ont décidé de se débarrasser du chef de l’exécutif, une façon de les en empêcher est d’obtenir, pour l’exécutif, un large soutien public en mettant en œuvre les parties de la constitution qui sont restées lettres mortes et en tenant ses promesses de campagne.

Le président a déjà pris cette orientation et s’efforce de la promouvoir au sein d’un régime qui s’agrippe aux « administrations parallèles ». Il doit canaliser sa politique et ses actions pour que le peuple garde l’espoir, pour que, lors des élections, il sache pour qui voter. Même si cela résulte en un « vote de protestation ».

Source :

mercredi 28 janvier 2015

Faezeh Hashemi : ils n’ont pas le vote du peuple alors ils essaient d’obtenir des votes par d’autres moyens – Fereshteh Ghasi – 15 janvier 2015



La fille militante d’Hashémi Rafsandjani, Faezeh, a dit à Rooz qu’elle n’avait pas vu les évènements d’hier au parlement, sans rapport avec les élections législatives de l’année prochaine. D’après elle, les députés qui savent qu’ils n’ont pas les votes du peuple veulent obtenir des votes par d’autres moyens. Elle croit que l’attaque physique et verbale contre Ali Motahari par un groupe de ses propres collègues au parlement qui l’ont empêché de prononcer son discours, sont des efforts pour créer une atmosphère sécuritaire. Elle a aussi dit que les manifestations de 2009 servent d’excuse à certains pour défendre leurs propres intérêts. Elle a conclu en disant que ces personnes avaient peur des noms de Moussavi, Rahnavard et Karroubi.

Plus tôt dans la semaine, Ali Motahari, membre de la faction intégriste du parlement iranien, a été battu par des députés durs et a été blessé aux mains. Dans l’enceinte du parlement il a déclaré considérer que « l’assignation à domicile de Messieurs Moussavi et Karroubi et de Madame Rahnavard, consécutive aux émeutes de rue de 2009, était contraire aux principes de la constitution ». Mais avant de pouvoir finir sa phrase, un groupe de députés a commencé à scander « Mort aux séditieux » un mot que les durs utilisent pour qualifier les dirigeants du Mouvement Vert qui ont ouvertement défié le gouvernement sur l’élection présidentielle de 2009 qui avait reconduit Ahmadinejad à la présidence. Dès le début de l’agitation, les journalistes ont été invités à quitter la session qui a été suspendue par la présidence. Les caméras des photographes présents ont été confisquées et Moussa Ghazanfar-Abadi, député de Bam, a annoncé que le comité spécial qui surveille la conduite des députés, examinerait les remarques de Motahari lors de la prochaine session parlementaire.

La veille, Safar Naimirez, l’un de ceux qui avaient attaqué Motahari, a dit à l’agence de presse Fars que plus de 50 députés avaient porté plainte contre Motahari auprès du comité de surveillance de la conduite des députés.

Faezeh Hashemi, ancienne députée et directrice de la revue Zan désormais interdite, a dit à Rooz que ces évènements l’avaient surprise. « C’est une histoire étrange. Ce genre de choses arrive en dehors du parlement, mais maintenant, l’atmosphère est tellement tendue que ce genre d’attaques vise à empêcher les députés de parler. Les députés n’ont plus la patience d’écouter leurs collègues qui ont le droit, de par la constitution, d’exprimer leurs points de vue. C’est un avertissement important qui pourrait présager du futur. On devrait absolument enquêter dessus et c’est le parlement lui-même qui devrait le faire.
Le comité de surveillance de la conduite des députés veut examiner le discours de Motahari mais je n’ai jamais entendu parler d’une enquête de ce type. Ce sont des évènements dangereux qui dénotent l’existence d’autres plans. De tels dénigrements alourdissent l’atmosphère et à la fin, personne ne pourra plus exprimer son point de vue, encore moins qu’aujourd’hui. »

Madame Hashemi a dit qu’elle pensait que ces évènements au parlement avaient un lien avec les élections l’année prochaine du conseil des experts et d’un nouveau parlement. « Quand les délinquants ne sont pas punis mais autorisés à se sentir au-dessus des lois, cela indique qu’ils ont des buts bien précis. Nous nous rapprochons des prochaines élections et je pense que cela est lié. Ils veulent créer une atmosphère de peur en montrant comment on traite un député. Ils veulent créer une atmosphère sécuritaire de terreur pour atteindre leurs buts. Cette conduite indique que, puisque ces députés ne sont pas soutenus par le public, ils ne seront pas réélus ; ils veulent créer une atmosphère qu’ils pourront exploiter pour être élus par d’autres moyens. »

Madame Hashemi a souligné l’emportement d’un groupe de députés en entendant les noms de Moussavi, Rahnavard et Karroubi prononcés par Motahari et a dit que cela dénotait leur peur des noms mêmes de ces personnalités emprisonnées.

Seyed Mehdi Moussavinejad, député intégriste dur de Dashtestan, a dit à Rooz qu’en fait c’était Motahari qui avait attaqué les autres députés et non le contraire. Mais un autre député, Abed Fatahi, a confirmé à Rooz que Motahari avait été poussé et frappé physiquement. Certains médias sociaux ont dit que c’était Seyed Mehdi Moussavinejad qui avait poussé Motahari dans l’enceinte du parlement. Mais Moussavinejad a déclaré à Rooz qu’il ne l’avait pas fait et l’a accusé d’avoir attaqué les autres députés.

D’après IRNA, agence de presse appartenant à l’état, le président du parlement, Ali Laridjani, a parlé avec des journalistes du tumulte au parlement. « Nous avons de sérieux problèmes dans ce pays et tout le monde devrait comprendre qu’il nous faut une atmosphère calme pour les traiter. C’est une responsabilité nationale. Les médias aussi devraient suivre ce but de calmer le jeu et non pas créer des problèmes supplémentaires. Il vaudrait mieux promouvoir une démarche vers une atmosphère plus calme. »

Les réactions à cette bataille du parlement varient. Le représentant de l’ayatollah Khamenei au journal conservateur Kayhan, Hossein Shariatmadari, a critiqué Motahari pour avoir manqué de respect à son propre père (idéologue révolutionnaire dirigeant dans les premières années qui ont suivi la chute de la monarchie). Il a comparé Moussavi et Karroubi à Shemr et Yazid, dirigeants musulmans du 17ème siècle qui auraient assassiné le troisième imam chiite.

Massoud Pezeshkian, député de Tabriz, a aussi parlé avec l’agence de presse ILNA, spécialisée dans le travail, et critiqué les attaquants. « Certains n’ont pas la patience d’entendre un discours de sept minutes. En fait, il est bon que le peuple regarde le régime ; ainsi, il saura de quel genre de personnes il est constitué et dans quel langage il s’exprime. Lorsque l’on a pas la patience d’entendre quelqu’un exprimer son opinion, comment peut-on s’attendre à un procès équitable. »

Parmi les soutiens de Motahari, il y avait plusieurs veuves de commandants décédés lors de la guerre de huit ans contre l’Irak.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2015/january/15/article/faezeh-hashemi-they-do-not-have-the-peoples-vote-want-to-obtain-votes-through-other-means.html

dimanche 28 décembre 2014

Déclaration des militants des droits humains des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr

Nous rendons hommage au 66ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits Humains, alors que nous sommes témoins de violations systématiques des droits humains par les organisations officielles et officieuses du gouvernement de notre pays bien-aimé.

Ces jours-ci, nous commémorons le 16ème mois du mandat de Rouhani qui a su rendre espoir et jouit d’un grand soutien. Durant cette période, nous avons vu quelques efforts du gouvernement pour améliorer la situation dans quelques domaines : le gouvernement s’oppose à la censure du net, soutient le retour d’anciens professeures et étudiants expulsés des universités, projet de charte des droits du citoyen, tentatives d’améliorer les conditions de l’environnement et approbation du projet de libre accès à l’information. Malheureusement, en raison de la structure du pouvoir et de la juridiction de la république islamique, de la concentration du pouvoir entre les mains d’organisations non-élues et qui n’ont pas à répondre de leurs actes, l’augmentation des violations des droits humains est telle que l’on perd espoir de voir une quelconque amélioration sur ce point précis.

Infractions aux procédures et normes d’un procès équitable, augmentation des verdicts lourds et justes, dont la peine de mort, refus de mise en place de certains article du code pénal qui conduiraient à la libération de beaucoup de prisonniers (comme l’article 134), retards dans la mise en place du nouveau code criminel, voilà des violations majeures des droits humains qui sont commises dans le domaine judiciaire. Malheureusement, dans le domaine légal, l’approbation de plusieurs articles, projets de loi et recommandations comme le « soutien au bien et l’interdiction du mal » produisent une violence aggravée, systématique et officielle, et une limitation des libertés sociales par des organisations non-élues et qui n’ont pas à répondre de leurs actes, soutenues par certaines factions du gouvernement. Le rejet de la convention « interdisant toute sorte de discrimination contre les femmes » ainsi que du projet pour prévenir la violence contre les femmes et les enfants ont conduit à plus de discrimination et d’inégalité pour les femmes de ce pays. De plus, il est important de noter l’approbation et le décret d’application d’articles du code pénal islamique (2013) dont les articles 220, 286, 291, 292, 302,303 et 349, par lesquels les juges peuvent condamner à mort des opposants politiques ou de conscience. En se basant sur ces articles, tout citoyen peut commettre un crime sous de piètres prétextes sans en être puni. Et ce ne sont que quelques exemples des violations systématiques des droits humains sous la législature actuelle.

L’exécutif du 11ème gouvernement se bat toujours avec différents problèmes à cause des promesses faites au peuple. Il a échoué à mettre en œuvre certaines parties de la constitution, surtout celles relatives aux droits de la nation à cause de l’approche sécuritaire actuelle du gouvernement envers les problèmes politiques et sécuritaires ; l’incarcération illégale des dirigeants du Mouvement Vert : Mir-Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard et Mehdi Karroubi, une distribution des richesses injuste et inadéquate qui a causé plus de pauvreté et d’inégalité ainsi que l’élargissement du fossé entre les classes de la société. L’absence de sécurité de l’emploi, surtout parmi ceux qui gagnent le moins est aussi un exemple des problèmes évoqués ci-dessus.

Dans le domaine de la sécurité et de l’hygiène, l’injection d’une partie des revenus du pétrole a permis une amélioration temporaire de la santé des citoyens ; cependant, l’hygiène et la santé publique ne sont pas dans un état acceptable et durable et nous faisons face à des maladies largement répandues comme le cancer et les maladies cardiovasculaires et respiratoires.

Il faut aussi souligner l’importance des politiques sociales qui ont fait augmenter la violence à l’intérieur de la société. Par exemple, l’augmentation de la violence et des attaques contre les femmes à Ispahan et à Djahrom qui rendent la société malsaine et dangereuse.

Les manifestations contre le décret visant à « empêcher le mariage des enfants » malgré l’importance du nombre de mariages d’enfants, surtout de petites filles, a suscité beaucoup de questions dans l’opinion publique, surtout chez les militants des droits des enfants.

Dans cette situation, nous sommes incrédules face aux allégations des autorités responsables sur « la situation satisfaisante des droits humains en Iran » et « la transparence nécessaire » sur le sujet.

A propos de ces allégations, nous remarquons aussi l’absence du Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la Situation des Droits Humains en Iran pour la 4ème année consécutive.

Pour conclure, nous exprimons notre inquiétude sur les violations systématiques des droits humains en Iran et les dommages irréparables faits à la société iranienne, nous demandons aux autorités d’œuvrer efficacement dans ce domaine en coopérant avec la société civile, en mettant en œuvre les conventions internationales pour améliorer la situation des droits humains en Iran.

Militants des droits humains et politiques des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr : 
Abdolfattah Soltani – Saïd Madani Ghahfarakhi – Mehdi Khodaï – Keyvan Samimi – Saïd Razavi Faghih

Source : https://hra-news.org/en/statements/declaration-human-rights-activists-evin-rajai-shahr-prison

jeudi 20 juin 2013

Khamenei a-t-il entendu le cri du peuple ? Mehdi Saharkhiz onlymehdi(at)gmail.com – 19 juin 2013

Ces derniers jours, on a vu différentes interprétations et analyses des résultats de l’élection présidentielle du 14 juin, des commentaires qui se réfèrent tous à un évènement important : la victoire électorale de Rouhani qui a choqué presque tout le monde.

Depuis l’élection présidentielle truquée de 2009, il y a quatre ans, je n’ai cessé de me demander combien de temps le régime continuerait à opprimer le peuple tout en se prétendant son représentant ou jusqu’à quand le peuple ne serait qu’un pion dans le mauvais jeu politique de ses dirigeants.

Et maintenant, il semblerait que Khamenei ait entendu, pour la première fois, les problèmes du pays, par les débats télévisés des candidats qu’il a approuvés en personne. Ces candidats ont décrit un tableau tellement noir des crises que traverse le pays et du futur du pays que l’Iran semblait invivable et qu’on ne pouvait désirer le diriger. Le tableau était tellement horrible qu’Haddad Adel s’est senti obligé de le qualifier d’irréaliste. Et il faut se souvenir de la proximité d’Haddad avec le guide suprême. Il était clair qu’il exprimait le point de vue des plus hauts responsables politiques et des cercles iraniens dirigeants.

Ces dernières années, Khamenei n’a eu affaire qu’à des personnes qui s’inclinent devant lui. Mais maintenant, et après le coup d’état électoral de 2009, il a appris la situation effrayante, les crises et les réalités du pays par son propre réseau de radio-télévision, de la bouche mêmes de ceux qui lui sont le plus proches.

Et alors, quelque chose qu’il n’avait jamais cru possible s’est passé : les deux factions politiques qui s’affrontaient depuis quelques années, se sont rassemblées alors que le champion qui lui était si proche n’acceptait même pas d'aborder les sujets les plus simples. Et cela a produit une énorme vague. Beaucoup de ceux qui, jusqu’à la veille, appelaient au boycott des élections, se sont joints à ceux qui appelaient à la participation au vote depuis des semaines. Alors les gens sont sortis de partout pour voter. L’élection, dont les experts et les profanes pensaient qu’elle se passerait en deux tours, s’est décidée en un seul tour, même si avec quelque retard. Il n’était pas techniquement difficile d’agir pour que les élections aient besoin d’un second tour, mais l’unanimité et la participation au vote étaient telles que, si deuxième tour il y avait, les parades de rue et la campagne du candidat réformateur (Rouhani) aurait rempli les urnes de façon plus choquante et surprenante encore qu’au premier tour.

C’est pourquoi le sommet du régime a réellement entendu la voix forte, les appels et les protestations du public. Alors maintenant, il faut attendre pour voir si monsieur Khamenei permettra le changement en grand et en profondeur. Ce n’est que le début. Aujourd’hui, après des années, la volonté de la nation a gagné et le peuple tient la barre du pays.

Ceux qui, comme moi, n’ont pas voté, espèrent que la liberté et la sécurité vont bientôt régner sur le peuple en souffrance de cette terre. Et cela implique la libération et la sécurité de ceux qui, comme Moussavi et Karroubi, ont beaucoup donné pour le peuple.

Il est maintenant temps pour ces deux groupes, et les groupes qui les séparent, d’exprimer leurs demandes et, au lieu de se plaindre les uns des autres, de se réunir pour prendre des actions communes. Ils peuvent le faire malgré ce qui les sépare. Le présent et le futur du pays peuvent s’améliorer par la coopération, la patience, le dialogue et un réalisme raisonné.

Source : http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/archive/2013/june/19/article/did-khamenei-hear-the-peoples-call.html

samedi 4 août 2012

Interview exclusive de Mojtaba Vahedi après sa démission – Mohammad-Reza Yazdanpanah – 23 juillet 2012


Lors d’une interview exclusive avec Rooz, Mojtaba Vahedi, ancien porte-parole du dirigeant du Mouvement Vert Mehdi Karroubi, qui est toujours assigné à domicile, a annoncé qu’il cessait d’être le conseiller de Monsieur Karroubi. Il l’a annoncé sur son site personnel dans une lettre où il écrit qu’il croit « au renversement total du régime qui a été créé au nom de la religion » et que, dans la mesure où Karroubi persistait à croire dans la « république islamique telle que définie par l’ayatollah Khomeiny », il avait décidé de mettre fin à leur coopération de 30 ans. Dans cette lettre, Vahedi appelle Karroubi son « grand professeur » et écrit que c’est le bon moment de rejoindre des millions d’Iraniens. Il souhaite également beaucoup de succès à Karroubi dans la continuation de sa voie.

Vahedi est un journaliste réformateur bien connu. Jusqu’à cette lettre, il était le conseiller et le porte-parole de Karroubi. Il a également été le rédacteur en chef du journal Aftab Yazd. Il réside actuellement en Virginie aux Etats-Unis.

Rooz : Avez-vous informé Monsieur Karroubi de votre décision de vous séparer de lui avant l’annonce ?
Mojtaba Vahedi : Non. J’ai parlé à l’un de ses enfants après la publication de la lettre. Je pense qu’intellectuellement, ils y étaient préparés. Il y a deux semaines, j’avais écrit que je pensais à me retirer et beaucoup y ont pensé. Depuis un an et demi que je suis aux Etats-Unis, j’ai dit clairement lors de chaque interview, que j’étais journaliste et analyste politique. Avant février 2011, je n’ai dit nulle part que je parlais en tant que conseiller de Karroubi. Je ne l’ai fait qu’après son assignation à domicile et suite à un message qu’il m’a alors envoyé.

Rooz : Que pense-t-il de votre démission ?
Vahedi : Il a été surpris car je discutais normalement avec lui avant de prendre une décision. Il a paru satisfait quand j’ai présenté mes raisons.

Rooz : A-t-il été d'accord avec votre décision ?
Vahedi: Eh bien, être le conseiller de Monsieur Karroubi s’est une relation entre lui et moi. Je respecte beaucoup l’épouse et les enfants de Monsieur Karroubi et j’accepte leurs points de vue et aussi beaucoup de leurs actions. Mais c’est une affaire totalement personnelle entre Monsieur Karroubi et moi. J’ai pris ma décision et j’ai convaincu les enfants de Monsieur Karroubi que c’était la bonne. D’un autre côté, il n’avait pas du tout le droit de me récuser de la part de son père ou de rejeter ma démission.

Rooz : Et si Monsieur Karroubi vous envoie un message pour refuser votre démission ?
Vahedi : Quand bien même, j’ai pris ma décision de ne plus être son conseiller, ce qui ne m’empêchera pas de le respecter durant le reste de ma vie.

Rooz : Il y a quelques mois, un article a rapporté l’insatisfaction de la famille de Monsieur Karroubi de vous voir agir en tant que son conseiller ; n’avez-vous pas décelé de signes le confirmant ?
Vahedi :

Rooz : Alors pourquoi avoir démissionné ?
Vahedi : Parce que je suis persuadé qu’en démissionnant, je n’aurai plus les mains liées pour faire davantage.

Rooz : Dans votre lettre, vous faites référence à des rapports indiquant que, même si Monsieur Karroubi croit que la république islamique n’est ni islamique ni une république, il croit toujours dans la version présentée par l’ayatollah Khomeiny. Que sont ces rapports ?
Vahedi : Il y a des rapports et aucun commentaire. Dans ses derniers commentaires, Monsieur Karroubi a dit et répété qu’il pensait que le régime actuel n’était ni islamique ni une république mais il croit que la république islamique promise par Monsieur Khomeiny peut sauver le pays. Dans son message à l’occasion des élections au neuvième parlement qu'il a délivré par son épouse en 2011, il a clairement expliqué qu’il n’était plus lié à la constitution votée en 1989 et a ajouté qu’il était temps que l’on retourne à la constitution de 1979. En d’autres termes, Monsieur Karroubi ne voit plus beaucoup d’utilité dans la constitution actuelle. Dans une interview, il a également décrit comment on avait inclus le principe du velayate faghih (direction de l’état par le clergé) dans la constitution et son opposition à cette inclusion. Dans une note publiée il y a un mois par Saham News sur « Quelle sorte de régime désire Monsieur Karroubi et quelle sorte ne veut-il pas », j’ai écrit que, certes, Monsieur Karroubi voulait une république islamique, mais si l’on mettait le régime au vote, le peuple ne voudrait plus d’un tel régime. En d’autres termes, j’ai expliqué la nature de mes différents avec Monsieur Karroubi.

Rooz : Après ces remarques, ne pensez-vous pas que votre démission ne fait que confirmer les critiques qui disent que, depuis un certain temps, vos points de vue sont différents de ceux de Monsieur Karroubi et que donc, vous ne pouvez plus être son porte-parole ?
Vahedi : Je ne m’occupe pas des gens qui se réjouissent de ma démission. S’ils sont heureux de penser qu’elle constitue la preuve de ce qu’ils considéraient comme un mensonge, pas de problème. Je n’y pense pas beaucoup. Je pense plutôt qu’à partir de maintenant, je n’ai plus besoin de penser à coordonner mes commentaires avec Monsieur Karroubi. Si mes commentaires d’avant n’avaient pas été alignés avec les siens, il est direct et ne se gêne avec personne. Le ministère du renseignement lui remet tous mes commentaires. S’il y avait eu des différences dans le passé, on m’aurait envoyé une note à ce sujet par son épouse, ses enfants ou le site de Saham News. S’il doit y avoir des problèmes, ce sera à partir de maintenant, il n’y en a pas eu dans le passé.

Rooz : Pourquoi ? Que doit-il se passer dans le futur ? Dans votre lettre, vous avez prévenu que vous dévoileriez les noms de ceux qui prétendent représenter le peuple. C’est ce à quoi vous faites référence en parlant de problèmes dans le futur, sinon, à quoi faites-vous référence ?
Vahedi : Laissons passer un peu de temps et, tout naturellement, ces amis qui pensent que mes commentaires ne sont pas corrects pourront se défendre.

Rooz : Dans votre lettre vous faites référence à ceux qui mentent au nom du régime et pour lui pendant la campagne des futures élections présidentielles. Qui sont-ils ?
Vahedi : Ce peut être un très grand ou un tout petit groupe. Il faut attendre pour voir qui va y participer. Pour l’instant, il ne s’agit que de spéculations et de quelques indications. En tant qu’ancien, actuel et futur supporter du Mouvement Vert, je crois ce que ce mouvement a clairement affirmé : les dernières élections présidentielles ont été truquées, ce gouvernement n’a pas la confiance du vote du peuple et n’a donc aucune légitimité à organiser des élections libres. Si quelqu’un veut participer aux élections présidentielles à venir et ainsi se séparer du Mouvement Vert, ce n’est pas un problème. Mais s’il veut continuer à faire partie du Mouvement Vert et en même temps être affilié à ce régime, à ses lois et structures électorales, alors c’est une tromperie.

Rooz : Mais beaucoup de ceux qui se voient réformateurs et en ligne avec le Mouvement Vert, croient que les élections présidentielles précédentes ont été truquées, qu’il y a eu fraude, mais ils croient aussi que ces problèmes sont maintenant derrière nous et que l’on devrait se concentrer sur les prochaines élections présidentielles. Que dites-vous d’eux ?
Vahedi : Je dis catégoriquement que si quelqu’un s’avance pour dire qu’il ne croit pas dans les affirmations du Mouvement Vert depuis le début, ce n’est pas un problème. Même s’il dit que le Mouvement Vert ment, qu’il n’y a eu ni fraude ni tricheries dans les dernières élections présidentielles et qu’en conséquence il fait de nouveau confiance au système. Ca non plus, ce n’est pas un problème. Mais si quelqu’un prétend être un supporter du Mouvement Vert, peut-il participer au prochain tour des élections alors que la question clé, le problème originel du Mouvement Vert, celui du trucage des élections, n’a pas été résolu ?

Rooz : Alors vous pensez qu’il y a encore un Mouvement Vert et que voulez bâtir votre futur sur ses problèmes passés ?
Vahedi : Ca dépend de ce que vous entendez par Mouvement Vert. C’était un mouvement protestataire à l’intérieur du pays qui annonçait que le régime n’avait pas la légitimité à tenir des élections. Même réprimé, il n’abandonnera pas. A ce jour, cette affirmation n’a pas été rejetée ou traitée. Bien sûr, la faiblesse du mouvement ne vient pas seulement de la répression. Le double langage de certains de nos amis fait que le peuple est indécis, ne connaissant pas leurs relations avec le mouvement, les élections et le régime.

Rooz : D’après les rapports officiels publiés, à ce jour, les divers courants des principalistes et une partie des réformateurs, principalement d’anciens ministres des cabinets de Khatami, se préparent à participer à la prochaine élection présidentielle. Et au milieu de tous, vous parlez du Mouvement Vert et des prochaines élections présidentielles.
Vahedi : J’accepte que les deux principaux groupes participent aux prochaines élections présidentielles. Mais les deux auxquels je pense ne sont pas ceux que vous citez. Je pense que la compétition principale aura lieu entre les deux factions des principalistes et qu’un groupe de réformistes participera dans l’un de ces deux groupes. Je ne crois pas que les réformateurs participeront indépendamment et séparément aux élections.

Rooz : Mais dès maintenant on mentionne des noms comme ceux de Messieurs Aref et Djahanguiri comme candidats du camp réformateur aux prochaines élections. Ils n’ont pas démenti et ont dit que les réformateurs doivent participer aux élections. On rapporte également que Monsieur Khatami soutient ce point de vue et qu’il aurait dit qu’il voit des signes d’ouverture dans l’atmosphère politique du pays pour les prochaines élections présidentielles. Croyez-vous que des réformateurs indépendants seront candidats ou que ceux qui le seront sous cette étiquette ne seront pas réformateurs ?
Vahedi : Je ne comprends pas comment les gens que vous mentionnez peuvent être réformateurs. Monsieur Khamenei a annoncé le 14 khordad qu’il y avait un mouvement de gauche dans le pays qui a plus tard rejoint les ennemis de l’Islam et de l’imam Hossein. En d’autres termes, du point de vue de Monsieur Khamenei, aucun groupe de gauche n’existe, ce qui est la même chose que le groupe réformateur. Et c’est pourquoi la personne que vous citez a reçu une médaille d’honneur de Monsieur Khamenei qui l’a ensuite placé au conseil de convenance aux côtés de Messieurs Mohseni Ejei et Safar Harandi. Je ne crois pas que Monsieur Khamenei aurait donné une médaille à quelqu'un qui aurait ne serait-ce qu’une goutte de sang réformateur ou qu’il lui aurait donné un poste.
En ce qui concerne les remarques de Monsieur Khatami, ce serait bien qu’il nous explique les signes dont il parle. Il ne diffère pas des autres en matière d’intelligence. Il devrait donner des exemples spécifiques, comme Madame Nargues Mohammadi qui a été transférée à la prison de Zandjan et battue. Ou bien Monsieur Hadj Seyed Djavadi, 96 ans, interdit de sortie du territoire. Ce double langage vise à convaincre le peuple de participer aux élections, de leur faire croire que c’est légitime. Je ne crois pas que le peuple soit à ce point ignorant que si Monsieur Khatami avait  fourni ses preuves, il ne les aurait pas comprises.

Rooz : Une opinion s’est développée après l’assignation à domicile de Messieurs Moussavi et Karroubi : la réforme radicale et le Mouvement Vert qui en est la manifestation, ont échoué et il faut retourner à la réforme du genre de Monsieur Khatami. Ne pensez-vous pas que si ces réformateurs qui affirment que le Mouvement Vert est mort, cette approche d’autres réformateurs est plus réaliste ?
Vahedi : Je pense qu’avant d’aborder ce problème, d’autres doivent être clarifiés. Il y a quelques années, Monsieur Khatami a dit à des journalistes que les pouvoirs du prochain président seraient encore diminués s’il n’était pas candidat. Lors de la même réunion, il a dit que certains voulaient que le président ne soit qu’un simple gardien ou un assistant administratif. Alors, s’il vous plaît, dites-moi ce qui a changé depuis. Avait-il tort ? Ils pensent que nous devons accepter ce qui nous est actuellement imposé. Mais nous avons une vraie expérience derrière nous. Certains ont prétendu que, si un président était audacieux, il aurait plus de pouvoir et visaient Ahmadinejad. Mais les évènements de l’année passée ont montré qu’Ahmadinejad était un simple gardien. En d’autres termes, dans le monde de Monsieur Khamenei et de son régime, il ne veut qu’un groupe de pantins appelés président, président du parlement, etc… Je pense qu’aujourd’hui Monsieur Ahmadinejad est encore moins qu’un gardien dans le système de Monsieur Khamenei.

Rooz : Mais ces réformistes soutiennent que ce modèle de réforme vaut mieux que la situation actuelle.
Vahedi : Je doute que ce soit le processus de Monsieur Khatami qui ait apporté les réformes. Je pense que c’est le besoin de réformes qui a porté Monsieur Khatami à la présidence. Il n’est pas correct de dire que Monsieur Khatami ait créé des réformes dans ce pays. Les demandes de réformes dans ce pays, certaines radicales d’autres non, existaient et ont créé la situation qui a amené Monsieur Khatami. Certains demanderont peut-être ce qui est arrivé à cette situation qui a amené Monsieur Khatami en partant de Monsieur Rafsandjani pour en arriver à Monsieur Ahmadinejad. Je ne crois pas que Monsieur Ahmadinejad est devenu président en dépit des déclarations de Messieurs Khatami et Lari disant que les élections de 2005 étaient les plus saines depuis la révolution de 1979, déclaration faite pour réfuter le point de vue de Monsieur Karroubi sur ces élections. De toutes façons, ce que signifient ces remarques, c’est qu’une société qui voulait Monsieur Khatami a changé au fil des 8 années de mandat de Monsieur Khatami et a soudain opté pour Ahmadinejad. Si le résultat des années de réforme c’est ce changement intervenu dans la société, alors, les réformateurs devraient continuer leur chemin et voter pour les élections de l’année prochaine ! Si c’est cela la réforme, moi et beaucoup d’autres avec moi, ne pouvons pas la soutenir. Si ces messieurs disent que les choses ont changé, ou que ces tactiques réformistes ont produit des résultats, alors ils devraient en présenter les raisons publiquement.

Rooz : Mais je me souviens d’avoir lu un article de vous en 2005 dans lequel vous acceptiez Monsieur Ahmadinejad comme président et que les débats sur le sujet devraient cesser. Il semble que la même perspective que vous rejetez aujourd’hui, vous y croyiez il y a quelques années.
Vahedi : Je ne vois pas le rapport avec notre discussion. Oui j’ai écrit cela, mais beaucoup d’autres l’ont aussi fait. Presque tout le monde le pensait. Mais en 2009, c’était le contraire et Messieurs Moussavi et Karroubi n’ont jamais accepté l’idée que les élections étaient saines et non truquées.

Rooz : J’ai relevé ce point pour montrer que, si c’était logique en 2005, pourquoi ne l’est-ce plus aujourd’hui ?
Vahedi : Comme je l’ai dit, en 2005, presque tous ceux qui avaient initialement contesté les résultats des élections ont fini par les accepter. Mais en 2009, le peuple, les groupes politiques et Messieurs Moussavi et Karroubi ont rejeté les résultats annoncés des élections. Ces deux situations sont complètement différentes.

Rooz: Puisque vous avez annoncé que vous n’étiez plus le porte-parole de Monsieur Karroubi, quel rôle vous réservez-vous dorénavant ?
Vahedi : Je suis un journaliste, un analyste politique qui exprime son opinion sans aucun égard.

Rooz : A quel groupe d’opposition vous sentez-vous affilié, dans ou hors du pays ?
Vahedi: Je n’ai aucun lien organique avec quelque groupe que ce soit hors du pays mais je me sens proche de ceux qui considèrent le régime actuel de Téhéran comme non réformable.

Rooz : Pourquoi annoncer votre démission maintenant. C’est-il passé quelque chose de spécial ?
Vahedi : Oui, comme je l’ai dit plus tôt, ces derniers mois certaines personnes sont devenues actives ; en fait, ils trompent le public. En me dissociant de Monsieur Karroubi, je pense pouvoir mieux révéler leur identité. Comme le genre de tromperie est différent, je pense que nous aussi que nous devons changer nos méthodes.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2012/july/23/article/break-away-from-the-green-movement.html

samedi 23 juin 2012

Les Gardes Révolutionnaires Avant et Après 2009 – Bahram Rafiei – 16 juin 2012


« Toute action comme le lancement d’une révolution de velours sera immédiatement écrasée. Si les groupes et les partis politiques en Iran sont réalistes, ils ne se lanceront pas dans la planification ou la mise en œuvre de tels scénarios. Chacun doit accepter le vote du peuple et le respecter. Le peuple iranien est musulman et veut l’islam ; il voit que la ligne de l’imam et celle du guide suprême suivent le chemin pur de l’islam de Mahomet et ne dévieront jamais de cette voie. »   Voilà les conclusions du général Yadollah Djavani, ancien chef du bureau politiques des gardes révolutionnaires (IRGC) à un reporter de l’hebdomadaire Sobh Sadegh, organe officiel de l’IRGC, juste quatre jours avant les élections du dixième président d’Iran en juin 2009. Le général parlait à un reporter de la publication qu’il supervisait. Dans cette interview, Djavani accusait les réformateurs qui soutenaient Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi de prendre des mesures pour « renverser silencieusement » le régime : « certains groupes réformateurs, surtout les extrémistes, croient qu’ils doivent gagner les élections présidentielles et arriver au pouvoir par tous les moyens. Ils croient que s’ils ne retournent pas au pouvoir, ils en seront écartés pour longtemps et peut-être même n’y retourneront-ils jamais. » Le chef du bureau politique de l’IRGC faisait ces remarques dans le bulletin interne de cette force, Tahlile Rouz (l’Analyse de la Journée) ; il y expliquait à ses messagers politiques qui avaient été envoyés dans tout le pays juste avant les élections, que Moussavi l’emportait sur Ahmadinejad dans la plupart des provinces et ajoutait que la couleur verte, qu’avait choisie les supporters de Moussavi, était le signe du lancement d’une révolution de velours. Djavani avait aussi averti que les vêtements verts, écharpes, chapeaux, bracelets, essuie-glaces et antennes exposés pendant la campagne présidentielle de 2009 en signe de solidarité avec Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi, étaient bien plus que de simple moyens de susciter l’enthousiasme. Voilà les mots que d’autres commandants de l’IRGC ont répétés et manipulés durant les deux semaines précédant les élections du 12 juin 2009. Ce sont aussi les propres mots qui ont alerté les trois candidats à l’élection présidentielle de l’époque qui les considéraient comme l’interférence de l’armée dans les élections.

La veille des élections, Moussavi a écrit une lettre de quatre paragraphes à l’ayatollah Khamenei, le guide suprême du régime islamique ; il y expliquait avoir reçu : « des preuves de l’interférence d’un certain nombre de commandants et d’autorités des forces de l’IRGC et de la bassidj mobilisées pour les élections. Une telle interférence est non seulement une violation de la loi mais elle crée de plus des divisions au sein des commandants, des officiels et du corps sincère et sain de la bassidj et de l’IRGC. Dans la mesure où de telles mesures illégales sont ignorées et où certains des observateurs dans les bureaux de vote appartiennent aux supporteurs de candidats spécifiques, il est inquiétant de penser que le vote populaire pourrait être piraté. » La réponse de l’ayatollah Khamenei a été un silence significatif. Vint le jour de l’élection, le 12 juin. Le décompte des voix accordées aux candidats a été annoncé sur la radio-télévision nationale depuis le ministère de l’intérieur et les évènements ont pris la tournure annoncée par l’ayatollah Khamenei en août/septembre lors d’une rencontre avec le cabinet Ahmadinejad. Lors de cette rencontre particulière, un an avant les élections présidentielle et trois ans après le début de la mandature d’Ahmadinejad, le guide avait déclaré au cabinet : « Travaillez comme si vous aviez cinq ans de plus à travailler. En d’autres termes, supposez que vous gouvernerez cette année et les quatre années suivantes. »

Des manifestations ont eu lieu dans l’Iran tout entier et Moussavi a publié sa première déclaration à la nation iranienne : « Les résultats annoncés pour la dixième élection présidentielle sont déroutants. Ceux qui ont longtemps fait la queue pour voter ont été témoins du mélange des votants et savent pour qui ils ont voté. Ils observent, totalement surpris, ce à quoi jouent les officiels et la radio-télévision nationale. Plus que jamais auparavant, ils veulent maintenant savoir quels officiels ont mis ces jeux en scènes. Je proteste fermement contre les évènements actuels et les violations criantes et grossières du jour de l’élection, je préviens que je ne me soumettrai pas à ce piège dangereux. » Deux jours après l’élection, alors que les forces de police et paramilitaire intensifiaient leur lutte contre les manifestants, Moussavi a publié une autre déclaration : « Ceux qui, après de nombreuses violations, ont annoncé les résultats incroyable de l’élection présidentielle tentent maintenant de finaliser ces résultats pour ouvrir une nouvelle ère dans ce pays. A de nombreuses reprises, j’ai parlé des dangers des actions illégales pendant la campagne et les élections ; j’ai souligné que de telles mesures pouvaient mener à la dictature et au despotisme et que notre nation peut maintenant s’en rendre compte. »

Les manifestations n’ont pas faibli mais se sont intensifiées, surtout à Téhéran. Dès les premières heures du 14 juin, les forces de l’IRGC et de la bassidj ont pris position pour s’attaquer aux manifestants. La première attaque de nuit a eu lieu à l’université de Téhéran. Plusieurs sources étudiantes, y compris la plus grande organisation Daftare Tahkim Vahdat, ont déclaré qu’il y avait eu des morts, ce que les autorités ont nié. Le grand défilé a eu lieu le 15 juin lorsque le peuple de la capitale est descendu dans les rues de la capitale pour montrer son rejet des résultats annoncés de l’élection. Des affrontements ont éclaté et un grand nombre de manifestant a été tué par l’IRGC.

Dans une interview avec le journal contrôlé par l’état Kayhan, Abdollah Araghi, actuel commandant en second des forces terrestres de l’IRGC et à l’époque commandant de la force Mohammad Rassoul Allah de Téhéran, a confirmé la répression des manifestants par l’IRGC : « L’IRGC et la bassidj étaient responsables de la sécurité de la capitale entre le 15 juin et le 16 août.» Il a également souligné qu’il avait personnellement ordonné à ses hommes de « tirer directement » sur les manifestants par son réseau sans fil. Les manifestations s’intensifiaient et les forces IRGC et bassidj dans tout le pays luttaient contre les manifestants, le nombre de morts augmentait et beaucoup de militants civiques, politiques et des médias étaient encerclés et arrêtés. Dans sa cinquième déclaration depuis l’élection, Moussavi a écrit : « Observant la situation, je découvre dans ces évènements, un dessein plus vaste que la simple imposition d’un gouvernement indésirable. On veut imposer une nouvelle vie politique au pays. »
La Seconde Partie du Coup d’Etat

En octobre 2009 lors d’un « séminaire national des religieux dans la ville de Mashhad », le commandant Moshafagh a accusé des personnalités comme Hashemi Rafsandjani, Mohammad Khatami, Mohammad Moussavi Khoeniha et Mir-Hossein Moussavi ainsi que des partis réformateurs comme Majmae Rohanyoun Mobarez (Association des Religieux Combattants), Majmae Nirouhaye Khate Imam (Associations des Forces du Chemin de l’Imam), Mosharekat (Front de la Participation), Mojahedin Enghelab (Organisation des Moudjahidines de la Révolution Islamique), Kargozaran (Cadres de la Construction), Hambastegui (Parti de la Coalition Islamique) et Mardomsalari (Front Démocratique) de comploter pour renverser la république islamique et de tenter de soumettre l’ayatollah Khamenei : « Sachant cela, nous avons brisé leurs tentatives et les avons arrêtées. » Il a aussi remarqué qu’Ahmadinejad était le candidat pour les présidentielles de l’ayatollah Khamenei et a révélé la création, des mois avant les élections, d’un conseil visant à identifier et à s’opposer à la « sédition ». Avant lui, le commandant en chef de l’IRGC, Mohammad-Ali Djafari avait eu des mots similaires en août/septembre 2009. Peu après les mots de Moshafagh, le chef du bureau politique de l’IRGC, Yadollah Djavani a confirmé les idées du chef de la sécurité de l’IRGC au sein du bureau politique et les a appelées « éclaircissement ».

Le parti de la Participation est un parti phare des réformateurs dont la direction et beaucoup de membres ont été arrêtés en 2009, la plupart sont toujours en prison ; il a écrit une lettre ouverte au responsable de la justice, Sadegh Laridjani, dans laquelle il citait les remarques du commandant de la sécurité de l’IRGC comme preuve de l’opinion des manifestants : un « coup d’état électoral » avait été mené par les forces armées sous la direction du guide suprême du pays : « Le discours largement publié du général Moshafagh, gradé de haut rang de l’unité Sarallah, a expliqué les plans du coup d’état électoral qui a eu lieu pendant la dixième élection présidentielle ; il a ainsi confirmé les plaintes des dirigeants du Mouvement Vert contre cette falsifications. » Cette lettre demandait une enquête, car il ne s’agissait pas seulement d’une fraude perpétrée durant les élections, mais d’un processus global ourdi pour pirater les élections avant même l’évènement. La justice n’a répondu ni à la lettre, ni à la requête, mais elle a renvoyé les dirigeants du parti en prison à cause des plaintes contenues dans cette lettre.

En janvier 2011, Mohammad Hossein Safar Herandi, actuel conseiller du commandant de l’IRGC et ancien éditorialiste du journal contrôlé par l’état Kayhan a dit : « Pendant la sédition de l’année dernière, liée à l’étranger, 3.000 individus ont été identifiés et on s’occupe d’eux….100 des principaux organisateurs de la sédition, des criminels, ont été condamnés et on a ainsi arraché les racines du problème. » Un an plus tard, il a confirmé la mort des manifestants et l’arrestation des manifestants et des dirigeants du Mouvement Vert par les forces armées de sécurité pour tenter de prendre le contrôle des manifestations : « Depuis le tout début de la sédition, certains pensaient qu’on mettrait fin au problème en en arrêtant quelques-uns ; c’était une idée simpliste parce que ça ne dépendait pas beaucoup des déclarations des deux (Moussavi et Karroubi) ; ils ne contrôlaient pas tout. » En mars 2011, le journal Kayhan a publié le discours de Hossein Salami, commandant en second de l’IRGC, prononcé dans la ville septentrionale de Babol, à l’intention de l’IRGC et de la Basidj : « La sédition intérieure a été écrasée en relation avec le velayate-faghih (le guide religieux. » Ce qui a suivi ces remarques : l’assignation à domicile des dirigeants du Mouvement Vert, Mehdi Karroubi, Mir-Hossein Moussavi et Zahra Rahnavard. Ce discours annonçait implicitement l’échec des tentatives d’écrasement des manifestations et du Mouvement Vert.

Une année après ses remarques qualifiées « d’amère réalité », il a reconfirmé que l’IRGC n’avait pas réussi à écraser la révolte : « On peut annoncer le nom des séditieux mais pas le nom des initiateurs de la sédition. Certains demandent pourquoi on ne juge pas Moussavi et Karroubi. C’est parce que ne peux pas annoncer le nom de certains de leurs supporteurs. »

Ainsi, au troisième anniversaire du coup d’état électoral de 2009, les commandants de l’IRGC qui ont mis en œuvre leur projet de coup d’état continuent à se faire du souci. Très récemment, l’organe de l’IRGC a été obligé de démentir les remarques du chef du think tank de ses forces qui avait dit : « les cendres de la sédition brûlent encore. »

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2012/june/16/article/two-acts-of-a-coup.html

samedi 9 juin 2012

Chroniques des atrocités infligées au militant étudiant le prisonnier politique Arash Sadeghi


Le militant étudiant Arash Sadeghi, né le 29 septembre 1986, membre de l’équipe de champagne pour l’élection présidentielle de 2009 de Mir-Hossein Moussavi et membre de l’association islamique des étudiants de l’université Allameh, y étudiait la philosophie quand il en a été expulsé. Voici des tranches de la vie inimaginable et douloureuse de ce militant étudiant rapportée sur le blog Nameh Beh Yek Azadeh



Tir 1388 (du 22 juin au 22 juillet 2009)

Première arrestation après l’élection présidentielle de 2009, le 8 juillet. Après 50 jours à l’isolement et soumis à la torture qu’il a relatés lui-même ultérieurement, il est relâché dans une rue peu passante de Téhéran. Parmi les horribles tortures qu’il a subies, en citer une seule suffit : il a été obligé de lécher une cuvette de toilettes.

Dey 1388 (du 22 décembre 2009 au 20 janvier 2010)

Suivant les manifestations de l’Ashoura sanglante de 2009, Arash a de nouveau été arrêté le 27 décembre 2009. Il a été libéré sous caution le 6 mars 2010. Alors qu’il est en liberté provisoire, il a parlé à des proches de « tabassages sévères en prison qui ont fini par endommager son épaule droite. » A cette époque, il a déjà été condamné à trois ans de prison par la 28ème chambre du tribunal révolutionnaire.

Farvardin 1389 (du 20 mars au 20 avril 2010)

En mars 2010, à l’expiration de sa liberté provisoire, Arash est retourné en prison et a été interdit de visites et d’appels téléphoniques pendant une longue période. D’après sa famille, les raisons de ces interdictions étaient la publication de sa condamnation à trois ans de prison et les relations qu’il avait écrites sur les attaques subies durant son incarcération précédente. A cette époque, sa famille a exprimé son inquiétude sur son état de santé puisqu’elle ne pouvait ni le voir ni l’entendre.

Aban 1389 (du 23 octobre au 21 novembre 2010)

Après un an d’incarcération et de torture, Arash a bénéficié d’une liberté provisoire. Mais après quelques jours, sans avertissement que sa liberté provisoire était finie, sans appel téléphonique de la justice le rappelant en prison, des agents ont attaqué son domicile à 4 heures du matin le 26 octobre pour l’arrêter ; il n’était pas à la maison. Le traumatisme a causé une attaque cardiaque à la mère d’Arash; elle en est morte quelques jours plus tard. Quatre jours après l’attaque, la mère d’Arash, Farahnaz Dargahi est décédée à l’hôpital le 30 octobre 2010. Elle est enterrée au cimetière de Beheshte Zahra, bloc 311, allée 119, tombe 23. Le 15 novembre 2010, avant son arrestation, Arash avait critiqué l’attaque de son domicile sur la BBC Persian : « A chaque fois que j’ai été convoqué à Evine, j’y suis allé. Je ne sais pas pourquoi ils ont agi comme ça cette fois-ci. » Evoquant sa souffrance causée par la triste mort de sa mère, il a dit à la BBC lors de la même interview : « J’ai payé le prix fort. J’aurais préféré aller en prison ! Pour moi, la situation est meilleure en prison qu’à l’extérieur ! La pression de la famille qui me tient responsable de la mort de ma mère représente beaucoup de stress à endurer. »

Arash Sadeghi a été condamné par les 26ème et 28ème chambres du tribunal révolutionnaire de Téhéran respectivement à trois et six ans de prison. La cour d’appel a annulé les trois ans de prison et l’a lavé de toute condamnation dans ce dossier. La condamnation à 6 ans a été réduite en un an de prison et quatre ans avec sursis.

Azar 1389 (du 22 novembre 22 au 21 décembre 2010)

Après avoir publié une déclaration le 7 décembre, Journée des Etudiants, il a été attaqué physiquement et battu par ceux qui l’interrogeaient au bloc 209 de la prison d’Evine et il a été une fois encore blessé à l’épaule et aux côtes. Ceux qui l’interrogeaient ont refusé qu’il se rende au dispensaire d’Evine pour y être traité. Pour protester, Arash a commencé une grève de la faim le 10 décembre 2010. Dans une note envoyée du bloc 209 de la prison d’Evine pour la Journée de l’Etudiant, Arash a écrit : « Si nous disons que nous ne reconnaissons pas ce gouvernement illégitime et illégal, arrivé au pouvoir à cause de mensonges, de calomnies et de tricheries, si nous appelons à des élections saines et justes, surveillées par des observateurs et le peuple, nous sommes considérés comme Mohareb (ennemis de Dieu) et antirévolutionnaires. »

Dey 1389 (Décembre 2010 – janvier 2011)

Au bout de 14 jours, Arash arrête sa grève de la faim le 24 décembre 2010 et est transféré au bloc 350 de la prison d’Evine. Mais le 31 décembre, il est soudain transféré au bloc de sécurité 209 à l’isolement où il est de nouveau sévèrement battu et contusionné. Il en arrive à ne plus pouvoir bouger le bras droit, à pouvoir à peine marcher ; il souffre également d’hémorragies digestives et d’une infection pulmonaire.

Esfand 1389 (du 20 février au 20 mars 2011)

Comme par le passé, Arash était soumis à la pression et aux tortures de ceux qui l’interrogeaient sur des accusations fausses et forgées de toutes pièces. Cette fois-ci, ceux qui l’interrogeaient le pressaient pour qu’il nie que la mort de sa mère ait été causée par le choc et le traumatisme de l’attaque de son domicile et aussi pour démentir ses interviews de novembre dernier. Pour protester contre toutes ces pressions et ces tortures, Arash a commencé une nouvelle grève de la faim le 14 mars. En raison de sa mauvaise santé due aux tortures endurées et au stress de la grève de la faim, sa situation s’est détériorée et il a commencé à souffrir de tremblements et de pertes de conscience. Les autorités d’Evine l’ont alors transféré au dispensaire.

Farvardin 1390 (du 21 mars au 20 avril 2011)

Arash a passé le nouvel an iranien dans la souffrance et les ennuis de santé à l’isolement au bloc 209.

Khordad 1390 (du 22 mai au 21 juin 2011)
Après le martyre de Haleh Sahabi, les militants Nationaux-Religieux Hoda Saber et Amir Khosrow Dalirsani ont lancé une grève de la faim. Arash et d’autres prisonniers politiques, Mehdi Khodaï, Ahmad Shahrezaï, Peyman Aref, Shahin Zeinali et Djavad Alikhani ont commencé une grève de la faim le 5 juin pour protester contre la mort d’Haleh Sahabi. Arash avec Khodaï et Shahrezaï voulaient terminer leur grève de la faim le 12 juin, mais après le martyre d’Hoda Saber qui était en grève de la faim, les trois ont décidé de continuer pour protester contre sa mort violente.

Azar 1390 (du 22 novembre au 20 décembre 2011

Arash, condamné à un an de prison et quatre ans avec sursis a finalement été libéré du bloc 350 d’Evine le 14 décembre après plus de 22 mois dans la plupart sous les pressions et la torture à l’isolement au quartier de haute sécurité d’Evine. Au moment de sa libération, Arash était en grève de la faim en solidarité avec les prisonniers politiques qui avaient besoin de traitement médical qui ne leur était pas fourni. Il a été libéré de prison après la mort de sa mère et le déchirement de sa famille, toutes leurs vies détruites.

Dey 1390 (Décember 2011 – janvier 2012)

Arash a été arrêté très rapidement par les agents de sécurité le matin du 15 décembre alors qu’il se rendait sur la tombe de sa mère avec ses grands-parents. La violence de cette arrestation, accompagnée d’insultes, a causé à Arash une fracture du crâne.

Khordad 1391 (du 21 mai au 20 juin 2012)

A ce jour, depuis sa dernière arrestation du 15 décembre 2011, Arash est emprisonné au bloc 209 à l’isolement. Il n’a eu d’autres contacts avec sa famille qu’une courte conversation téléphonique surveillée par les gardes quelques jours après son arrestation et une visite de cinq minutes de son grand-père le 24 mai. Durant la dernière visite de son grand-père, Arash a dit qu’il avait été interrogé toutes les trois semaines et a aussi annoncé qu’il commençait une grève de la faim en solidarité avec Hossein Ronaghi Maleki.

Source : http://letter2azadegan.wordpress.com/2012/06/02/443/

NDLT: Le grand-père maternel d'Arash, 80 ans, a été arrêté cette semaine.

lundi 28 mai 2012

Lettre de protestation du blogger emprisonné Hossein Ronaghi Maleki au guide suprême Khamenei


Salutations respectueuses à son excellence l’ayatollah Seyed Ali Khamenei, guide suprême de la république islamique. 

Ceux qui écoutent la parole et en tirent le meilleur, ceux-là sont des hommes d’entendement.

En raison de votre emploi du temps chargé, je commencerai tout de go par vous rappeler votre discours du nouvel an 2009 : « Je soutiens les actes justes, je dis que nous devrions être justes, regardons les actes ; ceci n’a rien à voir avec les élections, cela concerne ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Soutenir ceux qui servent ce pays est non seulement mon devoir mais aussi le devoir de chacun. Je soutiens et j’applaudis toutes les bonnes actions, tous les bon progrès, ceux qui servent le peuple, ceux qui aident et qui ont de la compassion pour ceux qui sont dans le besoin, ceux qui s’élèvent contre l’injustice et la tyrannie. Je remercie tous ceux qui ont accompli ces actions, que ce soit une personne ou un gouvernement, c’est mon devoir. » Toute personne impartiale ne peut qu’approuver cette déclaration, mais, contrairement à ses lignes directrices, moi Hossein Ronaghi-Maleki, les autres prisonniers politiques et même les dirigeants du Mouvement Vert, Monsieur Mir-Hossein Moussavi, l’hodjatoleslam Mehdi Karroubi et Madame Zahra Rahnavard sommes emprisonnés et nous avons enduré la torture pour avoir recherché la liberté, la justice, pour nous être élevés contre l’oppression et nous être inquiétés du futur de l’Iran. Hélas, personne ne nous a été reconnaissant, nous n’avons connu que l’ingratitude.

Guide suprême de la république islamique, ayatollah Khamenei,

Vous vous souvenez sûrement que l’ayatollah Khomeiny avait souligné en son temps : « Il n’est pas permis à celui qui comprend de ne pas prendre la parole. Quand on comprend, on doit parler, qui que l’on soit, partisan ou dissident. » Votre excellence a pareillement souligné : « Si l’on est conscient et actif, si l’on est témoin de tout signe de fierté mal placée, d’arrogance ou d’égoïsme des dirigeants, on doit manifester avec bienveillance et si l’on se rend compte que le dirigeant n’a pas l’intention d’éliminer ces travers, on doit lui tenir tête et le contester, ce qui finira certainement par redresser ces travers. »

En vérité, la plupart d’entre nous n’a pas dévié de cette ligne et en plus, beaucoup d’entre nous croyaient que ce que nous faisions était supérieur à nos devoirs nationaux, moraux et religieux.
Malheureusement, nous ne pouvons que constater le despotisme, l’illégalité et l’oppression de ceux qui aiment l’Iran et la liberté et de ceux qui se dressent pour leurs droits, de ceux qui ont pris position pour la bonne volonté et ont manifesté contre les conditions injustes en Iran aujourd’hui. 

Votre excellence, ayatollah Khamenei,

Les appareils de sécurité et de renseignement comme le service de renseignement de la Sepah et le ministère du renseignement ont l’impression qu’ils peuvent nous forcer à accepter leurs exigences illégitimes par des menaces, des arrestations et des intrusions dans l’intimité de nos foyers. S’opposant à la religion et à la loi, ces appareils de sécurité ont attaqué des manifestants sans défense les battant impitoyablement, en blessant des centaines, en arrêtant des milliers, en tuant des dizaines ; ils ont arrêté et emprisonné les militants politiques et de la société civile, les critiques et les dissidents. Ils ont imposé une censure manifeste à la presse iranienne. Contrôlant totalement Seda o Sima (radio-télévision nationale) et tous les médias gouvernementaux, ils ont déformé les faits et publié des mensonges éhontés. Ils savent très bien créer des dilemmes psychologiques et mentaux pour les dissidents et les critiques par des tortures diverses et variées, tant et si bien que même le bureau des prisons se plaint maintenant des actions arbitraires de ces appareils sécuritaires.

Guide de la république islamique,

Il nous faut accepter que la justice ne puisse pas être indépendante avec tant d’entités de renseignement et de sécurité. Il nous faut accepter que la société soit au bord de l’explosion et que la paix superficielle actuelle ne soit due qu’à l’oppression, à l’intimidation, aux incarcérations et à la répression. Il nous faut savoir que les idées de ceux qui cherchent la liberté ne peuvent être enchaînées ! On ne peut torturer les idéologies ! La vérité ne peut être réprimée ! Il nous faut accepter que l’affrontement avec le peuple de cette terre devienne de jour en jour plus inhumain et effréné, plus de limites ou de frontières ; on répond à chaque action, à chaque mot critique par la répression et les arrestations. Il nous faut regarder la prison d’Evine et nous souvenir des mots de l’ayatollah Seyed Hassan Tabatabaï Ghomi : « Je sais que les prisons de ce pays sont pleines de prisonniers politiques et pourtant, les arrestations de ceux qui sont épris de liberté continuent. » Il nous faut observer et écouter et, comme l’ayatollah Khomeiny, valider le fait que : « Certains des gardiens de la révolution, dans certains endroits du pays, outrepassent les limites de leurs missions statutaires et interfèrent trop dans les tribunaux et dans d’autres institutions. Il incombe aux chefs des gardiens de la révolution dans tout le pays d’intervenir dans ces actions contraires aux lois et à l’islam pour les faire cesser. » 

Votre excellence, ayatollah Khamenei,

Les évènements de la cité universitaire de Téhéran et du centre de détention de Kahrizak vous avaient perturbé et vous aviez ordonné une enquête ; j’espère que, de la même façon, vous accorderez au moins attention à ma situation affreuse, à celle des prisonniers politiques et de nos familles, aux centres de détention illégaux et à la façon dont ils sont menés. Je proteste contre ces pratiques illégales en commençant une grève de la faim à partir du 26 mai 2012 et j’ajoute que la protection de ma vie est du ressort des fonctionnaires de la république islamique. Cette grève de la faim est une protestation et une plainte :

  • Contre les outrages et les interventions en matière judiciaire de l’unité de renseignement de la Sepah et du ministère du renseignement.
  • Contre la perte d’indépendance de la justice.
  • Pour la restauration de la constitution, des procédures judiciaires, de l’indépendance de la justice
  • Pour la restauration des droits des prisonniers politiques et de leurs familles

Je crois que le silence de tout être humain face à l’oppression et à l’injustice est une trahison du sang innocent des martyrs de cette terre. Je crois que mon sang n’est pas plus noble que le sang des Nedas et des Sohrabs ; je crois que la souffrance de mes parents n’est pas supérieure à la souffrance de leurs parents. Nous savons tous que ces institutions ont exploité la pudeur et la patience des prisonniers politiques.

Cette fois-ci, patiemment, je me prépare à cette action ; peut-être trouverai-je une place aux côtés de feu Hoda Saber qui a perdu la vie en prison. Je citerai le Grand Prophète Mahomet : « Un pays et un gouvernement survivront au blasphème mais pas à l’oppression. »

Je prie votre excellence de croire à l’expression de mes salutations distinguées.

Seyed Hossein Ronaghi Maleki
Bloc 350 de la prison d’Evine, le 26 mai 2012

Source : http://www.kaleme.com/1391/03/06/klm-101893/

dimanche 13 mai 2012

Que s'est-il passé au sein de la commission électorale en 2009 – Fereshteh Ghazi – 30 avril 2012


Les élections présidentielles de 2009 en Iran ont été un tournant dans l’histoire de la république islamique et plus précisément le dépouillement et les résultats qui ont maintenu Mahmoud Ahmadinejad à la présidence ; ils ont été largement contestés lors de manifestations de masse qui ont fini par aboutir à l’assignation à domicile les deux candidats en tête du scrutin et ils y sont toujours. Les détails du trucage des élections ont fuité de temps en temps mais les hypothèses courent toujours. Rooz a parlé avec Ehsan Mehrabi, un journaliste qui se trouvait au ministère de l’intérieur le jour fatidique de l’élection mais pas pour surveiller les résultats des élections à la commission électorale. Lui et d’autres journalistes étaient en quelque sorte enfermés dans la salle de conférence du ministère, pour les empêcher d’avoir un quelconque accès à la commission électorale, alors qu’il y avait des annonces contradictoires dans les dernières heures de ce jour.

C’est la seconde partie de l’interview de Mehrabi, la première partie traitait des jours qu’il a passés dans les infâmes blocs 209 et 240 de la prison d’Evine et de son procès. Maintenant, Mehrabi parle de l’atmosphère à la puissante commission électorale au ministère de l’intérieur le jour de l’élection et aussi au bloc 350 de la prison où il a passé un an. Dans cette interview, il parle des pressions que le régime a exercé sur les membres de sa famille après la publication de sa première interview, les exécutions, la mort de Hoda Saber et de beaucoup d’autres choses. Mehrabi était un journaliste spécialisé dans les affaires parlementaires ; il contribuait à des journaux libres et indépendants de l’état comme Hambasteghi, Tose’, Etemad Melli et Farhikhtegan Ghalam.

Rooz : Vous vous trouviez à la commission électorale le jour des élections en 2009, que s’y passait-il ?

Mehrabi : J’y étais bien et je ne savais presque rien de ce qui se passait à l’extérieur du bâtiment. J’ai été surpris quand j’en suis sorti. A la commission, les informations circulaient de bouche à oreille. L’une de ces informations était que Mir-Hossein Moussavi voulait venir à la commission. Mais aucune information réelle ne pénétrait dans le bâtiment. Même avant le vote, le ministre semblait sûr de gagner les élections. Nous avions l’impression qu’ils étaient confiants en leur victoire [le camp Ahmadinejad] de toute façon. Quand nous avons parlé aux jeunes réformistes qui se trouvaient à l’extérieur de l’atmosphère à l’intérieur du bâtiment, ils ont rejeté nos arguments disant que nous étions influencés par ce qui se passait à l’intérieur. Nous ne pouvions pas imaginer qu’ils avaient l’intention de truquer à ce point les élections. Quand nous avons parlé avec des reporters de l’autre camp, ils nous ont dit qu’Ahmadinejad garderait de 24 millions de votes. Nous sommes restés à la commission toute la nuit sans pouvoir deviner ce qui se passait. Nous avons bien vu tous les équipements et les motos au ministère, mais nous ne savions pas à quoi ils devaient servir, et personne ne nous l’a expliqué. Ce n’est que plus tard, lorsque nous sommes sortis que nous avons compris que ces mêmes motards avaient été utilisés pour empêcher les rassemblements. Nous avons entendu dire que les bureaux du siège de campagne de Moussavi à Gheirarieh avaient été attaqués. A la tombée de la nuit, le général Radan est venu à la commission électorale. Quand nous lui avons parlé de rumeurs de kidnapping, il a ri comme s’il s’agissait d’une plaisanterie.

R : Alors vous n’étiez pas au courant des manifestations et des accrochages quand vous étiez à l’intérieur ?

M : Non, le jour du vote, ils nous ont emmenés dans la salle de conférence du ministère qui est à côté de la commission, mais les portes de la salle étaient fermées à clé et nous ne pouvions pas participer à l’échange d’informations qui avait lieu. Ce n’est que le lendemain, quand nous sommes sortis, que nous avons appris ce qui s’était passé à l’extérieur.

R : Vous n’étiez donc pas dans les bureaux de la commission électorale quand on comptait les votes ?

M : Exact, et nous et personne d’autre, n’avions accès à la commission. C’était comme si la commission avait été démantelée. Notre seul contact était l’unité centrale d’information [de l’agence de presse officielle IRNA]. Le journaliste de l’unité était Randjbaran et il était sûr qu’Ahmadinejad avait gagné. Nous étions en quelque sorte enfermés dans la salle de conférence et nous n’avions aucun moyen de communication avec la commission électorale dans la pièce à côté ou avec les bureaux du ministère ou avec personne d’autre. De temps en temps, nous voyions des représentants des candidats mais uniquement après 17 ou 18 heures. Mais dès que les candidats ont commencé à protester, dès que nous avons entendu que l’on empêchait les gens de rentrer dans les bureaux de vote, qu’ils n’y avait plus de bulletins de vote, nous n’avons plus vu âme qui vive. Je me souviens que Monsieur Torknejad, représentant de Moussavi à la commission à la commission, a annoncé à 22 heures que dans plusieurs provinces, y compris les Azerbaïdjan oriental et occidental, il n’y avait plus de bulletins de vote et que tout le monde s’en moquait. Il a dit s’en être plaint jusqu’à Monsieur Golpaygani, chef du bureau du guide suprême, mais lui non plus n’y a pas porté attention. Le chef de la commission électorale, Daneshdjou, n’a pas non plus répondu à nos questions. La seule communication qu’il a daigné nous faire : il est entré dans la salle durant la nuit, un bout de papier à la main, a lu les résultats puis est parti. L’atmosphère qu’ils avaient créée était telle que personne n’a osé poser de questions. Quand certains ont osé, Monsieur Mardoukhi a commencé à crier, à protester et à scander des slogans contre les Verts.

R : Après votre sortie du ministère, quand vous avez vu ce qui se passait à l’extérieur, êtes-vous revenu au ministère ?

M : Jamais de la vie. J’avais couvert d’autres élections auparavant, mais depuis l’arrivée de Kardan puis de Mahsouli au ministère, les choses avaient beaucoup changé, tout était verrouillé pour culminer pendant les élections de 2009.

R : Lors de votre première interview, vous aviez dit que votre expérience du bloc 350 d’Evine où vous avez passé un an, était très amère. Pouvez-vous l’expliquer ?

M : Oui, quand on m’a emmené au bloc 350, j’ai noté un incident amer. Un homme assis dans la cour était en train de fumer ; un groupe est arrivé qui l’a entouré et a commencé à pleurer. Quand j’ai demandé ce qui se passait, on m'a dit qu’il allait bientôt être exécuté et qu’il avait refusé d’écrire pour demander une amnistie. C’est un homme qui a été exécuté le lendemain en même temps que Djafar Kazemi. Ce fut une expérience extrêmement amère pour moi. Le lendemain, Ali Adjami a été exilé à la prison Redjaï Shahr de Karadj.

R : Comment s’est passée cette année là-bas ?

M : Comme Bahareh Hedayat l’a écrit dans sa dernière lettre, en prison, on se retrouve dans un autre monde. On acquiert et on partage des sentiments communs. Vous mourez d’envie pour des choses que vous ne remarquez même pas dans une vie normale. Même les rêves changent, ils sont confinés à la prison. A certains moment, je ne me souvenais plus du nom de personnalités de premier plan ou de collègues de l’extérieur.

R : Vous avez dit que c’était les jours de visite que vous ressentiez le plus la pression psychologique.

M : Quand les prisonniers rentrent de visite, on pourrait s’attendre à ce qu’ils soient heureux d’avoir rencontré leurs êtres chers. En fait, les fumeurs vont immédiatement fumer une cigarette dans un coin. Les non-fumeurs se couchent pour dormir. Je me souviens qu’au bloc 209, si l’on était seul, on dormait continuellement pendant deux jours [le bloc 209 est le bloc des interrogatoires alors qu’on est transféré au bloc 350 après les interrogatoires]. La pression était si forte après les visites au bloc 350 que l’on dormait beaucoup, comme si les prisonniers n’arrivaient pas à communiquer avec leurs êtres chers, s’ils n’arrivaient pas à comprendre les nouvelles communiquées par les membres de leurs familles durant les visites. Un journaliste a dit qu’au début, il attendait impatiemment les visites régulières de sa famille mais qu’ensuite, il espérait que l’heure de visite se termine vite. Beaucoup, comme Abdollah Momeni [militant étudiant de premier plan qui a fait part des mauvais traitements subis en prison] disait qu’il n’avait aucun espoir d’être libéré. Mais, malgré les pressions, le bloc 350 était différents des blocs 209 ou 240. Quand Hossein Marashi est arrivé, les choses se sont un peu améliorées surtout en ce qui concerne l’exercice physique. Arash Alaï est un médecin qui a essayé de changer la routine quotidienne. Certains artistes ont tenté de rendre la situation plus tolérable pour les autres. Le 25 Bahman, quand on a amené environ 350 nouveaux prisonniers, l’atmosphère du bloc 350 a changé, comme si les prisonniers se rendaient compte qu’il y avait encore des manifestations. Cela leur a rendu l’espoir et a amélioré leur moral.

R: Pendant que vous étiez au bloc 350, certains prisonniers politiques ont été exécutés. Comment avez-vous vécu la chose ?

M: Quand les prisonniers étaient appelés pour être exécutés, les autres prisonniers disaient : « Ils ont recommencé. Ils les emmènent pour les exécuter. » Tout devenait chaotique alors. 

R : Quand Monsieur Saber est mort, vous étiez au bloc 350 et avez été témoin.

M : Je m’en souviens, Hoda Saber et Taghi Rahmani étaient au bloc 350 ; on a dit que l’ingénieur Sahabi ne se sentait pas bien. Les deux étaient très liés avec Sahabi et s’était très difficile à supporter pour eux. Quand Haleh Sabahi est décédée, les choses ont empiré pour eux. Certains priaient parce qu’ils ne pouvaient rien faire d’autre. Quand Hadi Saber a commencé sa grève de la faim, Arash Alaï a veillé sur lui. Alaï disait qu’en fait, sa grève de la faim réconfortait Saber qui avait écrit une lettre à ses enfants expliquant la raison de son geste et cette raison n’était pas purement émotionnelle. Certaines personnes d’influence hors de la prison ont écrit à Saber pour qu’il arrête sa grève, mais les officiels de la prison ont retenu ces lettres. Un vendredi matin, nous avons entendu dire que Saber avait été conduit au dispensaire de la prison parce qu’il ne se sentait pas bien. Au dispensaire, le médecin l’a frappé puis fait raccompagné au bloc. Quand on est venu pour le remmener au dispensaire, il a refusé, disant qu’il y avait été battu la dernière fois. On l’a emmené dans un hôpital hors de la prison, mais il était trop tard. Arash Alaï et d’autres docteurs du bloc ont dit que si le premier médecin, celui du dispensaire, s’était occupé de Saber et l’avait envoyé à l’hôpital au lieu de le battre, l’issue aurait été différente. Quand la nouvelle de la mort de Saber est arrivée le dimanche, l’atmosphère du bloc changea du tout au tout. Même ceux qui normalement ne montraient jamais leurs larmes ne pouvaient s’arrêter de pleurer. Puis 12 autres ont commencé une grève de la faim. Mais les autorités de la prison ne s’en sont pas occupé.

Source : http://www.roozonline.com/english/interview/interview/archive/2012/april/30/article/what-happened-at-the-election-commission-in-2009.html