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dimanche 10 mai 2015

« Les députés ne connaissent pas la différence entre la citoyenneté et la carte verte. » - Fereshteh Ghazi – 24 avril 2015


Les commissions de sécurité nationale et de politique étrangère du parlement devaient débattre du problème des fonctionnaires qui ont une double nationalité ou une carte verte la semaine dernière. Le débat a été ajourné mais les membres des comités disent maintenant à Rooz que les députés qui l’ont initié ont maintenant changé de tactique et veulent maintenant s’en prendre à ceux qui ont une carte de résident permanent aux USA, la célèbre carte verte.

Djavad Karimi Ghodoussi, membre de la commission qui appartient au Front de la Fermeté, avait d’abord dit à l’agence de presse Fars que la commission de sécurité nationale du parlement discuterait du problème des membres des trois branches du gouvernement qui ont une double nationalité ou une carte verte américaine. La discussion devait se concentrer sur les lacunes légales qui permettent à des binationaux d’occuper des positions de premier plan dans le gouvernement, ce que les députés veulent empêcher. Mais ce plan a été ajourné car, comme un membre de la commission l’a dit à Rooz, les députés qui voulaient s’occuper du problème ne connaissaient pas la différence entre une personne ayant la double nationalité, et une qui détient un permis de séjour comme la carte verte. La raison officielle de l’ajournement a été que la commission n’était pas encore prête à traiter le problème.

Mohammad Hassan Asfari, secrétaire de la commission de sécurité nationale a dit à Rooz : «Nous n’avons pas de binationaux au gouvernement, au parlement ou à la justice parce que c’est contraire à la constitution. Ça ne vaut vraiment pas la peine d’en discuter. Le problème des cartes vertes n’a rien à voir avec la double nationalité. Ceux qui ont une carte verte sont des gens qui se rendent aux USA ou ailleurs et obtiennent des permis de résidence et qui doivent y retourner pour le renouveler. La carte verte n’a rien à voir avec les binationaux. Un binational est une personne qui a une carte d’identité et dans un autre pays. C’est illégal pour les fonctionnaires de la république islamique et quiconque a une double nationalité n’a droit à aucun poste dans notre pays. »

Ahmad Bakhshayesh, autre membre de la même commission, a expliqué son point de vue à Rooz : « Il se disait que certains fonctionnaires étaient en fait des binationaux mais en discutant, il est apparu qu’en fait, ils avaient des cartes vertes. La citoyenneté d’un autre pays est différente car elle donne le droit de participer aux élections dans ce pays. La carte verte n’offre pas cette possibilité. Un détenteur de carte verte doit rentrer aux USA tous les six mois. Certains fonctionnaires ont probablement des cartes vertes, c’est ce que nous avons discuté. Quand nous en avons discuté, certains membres ont dit qu’il n’y avait pas de différence. Une personne qui voulait travailler dans un ministère ne devrait pas avoir non plus de carte verte. Mais c’est un problème différent qui doit être discuté au parlement. Cette discussion n’a pas encore été prévue.

Quand les députés ont compris la vraie différence entre une carte verte et la citoyenneté, le sujet a été mis de côté. Mis ils veulent toujours interdire à une personne qui a une carte verte d’avoir un poste au gouvernement, en tant que ministre, secrétaire d’état ou député. »
Il y a environ trois mois, 13 députés, essentiellement du Front de la Fermeté, ont envoyé une note officielle a Hassan Rouhani lui demandant d’empêcher les binationaux d’avoir un emploi de fonctionnaire. On rapporte que le Front pensait à une personne en particulier en demandant ce débat : Mohammad Nahavandian, le chef de cabinet du président Hassan Rouhani qui a eu une carte verte pendant de nombreuses années. Le bureau du président a répondu en qualifiant cette allégation de « mensonge » qui aurait dû être exprimée formellement pour éviter le « chahut ».

Source :
 

La démolition de la maison d’un prisonnier bahaï – Fereshteh Ghazi – 24 avril 2015


La résidence secondaire de Djamaledine Khandjani, membre du conseil bahaï emprisonné, a été démolie par les agents de sécurité de la ville de Semnan. D’après un membre de la famille, on leur a dit qu’ils avaient 48 heures pour évacuer la maison et le lendemain, bien qu’ils aient obtenu un ordre de la cour suprême de repousser la démolition, la maison, située au milieu d’un champ, a été détruite au bulldozer.

Djamaledine Khandjani, membre du conseil des sept bahaïs d’Iran, est emprisonné depuis 2009 sans aucune permission de sortie. Il a été condamné à 20 ans de prison. Fouad Khandjani, son petit-fils, et Navid Khandjani, autre membre de la famille, sont également emprisonnés.

Siavosh Khandjani, autre membre de la famille et la belle-sœur de Djamaledine, ont dit à Rooz que la pression sur leur famille a augmenté depuis la détention de leur oncle. Il ajouté que la pression était systématique et avait commencé par l’arrestation de Djamaledine. Il a ajouté que la terre sur laquelle était bâtie la maison démolie leur appartenait depuis bien avant la naissance du bahaïsme, que la maison avait un permis de construire datant de 18 ans et était la résidence de la famille. « Le terrain possède un titre de propriété datant de 100 ans mais les autorités disent que le propriétaire en est inconnu et que le titre n’est pas reconnu. Elles ont aussi trouvé des failles dans la maison et qu’elle était plus grande que sur le permis de construire.

Ils nous ont donné 48 heures pour évacuer ils ont détruit 270 mètres carrés de la maison et ont prétendu que la construction ne respectait pas le permis de construire. Mais un tribunal avait jugé en leur faveur auparavant sur ce sujet.»

 Il a raconté l’histoire de la ferme : la famille n’a pas reçu d’argent du gouvernement pour construire la maison ou cultiver la ferme qui comprend plus de 40 hectares d’arbres fruitiers. « Mais à l’époque de la récolte, ils ont bloqué la route menant à la ferme, nous empêchant ainsi de commercialiser de 200 à 300 tonnes de fruits. Il y a quelques années, ils ont détruit une citerne que nous avions construite pour la ferme alors même que nous avions obtenu toutes les autorisations nécessaires. Nous avions un accord de métairie de 30 ans qu’ils ont violé et nous ont forcés à vendre tout notre bétail.

Même s’il y a plus de 200 ans que nous possédons cette terre, bien avant la naissance même du bahaïsme, ils ont installé un poste de sécurité et ont commencé à fouiller tous les véhicules et tous les individus. Les gardes révolutionnaires et le bureau de renseignement de Semnan ont décrété que la région était une zone militaire et ont établi un poste près de la maison qu’ils viennent de détruire. Nous, nos animaux et même nos plantes ne sommes pas à l’abri des invasions. Ils nous ont empêchés de conduire nos troupeaux dans des régions plus chaudes, ce qui a conduit à de nombreuses pertes.»


Parlant de Djamaledine qui est en prison, un membre de la famille dit : « Il a plus de 80 ans et avait un commerce prospère avant la révolution de 1979. Il était responsable des affaires de la communauté bahaïe en Iran jusqu'à 2008. Il n’a eu aucune permission pour visiter sa famille. Il a été opéré du cœur à l’hôpital et a été ramené en prison juste après. Fouad est le petit-fils de Djamaledine et lui aussi est en prison depuis quatre ans ; sa peine se termine dans quelques mois ; lui non plus n’a pas eu de permission. Sa sœur Lava va maintenant finir de purger sa peine dans quelques mois. Navid, le fils de mon frère, a porté plainte car il n’a pas pu poursuivre ses études supérieures ; en réponse, il a été condamné à 12 ans de prison. Il y a deux semaines, il a été hospitalisé pour des douleurs à l’estomac et a été opéré. Il est pourtant jeune, mais il a été hospitalisé de nouveau. »
Siavosh Khandjani dit : « Beaucoup de membres de notre famille sont musulmans et nous vivons ensemble, nous participons aux cérémonies les uns des autres. Ce sont les gardes révolutionnaires et l’agence du renseignement qui sont durs avec nous. Nous ne savons vraiment pas combien de temps ils veulent continuer ainsi. »

Source :
 

mercredi 28 janvier 2015

Faezeh Hashemi : ils n’ont pas le vote du peuple alors ils essaient d’obtenir des votes par d’autres moyens – Fereshteh Ghasi – 15 janvier 2015



La fille militante d’Hashémi Rafsandjani, Faezeh, a dit à Rooz qu’elle n’avait pas vu les évènements d’hier au parlement, sans rapport avec les élections législatives de l’année prochaine. D’après elle, les députés qui savent qu’ils n’ont pas les votes du peuple veulent obtenir des votes par d’autres moyens. Elle croit que l’attaque physique et verbale contre Ali Motahari par un groupe de ses propres collègues au parlement qui l’ont empêché de prononcer son discours, sont des efforts pour créer une atmosphère sécuritaire. Elle a aussi dit que les manifestations de 2009 servent d’excuse à certains pour défendre leurs propres intérêts. Elle a conclu en disant que ces personnes avaient peur des noms de Moussavi, Rahnavard et Karroubi.

Plus tôt dans la semaine, Ali Motahari, membre de la faction intégriste du parlement iranien, a été battu par des députés durs et a été blessé aux mains. Dans l’enceinte du parlement il a déclaré considérer que « l’assignation à domicile de Messieurs Moussavi et Karroubi et de Madame Rahnavard, consécutive aux émeutes de rue de 2009, était contraire aux principes de la constitution ». Mais avant de pouvoir finir sa phrase, un groupe de députés a commencé à scander « Mort aux séditieux » un mot que les durs utilisent pour qualifier les dirigeants du Mouvement Vert qui ont ouvertement défié le gouvernement sur l’élection présidentielle de 2009 qui avait reconduit Ahmadinejad à la présidence. Dès le début de l’agitation, les journalistes ont été invités à quitter la session qui a été suspendue par la présidence. Les caméras des photographes présents ont été confisquées et Moussa Ghazanfar-Abadi, député de Bam, a annoncé que le comité spécial qui surveille la conduite des députés, examinerait les remarques de Motahari lors de la prochaine session parlementaire.

La veille, Safar Naimirez, l’un de ceux qui avaient attaqué Motahari, a dit à l’agence de presse Fars que plus de 50 députés avaient porté plainte contre Motahari auprès du comité de surveillance de la conduite des députés.

Faezeh Hashemi, ancienne députée et directrice de la revue Zan désormais interdite, a dit à Rooz que ces évènements l’avaient surprise. « C’est une histoire étrange. Ce genre de choses arrive en dehors du parlement, mais maintenant, l’atmosphère est tellement tendue que ce genre d’attaques vise à empêcher les députés de parler. Les députés n’ont plus la patience d’écouter leurs collègues qui ont le droit, de par la constitution, d’exprimer leurs points de vue. C’est un avertissement important qui pourrait présager du futur. On devrait absolument enquêter dessus et c’est le parlement lui-même qui devrait le faire.
Le comité de surveillance de la conduite des députés veut examiner le discours de Motahari mais je n’ai jamais entendu parler d’une enquête de ce type. Ce sont des évènements dangereux qui dénotent l’existence d’autres plans. De tels dénigrements alourdissent l’atmosphère et à la fin, personne ne pourra plus exprimer son point de vue, encore moins qu’aujourd’hui. »

Madame Hashemi a dit qu’elle pensait que ces évènements au parlement avaient un lien avec les élections l’année prochaine du conseil des experts et d’un nouveau parlement. « Quand les délinquants ne sont pas punis mais autorisés à se sentir au-dessus des lois, cela indique qu’ils ont des buts bien précis. Nous nous rapprochons des prochaines élections et je pense que cela est lié. Ils veulent créer une atmosphère de peur en montrant comment on traite un député. Ils veulent créer une atmosphère sécuritaire de terreur pour atteindre leurs buts. Cette conduite indique que, puisque ces députés ne sont pas soutenus par le public, ils ne seront pas réélus ; ils veulent créer une atmosphère qu’ils pourront exploiter pour être élus par d’autres moyens. »

Madame Hashemi a souligné l’emportement d’un groupe de députés en entendant les noms de Moussavi, Rahnavard et Karroubi prononcés par Motahari et a dit que cela dénotait leur peur des noms mêmes de ces personnalités emprisonnées.

Seyed Mehdi Moussavinejad, député intégriste dur de Dashtestan, a dit à Rooz qu’en fait c’était Motahari qui avait attaqué les autres députés et non le contraire. Mais un autre député, Abed Fatahi, a confirmé à Rooz que Motahari avait été poussé et frappé physiquement. Certains médias sociaux ont dit que c’était Seyed Mehdi Moussavinejad qui avait poussé Motahari dans l’enceinte du parlement. Mais Moussavinejad a déclaré à Rooz qu’il ne l’avait pas fait et l’a accusé d’avoir attaqué les autres députés.

D’après IRNA, agence de presse appartenant à l’état, le président du parlement, Ali Laridjani, a parlé avec des journalistes du tumulte au parlement. « Nous avons de sérieux problèmes dans ce pays et tout le monde devrait comprendre qu’il nous faut une atmosphère calme pour les traiter. C’est une responsabilité nationale. Les médias aussi devraient suivre ce but de calmer le jeu et non pas créer des problèmes supplémentaires. Il vaudrait mieux promouvoir une démarche vers une atmosphère plus calme. »

Les réactions à cette bataille du parlement varient. Le représentant de l’ayatollah Khamenei au journal conservateur Kayhan, Hossein Shariatmadari, a critiqué Motahari pour avoir manqué de respect à son propre père (idéologue révolutionnaire dirigeant dans les premières années qui ont suivi la chute de la monarchie). Il a comparé Moussavi et Karroubi à Shemr et Yazid, dirigeants musulmans du 17ème siècle qui auraient assassiné le troisième imam chiite.

Massoud Pezeshkian, député de Tabriz, a aussi parlé avec l’agence de presse ILNA, spécialisée dans le travail, et critiqué les attaquants. « Certains n’ont pas la patience d’entendre un discours de sept minutes. En fait, il est bon que le peuple regarde le régime ; ainsi, il saura de quel genre de personnes il est constitué et dans quel langage il s’exprime. Lorsque l’on a pas la patience d’entendre quelqu’un exprimer son opinion, comment peut-on s’attendre à un procès équitable. »

Parmi les soutiens de Motahari, il y avait plusieurs veuves de commandants décédés lors de la guerre de huit ans contre l’Irak.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2015/january/15/article/faezeh-hashemi-they-do-not-have-the-peoples-vote-want-to-obtain-votes-through-other-means.html

vendredi 2 janvier 2015

J’ai grandi loin de ma mère, dans les salles de visite de la prison – Fereshteh Ghazi


Elle avait 13 ans quand ma mère a été emprisonnée ; pendant plus de cinq ans, elle n’a vu sa mère que dans les salles de visite des prisons d’Evine, Radjaï Shahr et Ghartchak de Varamine. Elle a maintenant 18 ans ; quand sa mère aura purgé ses 20 ans de prison, ce sera une femme de 33 ans. Taraneh Taefi est la fille de Fariba Kamalabadi, l’une des sept Yaran, comité de direction des bahaïs d’Iran, condamnés à 20 ans de prison.

Quand sa mère a été arrêtée, le 14 mai 2008, elle avait 13 et était en terminale. C’est maintenant une jeune femme de 18 ans qui n’a pas le droit d’étudier à l’université ; elle me parle de sa mère, de ses droits de prisonnière de conscience, privée de sa présence depuis cinq ans et demi et pour encore 15 ans. Elle me parle de l’éventualité que sa mère ne rentre jamais, des salles de visite, de privations, de déceptions, et pourtant, elle garde espoir.

« Quand j’essayais de te préparer à mon arrestation en 2008, je t’ai demandé si tu serais bouleversée si j’étais arrêtée. Tu as répondu : ‘J’étais très jeune quand tu as été arrêtée en 2005 et je ne comprenais pas ce qui t’arrivait, alors tu me manquais, tout simplement. Mais cette fois-ci, tu me manqueras et je serai désolée pour toi’ ». Voici un extrait de la lettre de Taraneh Taefi à sa mère à la prison d’Evine.

J’étais très jeune quand ma mère a été arrêtée pour la première fois ; je n’ai pas compris qu’elle était dans une situation très difficile. La plupart du temps, j’étais triste parce que ma maman n’était pas là et qu’elle me manquait. Je n’ai pas compris qu’elle était à l’isolement, qu’elle subissait des interrogatoires musclés, qu’elle avait des soucis et était complètement isolée du monde extérieur. Cependant, en grandissant, j’ai pensé à toutes ces choses en plus du manque que je ressentais. Je me souviens que la deuxième fois qu’elle a été arrêtée, elle se rendait à Mashhad. Nous ne savions pas exactement comment et où elle avait été arrêtée. Pendant presqu’un mois, nous ne savions même pas où elle était. J’étais bien sûr très jeune à l’époque et je ne m’occupais pas de connaître sa situation ou comment elle avait été arrêtée, etc. En grandissant, j’étais à la fois triste et inquiète, et s’est pourquoi j’ai dit que j’étais désolée pour elle ; je venais de comprendre que non seulement elle me manquait, mais que j’étais aussi inquiète de sa situation et de la façon dont elle était traitée en prison.

J’avais dix ans quand ma mère a été emprisonnée pour la première fois. Bien sûr, la peine était beaucoup plus courte, une fois un mois et l’autre deux mois. J’avais 13 ans quand elle a été arrêtée pour la troisième fois. Naturellement, un membre de la famille n’était plus parmi nous et nous étions inquiets de savoir combien cela durerait. Au début, j’avais très peur qu’elle ne revienne jamais. J’étais bien sûr, alors au début de mon adolescence et c’était très difficile pour moi. Après un temps, nous nous sommes habitués, même si elle nous manquait souvent et que je ressentais son absence.

Que voulez-vous dire quand vous dites : « J’avais peur qu’elle ne revienne jamais » ? Aviez-vous peur qu’on ne la condamne à mort pour des accusations graves ?
Oui. Je me souviens du jour où le verdict a été énoncé, je m’en souviens très bien. Mon père m’a dit qu’elle avait pris une peine de prison de 20 ans. J’ai pensé qu’il plaisantait ! Même si j’avais envisagé des verdicts très lourds, je n’arrivais pas à le croire. En mon for intérieur, je n’avais jamais cru qu’elle serait condamnée à une si longue peine. 20, c’est trop long, c’est une vie ! Cette peine a commencé quand j’avais 13 ans et elle se terminera quand j’aurai 33 ans ! Cependant, malgré de graves difficultés, on finit par s’habituer. Je préfère ne pas avoir trop d’espoir d’une libération anticipée ou d’un quelconque changement dans les 15 ans qui restent parce que tout le réconfort que les espoirs des autres m’ont apporté s’est révélé faux. Je me sentirai beaucoup mieux si j’arrive à accepter de ne pas l’avoir avec moi pour15 autres années. Plutôt qu’espérer et ne pas voir la réalisation de cet espoir, je préfère être surprise par sa libération anticipée.

Comment se passent les visites avec votre mère ?
Les enfants de prisonniers ont le droit de voir leurs parents une fois par semaine en visite face-à-face. Mais comme je suis plus âgée, je n’y ai droit qu’une fois tous les 15 jours. Ce qui veut dire qu’une semaine nous avons droit à une visite face-à-face et l’autre dans une cabine de visite, séparés par une vitre. Il y a des chaises dans la salle de visite. Il y avait bien sûr plus de monde ces dernières années et il n’y avait pas assez de sièges pour tout le monde, mais maintenant, il y a moins de monde. Normalement, il y a beaucoup d’enfants qui jouent. Nous attendons dans cette salle puis montons à l’étage pour la visite à l’appel de nos noms. Un des enfants que je vois toujours ici est le fils de Farine Hessami, Artine : sa mère est à Evine et son père à Radjaï Shahr. Les enfants s’arrêtent de jouer et se précipitent pour voir leurs mères à l’appel de leurs noms. Vers la fin de la visite, nous essayons de parle très vite, nous avons beaucoup de choses à nous dire, et nous baissons la tête pour un dernier regard à nos êtres chers tandis que les stores de la cabine s’abaissent. Il y a une  cabine sans stores. Quand les prisonniers et leurs visiteurs sont présents, nous parlons avec les mains, en utilisant la pantomime. Quand la visite s’achève, nous partons et n’avons plus de nouvelles jusqu’à la semaine suivante. Quand ma maman était à la prison de, Radjaï Shahr, malgré les mauvaises conditions sanitaires et le type de prisonnières avec lesquelles elle séjournait, elle pouvait appeler au téléphone tous les jours, ce qui nous rendait très heureux car nous pouvions parler de tout au téléphone. Mais maintenant, nous n’avons aucune nouvelles d’elle entre les visites parce que les prisonnières n’ont pas le droit d’utiliser le téléphone, ce qui nous ennuie et nous inquiète beaucoup. Les visites face-à-face se tiennent dans une grande salle meublée de plusieurs tables entourées de chaises. Chaque famille s’assied à une table et parle avec son prisonnier. Nous ne pouvons rien apporter en prison, mais quelquefois, les prisonniers apportent de la nourriture et nous déjeunons ensemble. Je suis très heureuse lors des visites en face-à-face parce que je peux embrasser ma maman, m’asseoir près d’elle, manger et parler avec elle. Les conditions sont bien meilleures durant ces visites.

Et votre maman n’a encore eu aucune libération provisoire ?
Absolument aucune. Certains disent que si un prisonnier a pur gé un sixième de sa peine il doit pouvoir bénéficier d’une liberté provisoire. D’autres disent que c’est après le tiers de la peine. Je ne sais pas si l’une des deux options est vraie. Chaque fois que nous avons demandé une permission, ils n’ont pas suivi les règles et ont répondu : « vous faites partie du ‘groupe des sept’ et nous n’avons pas l’intention de vous donner de permission. Nous le ferons quand nous penserons qu’il le faut et vos demandes répétées ne servent à rien. »

Donc, pas de permission, pas d’appels téléphoniques et vous n’avez que les visites hebdomadaires. Comment préservez-vous vos relations avec votre mère ?
Nous nous parlons beaucoup. J’envie cependant les autres enfants qui peuvent parler avec leur mère, j’en suis privée. Pendant la semaine, je pense à beaucoup de choses que je veux lui dire, mais quand je vais la voir et que la visite se termine, je me souviens de tout ce que j’ai oublié de lui dire et je ne suis jamais sûre de pouvoir les lui dire la semaine suivante. C’est très difficile mais nous tentons de faire face. Il y a tant de choses que je n’ai jamais dites à personne. Quelquefois, quand je suis à la maison et qu’on sonne à la porte, mon cœur tressaute en pensant, est-ce qu’on aurait libéré maman ou on lui aurait donné une permission ? Et quelquefois, quand je rentre, j’ai l’impression que ma maman sera là quand j’arriverai. Et bien sûr, elle n’est pas là. Alors, les problèmes existent mais je n’ai pas perdu tout espoir. J’ai ces images à l’esprit. J’ai un grand frère et une grande sœur. Tous les deux sont mariés et mon frère avait quitté l’Iran avant l’arrestation de ma mère. Cette distance les a empêchés d’avoir un contact quelconque avec elle puisqu’elle n’a pas le droit d’utiliser le téléphone. Avant, elle avait le droit d’appeler une fois par mois, mais ce droit a été révoqué il y a un an. Ma sœur a eu un bébé il y a quelques jours, mais on n’a pas laissé ma mère appeler pour lui parler. Il nous a même été difficile de l’avertir de l’arrivée du bébé.
La militante étudiante Baharej Hedayat, emprisonnée à Evine depuis presque cinq ans, a parlé de Fariba Kamalabadi dans une lettre à son époux Amin Ahmadian : « Je n’oublierai jamais la première fois que Fariba a décidé d’emporter une chope de thé lors d’une visite face-à-face avec sa fille Taraneh. J’ai remarqué qu’elle a commencé par mettre du sucre dans la chope, a réfléchi, retiré le morceau de sucre pour le remplacer par du chocolat, a de nouveau réfléchi et l’a remplacé par une date. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait. Elle m’a dit : « Je ne me souviens plus si Taraneh prend son thé avec du sucre ou avec autre chose… » Elle a fini par emmener les trois ! Je ne m’en suis pas souciée tant qu’elle était ici, mais après, je ne pouvais m’empêcher de pleurer… Imaginez, cette fille avait 12 ans quand on lui a retiré sa mère, elle en a maintenant 17… Fariba est une mère mais elle a oublié tous les détails de sa maternité. On les lui a retirés de l’esprit par cruauté et injustice. »
Taraneh Taefi dit : «  Je me souviens avoir beaucoup pleuré quand je l’ai lu, parce que je me souvenais pendant cette visite particulière, elle avait oublié d’apporter le thé. Elle avait apporté les trois éléments et dit qu’elle ne s’en souvenait plus. Cela m’a attristé alors mais pas ému. Quand j’ai lu la lettre de Bahareh, je suis devenue très triste et j’ai pleuré. Beaucoup de gens pensent qu’être en prison signifie juste être privée de sa vie quotidienne et enfermée dans une cellule. Mais il y a beaucoup d’autres privations que la plupart des gens ignorent. Beaucoup de regrets et de déceptions sont enterrés entre ces murs ! Par exemple, quand son premier petit-enfant est venu au monde, ma mère ne le savait pas, elle n’a pas pu le voir et n’a même pas pu appeler pour savoir s’il était né. Ces choses peuvent sembler simples, mais elles ont vraiment blessantes, à la fois pour ma maman et pour nous. Je pense  cependant qu’il faut prêter plus d’attention aux prisonniers qu’à leurs familles. Nous avons perdu une personne, mais elles ont perdu toute la société. En dépit des difficultés et des privations, nous faisons partie de la société mais nos prisonniers sont entourés de murs et loin de la société. Ils ont tout laissé derrière les murs. Bien sûr, d’une certaine façon les prisons sont devenues pour eux des universités. Beaucoup de prisonniers lisent ensemble. Ma maman lit et tricote. Elle dit toujours : « J’ai tricoté quelque chose pour toi ou pour tout autre membre de la famille » c’est ainsi qu’elle garde le contact avec sa famille et ses relations. Nous voyons lors des visites et nous entendons aussi de celles qui ont été dans la même section qu’elle a bon moral. Ce n’est pas comme si elle avait perdu espoir ou si elle s’attristait après cinq ans et demi d’emprisonnement. Elle vit une vie normale et est en bonne santé psychologique. De temps en temps, elle est malade, mais elle n’a pas de problème pour l’instant.

Dans une lettre à son petit enfant qui vient de naître, Fariba Kamalabadi écrit : « Nous sommes sept membres d’un groupe nommé ‘Yaran-e-Iran’ ; nous nous occupions des affaires de la communauté bahaïe d’Iran. Nous nous occupions de leurs problèmes personnels suivant les enseignements de la foi bahaïe et les protégions des nombreuses brutalités qu’on leur infligeait. S’ils étaient licenciés et n’avaient plus les moyens de vivre, nous leur enseignions, avec l’aide d’autres bahaïs, une profession et de moyens de gagner sa vie. S’ils étaient malades et ne pouvaient s’offrir un traitement, nous les aidions avec l’aide de médecins bahaïs. Nous aidions à l’instruction et à l’éducation morale des enfants et jeunes bahaïs à l’aide de professeurs d’université bahaïs renvoyés de leurs postes, nous permettions à des milliers de bahaïs dont tes parents, d’avoir une éducation supérieure au domicile de bahaïs, etc.. Tous les efforts de ce groupe visaient à contrecarrer les activités concentrées sur le ‘génocide intellectuel’ des jeunes bahaïs par des mesures constructives. Et ces actions été menées de telle façon qu’aujourd’hui il n’y a ni haine ni animosité envers le gouvernement, l’islam ou le gouvernement islamique dans le cœur d’un seul bahaï ; les bahaïs révèrent l’Iran, sanctifie l’islam comme une sainte religion ; ils désirent en leur cœur servir l’Iran et le peuple iranien, même si quelques jeunes bahaïs ont été condamnés à beaucoup d’années de prison, surtout parce qu’ils s’occupaient d’enfants dans des quartiers défavorisés. »

Sa fille dit : « Ma mère et six autres personnes, qui ont toutes été condamnées à 20 ans de prison comme elle, étaient membres d’un comité qui s’occupait des affaires de la communauté bahaïe d’Iran. Ce qui voulait dire s’occuper d’organiser des enterrements, des mariages suivant les rites bahaïs ou d’autres problèmes similaires. Comme le comité était en relation avec tous les bahaïs d’Iran, je crois que le gouvernement voulait, à tout prix, arrêter ces soi-disant dirigeants bahaïs pour effrayer les autres. Bien sûr, ma maman dit que ça ne va pas durer aussi longtemps, mais ce sont les conditions actuelles, je les ai acceptées et je m’y suis habituée. Pour éviter toute déception, je ne nourris aucun faux espoir. Supporter ces 20 ans m’est rendu plus facile parce que je sais qu’il y a une fois et des convictions solides derrière. J’accepte beaucoup d’autres difficultés à cause de cette croyance. Toute la situation devient plus tolérable.

Taraneh Taefi a aussi été privée d’éducation supérieure. 
Quand j’ai passé le concours national d’entrée à l’université, j’ai reçu mon classement et j’ai choisi ma discipline et, au lieu de recevoir le nom de l’université à laquelle j’ai été admise, j’ai reçu un message qui disait « dossier incomplet ». Depuis le début de la révolution culturelle, aucun bahaï n’a été admis à l’université : sur le formulaire d’inscription, il faut choisir une religion sur une liste, la foi bahaïe ne fait pas partie de cette liste. Cela a duré jusqu’en 2003-2004. Cette année-là, on a retiré les noms des religions des formulaires et les candidats écrivaient eux-mêmes leur religion puis passaient l’examen. Cependant, quand ils recevaient les cartes pour passer le concours, sous la rubrique religion, il était inscrit islam. Quand les étudiants bahaïs contactaient les autorités, elles leur disaient : «  Ceci se rapporte aux examens religieux que vous allez passer. » Alors, nous l’avons accepté. Mais après l’examen, ils nous ont de nouveau interdit d’entrer à l’université. Ils renvoyaient les étudiants à différents stages, certains quand ils recevaient leurs cartes d’étudiants, d’autres quand ils choisissaient leur disciplines ou pendant l’inscription. Certains étudiants suivaient huit mois de cours et étaient renvoyés juste avant l’examen. Telle était la situation. L’élection de Monsieur Rouhani a suscité de grands espoirs pour une meilleure situation. Mais dans les faits, tout a empiré. Les années précédentes, ils n’éliminaient pas tant d’étudiants dès le début. Mais cette année, ils ont envoyé un message de « dossier sérieusement incomplet » à 80 à 90% des étudiants bahaïs après qu’ils aient choisi leurs disciplines. Et ce, bien que tout le processus de candidature soit fait en ligne ; « dossier incomplet » ne veut donc rien dire. Même ceux qui ont été admis n’ont pas pu assister aux cours après quelques semaines.

Ma chère fille, je vous présente mes excuses pour tous ceux qui sont ignorants et vous ont créés tant de difficultés. Je pensais que ces difficultés se résumaient à une privation irraisonnable et injuste d’éducation. Cependant, je comprends que ce ne sont pas vos seules souffrances. La prochaine fois que vous verrez votre mère, dites-lui : « Le Docteur Mohammad Maleki, 81 ans, premier doyen de l’université de Téhéran, s’est rendu chez vous et s’est incliné humblement devant votre innocence et celle de vos coreligionnaires. » Ce sont les mots du Docteur Mohammad Maleki) à Taraneh Taefi quand il lui a rendu visite, accompagné de l’écrivain et documentariste Mohammad Nourizad.

Je ne savais pas que Monsieur Maleki venait. Monsieur Nourizad avait mentionné qu’il venait avec un ami et a insisté pour que je sois à la maison. Je ne savais pas pourquoi et je ne pensais pas que cela me concernait. J’avais vu Monsieur Maleki auparavant quand il était en prison et que nous avions rendu visite à maman. Je l’avais vu dans la salle de visite, mais je ne savais pas qui il était. Quand ils sont arrivés, Monsieur Nourizad a dit : « Le premier doyen de l’université de Téhéran veut vous parler parce que vous avez été privée d’éducation supérieure. » C’était merveilleux de savoir que cela les concernait tant et qu’une personne d’une telle importance était venue me rencontrer et m’encourager. Cette privation m’avait beaucoup attristée et leur visite m’a exaltée et rendu la joie. Il m’a dit qu’il n’hésiterait pas à me soutenir de tout son poids.

Après l’élection de juin de cette année et le début de la présidence d’Hassan Rouhani, de nouveaux espoirs se sont fait jour sur la liberté des prisonniers de conscience et l’apparition de plus de libertés individuelles. Certains prisonniers ont même été libérés
Bien sûr, on espérait que la situation changerait. Nous l’espérons toujours. Nous avons vu certains prisonniers politiques bénéficier de libérations provisoires, d’étendre la durée de leurs permissions ou même être libérés. Mais en ce qui concerne les prisonniers bahaïs, il n’y a eu aucune clémence ou permission. Il y a des bahaïs qui sont en prison depuis que Rouhani est arrivé au pouvoir. Il n’y a eu aucune amélioration de la situation des prisonniers, des bahaïs continuent d’être arrêtés dans différentes villes et il n’y a eu aucune amélioration.
Source : http://iranpresswatch.org/post/11274/

dimanche 28 décembre 2014

L’obsédé sexuel qui m’a interrogée – Fereshteh Ghazi


Jusqu’à ce qu’elle soit assise les yeux bandés face à un mur dans une salle d’interrogatoire, Fereshteh Ghazi n’avait jamais imaginé être menacée de viol, ne s’était pas attendue à ce qu’on lui demande d’avouer des relations sexuelles illicites avec des gens qu’elle n’avait jamais rencontrés.

Des centaines de journalistes et de militants politiques ont été arrêtés en Iran, beaucoup ont été soumis à la torture pour avouer des crimes qu’ils n’avaient pas commis et emprisonnés dans des conditions inhumaines, souvent à l’isolement. Ces hommes et ces femmes ont été accusés d’immoralité, d’être des « ennemis de dieu », d’espionnage au profit des de gouvernements occidentaux « hostiles ». La journaliste et militante des droits humains Fereshteh Ghazi a été l’une des premières à parler publiquement de son calvaire, donnant à d’autres femmes reporters soumises à un traitement similaire le courage de raconter leurs histoires.

Saïd Mortazavi, alors procureur général de Téhéran, a ordonné l’arrestation de Fereshteh Ghazi et de plusieurs autres journalistes le 28 octobre 2004. Il a été par la suite suspendu de ses fonctions en 2010 après que trois gouvernements anti-gouvernementaux soient morts en détention à la prison de Kahrizak en 2009. Le 15 octobre 2014, il a fini par être démis de ses fonctions.

L’arrestation de Fereshteh Ghazi et de ses collègues, connue en Iran comme le « dossier des sites web » a beaucoup attiré l’attention des médias internationaux. Après leur libération, les journalistes ont refusé de se taire et ont parlé de ce qui leur était arrivé et des brutalités qu’elles ont subies en prison, y compris des menaces de viol et d’autres formes de torture mentale. Les journalistes ont raconté leurs expériences au bureau de surveillance de la constitution et à l’ancien responsable de la justice, l’ayatollah Hashemi-Shahroudi. 

IranWire a parlé à Fereshteh Ghazi des accusations dont elle a fait l’objet et des menaces de viol répétées.

Avant votre arrestation, imaginiez-vous être accusée de relations illicites ou d’immoralité ?
Non, à l’époque, c’était différent. Aujourd’hui, on menace couramment les gens de viol ou on les accuse de relations illicites qui n’existent pas ou d’actions immorales ; c’est utilisé pour torturer les détenus. A cette époque, on avait bien entendu dire qu’un journaliste arrêté ou un militant politique avait été accusé de choses comme des relations illicites ou d’avoir bu de l’alcool ou encore d’être drogué, mais comme ils n’en avaient jamais parlé, ce n’était pour nous qu’une rumeur. Je n’ai jamais imaginé que si j’étais arrêtée une telle chose m’arriverait.

Comment avez-vous réagi lorsque cela vous est arrivé ?
J’ai été choquée. J’ai été un moment prise de vertige et je n’arrivais pas vraiment à croire ce que j’entendais. J’ai fait une grève de la faim mais sans résultat. Rien n’a changé. Le juge Zafar Ghandi a dit : « Je vais vous montrer ce que nous faisons des prisonniers professionnels ! » Ils croyaient que les grèves de la faim étaient réservées aux prisonniers professionnels.

Comment a-t-il réagi en portant ces accusations ?
Je pense que plus que tout, c’était un obsédé sexuel et qu’il aimait porter ces accusations durant les interrogatoires. Je l’ai entendu dire par mes co-accusées interrogées par la même personne. Le ton de sa voix, sa façon de parler, les mots qu’il utilisait, rien de tout cela ne dénotait une personne normale.

Pouvez-vous nous dire ce qu’il vous a dit ?
Il voulait que j’avoue des relations illicites avec des personnes haut-placées à cette époque, depuis Mostafa Tadjzadeh, Ata’ollah Mohadjerani et Mohammad-Ali Abtahi jusqu’à Khatami lui-même. Je n’ai jamais rencontré certains d’entre eux, j’en ai rencontré d’autres uniquement brièvement. Mais il voulait que j’avoue avoir eu des relations illicites avec eux. Comme je n’ai pas répondu, il a commencé à parler de façon dégoûtante et énervante. Il parlait des relations illicites comme s’il feuilletait un porno.

Vous avez été contrainte à avouer ?
On m’accusait de deux choses et exerçait des pressions sur moi pour que j’en reconnaisse au moins une. Je devais accepter soit les relations illicites soit avouer que j’étais une espionne. J’ai avoué l’espionnage parce qu’il n’impliquait que moi. Si j’avais avoué les relations illicites, d’autres personnes auraient été impliquées.

Vous avez vu le visage de celui qui vous interrogeait ?
Au début, quand j’étais au « centre de détention secret », j’étais toujours interrogée les yeux bandés. Mais une fois, quand il m’a accusée d’immoralité, je me suis levée pour protester et j’ai retiré le bandeau. Il a donné un coup de pied à la chaise par derrière, mon visage a heurté le bras de la chaise et je me suis cassé le nez. Quand j’ai été transférée à la prison d’Evine, les interrogatoires se sont arrêtés. On voulait juste que j’avoue face à une caméra. Je n’avais pas les yeux bandés durant ces sessions. Après ma libération, j’ai compris que c’était le même homme qui avait interrogé mes co-accusées sous des noms différents, Keshavarz et Fallah. Un an et demi après l’arrestation, je me suis rendue à l’étranger ; à mon retour, j’ai été convoquée au ministère du renseignement. Et je l’ai vu, celui qui m’avait interrogée.

Mortazavi a-t-il assisté à certains de vos interrogatoires ?
Une fois, j’ai reconnu sa voix au centre de détention. En tant que journaliste, j’ai assisté à beaucoup de conférences de presse. Avant mon arrestation, il m’avait déjà interrogée une fois. Je connaissais sa voix et ses expressions. Après l’arrestation, il nous a interrogées plusieurs fois dans son bureau.

En tant que procureur, vous a-t-il personnellement accusée d’immoralité ?
Saïd Mortazavi essayait de ne pas dire ce genre de choses en public. Mais une fois, il a expulsé mon avocat de la pièce ; il est passé si près de moi que j’ai senti son souffle sur mon visage. Il m'a dit que tout ce qu’on m’avait dit lors des interrogatoires pouvait se passer. On m’avait menacé de viol à plusieurs reprises : « Il y a beaucoup d’hommes qui n’ont pas vu une femme depuis des années. On va vous mettre dans la même cellule qu’eux ». Ou bien : « Il y a beaucoup d’accidents en Iran. Votre mari sera écrasé par une voiture. » Etc. J’ai été choquée d’entendre Mortazavi dire que de telles choses pourraient se passer. Je voulais porter plainte contre celui qui m’avait interrogée mais le procureur disait la même chose que lui. Ils étaient de mèche.

En avez-vous parlé après votre libération ?
J’avais été très blessée alors j’en ai parlé publiquement. Je pensais que si ceux qui avaient été arrêtés avant moi en avaient parlé, j’aurais au moins évité le choc et j’aurais été mieux préparée aux interrogatoires. Je me souviens que l’atmosphère était si lourde que, lorsque je parlais à mes collègues de cette conduite inhumaine et des accusations d’immoralité, certains me disaient : « N’en parle pas. Ça peut te coûter cher. » Je demandais pourquoi il ne fallait pas que j’en parle. A ma libération, j’ai parlé, plus que du reste, des pressions exercées au travers de ces accusations d’immoralité. Je voulais que ceux qui risquaient d’être arrêtés après moi sachent au moins à quoi s’attendre et sur quoi porteraient les interrogatoires. J’abordais le sujet lors de réunions avec tous les officiels que je rencontrais.
J’avais l’impression que, si l’on abordait le sujet, on pourrait l’éviter. J’avais bien sûr tort. Cela a continué après nous et cela continue toujours.

Avez-vous mentionné les accusations d’immoralité et la façon dont les interrogatoires avaient été menés lors de votre entrevue avec l’ayatollah Hashemi-Shahroudi ?
Quand nous avons rencontré Monsieur Shahroudi nous a dit de ne pas parler des accusations d’immoralité abordées lors des interrogatoires et de nous en tenir aux accusations politiques. J’ai dit que c’était ma principale doléance. En tant que journaliste, je dois savoir pourquoi j’ai été accusée de relations illicites et pourquoi je ne devrais pas en parler. J’ai rapporté tous les détails. Je me sentais si mal que j’ai quitté la réunion en plein milieu. Plus tard, Monsieur Khatami a cité Monsieur Shahroudi disant : « elle se sentait si mal que cela m’a touché »

Qui vous a dit de ne pas parler de ces sujets ?
Quelques personnes qui avaient préparé la réunion. L’assistant de Monsieur Shahroudi. Même certaines de mes co-accusées, qui ne voulaient pas en parler à cause de l’atmosphère qui régnait. J’ai bien sûr tout décrit en détail.

Quelle a été la réaction de Shahroudi quand il a pris connaissance de ces choses?
La première chose que Shahroudi a dite était très intéressante : « Monsieur Mortazavi m’a dit que vous aviez fait des choses vulgaires sur internet. Vous avez publié des images vulgaires des imams chiites, de l’imam Khomeiny, du guide et même de Monsieur Khatami. Les ordinateurs sont mauvais. J’ai un ordinateur à la maison, mais quand je pars, je ferme la porte de la pièce à clé pour que ma fille n’y touche pas et ne soit pas touchée par le vice. »
Monsieur Shahroudi croyait réellement que nous avions créé ces images, par exemple, une de l’ayatollah Khamenei en sous-vêtements, et que nous les avions postées. Voyez plutôt, le responsable de la justice ne connaissait pas les détails d’un dossier dont le monde entier parlait. Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU de l’époque en avait parlé.
Quand nous avons commencé à parler, il était clair qu’il était choqué. On nous avait donné une demi-heure, ensuite nous devions nous rendre à une réunion, une session de conseil suprême de la révolution si je ne me trompe pas. Mais la réunion s’est poursuivie tandis que nous parlions. Monsieur Shahroudi n’a pas assisté à la réunion et a continué à nous écouter attentivement.

La réunion a-t-elle apporté quelque chose ?
Après la rencontre avec Monsieur Shahroudi, nous n’avons plus été convoquées par Mortazavi et on lui a retiré le dossier. Entre notre libération et notre rencontre avec Shahroudi, j’ai été convoquée et interrogée par Mortazavi 13 fois.

Après cette rencontre, vous avez assisté à une session du conseil constitutionnel et vous leur avez parlé des interrogatoires. Quelle a été leur réaction ?
Nous avons rencontré le conseil constitutionnel avant Monsieur Shahroudi. Monsieur Khatami avait chargé le conseil de réviser notre dossier. Nous avons expliqué les problèmes en détail au conseil, des accusations d’immoralité et de sécurité, des accusations d’espionnage aux conduites illégales, des arrestations illégales au centre de détention secret et tout ce qui s’y est passé ainsi que plus tard à la prison d’Evine. Ils ont été profondément touchés.
Mais je me souviens encore de quelque chose pendant cette réunion qui me fait sourire amèrement quand j’y pense. Imaginez, nous avions tout expliqué : les menaces de viol, les menaces d’arrestation ou de meurtre pour les membres de nos familles, les accusations de conduite immorale et d’espionnage, les coups, mon nez cassé. Et soudain, Hashemzadeh Harissi, qui est aussi membre du conseil des experts, m’a interrompu pour me demander : « Madame Ghazi, je n’ai qu’une question : la personne qui vous interrogeait était-elle un homme ou une femme ? »

En ce moment, beaucoup parlent d’expériences similaires. Quand vous entendez parler des personnes récemment arrêtées, cela vous rappelle-t-il votre propre expérience ?
Pour vous dire la vérité, je me sens amère et blessée. J’ai ressenti cela dans ma chair et dans tous mes os. Je suis triste que les efforts de divulgation de mes collègues et les miens, pour que les autorités arrêtent ce processus n’aient mené à rien. Malgré toutes les pressions et les risques, nous ne nous sommes pas tues. Nous avons donné des interviews et nous sommes adressées aux autorités. Certains n’ont pas eu confiance et n’ont pas aimé ce que nous disions. Ils nous ont demandé de nous taire et de ne parler que des interrogatoires sur les sujets politiques et sécuritaires. Nous n’avons pas suivi leurs conseils et avons continué à parler.
Malheureusement, nous avions tort et cette méthode perdure toujours.

Source : http://en.iranwire.com/features/6150/

dimanche 16 novembre 2014

La lettre d’Obama à Khamenei pourrait être le point de départ à plus de contacts – Fereshteh Gazi – 10 novembre 2014 - Roozonline

Lors d’une interview avec Rooz, un député iranien a dit que l’Iran et les USA voulaient que les négociations nucléaires en cours aboutissent avant la date butoir du 24 novembre pour pouvoir faire la fête. Ahmad Bakhshayeshi a parlé de « signes » dont il pense qu’ils indiquent que les discussions porteront leurs fruits. Ila aussi dit qu’il croyait que l’Iran était désireux d’avoir des relations avec les USA et que la lettre récente du président américain Barack Obama au guide suprême l’ayatollah Khamenei pourrait être le point de départ à plus de contacts entre ces deux pays éloignés, dans tous les sens du terme.

La dernière session de négociations au niveau ministériel a commencé à Oman de l’autre côté du golfe persique le week-end dernier. Mohammad-Djavad Sharif et John Kerry, ministres des affaires extérieures d’Iran et des USA et la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton se sont rencontrés pour discuter des points de blocage et y trouver des solutions.

Quelques jours avant la rencontre, les médias américains ont révélé que Monsieur Obama avait écrit une lettre secrète à Monsieur Khamenei le mois dernier. D’après le Wall Street Journal, cette lettre suggérait la possibilité d’une coopération USA-Iran contre les militants en Irak et en Syrie connus sous le nom d’état islamique. Les officiels des deux capitales n’ont à ce jour fourni aucun des détails de cette lettre.

Rooz a parlé au député Ahmad Bakhshayeshi des nouveaux développements entre les USA et l’Iran, ainsi que du problème nucléaire ; il a dit que cette lettre pouvait n’être « qu’une guerre psychologique que certains médias américains avaient voulu créer juste avant les discussions. Aucun officiel en Iran ou aux USA ne s’est avancé à commenter cette lettre. »
Bakhshayeshi a ensuite avancé plusieurs scénarios possible pour ce qui se passe actuellement : « Par cette lettre, Monsieur Obama essaie de dire que les militants de l’état islamique sont les ennemis de l’Iran et des USA et que donc, si un accord est trouvé sur le nucléaire, une coopération pourrait intervenir contre l’état islamique auto-proclamé, comme l’Iran et l’Irak avaient des intérêts communs en Irak ou en Afghanistan contre les talibans. Cette lettre pourrait être un moyen de pression pour un accord lors des discussions sur le nucléaire, même si c’est l’Iran qui doit faire les concessions les plus importantes. Le deuxième scenario c’est que, sans s’occuper du nucléaire, l’Iran et les USA pourraient coopérer dans d’autres champs d’intérêt commun. Il est vrai que lors de ces 32 dernières années, depuis la révolution, les USA ont tout fait pour renverser l’Iran et ses dirigeants en vain, mais pendant cette période il y a aussi eu des hauts et des bas alors qu’il n’y avait plus aucune relation entre les deux gouvernements. Monsieur Obama a compris que les frappes aériennes contre l’état islamique n’amenaient à rien et que seul l’Iran pouvait libérer l’Irak des islamistes en pénétrant en Irak pour y aider l’armée irakienne à s’organiser. Nous avons ainsi coopérer avec les Américains dans le passé contre les talibans et pour régler certains problèmes en Irak. Mais, tandis que nous coopérions avec les Américains en Afghanistan contre les talibans, ils traitaient l’Iran et le gouvernement Khatami de membres de l’axe du mal. Voici leur remerciement. Le troisième scénario est que Monsieur Obama a fini par comprendre qu’il ne pourra pas détruire la république islamique, qui est un régime fort et un point d’ancrage de stabilité au Moyen-Orient, ce qui est un grand progrès. Il vaudrait donc mieux établir des relations même si l’Arabie Saoudite, Israël tentent de faire pression sur les USA. »

De la même façon qu’Obama a été sévèrement critiqué par certains républicains pour cette lettre, Bakhshayeshi souligne que certains éléments s’opposent à la normalisation des relations ou au moins à des discussions avec les USA en Iran. « En Iran aussi il y a des groupes qui croient que le prestige de l’Iran réside dans son opposition aux USA ou dans son affrontement avec eux, que sa réputation auprès des Syriens, des Libanais, etc… serait entachée si l’Iran changeait de position envers les USA. Ils pensent qu’il ne faudrait pas discuter avec eux. D’autres avancent que même le prophète de l’islam, Mahomet, a envoyé des émissaires dans beaucoup de pays et a continué à le faire même si certains ont été ridiculisés. Au bout de 35 ans, chaque partie prenante de ce conflit a compris qu’il ne pouvait détruire l’autre et qu’il fallait donc établir des relations pour maintenir la stabilité dans la région du golfe persique. Les USA ont compris que l’Iran jouissait d’un solide support logistique militaire. Les Américains ont observé l’Iran et ont vu sa grande influence au Liban, en Syrie, en Irak et sur le Hamas. Les USA n’ont pas pu se débarrasser de Maleki alors que l’Iran y a réussi. L’Iran a maintenant davantage d’influence au Yémen, et cela inquiète l’Arabie Saoudite, et donc aussi les USA.

L’Iran a toujours voulu avoir des relations avec les USA si ceux-ci abandonnaient leurs exigences extrêmes. Il n’a jamais été question d’une lutte sans fin entre l’Iran et les USA. L’Iran veut que ses relations internationales soient reconnues et veut jouer son rôle. Et il ne veut pas payer pour ça. L’ayatollah Khomeiny avait dit lui aussi que les relations entre l’Iran et les USA devaient s’établir sur une base d’égalité et si ceux-ci abandonnaient leurs exigences extrêmes les choses peuvent changer. L’une de ces exigences concerne le nucléaire. Qu’est-ce que cela peut faire aux USA que l’Iran veuille enrichir ou pas ? Pourquoi l’Iran doit-il faire l’objet de sanctions ? Si les USA abandonnent ces demandes extrêmes alors l’Iran seront prêts à établir des relations. Les USA ont compris qu’ils ne pouvaient rien faire à l’Iran. Ils ont incité Saddam à attaquer l’Iran lors d’une guerre qui a duré huit ans, ils ont donné le feu vert au Kurdistan et au Turkménistan pour attaquer notre avion. Et rien n’y a fait. Ils en ont conclu qu’ils devaient avoir des relations avec l’Iran, mais sur des bases d’égalité.

Sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, le président a écrit plusieurs lettres à Obama, qui ne les a pas comprises d’un point de vue diplomatique. A travers ses lettres, Monsieur Obama montre la futilité des politiques précédentes. Si c’est le cas, alors tant mieux. Je pense que les deux devraient coopérer contre l’état islamique. S’il y a eu une lettre, alors je pense qu’ils devraient coopérer contre l’état islamique. Ils ont coopéré dans le passé et il ne s’est rien passé. Ce pourrait être le point de départ à plus de contacts.

Je vois trois signes que les discussions se concluront par un accord : le premier, Monsieur Rouhani désire profondément le succès de ces discussions pour générer plus de contacts économiques et plus d’affaires. Je pense que si cela a lieu, le régime des sanctions tombera et l’Iran deviendra une région propice aux investisseurs internationaux. Monsieur Obama aussi désire profondément laisser un héritage positif sur le sujet pour pouvoir dire qu’il a empêché l’Iran d’avoir des armes nucléaires. Donc tous les deux veulent un arrangement sur ce problème. Le deuxième signe est que Monsieur Ryabkof (représentant russe aux discussions sur le nucléaire) a dit que 98% de l’accord est déjà acquis sur le problème nucléaire. Les 2% restants concernent les détails sur les sanctions et l’enrichissement. Le troisième signe, ce sont les paroles de Monsieur Rafsandjani qui a envoyé un message à Obama et aux Américains : s’ils ne peuvent trouver un accord avec ce gouvernement qui émane de l’élite culturelle, alors avec qui pourront-ils le faire ? »

Il conclut en disant que les deux parties veulent célébrer cet accord, mais que, s’il ne devait pas avoir lieu, les discussions se poursuivraient au-delà du 24 novembre.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/november/10/article/obamas-letter-to-khamenei-could-be-a-starting-point-for-more-contacts.html

dimanche 9 novembre 2014

Interview d’Amine (Peyman) Tchalaki après sa sortie de prison – Fereshteh Ghazi – 2 Novembre 2014 : Nous ne nous repentons pas, nous avons foi en notre lutte





La semaine dernière, à sa sortie de la prison d’Evine où il avait passé ces quatre dernières années en tant que prisonnier politique, Amine (Peyman) Tchalaki, l’adjoint au directeur de campagne de Mir-Hossein Moussavi en 2009 à Saveh, a brandi une photo de son ancien patron pour défier ceux qui l’avaient arrêté, condamné et emprisonné.

Rooz a interviewé Tchalaki qui a expliqué : « La photo de Moussavi que j’ai brandie devant la prison le disait : non seulement nous ne nous repentons pas mais nous avons la ferme intention de continuer sur la même voie. »

Tchalaki a été arrêté avec son épouse le 17 janvier 2010 dans la ville de Saveh. Les agents ont interrogé sa fille de trois ans. Son épouse a été condamnée à deux ans avec sursis et lui à quatre ans fermes. Mais cet interrogatoire au milieu de la nuit n’a pas été le seul calvaire de Mana Tchalaki. Quatre ans plus tard, quand elle a eu besoin de soins médicaux suite à un accident à la main, elle n’a pas pu être hospitalisée car elle ne pouvait fournir l’autorisation écrite de son père qui était en prison. Les fonctionnaires pénitentiaires, n’ont pas permis à Amine Tchalaki de rendre visite à sa fille lorsqu’elle s’est blessée, mais, en plus, ils n’ont pas permis à sa fille de lui rendre visite.

« Depuis ma libération, une de mes inquiétudes les plus sérieuses concerne mes amis encore emprisonnés, dont Mir-Hossein Moussavi, Monsieur Karroubi et Madame Zahra Rahnavard. Tant qu’ils sont assignés à domicile, ma libération ne veut rien dire. La liberté est un phénomène social et ne veut rien dire s’il n’y a qu’une personne à en bénéficier. Je m’inquiète pour les personnes emprisonnées, surtout que la situation de la section 350 ne fait qu’empirer. Les traitements médicaux sont très difficiles à obtenir. Notre ami Naïmipour est devenu sourd à cause d’une déchirure au tympan ; il a besoin de traitement médical mais le bureau du procureur le lui interdit. Monsieur Abdol-Fattah Soltani a besoin de traitement médical pour son cœur, mais on le lui interdit. Je m’inquiète pour eux et d’autres et même si je suis sorti de prison, une partie de moi est encore avec eux. »

« La prison a été pour moi une excellente occasion pour me rapprocher d’amis venant d’horizons différents, comme le Mouvement Vert a permis de concentrer différentes personnes, de les écouter. Ce fut une bonne occasion de lire 24.000 à 25.000 pages de livres, de se concentrer et de penser plus profondément. Je pense que celui qui en a parlé le mieux est Mir-Hossein Moussavi quand il a mis l’accent sur la patience. De la même façon que le silence a une valeur en musique et que d’autres notes se définissent par le silence, l’atmosphère politique et sociale en Iran a aussi besoin de silence et de plus de patience. Un évènement majeur a eu lieu en 2009, un évènement d’importance qui servira de phare à la lutte de la prochaine génération. Je pense que l’ingénieur Moussavi a exposé ces notions profondes dans ses 17 déclarations, claires, détaillées et précises. J’ai changé d’avis. Je pense que notre peuple poursuit sa lutte politique à travers le gouvernement. Cela fait plus de 100 ans, depuis le mouvement constitutionnel, que tous les efforts de ceux qui luttent pour la liberté de ce pays reposent sur le gouvernement. Je crois que l’engagement politique devrait se mener au travers de la société civile. On nous l’a interdit depuis des années. Il nous faut retourner à la société civile et y travailler. Les appels à la démocratie n’aboutiront pas tant qu’ils ne s’enracineront pas dans les piliers de la société civile. Les évènements qui ont eu lieu dans ce pays après la période réformatrice montrent que nous avons échoué à approfondir ces concepts dans la société civile. Beaucoup des buts atteints pendant la réforme ont été perdus ensuite. J’espère que j’aurai l’occasion de faire plus dans cette voie. J’ai senti que la première chose qui m’est arrivée après ma libération était révélatrice. La photo que j’ai brandie devant la prison proclame que nous ne nous repentons pas mais qu’au contraire, nous avons foi dans notre voie. La plupart des personnes en prison sont d’honnêtes gens et ont confiance dans la voie qu’ils empruntent. Il est plus que certain qu’il s’agit du même chemin pour lequel nous avons payé un prix si élevé»

« J’ai besoin de me réadapter à cette nouvelle atmosphère. Voyez-vous mes amis, il faut écouter davantage. Mais peu importe, ce chemin est incontournable. Les gens continueront certainement à demander les mêmes choses et à lutter pour elles. Et nous aussi devons poursuivre. Ces dernières années ont montré que la lutte et la résistance dont Moussavi, Karroubi et Rahnavard ont fait preuve dans la défense de leur cause est le prix à payer pour atteindre nos buts. Les élections de 2013 ont montré que le peuple continue à formuler les mêmes demandes et saisissent toutes les occasions. Non seulement le peuple n’est pas indifférent mais il est à la recherche d’occasions pour jouer son rôle historique. Cela s’est déjà produit par le passé et se reproduira de nouveau dans le futur. »

« Nos enfants sont conditionnés par notre situation, comme nous devons payer le prix pour le déni de nos droits fondamentaux. Nos enfants aussi payent le prix de cette situation. Le régime n’a même pas pitié des enfants de trois ans. D’un autre côté, je pense que la génération de ma fille est désormais assez solide pour tenir debout seule. Cette génération reste ferme dans ce qu’elle demande. »

Parlant de l’accident de sa fille tandis qu’il était en prison, Tchalaki a dit : « Il m’a été très difficile de ne pas être à ses côtés. Mon épouse était seule. On ne m’a pas permis de lui rendre visite à l’hôpital. D’autres prisonniers sont ainsi privés de leurs droits fondamentaux comme les appels téléphoniques et les visites. Par exemple, Monsieur Massoud Sadeghi n’a pas vu son enfant depuis deux ans et n’a pas de permission. Il y a d’autres prisonniers âgés comme Monsieur Rabani qui a plus de 70 ans. »

« Je pense qu’il faut lancer un nouveau train d’efforts politiques dans ce pays. Les groupes politiques doivent porter leur attention vers la société civile et c’est là qu’il leur faut poursuivre leurs buts politiques. C’est là que des notions comme la démocratie et les droits humains devraient être approfondies. »

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/november/02/article/we-do-not-repent-have-full-belief-in-our-struggle.html?utm_content=bufferc55fe&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer 

dimanche 12 octobre 2014

Les familles demandent à Rouhani : s’il n’y a pas de journalistes emprisonnés en Iran, pourquoi avoir promis leur libération ? – Fereshteh Ghazi – 1er octobre 2014

La réponse, courte mais étrange du président iranien à la question de Christiane Amanpour a causé une vague de critiques contre lui. L’un des slogans principaux de Rouhani durant sa campagne présidentielle était la libération des journalistes et des prisonniers politiques. Seulement un an après son arrivée au pouvoir, Rouhani a pourtant déclaré à CNN qu’il « ne croyait pas qu’une personne pourrait être détenue ou emprisonnée parce qu’elle est journaliste. »

Rouhani a fait cette déclaration alors qu’au moins 14 journalistes sont actuellement emprisonnés en Iran, certains emprisonnés après l’élection de Rouhani. Ce nombre est beaucoup plus élevé si l’on prend en compte tous les journalistes ayant connu la prison ces dernières années, surtout après l’élection présidentielle controversée de 2009.

Pour évaluer l’allégation de Rouhani, j’ai rendu visite aux familles de journalistes emprisonnés : Massoud Bastani, Bahman Ahmadi Amoui, emprisonnés depuis 2009 et Reyhaneh Tabatabaï, emprisonnée après l’arrivée au pouvoir de Rouhani. J’ai demandé aux familles de ces journalistes : pourquoi vos êtres chers sont-ils en prison et quel est leur crime ?

L’épouse d’Ahmadi-Amoui, Jila Bani-Yaghoub, qui a elle-même été emprisonnée à cause de ses activités professionnelles en tant que journaliste et qui purge actuellement une peine de 30 ans d’interdiction de toute activité journalistique, a dit à Rooz : « Bahman n’est en prison qu’à cause de ses articles. Il a été accusé de propagande contre le régime et d’actes contraires à la sécurité nationale ; les preuves qui ont été présentées étaient ses articles… La plupart de ses articles étaient de nature économique et critiquaient les politiques économiques du cabinet Ahmadinejad. » Bani-Yaghoub ajoute que, dans une lettre ouverte aux députés écrite l’année dernière depuis sa prison, Ahmadi-Amoui a souligné que ces critiques contre les politiques économiques d’Ahmadinejad ont été reprises par le parlement, sauf qu’il les a faites il y a six ans et que cela lui a valu cinq ans de prison.

L’épouse de Massoud Bastani, Mahsa Amrabadi, elle-même journaliste, a été emprisonnée pour ses activités professionnelles. Elle a déclaré à Rooz : « Massoud est en prison par ce qu’il est journaliste, c’est certain. Les preuves qui ont été mentionnées se rapportent au journalisme. Le journalisme en lui-même n’est pas un crime d’après la loi.. et nous remercions ces messieurs pour au moins ne pas l’avoir inclus dans le code pénal islamique. Cependant, nos collègues journalistes emprisonnés ont tous été condamnés pour actes contraires à la sécurité nationale et conspiration par le biais d’écriture d’articles ; ce qui veut dire pour leurs activités journalistiques mêmes. »

Réagissant à l’étrange allégation de Rouhani, la mère de Reyhaneh Tabatabaï a déclaré à Rooz : « Nous attendions certainement plus de lui. Même s’il voulait éluder la question, il aurait pu répondre de façon plus diplomatique. Le jour de l’arrestation de Reyhaneh, je vous ai dit que ceux qui l’avaient arrêtée voulaient mettre la faute sur Rouhani pour l’affaiblir, même si son arrestation n’avait rien à voir avec lui. Je maintiens ce que j’ai dit et je défends toujours Monsieur Rouhani, mais sa réponse m’a choquée et brisé le cœur. Reyhaneh était journaliste et c’est pour ça qu’elle est en prison. »

Marzieh Rassouli, Reyhaneh Tabatabaï, Massoud Bastani, Bahman Ahmadi-Amoui, Ahmad Zeidabadi, Seraj Mirdamadi, Alireza Rajaï, Khosrow et Massoud Kordpour, Alireza Beheshti-Shirazi, Saïd Matinepour, Keyvan Samimi, Jason Rezaian et Yeganeh Salehi font partie des journalistes actuellement emprisonnés en Iran. 

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/october/01/article/if-no-journalists-jailed-in-iran-why-did-you-promise-their-release.html

NDLT : Bahman Ahmadi-Amoui et Yeganeh Salehi ont été libérés en octobre

dimanche 29 juin 2014

Des prisons pleines de journalistes – Fereshteh Ghazi – 23 juin 2014

Ces deux derniers jours, nous avons été témoins d’assignations à comparaitre et d’arrestations de militants civiques et des médias en Iran. Mashallah Shamsolvaezine, journaliste éminent et membre de l’association iranienne des journalistes, a été convoqué et interdit de sortie du territoire, Reyhaneh Tabatabai, journaliste ayant travaillé pour le journal réformateur Shargh, a été arrêtée et envoyée à la prison d’Evine, Saba Azarpeik est toujours détenue à l’isolement depuis plus d’un mois et Mehdi Khazali, critique éminent des excès du gouvernement iranien qui a fait la une quand il a déclaré que l’ancien président Ahmadinejad avait des origines juives, a de nouveau été arrêté et emmené à la prison Radjai Shahr de Karaj.

Mohammad-Saleh Khazali, fils de Mehdi, a déclaré à Rooz qu’il ne savait pas pourquoi son père avait été arrêté. « Mes parents voyageaient au nord de l’Iran près de Mahmoudabad-Nour vendredi lorsque des agents ont arrêté mon père et l’ont transféré à la prison de Radjai Shahr. Ils n’ont donné aucune justification à son arrestation mais ils étaient bien en possession d’un mandat d’arrêt. Ils ne nous ont rien dit d’autre. On nous a appelés de la prison de Radjai Shahr et on a laissé un message sur le répondeur nous expliquant que notre prisonnier était en quarantaine. On nous a également dit que notre prisonnier était en bonne santé. »

Nous lui avons demandé si cette détention était liée au dossier précédent ou s’il s’agissait d’un nouveau dossier à son encontre, le fils Khazali a déclaré : « Je n’en ai aucune idée. S’il s’agit du dossier précédent, il a été amnistié par le guide suprême. S’il s’agit d’un nouveau dossier, on aurait alors dû le convoquer dans les règles pour lui expliquer la cause de cette arrestation. Ils se sont juste précipités et l’ont emmené. Mon père avait reçu une lourde peine de 14 ans et a été libéré suite à l’amnistie décrétée par le guide suprême. Quand on a vu que mon père continuait à travailler, ils ont remis l’amnistie en questions. »

Il y a quelques mois, Khazali a déclaré que le procureur d’Ispahan avait ouvert un nouveau dossier à son encontre pour trouble à l’ordre public et insulte à fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. Il a dit que c’était son treizième dossier et a ajouté que ce dossier n’avait pas fait l’objet d’une instruction mais avait été envoyé directement au tribunal. Mehdi Khazali avait dit auparavant que le procès pour ce nouveau dossier devait avoir lieu en février/mars de cette année, qu’il ne s’était pas rendu au tribunal mais avait envoyé une requête pour connaitre l’identité du plaignant. Khazali a été incarcéré six fois depuis l’élection présidentielle controversée de 2009 et a fait de nombreuses grèves de la faim durant ses incarcérations.
Arrêtée et interdite de sortie du territoire.

Une autre journaliste, Reyhaneh Tabatabai a été envoyée à la section féminine d’Evine après son arrestation pour purger sa peine de six mois pour un nouveau dossier. Elle a été jugée coupable de « propagande contre le régime » accusation basée sur son adhésion à l’association de la jeunesse nationale durant l’élection présidentielle de 2013, sa participation à un rassemblement de jeunes réformateurs a Shahr-e-Kord, à ses voyages dans les provinces du Sistan-Baloutchistan et de Gorgan et à des insultes sur sa page Facebook contre les candidats Said Djalili et Mohammad-Bagher Ghalibaf. Une caution de 200 million de tomans (environ $60.000) a été déposée il y a quelques jours mais elle est toujours en prison pour purger sa précédente peine. Elle avait également été arrêtée auparavant à deux reprises en 2010 et 2012 et avait, les deux fois, été libérée sous caution.

Parlant à l’agence de presse estudiantine ISNA de son arrestation, Shamsolvaezin a déclaré : « J’ai reçu deux citations à comparaitre ce matin, la première du tribunal d’Evine me convoquant dans les trois jours pour fournir des explications, faute de quoi, je serai arrêté. La seconde ne précise pas qui me convoque mais m’annonce mon interdiction de sortie du territoire, ajoutant que je peux me rendre au tribunal dans un délai de 20 jours pour faire appel de cette interdiction. » Sa dernière arrestation était liée à l’élection de 2009 ; il avait alors été également interdit de sortie du territoire. Cette interdiction expirait l’année dernière.
Aucune nouvelle d’une autre journaliste

La situation de Saba Azarpeik reste obscure et elle n’a eu aucun contact avec les membres de sa famille depuis son incarcération le 28 mai. Sa mère a posté une note sur sa page Facebook : on lui a intimé l’ordre de ne pas parler et de ne pas diffuser de nouvelles de la détention de sa fille faute de quoi, on l’a menacée de s’en prendre à sa fille.

Madame Azarpeik a expliqué : « Saba est restée à l’isolement pendant 24 jours, nous n’avions aucune nouvelle d’elle et de la cause de son incarcération. Il est très dommage que dans un pays islamique, dont les dirigeants se prétendent des fidèles de l’islam, où ceux qui interrogent les détenus et les enquêteurs se qualifient de musulmans, la plupart des droits des musulmans ne soient pas respectés. Ils me menacent en disant que si je poste quoi que ce soit sur Facebook, le dossier de ma fille serait en danger. Je ne connais pas de religion où les enfants soient otages et où l’on menace les mères de mettre en danger la vie de leurs enfants.
Je me suis rendue au tribunal pendant deux jours mais je n’ai pas reçu ce qu’on m’avait promis. J’ai rêvé que ma fille me contactait et qu’on la forçait à me dire de ne parler à personne de sa visite sinon, si le premier assesseur du tribunal l’apprendrait et cela jouerait contre elle. Je ne l’ai pas revue après cela. Je dis à ceux qui l’interrogent, si mon angoisse pour ma fille vous réjouit, alors au moins MAN UP  et relâchez-la : sa grand-mère ne peut plus manger, on est obligé de la nourrir à la cuiller, elle réclame sans arrêt sa petite-fille, récite des poèmes en pleurant et ne dort plus de la nuit. Où est l’humanité, où est l’islam ? »

D’après sa mère, Saba est accusée de propagande contre le régime.

Saba a été arrêtée le 28 mai ; les autorités ont contacté sa famille une seule fois mais sans lui donner les raisons de son arrestation.

Elle a été arrêtée en même temps que 18 autres journalistes la fois précédente. Sa mère a expliqué que, lorsqu’ils avaient envahi leur domicile, ils avaient giflé son fils alors que toute la scène était filmée, puis l’avaient emmenée devant ses yeux. « Je voudrais dire aux autorités que ce n’est pas une façon de traiter les jeunes. La prison n’est pas une solution, elle produira l’effet contraire. »

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/june/23/article/filling-prisons-with-journalists.html

mercredi 19 mars 2014

La rencontre entre Mesdames Eshghi et Ashton déclenche une tempête – 15 mars 2014 – Fereshteh Ghazi

Je lui ai dit que Sattar avait été torturé à mort.


La mère de Sattar Beheshti, un bloggeur torturé à mort, a expliqué à Rooz que la chef de la diplomatie européenne lui avait dit qu’elle enquêterait sur le meurtre de son fils auprès des autorités iraniennes. « Madame Ashton m’a traité avec respect et amitié. Elle m’a dit qu’elle parlerait aux autorités iraniennes de Sattar et qu’elle les interrogerait à son sujet. »

La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton s’est rendue en Iran la semaine dernière et elle y a rencontré Nargues Mohammadi, sous-directrice du Centre des Défenseurs des Droits Humains en Iran et Gohar Eshghi, la mère de Sattar Beheshti, une rencontre qui a secoué tout le système politique iranien. Les fondamentalistes qui s’oppose au cabinet Rouhani et les médias qui leur sont affiliés ont traité Mesdames Mohammadi et Eshghi entre autres de « séditieuses », un terme réservé à ceux qui ont protesté activement contre l’élection présidentielle truquée de 2009 ; des parlementaires ont signé des lettres exigeant des explications des ministres des affaires étrangères et du renseignement ; le chef de la justice a menacé le gouvernement de s’opposer à la venue de toute autre délégation étrangère et des membres de la Bassidj se sont rassemblés devant l’ambassade d’Autriche, là où a eu lieu la rencontre.

Mais que s’est-il passé durant la rencontre ? Madame Eshghi l’a raconté à Rooz : « La rencontre a eu lieu tenue dans une atmosphère émotionnelle et amicale. Madame Ashton m’a traité très amicalement et avec beaucoup de respect et m’a dit qu’elle en parlerait aux autorités iraniennes et qu’elle les questionnerait à son sujet. Je lui ai dit que Sattar avait été torturé à mort. Je lui ai dit qu’on avait arrêté Sattar le 18 novembre et tué quatre jours après. Je lui ai dit tout ce qui s’était passé, que j’avais été menacée et que celui qui interrogeait Sattar avait raconté qu’il riait tandis qu’il le battait. Je lui ai dit qu’on avait jugé que s’était un meurtre sans préméditation mais que d’après les propres mots de celui qui l’interrogeait et qui riait en le battant, Sattar était mort de ses mains ; son avocat et moi-même considérons donc qu’il s’agit d’un meurtre avec préméditation.
Nous n’avons rien fait de mal et nous n’avons rien à cacher. Nous sommes allés partout, nous avons écrit à tout le monde, envoyé des messages et parlé à tous dès le début. J’ai sollicité une entrevue avec le chef de la justice, j’ai envoyé un message au guide suprême mais personne ne nous a prêté attention. On ne m’a pas contacté, ne serait-ce que pour me soulager. Mais on a continué à me menacer. Nous avons beaucoup souffert et on a fini par nous dire que c’était un meurtre sans préméditation et que nos plaintes et nos poursuites n’amèneraient à rien.
Madame Ashton m’a rencontrée, mais aucun officiel, aucune autorité de mon pays ne l’a fait. Personne n’a tenté de soulager ma douleur. Le ministre de l’intérieur a prétendu que la famille de Sattar avait été entourée et qu’on lui avait apporté une assistance financière, alors qu’en fait, on a rien fait. Monsieur Motahari a demandé au ministre de l’intérieur de présenter ses excuses à moi ainsi qu’au peuple mais monsieur Kosari a proclamé qu’il n’y avait pas eu d’injustice à l’encontre de Sattar Beheshti. Pourquoi ma rencontre avec Madame Ashton les met-ils en colère ? Ils n’ont rien fait quand je le leur ai demandé. »

Madame Eshghi a répondu aux remarques du général de la garde Djazaeri qui avait dit qu’elle et Nargues Mohammadi étaient folles : « Oui je suis folle à cause de l’injustice et de la cruauté qui m’ont été infligées. Je suis folle à cause du meurtre de mon fils. Je suis folle parce que personne n’a tendu la main à cette victime. Et c’est vrai aussi pour Nargues. Le monde nous connait Nargues et moi. Nous n’attendons rien d’eux (des autorités iraniennes). »
Le journal Djavan a publié une photo de la réunion entre Mesdames Eshghi et Ashton mais a effacé son image de la photo. Rooz a questionné Madame Eshghi sur cette omission : « Je ne fais pas de politique, c’est peut-être pour cela qu’on a effacé mon image. Ils ont pris la vie de mon fils et continué à mépriser sa perte. Nous agissons ainsi pour qu’un autre Sattar ne soit pas tué de la même façon. Il est mort mais sa mémoire vivra. Son corps est parti et je me rends chaque jour sur sa tombe et je parle à mon fils. »

Cette mère endeuillée dit qu’elle continuera à demander justice tant qu’elle vivra, que grâce à eux, elle ignore désormais la peur. « Leurs menaces contre ma fille et moi m’ont rendue plus forte : ils ont dit qu’ils arrêteraient ma fille et lui feraient ce qu’ils avaient fait à Sattar. Quand j’ai vu le corps de Sattar descendre dans la tombe, j’ai ressenti le calme au fond de moi. Nous sommes témoins qu’il est parti dans la bonté et c’est ainsi que le monde s’en souviendra. On dit à raison qu’un homme bon ne meurt jamais, son corps s’en va mais son nom est éternel. Je suis fière d’être la mère de Sattar et je serais fière de partir comme lui. »

Les réactions à la rencontre entre Madame Ashton et ces Iraniennes ne se sont pas limitées à des noms d’oiseaux. Même Madame Ashton n’a pas été épargnée par les insultes. Jusqu’à il y a quelques jours, Madame Ashton a été accusé d’interférence dans les affaires intérieures iraniennes, mais après la rencontre, un député fondamentaliste l’a traitée de sorcière et a qualifié sa rencontre avec les militantes civiques iraniennes de pire qu’une « capitulation ». Il a dit qu’il était inacceptable que les ministres des affaires étrangères et du renseignement n’ait rien fait pour l’éviter. Ali Laridjani, président du parlement iranien, a comparé la rencontre avec Ashton à l’attitude d’un voleur qui agit secrètement et sans être vu. Fatemeh Rahbar, présidente du groupe des femmes au parlement, a écrit à Ashton pour lui expliquer qu’elle avait rencontré des membres de l’opposition armée.

Le journal Djavan, qui appartient aux gardes révolutionnaires, a effacé l’image de Madame Eshghi de la photo de la rencontre qu’il a publiée ; il a cité le fondamentaliste Ahmad Khatami, imam du vendredi de Téhéran, qui aurait dit que la rencontre avait dû être préparée à l’avance.
Le journal a fait face à d’innombrables protestations sur cette suppression de l’image de Madame Eshghi ; il y a répondu en expliquant qu’il l’avait effacée pour ne pas faire d’elle une séditieuse.

Un religieux important de Qom, Hossein Nouri Hamedani, a aussi déclaré que la rencontre avec Ashton démontrait qu’elle interférait dans les affaires intérieures iraniennes et montrait une faiblesse dans la direction du pays qui lui avait permis de rencontrer des dissidents importants.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/march/15/article/i-told-ashton-that-sattar-died-under-torture.html?utm_content=buffer02495&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer