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samedi 20 avril 2013

Hymne à Nasrine Sotoudeh à l’occasion du Nouvel-An - Mansoureh Shojaei


Le 6 du mois persan de Farvardine (26 mars) est le jour anniversaire du prophète Zarathoustra ; c’est aussi le jour où il a commencé à prier son créateur. Mon message pour le Nouvel-An : nous considérons chaque jour comme faste, les signes d’un merveilleux printemps vont croissant, la source du printemps c’est le Nouvel-An ; chaque jour nos yeux engrangent de nouvelles merveilles qui dureront jusqu’au mois de Khordad [juin/juillet ]: une joie de vivre printanière, de l’homme, de la terre et du ciel. A l’arrivée de la chaleur de l’été, leur intensité ira diminuant.

C’est le troisième Nouvel-An loin de la maison ; non seulement aucun ressenti de la venue du printemps mais encore aucun calendrier, en fait il y a bien un calendrier mais il n’indique pas les concordances solaires et lunaires et bien sûr pas non plus la concordance avec le calendrier occidental ; il coïncide avec les plus vieilles informations sur l’Iran. Ce calendrier ne mentionne ni les saisons, ni la nature, ni Zarathoustra, ni rien de tout ça. Sa raison d’être, ce sont les évènements qui frappent l’Iran, et leur importance qui va croissant ou décroissant. Par exemple, le jour du changement d’année correspond avec la libération provisoire de certains détenus et l’arrivée inopinée de Nasrine Sotoudeh chez elle, de même que le 1er Favardine (21 mars) correspond à la naissance d’un être cher en Iran, le 5 Farvardine (24 mars) au jour où Kasra Nouri, l’un des derviches détenus à la prison d’Adel-Abad de Shiraz s’est évanoui au sixième jour de sa grève de la faim.
Le 6 Farvardine, après une semaine de liberté provisoire, Nasrine devra retourner en prison. Je ne me souvenais plus de la date de naissance de Zarathoustra ni celle du début de sa prédication mais, le sixième jour après Norouz, j’ai plusieurs fois décroché le téléphone pour contacter Nasrine, et je l’ai raccroché tout doucement. Tous les jours du nouveau calendrier sont pleins de jours propices aux relations, pleins aussi de l’angoisse de savoir s’il faut ou non prendre contact ; il correspond à mon destin, toujours attendre dans l’incertitude, attendre la décision des autres, savoir si je dois ou non écrire. Surtout, ne pas créer davantage de problèmes, ne pas gêner, ne pas… La voix tranquille et triste de Réza Khandan qui dit que la relation est établie, la voix dit que l’incertitude a disparu, qu’ils viennent de rentrer de voyage… La voix décidée et gentille de Nasrine, un peu gênée qui enfin me libère de mon stress.
Il y a d’abord eu les gentilles salutations habituelles, les conseils de l’avocate de toujours qui se soucie de la situation des prisonniers, et puis l’empathie et puis elle en voulait un peu à toute la propagande officielle autour de ses libérations provisoires, bien loin de la vérité ; selon elle, ces libérations provisoires, trop courtes, ne compensent pas les peines lourdes et injustes, elles ne résolvent aucun problème. Elle dit qu’à la mort de ses parents, elle n’a eu qu’une permission d’un jour ; elle parle avec une grande tristesse et une grande amertume de leurs décès. Et maintenant, au sixième jour, elle doit retourner en prison sans finir ses vacances avec son mari et ses enfants. Elle dit que cette libération provisoire trop courte n’est pas le remède à toutes ces condamnations, à toutes ces injustices. Elle dit que le remède serait de respecter les personnes qui souffrent de condamnations injustes et qui sont fatiguées de cette injustice. Elle dit que le remède serait de fixer les innombrables prisonniers dans l’incertitude sur leur sort (de nombreux prisonniers n’ont pas de statut légal, accusé, condamné, en incarcération préventive, etc…) de leur permettre d’être jugés équitablement. Elle dit que les prisons sont pleines, que de nombreux jeunes ont été condamnés pour s’être intéressés au sort de leurs compatriotes, ce qui met leur avenir en danger, alors comment penser à réclamer la liberté dans ces conditions ? Elle dit que l’abrogation de toutes les condamnations injustes, est son vœu du nouvel an. Elle dit que sa liberté provisoire est trop courte, qu’il lui fallait rejoindre ses codétenues, alors elle a dit au-revoir.

Le 6 Farvardine de mon calendrier a concordé avec le jour de la prière de Nasrine pour ses amis. Qu’elle ait longue vie et que ses paroles soient éternelles.

Source : http://www.roozonline.com/persian/opinion/opinion-article/archive/2013/march/28/article/-64806860b2.html



mercredi 23 mars 2011

Interview de la mère de Madjid Tavakoli par Jaras – 17 Mars 2010


Madame Tavakoli quand avez-vous eu des nouvelle de votre fils pour la dernière fois ? 

Je n’ai aucune nouvelle de mon fils depuis janvier dernier. Il n’a même pas eu le droit d’appeler. Son père et moi sommes malades. Le voyage vers la prison de Radjaï Shahr est long et nous ne pouvons pas aller le voir. Nous n’avons aucune nouvelle de son état physique et psychologique depuis septembre, quand son frère lui a rendu visite.

Les autorités savent-elles que vous et votre mari êtes malades ?

Oui, elles savent que nous sommes malades et incapables d’effectuer un voyage de dix-sept heures.

Les autorités vous ont-elles expliqué la raison de l’interdiction des conversations téléphoniques ou du refus de permission ?

Mi-janvier, on nous a expliqué que Madjid n’avait plus accès au téléphone. J’en suis très affligée. J’ai contacté la prison plusieurs fois mais on m’a dit que les téléphones étaient débranchés et que personne ne répondait. Je les ai suppliés plusieurs fois et je leur ai expliqué que notre état physique ne nous permettait pas de voyager. Je leur ai demandé qu’au moins je puisse entendre la voix de mon fils, ne serait-ce que quelques minutes. Mais on a refusé de répondre à une mère inquiète et au cœur lourd. Que dire ? Je suis une mère et je me languis de voir mon fils.

Avez-vous bon espoir d’avoir votre fils à vos côtés pour le nouvel an persan (Norouz) ?


Nous espérons mieux qu’une permission pour notre fils. Nous attendons sa libération totale. Mais s’il n’est pas libéré, qu’on lui donne au moins une permission pour passer Norouz en famille.

En tant que mère privée de la vue de son fils et du son de sa voix depuis des mois, que diriez-vous aux autorités judiciaires ?

Pour des parents malades privés de la vue de leur fils depuis 16 mois, demander qu’on lui accorde un permission n’est pas trop. Nous ne sommes pas seuls dans cette demande. Toutes les familles des prisonniers politiques aimeraient voir ceux qu’ils aiment en famille pour Norouz. J’espère qu’ils seront tous libérés pour mettre fin à cette situation difficile. J’espère qu’ils libèrent nos cœurs de cette tristesse. Si l’un des responsables entend ma voix, comme le père de Madjid et moi sommes malades, je lui demande d’au moins lui permettre et nous rendre visite à la maison. C’est un droit pour les prisonniers politiques et leurs familles. Je voudrais pouvoir expliquer la souffrance de mon cœur pour que l’on comprenne ce que nous traversons. Je pleure jour et nuit. Madjid me manque terriblement. Norouz approche. Tout le monde est heureux et satisfait. Mais d’un autre côté, notre maison est pleine de tristesse, de nostalgie et de souci. L’année dernière non plus, Madjid ‘était pas avec nous. Nous ne nous sommes pas occupés de préparer les Haft Sin ni de fêter le nouvel an. Je me contentais de fixer la photo de Madjid et de pleurer. Je suis restée près du téléphone dans l’espoir d’entendre la voix de Madjid mais le téléphone n’a pas sonné et je n’ai pas eu l’occasion d’entendre la voix de mon fils. Vous ne pouvez pas imager combien il est difficile d’attendre, surtout pour une mère dont les yeux sont fixés sur la porte et dont les oreilles attendent la sonnerie du téléphone. Les jours et les nuits s’écoulent et nous continuons d’attendre. Je demande à quiconque entend mes paroles de faire un acte de compassion et de permettre à Madjid de rendre visite à ses père et mère malades. Je demande à Dieu d’accorder le bonheur aux familles des prisonniers politiques ainsi qu’à ceux qu’ils aiment et qui sont détenus.

Nous vous remercions de nous avoir accordé la possibilité de vous parler et espérons le jour où tous les détenus que nous aimons seront libres.

Source: Jaras http://www.rahesabz.net/story/34069/