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dimanche 27 juillet 2014

Lettre de Mohammad-Amin Agoushi à la Commission des Droits Humains de l’ONU

Messieurs,

Je suis Mohammad-Amin Agoushi, prisonnier politique condamné à 10 ans de prison à Zahedan. A cause du stress causé par l’exil et la peine de prison, mon épouse est décédée et mes enfants sont orphelins. Les autorités judiciaires font des différences entre nous et les prisonniers de droit commun et nous sommes privés de certains aménagements de peine comme la « prison ouverte » dont ils bénéficient. D’après le code pénal islamique, les prisonniers, au bout d’un an d’exil doivent être transférés dans leur ville d’origine ; malheureusement, les autorités n’ont pas encore reconnu ce droit.

C’est pourquoi je fais une grève de la faim pour protester contre cette injustice et ces discriminations depuis le 8 juillet et je demande instamment eu Haut Commissaires aux Droits Humains et à Amnesty International d’exiger du gouvernement iranien ma libération et la fin des discriminations.

Je vous prie de croire, Messieurs, à l’expression de mes salutations les plus respectueuses.
Mohammad-Amin Agoushi

Source : https://hra-news.org/en/mohammad-amin-agoshi-hunger-strike-solitary-confinement

Lettre de prisonniers politiques s'opposant à l'exil de leurs camarades

Chers Iraniens épris de liberté,

On admet habituellement et c’est ce que dit la loi : une peine doit être personnelle et ne doit pas s’appliquer aux membres de la famille. Et pourtant, la république islamique exile les prisonniers politiques et punit ainsi les familles de ces prisonniers. L’exil, en lui-même, est un châtiment sévère et doit être décidé par un tribunal.

L’article 168 de la constitution a reconnu aux prisonniers politiques des droits sur leurs conditions de détention ; incarcérer des prisonniers politiques avec des prisonniers de droit commun est contraire à la loi et à la morale. Suivant leur politique de ségrégation des prisonniers suivant leurs crimes et après l’attaque de la section politique 350 de la prison d’Evine (Jeudi Noir) les autorités viennent de déporter beaucoup de prisonniers politiques dans différentes villes du pays comme Mashhad, Tabriz, Nideh, Borazdjan et d’autres encore que nous ne connaissons pas. Ces prisonniers sont actuellement incarcérés avec ceux de droit commun.

Quelques-uns de ces prisonniers politiques et de conscience déportés : Arjang Davoudi - Gholamreza Ghanbari - Zia Nabavi - Mahmoud Fazli - Ayat Mehrali Beyglou – Shahram Radmehr – Behrouz Ghorbani – le docteur Latif Hassani – Shahram Tchinian – Siamak Mehr – Nategh Mahmoudi – Hassan Djavani – Mohammad Djarrahi – Ali Moezzi – Negar Haeri – Mehdi Khazali – Saïd Shahghaleh – Gholam Kalbi – Mohammad-Reza Seifzadeh – Ali-Asghar Mahmoudian – Hassan Tarlani – Mohammad-Ali Gholizadeh – Farzad Mardani – Reza Mollahzadeh et beaucoup d’autres

Apparemment, le but du régime est de casser l’unité et la force des prisonniers et de les torturer eux et leurs familles en les emprisonnant en exil. 
Comme vous le savez, ces déplacements font peser un lourd fardeau sur les épaules des familles de prisonniers, ils ont même causé des morts : des membres de la famille de Shahram Ahmadi et la mère et l’épouse d’Hamid-Reza Aref dans des accidents de la route en revenant de visite.

D’après notre expérience, nous prévoyons d’autres menaces pour les prisonniers exilés mélangés à ceux de droit commun :

1. L’accès aux drogues et le risque d’addiction

2. Les risques de problèmes psychologiques dus à l’insécurité régnant parmi les prisonniers de droit commun

3. Des risques pour la santé à cause de l’hygiène insuffisante et la présence de diverses maladies comme le SIDA ou les hépatites

4. La probabilité de manque de respect et de bagarres entre les prisonniers de droit commun dans les cellules et les salles de réunion

Donc, nous, signataires de cette déclaration, condamnons les déportations illégales des prisonniers politiques par le régime et demandons aux organisations internationales de défense des droits humains et au grand peuple d’Iran de presser le gouvernement d’arrêter ces déportations, les châtiments durs infligés aux familles et la torture des prisonniers politiques.

Signé :

Reza Akbari-Monfared
Mohammad Amir-Khizi
Asghar Ghotan
Khaled Hardani
Afshine Heyratian
Saleh Kohandel
Mohammad-Ali Mansouri
Ali Salan-Pour
Reza Shahabi
Sharokh Zamani

Source : https://hra-news.org/en/statements/political-prisoners-condemn-illegal-deportations

dimanche 11 novembre 2012

Témoignage de 41 prisonniers politiques du bloc 350 d’Evine : « Feu Sattar Beheshti a été torturé ! »


D’après les medias, la cyber-police, dépendant des forces de sécurité nationale, ont arrêté Sattar Beheshti le 30 octobre 2012. Le 6 novembre, on a informé sa famille de son décès en lui demandant d’enlever le corps de la morgue de Kahrizak. Pendant toute cette période on a menacé sa famille au cas où l’un de ses membres parlerait sur le sujet à qui que ce soit.

Monsieur Sattar Beheshti était à la section générale 350 d’Evine du 31 octobre au 1er novembre 2012, les détenus de cette section ont donc été les premiers témoins de son état physique et psychologique douloureux ; nous considérons qu’il est de notre devoir national et religieux d’informer l’honorable nation iranienne de l’histoire de Monsieur Beheshti et de ce qui lui est arrivé.

Sattar Beheshti a été inculpé pour ses critiques des autorités au pouvoir sur son blog personnel. Il a raconté aux témoins de la section 350 d’Evine que lors de sa garde à vue au siège de la police, on avait commencé par le rouer de coups alors qu’on l’avait suspendu au plafond, et qu’on avait continué alors qu’il était attaché sur une chaise. Quelquefois, on l’a battu alors qu’il avait les mains liées et d’autres fois, on l’a jeté par terre et donné de forts coups de pieds sur la tête et le cou ; ceux qui l’interrogeaient portaient des godillots de l’armée. Durant ces tortures, on l’a soumis à des malédictions des plus vulgaires et on l’a menacé de le tuer à plusieurs reprises.

Quand il est arrivé à la section 350 d’Evine, on voyait des preuves de torture sur tout le corps de Sattar, il était dans un état physique et psychologique déplorable. Son visage était cabossé, sa tête enflée, les poignets et les bras meurtris et l’on voyait sur ses poignets les marques laissées par sa suspension au plafond. D’autres parties de son corps étaient également meurtries comme le cou, le ventre et le dos.

Bien qu’il ait à peine pu écrire à cause de ces passages à tabac, Sattar a néanmoins déposé une courte plainte auprès des autorités de la section 350 d’Evine ; elle décrivait son état et comment il avait été traité par les agents de sécurité et demandait que son dossier soit suivi.

Son état physique étant loin de la normale, on l’a emmené deux fois au dispensaire de la prison et le médecin et l’infirmière sont aussi témoins de son état.

Le 1er novembre, Sattar, un jeune militant du Mouvement Vert a de nouveau été transféré de la section 350 d’Evine au siège des forces de sécurité. Il était très inquiet en quittant la section et a dit aux autres détenus : « Ils veulent me tuer. » Quatre jours après son transfert, on a informé sa famille de son décès.

Ils sont témoins de cruautés, d’injustices, d’atrocités, de tortures et de meurtres et restent indifférents, sans même perdre une seule nuit de sommeil. Dans les années qui ont suivi l’élection présidentielle de 2009, nous avons à plusieurs reprises été témoins de ce genre de torture de la part des forces de sécurité et de la cuber-police. A la section 350 d’Evine, il y a actuellement des détenus qui ont été soumis à de telles tortures. Nous attestons ici que nous avons été témoins de nombreux cas de torture de détenus par les agents de sécurité de la section 350 d’Evine.

Les actes de torture des criminels de la prison de Kahrizak et des tortionnaires de celle d’Evine ont été rendus publics à plusieurs reprises et sont donc connus des autorités de cet établissement ; nous croyons que, s’ils étaient punis au lieu d’être félicités et promus, il n’y aurait plus de tels actes de tortures haineuses dignes de Kahrizak et plus de meurtres.

Il est maintenant clair pour nous tous que toutes nos protestations contre les dirigeants actuels tomberont dans l’oreille de sourds. Nous présentons nos condoléances à la famille de Sattar Beheshti et à toute la nation iranienne opprimée ; nous rappelons à tous que les dirigeants actuels, qu’ils le veuillent ou non, sont responsables des cruautés, des tortures et du bain de sang injuste de victimes innocentes.

Signé :

Bahador Alizadeh
Reza Ansari Rad
Hossein Assadi Zeidabadi
Ibrahim (Nader) Babaï Zeydi
Emaad Bahavar
Seyed Ali Reza Beheshti Shirazi
Amid Behroozi
Seyed Mohammad Ali Dadkhah
Amir Khosro Dalirsani
Mohammad Davari
Mohammad Ebrahimi
Amir Eslami
Jafar Gandji
Amir Garshasbi
Siyamak Ghaderi
Abolfazl Ghadiani
Ali Akbar Ghoti
Mohammad Amin Hadavi
Seyed Ahmad Hashemi
Siavash Hatem
Afshin Karampour
Hamid Reza Karvasi
Omid Kharazmian
Mehdi Khodaï
Farshi Lahouti
Mohsen Mirdamadi
Abdollah Momeni
Mostafa Nili
Mohammad Hassan Youssef Pourseyfi
Ali Reza Radjaï
Mohammad Rezaï
Farzad Rouhi
Mohsen (Bahman) Sadeghi Nour
Edris Seyedin
Pouria Shahpari
Abdolfatah Soltani
Mohammad Farid Taheri Ghazvini
Amin Tchalaki
Mohammad Ali Velayati
Farshid Yadollahi
Hossein Zarini

Source: Kaleme http://www.kaleme.com/1391/08/20/klm-119438/

jeudi 23 août 2012

Mahsa et Massoud en Prison – Taghi Rahmani – 22 août 2012


Massoud Bastani est allé en prison pour que les agents de sécurité relâchent son épouse, Mahsa Amrabadi. La sécurité lui avait promis de relâcher Mahsa s’il se présentait. Il l’a fait et Mahsa a été relâchée. Mais seulement pendant peu de temps. Pourtant, Massoud n’était pas condamné à une longue peine de prison mais Mahsa est retournée en prison.

Ceci a eu lieu lors des premiers jours du Mouvement Vert. Quand Massoud est allé en prison, son épouse est devenue sa voix et a fait tout ce qui lui était possible pour parler de l’injustice qui était faite, à elle, à lui et aux autres.

Elle a honoré tous ses engagements, a rencontré tous les officiels et les prisonniers relâchés en liberté provisoire pour leur dire que la réponse à une aspiration à la liberté n’était pas l’emprisonnement, et ce, jusqu’à ce qu’elle soit rappelée en prison pour purger le reste de sa peine de prison. Maintenant, l’époux et l’épouse sont tous deux en prison, mais séparés.

Il est intéressant de savoir que durant le premier tour des élections législatives à Arak, ce jeune homme passionné n’est pas rentré chez lui pendant 40 jours pour faire campagne pour un candidat, Rahman Kargosha, qui critiquait le régime. Mais le conseil des gardiens a fini par récuser Kargosha en tant que candidat.

Le zèle et la jeunesse de Massoud l’ont transformé en un journaliste travailleur et perspicace. Il s’est changé en voix de la liberté malgré les hauts et les bas de sa vie et de celle de ses proches. Evidemment, vivre ainsi et se dévouer à de nobles causes lui a créé un épais dossier judiciaire, dont une condamnation à trois ans de prison.

Je n’aurais jamais pensé que ce jeune-homme né l’année de la révolution, en 1979, et que j’ai rencontré pour la première fois en 1999 à Arak deviendrait cet homme curieux et dévoué et que sa recherche de la vérité et de la justice lui causerait tant de souffrances.

Massoud et Mahsa se sont trouvés au cœur d’un piège romantique. On dit qu’il l’avait vraiment remarqué lors d’une cérémonie en l’honneur du grand poète iranien, et critique du régime islamique Ahmad Shamlou. C’est lors de cette réunion qu’ils ont été vraiment attirés l’un vers l’autre, et c’est ce que Massoud a confié à un ami. Comme on le dit, l’amour commence par une étincelle mais se transforme en flammes.

Ils se sont liés lors des célébrations de l’Eid el Fetr. Massoud et Mahsa se sont mariés durant une permission de dix jours dont Massoud a bénéficié lors de sa peine de prison de six mois à Arak. La prison semble donc faire partie de leur vie. Dans un pays détruit au régime atroce dont nous sommes témoins, il semble que la prison soit la place qui leur convient.

Pour leur anniversaire de mariage, je leur envoie mes félicitations bien sincères et j’espère qu'ils vivront longtemps, côte à côte dans l’amour et la liberté.

Source : http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/archive/2012/august/22/article/mahsa-and-masoud-in-prison.html

samedi 21 juillet 2012

Survivre au Viol dans le Prisons Iraniennes - Mojtaba Saminejad @madyar


Nom : Mojtaba Saminejad
Lieu de Naissance : Téhéran, Iran
Date de Naissance : 30 septembre 1980
Profession : Bloggeur, journaliste, militant des droits humains
Interviewer : Iran Human Rights Documentation Center (IHRDC)
Date de l’Interview : 4 février 2011

Cette déclaration a été préparée suite à un entretien aves Mojtaba Saminejad. Elle a été approuvée par Monsieur Saminejad le 18 mai 2011.

Je m’appelle Mojtaba Saminejad. Je suis né le 30 septembre 1980. J’étudiais le journalisme et la communication à l’université de Téhéran.

J’ai été arrêté deux fois, la première le 31 octobre 2004 ; j’ai été libéré sous caution au bout de 88 jours. Après deux semaines, le 12 février 2005, j’ai été arrêté de nouveau et je suis resté incarcéré pendant 21 mois.

La première fois, j’ai été arrêté pour avoir publié l’incarcération de trois bloggers de mon blog. Mais j’ai été accusé d’autres choses, en autres pour des articles que j’avais publiés sur mon blog. Certaines accusations étaient très graves comme insultes contre le Prophète Mahomet, passibles de la peine de mort si prouvées, insultes contre les ayatollahs Khomeini et Khamenei, crimes contre la sécurité nationale, troubles à l’opinion publique, propagande contre la république islamique et, par-dessus tout, insultes contre le prophète Mahomet.

Il était près de 20h00 quand j’ai été arrêté pour la première fois. J’étais chez moi avec ma mère, l’un de mes frères et un ami. Quatre personnes sont arrivées et m’ont demandé. Je suis allé voir qui ils étaient. Ils m’ont montré mon portrait et m’ont demandé si c’était bien moi, ce que j’ai confirmé. Ils m’ont montré un dossier qui contenait mes écrits et se sont présentés comme agents du maintien de l’ordre. Ils ont forcé l’entrée et ont dit qu’ils voulaient perquisitionner. J’ai demandé un mandat. Ils n’en ont produit aucun. Ma mère et moi avons reformulé notre demande d’un mandat et de qui ils étaient. Mais ils ont répété qu’ils étaient des agents de maintien de l’ordre. L’un d’eux a dit s’appeler monsieur Teherani.

Plus tard, durant les interrogatoires et les conversations avec ceux qui m’interrogeaient, j’ai découvert qu’ils appartenaient à un comité spécial illégalement institué par la Sepah (le conseil des gardes révolutionnaires, IRGC) sous la direction des juges Saïd Mortazavi et Moghadis (plus tard assassiné) pour lutter contre la cybercriminalité et réprimer les bloggeurs.

Ce comité, appelé « Bureau Internet » n’était pas officiellement établi. Il était néanmoins actif et visait les bloggeurs. J’avais posté sur mon blog un article sur leurs activités illégales avant mon arrestation. Les médias étaient plus ou moins au courant de l’existence de ce comité mais le gouvernement ne la confirmait pas.

Ils ont perquisitionné pendant une heure et demie. Pendant cette perquisition, mon père est arrivé. Il leur a aussi demandé le mandat de perquisition mais ils n’ont rien montré. Ils nous ont maudits et insultés durant la perquisition et m’ont menacé. L’un d’eux m’a forcé à accéder à mon blog pour en changer le contenu. Ils voulaient surtout que je réfute que les trois bloggeurs aient été arrêtés pour raison politique et voulaient que j’écrive que c’était pour avoir bu lors d’une soirée. Je ne l’ai pas écrit. L’un d’eux voulait utiliser la force et la violence. Ma mère et mon frère l’en ont empêché. Il m’a dit que je serai emprisonné pendant des années si je ne changeais pas le contenu de mon blog. J’ai écrit ce qu’il m’avait demandé mais de façon telle que les lecteurs flairent l’embrouille. Par exemple, j’ai écrit que j’allais à Shiraz pour participer à une foire aux livres. C’était pendant le mois du Ramadan et chacun sait que les foires aux livres n’ont jamais lieu pendant ce mois-là.

Je crois que, même si j’avais nié l’arrestation des trois bloggeurs, ils ne m’auraient pas relâché. Ils étaient venus pour m’arrêter. Ils ont ramassé tous mes documents personnels durant la perquisition.

Ils m’ont sorti de la maison, m’ont bandé les yeux et ont dit à mon père qu’ils avaient quelques questions à me poser et qu’ils me relâcheraient le lendemain. Deux voitures attendaient dehors. L’une d’elle était une fourgonnette et l’autre une Peugeot. Ils m’ont mis dans l’une d’elles et m’ont forcé à me mettre la tête entre les jambes.

Je ne savais pas où ils m’emmenaient. Au bout d’une demi-heure, la voiture s’arrêta. J’ai compris plus tard qu’il s’agissait de la prison d’Evine. J’ai passé un examen médical et on m’a posé quelques questions sur mon historique médical. Ils m’ont laissé debout devant un mur pendant 45 minutes puis m’ont conduit dans une cellule du bloc 2A administré par l’IRGC. Je suppose que ce bloc est situé au sud-est d’Evine. Ils continuaient à me menacer de me garder en prison pendant des années et de me soumettre au « poulet ». J’ai compris plus tard ce que cela signifiait. « Poulet » était le nom d’une torture. On attachait les prisonniers sur une planche, on le suspendait et on le fouettait.

De nuit, ils m’ont transféré dans une cellule d’isolement. J’y suis resté quatre nuits. On m’a donné un stylo et une feuille de papier et on m’a dit d’écrire si je voulais utiliser les toilettes et de passer le papier par la trappe. Il y avait une petite trappe en bas de la porte par laquelle on me passait ma nourriture. C’est vers cette époque que j’ai vu par hasard un bloggeur dans la prison ; son épouse avait rapporté sur son blog qu’il avait trouvé la mort dans un accident de voiture à Ahvaz. J’ai été surpris de le voir vivant.

La quatrième nuit, les interrogatoires ont commencé. J’ai eu environ 13 personnes pour m’interroger. Il semblerait qu’ils étaient tous membres d’une même équipe supervisée par le comité spécial établi pour réprimer les bloggeurs. L’un d’eux s’appelait Seyed Amir. Il y a quatre ans, j’ai découvert qu’il avait été nommé chef de la sécurité de l’université Allameh Tabatabaï. Je suppose qu’il l’est toujours. Au bout de quatre nuits, on m’a emmené pour m’interroger mais on m’a remmené en cellule immédiatement. J’ai vu qu’il y avait six salles d’interrogatoires dans notre bloc. Après m’avoir demandé mon identité, celui qui m’interrogé a ordonné au garde de m’emmener et de me ramener quand j’aurai fini de prier. Une demi-heure plus tard, on m’amena pour m’interroger. Dès que je suis arrivé, on m’a giflé et poussé contre le mur. Alors, cinq ou six personnes ont commencé à me frapper. On ne m’a posé aucune question pendant une demi-heure, on m’a juste frappé. Lorsque j’ai commencé à saigner, ils ont arrêté de me frapper. On m’a alors assis sur une chaise. Personne ne m’a dit de quoi j’étais accusé. Au bout d’un moment, on m’a remis à un garde qui m’a reconduit en cellule.

Le lendemain, vers quatre heures, un nommé Mohebi du bureau 21 du procureur de Téhéran a écrit ce dont j’étais accusé et m’a demandé de signer le papier. J’étais accusé de crimes contre la sécurité nationale et de troubles à l’opinion publique. Il a inscrit le montant de 150 millions de tomans en tant que caution sur la même feuille et m’a demandé de la signer. Je lui ai demandé ce qu’était ce montant et il m’a dit que c’était ma caution. Je lui ai demandé si ma famille était au courant et il m’a assuré que oui. Il mentait. Ma famille ne savait même pas où je me trouvais. Il n’a pas expliqué le pourquoi de ces accusations. J’ai demandé à rencontrer un avocat. Il m’a dit que je n’avais pas droit à un conseil juridique et que personne n’accepterait de me défendre.

La fois suivante, on m’a enveloppé la tête dans un sac plastique, menotté, couché sur le sol et attaché les pieds avec une corde. Puis on m’a choqué. Je suppose que c’était un choc électrique. J’ai eu très mal à la tête. Ce genre de mauvais traitements a continué pendant quelque temps. Après quelque temps, ceux qui m’interrogeaient m’ont dit qu’ils ne viendraient plus me parler à moins que je n’avoue et que je ne dévoile le nom et l’adresse de mes amis bloggeurs. Je ne connaissais pas les noms et adresses de mes amis bloggeurs. J’ai dit que je ne les savais pas. On me raccompagna en cellule. Personne ne vint me voir pendant 12 jours. Je me sentais insupportablement seul. Ceux qui m’interrogeaient étaient mon seul contact avec le monde extérieur. Ne les voyant pas revenir, je me suis mis en grève et je n’ai rien mangé pendant deux jours. Au bout de 12 jours, ils sont revenus. Pendant un moment, la pression a diminué. Ensuite, ceux qui m’interrogeaient n’ont plus utilisé la violence jusqu’à ce qu’ils soient remplacés et que les mauvais traitements recommencent.

Après quelques temps, j’ai découvert que 21 bloggeurs dont Hossein Reissi, Mohammad-Reza Khansari, Kaveh Ramezani, Afshin Zarieh ainsi que les trois bloggeurs dont j’avais dit qu’ils avaient été arrêtés sur mon blog, Mohammad Blodi, Omid Sheikhan et Peivand Sharif étaient tous dans la même prison que moi. Certaines nuits, on menait de front les interrogatoires des six bloggeurs dans les six salles. On nous battait. Ces nuits étaient terrifiantes. Une nuit, j’ai entendu que dans la salle adjacente à la mienne, on demandait aux deux hommes, deux bloggeurs, d’avouer qu’ils avaient des relations sexuelles illicites entre eux.

L’un d’eux était dans la cellule d’à côté. Il était jeune et m’a raconté une histoire très triste. Nous parlions à travers les petites trappes du bas des portes. Il me dit que plusieurs fois, un garde de service était entré dans sa cellule et lui avait demandé d’avoir des relations sexuelles. Il y avait six gardes de service en trois équipes. Il m’a dit avoir pleuré. Cet homme m’a dit qu’il était terrorisé par le garde et que, lorsqu’il était de service, il n’osait pas aller aux toilettes. Il était en grande difficulté

Nous frappions au mur de nos voisins quand nous voulions leur parler. J’ai frappé au mur pour lui demander de venir parler. Pendant deux nuits, il n’est pas venu. La troisième nuit, il est venu et il m’a dit qu’il avait été forcé à avoir des relations sexuelles avec le garde. Je crois que c’était la troisième semaine après mon arrestation. Habituellement, le garde entrait dans sa cellule à minuit. C’était juste pour le plaisir sexuel. Je l’ai poussé à porter plainte mais il ne voulait pas. Il était accusé de crimes graves. Il avait peur que son dépôt de plainte puisse le mettre encore plus en danger et alourdir sa peine. Il a plus tard été condamné à quatre ans de prison. Au bout d’un mois, la plupart des prisonniers ont été relâchés.

Au bout d’un moment, j’ai pu brièvement appeler ma famille pour l’informer que j’allais bien. La conversation n’a duré qu’une minute.

Je pense que c’était un mois et demi après mon arrestation ; j’ai rencontré un ami bloggeur aux toilettes. Il était très en colère. Il a pris le temps de m’expliquer combien il avait été maltraité la nuit précédente. On lui a ordonné soit de coopérer soit de manger un bol plein d’excréments. Comme il n’a pas avoué, il a été obligé de l’avaler. Il m’a dit qu’il l’avait fait.

Cette nuit-là, quand on m’a emmené pour m’interroger, j’ai remarqué que l’ancienne grossière équipe était de retour. Ils m’ont de nouveau demandé les noms et adresses de mes amis bloggeurs. Sincèrement, il y avait certains bloggeurs que je ne connaissais pas. Je suis devenu ami avec eux en ligne et j’ai posté des commentaires sur leurs pages. On m’a davantage maltraité qu’avant. Il était minuit. Ils m’ont montré un bol plein d’excréments, une feuille de papier et un stylo pour écrire. Ils m’ont donné un choix basique : avouer ou manger. J’ai dit que je ne savais pas. On m’a alors poussé la tête dans le bol d’excréments et me les ont fait manger. J’y ai été obligé. Il y avait environ quatre personnes dans la salle cette nuit-là.

Après cet incident, j’ai fait une nouvelle grève de la faim pendant cinq ou six jours. Les interrogatoires n’ont pas cessé. On me frappait moins mais la pression psychologique  augmentait. On m’a par exemple dit qu’on avait arrêté mon père parce qu’il demandait sans cesse de mes nouvelles. Une fois, on a insulté ma mère. Cela m’était insupportable et je me suis battu avec celui qui m’interrogeait. Une autre fois, on m’a montré de faux aveux d’un ami qui avait dit beaucoup de choses à mon propos. On m’a menacé d’une peine lourde. Ils voulaient en savoir plus sur les autres bloggeurs et continuaient à me poser des questions à leur sujet. On m’a par exemple interrogé sur Behzad, un bloggeur qui avait écrit des articles sur la religion sur son blog. Je ne le connaissais pas. On m’a dit de dévoiler ses coordonnées sinon je serai violé avec une matraque.

Les intimidations et les discussions sexuelles faisaient partie intégrante de beaucoup d’interrogatoires. Quelquefois, ils décrivaient un viol avec des détails tellement horribles que j'en vomissais. Par exemple, on m’expliquait comment je serai violé. Durant les interrogatoires, on me posait des questions sur mes relations sexuelles avec mes amies. On voulait par exemple que j’avoue des relations sexuelles avec mes amies. Une de mes amies était journaliste. Ils voulaient que j’avoue avoir eu des relations sexuelles avec elle. J’ai parlé avec elle il y a quelques temps, après sa libération après les manifestations post-électorales de 2009. On lui avait posé le même genre de questions durant sa détention. On voulait aussi que je décrive l’acte sexuel d’un de mes ami avec sa fiancée.

Quelques temps plus tard, je crois que c’était après ma deuxième grève  de la faim, un religieux est venu me voir. J’avais les yeux bandés et j’étais menotté. Il m’a fait asseoir sur une chaise pendant six ou sept heures. En parlant, il mangeait des fruits secs. Il m’a expliqué le genre d’ennuis que j’aurai si je n’avouais pas. Il a parlé des élections américaines et iraniennes. Cette nuit-là, j’ai découvert que ma détention provisoire avait été renouvelée pour deux mois.

Je me suis mis en grève pour la troisième fois. On m’a alors permis de rencontrer ma famille et j’ai arrêté ma grève. Ma famille ignorait où je me trouvais. Ils étaient allé dans différents endroits pour demander de mes nouvelles. Nulle part on ne leur a dit que j’étais détenu.

Après 60 jours, on m’a pressé de donner une interview filmée. On m’a demandé de parler d’Internet et de témoigner que ceux qui l’utilisaient seraient corrompus. Je n’ai pas accepté cette interview filmée. Néanmoins, après huit jours, la pression a diminué et j’ai été libéré sous caution après 88 jours. J’avais passé tout ce temps à l’isolement.

Le soir où j’ai été libéré, je me suis créé un nouveau blog où j’ai écrit ce qui m’étais arrivé en prison. Deux ou trois jours plus tard, je me suis rendu au bureau de Shirin Ebadi, le Centre de Défense des Droits Humains, où j’ai demandé asile. J’ai porté plainte auprès de la Commission Islamique des Droits Humains et j’ai écrit à Khatami, le président d’alors, et à l’ayatollah Shahroudi, chef de la justice.

Deux semaines plus tard, le 13 février 2006, j’ai donc été de nouveau arrêté. J’ai reçu une sommation à comparaître au bureau du procureur de la 21ème chambre de Téhéran. Là, Mohebi, celui qui m’avait interrogé, m’a dit qu’il m’avait averti de ne pas parler de mon expérience en Iran avec qui que ce soit. Il a ensuite rédigé les accusations : crime contre la sécurité nationale, trouble à l’opinion publique, publication de faux pour troubler l’opinion publique, négation de l’avènement du Mahdi (crime qui n’existe pas dans le code pénal), propagation de l’immoralité, relations sexuelles illicites, insultes aux prophètes et aux ayatollahs Khomeiny et Khamenei.

Mohebi voulait que je signe cet acte d’accusation. Je ne l’ai pas signé. J’avais deux avocats : Mohammad Seifzadeh et Fereydoun Shami. J’ai dit que je voulais rencontrer mon avocat avant la signature de l’acte d’accusation. Il m’a dit que si je ne signais pas, je serai arrêté. Je n’ai pas signé et Mohebi a ordonné mon arrestation. J’ai été transféré à Evine et mis en quarantaine. A Evine, on m’a enregistré mais on n’a pas fait d’examen médical. Je suis resté deux jours en quarantaine puis j’ai été transféré à Ghezel Hessar.

Après mon admission, j’ai été transféré au bloc trois. Ghezel Hessar compte huit blocs. Ceux qui m’interrogeaient m’ont rendu visite à de nombreuses reprises à Ghezel Hessar et m’ont interrogé. Les interrogatoires portaient de nouveau sur mes relations sexuelles. Ils voulaient connaître mes relations avec une femme qui vivant à l’étranger. J’ai entendu dire qu’après son retour, on l’avait poussé à porter plainte contre moi pour agression sexuelle. Mais elle ne l’a pas fait.

Après quelques temps, on m’a transféré dans un autre bloc. Les drogues étaient facilement disponibles. J’ai assisté au viol de jeunes prisonniers par des prisonniers plus âgés ; à plusieurs reprises. Les prisonniers qui y étaient le plus sujets étaient les jeunes hommes qui sortaient de maisons de correction une fois leurs 18 ans atteints. Les prisonniers voyous qui étaient plus forts pratiquaient communément des abus sexuels sur les plus jeunes et les violaient. La première salle du bloc trois abritaient les prisonniers de moins de 24 ans. J’y ai vu beaucoup de victimes de viols. Quelquefois, quand l’un deux s’opposait aux gardes, il était puni et envoyé dans une autre salle. Là, parmi les voyous, il était vulnérable et facilement violé.

Je n’ai pas eu connaissance de viols commis sur ces hommes par les gardes. J’ai rapporté le viol des prisonniers aux autorités mais ils ne s’en sont pas occupés. J’ai eu connaissance du viol des prisonniers dès la première semaine. J’étais à la douche. Il y avait six ou sept salles dans notre bloc. Les portes n’étaient que partielles et on voyait les pieds et les têtes des prisonniers. Une fois dans les douches et plusieurs fois à l’intérieur du bloc, j’ai été témoin de viols. Beaucoup de prisonniers de Ghezel Hessar ont bien connu ce genre de situation.

Après quelques temps, le chef de notre bloc m’a donné comme tâche de lui rapporter le nombre de prisonniers dans chaque salle tous les soirs. J’allais donc dans les toutes autres salles pour y compter les prisonniers. J’ai vu à plusieurs reprises que les prisonniers les plus âgés agressaient sexuellement les plus jeunes dans ces salles.

J’ai vécu six mois parmi les prisonniers afghans. Ils étaient très mal traités en prison. Je ne me souviens plus de la date Tôt le matin, nous avons été réveillé par un cri extrêmement fort. Le chef de notre bloc nous a dit qu’un Afghan s’était querellé avec un garde et qu’on l’avait amené au bureau principal et que c’était sa voix. Il avait raison, c’était bien la sienne. On le violait avec une matraque là-bas. On le ramena dans la salle au bout de deux heures et c’est là que je l’ai vu.

Après le viol, deux prisonniers afghans l’ont emmené à l’infirmerie. Quand il est revenu, mes camarades de cellule afghans m’ont demandé de faire quelque chose pour lui. J’ai contacté Mohsen Beigui pour lui demander conseil. Nous avons décidé d’écrire une lettre pour se plaindre des gardes. Le prisonnier agressé l’a signée. Mes camarades de cellule ont signé en tant que témoins. Le prisonnier agressé s’est rendu au bureau principal pour remettre la plainte. Il était accompagné par notre représentant de bloc. Trois ou quatre heures plus tard, ils sont revenus avec des sacs de bonbons, de chocolats et de fruits secs. J’ai compris qu’on lui avait aussi remis de l’argent. Le garde l’avait convaincu de retirer sa plainte et il avait accepté.

On m’a ensuite convoqué au bureau principal. On m’a menacé au cas où je poursuivrais cette plainte ; on m’a dit que si je le faisais, je serais en grave danger puisqu’ils avaient réussi obliger le prisonnier à retirer sa plainte.

Les gardes étaient au courant des viols en prison mais ils ne voulaient pas s’en occuper. Ils les considéraient comme un phénomène carcéral ordinaire et routinier au même titre que les bagarres et les drogues. Quand je leur en ai parlé, ils m’ont dit être incapables de les contrôler. En fait, ils ne voulaient pas s’en occuper ou de les contrôler. Ils les ignoraient et laissaient faire. Ils ne tentaient pas de prévenir les agressions ou de punir, ne serait-ce que symboliquement, les agresseurs.

J’ai été jugé par trois tribunaux. La 13ème chambre du tribunal révolutionnaire m’a jugé pour crime contre la sécurité nationale et insultes contre les ayatollahs Khomeiny et Khamenei. Elle m’a déclaré non-coupable de crime contre la sécurité nationale mais coupable d’insultes contre les ayatollahs Khomeiny et Khamenei et m’a condamné à la peine maximale, deux ans de prison. Les autres chefs d’accusation, propagation de l’immoralité, trouble à l’opinion publique par diffusion de fausses informations et relations sexuelles illicites ont été jugés par le tribunal spécial de conduite du 21ème district de Téhéran. On m’a jugé non coupable de prostitution mais coupable de trouble à l’opinion publique et condamné à 10 mois de prison. Pour relations sexuelles illicites, j’ai été condamné à une amende de 100.000 tomans. Mon procès le plus dur était pour insulte contre le prophète qui s’est tenu à la 16ème chambre du tribunal criminel, qui m’a déclaré non-coupable. En tout, j’ai été condamné à 36 mois de prison et à 100.000 tomans d’amende.

Je suis resté en prison 21 mois puis j’ai été libéré sous caution. Je suis resté en Iran deux autres années et je suis parti en 2008.

Source : http://www.iranhrdc.org/english/publications/reports/3401-surviving-rape-in-iran-s-prisons.html#.UAaOZrS7W2A

dimanche 1 juillet 2012

Lettre de Nargues Mohammadi au procureur Djafari Dowlatabadi


Au nom de Dieu,

A Monsieur. Abbas Djafari Dowlatabadi, procureur du tribunal révolutionnaire de Téhéran.



Je vous informe par la présente que moi, Nargues Mohammadi, j’ai été arrêtée à mon domicile le 21 avril par les agents du ministère du renseignement alors que j’étais libre sous caution et condamnée à 6 ans de prison. Du 21 avril au 16 mai, j’ai été incarcérée au quartier de haute sécurité 209 d’Evine ; j’ai été transférée une journée au bloc général pendant 24 heures puis de nouveau au 209. Pendant cette période, je vous ai écrit trois fois pour protester contre l’incarcération d’une personne déjà condamnée au bloc 209 et pour demander mon transfert à la section générale des femmes. Lors d’une rencontre avec Monsieur Reshteh-Ahmadi, le 8 mai, je lui ai demandé mon transfert à la section des femmes ; je lui ai également donné une lettre signée de ma main demandant la même chose. J’ai toujours souligné que l’incarcération d’une personne déjà jugée et condamnée au quartier de haute sécurité était illégale et que, conformément à la loi, je devais être transférée à la section générale.

Je n’ai jamais, ni par oral ni par écrit, demandé à être transférée dans une autre ville, et certainement pas à Zandjan. Le 16 mai à 6 heures du matin, des agents m’ont réveillée, m’ont bandé les yeux, menottée et placée dans une voiture. Je ne savais pas ce qui se passait durant ce long voyage, j’ai juste compris que nous avions quitté Téhéran ; j’ai compris que j’étais à Zandjan en arrivant au tribunal.

On a prétendu que Nargues Mohammadi avait personnellement demandé son transfert à Zandjan ; c’est une allégation fabriquée de toutes pièces. On a prétendu qu’en raison de sa maladie, Nargues Mohammadi avait demandé son transfert à Zandjan ; c’est totalement faux.
Je vous informe par la présente des faits suivants :
  • Je proteste fermement contre mon transfert illégal à la section des femmes de Zandjan qui abrite des criminelles et vous demande de faire le nécessaire pour que je sois immédiatement transférée à la section féminine d’Evine qui abrite des détenues non-criminelles.
  • Je suis entrée à la prison d’Evine le 10 juin 2010 en  parfaite santé ; le 10 juillet 2010, j’ai été hospitalisée pour des troubles neurologiques et psychologiques graves. Après des soins intensifs, je suis sortie de l’hôpital, mais j’avalais 18 pilules par jour. Je n’en prends plus que 11, mais depuis ma dernière arrestation, ces médicaments ne contrôlent plus ma maladie qui a empiré. Je suis actuellement emprisonnée parmi 50 meurtrières, condamnées à mort (pour trafic de drogue), condamnées pour outrage aux bonnes mœurs et même des malades mentales. Depuis que j’ai pénétré dans ce bloc, je n’ai ressenti qu’anxiété, nervosité et peur qui ont amplifié ma maladie de jour en jour. Les rapports médicaux et de mes médecins traitants pensent que ma maladie est directement liée au stress et à l’augmentation de mon anxiété. Même s’il en est ainsi, depuis que j’ai pénétré dans ce bloc, j’ai dû faire face à des situations horribles que je n’arrive même pas à décrire. Me laisser dans des conditions aussi anxiogènes équivaut à me faire boire des coupes de poison qui me détruisent petit à petit. Je persiste à proclamer haut et fort que de tels traitements et actions à mon encontre me font mourir à petit feu ; la responsabilité en incombe aux autorités. Les fonctionnaires respectés qui possèdent mes examens médicaux, savent parfaitement que ma détention dans une situation anxiogène, surtout parmi des criminelles, une situation que je ne décrirai pas pour le bien de la société, équivaut à la préméditation d’un meurtre dont les fonctionnaires seront directement responsables. J’espère sincèrement que tout cela n’aboutira pas à mon martyre, comme ce fut le cas pour Haleh Sahebi et Hoda Saber, attribués à la chaleur et à la grève de la faim ! Si un autre incident se produit, même s’il semble dû à des causes naturelles, je proclame, par la présente, que, non seulement il ne sera pas dû à des causes naturelles, mais que l’aggravation de ma maladie ou tout évènement traumatique qui pourrait m’advenir dans ces conditions est totalement délibéré.
  • Ma résidence légale, et beaucoup plus important, mes médecins et spécialistes (neurologue, psychologue, pneumologue, cardiologue et gynécologue) sont tous à Téhéran. Comme je suis sous traitement, ils doivent m’examiner tous les deux mois ; ce sont eux qui ont tous mes examens médicaux et ils me suivent. Mon transfert illégal à Zandjan m’a privé de traitement médical. Les complications et les dommages causés par ce transfert seraient irréversibles ; il s’agirait d’un acte inhumain.
  • Mes enfants de cinq ans, Ali et Kiana, ne résident pas à Zandjan et sont donc obligés de faire un long voyage de plusieurs heures pour rendre visite à leur mère. C’est très difficile pour Madame Rahmani, ma belle-mère, et pour mes jeunes enfants et ce sera peut-être impossible dans la chaleur de l’été et le froid de l’hiver. Et cela met une forte pression psychologique sur une mère emprisonnée.
Votre Honneur, la situation ci-dessus mentionnée plus les problèmes que j’espère pouvoir partager avec votre excellence en personne, reflètent le calvaire d’une mère, votre concitoyenne qui vous écrit en espérant la justice.

J’espère que, le plus tôt possible, on m’accordera les conditions adéquates pour m’envoyer chez mes médecins traitants avant que ma santé ne se détériore plus avant et j’espère que l’on m’accorde la liberté.

Avec mes remerciements anticipés,

Nargues Mohammadi


dimanche 3 juin 2012

Lettre ouverte de Mohammad-Sedigh Kaboudvand


Au nom de Dieu,

Vous savez sûrement que ma dixième demande urgente de libération provisoire a, une fois de plus, été refusée par le procureur général et les fonctionnaires du renseignement ; je l’avais faite pour prendre soin de mon cher enfant gravement affecté par une maladie du sang incurable qui lutte et se bat pour sa vie, hospitalisé depuis cinq mois. Et bien sûr je n’ai reçu aucune nouvelle de mon fils.

Le procureur et l’appareil sécuritaire continuent à me refuser toute libération provisoire à cause de leur haine, animosité et méchanceté à mon encontre en tant que militant des droits humains. 

Et pourtant, j’ai purgé la moitié de ma peine de prison injuste et illégale et mon fils a une maladie incurable et est dans une situation d’extrême urgence.

Leur refus de m’accorder une liberté provisoire est une animosité à l’encontre de mon fils et une méchanceté envers les militants des droits humains.

C’est pourquoi, pour protester contre la conduite illégale et inhumaines de ces fonctionnaires de la justice et de la sécurité, j’ai encore une fois commencé une grève de la faim le mardi 28 mai 2012 à 23 heures.

J’annonce à toute personne dotée d’une conscience que le procureur de Téhéran sera personnellement responsable de toute conséquence funeste pour ce prisonnier politique et pour mon enfant malade.

Mohammad Sedigh Kaboudvand le 27 mai 2012
Prison d’Evine - Téhéran

Source : http://www.kaleme.com/1391/03/13/klm-102432/

samedi 2 juin 2012

Lettre de Hossein Ronaghi Maleki à Arash Sadeghi


Oh doux zéphyr, je ne peux me rendre à la maison de mon aimé,
Toi qui y vas, vas-y sûrement et porte lui tous mes vœux.

Cher Arash,

Dès que mes parents m’ont dit que tu avais commencé une grève de la faim en solidarité avec ton ami, j’ai ressenti à la fois joie et tristesse. De la joie parce que tu as toujours été si solide et inébranlable à mes côtés, de la tristesse parce qu’en dépit de ta santé terrible tu as commencé une grève de la faim. Tu sais bien que je n’oublierai jamais ta fermeté, ta patience, tes dons, ton honnêteté et ton âme douce.

Mon cher frère,

Je sais ce qu’ils t’ont fait et les tortures que tu as endurées après ton arrestation par les gardes révolutionnaires le 9 juillet 2009, quand ils t’ont envoyé à la prison d’Eshrat-Abad. Tu as été arrêté après l’Ashoura et je sais quels Yazids t‘ont tourmenté ; ton corps accablé et blessé, tes yeux au beurre noir témoignaient de ce Karbala. Je sais qu’aujourd’hui tu résistes, placé à l’isolement par les tyrans, supportant toutes les tortures et les difficultés. Mais tu n’acceptes pas l’humiliation, tu te tiens droit, tu ne baisseras pas la tête devant la tyrannie pour que nous apprenions de toi la vraie signification de la liberté et de la fermeté. Je ne sais pas la peine de la perte d’une mère à cause d’une attaque vicieuse des marionnettes du despotisme, mais toi, tu la connais et tu comprends cette douleur, ce supplice.

Mon solide camarade,

Nous vivons une époque où les valeurs humaines ont été totalement détruites et remplacées par d’autres qui ne sont pas humaines, une époque où ceux qui sont épris de liberté et leurs valeurs sont attaqués par les oppresseurs. Nous devons nous débarrasser de l’obscurité et la remplacer par la lumière grâce à ta patience, ta fermeté et ta persévérance. Nous devons nous débarrasser de l’injustice et établir la justice. Nous savons tous les deux, qu'avant même notre fraternité, j’avais remarqué ta fermeté et ton esprit libre. C’est pourquoi je te demande d’arrêter ta grève de la faim, une demande qui émane de ton camarade, de ton ami. J’espère que tu arriveras aux mêmes conclusions que moi mon cher ami.

Je prie que ceux qui attaquent la lumière sachent que « Quelquefois les larmes de la colère d’un soupir peuvent détruire et que parfois une lamentation peut briser une armée. »

Source: http://www.kaleme.com/1391/03/10/klm-102148/

samedi 26 mai 2012

Mansour Radpour, prisonnier politique, décède à Radjaï Shahr


Mansour Radpour, prisonnier politique est décédé lundi à 20 heures à la prison de Radjaï Shahr d’après l’Agence de Presse des Militants des Droits Humains (HRANA). Les médecins ont conclu à un arrêt cardiaque à l’issue des examens préliminaires.

Suivant ce rapport, le cou, le visage et les jambes de Mansour avaient noirci avant son décès. Durant sa détention, Radpour a souffert de problèmes de tension artérielle, de problèmes rénaux et cardiaques mais les fonctionnaires de la prison n’ont jamais accepté de l’envoyer à l’hôpital ou de lui fournir des soins médicaux. Des semaines avant son décès, Radpour a commencé à souffrir de nausées mais les médecins du dispensaire de la prison ont refusé de l’hospitaliser.

Les demandes réitérées de Radpour de voir ses enfants ont été refusées par les autorités iraniennes.

Mansour Radpour, 41 ans et originaire de Karadj, avait été arrêté le 17 mai 2007 sur la route de Tchalous (entre Téhéran et la mer Caspienne). Il a été accusé de liens avec l’organisation des Moudjahidines du Peuple (OMPI/PMOI/MEK). Radpour a été détenu dans des « maisons de sécurité » du ministère du renseignement ; il y a été si sévèrement battu qu’il en a eu l’épaule et les côtes gravement endommagées. Il avait, en outre, des difficultés à respirer et n’a reçu aucun soin médical.

Mansour Radpour, arrêté pour « Actes contraires à la sécurité nationale par la coopération avec l’organisation des Moudjahidines du Peuple » avait été condamné à trois ans de prison par le tribunal révolutionnaire de Karadj. Une fois sa peine purgée, il avait été condamné à cinq années supplémentaires.

Source : http://hra-news.org/1389-01-27-05-27-21/12356-1.html

samedi 12 mai 2012

Une lettre d’Atefeh, épouse de Hassan Assadi Zeidabadi à l’occasion de son 28ème anniversaire.



Je ne sais pas ce qui t’as pris de me demander de chanter pour toi. J’ai appuyé ma tête contre le double vitrage de la salle de visite et, effrayée, j’ai murmuré : « Oh oiseau du matin, chante encore ! Ranime la souffrance qui brûle mon cœur ! »* Une boule dans ma gorge m’a empêché de continuer. J’essayais de retenir mes larmes en silence. Tu me regardais gentiment et mon cœur a chaviré. Je t'ai dit : « Apparemment, notre amour est plus grand que la vitre et les barreaux qui nous séparent. » Tu as approuvé de la tête avec un rire amer.

Hier soir, ta mère m’a raconté l’histoire du choix de ton prénom. Tu es né le jour où le prophète Mahomet a été choisi par Dieu. Ils voulaient t’appeler Mohammad, mais ce même jour, on ramena le corps d’un soldat tombé lors de la guerre Iran-Irak. Il s’appelait Hassan et sa mère, pleurant et gémissant sur le corps déchiré de son fils, a demandé à ta mère de t’appeler Hassan pour que tu portes le nom de son fils tombé.

L’enfant du printemps
Je me souviens de 2009 quand je t’ai vu à ta sortie de deux semaines d’isolement. Ta mère n’avait pas pu venir [elle était malade]. Tu m’as dit : « Dis à ma mère que je suis déterminé à prendre le chemin de la vérité et de la liberté, exactement comme Hassan. » J’ai porté le message à ta mère. Elle a été submergée de larmes, mais je l’ai entendue murmurer « que Dieu te protège et qu’il t’ait en ta sainte garde. » Quelques nuits plus tard, elle a rêvé de la mère du martyr Hassan…

Mon amour
Tel est notre destin : les systèmes judiciaires et sécuritaires ont concentré leurs efforts pour tester les limites de notre patience, de notre tolérance. Ils disent : « Même s’il est condamné à cinq ans de prison, nous ne le relâcherons pas, nous ne lui donnerons pas de liberté conditionnelle. Il n’aura pas plus droit à des visites en personne ou à des appels téléphoniques. » Pourquoi ? Qu’est-ce qui a servi de base à une telle décision, quelle loi iranienne, quelle loi non-écrite de l’humanité et de la conscience ? Ils n’ont pas de réponse. Ils veulent juste tester notre patience.
Mais ce n’est pas important. Plus le test sera difficile, mieux nous réussirons. Il y aura un jour  où Dieu nous jugera tous. Nous attendons ce jour inéluctable.

Cher Hassan,
Depuis presque deux ans, chaque semaine je te rends une visite de 20 minutes, quelquefois cinq minutes de plus. Je pense que la salle de visites de la prison est l’endroit le plus vulnérable du monde de nos rencontres. Et pourtant, chaque semaine, toi, moi et des douzaines comme nous attendent impatiemment d’arriver dans ce lieu vulnérable. Nous touchons la vitre, nous parlons, nous bavardons dans le combiné. La dernière scène c’est ce rideau qui tombe, qui coupe le contact et il ne nous reste qu’à le maudire ! La fin de l’histoire est que nous regardons tandis que ceux que nous aimons sont reconduits dans leurs cellules. Nous avons des milliers de mots tus dans nos cœurs. Voilà notre histoire hebdomadaire. Elle ne vieillit pas, elle ne se change pas en routine et nous ne nous habituons pas. C’est l’histoire de vies enfermées dans le temps et l’espace.

Mon mari,
J’aurais aimé que tu sois là pour te tenir la main et t’offrir une fleur en gage d’estime pour ta bonté et ta camaraderie. Et pourtant, c’est la seconde année consécutive que tu es dans une petite pièce du bloc 350 d’Evine et que je suis dans une maison qui attend que tu reviennes avec impatience. Je me tourne vers le ciel et je prie Dieu que tu restes Vert ** sur la route bénie de la liberté que tu as choisie. D’où je suis, je suis fière de toi, proche de ton foyer et de ta famille.

Joyeux anniversaire !
Ton épouse, Atefeh
27 avril 2012

*Morgh-e Sahar, ou « oiseau de l’aube » est le titre d’une chanson de Bahar, un poète iranien. Le thème de cette chanson est la lutte pour la liberté, contre la tyrannie. 
**Se rapporte au Mouvement Vert.

Source : http://persian2english.com/?p=23812



dimanche 18 décembre 2011

Lettre du Blogger Hossein Ronaghi Maleki au procureur général pour annoncer sa grève de la faim


A Monsieur Djafari Dowlatabadi, procureur général de Téhéran, mes salutations et mes respects 

Je suis Seyyed Hossein Ronaghi Maleki, fils de Seyyed Ahmad, né le 5 juillet 1985. Dans le passé, j’ai informé votre excellence dans plusieurs courriers de différents problèmes, mes problèmes rénaux, les procédures d’interrogatoires et l’énoncé des verdicts, l’absence de défenseurs lors du verdict en première instance, la situation de la prison et des prisonniers affligés de diverses maladies, le flou du statut des prisonniers et la pression accrue sur les prisonniers et leurs familles, les arrestations, l’emprisonnement à l’isolement et les lois de ce pays qui ne sont pas respectées ni mises en place.

Aujourd’hui, n’ayant vu aucune solution mise en œuvre pour résoudre ces problèmes, j’ai décidé de poursuivre mes protestations différemment.

Monsieur le procureur, 

A la veille du début de ma deuxième année d’incarcération (12 décembre 2009), pour protester contre le refus de m’accorder une liberté provisoire pour raisons médicales pour que je puisse me soigner les reins, contre le refus d’accorder une liberté provisoire pour raisons médicales à des prisonniers qui en ont besoin comme le docteur Maasoum Fardis, contre les arrestations et les pressions sur les militants des droits humains comme Rojine Mohammadi, contre la situation déplorable des familles des prisonniers politiques et pour soutenir le syndicaliste Reza Shahabi qui fait une grève de la faim pour protester comme le flou de son statut en prison et enfin pour protester contre les violations généralisées des droits humains des prisonniers politiques, j’ai commencé une grève de la faim au soir du vendredi 9 décembre 2011.

Monsieur le procureur, 

J’ai gardé le silence deux ans en prison, mais aujourd’hui, devant mon état de santé dramatique, devant la santé précaire de Reza Sahabi, du docteur Maasoum Fardis et d’autres prisonniers politiques, je me dois de vous dire que nous ne devrions plus rester coi devant la situation déplorable des prisonniers et la violation de leurs droits humains.

En tout cas, ma santé court un grand risque en raison des mauvaises conditions carcérales et de mon incarcération même. Je vais donc maintenant avoir recours à la grève de la faim qui est la seule option offerte aux prisonniers politiques pour faire respecter leurs droits.

Je vous informe donc, vous et tous les autres, que c’est la méthode que j’ai choisie pour protester contre la situation décrite ci-dessus et pour vous informer, vous et tous les autres, des conditions déplorables des prisonniers politiques ; je vous informe en sus que je suis prêt à en payer le prix.

Même  si ce prix, c’est ma vie.

Je vous prie de croire, Monsieur le procureur général, à mes salutations respectueuses.
Seyyed Hossein Ronaghi Maleki, le 12 décembre 2011, prison d’Evine, bloc 350

Source: http://www.rahana.org/archives/46566

dimanche 18 septembre 2011

Lettre de Shabnam Madadzadeh à Ahmad Shahid, Rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Iran


Au nom de Dieu,

Pour la première fois, j’adresse cette lettre en tant qu’une jeune étudiante emprisonnée à Monsieur Ahmad Shahid, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme en Iran.

Shabnam Madadzadeh

Monsieur Ahmad Shahid,

On évoque votre prochain voyage en Iran. Un pays de l'Orient, dans une région dénommée le Moyen-Orient. Une région vers laquelle tous les regards se sont tournés depuis ces dernières années et qui à tout moment s’attend à un nouvel évènement. Mais mon propos ne concerne ni le Moyen-Orient, ni les regards qui s’y sont tournés. Je vous écris au sujet d’un pays de l’Asie du Sud-Ouest et qui s’apparente à un chat sur la carte du monde. Un pays dont vous avez la responsabilité d’évaluer sa situation des droits de l’homme dans le cadre de la récente résolution des Nations Unies. Oui, je m’adresse à vous depuis l’Iran, depuis son cœur qui est la prison d’Evin. Aujourd’hui, il est en effet question dans les journaux et les informations de votre voyage et de votre mission pour la préparation de votre rapport.

Je me demande pour quelle raison, dans un pays où son dirigeant, Monsieur Ahmadinejad, a affirmé à maintes reprises lors des conférences de presse qu’en Iran "il y a la liberté absolue", que l’Iran "est le pays le plus démocratique de la région", quels secrets devraient exister pour justifier que l’on s’oppose aussi vigoureusement à la visite du Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme?! Dans un pays tellement libre (!) que la réponse à toute critique et toute contestation n’est qu’intimidation et menace, où la défense de toute opinion, religion ou croyance différente de celle de ses dirigeants conduit à la détention et à la torture. Un pays en effet libre où l’on confronte des avocats qui ne font que défendre des prisonniers innocents dans des procès mascarades, menottés et condamnés à de lourdes peines de prison, à qui l’on retire le droit d’exercer leur métier. Un vrai "berceau de liberté" où l’intimidation et la peur sont mises en scène lors des exécutions, des corps pendus à des grues sur les places publiques. Il n’y a en effet rien à cacher dans ce pays libre.

Monsieur Ahmad Shahid, que vous soyez conscient ou pas de ces situations, elles constituent la réalité de notre vie. Nous sommes enfermés comme prisonniers de conscience dans un pays où ses dirigeants se disent tous les jours révoltés par l’injustice à l’égard des peuples d’autres pays, parfois très lointains, des dirigeants qui ne cessent de transmettre des messages de soutien à ces peuples, de critiquer les dictateurs d’autres pays tout en leur conseillant d’écouter la voix de leurs peuples. Car ce sont en effet ces peuples qui déterminent le cours de l’Histoire, qui critiquent la répression à l’encontre des étudiants et qui défendent la liberté d’expression et de parole. Dans ces conditions, je leur demande : "Alors moi, qui suis-je ?". Moi qui suis actuellement en prison pour mes croyances, pour mon opinion, ainsi que mes codétenues, des femmes toutes aussi innocentes, d’opinions très différentes, où sommes-nous précisément sur ce puzzle?!! "Pourquoi n’entendez-vous pas NOTRE voix ?!!"

Après beaucoup d’effort pour te faire entendre par tes dirigeants, tu arrives à cette conclusion que leur état d’esprit est « la mort est bien, mais pour le voisin ». C’est dans ces conditions que lorsqu’ils n’entendent pas ta voix, tu veux crier contre l’injustice à ton encontre et tes droits bafoués. Tu cries pour que l’on entende ta voix, même au-delà des frontières. Tu cries pour interpeller les consciences éveillées et les sensibiliser à tes douleurs et souffrances. Ces mots que je vous adresse aujourd’hui sont aussi un cri, sorti d’une montagne de douleur et de souffrance.

Je m’adresse à vous en tant qu’une fille iranienne de 24 ans, étudiante en informatique à l’Institut universitaire de formation des maîtres, en prison depuis le 1er Esfand 1387 (19 Février 2009), en compagnie de mon frère, pour le crime d’avoir réclamé la justice et la liberté, d’avoir défendu l’humanisme et la dignité de l’homme. Une fille qui a vécu l’expérience des prisons du Ministère des Renseignements, de la section 209 et de la section générale de la prison d’Evin, la prison de Rajai-Shahr et la prison de Gharchak à Varamine lors de ces deux ans et demi d’emprisonnement. Je m’adresse à vous en tant qu’une étudiante iranienne. 

Alors que les gens de mon âge dans d’autres pays sont normalement soutenus et guidés par leurs gouvernements sur le chemin de l’épanouissement et du progrès social et scientifique, je suis ici en train de me battre dans cette prison pour le strict minimum de droit humain, pour le droit de penser, le droit d’exprimer mes opinions et même le droit de respirer. Dans un pays vaste et riche, ma seule part des droits civiques est cette cage de prison où je suis contrôlée en permanence par des caméras de surveillance et de la haute technologie pour compter même mes respirations et où mon seul lien avec le monde extérieur est un entretien hebdomadaire de 20 minutes, depuis une cabine, derrière des vitres sales et avec un téléphone. Ma part est ce petit coin étroit d’une cage, sans la possibilité de sortir et de respirer de l’air frais. Lorsque les dirigeants de ce pays prétendent promouvoir les valeurs scientifiques et technologiques, on se demande pourquoi ils emprisonnent ces étudiants, sans considérer les centaines d’étudiants interdits de poursuivre leurs études [par mesure disciplinaire], pour la seule raison d'avoir exprimé leurs opinions. Le plus douloureux est le fait que ces comportements ne se résument pas aux étudiants, mais frappent bien toutes les couches de la société, docteurs, ingénieurs, avocats, ouvriers, professeurs, jeunes, vieux, hommes et femmes.        

Monsieur Ahmad Shahid, lorsque je feuillète le livre de déclaration universelle des Droits de l’Homme, j’ai le cœur plein de regrets et je ne me donnerai même pas la peine de vérifier leur application dans mon pays. Nous sommes en effet au stade où nous devons même nous battre pour prouver que nous sommes des êtres humains et nous rappeler que quelques soient nos croyances et nos opinions, nous devons en permanence subir de telles conditions et payer un tel prix juste pour être considérés comme des êtres humains. Je pourrai peut-être apporter des exemples pour démontrer que les principes exprimés dans chacun des articles de la déclaration universelle des Droits de l’Homme sont bafoués sans exception dans mon pays. Mon frère et moi étions interrogés dans la section 209 de la prison d’Evin, non pas pour notre propre opinion, mais celle des autres membres de notre famille! Dans cette même section 209, j’ai vu des femmes Bahaïs qui étaient arrêtées pour leur croyance. J’ai rencontré des journalistes qui étaient en prison pour avoir témoigné de la situation actuelle. J’ai vécu le procès injuste qui a condamné mon frère et moi à 5 ans de prison avec une peine d’éloignement dans une prison redoutable. J’ai vécu l’exil dans cette prison considérée comme l’une des pires de l’Iran. 

Oui Monsieur Shahid, notre histoire de souffrance est bien longue et je ne peux que vous en raconter qu’une petite partie. J’ai vécu en prison au milieu de droguées, d’assassins, de contrebandiers et de prostituées qui étaient toutes des victimes du pouvoir injuste et totalitaire de ce pays et ceci depuis l’âge de 21 ans. J’ai vécu les pires des conditions. Les conditions effroyables de détention dans la prison de Rajai-Shahr, où l’on disposait de deux simples lavabos et de deux douches pour 200 prisonnières, pour juste vous donner un aperçu de notre situation dramatique. J’ai vu tant de souffrances et de blessures profondes infligées à ce peuple meurtri. J’ai côtoyé ce peuple, j’ai partagé ses souffrances, j’ai pleuré sa solitude et son manque de protection. Ce serait vraiment bien que vous puissiez voir ces réalités de près, que vous voyiez vous-même que dans la prison de Gharchak, ce ne sont pas juste les droits élémentaires des prisonniers qui sont bafoués, mais aussi leurs droits humains. Il faut que vous voyiez par vous-même que ces pauvres femmes sans protection sont entassées dans un endroit qui est très loin des standards habituels d’une prison. Après avoir été exilée à la prison de Rajai-Shahr, transférée à la prison de Gharchak, je me trouve à nouveau actuellement à la prison d’Evin. Je passe mes journées noires de détention ici en compagnie de 32 codétenues innocentes, sans aucun moyen de communication, sous très haute surveillance et dans un endroit qui, de l’aveu même des responsables de cette prison, n’est même pas appelé une "section".

Monsieur Shahid, j’ignore ce qu’ils vont me faire après l’écriture de cette lettre. A Rajai-Shahr, pour avoir informé ma famille de ma situation critique, j’ai été interdite de visite et de téléphone pour une durée de 4 mois à partir du 14 Octobre 2010. Mon frère, Farzad Madadzadeh et trois de ses amis, Saleh Kohandel, Behrouz Javid-Tehrani et Pirouz Mansouri ont été transférés de Rajai-Shahr à la section 240 (sécurité) de la prison d’Evin depuis deux mois. Nous n’avons absolument aucune nouvelle d’eux. Nous avons vécu toutes ces expériences douloureuses au prix de notre jeunesse sacrifiée. A l’heure où vous êtes missionné de voir ces injustices de près, il est à espérer que vous consacrerez votre temps précieux à voir et à alerter le monde entier grâce à votre intelligence et votre conscience éveillée.

Monsieur Shahid, il y a tant de choses à dire, mais ceci a été un court aperçu de nos douleurs et souffrances sans fin. Votre mission a créé une lueur d’espoir dans nos cœurs de prisonniers et ceux du peuple meurtri d’Iran de voir votre rapport et votre témoignage auprès des nations signataires de la charte internationale des droits de l'homme améliorer la situation actuelle en Iran. Cette peur existe aussi de voir cette opportunité noyée, comme tant d’autres, dans des jeux politiques. Tous les regards sont à présent tournés vers vous. Ne laissez pas que cela se produise. 

Shabnam Madadzadeh
Prison d’Evin
Août 2011 (Shahrivar 1390)

Source (Persan): DaneshjooNews

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