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dimanche 27 avril 2014

Témoignage d'Arash Sadeghi sur le jeudi noir à la section 350 d'Evine

Quand nous sommes arrivés devant le portail d’Evine ce matin-là, nous avons d’abord remarqué la forte présence d’agents en civil. Nous devions rencontrer plusieurs personnes ; le Docteur Mohammad Maleki, Mohammad Nourizad, Nargues Mohammadi et Behnam Moussivand étaient venus. Nous nous sommes salués et nous sommes entrés dans la salle de visite qui était très agitée. Il y avait environ 150 à 200 personnes, certaines faisaient partie des familles de prisonniers et tous les autres étaient venir les soutenir. On n’avait pas accordé de visite aux prisonniers qui avaient été transférés à l’isolement.

Soudain, on a entendu une femme crier. C’était la mère de Saïd Matinepour. Les familles de ceux qui avaient obtenu une visite lui ont dit qu’il avait été si sauvagement battu qu’il avait perdu conscience pendant un long moment. La mère de Saïd se frappait en maudissant les autorités. Du côté nord de la salle, une autre femme a crié. C’était la mère d’Akbar Amini. On lui a dit que son fils avait le cou brisé. Ce fut ensuite le tour de l’épouse d’Omid Behrouzi d’entendre parler des blessures de son mari, un derviche Gonabadi emprisonné. Il a des fractures du crâne et une veine arrachée à la main. De nombreux membres des familles scandaient dans la salle de visite : « Mort au dictateur » et « Libérez les prisonniers politiques. »



La tragédie est beaucoup plus profonde. Le colonel Imanian a donné l’ordre d’attaquer les prisonniers de la section 350. Avant l’assaut, il avait demandé aux forces de sécurité : « Ceux qui n’ont pas le cœur de tabasser ne devraient pas entrer dans le bâtiment de la section. » L’attaque a commencé et les prisonniers ont été attaqués à coups de poing, de pied et de matraque. Puis les agents de sécurité ont séparé 20 prisonniers et les ont transférés dans une salle qui n’est pas équipée de caméra où ils ont pu tabasser les prisonniers tout leur soûl. Ensuite, les forces de sécurité ont traîné les prisonniers souffrant de fractures dans un fourgon garé devant la section 350. On leur a rasé la tête et on les a transférés à l’isolement dans la section 240 d’Evine.

Beaucoup des prisonniers battus sont restés à la section 350 avec des fractures aux jambes et aux bras, sans recevoir aucun soin médical. Les prisonniers de la section 350 se sont engagés à se mettre en grève de la faim si les blessés ne recevaient pas de soins médicaux dans les trois jours.

Arash Sadeghi, militant
Téhéran, Iran

P.S. : Ceci n’est qu’une partie de ce qui s’est passé pendant l’attaque des forces de sécurité contre la section 350 d’Evine. Je fournirai d’autres détails ultérieurement.

Source : http://persian2english.com/?p=24967

dimanche 3 novembre 2013

Interview d’Arash Sadeghi par Masih Alinejad


Masih Alinejad : Monsieur Sadeghi, suite à la déclaration de Monsieur Edjeï, beaucoup s’interrogeaient sur votre sort. Je suis heureuse de vous voir libre. Pouvez-vous nous dire où vous étiez détenu ? Dans quelle section ?
Arash Sadeghi : J’ai été détenu à la prison d’Evine dans les sections 209 et 240 et, pendant un certain temps au sous-sol de la section 209

M.A. : Pourquoi ont-ils nié votre détention ? Pourquoi personne ne vous a vu ?
A.S. : Je ne sais pas pourquoi personne ne m’a vu. Dans la cellule 92, j’étais avec deux autres prisonniers, tout le reste du temps, j’étais à l’isolement.

M.A. : Dans la cellule 92, qui était avec vous ?
A.S. : Un homme appelé Mehran et un autre dont je ne me souviens plus le nom. Ils paraissaient être des membres de forces de sécurité détenus depuis longtemps.

M.A. : Votre famille ignorait également votre sort. Ils ne vous ont pas rendu visite ? De quand date la dernière visite de votre famille ?
A.S. : La dernière date de novembre 2012, lorsqu’on a permis à mon père de me rendre visite.

M.A. : Quel était le problème de votre dossier durant cette période ? Pourquoi vous a-t-on gardé à l’isolement si longtemps ? En quoi les accusations qui pesaient contre vous étaient-elles différentes de celles à l’encontre des autres militants du Mouvement Vert ?
A.S. : L’une des accusations mentionnées était notre intention d’organiser un rassemblement devant l’université Tabatabaï en février 2012. Une deuxième était une visite que j’ai rendue à Monsieur Maleki chez lui. A cette occasion, nous avons discuté du boycott actif des élections législatives de 2012. Une troisième concernait ma mère. On avait demandé à ma famille de retirer la plainte. Certains de mes amis étaient au courant. Le rapport du juge d’instruction confirmait que ma mère n’avait pas de problème cardiaque et que c’était le choc qui avait causé l’arrêt cardiaque qui l’avait conduite à la mort. J’étais accusé de « collusion et conspiration contre le régime » et de « propagande contre le régime ». Quand j’ai été libéré sous caution, je n’arrivais pas à y croire, cela m’a causé un choc. Au début, la caution était fixée à $100.000, mais quand ma famille a voulu la déposer, on lui a dit qu’elle était de $170.000. On a encore essayé de différentes façons d’empêcher ma famille de déposer la caution pour que je ne sois pas libéré, mais ma famille a fini par y arriver.

M.A. : Alors ils ont demandé à votre famille de venir vous chercher devant la prison d’Evine ?
A.S. : Désolé, je ne vous entends plus.

M.A. : Je voudrais savoir quand vous avez été libéré.
A.S. : J’ai été libéré le samedi 12 octobre à 21h00.

M.A. : Et votre famille était au courant et elle s’est rendue devant la prison d’Evine ?
A.S. : Oui, elle était au courant, mais elle n’avait pas les moyens financiers de faire le voyage alors elle a demandé à un ami de faire le nécessaire pour qu’on vienne me chercher.

Source : http://hriran.com/en/component/content/article/98-important-news/3782-arash-sadeghi-talks-with-reformist-journalist-after-prison-release.html

samedi 2 novembre 2013

Fereshteh Ghazi (@iranbaan) interviewe Arash Sadeghi

Rooz - Fereshteh Ghazi : Quand et comment avez-vous été libéré de prison ?
Arash Sadeghi : J’ai été libéré le 12 octobre sous une caution d’environ $170.000. La caution était fixée à l’origine à $100.000 mais par la suite on a dit qu’elle était de $170.000. Cette caution a été fournie par un membre de ma famille éloignée, ma famille proche n’ayant pas les moyens de répondre à une telle demande.

F.G. : Dans quel endroit de la prison étiez-vous détenu et dans quelles conditions ?
A.S. : J’étais à la section 209 et j’ai été transféré pendant un certain temps à la section 240. J’étais au 209, au sous-sol du 209 et à la section 240 de la prison d’Evine.

F.G. : Mr Edjeï, porte-parole de la justice iranienne, a déclaré que vous n’aviez été emprisonné à aucun moment pendant les années 2012 et 2013.
A.S. : Mon père a écrit une lettre pour y répondre. Cette lettre n’a été publiée que sur les pages Facebook de quelques amis puisqu’aucun media n’a accepté de la publier. Les medias n’ont pas été très gentils avec mon père. Mes amis ont écrit à Jaras, Kalameh et d’autres sites pour leur demander pourquoi ils n’avaient pas publié cette lettre.

F.G. : Que contenait cette lettre ?
A.S. : Une réponse a Mr Edjeï. Mon père y déclarait : « Pendant ce temps, nous avons rendu visite à Arash en prison deux fois. Niez-vous ces visites ? Sept jours après son arrestation, Arash a appelé au téléphone pour nous informer de la présence de Kouhyar Goudarzi à la section 209. Niez-vous les pressions exercées sur notre famille ? » Voilà le contenu de cette lettre qui n’a malheureusement pas été publiée à l’époque.

F.G. : Monsieur Sadeghi, j’ai contacté votre père le jour même où Mr Edjeï niait votre présence en prison, mais votre père n’a pas mentionné la lettre. De plus, pourquoi la lettre ne nous a-t-elle pas été envoyée ? C’est la première fois que j’en entends parler.
A.S. : Quand avez-vous contacté mon père ?

F.G. : Le jour-même où la déclaration de Mr Edjeï était publiée.
A.S. : Quelques amis sont venus à la maison et ont discuté de cette lettre. Mon père leur a dit qu’il avait écrit cette lettre et il en a remis un exemplaire à plusieurs personnes, qui, à leur tour, l’ont fait circuler mais n’ont pas réussi à la faire publier.

F.G. : Vous avez dit que vous avez séjourné dans les sections 209 et 240 de la prison d’Evine. Quelle était votre situation en prison ? Etes-vous resté à l’isolement pendant toute cette période ?
A.S : Je suis resté à l’isolement tout le temps sauf pour une période de 20 à 25 jours où je me trouvais dans la cellule 92 avec deux autres prisonniers qui devaient s’y trouver depuis déjà quelque temps. Ils étaient accusés par le ministère du renseignement, sûrement parce qu’ils connaissaient certaines personnes trop bien. Durant leurs conversations, ils parlaient d’une personne dont ils connaissaient le surnom quand il était chargé des interrogatoires dans les années 1980. Je ne sais pas pourquoi ils y étaient détenus mais j’ai partagé leur cellule pendant environ 20 jours. 

F.G. : Alors vous voulez dire qu’en dehors de ces deux personnes, vous n’avez vu personne dans les sections 209 et 240 ?
A. S. : J’ai vu Monsieur Kouhyar Goudarzi. C’est alors que j’ai dit par téléphone à ma famille que Kouhyar était ici. Ce qu’on disait de moi ressemblait à ce qu’on disait de Kouhyar. Mais Kouhyar a une mère fermement présente à ses côtés et suivant son dossier de près.

F.G. : J’aimerais vous demander pourquoi vous étiez traité de cette façon ? Sur quelles bases ?
A. S. : Je n’étais au courant d’aucune nouvelle accusation depuis environ sept ou huit mois. On a juste mis devant moi une vague feuille de papier imprimée. On voyait bien qu’il s’agissait d’une photocopie d’un texte général largement distribué. 

F.G. : Quel papier ? Qu’y avait-il d’écrit dessus ?
A. S. : « Liens et contacts avec les medias étrangers, participation à des rassemblements », etc. Quelques accusations génériques, clairement photocopiées et données aux accusés. Je n’ai pas signé. L’accusation à mon encontre, présentée par celui qui m’interrogeait, c’est d’avoir organisé un rassemblement devant l’université Allameh Tabatabaï. Une autre accusation consiste en les liens que j’entretenais avec le Docteur Mohammad Maleki (Premier président de l’université de Téhéran après la révolution). J’ai rendu visite au Docteur Maleki une ou deux fois après ma libération. Celui qui m’interrogeait prétendait « Le Docteur Maleki militait pour un ‘boycott actif des élections’ et tu voulais l’y aider en dirigeant un comité dans ton université. » Même si ce n’est pas vrai, on ne me laissait pas rentrer à l’université. Quand j’ai tenté d’y entrer pour savoir où en était mon dossier, on m’en a refusé l’entrée.
Ma mère est un autre problème. La raison principale de ma détention est ma mère. Depuis ma dernière arrestation, on m’a demandé à plusieurs reprises de retirer ma plainte contre le ministre du renseignement. Je me souviens qu’une fois, on est venu lors d’un cours d’histoire avec feu Hoda Saber dans la section 350 de la prison d’Evine. On m’a appelé par haut-parleur, convoqué et demandé de retirer ma plainte. On m’a dit qu’il n’y aurait pas de problème d’argent. On m’a donné un chèque en blanc en me demandant d’y inscrire le montant que je voulais et on m’a dit que je pourrai poursuivre mes études, que je ne rencontrerai aucun problème, que je pourrai vivre ma vie. J’ai répondu que je ne pourrai jamais oublier ce qui était arrivé à ma mère et qu’elle représentait ma première priorité.
Ma libération a coïncidé avec la confirmation du bureau du juge qui indiquait une fois encore que ma mère ne souffrait pas du cœur et que son décès résultait du choc de l’attaque contre son domicile ; elle avait aussi reçu un coup sur la tête qui lui avait causé une hémorragie interne. J’ai tenté de suivre le dossier. Ma sœur était présente mais elle ne voulait malheureusement pas s’impliquer. Le succès de ma requête dépend en quelque sorte de l’implication de ma sœur. Je pense que j’ai été arrêté parce que je n’abandonnais pas le dossier de ma mère. Après mon arrestation, J’ai été placé à l’isolement dans une situation floue.

F.G. : Votre grand-père vous aurait rendu visite et, après cette visite, une lettre a été publiée, signée du nom de votre grand-père, adressée à celui qui vous interrogeait, qui expliquait que vous étiez mis en accusation à cause de l’interview que vous m’aviez donnée en 2010 ainsi qu’à celle que vous aviez accordée à la BBC. D’après ce que vous dites, ce n’était pas les faits qui vous étaient reprochés.
A.S. : Différents points se sont fait jour. Par exemple, on m’a reproché ma soi-disant coopération avec le site web de presse Iran Khabar News Agency. J’ai toujours été celui qui insistait auprès de mes amis pour que, s’ils décidaient de travailler avec les médias, ils évitent de coopérer avec Iran Khabar en raison de ses liens avec l’OMPI. Ceux qui coopéraient avec ce site s’exposaient à beaucoup de difficultés et de problèmes.
Il y avait beaucoup d’accusations à mon encontre. La principale était l’organisation d’un rassemblement devant l’université même si j’avais été arrêté un mois avant ce rassemblement. L’autre accusation était « le boycott actif » des élections. Une autre encore concernait les déclarations publiées hors de la prison. Ce sont les principales raisons de mon arrestation en plus de la mort de ma mère.

F.G. : Comment vous a-t-on arrêté cette fois ?
A.S. : Je me rendais à Behest-e-Zahra. Je n’étais pas au bout de ma rue quand on m’a arrêté. Comme j’ai résisté, l’arrestation fut violente.

F.G. : Arrêté par le ministère du renseignement.
A.S. : OUI


21 octobre 2013 : Les militants iraniens PeymanAref (à gauche), AliVefghi (au centre) ArashSadeghi (à droite) Torturés en prison.

F.G. : De janvier 2012 au 12 octobre 2013, sauf pendant les 20 jours que vous avez mentionnés, vous n’avez vu personne d’autre que Kouhyar Goudarzi, c’est bien cela ?
A.S. : Oui

F.G. : Vous avez mentionné qu’on insistait pour que vous retiriez votre plainte concernant la mort de votre mère. L’avez-vous retirée ? Est-ce la raison de votre libération ?
A.S. : Non, elle n’a pas été retirée. Au bout d’un certain temps, on a cessé de m’interroger, mais j’étais dans le flou à propos de ma détention. Le suivi de mon dossier par mon père n’a rien apporté de plus. Je m’en tenais à : si l’on m’accuse de quoi que ce soit, il faut me le dire et je dois comparaître. Il n’y avait aucune raison de me maintenir en détention pendant si longtemps.

F.G. : Vos amis discutaient et parlaient beaucoup de votre arrestation. Des personnes qui se prétendaient vos amis disaient que vous aviez été tué en prison, d’autres disaient que vous n’aviez même pas été arrêté que ce n’était qu’une fable… Pourquoi ces discussions à votre sujet ?
A.S. : Je ne sais quoi vous dire. Grâce à mes amis, je surfe sur le net et je lis beaucoup de ce qui a été écrit et je ne sais quoi dire. Ma question à mes amis qui ont nié mon emprisonnement est que mon père a donné trois interviews, alors qu’il est membre des forces armées et qu’il subit d’immenses pressions de la sécurité militaire et du ministre du renseignement. Si je n’avais pas été en prison, on aurait arrêté mon père pour propagation de mensonges. Un autre point est que j’ai reçu des visites en prison ; Maître Alizadeh Tabatabaï a également donné des interviews et a déclaré qu’il s’occupait de mon dossier. Il s’est rendu au tribunal pour demander si j’étais toujours vivant. On lui a dit que j’étais vivant. Alors pourquoi n’a-t-on pas nié que je fusse en prison alors qu’on a prétendu que Kouhyar n’avait même pas été arrêté. La justice et le ministère du renseignement avaient annoncé que Kouhyar avait été kidnappé et non arrêté. Il est cependant apparu plus tard qu’il se trouvait bien en prison. Ses tenants et aboutissants ont pu être divulgués grâce aux efforts de ses amis et de sa mère. Je n’avais personne pour s’occuper de mon cas et donner des interviews. Je ne sais malheureusement que dire. Une autre question sur la négation de mon emprisonnement est que j’étais en prison pendant deux ans. Pourquoi le ministère du renseignement ou la justice n’ont-ils pas nié mon arrestation plus tôt ?

F.G. : Un autre point est la rumeur de votre mort en prison. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Comment a-t-elle fuité ?
A.S. : J’ai fait deux grèves de la faim, une fois en soutien de Hossein Ronaghi Maleki et une autre suite à une altercation avec un gardien de prison, mais rien qui n’ait pu causer ma mort. Il y avait beaucoup de fausses rumeurs. Certains disaient que je n’étais pas en prison, d’autres que je n’étais plus vivant, ce qui a causé ce battage médiatique. Environ sept jours après mon arrestation, j’ai pu faire un appel téléphonique. Celui qui m’interrogeait m’a dit que mes amis avaient causé beaucoup de zizanie et de chocs. Pendant cette période, la pression médiatique m’a donné accès au téléphone. Après l’installation de cette ambiance délétère, la pression médiatique a perduré.

F.G. : Vous voulez dire qu’on ne vous a pas permis de contacter votre famille après ?
A.S. : Exactement. Je n’ai pu téléphoner qu’une fois. J’ai utilisé cet appel pour confirmer que Kouhyar était à la section 209 ; j’ai aussi dit autre chose qu’il ne serait pas correct de répéter ; à cause de cela, on m'a interdit de recontacter ma famille. En y repensant, je me rends compte que tout penchait à nier ma présence en prison. Mais si je n’avais pas été en prison, mon père n’aurait eu aucune raison de donner des interviews.

F.G. : Vous dites que vous avez fait deux grèves de la faim dont une pour protester contre la situation de Hossein Ronaghi. Vous n’aviez pas de contacts avec le monde extérieur, alors comment connaissiez-vous la situation de Hossein Ronaghi ?
A.S. : Mon grand-père m’a rendu visite. Hossein Ronaghi avait commencé une grève de la faim quelques jours avant sa visite. Mon grand-père m’a dit : « Ton ami Hossein Ronaghi a commencé une grève de la faim pour protester contre sa situation médicale. » Je lui ai dit que je commencerais une grève de la faim le jour même en soutien de Hossein Ronaghi Maleki.

F.G. : Avez-vous rendu visite à votre grand-père à la prison d’Evine ?
A.S. : Oui

F.G. : On a rapporté que votre grand-père avait été arrêté et transféré à la section 209 de la prison d’Evine. Avez-vous vu vote grand-père à la section 209 ?
A.S. : Non pas du tout

F.G. : Après la libération de votre grand-père, vous ne l’avez plus vu et il ne s’est pas occupé de votre dossier ?
A.S. : C’est malheureusement exact. Mes amis poussaient mon père a s’en occuper. Aux dernières nouvelles, mon grand-père vit à Parand au nord de Robat-e-Karim.

F.G.  : Vous n’avez pas revu votre grand-père, même après votre libération ?
A.S. : Malheureusement non.

F.G. : Et votre père ? Avez-vous vu votre famille après votre libération ?
A.S. : Je ne les ai vus qu’une fois. Je n’ai pas le droit de pénétrer dans la zone militaire. Le renseignement militaire m’a retiré mon laissez-passer. Il faudrait que je retourne dans cette zone pour m’y faire enregistrer, mais on ne me le permet pas. J’ai cependant vu mon père à l’extérieur de la zone. Mon père est dans une situation dramatique. Il a des crises d’angoisse. Il prend des médicaments qui ont fait empirer son état. Il est dans un tel état que ces crises d’angoisse ne peuvent être contrôlées que par des médicaments. Quand il ne les prend pas, sa santé neurologique est très perturbée. Mon père subit des pressions du renseignement militaire, du ministère du renseignement et de son épouse. Il ne veut pas donner d’interviews, quand il l’a fait, c’est pendant que son épouse n’était pas à la maison et il faisait en sorte qu’elle ne le sache pas. Les problèmes familiaux ont été pour beaucoup dans le manque de réponse de mon père.

F.G. : Vous avez parlé de son épouse ?
A.S. : Oui. Mon père s’est remarié 60 jours après la mort de ma mère. L’une des raisons qui m’empêche de vivre avec mon père est son mariage.

F.G. : Après la négation d’Edjeï, on a dit vous avoir vu à Mehrabad Sud (là où son père possède une maison dans une enclave militaire). On a dit que vous étiez très maigre et émacié, comme un mort sorti de sa tombe. Vous sembliez en plus avoir perdu vos facultés cognitives et que vous erriez sans but… Comment l’expliquez-vous ?
A.S. : Oui, ceci a été rapporté par XXX dont la sœur était dans la même université que moi, c’était un ami. Sa sœur a vu quelqu’un à l’université et a dit après qu’elle avait vu quelqu’un qui ressemblait beaucoup à Arash. Mais alors, si c’était Arash, pourquoi ne m’ont-ils pas parlé ?

F.G. : Pourquoi n’avoir informé personne de votre libération contrairement aux autres prisonniers libérés, pourquoi l’avoir annoncé sur Facebook au bout de quelques jours ?
A.S. : En fait, je l’ai dit à tout le monde, mais les médias m’ont bloqué. Les sites n’ont pas publié la nouvelle de ma libération, et même maintenant, ils doutent que les photos de Facebook soient vraiment celles d’Arash… même si c’est moi qui m’occupe de mon compte Facebook et si j’ai pris cette photo à la demande de mes amis avec mon téléphone portable.

F.G. : Quelle est votre situation actuellement ? Quelles sont les accusations qui vous ont été notifiées ?
A.S. : « Collusion et conspiration contre le régime » et « propagande contre le régime ».

F.G. : Vous a-t-on expliqué pourquoi vous n’avez pas été transféré à la section commune de la prison, pourquoi vous êtes resté à l’isolement pendant si longtemps ? Vous ne les avez pas interrogés sur ces sujets ?
A.S. : J’ai protesté à de nombreuses reprises. J’ai demandé d’être transféré aux cellules 122 où l’ambiance était davantage ouverte. Mais mes protestations et mes discussions avec celui qui m’interrogeait, calmes ou ressemblant à des affrontements, n’ont abouti à rien. Après ma deuxième visite, on m’a dit qu’à l’extérieur de la prison, on m’accusait de ne pas être emprisonné. On sous-entendait que je collaborais avec les autorités pour obtenir ma libération. Suite à cette visite, j’ai tenté sans succès d’être transféré aux cellules 122. Enfin, vers la fin de ma détention, on m’a transféré à la section 92 où j’ai été détenu avec deux autres personnes. Puis, et cela m’a même choqué, on m’a libéré sous caution. On m’a refusé tous mes droits de prisonnier. Je n’ai eu que deux visites et un seul appel téléphonique.

F.G.  : Quelle explication ont-ils donnée pour ne pas vous transférer à la section publique ?
A.S. : On disait à ma famille que celui qui m’interrogeait devait accepter le transfert. Pendant qu’il m’interrogeait, il m’a dit que je ne méritais pas d’être transféré à la section publique.

F.G. : Un autre problème : pourquoi aucun des prisonniers libéré de la section 209 ne vous a-t-il vu, ni dans les couloirs, ni auprès des salles d’interrogatoire, ni aux toilettes et aux douches ? Dans quelles conditions étiez-vous détenu pour qu’en dehors de ces deux personnes que vous avez mentionnées, personne d’autre ne vous ait vu ?
A.S. : Mais quelques-uns m’ont vu, ceux qui ont été transféré à la section 350. Il y a eu un rapport dans Jaras disant qu’un fonctionnaire de la section 209 avait publié une réponse à une question confirmant qu’Arash Sadeghi était détenu dans la section 209. C’était en 2012. Quelques amis m’ont vu d’une façon ou d’une autre. Nous avons même parlé. Il me semble bizarre qu’on prétende que personne ne m’ait vu. Mehdi Khodaï et quelques autres qui s’occupaient de mon dossier ainsi que deux prisonniers de la section 209 ont dit m’avoir vu.

F.G. : Vous dites que vous vous rendiez aux toilettes. Il n’y en avait pas dans votre cellule ?
A.S. : Les cellules de la section 240 ont des toilettes, mais, dans la section 209, vous appuyez sur un bouton et un gardien vient vous emmener aux toilettes.

F.G. : A votre avis, pourquoi Mr. Edjeï a-t-il nié votre détention à la prison d’Evine ?
A.S. : Les sections 2A et 209 ne dépendent pas de l’organisation nationale des prisons, même les repas y sont différents. Je parle du cas de Kouhyar. Je n’ai pas l’intention de me défendre. A partir de maintenant je n’essaierai plus de me défendre ou de me justifier. Je choisirai le silence et j’attendrai le procès pour tout élucider.

F.G. : Dans quelle chambre est votre dossier pour l’instant ?
A.S. : Vous voulez dire au tribunal d’Evine ?

F.G. : Votre dossier se trouve au tribunal d’Evine et c’est là que la caution a été déposée ?
A.S. : Oui, à la deuxième chambre du tribunal d’Evine.

F.G. : Le dossier a-t-il été clos ? La date du procès a-t-elle été fixée ?
A.S. : Le dossier n’est pas clos et aucune date n’a été fixée.

F.G. : Dans quel état physique et émotionnel vous trouvez-vous ?
A.S. : Au point de vue physique, je souffre d’hémorragie stomacale et j’ai perdu beaucoup de poids, environ 20 à 21 kilos. En ce moment, je pèse 51 kilos. Mon état émotionnel n’est pas bon. Je suis en état de choc. On m’accuse sans même me laisser le temps de me remettre. On m’a harcelé et blessé dès le premier jour. On a même mis en doute l’authenticité de ma photo.

F.G. : Puis-je publier cette interview sur le site de Rooz ?
A.S. : Cela ne pose aucun problème. Publiez-la comme vous l’entendez.


dimanche 11 août 2013

Lettre de Hossein Ronaghi-Maleki à Abolfazl Abedini

Au nom de la justice
Tu vis en moi
Et moi en toi
Nous ne mourrons jamais
Toi, moi et des milliers d’autres,
Nous prendrons cette route.
La victoire nous appartient
La joie et la prospérité nous appartiendront.
Mon bien-aimé, 
Le monde va s’épanouir
Et chaque tulipe née du sang des martyrs
Est une promesse du jour à venir qui sera libre

Houshang Ebtehadj

A mon frère emprisonné et souffrant, Abolfazl Abedini :

Voici aujourd’hui 14 jours que tu es en grève de la faim à cause de ton transfert illégal. Penser à la tyrannie et aux persécutions utilisées pour réprimer les personnes éprises de liberté comme toi, le son de ta voix me rappellent cette ballade inspirante bien loin des murailles d’Evine. Elle venait de la terre du Khuzestân : « Si tu entends un musulman pleurer et que tu ne réagis pas, tu n’es pas musulman. »

Mon cher ami, je te connais depuis des années, depuis l’époque où tu étais la voix des travailleurs opprimés qui souffraient des injustices courantes ; de l’époque où les rues étaient pleines de feu, de fumée et des cris brisés de milliers d’Iraniens qui y étaient descendus pour manifester, appelant à la justice alors qu’ils étaient attaqués ; et ensuite, à l’époque de la prison, des pressions et des mauvais traitements, quand tu as triomphé de la pression de ceux qui t’interrogeaient et que tu es resté en prison.

Je sais que tu es décidé et que tu t’es fait des promesses. C’est malheureusement ta bienveillance et ta persévérance dans l’humanité qui t’ont mis, toi et ta famille dans une situation si difficile.

Je sais que notre détermination et notre persévérance nourriront le futur des enfants de ce pays et je ne peux donc pas m’opposer à ta protestation ou à tes convictions. Je ne peux pas te dire de penser à ta propre santé, à ta propre vie dans ces jours difficiles où tu n’as personne à tes côtés pour porter ta voix. Nous sommes des vagues manquant de tranquillité.

Je resterai à tes côtés, je ressentirai ta douleur car si nous ne restons pas ensemble, nous ne trouverons personne avec qui suivre notre chemin. Je sais que l’égoïsme de certains n’a fait que prolonger ton destin amer au point que tu es prêt à te sacrifier pour la poursuite de la lutte. Ton emprisonnement, celui de Madjid Dori et de Zia Nabavi dans la prison de Karoun aux conditions inhumaines, mêlés que vous êtes aux malfaiteurs dangereux est un sacrifice très lourd dont vous et vos familles payez le prix.

Je sais que tu es en grève de la faim pour protester contre la tyrannie, l’oppression, le manque de légalité, l’assignation à domicile de Mir-Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard et Mehdi Karroubi. Nous partageons tous cette douleur, nous sommes tous opposés à ce climat d’outrages et d’injustice, tu ne devrais donc pas te retrouver seul dans cette voie.

Tu sais que nos mères sont unies sur ce chemin car il c’est un calvaire pour toute mère de voir son enfant s’éteindre comme une chandelle. Si nous n’avons pas de camarade, personne pour faire entendre notre voix, nos mères seront nos porte-voix, elles seront à nos côtés car elles ressentent nos peines et nos souffrances. Je sais qu’avec le soutien de nos mères, notre lutte finira par changer le cours du destin.

Je serai ton compagnon dans tes inquiétudes sur le futur de l’Iran, sur la situation d’Arash Sadeghi à l’isolement et dont personne n’a de nouvelles, et sur les milliers d’Arash et de Neda qui ont payé et qui paieront le prix pour poursuivre ce chemin.

Je lance une grève de la faim pour manifester contre les responsables qui ignorent la santé des prisonniers politiques, les besoins médicaux des militants politiques malades qui sont en prison, les pressions impitoyables sur ma famille, le transfert arbitraire de prisonniers politiques innocents, la situation inhumaine des prisonniers politiques, leur mise à l’isolement et la continuation des actions illégales et violentes.

Que notre santé et notre vie mettent fin à l’emprisonnement, à la torture et aux chaînes qui entravent les mains et les pieds de ceux qui recherchent la liberté. A une époque où rien n’a changé, crions que nous exigeons le changement pour promouvoir la moralité, la dignité, la légalité et la valorisation de la santé mentale et physique des humains.

Mon cher Abolfazl,

La vie est pour nous, artistes, une belle scène,
Chacun chante sa propre chanson
Dans la scène qui convient.
On se souviendra de nous
Une larme à la fois.
Ton image que j’oublierai doucement
Vivre dans la joie est un art.
Ne t’approprie pas la joie des autres
Car comme la nature morte du jour et de la nuit
Nous serons privés de toute joie
L’absence de douleur ne risque pas de nous atteindre.

Seyed Hossein Ronaghi Maleki – prison d’Evine

Source : http://www.kaleme.com/1392/05/20/klm-154375/


mardi 18 juin 2013

Où est Arash Sadeghi ? Interview avec le père et l’avocat de l’étudiant emprisonné – Fereshteh Ghazi - 17 juin 2013



Environ 200 militants politiques ont signé une lettre déclarant qu’Arash Sadeghi avait commencé une grève de la faim en prison après avoir été battu et attaqué par les agents de sécurité. Ils y expriment leur inquiétude sur les spéculations qui entourent la situation et l’état du militant étudiant. Sur la toile, on a même supputé la mort d’Arash.

Où se trouve Arash Sadeghi ?
Quelle est sa situation actuelle, et pourquoi, contrairement aux autres prisonniers de conscience, n’est-il pas détenu dans une section publique ? Pourquoi est-il détenu à la section 209 de la prison d’Evine ? Ce sont des questions sans réponse de l’avocat et de la famille d’Arash, en dépit de leurs nombreuses demandes. Le père d’Arash, Hossein Sadeghi et son avocat, Alizadeh Tabatabaï, ont réfuté les rumeurs sur la mort d’Arash mais ont affirmé que leurs efforts pour enquêter sur sa situation ont été infructueuses.

Hossein Sadeghi a dit à Rooz : « Une source nous a dit qu’Arash faisait la grève de la faim et qu’il avait été rossé par les gardiens de prison. Nous n’avons reçu aucune réponse. »

Où Arash est-il détenu ?
Hossein Sadeghi : On nous a dit de ne pas parler et de faire en sorte que très peu d’informations soient publiées. On ne nous donne aucune information sur l’endroit où Arash se trouve, sa situation où la raison pour laquelle il est traité de la sorte…Nous savons seulement qu’il est en vie. » En raison des pressions exercées par les autorités sécuritaires sur sa famille, Hosseien Sadeghi n’a pas pu nous donner davantage d’information.

Alizadeh Tabatabaï : « Tout ce que je sais d’Arash c’est qu’il est détenu à la section 209. J’ai aussi entendu dire qu’il avait été attaqué et qu’il avait commencé une grève de la faim ; je ne sais rien d’autre malgré les efforts déployés pour suivre son dossier.

Maître Tabatabaï réfute les rumeurs selon lesquels il aurait commenté la mort d’Arash Sadeghi. « C’est complètement faux, et je nie en avoir parlé. Je ne sais rien de la situation d’Arash. J’ai suivi le dossier mais on ne me dit pas où il se trouve ou dans quel état il est. »

Maître Tabatabaï rappelle qu’il était l’avocat d’Arash lors de son premier procès mais qu’il ne le défend pas dans son dernier dossier. « J’ai utilisé mon mandat précédent d’avocat pour enquêter, mais cela n’a donné aucun résultat. »

Sur la détention probable d’Arash Sadeghi à la section 209 au lieu de la section générale, Maître Tabatabaï dit : « D’un point de vue légal, jusqu’à ce que l’acte d’accusation soit rédigé, le procureur peut demander l’avis d’un expert pour terminer l’enquête. Mais beaucoup d’experts judiciaires ne reconnaissent pas l’habilitation du ministère du renseignement à détenir l’accusé et la section 209 est sous la responsabilité du ministère du renseignement. Dans le premier procès d’Arash, le verdict a été énoncé mais je ne sais rien de son nouveau dossier puisque je n’ai reçu aucune réponse.

Arash Sadeghi est étudiant en Master de philosophie, membre de la campagne présidentielle de Mir-Hossein Moussavi en 2009 et membre de l’association islamique de l’université Allameh Tabatabaï. Il a été arrêté une première fois en juillet 2009, au début des manifestations populaires qui ont suivi l’élection présidentielle de 2009 en Iran. Il a été libéré sous caution mais en mars 2010, il a été de nouveau arrêté pour être encore libéré sous caution quelques semaines plus tard.

En novembre 2010, la mère de Monsieur Sadeghi a fait une attaque cardiaque et en est morte après l’attaque de son domicile de nuit par des agents de sécurité qui venaient arrêter son fils.
Dans une interview de Rooz, Arash Sadeghi a décrit l’attaque : « A environ quatre heures du matin, des agents de sécurité sont venus chez nous ; comme on ne leur a pas ouvert la porte, ils ont cassé une fenêtre et sont entrés par la porte qu’ils ont ouverte avec la clé qui se trouvait à l’intérieur. Ils hurlaient et ont beaucoup choqué, terrorisé la maisonnée pendant leur perquisition. Quand ils ont cassé la fenêtre pour rentrer dans notre maison, ma mère a fait une attaque cardiaque et est tombée de son lit. Elle est décédée quatre jours plus tard à l’hôpital. »

Arash Sadeghi a été condamné à six ans de prison et 74 coups de fouet par la 26ème chambre du tribunal révolutionnaire présidée par le juge Pir-Abbassi qui l’a condamné pour « collusion et conspiration contre le régime » et « diffusion de propagande contre le régime ». La peine a été réduite en appel à 5 ans de prison. D’après les normes légales, Arash devrait être transféré à la section publique pour purger sa peine mais il est toujours détenu à la section 209 de la prison d’Evine.

Arash a été arrêté une troisième fois le 15 janvier 2012 et est, depuis lors, détenu à la section 209 de la prison d’Evine.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2013/june/17/article/where-is-arash-sadeghi.html

Inquiétude des militants politiques et civiques
A cause de la situation décrite ci-dessus, 197 militants des droits humains et de la société civique ont écrit une lettre pour exprimer leur inquiétude sur la situation d’Arash Sadeghi et appeler à sa libération sans condition.

Extraits de cette lettre :
Arash Sadeghi est un militant étudiant de l’université Allameh Tabatabaï à qui on a interdit de poursuivre ses études. Il se trouve à la section 209 de la prison d’Evine depuis le 15 janvier 2012. Il a été battu par les gardiens de prison le 1er juin 2013 et a lancé une grève de la faim le jour même…

Au bout de 18 mois de prison, Arash Sadeghi a été libéré en décembre 2011. Cependant, il a été arrêté de nouveau trois semaines plus tard et il est depuis emprisonné. Après sa dernière arrestation, la troisième chambre du tribunal d’Evine a accusé Arash de « diffusion de propagande contre le régime » à cause d’une lettre qu’il avait envoyée au procureur.

Nous soussignés, exprimons notre grande inquiétude sur la situation inconnue d’Arash Sadeghi et nous croyons que détenir un prisonnier à l’isolement est un exemple patent de torture. Fondamentalement, détenir un prisonnier sans accusation formelle n’est pas légalement justifié. Nous, un groupe de journalistes, de militants politiques et des droits civiques et humains, rappelons au gouvernement iranien ses engagements internationaux sur les droits humains, dont son engagement à reconnaître et à soutenir la liberté d’expression stipulée dans diverses conventions dont l’article 19 de la déclaration universelle des droits humains et les sections 1 et 2 de l’article 19 du traité international sur les droits civiques et politiques. Nous demandons la libération sans condition d’Arash Sadeghi et tenons le régime iranien responsable de la vie et de la santé de ce prisonnier politique.

Source : http://persian2english.com/?p=24538

samedi 9 juin 2012

Chroniques des atrocités infligées au militant étudiant le prisonnier politique Arash Sadeghi


Le militant étudiant Arash Sadeghi, né le 29 septembre 1986, membre de l’équipe de champagne pour l’élection présidentielle de 2009 de Mir-Hossein Moussavi et membre de l’association islamique des étudiants de l’université Allameh, y étudiait la philosophie quand il en a été expulsé. Voici des tranches de la vie inimaginable et douloureuse de ce militant étudiant rapportée sur le blog Nameh Beh Yek Azadeh



Tir 1388 (du 22 juin au 22 juillet 2009)

Première arrestation après l’élection présidentielle de 2009, le 8 juillet. Après 50 jours à l’isolement et soumis à la torture qu’il a relatés lui-même ultérieurement, il est relâché dans une rue peu passante de Téhéran. Parmi les horribles tortures qu’il a subies, en citer une seule suffit : il a été obligé de lécher une cuvette de toilettes.

Dey 1388 (du 22 décembre 2009 au 20 janvier 2010)

Suivant les manifestations de l’Ashoura sanglante de 2009, Arash a de nouveau été arrêté le 27 décembre 2009. Il a été libéré sous caution le 6 mars 2010. Alors qu’il est en liberté provisoire, il a parlé à des proches de « tabassages sévères en prison qui ont fini par endommager son épaule droite. » A cette époque, il a déjà été condamné à trois ans de prison par la 28ème chambre du tribunal révolutionnaire.

Farvardin 1389 (du 20 mars au 20 avril 2010)

En mars 2010, à l’expiration de sa liberté provisoire, Arash est retourné en prison et a été interdit de visites et d’appels téléphoniques pendant une longue période. D’après sa famille, les raisons de ces interdictions étaient la publication de sa condamnation à trois ans de prison et les relations qu’il avait écrites sur les attaques subies durant son incarcération précédente. A cette époque, sa famille a exprimé son inquiétude sur son état de santé puisqu’elle ne pouvait ni le voir ni l’entendre.

Aban 1389 (du 23 octobre au 21 novembre 2010)

Après un an d’incarcération et de torture, Arash a bénéficié d’une liberté provisoire. Mais après quelques jours, sans avertissement que sa liberté provisoire était finie, sans appel téléphonique de la justice le rappelant en prison, des agents ont attaqué son domicile à 4 heures du matin le 26 octobre pour l’arrêter ; il n’était pas à la maison. Le traumatisme a causé une attaque cardiaque à la mère d’Arash; elle en est morte quelques jours plus tard. Quatre jours après l’attaque, la mère d’Arash, Farahnaz Dargahi est décédée à l’hôpital le 30 octobre 2010. Elle est enterrée au cimetière de Beheshte Zahra, bloc 311, allée 119, tombe 23. Le 15 novembre 2010, avant son arrestation, Arash avait critiqué l’attaque de son domicile sur la BBC Persian : « A chaque fois que j’ai été convoqué à Evine, j’y suis allé. Je ne sais pas pourquoi ils ont agi comme ça cette fois-ci. » Evoquant sa souffrance causée par la triste mort de sa mère, il a dit à la BBC lors de la même interview : « J’ai payé le prix fort. J’aurais préféré aller en prison ! Pour moi, la situation est meilleure en prison qu’à l’extérieur ! La pression de la famille qui me tient responsable de la mort de ma mère représente beaucoup de stress à endurer. »

Arash Sadeghi a été condamné par les 26ème et 28ème chambres du tribunal révolutionnaire de Téhéran respectivement à trois et six ans de prison. La cour d’appel a annulé les trois ans de prison et l’a lavé de toute condamnation dans ce dossier. La condamnation à 6 ans a été réduite en un an de prison et quatre ans avec sursis.

Azar 1389 (du 22 novembre 22 au 21 décembre 2010)

Après avoir publié une déclaration le 7 décembre, Journée des Etudiants, il a été attaqué physiquement et battu par ceux qui l’interrogeaient au bloc 209 de la prison d’Evine et il a été une fois encore blessé à l’épaule et aux côtes. Ceux qui l’interrogeaient ont refusé qu’il se rende au dispensaire d’Evine pour y être traité. Pour protester, Arash a commencé une grève de la faim le 10 décembre 2010. Dans une note envoyée du bloc 209 de la prison d’Evine pour la Journée de l’Etudiant, Arash a écrit : « Si nous disons que nous ne reconnaissons pas ce gouvernement illégitime et illégal, arrivé au pouvoir à cause de mensonges, de calomnies et de tricheries, si nous appelons à des élections saines et justes, surveillées par des observateurs et le peuple, nous sommes considérés comme Mohareb (ennemis de Dieu) et antirévolutionnaires. »

Dey 1389 (Décembre 2010 – janvier 2011)

Au bout de 14 jours, Arash arrête sa grève de la faim le 24 décembre 2010 et est transféré au bloc 350 de la prison d’Evine. Mais le 31 décembre, il est soudain transféré au bloc de sécurité 209 à l’isolement où il est de nouveau sévèrement battu et contusionné. Il en arrive à ne plus pouvoir bouger le bras droit, à pouvoir à peine marcher ; il souffre également d’hémorragies digestives et d’une infection pulmonaire.

Esfand 1389 (du 20 février au 20 mars 2011)

Comme par le passé, Arash était soumis à la pression et aux tortures de ceux qui l’interrogeaient sur des accusations fausses et forgées de toutes pièces. Cette fois-ci, ceux qui l’interrogeaient le pressaient pour qu’il nie que la mort de sa mère ait été causée par le choc et le traumatisme de l’attaque de son domicile et aussi pour démentir ses interviews de novembre dernier. Pour protester contre toutes ces pressions et ces tortures, Arash a commencé une nouvelle grève de la faim le 14 mars. En raison de sa mauvaise santé due aux tortures endurées et au stress de la grève de la faim, sa situation s’est détériorée et il a commencé à souffrir de tremblements et de pertes de conscience. Les autorités d’Evine l’ont alors transféré au dispensaire.

Farvardin 1390 (du 21 mars au 20 avril 2011)

Arash a passé le nouvel an iranien dans la souffrance et les ennuis de santé à l’isolement au bloc 209.

Khordad 1390 (du 22 mai au 21 juin 2011)
Après le martyre de Haleh Sahabi, les militants Nationaux-Religieux Hoda Saber et Amir Khosrow Dalirsani ont lancé une grève de la faim. Arash et d’autres prisonniers politiques, Mehdi Khodaï, Ahmad Shahrezaï, Peyman Aref, Shahin Zeinali et Djavad Alikhani ont commencé une grève de la faim le 5 juin pour protester contre la mort d’Haleh Sahabi. Arash avec Khodaï et Shahrezaï voulaient terminer leur grève de la faim le 12 juin, mais après le martyre d’Hoda Saber qui était en grève de la faim, les trois ont décidé de continuer pour protester contre sa mort violente.

Azar 1390 (du 22 novembre au 20 décembre 2011

Arash, condamné à un an de prison et quatre ans avec sursis a finalement été libéré du bloc 350 d’Evine le 14 décembre après plus de 22 mois dans la plupart sous les pressions et la torture à l’isolement au quartier de haute sécurité d’Evine. Au moment de sa libération, Arash était en grève de la faim en solidarité avec les prisonniers politiques qui avaient besoin de traitement médical qui ne leur était pas fourni. Il a été libéré de prison après la mort de sa mère et le déchirement de sa famille, toutes leurs vies détruites.

Dey 1390 (Décember 2011 – janvier 2012)

Arash a été arrêté très rapidement par les agents de sécurité le matin du 15 décembre alors qu’il se rendait sur la tombe de sa mère avec ses grands-parents. La violence de cette arrestation, accompagnée d’insultes, a causé à Arash une fracture du crâne.

Khordad 1391 (du 21 mai au 20 juin 2012)

A ce jour, depuis sa dernière arrestation du 15 décembre 2011, Arash est emprisonné au bloc 209 à l’isolement. Il n’a eu d’autres contacts avec sa famille qu’une courte conversation téléphonique surveillée par les gardes quelques jours après son arrestation et une visite de cinq minutes de son grand-père le 24 mai. Durant la dernière visite de son grand-père, Arash a dit qu’il avait été interrogé toutes les trois semaines et a aussi annoncé qu’il commençait une grève de la faim en solidarité avec Hossein Ronaghi Maleki.

Source : http://letter2azadegan.wordpress.com/2012/06/02/443/

NDLT: Le grand-père maternel d'Arash, 80 ans, a été arrêté cette semaine.

samedi 2 juin 2012

Lettre de Hossein Ronaghi Maleki à Arash Sadeghi


Oh doux zéphyr, je ne peux me rendre à la maison de mon aimé,
Toi qui y vas, vas-y sûrement et porte lui tous mes vœux.

Cher Arash,

Dès que mes parents m’ont dit que tu avais commencé une grève de la faim en solidarité avec ton ami, j’ai ressenti à la fois joie et tristesse. De la joie parce que tu as toujours été si solide et inébranlable à mes côtés, de la tristesse parce qu’en dépit de ta santé terrible tu as commencé une grève de la faim. Tu sais bien que je n’oublierai jamais ta fermeté, ta patience, tes dons, ton honnêteté et ton âme douce.

Mon cher frère,

Je sais ce qu’ils t’ont fait et les tortures que tu as endurées après ton arrestation par les gardes révolutionnaires le 9 juillet 2009, quand ils t’ont envoyé à la prison d’Eshrat-Abad. Tu as été arrêté après l’Ashoura et je sais quels Yazids t‘ont tourmenté ; ton corps accablé et blessé, tes yeux au beurre noir témoignaient de ce Karbala. Je sais qu’aujourd’hui tu résistes, placé à l’isolement par les tyrans, supportant toutes les tortures et les difficultés. Mais tu n’acceptes pas l’humiliation, tu te tiens droit, tu ne baisseras pas la tête devant la tyrannie pour que nous apprenions de toi la vraie signification de la liberté et de la fermeté. Je ne sais pas la peine de la perte d’une mère à cause d’une attaque vicieuse des marionnettes du despotisme, mais toi, tu la connais et tu comprends cette douleur, ce supplice.

Mon solide camarade,

Nous vivons une époque où les valeurs humaines ont été totalement détruites et remplacées par d’autres qui ne sont pas humaines, une époque où ceux qui sont épris de liberté et leurs valeurs sont attaqués par les oppresseurs. Nous devons nous débarrasser de l’obscurité et la remplacer par la lumière grâce à ta patience, ta fermeté et ta persévérance. Nous devons nous débarrasser de l’injustice et établir la justice. Nous savons tous les deux, qu'avant même notre fraternité, j’avais remarqué ta fermeté et ton esprit libre. C’est pourquoi je te demande d’arrêter ta grève de la faim, une demande qui émane de ton camarade, de ton ami. J’espère que tu arriveras aux mêmes conclusions que moi mon cher ami.

Je prie que ceux qui attaquent la lumière sachent que « Quelquefois les larmes de la colère d’un soupir peuvent détruire et que parfois une lamentation peut briser une armée. »

Source: http://www.kaleme.com/1391/03/10/klm-102148/

samedi 26 mai 2012

Les organisations étudiantes rétorquent aux remarques du ministre des sciences : Arrêtez l’apartheid dans l’éducation – Kaveh Ghoreishi – 16 mai 2012


Un groupe d’étudiants qui milite pour la défense des droits des étudiants privés d’éducation supérieure a critiqué la politique du ministre iranien des sciences, de la recherche et de la technologie, Kamran Daneshdjou et a déclaré que l’administration Ahmadinejad mène une seconde révolution culturelle en pratiquant « l’apartheid dans l’éducation ».

Dans son rapport, Shoraye defa az haghe tahsil (le conseil de défense du droit à l’éducation) rappelle l’intensification, spécialement durant ces trois dernières années, de la politique qui vise à interdire l’éducation supérieure à des centaines d’étudiants par des décrets des comités de discipline des universités ou par le comité central de discipline du ministère de l’éducation du ministère des sciences mais aussi par la pratique « illégale » de marquage des étudiants par des étoiles à l’entrée nationale des programmes de master. Avec le programme des étoiles, les fonctionnaires de l’université donnent aux étudiants qu’ils ne pensent pas faits pour les études supérieures à cause de leurs idées ou de leurs actions politiques un certain nombre d’étoiles ; les fonctionnaires surveillent les étudiants avec l’aide des organismes de sécurité et d’observation des lois. Plus le nombre d’étoiles est grand, plus les étudiants se verront interdire l’éducation supérieure en partie ou en totalité.

Pendant les nombreuses années où Daneshdjou a été ministre des sciences, il a souvent parlé d’islamisation des universités par la séparation des sexes, l’interdiction de poursuivre des études pour les étudiants dissidents et le licenciement ou la mise à la retraite d’office des professeurs. Un étudiant qui s’est vu interdire les études supérieures a appelé ces programmes « des preuves de la détermination de l’administration de la planification de la poursuite des violations des lois existantes et du refus d’accorder aux étudiants le bénéfice de leurs droits légitimes. »

Poursuite et intensification des politiques destructrices

Le ministre de l’éducation a récemment déclaré que « Les militants du mouvement de la sédition, ses chefs et ceux qui font l’apologie des leurs idées erronées » n’ont pas le droit d’accéder aux universités. D’après l’agence de presse officielle IRNA, Daneshdjou a déclaré lors d’un discours à l’université de Shahroud le 27 avril : « Les individus qui ont perdu le nord après la sédition de 2009 et qui ne suivent pas les commentaires avisés de notre guide suprême avisé et continuent dans leur voie n’ont pas leur place à l’université. Notre société, notre population ne nous le permettent pas et nous ne les trahirons pas. » Sédition est le terme que les autorités iraniennes utilisent pour les grandes manifestations organisées et soutenues par le Mouvement Vert qui ont suivi les élections présidentielles de 2009 où Mahmoud Ahmadinejad a été reconduit dans ses fonctions. Ils affirmaient que les élections avaient été truquées.

Cette déclaration du ministre a provoqué des condamnations fermes et des critiques des organisations estudiantines dans tout le pays. La réponse la plus récente est celle du conseil de défense du droit à l’éducation qui a présenté un rapport détaillé et a traité ces remarques de « criminelles. »

En mars-avril, Daneshdjou a aussi répété son message à Qom. Daftare Tahkim Vahdat, la principale organisation estudiantine du pays a condamné ces remarques et a dit qu’elles « révélaient la violation immédiate des droits des étudiants. »

Un étudiant interdit de poursuivre ses études interviewé par Rooz a dit que le calendrier des remarques de Daneshdjou était important ; elles arrivent deux ou trois semaines avant l’annonce des résultats nationaux du concours d’entrée en master à l’université et « qu’elles augmentent l’inquiétude sur de plus grandes contraintes dans l’éducation supérieure. »

Il a aussi dit que la récente expulsion de professeurs comme Alireza Beheshti, Ghorban Behzadinejad et Mohsen Mirdamadi n’était pas sans lien avec ces remarques. « Il semble que Kamran Daneshdjou veuille créer une atmosphère mortifère dans les universités et mener une deuxième révolution culturelle avec le soutien et le conseil d’institutions pures et dures. »

La révolution culturelle de la révolution islamique, que l’on appelle officiellement « réveil de l’islamisation des universités » a eu lieu dans les premières années de la révolution et a causé le licenciement et la purge de beaucoup de professeurs et d’étudiants des institutions de l’éducation supérieure.

Dans son rapport sur les interdictions d’éducation poursuivies et mises en place durant l’administration Ahmadinejad, le conseil de défense des droits à l’éducation écrit : « les politiques d’apartheid en matière d’éducation, surtout ces trois dernières années, ont pris leur élan dans le pays et des centaines d’étudiants ont été empêché de poursuivre leur éducation supérieure. » Le rapport critique aussi « le marquage par des étoiles des étudiants » par lequel les étudiants ne peuvent pas poursuivre leur éducation à cause de leurs idées et actions politiques. En sus d’être privé d’éducation supérieure, beaucoup d’étudiants « étoilés » ont également été arrêtés, interrogés et incarcérés, surtout après les élections présidentielles de 2009 et lors des manifestations dans tout le pays pour protester contre les résultats de l’élection. Dans ce dernier groupe, Madjid Dori, Zia Nabavi et Mahdieh Golrou* qui sont en train de purger leurs peines de prison. Certains étudiants ont aussi été arrêtés et « étoilés » à cause de leurs manifestations aux débats télévisés d’Ahmadinejad durant la campagne pour l’élection présidentielle de 2009. D’autres étudiants qui sont toujours derrière les barreaux : Saïd Djalalifar, Madjid Tavakoli, Emad Bahavar, Eftekhar Borzorguian, Kaveh Rezaï, Arash Sadeghi, Ali Akbar Mohammadzadeh, Moïn Ghamin* et Ali Adjami.

*Mahdieh Golrou et Moïn Ghamin ont depuis été libérés

Source: http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/article/end-education-apartheid.html