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dimanche 27 avril 2014

Témoignage d'Arash Sadeghi sur le jeudi noir à la section 350 d'Evine

Quand nous sommes arrivés devant le portail d’Evine ce matin-là, nous avons d’abord remarqué la forte présence d’agents en civil. Nous devions rencontrer plusieurs personnes ; le Docteur Mohammad Maleki, Mohammad Nourizad, Nargues Mohammadi et Behnam Moussivand étaient venus. Nous nous sommes salués et nous sommes entrés dans la salle de visite qui était très agitée. Il y avait environ 150 à 200 personnes, certaines faisaient partie des familles de prisonniers et tous les autres étaient venir les soutenir. On n’avait pas accordé de visite aux prisonniers qui avaient été transférés à l’isolement.

Soudain, on a entendu une femme crier. C’était la mère de Saïd Matinepour. Les familles de ceux qui avaient obtenu une visite lui ont dit qu’il avait été si sauvagement battu qu’il avait perdu conscience pendant un long moment. La mère de Saïd se frappait en maudissant les autorités. Du côté nord de la salle, une autre femme a crié. C’était la mère d’Akbar Amini. On lui a dit que son fils avait le cou brisé. Ce fut ensuite le tour de l’épouse d’Omid Behrouzi d’entendre parler des blessures de son mari, un derviche Gonabadi emprisonné. Il a des fractures du crâne et une veine arrachée à la main. De nombreux membres des familles scandaient dans la salle de visite : « Mort au dictateur » et « Libérez les prisonniers politiques. »



La tragédie est beaucoup plus profonde. Le colonel Imanian a donné l’ordre d’attaquer les prisonniers de la section 350. Avant l’assaut, il avait demandé aux forces de sécurité : « Ceux qui n’ont pas le cœur de tabasser ne devraient pas entrer dans le bâtiment de la section. » L’attaque a commencé et les prisonniers ont été attaqués à coups de poing, de pied et de matraque. Puis les agents de sécurité ont séparé 20 prisonniers et les ont transférés dans une salle qui n’est pas équipée de caméra où ils ont pu tabasser les prisonniers tout leur soûl. Ensuite, les forces de sécurité ont traîné les prisonniers souffrant de fractures dans un fourgon garé devant la section 350. On leur a rasé la tête et on les a transférés à l’isolement dans la section 240 d’Evine.

Beaucoup des prisonniers battus sont restés à la section 350 avec des fractures aux jambes et aux bras, sans recevoir aucun soin médical. Les prisonniers de la section 350 se sont engagés à se mettre en grève de la faim si les blessés ne recevaient pas de soins médicaux dans les trois jours.

Arash Sadeghi, militant
Téhéran, Iran

P.S. : Ceci n’est qu’une partie de ce qui s’est passé pendant l’attaque des forces de sécurité contre la section 350 d’Evine. Je fournirai d’autres détails ultérieurement.

Source : http://persian2english.com/?p=24967

dimanche 3 novembre 2013

Interview d’Arash Sadeghi par Masih Alinejad


Masih Alinejad : Monsieur Sadeghi, suite à la déclaration de Monsieur Edjeï, beaucoup s’interrogeaient sur votre sort. Je suis heureuse de vous voir libre. Pouvez-vous nous dire où vous étiez détenu ? Dans quelle section ?
Arash Sadeghi : J’ai été détenu à la prison d’Evine dans les sections 209 et 240 et, pendant un certain temps au sous-sol de la section 209

M.A. : Pourquoi ont-ils nié votre détention ? Pourquoi personne ne vous a vu ?
A.S. : Je ne sais pas pourquoi personne ne m’a vu. Dans la cellule 92, j’étais avec deux autres prisonniers, tout le reste du temps, j’étais à l’isolement.

M.A. : Dans la cellule 92, qui était avec vous ?
A.S. : Un homme appelé Mehran et un autre dont je ne me souviens plus le nom. Ils paraissaient être des membres de forces de sécurité détenus depuis longtemps.

M.A. : Votre famille ignorait également votre sort. Ils ne vous ont pas rendu visite ? De quand date la dernière visite de votre famille ?
A.S. : La dernière date de novembre 2012, lorsqu’on a permis à mon père de me rendre visite.

M.A. : Quel était le problème de votre dossier durant cette période ? Pourquoi vous a-t-on gardé à l’isolement si longtemps ? En quoi les accusations qui pesaient contre vous étaient-elles différentes de celles à l’encontre des autres militants du Mouvement Vert ?
A.S. : L’une des accusations mentionnées était notre intention d’organiser un rassemblement devant l’université Tabatabaï en février 2012. Une deuxième était une visite que j’ai rendue à Monsieur Maleki chez lui. A cette occasion, nous avons discuté du boycott actif des élections législatives de 2012. Une troisième concernait ma mère. On avait demandé à ma famille de retirer la plainte. Certains de mes amis étaient au courant. Le rapport du juge d’instruction confirmait que ma mère n’avait pas de problème cardiaque et que c’était le choc qui avait causé l’arrêt cardiaque qui l’avait conduite à la mort. J’étais accusé de « collusion et conspiration contre le régime » et de « propagande contre le régime ». Quand j’ai été libéré sous caution, je n’arrivais pas à y croire, cela m’a causé un choc. Au début, la caution était fixée à $100.000, mais quand ma famille a voulu la déposer, on lui a dit qu’elle était de $170.000. On a encore essayé de différentes façons d’empêcher ma famille de déposer la caution pour que je ne sois pas libéré, mais ma famille a fini par y arriver.

M.A. : Alors ils ont demandé à votre famille de venir vous chercher devant la prison d’Evine ?
A.S. : Désolé, je ne vous entends plus.

M.A. : Je voudrais savoir quand vous avez été libéré.
A.S. : J’ai été libéré le samedi 12 octobre à 21h00.

M.A. : Et votre famille était au courant et elle s’est rendue devant la prison d’Evine ?
A.S. : Oui, elle était au courant, mais elle n’avait pas les moyens financiers de faire le voyage alors elle a demandé à un ami de faire le nécessaire pour qu’on vienne me chercher.

Source : http://hriran.com/en/component/content/article/98-important-news/3782-arash-sadeghi-talks-with-reformist-journalist-after-prison-release.html

samedi 2 novembre 2013

Fereshteh Ghazi (@iranbaan) interviewe Arash Sadeghi

Rooz - Fereshteh Ghazi : Quand et comment avez-vous été libéré de prison ?
Arash Sadeghi : J’ai été libéré le 12 octobre sous une caution d’environ $170.000. La caution était fixée à l’origine à $100.000 mais par la suite on a dit qu’elle était de $170.000. Cette caution a été fournie par un membre de ma famille éloignée, ma famille proche n’ayant pas les moyens de répondre à une telle demande.

F.G. : Dans quel endroit de la prison étiez-vous détenu et dans quelles conditions ?
A.S. : J’étais à la section 209 et j’ai été transféré pendant un certain temps à la section 240. J’étais au 209, au sous-sol du 209 et à la section 240 de la prison d’Evine.

F.G. : Mr Edjeï, porte-parole de la justice iranienne, a déclaré que vous n’aviez été emprisonné à aucun moment pendant les années 2012 et 2013.
A.S. : Mon père a écrit une lettre pour y répondre. Cette lettre n’a été publiée que sur les pages Facebook de quelques amis puisqu’aucun media n’a accepté de la publier. Les medias n’ont pas été très gentils avec mon père. Mes amis ont écrit à Jaras, Kalameh et d’autres sites pour leur demander pourquoi ils n’avaient pas publié cette lettre.

F.G. : Que contenait cette lettre ?
A.S. : Une réponse a Mr Edjeï. Mon père y déclarait : « Pendant ce temps, nous avons rendu visite à Arash en prison deux fois. Niez-vous ces visites ? Sept jours après son arrestation, Arash a appelé au téléphone pour nous informer de la présence de Kouhyar Goudarzi à la section 209. Niez-vous les pressions exercées sur notre famille ? » Voilà le contenu de cette lettre qui n’a malheureusement pas été publiée à l’époque.

F.G. : Monsieur Sadeghi, j’ai contacté votre père le jour même où Mr Edjeï niait votre présence en prison, mais votre père n’a pas mentionné la lettre. De plus, pourquoi la lettre ne nous a-t-elle pas été envoyée ? C’est la première fois que j’en entends parler.
A.S. : Quand avez-vous contacté mon père ?

F.G. : Le jour-même où la déclaration de Mr Edjeï était publiée.
A.S. : Quelques amis sont venus à la maison et ont discuté de cette lettre. Mon père leur a dit qu’il avait écrit cette lettre et il en a remis un exemplaire à plusieurs personnes, qui, à leur tour, l’ont fait circuler mais n’ont pas réussi à la faire publier.

F.G. : Vous avez dit que vous avez séjourné dans les sections 209 et 240 de la prison d’Evine. Quelle était votre situation en prison ? Etes-vous resté à l’isolement pendant toute cette période ?
A.S : Je suis resté à l’isolement tout le temps sauf pour une période de 20 à 25 jours où je me trouvais dans la cellule 92 avec deux autres prisonniers qui devaient s’y trouver depuis déjà quelque temps. Ils étaient accusés par le ministère du renseignement, sûrement parce qu’ils connaissaient certaines personnes trop bien. Durant leurs conversations, ils parlaient d’une personne dont ils connaissaient le surnom quand il était chargé des interrogatoires dans les années 1980. Je ne sais pas pourquoi ils y étaient détenus mais j’ai partagé leur cellule pendant environ 20 jours. 

F.G. : Alors vous voulez dire qu’en dehors de ces deux personnes, vous n’avez vu personne dans les sections 209 et 240 ?
A. S. : J’ai vu Monsieur Kouhyar Goudarzi. C’est alors que j’ai dit par téléphone à ma famille que Kouhyar était ici. Ce qu’on disait de moi ressemblait à ce qu’on disait de Kouhyar. Mais Kouhyar a une mère fermement présente à ses côtés et suivant son dossier de près.

F.G. : J’aimerais vous demander pourquoi vous étiez traité de cette façon ? Sur quelles bases ?
A. S. : Je n’étais au courant d’aucune nouvelle accusation depuis environ sept ou huit mois. On a juste mis devant moi une vague feuille de papier imprimée. On voyait bien qu’il s’agissait d’une photocopie d’un texte général largement distribué. 

F.G. : Quel papier ? Qu’y avait-il d’écrit dessus ?
A. S. : « Liens et contacts avec les medias étrangers, participation à des rassemblements », etc. Quelques accusations génériques, clairement photocopiées et données aux accusés. Je n’ai pas signé. L’accusation à mon encontre, présentée par celui qui m’interrogeait, c’est d’avoir organisé un rassemblement devant l’université Allameh Tabatabaï. Une autre accusation consiste en les liens que j’entretenais avec le Docteur Mohammad Maleki (Premier président de l’université de Téhéran après la révolution). J’ai rendu visite au Docteur Maleki une ou deux fois après ma libération. Celui qui m’interrogeait prétendait « Le Docteur Maleki militait pour un ‘boycott actif des élections’ et tu voulais l’y aider en dirigeant un comité dans ton université. » Même si ce n’est pas vrai, on ne me laissait pas rentrer à l’université. Quand j’ai tenté d’y entrer pour savoir où en était mon dossier, on m’en a refusé l’entrée.
Ma mère est un autre problème. La raison principale de ma détention est ma mère. Depuis ma dernière arrestation, on m’a demandé à plusieurs reprises de retirer ma plainte contre le ministre du renseignement. Je me souviens qu’une fois, on est venu lors d’un cours d’histoire avec feu Hoda Saber dans la section 350 de la prison d’Evine. On m’a appelé par haut-parleur, convoqué et demandé de retirer ma plainte. On m’a dit qu’il n’y aurait pas de problème d’argent. On m’a donné un chèque en blanc en me demandant d’y inscrire le montant que je voulais et on m’a dit que je pourrai poursuivre mes études, que je ne rencontrerai aucun problème, que je pourrai vivre ma vie. J’ai répondu que je ne pourrai jamais oublier ce qui était arrivé à ma mère et qu’elle représentait ma première priorité.
Ma libération a coïncidé avec la confirmation du bureau du juge qui indiquait une fois encore que ma mère ne souffrait pas du cœur et que son décès résultait du choc de l’attaque contre son domicile ; elle avait aussi reçu un coup sur la tête qui lui avait causé une hémorragie interne. J’ai tenté de suivre le dossier. Ma sœur était présente mais elle ne voulait malheureusement pas s’impliquer. Le succès de ma requête dépend en quelque sorte de l’implication de ma sœur. Je pense que j’ai été arrêté parce que je n’abandonnais pas le dossier de ma mère. Après mon arrestation, J’ai été placé à l’isolement dans une situation floue.

F.G. : Votre grand-père vous aurait rendu visite et, après cette visite, une lettre a été publiée, signée du nom de votre grand-père, adressée à celui qui vous interrogeait, qui expliquait que vous étiez mis en accusation à cause de l’interview que vous m’aviez donnée en 2010 ainsi qu’à celle que vous aviez accordée à la BBC. D’après ce que vous dites, ce n’était pas les faits qui vous étaient reprochés.
A.S. : Différents points se sont fait jour. Par exemple, on m’a reproché ma soi-disant coopération avec le site web de presse Iran Khabar News Agency. J’ai toujours été celui qui insistait auprès de mes amis pour que, s’ils décidaient de travailler avec les médias, ils évitent de coopérer avec Iran Khabar en raison de ses liens avec l’OMPI. Ceux qui coopéraient avec ce site s’exposaient à beaucoup de difficultés et de problèmes.
Il y avait beaucoup d’accusations à mon encontre. La principale était l’organisation d’un rassemblement devant l’université même si j’avais été arrêté un mois avant ce rassemblement. L’autre accusation était « le boycott actif » des élections. Une autre encore concernait les déclarations publiées hors de la prison. Ce sont les principales raisons de mon arrestation en plus de la mort de ma mère.

F.G. : Comment vous a-t-on arrêté cette fois ?
A.S. : Je me rendais à Behest-e-Zahra. Je n’étais pas au bout de ma rue quand on m’a arrêté. Comme j’ai résisté, l’arrestation fut violente.

F.G. : Arrêté par le ministère du renseignement.
A.S. : OUI


21 octobre 2013 : Les militants iraniens PeymanAref (à gauche), AliVefghi (au centre) ArashSadeghi (à droite) Torturés en prison.

F.G. : De janvier 2012 au 12 octobre 2013, sauf pendant les 20 jours que vous avez mentionnés, vous n’avez vu personne d’autre que Kouhyar Goudarzi, c’est bien cela ?
A.S. : Oui

F.G. : Vous avez mentionné qu’on insistait pour que vous retiriez votre plainte concernant la mort de votre mère. L’avez-vous retirée ? Est-ce la raison de votre libération ?
A.S. : Non, elle n’a pas été retirée. Au bout d’un certain temps, on a cessé de m’interroger, mais j’étais dans le flou à propos de ma détention. Le suivi de mon dossier par mon père n’a rien apporté de plus. Je m’en tenais à : si l’on m’accuse de quoi que ce soit, il faut me le dire et je dois comparaître. Il n’y avait aucune raison de me maintenir en détention pendant si longtemps.

F.G. : Vos amis discutaient et parlaient beaucoup de votre arrestation. Des personnes qui se prétendaient vos amis disaient que vous aviez été tué en prison, d’autres disaient que vous n’aviez même pas été arrêté que ce n’était qu’une fable… Pourquoi ces discussions à votre sujet ?
A.S. : Je ne sais quoi vous dire. Grâce à mes amis, je surfe sur le net et je lis beaucoup de ce qui a été écrit et je ne sais quoi dire. Ma question à mes amis qui ont nié mon emprisonnement est que mon père a donné trois interviews, alors qu’il est membre des forces armées et qu’il subit d’immenses pressions de la sécurité militaire et du ministre du renseignement. Si je n’avais pas été en prison, on aurait arrêté mon père pour propagation de mensonges. Un autre point est que j’ai reçu des visites en prison ; Maître Alizadeh Tabatabaï a également donné des interviews et a déclaré qu’il s’occupait de mon dossier. Il s’est rendu au tribunal pour demander si j’étais toujours vivant. On lui a dit que j’étais vivant. Alors pourquoi n’a-t-on pas nié que je fusse en prison alors qu’on a prétendu que Kouhyar n’avait même pas été arrêté. La justice et le ministère du renseignement avaient annoncé que Kouhyar avait été kidnappé et non arrêté. Il est cependant apparu plus tard qu’il se trouvait bien en prison. Ses tenants et aboutissants ont pu être divulgués grâce aux efforts de ses amis et de sa mère. Je n’avais personne pour s’occuper de mon cas et donner des interviews. Je ne sais malheureusement que dire. Une autre question sur la négation de mon emprisonnement est que j’étais en prison pendant deux ans. Pourquoi le ministère du renseignement ou la justice n’ont-ils pas nié mon arrestation plus tôt ?

F.G. : Un autre point est la rumeur de votre mort en prison. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Comment a-t-elle fuité ?
A.S. : J’ai fait deux grèves de la faim, une fois en soutien de Hossein Ronaghi Maleki et une autre suite à une altercation avec un gardien de prison, mais rien qui n’ait pu causer ma mort. Il y avait beaucoup de fausses rumeurs. Certains disaient que je n’étais pas en prison, d’autres que je n’étais plus vivant, ce qui a causé ce battage médiatique. Environ sept jours après mon arrestation, j’ai pu faire un appel téléphonique. Celui qui m’interrogeait m’a dit que mes amis avaient causé beaucoup de zizanie et de chocs. Pendant cette période, la pression médiatique m’a donné accès au téléphone. Après l’installation de cette ambiance délétère, la pression médiatique a perduré.

F.G. : Vous voulez dire qu’on ne vous a pas permis de contacter votre famille après ?
A.S. : Exactement. Je n’ai pu téléphoner qu’une fois. J’ai utilisé cet appel pour confirmer que Kouhyar était à la section 209 ; j’ai aussi dit autre chose qu’il ne serait pas correct de répéter ; à cause de cela, on m'a interdit de recontacter ma famille. En y repensant, je me rends compte que tout penchait à nier ma présence en prison. Mais si je n’avais pas été en prison, mon père n’aurait eu aucune raison de donner des interviews.

F.G. : Vous dites que vous avez fait deux grèves de la faim dont une pour protester contre la situation de Hossein Ronaghi. Vous n’aviez pas de contacts avec le monde extérieur, alors comment connaissiez-vous la situation de Hossein Ronaghi ?
A.S. : Mon grand-père m’a rendu visite. Hossein Ronaghi avait commencé une grève de la faim quelques jours avant sa visite. Mon grand-père m’a dit : « Ton ami Hossein Ronaghi a commencé une grève de la faim pour protester contre sa situation médicale. » Je lui ai dit que je commencerais une grève de la faim le jour même en soutien de Hossein Ronaghi Maleki.

F.G. : Avez-vous rendu visite à votre grand-père à la prison d’Evine ?
A.S. : Oui

F.G. : On a rapporté que votre grand-père avait été arrêté et transféré à la section 209 de la prison d’Evine. Avez-vous vu vote grand-père à la section 209 ?
A.S. : Non pas du tout

F.G. : Après la libération de votre grand-père, vous ne l’avez plus vu et il ne s’est pas occupé de votre dossier ?
A.S. : C’est malheureusement exact. Mes amis poussaient mon père a s’en occuper. Aux dernières nouvelles, mon grand-père vit à Parand au nord de Robat-e-Karim.

F.G.  : Vous n’avez pas revu votre grand-père, même après votre libération ?
A.S. : Malheureusement non.

F.G. : Et votre père ? Avez-vous vu votre famille après votre libération ?
A.S. : Je ne les ai vus qu’une fois. Je n’ai pas le droit de pénétrer dans la zone militaire. Le renseignement militaire m’a retiré mon laissez-passer. Il faudrait que je retourne dans cette zone pour m’y faire enregistrer, mais on ne me le permet pas. J’ai cependant vu mon père à l’extérieur de la zone. Mon père est dans une situation dramatique. Il a des crises d’angoisse. Il prend des médicaments qui ont fait empirer son état. Il est dans un tel état que ces crises d’angoisse ne peuvent être contrôlées que par des médicaments. Quand il ne les prend pas, sa santé neurologique est très perturbée. Mon père subit des pressions du renseignement militaire, du ministère du renseignement et de son épouse. Il ne veut pas donner d’interviews, quand il l’a fait, c’est pendant que son épouse n’était pas à la maison et il faisait en sorte qu’elle ne le sache pas. Les problèmes familiaux ont été pour beaucoup dans le manque de réponse de mon père.

F.G. : Vous avez parlé de son épouse ?
A.S. : Oui. Mon père s’est remarié 60 jours après la mort de ma mère. L’une des raisons qui m’empêche de vivre avec mon père est son mariage.

F.G. : Après la négation d’Edjeï, on a dit vous avoir vu à Mehrabad Sud (là où son père possède une maison dans une enclave militaire). On a dit que vous étiez très maigre et émacié, comme un mort sorti de sa tombe. Vous sembliez en plus avoir perdu vos facultés cognitives et que vous erriez sans but… Comment l’expliquez-vous ?
A.S. : Oui, ceci a été rapporté par XXX dont la sœur était dans la même université que moi, c’était un ami. Sa sœur a vu quelqu’un à l’université et a dit après qu’elle avait vu quelqu’un qui ressemblait beaucoup à Arash. Mais alors, si c’était Arash, pourquoi ne m’ont-ils pas parlé ?

F.G. : Pourquoi n’avoir informé personne de votre libération contrairement aux autres prisonniers libérés, pourquoi l’avoir annoncé sur Facebook au bout de quelques jours ?
A.S. : En fait, je l’ai dit à tout le monde, mais les médias m’ont bloqué. Les sites n’ont pas publié la nouvelle de ma libération, et même maintenant, ils doutent que les photos de Facebook soient vraiment celles d’Arash… même si c’est moi qui m’occupe de mon compte Facebook et si j’ai pris cette photo à la demande de mes amis avec mon téléphone portable.

F.G. : Quelle est votre situation actuellement ? Quelles sont les accusations qui vous ont été notifiées ?
A.S. : « Collusion et conspiration contre le régime » et « propagande contre le régime ».

F.G. : Vous a-t-on expliqué pourquoi vous n’avez pas été transféré à la section commune de la prison, pourquoi vous êtes resté à l’isolement pendant si longtemps ? Vous ne les avez pas interrogés sur ces sujets ?
A.S. : J’ai protesté à de nombreuses reprises. J’ai demandé d’être transféré aux cellules 122 où l’ambiance était davantage ouverte. Mais mes protestations et mes discussions avec celui qui m’interrogeait, calmes ou ressemblant à des affrontements, n’ont abouti à rien. Après ma deuxième visite, on m’a dit qu’à l’extérieur de la prison, on m’accusait de ne pas être emprisonné. On sous-entendait que je collaborais avec les autorités pour obtenir ma libération. Suite à cette visite, j’ai tenté sans succès d’être transféré aux cellules 122. Enfin, vers la fin de ma détention, on m’a transféré à la section 92 où j’ai été détenu avec deux autres personnes. Puis, et cela m’a même choqué, on m’a libéré sous caution. On m’a refusé tous mes droits de prisonnier. Je n’ai eu que deux visites et un seul appel téléphonique.

F.G.  : Quelle explication ont-ils donnée pour ne pas vous transférer à la section publique ?
A.S. : On disait à ma famille que celui qui m’interrogeait devait accepter le transfert. Pendant qu’il m’interrogeait, il m’a dit que je ne méritais pas d’être transféré à la section publique.

F.G. : Un autre problème : pourquoi aucun des prisonniers libéré de la section 209 ne vous a-t-il vu, ni dans les couloirs, ni auprès des salles d’interrogatoire, ni aux toilettes et aux douches ? Dans quelles conditions étiez-vous détenu pour qu’en dehors de ces deux personnes que vous avez mentionnées, personne d’autre ne vous ait vu ?
A.S. : Mais quelques-uns m’ont vu, ceux qui ont été transféré à la section 350. Il y a eu un rapport dans Jaras disant qu’un fonctionnaire de la section 209 avait publié une réponse à une question confirmant qu’Arash Sadeghi était détenu dans la section 209. C’était en 2012. Quelques amis m’ont vu d’une façon ou d’une autre. Nous avons même parlé. Il me semble bizarre qu’on prétende que personne ne m’ait vu. Mehdi Khodaï et quelques autres qui s’occupaient de mon dossier ainsi que deux prisonniers de la section 209 ont dit m’avoir vu.

F.G. : Vous dites que vous vous rendiez aux toilettes. Il n’y en avait pas dans votre cellule ?
A.S. : Les cellules de la section 240 ont des toilettes, mais, dans la section 209, vous appuyez sur un bouton et un gardien vient vous emmener aux toilettes.

F.G. : A votre avis, pourquoi Mr. Edjeï a-t-il nié votre détention à la prison d’Evine ?
A.S. : Les sections 2A et 209 ne dépendent pas de l’organisation nationale des prisons, même les repas y sont différents. Je parle du cas de Kouhyar. Je n’ai pas l’intention de me défendre. A partir de maintenant je n’essaierai plus de me défendre ou de me justifier. Je choisirai le silence et j’attendrai le procès pour tout élucider.

F.G. : Dans quelle chambre est votre dossier pour l’instant ?
A.S. : Vous voulez dire au tribunal d’Evine ?

F.G. : Votre dossier se trouve au tribunal d’Evine et c’est là que la caution a été déposée ?
A.S. : Oui, à la deuxième chambre du tribunal d’Evine.

F.G. : Le dossier a-t-il été clos ? La date du procès a-t-elle été fixée ?
A.S. : Le dossier n’est pas clos et aucune date n’a été fixée.

F.G. : Dans quel état physique et émotionnel vous trouvez-vous ?
A.S. : Au point de vue physique, je souffre d’hémorragie stomacale et j’ai perdu beaucoup de poids, environ 20 à 21 kilos. En ce moment, je pèse 51 kilos. Mon état émotionnel n’est pas bon. Je suis en état de choc. On m’accuse sans même me laisser le temps de me remettre. On m’a harcelé et blessé dès le premier jour. On a même mis en doute l’authenticité de ma photo.

F.G. : Puis-je publier cette interview sur le site de Rooz ?
A.S. : Cela ne pose aucun problème. Publiez-la comme vous l’entendez.


dimanche 22 avril 2012

Interview exclusive de Rooz avec Mohammad-Reza Motamednia - Fereshteh Ghazi – 17 avril 2012


Durant la première décennie de la révolution islamique d’Iran en 1979, Mohammad-Réza Motamednia était un fils de la révolution, respecté et loyal, on lui faisait confiance. A une certaine époque, il était le principal conseiller du haut commandement militaire et responsable en chef pour toute la logistique pendant la guerre de 8 ans entre l’Iran et l’Irak. Il a également été l’émissaire particulier de trois premiers ministres, Radjaï, Bahonar et Moussavi. Et pourtant, aujourd’hui, il est enfermé dans une cellule du plus célèbre centre de détention de Téhéran, la prison d’Evine, après avoir été condamné pour propagande contre la république islamique.

Rooz a parlé aux membres de la famille de Motamednia de leur prisonnier. Ils ont révélé que leur prisonnier politique était en grève de la faim pour protester contre sa situation, il a annoncé qu’ilétait déterminé à continuer sa grève jusqu’à la libération des dirigeants du Mouvement Vert d’Iran de leur assignation à domicile.

Meissam Motamednia, le fils du prisonnier dit : « Mon père est totalement engagé dans le chemin qu’il s’est choisi et personne ne pourra l’arrêter. Il nous faut respecter sa décision, même si nous sommes très inquiets pour sa santé. »

Motamednia a commencé sa grève lundi dernier et a annoncé qu’elle était faite pour protester contre «  toute la cruauté, les pressions, l’injustice, pour défendre le sang de tous les martyrs de la république islamique et en respect pour toutes les croyances nationales. » Il a ajouté qu’il continuerait sa grève jusqu’à ce que « Mir-Hossein Mousavi, Zahra Rahnavard et Mehdi Karroubi soient complètement libérés de leur assignation à domicile. »

Lui qui fit partie des intimes du régime, a diffusé son message depuis l’intérieur de la prison et a proclamé que si les conditions n’étaient pas réunies d’ici 45 jours, il attaquerait une autre phase de sa grève, il se limiterait à boire de l’eau claire, et ce uniquement entre le coucher et le lever du soleil. Son fils a aussi dit à Rooz que Motamednia avait été transféré à l’isolement de l’infâme bloc 240, sans aucune visite.

Rooz s’est enquit de leur dernière visite et Meisam a dit : «  C’était lundi dernier, quand il a commencé sa grève de la faim. Aucune nouvelle depuis. Il n’a rien dit d’une grève de la faim quand nous l’avons vu. C’est son caractère, il ne dévoile généralement pas ouvertement ses problèmes et donc, il n’a pas mentionné sa grève de la faim. Nous avons déduit qu’il en avait l’intention de ce qu’il disait. Mais à l’époque, ce n’était que des soupçons. Quand nous sommes rentrés à la maison, nous avons lu l’annonce  qu’il commençait une grève de la faim, annonce faite sur des sites Web, ce qui a confirmé nos craintes et nos soupçons. »

Nous lui avons dit qu’il était peu probable que le régime libère les dirigeants du Mouvement Vert, alors, que pensait-il de la situation ? « Je respecte mon père et pour moi, c’est plus qu’une personne éprise de liberté.  Nous ne pouvons nous mettre en travers de sa décision. » a expliqué Meisam.

Parlant des changements dans le pays, nous avons demandé s’ils s’étaient jamais douté que leur père atterrirait un jour en prison : « Jamais. Nous n’aurions même jamais pu imaginer quoique ce soit de tel. Mon père faisait partie de la révolution et la défendait même lorsque nous plaignions de quelques points. Il croyait dans le régime et s’était engagé à servir la révolution du peuple. Même dans sa dernière lettre publiée par des sites Web, il se considère comme le fils de la révolution et du peuple. Nous n’aurions jamais pensé qu’il terminerait en prison, sans compter qu’un jour, il abandonnerait sa propre vie pour faire la grève de la faim. » a dit Meisam.

Nous avons parlé des accusations portées contre Motamednia et son fils a déclaré : « Mon père a été arrêté en 2009. Il a d’abord passé 2 mois à l’isolement dans le centre de détention des gardes révolutionnaires. Il a ensuite été libéré mais la 26ème chambre du tribunal révolutionnaire l’a accusé de propagande contre le régime et l’a condamné à un an de prison. Il était au bloc 350 d’Evine depuis 2011 mais il a récemment été transféré au célèbre bloc 240 de cette même prison. Les accusations portées à l’encontre de mon père n’ont jamais été vraies. Il a travaillé dans le cadre de la constitution au quartier général de l’un des candidats à l’élection présidentielle que le régime lui-même avait approuvé ; il n’a rien fait d’illégal. Mais apparemment, on avait tiré des plans depuis longtemps dans d’autres quartiers pour arrêter et emprisonner tous les membres de la campagne présidentielle de Monsieur Moussavi. »

En conclusion, Meisam a dit que de telles arrestations et emprisonnements en masse ne résoudraient aucun problème. Aucun des problèmes n’a été résolu durant ces trois dernières années en dépit des dures mesures répressives. « J’espère que les officiels et les autorités vont se réveiller ; en attendant, je les tiens, eux et les officiels de la justice, pour responsables du sort de mon père et de celui des autres prisonniers.»

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2012/april/17/article/hunger-strike-till-mousavi-and-karoubi-are-released.html

samedi 21 mai 2011

La torture derrière les murs d'Evine - Saïd Pourheydar


Vendredi 13 mai 2011 – Dans une lettre adressée au guide suprême  Seyyed Ali Khamenei,
Mehdi Mahmoudian décrit la situation insupportable des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr et ce que les prisonniers politiques doivent endurer ; c’est pour moi une réalité dont j’ai non seulement été témoin, que j’ai entendue raconter par les prisonniers de mon bloc, mais aussi quelque chose que j’ai expérimenté dans ma chair.

Après les élections présidentielles truquées, j’ai été arrêté par deux fois. La première, j’ai été détenu à l’isolement, puis dans une cellule de 5 personnes au bloc 240 d’Evine. La seconde fois, j’ai été détenu avec 19 autres prisonniers au bloc 350 d’Evine* ; les longues heures de discussion derrière les barreaux m’ont donné la possibilité de parler avec les autres prisonniers des tortures psychologiques et physiques endurées pendant les interrogatoires. Ces discussions sincères sur les détails des arrestations, des interrogatoires, de la torture et des jugements ont été consignés dans quatre carnets de cent pages que j’ai l’intention de publier en temps voulu.

Ce qui suit n’est qu’un bref résumé de ces discussions de l’automne et de l’hiver de l’année dernière avec 19, sur un total de 160 prisonniers politiques, arrêtés après les élections transformées en coup d’état et détenus au bloc 350 ; ce résumé se référe surtout aux tortures physiques et psychologiques qu’ils ont subies. De ces 19 prisonniers politiques avec lesquels j’ai discuté, 3 étaient mes camarades de cellule, mes meilleurs amis ; ils ont été exécutés, deux autres ont purgé leur peine et ont été libérés. 14 sont toujours derrière les barreaux au bloc 350 dont 3 ont été condamnés à mort et attendent leur exécution.

Ce que je décris se limite à mon expérience personnelle et à celle d’autres prisonniers politiques d’Evine, plus spécialement du bloc 2A* et des blocs 209 et 240*.

Revenir sur ce qui s’est passé est à la fois douloureux et amer, mais je crois fermement que nous ne pourrons nous affranchir de ce regard en arrière que lorsque que nous aurons vaincu ; il sera alors temps de regarder en face ce qui adviendra. J’ai donc choisi de délivrer mon esprit de ces souvenirs amers et d’en parler, dans l’espoir que le monde atteigne un certain degré de conscience des supplices que la noble jeunesse iranienne, éprise de liberté, accusée de pensée et de philosophie « Verte », a dû endurer dans les serres de la tyrannie.

La Torture physique

J’ai partagé une cellule de trois personnes du bloc 350* d’Evine avec un prisonnier dont les tortures physiques et psychologiques tourmenteraient toute personne à l’esprit libre. Il avait 25 ans et avait été arrêté sur des accusations injustifiées et non fondées par des agents des gardes révolutionnaires à l’aéroport Imam Khomeiny ; il avait été transféré au bloc 2A* d’Evine et avait supporté des tortures physiques et psychologiques inimaginables pendant ses 6 mois à l’isolement.

Ceux qui l’interrogeaient lui avaient uriné au visage. Il avait été sévèrement battu et avait été fouetté sous la plante des pieds. Il avait reçu à plusieurs reprises des chocs électriques pendant les interrogatoires ; il avait été tellement frappé sur les testicules qu’il en avait perdu conscience. Ceux qui l’interrogeaient utilisaient des pinces sur plusieurs parties de son coup ; trois d’entre eux ont été jusqu’à le traiter comme un ballon, lui donnant des coups de pieds si violents que mes médecins légistes avaient même motivé une forme de torture en confirmant les blessures au crâne et une fracture du nez.

L’une des pires formes de torture endurée par ce très cher ami a été son viol par les membres des gardes révolutionnaires qui l’interrogeaient ; ils ont versé de l’adhésif plastique dans son anus puis l’ont arraché une fois qu’il avait durci.

Bien qu’il soit toujours derrière les barreaux, malgré les tortures brutales et inhumaines, il refuse toujours de faire de faux aveux.

Lors d’une conversation de trois heures sur un banc du bloc 350*, un autre de nos innocents collègue Vert incarcéré a décrit les tortures subies quand il était au bloc 2A*.

On l’a jeté dans un baquet d’eau froide et il a été détenu à l’isolement pendant 10 jours dans une cellule d’un mètre 25 de haut. Pendant des heures, on l’a forcé à rester debout, nu, dehors, en plein hiver. A plusieurs reprises, il a eu la tête poussée dans la lunette des toilettes pendant qu’on tirait la chasse. Il a été sévèrement battu, on l’a complètement dépouillé de ses vêtements et il a été molesté pendant les interrogatoires. Ce ne sont que quelques exemples des tortures qu’il a dû endurer pendant ses deux mois à l’isolement au bloc 2A*. Il a été transféré il y a quelques mois au bloc 350* d’Evine où il attend son procès.

Une autre forme de torture: obliger les prisonniers à s’asseoir sur le sol, nus, pendant qu’on leur frappe le dos avec des matraques et des câbles. Beaucoup de prisonniers sont obligés de rester debout pendant des heures. Deux prisonniers auraient perdu connaissance après un tel traitement. On oblige les prisonniers à prendre des psychotropes, on m’y a obligé. On les pend par l’épaule ou la jambe. Pendant les interrogatoires, on leur coince la tête sur les bras d’un  fauteuil et on les frappe à coups de pied sur les parties sensibles du corps comme les testicules. On oblige les prisonniers à se coucher sur le ventre pendant que deux ou trois personnes leur marchent sur le dos. Il y a eu beaucoup de déchirures de tympan sous les coups fortement portés à la tête, au visage et aux oreilles. On bande souvent les yeux des prisonniers pour les empêcher de réagir quand on les frappe au visage. Ce ne sont que quelques exemples des myriades de méthodes de torture décrites par nombre de prisonniers politiques durant leur détention dans les blocs 209*, 240* et 2A* d’Evine. Beaucoup de ces prisonniers sont actuellement au bloc 350* d’Evine ; soit ils purgent leur peine, soit ils attendent le verdict, ne sachant à quoi s’attendre.

La torture psychologique

La douleur causée par la torture physique peut s’estomper avec le temps mais les effets de la torture psychologique persisteront pendant des années. Avant mon arrestation, le 5 février 2010 et en raison de mes problèmes cardiaques, je prenais quotidiennement un comprimé de Pronol, un béta-bloquant, dosé à 10 mg. Aujourd’hui, le seul bienfait que j’ai reçu de mes jours passés à l’isolement et des brutales tortures psychologiques et physiques que j’ai subies, c’est que je prends deux à trois comprimés de Pronol dosés à 40 mg par jour, plus une myriade d’autres sédatifs que j’ai été contraint d’absorber pendant les mois qui ont suivi ma sortie de prison. L’impact négatif sur mon psychisme a, sans aucun doute, créé de nombreux problèmes dans ma vie quotidienne.

Presque tous les prisonniers politiques ont fait l’expérience d’une forme de torture psychologique ou d’une autre. Même en supposant, ce qui est impossible, qu’un prisonnier n’ait pas été soumis à des pressions psychologiques, le temps passé à l’isolement est en lui-même l’une des pires formes de torture psychologique. Il va sans dire que quiconque n’a pas fait l’expérience, ne serait-ce qu’une heure, d’emprisonnement à l’isolement ne pourra jamais comprendre complètement ce que cela signifie.

Les simulacres d’exécution, une forme horrible de torture psychologique sont très répandus au bloc 2A*. Trois des prisonniers avec lesquels j’ai parlé au bloc 350* m’ont dit en avoir subi et l’un des détenus du bloc 350* m’a décrit comment il avait subi deux simulacres d’exécution.

On rend visite au prisonnier avant l’aube tandis qu’il se trouve à l’isolement et on lui dit qu’il va malheureusement être exécuté. On lui bande alors les yeux, on l’entrave et on le mène dans la cour du bloc 2A*. On place le prisonnier sur un tabouret, on lui place un nœud coulant autour du cou et on lui demande ses dernières volontés avant d’être pendu.

Un ami m’a dit être resté debout, les yeux bandés, le nœud coulant au cou, lors du premier simulacre pendant 30 minutes, pendant que celui qui l’interrogeait lui expliquait qu’ils attendaient l’arrivée du responsable de la prison, d’un observateur judiciaire et du médecin légiste avant l’exécution du verdict. Au bout d’une demi-heure, on l’informa que, le directeur de la prison n’ayant pu venir, l’exécution devant avoir lieu avant l’aube, l’exécution était retardée de quelques jours.

Bien sûr, personne n’appréhende totalement l’état psychologique d’un prisonnier politique force d’attendre debout sur un tabouret, les yeux bandés; personne ne peut imaginer le supplice suscité par une attente de quatre jours avant d’être soumis à cette même mise en scène.

Quatre jours plus tard, on le réveille de nouveau et on l’emmène de nouveau dans la cour du bloc 2A*. De nouveau, le nœud coulant entoure son cou et il se tient sur le tabouret de la mort. Le verdict de son exécution lui est lu. On lui demande ses dernières volontés. On retire le tabouret de sous ses pieds, mais la corde est trop longue et il s’écroule sur le sol ; alors, les deux personnes qui l’interrogeaient et qui l’encadrent actuellement éclatent de rire et déclarent : « Tu as eu de la chance cette fois-ci ; la corde s’est rompue. Tu peux retourner dans ta cellule maintenant jusqu’à ce que nous décidions exactement quant tu seras pendu. »

Je suis sûr que vous vous souvenez des ridicules procès mis en scène en 2010, après les élections présidentielles et les faux aveux de plusieurs personnalités célèbres ou moins célèbres qui s’en sont suivis ; ils avaient été forcés de témoigner contre eux-mêmes et le Mouvement Vert. La façon dont ces procès ont été menés est une longue histoire dont j’ai l’intention de mettre les détails par écrit : comment on a préparé les prisonniers pendant des jours à répéter ce qu’ils diraient au tribunal ou bien comment on les a forcés à se laisser pousser la moustache avant le procès.

Je suis sûr que vous voudriez savoir pourquoi certaines personnalités ont accepté de témoigner contre eux-mêmes et le Mouvement Vert. L’une de ces personnalités de premier plan a résisté aux exigences de ceux qui l’interrogeaient pendant 2 mois ; comment a-t-il finalement cédé ?

Un jour, ils ont rendu visite à l’épouse et à la fille de cette personnalité et les ont emmenées à la prison sous prétexte de rendre visite à leur époux et père. Ont leur a demandé de rester dans une pièce pour attendre l’arrivée du prisonnier.

La pièce possédait une vitre sans tain. Le prisonnier a été amené de l’autre côté de la vitre. On lui a dit : « Comme tu le vois, on a emmené ta femme et ta fille ici. A toi de voir si tu veux parler au tribunal ou pas. » Le prisonnier a continué de refuser d’avouer. Celui qui l’interrogeait a alors appelé son collègue au téléphone : « Hadji, apparemment il pense toujours qu’on rigole. » Il a raccroché le téléphone. La porte de la pièce dans laquelle se trouvaient son épouse et sa fille était ouverte. Deux prisonniers dangereux et costauds, condamnés pour meurtre, sont alors entrés dans la pièce. Celui qui l’interrogeait s’est alors placé face à lui : « Tu vois,  mon frère, ces deux hommes aux côtés de ta femme et de ta fille ; ils ont été condamnés à mort  pour meurtre. Ca fait un petit bout de temps qu’ils sont en prison et ils n’ont eu aucun contact avec des femmes pendant ce temps. Je te laisse une minute pour réfléchir à ta réponse, tu veux ou pas aller au tribunal et t’asseoir face aux cameras. Si ta réponse est non, je les dirai de commencer là, juste devant toi. » Et voilà comment cette personnalité de premier plan a été obligée de témoigner contre lui-même et d’autres.

Ce qui précède n’est que trois exemples de torture psychologique subie par les prisonniers politiques du bloc 2A et des blocs 209* et 240*. Et encore, il ne s’agit que de ce qui est arrivé à 19 des 160 prisonniers politiques incarcérés au bloc 350 d’Evine avec lesquels j’ai eu le privilège de discuter pendant des heures.

Il va sans dire que pour comprendre la profondeur de la tragédie et exposer clairement les grossières violations des droits humains, il nous faut prendre en compte la totalité de ce que des centaines d’autres amis ont subi avant et après mon incarcération au bloc 350* d’Evine, sans oublier les détenus à l’isolement aux blocs 209*, 240* et 2A d’Evine, à la prison de Radjaï Shahr ou dans d’autres prisons iraniennes.

En tant que journaliste récemment libéré de prison, j’atteste, qu’en dépit de toutes ces tortures, persécutions, en dépit de l’isolement de la société et de la nostalgie, les prisonniers du Mouvement Vert Démocratique, dans les serres d’un dictateur, continuent de résister avec dignité à l’intérieur du bloc 350* de la prison d’Evine. J’attends la libération de tous ces combattants de la liberté et je suis sûr que le jour où nous serons tous libérés arrivera plus tôt que nous le pensons.


Saïd Pourheydar
Journaliste & Membre de la Maison des Droits Humains d’Iran (RAHANA)

* Note du traducteur : La prison d’Evine compte plusieurs blocs ou unités :
Le bloc 2A est placé sous la supervision des gardes révolutionnaires
Les blocs 209 et 240 sont placés sous la supervision du ministère du renseignement
Le bloc 350 est le bloc commun où sont détenus les prisonniers politiques

Source; RAHANA - http://www.rahana.org/archives/39789