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mardi 6 janvier 2015

Déclaration des prisonnières politiques de la prison d’Evine sur l’exil de Hakimeh Shokri



Un groupe de prisonnières politiques a signé une lettre ouverte pour se plaindre de l’exil illegal d’Hakimeh Shokri à la prison de Ghartchak et a demandé aux autorités d’y répondre.

Hakimeh Shokri est une prisonnière du mouvement vert et membre des mères en deuil du parc Laleh. Elle a été transférée à la prison de Ghartchak le 15 décembre. 

Elle s’attendait à une libération conditionnelle, n’ayant plus que sept mois à faire sur sa peine de trois ans. Sous prétexte d’une convocation auprès du procureur d’Evine, elle a été emmenée sans même pouvoir prendre ses quelques effets personnels.

La situation de la prison de Ghartchak à Varamine est connue de tous ; y détenir ne serait-ce que des criminels est un problème. Les conditions inhumaines de la section des femmes ont été dénoncées à de multiples reprises mais presque rien n’a été fait.

De plus, Hakimeh Shokri, prisonnière du mouvement vert, a été transférée à la prison de Ghartchak à Varamine sans préavis. De notre point de vue, ce transfert est un « exil » et elle est contrainte de purger le reste de sa peine dans cette situation horrible.

Comme d’habitude, les autorités de la prison donnent les mêmes excuses pour l’exil de douzaines de nos amies de la section 350 d’Evine pendant ces 5 ans.

Incarcérer les prisonniers politiques dans de telles conditions qui ne seraient même pas autorisées pour des prisonniers de droit commun est impardonnable.

D’un autre point de vue, l’exil est contraire aux droits d’Hakimeh Shokri ; c’est une double peine à l’encontre d’une personne emprisonnée pour avoir soutenu le mouvement vert.

Nous protestons contre cet exil soudain, irraisonnable et injustifié et demandons aux autorités judiciaires le retour ou la libération de cette prisonnière politique.

  • Bahareh Hedayat, 
  • Sadjedeh Arab-Sorkhi, 
  • Maryam Shafipour, 
  • Farideh Shahgouli, 
  • Fariba Kamal-Abadi, 
  • Farane Hessami, 
  • Nassim Bagheri, 
  • Noushine Khadem, 
  • Shahine Mohadjer, 
  • Maryam Naghash-Zargaran, 
  • Ellahe Barmaki, 
  • Sedigheh Moradi, 
  • Maryam Akbari-Monfared

Source : https://hra-news.org/en/statements/statement-women-political-prisoners-evin-prison-hakime-shokris-exile


vendredi 2 janvier 2015

J’ai grandi loin de ma mère, dans les salles de visite de la prison – Fereshteh Ghazi


Elle avait 13 ans quand ma mère a été emprisonnée ; pendant plus de cinq ans, elle n’a vu sa mère que dans les salles de visite des prisons d’Evine, Radjaï Shahr et Ghartchak de Varamine. Elle a maintenant 18 ans ; quand sa mère aura purgé ses 20 ans de prison, ce sera une femme de 33 ans. Taraneh Taefi est la fille de Fariba Kamalabadi, l’une des sept Yaran, comité de direction des bahaïs d’Iran, condamnés à 20 ans de prison.

Quand sa mère a été arrêtée, le 14 mai 2008, elle avait 13 et était en terminale. C’est maintenant une jeune femme de 18 ans qui n’a pas le droit d’étudier à l’université ; elle me parle de sa mère, de ses droits de prisonnière de conscience, privée de sa présence depuis cinq ans et demi et pour encore 15 ans. Elle me parle de l’éventualité que sa mère ne rentre jamais, des salles de visite, de privations, de déceptions, et pourtant, elle garde espoir.

« Quand j’essayais de te préparer à mon arrestation en 2008, je t’ai demandé si tu serais bouleversée si j’étais arrêtée. Tu as répondu : ‘J’étais très jeune quand tu as été arrêtée en 2005 et je ne comprenais pas ce qui t’arrivait, alors tu me manquais, tout simplement. Mais cette fois-ci, tu me manqueras et je serai désolée pour toi’ ». Voici un extrait de la lettre de Taraneh Taefi à sa mère à la prison d’Evine.

J’étais très jeune quand ma mère a été arrêtée pour la première fois ; je n’ai pas compris qu’elle était dans une situation très difficile. La plupart du temps, j’étais triste parce que ma maman n’était pas là et qu’elle me manquait. Je n’ai pas compris qu’elle était à l’isolement, qu’elle subissait des interrogatoires musclés, qu’elle avait des soucis et était complètement isolée du monde extérieur. Cependant, en grandissant, j’ai pensé à toutes ces choses en plus du manque que je ressentais. Je me souviens que la deuxième fois qu’elle a été arrêtée, elle se rendait à Mashhad. Nous ne savions pas exactement comment et où elle avait été arrêtée. Pendant presqu’un mois, nous ne savions même pas où elle était. J’étais bien sûr très jeune à l’époque et je ne m’occupais pas de connaître sa situation ou comment elle avait été arrêtée, etc. En grandissant, j’étais à la fois triste et inquiète, et s’est pourquoi j’ai dit que j’étais désolée pour elle ; je venais de comprendre que non seulement elle me manquait, mais que j’étais aussi inquiète de sa situation et de la façon dont elle était traitée en prison.

J’avais dix ans quand ma mère a été emprisonnée pour la première fois. Bien sûr, la peine était beaucoup plus courte, une fois un mois et l’autre deux mois. J’avais 13 ans quand elle a été arrêtée pour la troisième fois. Naturellement, un membre de la famille n’était plus parmi nous et nous étions inquiets de savoir combien cela durerait. Au début, j’avais très peur qu’elle ne revienne jamais. J’étais bien sûr, alors au début de mon adolescence et c’était très difficile pour moi. Après un temps, nous nous sommes habitués, même si elle nous manquait souvent et que je ressentais son absence.

Que voulez-vous dire quand vous dites : « J’avais peur qu’elle ne revienne jamais » ? Aviez-vous peur qu’on ne la condamne à mort pour des accusations graves ?
Oui. Je me souviens du jour où le verdict a été énoncé, je m’en souviens très bien. Mon père m’a dit qu’elle avait pris une peine de prison de 20 ans. J’ai pensé qu’il plaisantait ! Même si j’avais envisagé des verdicts très lourds, je n’arrivais pas à le croire. En mon for intérieur, je n’avais jamais cru qu’elle serait condamnée à une si longue peine. 20, c’est trop long, c’est une vie ! Cette peine a commencé quand j’avais 13 ans et elle se terminera quand j’aurai 33 ans ! Cependant, malgré de graves difficultés, on finit par s’habituer. Je préfère ne pas avoir trop d’espoir d’une libération anticipée ou d’un quelconque changement dans les 15 ans qui restent parce que tout le réconfort que les espoirs des autres m’ont apporté s’est révélé faux. Je me sentirai beaucoup mieux si j’arrive à accepter de ne pas l’avoir avec moi pour15 autres années. Plutôt qu’espérer et ne pas voir la réalisation de cet espoir, je préfère être surprise par sa libération anticipée.

Comment se passent les visites avec votre mère ?
Les enfants de prisonniers ont le droit de voir leurs parents une fois par semaine en visite face-à-face. Mais comme je suis plus âgée, je n’y ai droit qu’une fois tous les 15 jours. Ce qui veut dire qu’une semaine nous avons droit à une visite face-à-face et l’autre dans une cabine de visite, séparés par une vitre. Il y a des chaises dans la salle de visite. Il y avait bien sûr plus de monde ces dernières années et il n’y avait pas assez de sièges pour tout le monde, mais maintenant, il y a moins de monde. Normalement, il y a beaucoup d’enfants qui jouent. Nous attendons dans cette salle puis montons à l’étage pour la visite à l’appel de nos noms. Un des enfants que je vois toujours ici est le fils de Farine Hessami, Artine : sa mère est à Evine et son père à Radjaï Shahr. Les enfants s’arrêtent de jouer et se précipitent pour voir leurs mères à l’appel de leurs noms. Vers la fin de la visite, nous essayons de parle très vite, nous avons beaucoup de choses à nous dire, et nous baissons la tête pour un dernier regard à nos êtres chers tandis que les stores de la cabine s’abaissent. Il y a une  cabine sans stores. Quand les prisonniers et leurs visiteurs sont présents, nous parlons avec les mains, en utilisant la pantomime. Quand la visite s’achève, nous partons et n’avons plus de nouvelles jusqu’à la semaine suivante. Quand ma maman était à la prison de, Radjaï Shahr, malgré les mauvaises conditions sanitaires et le type de prisonnières avec lesquelles elle séjournait, elle pouvait appeler au téléphone tous les jours, ce qui nous rendait très heureux car nous pouvions parler de tout au téléphone. Mais maintenant, nous n’avons aucune nouvelles d’elle entre les visites parce que les prisonnières n’ont pas le droit d’utiliser le téléphone, ce qui nous ennuie et nous inquiète beaucoup. Les visites face-à-face se tiennent dans une grande salle meublée de plusieurs tables entourées de chaises. Chaque famille s’assied à une table et parle avec son prisonnier. Nous ne pouvons rien apporter en prison, mais quelquefois, les prisonniers apportent de la nourriture et nous déjeunons ensemble. Je suis très heureuse lors des visites en face-à-face parce que je peux embrasser ma maman, m’asseoir près d’elle, manger et parler avec elle. Les conditions sont bien meilleures durant ces visites.

Et votre maman n’a encore eu aucune libération provisoire ?
Absolument aucune. Certains disent que si un prisonnier a pur gé un sixième de sa peine il doit pouvoir bénéficier d’une liberté provisoire. D’autres disent que c’est après le tiers de la peine. Je ne sais pas si l’une des deux options est vraie. Chaque fois que nous avons demandé une permission, ils n’ont pas suivi les règles et ont répondu : « vous faites partie du ‘groupe des sept’ et nous n’avons pas l’intention de vous donner de permission. Nous le ferons quand nous penserons qu’il le faut et vos demandes répétées ne servent à rien. »

Donc, pas de permission, pas d’appels téléphoniques et vous n’avez que les visites hebdomadaires. Comment préservez-vous vos relations avec votre mère ?
Nous nous parlons beaucoup. J’envie cependant les autres enfants qui peuvent parler avec leur mère, j’en suis privée. Pendant la semaine, je pense à beaucoup de choses que je veux lui dire, mais quand je vais la voir et que la visite se termine, je me souviens de tout ce que j’ai oublié de lui dire et je ne suis jamais sûre de pouvoir les lui dire la semaine suivante. C’est très difficile mais nous tentons de faire face. Il y a tant de choses que je n’ai jamais dites à personne. Quelquefois, quand je suis à la maison et qu’on sonne à la porte, mon cœur tressaute en pensant, est-ce qu’on aurait libéré maman ou on lui aurait donné une permission ? Et quelquefois, quand je rentre, j’ai l’impression que ma maman sera là quand j’arriverai. Et bien sûr, elle n’est pas là. Alors, les problèmes existent mais je n’ai pas perdu tout espoir. J’ai ces images à l’esprit. J’ai un grand frère et une grande sœur. Tous les deux sont mariés et mon frère avait quitté l’Iran avant l’arrestation de ma mère. Cette distance les a empêchés d’avoir un contact quelconque avec elle puisqu’elle n’a pas le droit d’utiliser le téléphone. Avant, elle avait le droit d’appeler une fois par mois, mais ce droit a été révoqué il y a un an. Ma sœur a eu un bébé il y a quelques jours, mais on n’a pas laissé ma mère appeler pour lui parler. Il nous a même été difficile de l’avertir de l’arrivée du bébé.
La militante étudiante Baharej Hedayat, emprisonnée à Evine depuis presque cinq ans, a parlé de Fariba Kamalabadi dans une lettre à son époux Amin Ahmadian : « Je n’oublierai jamais la première fois que Fariba a décidé d’emporter une chope de thé lors d’une visite face-à-face avec sa fille Taraneh. J’ai remarqué qu’elle a commencé par mettre du sucre dans la chope, a réfléchi, retiré le morceau de sucre pour le remplacer par du chocolat, a de nouveau réfléchi et l’a remplacé par une date. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait. Elle m’a dit : « Je ne me souviens plus si Taraneh prend son thé avec du sucre ou avec autre chose… » Elle a fini par emmener les trois ! Je ne m’en suis pas souciée tant qu’elle était ici, mais après, je ne pouvais m’empêcher de pleurer… Imaginez, cette fille avait 12 ans quand on lui a retiré sa mère, elle en a maintenant 17… Fariba est une mère mais elle a oublié tous les détails de sa maternité. On les lui a retirés de l’esprit par cruauté et injustice. »
Taraneh Taefi dit : «  Je me souviens avoir beaucoup pleuré quand je l’ai lu, parce que je me souvenais pendant cette visite particulière, elle avait oublié d’apporter le thé. Elle avait apporté les trois éléments et dit qu’elle ne s’en souvenait plus. Cela m’a attristé alors mais pas ému. Quand j’ai lu la lettre de Bahareh, je suis devenue très triste et j’ai pleuré. Beaucoup de gens pensent qu’être en prison signifie juste être privée de sa vie quotidienne et enfermée dans une cellule. Mais il y a beaucoup d’autres privations que la plupart des gens ignorent. Beaucoup de regrets et de déceptions sont enterrés entre ces murs ! Par exemple, quand son premier petit-enfant est venu au monde, ma mère ne le savait pas, elle n’a pas pu le voir et n’a même pas pu appeler pour savoir s’il était né. Ces choses peuvent sembler simples, mais elles ont vraiment blessantes, à la fois pour ma maman et pour nous. Je pense  cependant qu’il faut prêter plus d’attention aux prisonniers qu’à leurs familles. Nous avons perdu une personne, mais elles ont perdu toute la société. En dépit des difficultés et des privations, nous faisons partie de la société mais nos prisonniers sont entourés de murs et loin de la société. Ils ont tout laissé derrière les murs. Bien sûr, d’une certaine façon les prisons sont devenues pour eux des universités. Beaucoup de prisonniers lisent ensemble. Ma maman lit et tricote. Elle dit toujours : « J’ai tricoté quelque chose pour toi ou pour tout autre membre de la famille » c’est ainsi qu’elle garde le contact avec sa famille et ses relations. Nous voyons lors des visites et nous entendons aussi de celles qui ont été dans la même section qu’elle a bon moral. Ce n’est pas comme si elle avait perdu espoir ou si elle s’attristait après cinq ans et demi d’emprisonnement. Elle vit une vie normale et est en bonne santé psychologique. De temps en temps, elle est malade, mais elle n’a pas de problème pour l’instant.

Dans une lettre à son petit enfant qui vient de naître, Fariba Kamalabadi écrit : « Nous sommes sept membres d’un groupe nommé ‘Yaran-e-Iran’ ; nous nous occupions des affaires de la communauté bahaïe d’Iran. Nous nous occupions de leurs problèmes personnels suivant les enseignements de la foi bahaïe et les protégions des nombreuses brutalités qu’on leur infligeait. S’ils étaient licenciés et n’avaient plus les moyens de vivre, nous leur enseignions, avec l’aide d’autres bahaïs, une profession et de moyens de gagner sa vie. S’ils étaient malades et ne pouvaient s’offrir un traitement, nous les aidions avec l’aide de médecins bahaïs. Nous aidions à l’instruction et à l’éducation morale des enfants et jeunes bahaïs à l’aide de professeurs d’université bahaïs renvoyés de leurs postes, nous permettions à des milliers de bahaïs dont tes parents, d’avoir une éducation supérieure au domicile de bahaïs, etc.. Tous les efforts de ce groupe visaient à contrecarrer les activités concentrées sur le ‘génocide intellectuel’ des jeunes bahaïs par des mesures constructives. Et ces actions été menées de telle façon qu’aujourd’hui il n’y a ni haine ni animosité envers le gouvernement, l’islam ou le gouvernement islamique dans le cœur d’un seul bahaï ; les bahaïs révèrent l’Iran, sanctifie l’islam comme une sainte religion ; ils désirent en leur cœur servir l’Iran et le peuple iranien, même si quelques jeunes bahaïs ont été condamnés à beaucoup d’années de prison, surtout parce qu’ils s’occupaient d’enfants dans des quartiers défavorisés. »

Sa fille dit : « Ma mère et six autres personnes, qui ont toutes été condamnées à 20 ans de prison comme elle, étaient membres d’un comité qui s’occupait des affaires de la communauté bahaïe d’Iran. Ce qui voulait dire s’occuper d’organiser des enterrements, des mariages suivant les rites bahaïs ou d’autres problèmes similaires. Comme le comité était en relation avec tous les bahaïs d’Iran, je crois que le gouvernement voulait, à tout prix, arrêter ces soi-disant dirigeants bahaïs pour effrayer les autres. Bien sûr, ma maman dit que ça ne va pas durer aussi longtemps, mais ce sont les conditions actuelles, je les ai acceptées et je m’y suis habituée. Pour éviter toute déception, je ne nourris aucun faux espoir. Supporter ces 20 ans m’est rendu plus facile parce que je sais qu’il y a une fois et des convictions solides derrière. J’accepte beaucoup d’autres difficultés à cause de cette croyance. Toute la situation devient plus tolérable.

Taraneh Taefi a aussi été privée d’éducation supérieure. 
Quand j’ai passé le concours national d’entrée à l’université, j’ai reçu mon classement et j’ai choisi ma discipline et, au lieu de recevoir le nom de l’université à laquelle j’ai été admise, j’ai reçu un message qui disait « dossier incomplet ». Depuis le début de la révolution culturelle, aucun bahaï n’a été admis à l’université : sur le formulaire d’inscription, il faut choisir une religion sur une liste, la foi bahaïe ne fait pas partie de cette liste. Cela a duré jusqu’en 2003-2004. Cette année-là, on a retiré les noms des religions des formulaires et les candidats écrivaient eux-mêmes leur religion puis passaient l’examen. Cependant, quand ils recevaient les cartes pour passer le concours, sous la rubrique religion, il était inscrit islam. Quand les étudiants bahaïs contactaient les autorités, elles leur disaient : «  Ceci se rapporte aux examens religieux que vous allez passer. » Alors, nous l’avons accepté. Mais après l’examen, ils nous ont de nouveau interdit d’entrer à l’université. Ils renvoyaient les étudiants à différents stages, certains quand ils recevaient leurs cartes d’étudiants, d’autres quand ils choisissaient leur disciplines ou pendant l’inscription. Certains étudiants suivaient huit mois de cours et étaient renvoyés juste avant l’examen. Telle était la situation. L’élection de Monsieur Rouhani a suscité de grands espoirs pour une meilleure situation. Mais dans les faits, tout a empiré. Les années précédentes, ils n’éliminaient pas tant d’étudiants dès le début. Mais cette année, ils ont envoyé un message de « dossier sérieusement incomplet » à 80 à 90% des étudiants bahaïs après qu’ils aient choisi leurs disciplines. Et ce, bien que tout le processus de candidature soit fait en ligne ; « dossier incomplet » ne veut donc rien dire. Même ceux qui ont été admis n’ont pas pu assister aux cours après quelques semaines.

Ma chère fille, je vous présente mes excuses pour tous ceux qui sont ignorants et vous ont créés tant de difficultés. Je pensais que ces difficultés se résumaient à une privation irraisonnable et injuste d’éducation. Cependant, je comprends que ce ne sont pas vos seules souffrances. La prochaine fois que vous verrez votre mère, dites-lui : « Le Docteur Mohammad Maleki, 81 ans, premier doyen de l’université de Téhéran, s’est rendu chez vous et s’est incliné humblement devant votre innocence et celle de vos coreligionnaires. » Ce sont les mots du Docteur Mohammad Maleki) à Taraneh Taefi quand il lui a rendu visite, accompagné de l’écrivain et documentariste Mohammad Nourizad.

Je ne savais pas que Monsieur Maleki venait. Monsieur Nourizad avait mentionné qu’il venait avec un ami et a insisté pour que je sois à la maison. Je ne savais pas pourquoi et je ne pensais pas que cela me concernait. J’avais vu Monsieur Maleki auparavant quand il était en prison et que nous avions rendu visite à maman. Je l’avais vu dans la salle de visite, mais je ne savais pas qui il était. Quand ils sont arrivés, Monsieur Nourizad a dit : « Le premier doyen de l’université de Téhéran veut vous parler parce que vous avez été privée d’éducation supérieure. » C’était merveilleux de savoir que cela les concernait tant et qu’une personne d’une telle importance était venue me rencontrer et m’encourager. Cette privation m’avait beaucoup attristée et leur visite m’a exaltée et rendu la joie. Il m’a dit qu’il n’hésiterait pas à me soutenir de tout son poids.

Après l’élection de juin de cette année et le début de la présidence d’Hassan Rouhani, de nouveaux espoirs se sont fait jour sur la liberté des prisonniers de conscience et l’apparition de plus de libertés individuelles. Certains prisonniers ont même été libérés
Bien sûr, on espérait que la situation changerait. Nous l’espérons toujours. Nous avons vu certains prisonniers politiques bénéficier de libérations provisoires, d’étendre la durée de leurs permissions ou même être libérés. Mais en ce qui concerne les prisonniers bahaïs, il n’y a eu aucune clémence ou permission. Il y a des bahaïs qui sont en prison depuis que Rouhani est arrivé au pouvoir. Il n’y a eu aucune amélioration de la situation des prisonniers, des bahaïs continuent d’être arrêtés dans différentes villes et il n’y a eu aucune amélioration.
Source : http://iranpresswatch.org/post/11274/

lundi 29 décembre 2014

Lettre à Bahareh Hedayat, étudiante iranienne emprisonnée et féministe


Ci-dessous, des extraits d’une lettre de la journaliste Marzieh Rassouli à Bahareh Hedayat, étudiante féministe. Marzieh et Bahareh se sont trouvées ensemble à la prison d’Evine.

Les dimanches, jours de visite, je demandais toujours à Raheleh si quelque ami ne m’avait pas envoyé de message. Elle me répondait que non mais qu’un tel t’as écrit quelque chose dans une publication. Je savais que je n’étais pas la seule à ressentir la même chose. Maryam aussi avait le cœur brisé. Son amie venait de se marier. Maryam demandait incrédule : « Elle ne m’a pas invitée ? Pourquoi ne m’a-t-elle pas au moins envoyé un message ? Ce n’est pas parce que je ne peux pas m’y rendre qu’elle n’aurait pas dû m’inviter ? »

Et toi ? Penses-tu encore à ce genre de choses après cinq ans en prison ? Ces préoccupations sont peut-être normales au début. Au début, quand ton corps est en prison mais ton esprit se concentre encore sur l’extérieur. Cela erre de maison en maison, d’une rue à l’autre, et d’une personne à une autre. Au début, on erre, on se sent déplacée. Cela prend du temps à l’esprit et au corps de se rejoindre pour finir par trouver la paix. Le sort a voulu que je n’aille pas au-delà du début. Mais peut-être que si j’étais restée plus longtemps, cette part inconnue de mon être, qui était toujours en attente, aurait-elle commencé à se mettre en marche et j’aurais alors oublié toutes ces préoccupations. Le processus de l’acclimatation, comme une douce mère qui ne veut pas que son enfant ait des difficultés dans sa vie, aurait fini par se saisir de moi, me berçant pour m’endormir, jusqu’à un état d’oubli.

Je ne sais pas si tu t’es réconciliée avec ces choses, ou s’il y a même des problèmes qui te préoccupent ? Je voudrais pouvoir te parler de tout cela. Pas par lettre, mais plutôt te parler face à face, comme nous parlions en prison. On s’asseyait en bas et commencions à discuter, si absorbées que celles qui nous regardaient pensaient que nous avions une conversation privée intense. Elles nous demandaient la permission avant de s’approcher. « Puis-je descendre ? Je ne vous dérange pas ? » Demandaient-elles.

Quelquefois, je pense à ta libération, combien tu te sentiras perdue et déçue dehors. Tu marcheras dans la rue et personne ne connaîtra ton secret. Comme si rien ne s’était passé. Comme si tu n’avais pas été absente. Comme si ta vie ne t’avait pas manqué pendant toutes ces années. Immédiatement après ta libération, tu deviendras comme tous ces gens sans visage qui attendent que le feu passe au vert. On te bousculera quand tu essaieras de prendre le métro pour se faire de la place. Toutes ces choses que tu n’as pas ressenties pendant des années, que tu as peut-être même oubliées, se précipiteront sur toi. Elles ne t’attendront pas. Pas une seule minute ! Et pour les évènements quotidiens, tu ne seras pas différente des autres. 

Durant cette méditation, on me suggère qu’il vaudrait peut-être mieux d’espérer d’abord ta libération, après quoi, on pourra s’inquiéter de ce qui t’arrivera. « Il faut que Bahareh soit libérée, après, peu importe si elle finit par être comme nous autres ? » Disent-ils. Je me demande combien de temps il te faudra pour devenir l’une des nôtres ?

Je veux publier cette lettre sur mon blog. Ainsi, j’aurai parlé avec toi ici aussi. Ecrire à ton propos sur mon blog me permettra de parler de toi aux rares personnes qui comptent pour moi, qui pourront le lire. Je veux leur dire que tu n’es pas qu’une prisonnière courageuse dont ils ont vu la photo ou dont ils ont lu l’histoire dans différents reportages ou déclarations. Je veux leur dire que tu es une vraie personne. En fait la meilleure.

Source : http://3rouzpish.blogspot.co.uk/2014_12_01_archive.html

jeudi 25 décembre 2014

Lettre de Bahareh Hedayat depuis la prison d'Evine

Bahareh Hedayat, féministe et dirigeante étudiante condamnée à un total de neuf ans et demi de prison pour avoir évoqué les injustices en Iran, a écrit une nouvelle lettre de la prison d’Evine. Voici des extraits de cette lettre.

Les droits humains sont-ils politiques ? Les droits humains, à la base, consistent à revendiquer ces droits auprès d’une autorité supérieure ou à remédier temporairement à un dysfonctionnement de ce pouvoir, qu’il s’agisse d’une dictature, d’un groupe démocratique ou rebelle. La défense des droits humains, qu’il s’agisse de revendiquer des droits ou de les conserver et de les protéger, demande d’affronter le pouvoir. Cette confrontation s’étend de la coopération avec le pouvoir en place pour induire des principes et obtenir des solutions, jusqu’à une confrontation physique.

Dans le cas d’un pays comme l’Iran, les droits humains sont absolument politiques, ce qui n’est pas forcément négatif. Je voudrai comprendre pourquoi les militants des droits humains ferment les yeux sur les violations des droits humains en politique.

La défense des droits humains est politique, d’abord parce qu’elle est liée au gouvernement, au pouvoir actuel. Deuxièmement, par la confrontation elle-même, la défense des droits humains acquière une sorte de pouvoir. Cependant, les militants des droits humains n’ont pas le droit de choisir une position politique, leur domaine de compétence se limite aux violations des droits humains.

Les droits humains et la politique ne sont pas complètement séparés, ils sont liés. L’existence de prisonniers politiques est la base des violations des droits humains. Un militant des droits humains ne peut pas se désintéresser des violations des droits humains en politique, ni prendre une position ambiguë d’apolitisme.

Il faut dire que garder le silence sur les prisonniers politiques constitue une prise de position politique. Le silence n’a d’autre résultat que de rendre les prisonniers politiques invisibles aux organisations internationales. On ne peut échapper à ses responsabilités en se déclarant apolitique.

Le Mouvement Vert peut avoir attiré à Téhéran au moins quelques millions de personnes, certains sont morts pour ce mouvement, des centaines ont été emprisonnés et ses dirigeants sont assignés à domicile sans jugement pour presque quatre ans maintenant. Et pourtant, combien de fois les militants des droits humains citent-ils le « Mouvement Vert » ou les noms de Moussavi, Karroubi et Rahnavard ?

Moussavi, Karroubi et Rahnavard sont assignés à domicile, ils n’ont pas d’accès au téléphone, les visites qu’ils reçoivent sont limitées et tous les trois sont malades depuis quelque temps maintenant. Ils sont maintenus sous un contrôle sécuritaire strict sans avoir été condamnés ; leur situation ne remplit-elle pas les critères d’une violation des droits humains ? La liberté d’expression, la liberté d’association, le droit à un procès juste, etc, ne sont-ils pas des droits humains ? Finalement, ces trois personnes sont assignées à domicile parce qu’ils ont défendu les droits de la population.

Voilà quatre ans que Mostafa Tadjzadeh est détenu à l’isolement. Il n’a droit qu’à une visite de son épouse toutes les semaines. Il n’a le droit de voir sa fille qu’une ou deux fois par an. Voilà des mois qu’Abolfazl Ghadvani est hospitalisé dans des conditions de stricte sécurité.
Mir-Hossein Moussavi, Mehdi Karroubi, Mostafa Tadjzadeh, Mohsen Mirdamadi, Keyvan Samimi, Alireza Redjaï, Massoud Pedram et Saïd Madani sont des prisonniers politiques de premier plan dont les droits fondamentaux ont été piétinés et pourtant ils sont ignorés des organisation internationales de défense des droits humains. Les avocats de premier plan Abolfattah Soltani et Mohammad Seifzadeh ne sont-ils pas considérés parce que ce ne sont pas des femmes ? Savez-vous qu’ils sont emprisonnés pour avoir défendu les droits humains ? Avez-vous entendu parler d’Hakimeh Shokri, d’Hassan Assadi-Zeidabadi, d’Emad Bahavar, de Zia Navavi et de Madjid Tavakoli ?

Nous rêvons du jour où les droits humains ne seront plus politisés, mais où leurs militants surveilleront la conduite de leurs gouvernements. Mais il semble qu’aujourd’hui, on doive surveiller les militants des droits humains pour s’assurer qu’ils fassent correctement leur travail. Je ne suis pas sûre que nos priorités soient les bonnes. Je perds espoir quand je pense qu’il est possible que certains militants des droits humains se conduisent comme des juges et se montrent incapables de neutralité.

Source : http://www.kaleme.com/1393/09/14/klm-204214/

dimanche 27 avril 2014

Lettre de Bahareh Hedayat en réponse à l'attaque récente de la section 350

Durant ces quatre dernières années, le téléphone a été coupé dans les prisons d’Evine et de Redjaï Shahr. Durant ces quatre dernières années, les prisonniers et leurs familles ont tenté tout ce qui était en leur pouvoir par des moyens légaux pour mettre fin à cette injustice mais sans résultat. Durant ces quatre dernières années, les prisonniers ont été fréquemment fouillés pour saisir tous leurs moyens de communication. Malheureusement, lors de la dernière fouille à la section 350 d’Evine, nous avons été témoins du lâche tabassage de nos frères.

Les autorités judiciaires sont devenues rouges de colère en « découvrant » quelques portables dans la section 350. Il faut demander : « Vous savez ce que c’est d’avoir 26 heures de visite par an avec votre famille ? C’est comme enterrer les prisonniers vivants ! Quand vous coupez le téléphone et privez les prisonniers de leur droit à communiquer avec leurs familles, vous condamnez les prisonniers à une mort lente, une peine non-écrite qui ne fait qu’ajouter à la cruauté et à l’oppression imposées aux prisonniers durant ces années.

Quand les prisonniers n’ont pas accès au téléphone, ils sont finalement condamnés à une demi-heure de communication avec leur famille (essentiellement une communication indirecte) ce qui ronge et met en danger leur santé émotionnelle et psychologique. C’est une sorte de torture lente et silencieuse qui prend la place des ecchymoses et des blessures, bien visibles, elles.

Vous voulez doucement détacher les prisonniers de conscience de leurs familles et du monde extérieur. Vous enfermez les prisonniers dans un vide jusqu’à ce que leurs relations spirituelles ou leur relation avec le monde libre soient bloquées ou même détruites. Vous avez l’intention de les détruire de façon insidieuse et cruelle, mais vous êtes en colère parce que les prisonniers ont choisi de ne pas mourir de mort lente, alors vous avez promis d’augmenter la pression.

Au fil des ans, la situation des prisonniers politiques c’est leur tenir une semaine la tête sous l’eau puis les laisser respirer pendant une demi-heure et répéter l’opération pendant des années. Il est facile de comprendre que la respiration durant la demi-heure est pleine d’angoisse et de stress, mais, malheureusement, les autorités judiciaires sont plus concernées par la raison pour laquelle le prisonnier, la tête sous l’eau pense qu’il a le droit de tricher en agitant les bras et les jambes de bas en haut.

Tentent-ils d’attirer l’attention des « médias dissidents » pour salir le tableau ? Tentent-ils de dire que « les droits humains islamiques » torturent ? Tentent-ils de fournir du contenu aux médias occidentaux ? Les autorités de la prison sont fières d’avoir écrasé toutes les personnes dont ils ont maintenu la tête sous l’eau pendant les inspections. Mais il n’y a personne pour répondre à cette question : quel pourcentage des appels émis de ces portables « découverts »étaient-ils destinés à d’autres qu’aux membres de leurs familles ?

En ce moment, les ministères de la justice et du renseignement ainsi que l’organisation des prisons ont tous signé un pacte pour mettre en place cette peine injuste. Bravo pour votre unité, mais il faut que vous sachiez que la réaction comportementale et la résistance des prisonniers n’est que naturelle et même critique.

Lors de vos procès inéquitables, aucun de nous n’a été condamné à être « enterré vivant. »
Communiquer avec sa famille fait partie des droits du prisonnier. Les en priver n’est pas en conformité avec les normes des droits humains, qu’ils soient islamiques ou non, orientaux ou occidentaux. Nous devrions être fiers des prisons iraniennes quand on les compare à celles de Corée du Nord, d’Abu Ghraib ou de Guantanamo Bay.

Eu égard à la situation des droits au téléphones dans les sections politiques des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr, il serait plus approprié d’adopter et d’appliquer des décisions plus humaines. La pratique des fouilles fréquents et de l’intimidation ne conduit nulle part.

Les prisonniers ont le droit de défendre leur santé psychologique et émotionnelle, c’est un droit fondamental et aucun règlement ou arrêté ne peut s’y opposer.

Bahareh Hedayat – Avril 2014
Prison d’Evine
Source : http://www.kaleme.com/1393/02/07/klm-182473/

dimanche 26 mai 2013

Nouvelle vague de convocations, de retour de prisonniers en prison et d’exécutions- Fereshteh Ghazi – 20 mai 2013

A moins de quatre mois de l’élection, l’Iran voit une nouvelle vague de convocations au ministère du renseignement pour les militants civiques et politiques, de non-reconductions des mesures de libertés provisoires et de rappel en masse de ces prisonniers. De plus, deux prisonniers politiques, que le procureur de Téhéran a traité d’espions du Mossad et de la CIA, ont été exécutés la semaine dernière.

Certains espéraient que la lourde atmosphère politique s’allègerait un peu à l’approche de l’élection, alors qu’en fait on a resserré les boulons pour les militants politiques et civiques. Le procureur de Téhéran a ouvertement déclaré aux prisonniers qui bénéficiaient d’une permission qu’ils devaient rentrer en cellule à cause des élections. Nombre de journalistes, de militants politiques et civiques ont été convoqués au ministère du renseignement et ont dû répondre par écrit à des interrogatoires. On leur demande plus spécialement de parler de leurs contacts avec les bureaux de campagne de certains candidats aux présidentielles, dont Hashemi Rafsandjani. Parmi ceux qui ont été convoqués, Fatemeh Mahdiani, rédactrice en chef de l’agence de presse spécialisée dans le monde du travail ILNA. Elle a maintenant été convoquée par l’administration de la prison d’Evine.

Bahareh Hedayat, militante étudiante s’est vue refuser l’extension de sa liberté provisoire et on lui a demandé de rentrer en prison immédiatement. Ahmad Zeidabadi, Massoud Bastani, Bahman Ahmadi Amouï, Mehdi Mahmoudian, Hossein Ronaghi Maleki, Jila Karamzadeh Makvandi, Shiva Nazar-Ahari et Behnam Ebrahimzadeh font partie des prisonniers dont on a refusé d’étendre la liberté provisoire et à qui on a dit de revenir en prison avant mardi.

Mardi, c’est le jour où le conseil des gardiens annoncera sa décision sur le groupe final des candidats à l’élection présidentielle.

Certains prisonniers ne s’attendaient pas à être rappelés en prison. Ahmad Zeidabadi par exemple était en plein traitement médical pour ses yeux, traitement qu’il a dû suspendre à cause de son retour en prison avant le jour des élections. Un autre prisonnier politique, Hossein Ronaghi-Maleki, bloggeur et militant des droits humains était également sous traitement médical quand il a été rappelé, comme l’explique sa mère. Elle ajoute que son fils ne participait absolument pas aux élections à venir et pourtant, on lui a demandé de stopper son traitement médical et de revenir en prison.

Behnam Ebrahimzadeh, prisonnier politique et militant des droits des enfants a aussi été rappelé en prison alors qu’il soigne son fils de 13 ans qui souffre d’un cancer. Il avait pourtant déclaré qu’il ne portait aucun intérêt aux élections à venir. Son fils Nima était sous chimiothérapie

Hier, le bureau du procureur de Téhéran a annoncé que Mohammad Heidari et Kourosh Ahmadi espionnaient pour le compte d’Israël et de la CIA et qu’ils avaient donc été exécutés. Le bureau a annoncé que Heidari avait, à de nombreuses reprises, fourni des informations secrète sur la sécurité à des agents du Mossad en dehors d’Iran et qu’il avait été payé pour ça. D’autre part ils ont dit qu’Ahmadi était en contact avec des agents de la CIA pour lesquels il rassemblait des informations sur divers sujets pour les remettre à l’agence américaine. 

Ahmadi avait la nationalité suisse. L’un de ses anciens camarades de cellules a dit à Rooz que, lorsqu’il avait demandé aux autorités pourquoi on ne publiait pas son dossier, elles lui auraient répondu que c’était en raison de sa nationalité étrangère et que si l’ambassade de Suisse avait vent de son dossier, elle s’en inquièterait. On lui a dit que si cela arrivait, il serait exécuté pour le dissuader de contacter qui que ce soit, même les membres de sa famille. D’après ce camarade de cellule, Ahmadi était un homme d’affaires de 40-42 ans qui avait vendu des missiles et des engins de télécommunication qui était venu en Iran pour y ouvrir un bureau.

Les médias n’ont connu les noms de ces deux personnes qu’après leur exécutions.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2013/may/20/article/new-wave-of-summons-return-of-prisoners-to-prison-and-executions.html

samedi 3 novembre 2012

Neuf Prisonnières Politiques en Grève de la Faim - Fereshteh Ghazi – 2 novembre 2012


Neuf prisonnières politiques ont entamé une grève de la faim pour protester contre l’attaque des gardes spéciales de la prison d’Evine contre le quartier des prisonnières politiques. Amin Ahmadian, époux de Bahareh Hedayat a confirmé la nouvelle à Rooz et a expliqué : « Mardi après-midi, ils ont emmené les prisonnières politiques dans la cour de la prison pendant qu’ils perquisitionnaient leurs cellules et confisquaient certains objets personnels. La raison de cette perquisition n’est pas encore claire mais il semblerait qu’ils cherchaient un téléphone portable ou un autre moyen de communication. »

Il y a actuellement 37 prisonnières politiques à la prison d’Evine. L’époux de Bahareh Hedayat explique : « Les prisonnières politiques ont subi une fouille au corps menée de façon vexatoire. En conséquence et pour répondre à ce harcèlement, elles ont entamé une grève de la faim. »

Bahareh Hedayat, Jila Baniyaghoub, Mahsa Amrabadi, Hakimeh Shokri, Shiva Nazarahari, Jila Karamzadeh Makvandi, Nazanine Deyhami, Raheleh Zokaï et Nassim Soltan-Beigui sont les neuf prisonnières en grève de la faim.

Le mari de Bahareh Hedayat ajoute : « Bahareh s’est toujours opposée aux grèves de la faim. Elle a même parlé à plusieurs reprises à Nasrine Sotoudeh pour tenter de la convaincre d’arrêter sa grève de la faim mais la situation est maintenant si déchirante et ignoble qu’elle a été contrainte de faire la grève de la faim. Nous n’aurons pas d’autre information jusqu’à notre prochaine visite dimanche»

Nasrine Sotoudeh est en grève de la faim depuis deux semaines pour protester contre les pressions faites à sa famille. Son mari, Reza Khandan, a dit à Rooz que l’état de son épouse est très inquiétant et qu’elle avait été transférée au dispensaire d’Evine à plusieurs reprises.

Amin Ahmadian ajoute : « Hier matin, on a menacé Madame Sotoudeh de lui interdire les visites de sa famille si elle n’arrêtait pas sa grève, et de la condamner à une peine de trois semaines à l’isolement pour la punir. On a également menacé les neuf autres prisonnières de les transférer à l’isolement si elles n’arrêtaient pas leur grève.»

Jila Baniyaghoub, Mahsa Amrabadi et Faran Hessami ne voient pas leurs droits à recevoir la visite de leurs familles honorés par les autorités de la prison : leurs époux, Bahman Ahmadi-Amouï, Massoud Bastani et Kamran Rahimian sont aussi incarcérés mais à la prison de Radjaï Shahr.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2012/november/02/article/nine-female-political-prisoners-on-hunger-strike.html

samedi 20 octobre 2012

Lettre de Jila D'Evine à Redjaï-Shahr - Lettre de Jila Banyaghoub à son mari Bahman Ahmadi-Amoui


Mon très cher Bahman,

Voilà deux mois que je ne t’ai pas vu ; deux mois depuis ma dernière visite à la prison de Redjaï Shahr ; tu m’avais regardé derrière ces barreaux de fer et ces fenêtres à double vitrage. J’ai oublié de te dire combien j’étais hésitante et sceptique avant de me rendre à cette dernière visite. J’avais même envisagé de me présenter à la prison d’Evine quelques jours en avance pour éviter le jeudi, jour de visite à Redjaï Shahr. En me lisant, tu seras peut-être surpris, alors je vais t’expliquer pourquoi cette visite pour te dire au-revoir m’étais si pénible. Je savais bien qu’il nous faudrait attendre au moins un an avant de nous revoir. Tu t’imagines ? Toute une année ! J’avais peur de ne pas avoir le courage de te dire au-revoir pour toute une année. J’avais peur de craquer, de pleurer et que ce soit cette image de moi qui te hante pendant une année entière. J’ai fini par surmonter mes peurs et je me suis forcée à venir te voir.

Le bureau du procureur et les fonctionnaires de la pénitentiaire ont refusé d’autoriser une femme qui allait rentrer en prison de voir son mari incarcéré une dernière fois en face à face. Il fut un temps où ce genre de restrictions m’aurait choqué, mais désormais, rien ne me surprend plus. Et toi, es-tu surpris ?

Hélas, cette dernière visite a eu lieu dernière des fenêtres à double vitrage et des barreaux de fer à la prison de Redjaï Shahr. Comme lors de beaucoup d’autres visites, tu portais ton tee shirt vert. Le vert te va bien. Tu disais toujours : « Jila, je sais que tu aimes vraiment le vert, alors je porterai ce tee-shirt les jours de visite ! » Nous n’avions que 20 minutes et nous parlions très vite tous les deux comme pour faire entrer tout ce qu’il fudrait nous dire durant les 20 prochains mois dans les 20 minutes que nous avions. C’était si difficile ! Comme tu as bien sûr une plus grande expérience de la vie derrière les barreaux, tu me donnais des conseils sur ce que je devrais faire pour rendre plus supportable ma peine de prison à venir. Tu me parlais de l’importance de l’exercice, de la nécessité de lire et d’étudier, d’un peu d’air frais chaque jour. Tu me recommandais même quelques livres qui, selon toi, étaient particulièrement agréables à lire derrière les barreaux. Je répétais : « Bahman, ne t’inquiète pas tant pour moi et pour cette année que je vais passer derrière les barreaux, ça aussi se passera bien. » Dieu seul sait mon état de nervosité ce jour-là, peur que l’un de nous ne craque, ne pleure. Les 20 minutes sont passées et aucun de nous n’a pleuré. A la fin de l’entretien, j’ai posé la main sur ces maudits double-vitrages, et tu as posé la tienne de l’autre côté, un geste supposé démontrer la profondeur de nos sentiments, plus qu’une étreinte ou un baiser. Ce fut la fin de la visite. Tu t’es levé et tu t’es éloigné tandis que je te regardais marcher loin de moi de derrière ces fenêtres et ces barreaux de fer. Quand j’ai été sûre que tu ne me voyais plus, j’ai relâché la pression et j’ai sangloté doucement, les larmes m’inondant le visage. Je ne sais pas comment tu te sentais alors que tu t’éloignais de moi.

Mon premier jour à Evine, je suis passée à côté du bloc 350 en me rendant au bloc des femmes, ce qui m’a remplie de joie. C’est l’endroit où tu as passé trois ans de ta vie. J’avais toujours voulu le voir, même de loin au moins une fois dans ma vie. Et maintenant je vis à côté de ce même bloc où tu étais encore détenu il y  a quelques semaines. Comme tu le sais, le bloc des femmes est tout à côté du bloc 350 où les prisonniers politiques sont détenus. Parfois, on entend les voix fortes de tes anciens compagnons de cellule de l’autre côté du mur. A chaque fois, cela me rappelle la lettre que tu m’avais écrite et dans laquelle tu me disais avoir entendu la voix des prisonnières ce qui te faisais m’imaginer au milieu d’elles, sachant que je serai bientôt parmi elles ; et maintenant j’y suis mais tu n’es plus de l’autre côté du mur.
Les images, les murs et les incidents me semblent familiers. Ils me semblent familiers car ces trois dernières années, tu m’as souvent écrit sur ces sujets ou bien tu me les as décrits durant ces visites en prison qui se déroulaient dans des cabines téléphoniques. Et aujourd’hui, j’en fait directement l’expérience. Tu m’avais même parlé de la lune dans le ciel au-dessus de la prison d’Evine. Hier soir, j’étais assise quand Shabnam Madadzadeh a crié : « Sortez toutes et venez voir comme la lune est belle ce soir. » Je me suis alors rappelé que tes amis et toi vous aviez l’habitude de vous asseoir dans la cour du bloc 350 d’Evine pour regarder la lune. J’ai suivi Shabnam dans ce petit endroit où l’on prend l’air dans le bloc des femmes et j’ai fixé la lune qui semblait parfois embrasser un nuage gris puis redevenait claire et brillante quelques instants plus tard.

« J’aime la lune depuis mon enfance ! Tu vois, la lune est si belle. Quand j’étais à la prison de Redjaï Shahr, je ne pouvais pas voir la lune. Je me rappelle combien elle me manquait et puis soudain, un jour, au travers de plusieurs portes et barreaux de fer, j’ai aperçu la lune. Une sensation qui m’a comblée ! » m’a expliqué Shabnam.

J’essaie d’écrire une courte relation de mes journées à Evine pour que tu te rendes compte, comme tu me l’avais dit, que les journées ici ne sont pas si terribles. Nos journées sont calmes. La plupart des prisonnières suivent rigoureusement leurs études, pratiquent un sport, un artisanat ou enseignent une langue étrangère. La plupart des prisonnières ont bon moral, ce qui me donne de l’énergie. Je suis pleine d’espoir quand je vois l’énergie de Bahareh Hedayat, son énergie, sa vitalité et sa détermination malgré sa lourde peine. L’énergie me vient de femmes comme Mahvash Shahriari et Fariba Kamalabadi qui purgent toutes deux une peine de 20 ans ; des femmes qui n’ont pas eu de liberté provisoire ces dernières années mais restent néanmoins calmes et patientes. Je suis motivée par la présence de Nasrine Sotoudeh qui a passé presque trois ans en prison sans une seule journée de permission. Etant donné que nous sommes relativement nouvelles à Evine, Shiva, Mahsa et moi n’avons pas le droit de nous montrer impatientes ou de manquer de vitalité ou d’énergie. Nous lisons comme elles, nous faisons de l’exercice et restons patientes derrière les barreaux.

Le bloc des femmes d’Evine abrite actuellement 33 prisonnières politiques. On a transféré Faezeh vers minuit et demi. A minuit, c’est l’extinction des feux. Nous sommes toutes couches, ou bien nous dormons, ou bien nous lisons. Le transfert d’une nouvelle prisonnière si tard dans la nuit n’est pas ordinaire, la plupart des transferts ont lieu durant les heures de bureau. Quand Faezeh est arrivée nous nous sommes toutes levées. Chacune se demandait ce qui s’était passé et pourquoi la fille de Hashemi Rafsandjani était transférée à Evine à cette heure de la nuit. Faezeh, très excitée, nous a raconté son arrestation et son transfert à Evine. Nazanine Deyhimi a été transférée à Evine vers 15h00. C’est la fille de l’écrivain et traducteur célèbre Derakhsan Deyhimi.

Il y a peu de différences entre le jour et la nuit derrière les barreaux. L’arrivée d’une nouvelle prisonnière y est donc considérée comme un évènement qui fait beaucoup de bruit dans le bloc. Les nouvelles arrivantes apportent un souffle de vie de l’extérieur. Les anciennes commencent par demander aux nouvelles de parler des raisons de leurs arrestations et finissent habituellement par demander ce qu’il y a de nouveau, comment ça va dehors et les derniers développements et les dernières analyses.

Nous sommes 33 femmes d’opinions différentes et quelquefois opposées dans le bloc des femmes d’Evine. Certaines soutiennent le Mouvement Vert, d’autres sont bahaïes, chrétiennes nouvellement converties ou membres des Moudjahidines du Peuple. Bahman, mon chéri, ce qui me plait le plus dans cette prison c’est que toutes ces personnes différentes et quelquefois opposées coexistent en paix. Nous nous asseyons ensemble, nous partageons nos repas, nous discutons ensemble. Je trouve cette coexistence pacifique extrêmement gratifiante. Mon expérience derrière les barreaux m’a donné espoir qu’un jour un modèle similaire soit mis en place dans toute la société. J’espère le jour où hommes et femmes de croyances politiques et religieuses différentes vivent ensemble sans avoir besoin de s’éliminer les uns les autres ou de se conduire en ennemis à cause de différences d’opinion, de religion ou d’idéologie politique.
Si une telle coexistence est possible en prison, pourquoi ne le serait-elle pas dans tout notre pays bien-aimé ? Je suis pleine d’espoir qu’un jour nous verrons cette société en Iran et je sais que de meilleurs jours viendront.

Tu me manques et je t’aime plus que jamais.

Jila Baniyaghoub – Bloc des femmes de la prison d’Evine

P.S. : Je ne veux pas dire qu’il n’est jamais difficile de vivre ensemble à Evine. Il va sans dire que nous avons notre part de désagréments et de disputes. Mais ce qui est important c’est que nous les résolvons par la discussion et le dialogue.

Source: http://www.rahesabz.net/story/60153/

samedi 7 juillet 2012

Lettre de Massoud Bastani à son épouse Mahsa Amrabadi


Mahsa, quel est ton rôle, quel est le mien dans le programme d’enrichissement ?

Je suis parti faire la vaisselle dans les 10 dernières minutes du match. C’est mon tour de faire la vaisselle ce soir.
Pour diner, nous avons eu de la soupe de lentilles (adassi) fournie par le gouvernement et nous l’avons enrichie. L’adassi de la prison se compose uniquement de lentilles et d’eau mais nous y ajoutons du concentré de tomate, du poivre et du jus de citron pour la rendre mangeable. Nous devons nous accommoder de ce diner deux fois par semaine.

Il n’y a personne dans la salle de bain ou près de l’évier où nous faisons la vaisselle, tout le monde regarde le championnat d’Europe de football. L’Espagne et l’Italie en sont aux dernières minutes tandis que je fais la vaisselle et je me demande comment je vais commencer la lettre d’anniversaire de Mahsa.

Il me faut écrire une lettre d’amour, des mots qui expriment la douleur immense de la séparation et combien elle me manque. Une lettre qui reflète les moments les plus difficiles de ces jours. Je ne sais même pas pourquoi l’écriture de cette lettre a pris si longtemps. Une lettre qui parle de mon amour derrière ces barreaux et ces murs.

Il faut que j’écrive, il FAUT que j’écrive…

Je t’ai perdu chaque jour mais je te retrouve chaque nuit.
C’est ainsi que j’embellis mes rêves chaque nuit.
Je veux crier, mais, dans ma solitude,
Je murmure aux murs chaque nuit sans aucun problème.
Bonjour, mon épouse chérie,
Ma chère Mahsa, bon anniversaire !

Actuellement, mon seul rôle dans tes anniversaires est peut-être ces lettres qui jouent à « mes murmures nocturnes au mur ». Il semblerait que je me soies habitué à coucher ma douleur et mon angoisse sur une feuille de papier pour la confier ensuite au vent. Alors peut-être, ces écrits sincères peuvent-ils au moins être mon confident et me donner la patience de supporter la douleur profonde que j’éprouve.

Les psychologues appellent syndrome de stress post-traumatique une perturbation causée par de longues périodes de séparation et la recherche montre que cette perturbation est plus largement répandue parmi les soldats, les prisonniers et les survivants de catastrophes naturelles. Le symptôme le plus important en est la déconnexion d'avec ses sentiments intérieurs, l’impossibilité de faire face et les actions répétitives. Ma plus grande peur est que ce syndrome me fasse perdre ce sentiment de me languir de toi. Cette lettre sera peut-être un remède pour aider à apaiser cette douleur. 

Crois-moi, cette lettre d’aujourd’hui contribue à la sensation de nostalgie de l’odeur de ton parfum sur mes vêtements. Te souviens-tu que durant ces trois dernières années, chaque fois que tu sentais m’envoyais des vêtements, tu en imprégnais quelques-uns du parfum que j’allais chercher tous les ans rue Sohrevardi en cadeau d’anniversaire le 2 juillet. Maintenant, ces vêtements ont traversé ces murs épais et ils parfument mon espace privé ici. Je cache mes vêtements sous mon oreiller la nuit pour parfumer mes nuits de tes souvenirs.

Maintenant, le match est terminé et tout le monde regarde dans l’excitation, la remise de la coupe européenne ; je fais toujours la vaisselle. Je devrais écrire une lettre pleine de bonheur pour son anniversaire. Une naissance en été qui me rappelle le printemps, mais je ne peux pas. Ma Dame toujours patiente, je viens de lire dans un livre que la couleur de l’amour est le rouge, celle de la fidélité le bleu et celle de l’espoir le vert. Mais je voudrais que tu m’écrives pour me dire la couleur de la patience, car c’est de la couleur de la patience dont j’ai le plus besoin ces jours-ci.

Tout le monde est surexcité et fête la coupe d’Europe. Mais moi, aujourd’hui, je pense à l’embargo sur le pétrole iranien. Ma chère Mahsa, je ne peux rien écrire d’autre qu’une lettre triste. Les nouvelles de la lettre de Nargues (Mohammadi) depuis sa prison me choquent et j’imagine Ali et Kiani dans la salle des visites. Je me souviens encore des visages innocents des enfants de Nasrine (Sotoudeh) dans les bras de leur mère et de la dernière visite de Bahareh (Hedayat), quand elle s’est abritée dans un parc pour tenir une réunion d’Advare Tahkim Vahdat (association estudiantine). Et maintenant, aux côtés de Bahareh, Nasrine et Nazanine, c’est toi qui éprouves la même douleur dont tu as parlé et écrit. Ma Dame toujours patiente, je ne peux pas écrire sur le bonheur quand Bahman (Amoui) est à l’isolement et quand j’entends parler de la douleur de Jila (son épouse). Il m’est très difficile de me souvenir combien de fois dans ces trois dernières années, j’ai vu tes yeux pleins de larmes de derrière les vitres de la salle de visite de la prison de Radjaï Shahr et je ne peux oublier que ces jours-ci marquent l’anniversaire du deuil de beaucoup de mères ; elles portent toujours le noir de la peine de la perte de leurs êtres aimés.

Cette année, comme en 2009, il te faut passer ton anniversaire en prison, et, comme ces dernières années je suis privé d’être à tes côtés. Mais j’étais au moins heureux de pouvoir te voir de derrière les barreaux et les vitres sales de la salle de visite et te souhaiter un bon anniversaire, mais même cela, on nous l’a retiré. Comment puis-je même écrire quand ils enrichissent l’uranium et que notre rôle dans le programme d’enrichissement se limite à la soupe de lentilles en prison. Les sanctions vont peut-être entrer en application demain et le rôle du peuple en est la difficulté économique que l’on théorise actuellement en tant que résilience économique.

Quelquefois je pense à ce dont tu es coupable. Le respect de tes idéaux comme tu l’as toujours juré ? Te languir de l’amour qui a fleuri dans ton cœur ? Ta fermeté dans l’accomplissement de tes tâches, comme requis par le journalisme professionnel ? Où cela s’arrêtera-t-il ? Tu souviens-tu du jour où tu as dit que tu voulais féliciter, à l’occasion de la journée internationale du journalisme, tous les journalistes emprisonnés, Bahman, Farshad, Mazdak et Nazanine ? J’en ai tremblé et je t’ai parlé d’hésitation. Et tu m’as répondu : « comment pourrais-je me taire ? »

Mahsa, durant toutes ces années, en souvenir de toutes les nuits passées ensemble à regarder la lune, j’ai regardé le ciel de derrière les barreaux des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr, tentant d’apercevoir la lune depuis la petite fenêtre de ma cellule. Maintenant, je ne supporte même plus de regarder le ciel ou la lune.

Quoi qu’il en soit, le désordre de cette lettre reflète mon état d’esprit actuel : l’épuisement. Et pourtant, j’attends encore patiemment l’arrivée du printemps pour que tu m’écrives pour me dire la couleur de la patience.

Bon anniversaire, ma chère épouse.

Source : http://www.kaleme.com/1391/04/14/klm-105362/

dimanche 13 mai 2012

Que s'est-il passé au sein de la commission électorale en 2009 – Fereshteh Ghazi – 30 avril 2012


Les élections présidentielles de 2009 en Iran ont été un tournant dans l’histoire de la république islamique et plus précisément le dépouillement et les résultats qui ont maintenu Mahmoud Ahmadinejad à la présidence ; ils ont été largement contestés lors de manifestations de masse qui ont fini par aboutir à l’assignation à domicile les deux candidats en tête du scrutin et ils y sont toujours. Les détails du trucage des élections ont fuité de temps en temps mais les hypothèses courent toujours. Rooz a parlé avec Ehsan Mehrabi, un journaliste qui se trouvait au ministère de l’intérieur le jour fatidique de l’élection mais pas pour surveiller les résultats des élections à la commission électorale. Lui et d’autres journalistes étaient en quelque sorte enfermés dans la salle de conférence du ministère, pour les empêcher d’avoir un quelconque accès à la commission électorale, alors qu’il y avait des annonces contradictoires dans les dernières heures de ce jour.

C’est la seconde partie de l’interview de Mehrabi, la première partie traitait des jours qu’il a passés dans les infâmes blocs 209 et 240 de la prison d’Evine et de son procès. Maintenant, Mehrabi parle de l’atmosphère à la puissante commission électorale au ministère de l’intérieur le jour de l’élection et aussi au bloc 350 de la prison où il a passé un an. Dans cette interview, il parle des pressions que le régime a exercé sur les membres de sa famille après la publication de sa première interview, les exécutions, la mort de Hoda Saber et de beaucoup d’autres choses. Mehrabi était un journaliste spécialisé dans les affaires parlementaires ; il contribuait à des journaux libres et indépendants de l’état comme Hambasteghi, Tose’, Etemad Melli et Farhikhtegan Ghalam.

Rooz : Vous vous trouviez à la commission électorale le jour des élections en 2009, que s’y passait-il ?

Mehrabi : J’y étais bien et je ne savais presque rien de ce qui se passait à l’extérieur du bâtiment. J’ai été surpris quand j’en suis sorti. A la commission, les informations circulaient de bouche à oreille. L’une de ces informations était que Mir-Hossein Moussavi voulait venir à la commission. Mais aucune information réelle ne pénétrait dans le bâtiment. Même avant le vote, le ministre semblait sûr de gagner les élections. Nous avions l’impression qu’ils étaient confiants en leur victoire [le camp Ahmadinejad] de toute façon. Quand nous avons parlé aux jeunes réformistes qui se trouvaient à l’extérieur de l’atmosphère à l’intérieur du bâtiment, ils ont rejeté nos arguments disant que nous étions influencés par ce qui se passait à l’intérieur. Nous ne pouvions pas imaginer qu’ils avaient l’intention de truquer à ce point les élections. Quand nous avons parlé avec des reporters de l’autre camp, ils nous ont dit qu’Ahmadinejad garderait de 24 millions de votes. Nous sommes restés à la commission toute la nuit sans pouvoir deviner ce qui se passait. Nous avons bien vu tous les équipements et les motos au ministère, mais nous ne savions pas à quoi ils devaient servir, et personne ne nous l’a expliqué. Ce n’est que plus tard, lorsque nous sommes sortis que nous avons compris que ces mêmes motards avaient été utilisés pour empêcher les rassemblements. Nous avons entendu dire que les bureaux du siège de campagne de Moussavi à Gheirarieh avaient été attaqués. A la tombée de la nuit, le général Radan est venu à la commission électorale. Quand nous lui avons parlé de rumeurs de kidnapping, il a ri comme s’il s’agissait d’une plaisanterie.

R : Alors vous n’étiez pas au courant des manifestations et des accrochages quand vous étiez à l’intérieur ?

M : Non, le jour du vote, ils nous ont emmenés dans la salle de conférence du ministère qui est à côté de la commission, mais les portes de la salle étaient fermées à clé et nous ne pouvions pas participer à l’échange d’informations qui avait lieu. Ce n’est que le lendemain, quand nous sommes sortis, que nous avons appris ce qui s’était passé à l’extérieur.

R : Vous n’étiez donc pas dans les bureaux de la commission électorale quand on comptait les votes ?

M : Exact, et nous et personne d’autre, n’avions accès à la commission. C’était comme si la commission avait été démantelée. Notre seul contact était l’unité centrale d’information [de l’agence de presse officielle IRNA]. Le journaliste de l’unité était Randjbaran et il était sûr qu’Ahmadinejad avait gagné. Nous étions en quelque sorte enfermés dans la salle de conférence et nous n’avions aucun moyen de communication avec la commission électorale dans la pièce à côté ou avec les bureaux du ministère ou avec personne d’autre. De temps en temps, nous voyions des représentants des candidats mais uniquement après 17 ou 18 heures. Mais dès que les candidats ont commencé à protester, dès que nous avons entendu que l’on empêchait les gens de rentrer dans les bureaux de vote, qu’ils n’y avait plus de bulletins de vote, nous n’avons plus vu âme qui vive. Je me souviens que Monsieur Torknejad, représentant de Moussavi à la commission à la commission, a annoncé à 22 heures que dans plusieurs provinces, y compris les Azerbaïdjan oriental et occidental, il n’y avait plus de bulletins de vote et que tout le monde s’en moquait. Il a dit s’en être plaint jusqu’à Monsieur Golpaygani, chef du bureau du guide suprême, mais lui non plus n’y a pas porté attention. Le chef de la commission électorale, Daneshdjou, n’a pas non plus répondu à nos questions. La seule communication qu’il a daigné nous faire : il est entré dans la salle durant la nuit, un bout de papier à la main, a lu les résultats puis est parti. L’atmosphère qu’ils avaient créée était telle que personne n’a osé poser de questions. Quand certains ont osé, Monsieur Mardoukhi a commencé à crier, à protester et à scander des slogans contre les Verts.

R : Après votre sortie du ministère, quand vous avez vu ce qui se passait à l’extérieur, êtes-vous revenu au ministère ?

M : Jamais de la vie. J’avais couvert d’autres élections auparavant, mais depuis l’arrivée de Kardan puis de Mahsouli au ministère, les choses avaient beaucoup changé, tout était verrouillé pour culminer pendant les élections de 2009.

R : Lors de votre première interview, vous aviez dit que votre expérience du bloc 350 d’Evine où vous avez passé un an, était très amère. Pouvez-vous l’expliquer ?

M : Oui, quand on m’a emmené au bloc 350, j’ai noté un incident amer. Un homme assis dans la cour était en train de fumer ; un groupe est arrivé qui l’a entouré et a commencé à pleurer. Quand j’ai demandé ce qui se passait, on m'a dit qu’il allait bientôt être exécuté et qu’il avait refusé d’écrire pour demander une amnistie. C’est un homme qui a été exécuté le lendemain en même temps que Djafar Kazemi. Ce fut une expérience extrêmement amère pour moi. Le lendemain, Ali Adjami a été exilé à la prison Redjaï Shahr de Karadj.

R : Comment s’est passée cette année là-bas ?

M : Comme Bahareh Hedayat l’a écrit dans sa dernière lettre, en prison, on se retrouve dans un autre monde. On acquiert et on partage des sentiments communs. Vous mourez d’envie pour des choses que vous ne remarquez même pas dans une vie normale. Même les rêves changent, ils sont confinés à la prison. A certains moment, je ne me souvenais plus du nom de personnalités de premier plan ou de collègues de l’extérieur.

R : Vous avez dit que c’était les jours de visite que vous ressentiez le plus la pression psychologique.

M : Quand les prisonniers rentrent de visite, on pourrait s’attendre à ce qu’ils soient heureux d’avoir rencontré leurs êtres chers. En fait, les fumeurs vont immédiatement fumer une cigarette dans un coin. Les non-fumeurs se couchent pour dormir. Je me souviens qu’au bloc 209, si l’on était seul, on dormait continuellement pendant deux jours [le bloc 209 est le bloc des interrogatoires alors qu’on est transféré au bloc 350 après les interrogatoires]. La pression était si forte après les visites au bloc 350 que l’on dormait beaucoup, comme si les prisonniers n’arrivaient pas à communiquer avec leurs êtres chers, s’ils n’arrivaient pas à comprendre les nouvelles communiquées par les membres de leurs familles durant les visites. Un journaliste a dit qu’au début, il attendait impatiemment les visites régulières de sa famille mais qu’ensuite, il espérait que l’heure de visite se termine vite. Beaucoup, comme Abdollah Momeni [militant étudiant de premier plan qui a fait part des mauvais traitements subis en prison] disait qu’il n’avait aucun espoir d’être libéré. Mais, malgré les pressions, le bloc 350 était différents des blocs 209 ou 240. Quand Hossein Marashi est arrivé, les choses se sont un peu améliorées surtout en ce qui concerne l’exercice physique. Arash Alaï est un médecin qui a essayé de changer la routine quotidienne. Certains artistes ont tenté de rendre la situation plus tolérable pour les autres. Le 25 Bahman, quand on a amené environ 350 nouveaux prisonniers, l’atmosphère du bloc 350 a changé, comme si les prisonniers se rendaient compte qu’il y avait encore des manifestations. Cela leur a rendu l’espoir et a amélioré leur moral.

R: Pendant que vous étiez au bloc 350, certains prisonniers politiques ont été exécutés. Comment avez-vous vécu la chose ?

M: Quand les prisonniers étaient appelés pour être exécutés, les autres prisonniers disaient : « Ils ont recommencé. Ils les emmènent pour les exécuter. » Tout devenait chaotique alors. 

R : Quand Monsieur Saber est mort, vous étiez au bloc 350 et avez été témoin.

M : Je m’en souviens, Hoda Saber et Taghi Rahmani étaient au bloc 350 ; on a dit que l’ingénieur Sahabi ne se sentait pas bien. Les deux étaient très liés avec Sahabi et s’était très difficile à supporter pour eux. Quand Haleh Sabahi est décédée, les choses ont empiré pour eux. Certains priaient parce qu’ils ne pouvaient rien faire d’autre. Quand Hadi Saber a commencé sa grève de la faim, Arash Alaï a veillé sur lui. Alaï disait qu’en fait, sa grève de la faim réconfortait Saber qui avait écrit une lettre à ses enfants expliquant la raison de son geste et cette raison n’était pas purement émotionnelle. Certaines personnes d’influence hors de la prison ont écrit à Saber pour qu’il arrête sa grève, mais les officiels de la prison ont retenu ces lettres. Un vendredi matin, nous avons entendu dire que Saber avait été conduit au dispensaire de la prison parce qu’il ne se sentait pas bien. Au dispensaire, le médecin l’a frappé puis fait raccompagné au bloc. Quand on est venu pour le remmener au dispensaire, il a refusé, disant qu’il y avait été battu la dernière fois. On l’a emmené dans un hôpital hors de la prison, mais il était trop tard. Arash Alaï et d’autres docteurs du bloc ont dit que si le premier médecin, celui du dispensaire, s’était occupé de Saber et l’avait envoyé à l’hôpital au lieu de le battre, l’issue aurait été différente. Quand la nouvelle de la mort de Saber est arrivée le dimanche, l’atmosphère du bloc changea du tout au tout. Même ceux qui normalement ne montraient jamais leurs larmes ne pouvaient s’arrêter de pleurer. Puis 12 autres ont commencé une grève de la faim. Mais les autorités de la prison ne s’en sont pas occupé.

Source : http://www.roozonline.com/english/interview/interview/archive/2012/april/30/article/what-happened-at-the-election-commission-in-2009.html