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samedi 20 octobre 2012

Lettre de Jila D'Evine à Redjaï-Shahr - Lettre de Jila Banyaghoub à son mari Bahman Ahmadi-Amoui


Mon très cher Bahman,

Voilà deux mois que je ne t’ai pas vu ; deux mois depuis ma dernière visite à la prison de Redjaï Shahr ; tu m’avais regardé derrière ces barreaux de fer et ces fenêtres à double vitrage. J’ai oublié de te dire combien j’étais hésitante et sceptique avant de me rendre à cette dernière visite. J’avais même envisagé de me présenter à la prison d’Evine quelques jours en avance pour éviter le jeudi, jour de visite à Redjaï Shahr. En me lisant, tu seras peut-être surpris, alors je vais t’expliquer pourquoi cette visite pour te dire au-revoir m’étais si pénible. Je savais bien qu’il nous faudrait attendre au moins un an avant de nous revoir. Tu t’imagines ? Toute une année ! J’avais peur de ne pas avoir le courage de te dire au-revoir pour toute une année. J’avais peur de craquer, de pleurer et que ce soit cette image de moi qui te hante pendant une année entière. J’ai fini par surmonter mes peurs et je me suis forcée à venir te voir.

Le bureau du procureur et les fonctionnaires de la pénitentiaire ont refusé d’autoriser une femme qui allait rentrer en prison de voir son mari incarcéré une dernière fois en face à face. Il fut un temps où ce genre de restrictions m’aurait choqué, mais désormais, rien ne me surprend plus. Et toi, es-tu surpris ?

Hélas, cette dernière visite a eu lieu dernière des fenêtres à double vitrage et des barreaux de fer à la prison de Redjaï Shahr. Comme lors de beaucoup d’autres visites, tu portais ton tee shirt vert. Le vert te va bien. Tu disais toujours : « Jila, je sais que tu aimes vraiment le vert, alors je porterai ce tee-shirt les jours de visite ! » Nous n’avions que 20 minutes et nous parlions très vite tous les deux comme pour faire entrer tout ce qu’il fudrait nous dire durant les 20 prochains mois dans les 20 minutes que nous avions. C’était si difficile ! Comme tu as bien sûr une plus grande expérience de la vie derrière les barreaux, tu me donnais des conseils sur ce que je devrais faire pour rendre plus supportable ma peine de prison à venir. Tu me parlais de l’importance de l’exercice, de la nécessité de lire et d’étudier, d’un peu d’air frais chaque jour. Tu me recommandais même quelques livres qui, selon toi, étaient particulièrement agréables à lire derrière les barreaux. Je répétais : « Bahman, ne t’inquiète pas tant pour moi et pour cette année que je vais passer derrière les barreaux, ça aussi se passera bien. » Dieu seul sait mon état de nervosité ce jour-là, peur que l’un de nous ne craque, ne pleure. Les 20 minutes sont passées et aucun de nous n’a pleuré. A la fin de l’entretien, j’ai posé la main sur ces maudits double-vitrages, et tu as posé la tienne de l’autre côté, un geste supposé démontrer la profondeur de nos sentiments, plus qu’une étreinte ou un baiser. Ce fut la fin de la visite. Tu t’es levé et tu t’es éloigné tandis que je te regardais marcher loin de moi de derrière ces fenêtres et ces barreaux de fer. Quand j’ai été sûre que tu ne me voyais plus, j’ai relâché la pression et j’ai sangloté doucement, les larmes m’inondant le visage. Je ne sais pas comment tu te sentais alors que tu t’éloignais de moi.

Mon premier jour à Evine, je suis passée à côté du bloc 350 en me rendant au bloc des femmes, ce qui m’a remplie de joie. C’est l’endroit où tu as passé trois ans de ta vie. J’avais toujours voulu le voir, même de loin au moins une fois dans ma vie. Et maintenant je vis à côté de ce même bloc où tu étais encore détenu il y  a quelques semaines. Comme tu le sais, le bloc des femmes est tout à côté du bloc 350 où les prisonniers politiques sont détenus. Parfois, on entend les voix fortes de tes anciens compagnons de cellule de l’autre côté du mur. A chaque fois, cela me rappelle la lettre que tu m’avais écrite et dans laquelle tu me disais avoir entendu la voix des prisonnières ce qui te faisais m’imaginer au milieu d’elles, sachant que je serai bientôt parmi elles ; et maintenant j’y suis mais tu n’es plus de l’autre côté du mur.
Les images, les murs et les incidents me semblent familiers. Ils me semblent familiers car ces trois dernières années, tu m’as souvent écrit sur ces sujets ou bien tu me les as décrits durant ces visites en prison qui se déroulaient dans des cabines téléphoniques. Et aujourd’hui, j’en fait directement l’expérience. Tu m’avais même parlé de la lune dans le ciel au-dessus de la prison d’Evine. Hier soir, j’étais assise quand Shabnam Madadzadeh a crié : « Sortez toutes et venez voir comme la lune est belle ce soir. » Je me suis alors rappelé que tes amis et toi vous aviez l’habitude de vous asseoir dans la cour du bloc 350 d’Evine pour regarder la lune. J’ai suivi Shabnam dans ce petit endroit où l’on prend l’air dans le bloc des femmes et j’ai fixé la lune qui semblait parfois embrasser un nuage gris puis redevenait claire et brillante quelques instants plus tard.

« J’aime la lune depuis mon enfance ! Tu vois, la lune est si belle. Quand j’étais à la prison de Redjaï Shahr, je ne pouvais pas voir la lune. Je me rappelle combien elle me manquait et puis soudain, un jour, au travers de plusieurs portes et barreaux de fer, j’ai aperçu la lune. Une sensation qui m’a comblée ! » m’a expliqué Shabnam.

J’essaie d’écrire une courte relation de mes journées à Evine pour que tu te rendes compte, comme tu me l’avais dit, que les journées ici ne sont pas si terribles. Nos journées sont calmes. La plupart des prisonnières suivent rigoureusement leurs études, pratiquent un sport, un artisanat ou enseignent une langue étrangère. La plupart des prisonnières ont bon moral, ce qui me donne de l’énergie. Je suis pleine d’espoir quand je vois l’énergie de Bahareh Hedayat, son énergie, sa vitalité et sa détermination malgré sa lourde peine. L’énergie me vient de femmes comme Mahvash Shahriari et Fariba Kamalabadi qui purgent toutes deux une peine de 20 ans ; des femmes qui n’ont pas eu de liberté provisoire ces dernières années mais restent néanmoins calmes et patientes. Je suis motivée par la présence de Nasrine Sotoudeh qui a passé presque trois ans en prison sans une seule journée de permission. Etant donné que nous sommes relativement nouvelles à Evine, Shiva, Mahsa et moi n’avons pas le droit de nous montrer impatientes ou de manquer de vitalité ou d’énergie. Nous lisons comme elles, nous faisons de l’exercice et restons patientes derrière les barreaux.

Le bloc des femmes d’Evine abrite actuellement 33 prisonnières politiques. On a transféré Faezeh vers minuit et demi. A minuit, c’est l’extinction des feux. Nous sommes toutes couches, ou bien nous dormons, ou bien nous lisons. Le transfert d’une nouvelle prisonnière si tard dans la nuit n’est pas ordinaire, la plupart des transferts ont lieu durant les heures de bureau. Quand Faezeh est arrivée nous nous sommes toutes levées. Chacune se demandait ce qui s’était passé et pourquoi la fille de Hashemi Rafsandjani était transférée à Evine à cette heure de la nuit. Faezeh, très excitée, nous a raconté son arrestation et son transfert à Evine. Nazanine Deyhimi a été transférée à Evine vers 15h00. C’est la fille de l’écrivain et traducteur célèbre Derakhsan Deyhimi.

Il y a peu de différences entre le jour et la nuit derrière les barreaux. L’arrivée d’une nouvelle prisonnière y est donc considérée comme un évènement qui fait beaucoup de bruit dans le bloc. Les nouvelles arrivantes apportent un souffle de vie de l’extérieur. Les anciennes commencent par demander aux nouvelles de parler des raisons de leurs arrestations et finissent habituellement par demander ce qu’il y a de nouveau, comment ça va dehors et les derniers développements et les dernières analyses.

Nous sommes 33 femmes d’opinions différentes et quelquefois opposées dans le bloc des femmes d’Evine. Certaines soutiennent le Mouvement Vert, d’autres sont bahaïes, chrétiennes nouvellement converties ou membres des Moudjahidines du Peuple. Bahman, mon chéri, ce qui me plait le plus dans cette prison c’est que toutes ces personnes différentes et quelquefois opposées coexistent en paix. Nous nous asseyons ensemble, nous partageons nos repas, nous discutons ensemble. Je trouve cette coexistence pacifique extrêmement gratifiante. Mon expérience derrière les barreaux m’a donné espoir qu’un jour un modèle similaire soit mis en place dans toute la société. J’espère le jour où hommes et femmes de croyances politiques et religieuses différentes vivent ensemble sans avoir besoin de s’éliminer les uns les autres ou de se conduire en ennemis à cause de différences d’opinion, de religion ou d’idéologie politique.
Si une telle coexistence est possible en prison, pourquoi ne le serait-elle pas dans tout notre pays bien-aimé ? Je suis pleine d’espoir qu’un jour nous verrons cette société en Iran et je sais que de meilleurs jours viendront.

Tu me manques et je t’aime plus que jamais.

Jila Baniyaghoub – Bloc des femmes de la prison d’Evine

P.S. : Je ne veux pas dire qu’il n’est jamais difficile de vivre ensemble à Evine. Il va sans dire que nous avons notre part de désagréments et de disputes. Mais ce qui est important c’est que nous les résolvons par la discussion et le dialogue.

Source: http://www.rahesabz.net/story/60153/

dimanche 5 août 2012

LA SITUATION DES PRISONNIERS EN IRAN SE DEGRADE DE JOUR EN JOUR


Shirine Ebadi, prix Nobel de la paix, la fédération internationale des droits humains (FIDH) et la ligue iranienne de défense des droits humains (LDDHI) ont publié cette déclaration commune : 
Les prisonniers politiques et les prisonniers de conscience souffrent de torture et autre maltraitance avant leur procès : refus d’accès à leurs avocats et à leurs familles et sont ensuite jugés dans des conditions très éloignées des normes internationales définissant un procès juste, pour des accusations liées à leurs emplois, leurs actions pour les droits humains, la liberté d’expression, d’assemblée et d’association et autres droits légitimes reconnus par les traités internationaux dont la république islamique d’Iran est signataire.

Suite à ces procès, qui ne durent souvent que quelques minutes, les prisonniers politiques sont condamnés à des peines extrêmement injustes, quelquefois illégales même d’après les lois iraniennes très imparfaites. Un exemple en est « l’emprisonnement en exil » dans des prisons iraniennes éloignées, qui n’existe dans aucune loi iranienne et qui punit en fait les prisonniers et leurs familles.

Les familles des prisonniers politiques font souvent face à d’autres formes de harcèlement. Quelquefois, des membres de la famille sont détenus ou condamnés à de la prison uniquement pour avoir rendu public le dossier de leur prisonnier ou en demander des nouvelles auprès des autorités judiciaires. Dans certains cas, des agents de sécurité fouinent dans l’intimité de la famille des prisonnier, par exemple, ils conseillent aux épouses de porter plainte contre leurs époux ou de demander le divorce.

Plus tard, tandis qu’ils purgent leurs peines, beaucoup de prisonniers politiques sont soumis à davantage de harcèlement, souvent de nouvelles accusations forgées à leur encontre pour prolonger leur emprisonnement  lorsque la fin de leur peine approcher ou même lorsqu’ils ont fini de la purger. Quelquefois, les prisonniers politiques et les prisonniers de conscience sont exilés dans une autre prison éloignée, même si le verdict ne contient pas « d’emprisonnement en exil ».
Beaucoup de prisonniers de conscience ont un besoin urgent de soins médicaux et de traitements qu’ils ne peuvent trouver dans les prisons, mais les autorités refusent fréquemment de leur fournir les soins médicaux obligatoires d’après les traités internationaux et les règlements des prisons en Iran.

Nous n’avons cessé d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation des prisonniers politiques en Iran, y compris par le rapport conjoint de la FIDH et de la LDHHI : « Iran : répression de la liberté, prison, torture, exécutions. Un état répressif » (http://www.fidh.org/An-FIDH-LDDHI-report-at-the). De nouveau, nous attirons l’attention de la communauté internationale sur les prisonniers politiques suivants, récemment soumis à des maltraitances mais nous souhaitons souligner que cette liste ne représente qu’une partie des prisonniers maltraités et qu’il est loin d’être exhaustif.

Madame Nargues Mohammadi a été emmenée à l’hôpital le 9 juillet 2012 après avoir été gravement blessée au visage lors d’une chute. Elle souffre de paralysie musculaire et de convulsions. Sa famille est restée sans nouvelles pendant 12 jours jusqu’à ce qu’elle les contacte le 22 juillet environ à son retour en prison. Elle a dit avoir même perdu la vue pendant cinq jours. Malgré la présence de gardiens de prison près de son lit, elle a été menottée chaque nuit quand elle dormait. Madame Mohammadi est la vice-présidente de Centre des Défenseurs des Droits Humains (DHRC) et purge une peine de 6 ans d’emprisonnement à cause de son travail sur les droits humains. Les autorités, qui l’ont illégalement transférée à la prison de Zandjan où elle était détenue parmi les criminelles de droit commun, ont fini par lui accorder une liberté provisoire pour raisons médicales le 31 juillet pour qu’elle suive son traitement hors de prison. Mais on ne sait pas clairement combien de temps cette liberté provisoire durera.

Madame Zeynab Djalalian souffre d’hémorragie intestinale et de problèmes de vue causés par une torture sévère durant les interrogatoires avant son procès. C’est une prisonnière politique kurde condamnée à perpétuité et détenue à la prison de Sanandaj.
Mesdames Kobra Banazadeh Amirkhizi et Sedigheh Moradi, deux prisonnières politiques transférées le 11 juillet à la prison de Ghartchak où des criminelles de droit commun sont détenues dans des conditions très en dessous des normes. Elles purgent des peines de 5 et 10 ans de prison en exil intérieur, accusées à cause des liens de leurs familles avec des membres de l’opposition à l’étranger.

Madame Nasrine Sotoudeh, avocate des droits de l’homme et membre du DHRC, purge une peine de 6 ans à la prison d’Evine. Les autorités ont interdit son mari et même leur fille de 12 ans de sortie du territoire d’après des informations reçues le 11 juillet.

Madame Hanieh Farshi Shotorban, bloggeuse qui purge une peine de 7 ans à la prison d’Evine, s’est vue refuser un traitement médical et des médicaments par le dispensaire de la clinique pour ses problèmes rénaux et urinaires.

Mohammad Seifzadeh souffre de problèmes de santé aigus, douleurs dans les jambes, les genoux, le dos et la moelle épinière, arthrite du cou et des mains et maladie cardiaque. On lui refuse des soins médicaux depuis janvier dernier. Monsieur Seifzadeh, avocat et membre fondateur du DHRC, purge une peine de deux ans à la prison d’Evine pour son travail sur les droits humains et doit faire face à de nouvelles accusations pour avoir écrit des lettres ouvertes critiques.

Abdolfattah Soltani, qui souffre d’anémie et d’autres problèmes de santé, devait être hospitalisé la dernière semaine de juin, mais son transfert a été annulé à la demande insistante des autorités de le menotter. Monsieur Soltani, avocat et membre fondateur du DHRC, est détenu depuis septembre 2011 et a récemment été condamné à 13 ans d’emprisonnement en exil intérieur dans la lointaine ville de Borazdjan pour son travail sur les droits humains. S’il est exilé à Borazdjan, sa famille devra faire 1.200 kilomètres pour une courte visite en prison et autant pour le retour.

Shahrokh Zamani, syndicaliste, a été envoyé à la section de quarantaine de la prison de Yazd le 29 juillet, une semaine après avoir écrit une lettre ouverte où il critiquait la situation effroyable de la prison de Yazd. Il a été condamné à 11 ans de prison pour s’être efforcé d’établir un syndicat indépendant et a été « exilé » à la prison de Yazd alors qu’il habite à Tabriz, une ville du nord-ouest de l’Iran, en mai 2012, même si le verdict ne comporte pas « d’emprisonnement en exil ».

Mohammad Sedigh Kaboudvand, s’est récemment mis en grève de la faim pour pouvoir rendre visite à son fils qui souffre d’une maladie incurable. Il l’a finalement arrêtée le 24 juillet au bout de 59 jours. Monsieur Kaboudvand, président de l’Organisation des Droits Humains au Kurdistan, purge une peine de 10 ans et demi pour son travail pour les droits humains ; il a fait trois attaques d’apoplexie et au moins une attaque cardiaque en prison ; il a des problèmes de reins et de prostate ; il a connu des vertiges et des pertes de conscience. Il n’a néanmoins pas eu de traitement médical cohérent.

Bahman Ahmadi Amouï, journaliste économique, purge une peine de cinq ans. A la mi-juin 2012, les prisonniers politiques de la prison de la section 350 d’Evine ont organisé une cérémonie pour honorer Hoda Saber, prisonnier politique décédé en prison ; les fonctionnaires de la prison ont envoyé plusieurs prisonniers, dont Bahman Ahmadi Amouï à l’isolement. Il ensuite été banni à la prison lointaine de Radjaï Shahr. Là, il a été insulté et mis au mitard pendant 20 jours. Il reste dans la même prison, même si le verdict ne comporte pas « d’emprisonnement en exil ».

Anvar Hossein Panahi, militant kurde, purge une peine de 16 ans à la prison de Sanandaj ; il souffre d’infection rénale et intestinale. Les rapports détaillant des tortures qu’il a subies avant son procès indiquent qu’il a eu les côtes cassées et a été obligé de rester nu dans la cour de la prison pendant de froides nuits d’hiver. L’un de ses frères a été tué dans des circonstances douteuses alors qu’il portait une pétition proclamant l’innocence de son frère pour la remettre aux autorités judiciaires. Son autre frère a été détenu plusieurs fois et a perdu 50% de sa vue sous la torture ; il a été condamné à un an de prison.

Abolfazl Ghadiani, journaliste militant, souffre d’une maladie cardiaque et a été opéré plusieurs fois. Les gardiens de prison l’auraient emmené à l’hôpital pour y être examiné (le 30 juillet) après l’avoir battu et menotté. Il a refusé d’être examiné pour protester et a été ramené en prison. A la mi-juillet, on lui a refusé une libération provisoire pour raisons médicales que la commission médicale avec recommandée. Monsieur Ghadiani devait être libéré fin novembre 2011 à la fin de sa peine d’un an, mais de nouvelles accusations ont été portées contre lui pour « insultes contre le guide suprême et le président » et a été condamné à un an de prison supplémentaire. Il fait encore l’objet de nouvelles accusations.

Mostafa Tadjzadeh, ancien secrétaire d’état à l’intérieur, purge une peine de 6 ans de prison et souffre de ses disques lombaires, d’arthrite du cou, de problèmes de peau et de vue. Les autorités refusent de le transférer à la section publique de la prison.

Kourosh Kouhkan, militant politique purge une peine de prison de 3,5 ans. Il souffre d’une déchirure du ménisque droit consécutive à la torture. Son genou a cessé de fonctionner mi-juillet et est tombé dans des escaliers. Les autorités de la prison ne lui ont pas procuré de traitement médical à temps.

Keyvan Samimi-Behbani, journaliste et défenseur des droits humains de longue date ; il puge une peine de 6 ans dans la prison lointaine de Radjaï Shahr et souffre d’une grave maladie du foie.

Saïd Matinepour, militant Azeri iranien et journaliste, purge une peine de 8 ans de prison et souffre d’une infection pulmonaire.

Ahmad Zeidabadi, journaliste, purge une peine de 6 ans de prison et souffre d’une perte de poids inexpliquée.

Heshmatollah Tabarzadi, militant politique, purge une peine de 8 ans de prison et souffre de problèmes cardiaque et de tension artérielle élevée.

Abdollah Momeni, militant politique, purge une peine de 4 ans et 11 mois ; ils souffre d’une maladie rénale, d’une maladie de peau et de problèmes d’audition consécutifs à la déchirure de ses tympans sous la torture. Il doit faire face à de nouvelles accusations.

Ghassem Sholeh Saadi, avocat, purge une peine d’un an et demi de prison et souffre de la moelle épinière suite aux tortures subies lors de son emprisonnement précédent. Il doit faire face à de nouvelles accusations.

Hamed Rouhinejad, étudiant, purge une peine de 10 ans de prison en exil intérieur à la prison de Zandjan ; il souffre de sclérose en plaques qui lui a causé des problèmes de vision et d’audition et l’une de ses mains est paralysée.

Mohammad Hossein Kazemeini Boroudjerdi, religieux dissident, purge une peine de 11 ans de prison à la prison d’Evine ; il souffre de la maladie de Parkinson, de diabète, de tension artérielle élevée, de problèmes rénaux et cardiaques et a perdu la vue d’un œil.

Saleh Kohandel, prisonnier politique, purge une peine de 10 ans dans la prison lointaine de Redjaï Shahr ; il souffre d’irrégularité dans sa numération sanguine, surtout dans les plaquettes.
Siamak Ighani, bahaï, purge une peine de 3 ans à la prison de Semnan ; il souffre de problèmes pulmonaires et de rhumatismes.

Mohsen Djavadi Afzali, prisonnier politique, purge une peine de deux ans et demi à la prison d’Evine ; il souffre d’une infection auriculaire aigüe et de troubles de l’audition.

Djafar Eghdami, prisonnier politique, purge une peine de 10 ans dans la prison lointaine de Redjaï Shahr ; il souffre d’une névrose de la taille et de la jambe qui pourrait le paralyser complètement.

Ebrahim (Nader) Babaï, prisonnier politique ; il purge une peine de 6 ans dans la prison lointaine de Redjaï Shahr ; il souffre d’une maladie cardiaque et des disques lombaires.

Arash Honarvar Shodjaï, religieux dissident, purge une peine de 4 ans à la prison d’Evine ; il souffre de problèmes cardiaques et d’épilepsie.

Karim Lahidji, vice-président de la FIDH et président de la LDDHI a déclaré : « Les prisonniers politiques et les prisonniers d’opinion sont les otages des autorités iraniennes qui exercent autant de pressions qu’elles le peuvent sur eux et leurs familles. Les autorités violent constamment les dispositions de l’ensemble de principes pour la protection de toutes les personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d'emprisonnement adopté par l’assemblée générale de l’ONU en décembre 1988 et de l’ensemble des règles minimales pour le traitement des prisonniers adopté par le conseil économique et social le 13 mai 1977. Les autorités refusent de fournir un traitement médical régulier aux prisonniers politiques, leur refusent ce à quoi ils ont droit et les soumettent à toutes sortes de torture, de châtiments inhumains et à d’autres maltraitances. Elles punissent même les familles des prisonniers politiques. »

Source : http://www.majzooban.org/en/news-and-exclusive-content/2854-iranian-authorities-hold-political-prisoners-hostage.html

samedi 7 juillet 2012

Lettre de Massoud Bastani à son épouse Mahsa Amrabadi


Mahsa, quel est ton rôle, quel est le mien dans le programme d’enrichissement ?

Je suis parti faire la vaisselle dans les 10 dernières minutes du match. C’est mon tour de faire la vaisselle ce soir.
Pour diner, nous avons eu de la soupe de lentilles (adassi) fournie par le gouvernement et nous l’avons enrichie. L’adassi de la prison se compose uniquement de lentilles et d’eau mais nous y ajoutons du concentré de tomate, du poivre et du jus de citron pour la rendre mangeable. Nous devons nous accommoder de ce diner deux fois par semaine.

Il n’y a personne dans la salle de bain ou près de l’évier où nous faisons la vaisselle, tout le monde regarde le championnat d’Europe de football. L’Espagne et l’Italie en sont aux dernières minutes tandis que je fais la vaisselle et je me demande comment je vais commencer la lettre d’anniversaire de Mahsa.

Il me faut écrire une lettre d’amour, des mots qui expriment la douleur immense de la séparation et combien elle me manque. Une lettre qui reflète les moments les plus difficiles de ces jours. Je ne sais même pas pourquoi l’écriture de cette lettre a pris si longtemps. Une lettre qui parle de mon amour derrière ces barreaux et ces murs.

Il faut que j’écrive, il FAUT que j’écrive…

Je t’ai perdu chaque jour mais je te retrouve chaque nuit.
C’est ainsi que j’embellis mes rêves chaque nuit.
Je veux crier, mais, dans ma solitude,
Je murmure aux murs chaque nuit sans aucun problème.
Bonjour, mon épouse chérie,
Ma chère Mahsa, bon anniversaire !

Actuellement, mon seul rôle dans tes anniversaires est peut-être ces lettres qui jouent à « mes murmures nocturnes au mur ». Il semblerait que je me soies habitué à coucher ma douleur et mon angoisse sur une feuille de papier pour la confier ensuite au vent. Alors peut-être, ces écrits sincères peuvent-ils au moins être mon confident et me donner la patience de supporter la douleur profonde que j’éprouve.

Les psychologues appellent syndrome de stress post-traumatique une perturbation causée par de longues périodes de séparation et la recherche montre que cette perturbation est plus largement répandue parmi les soldats, les prisonniers et les survivants de catastrophes naturelles. Le symptôme le plus important en est la déconnexion d'avec ses sentiments intérieurs, l’impossibilité de faire face et les actions répétitives. Ma plus grande peur est que ce syndrome me fasse perdre ce sentiment de me languir de toi. Cette lettre sera peut-être un remède pour aider à apaiser cette douleur. 

Crois-moi, cette lettre d’aujourd’hui contribue à la sensation de nostalgie de l’odeur de ton parfum sur mes vêtements. Te souviens-tu que durant ces trois dernières années, chaque fois que tu sentais m’envoyais des vêtements, tu en imprégnais quelques-uns du parfum que j’allais chercher tous les ans rue Sohrevardi en cadeau d’anniversaire le 2 juillet. Maintenant, ces vêtements ont traversé ces murs épais et ils parfument mon espace privé ici. Je cache mes vêtements sous mon oreiller la nuit pour parfumer mes nuits de tes souvenirs.

Maintenant, le match est terminé et tout le monde regarde dans l’excitation, la remise de la coupe européenne ; je fais toujours la vaisselle. Je devrais écrire une lettre pleine de bonheur pour son anniversaire. Une naissance en été qui me rappelle le printemps, mais je ne peux pas. Ma Dame toujours patiente, je viens de lire dans un livre que la couleur de l’amour est le rouge, celle de la fidélité le bleu et celle de l’espoir le vert. Mais je voudrais que tu m’écrives pour me dire la couleur de la patience, car c’est de la couleur de la patience dont j’ai le plus besoin ces jours-ci.

Tout le monde est surexcité et fête la coupe d’Europe. Mais moi, aujourd’hui, je pense à l’embargo sur le pétrole iranien. Ma chère Mahsa, je ne peux rien écrire d’autre qu’une lettre triste. Les nouvelles de la lettre de Nargues (Mohammadi) depuis sa prison me choquent et j’imagine Ali et Kiani dans la salle des visites. Je me souviens encore des visages innocents des enfants de Nasrine (Sotoudeh) dans les bras de leur mère et de la dernière visite de Bahareh (Hedayat), quand elle s’est abritée dans un parc pour tenir une réunion d’Advare Tahkim Vahdat (association estudiantine). Et maintenant, aux côtés de Bahareh, Nasrine et Nazanine, c’est toi qui éprouves la même douleur dont tu as parlé et écrit. Ma Dame toujours patiente, je ne peux pas écrire sur le bonheur quand Bahman (Amoui) est à l’isolement et quand j’entends parler de la douleur de Jila (son épouse). Il m’est très difficile de me souvenir combien de fois dans ces trois dernières années, j’ai vu tes yeux pleins de larmes de derrière les vitres de la salle de visite de la prison de Radjaï Shahr et je ne peux oublier que ces jours-ci marquent l’anniversaire du deuil de beaucoup de mères ; elles portent toujours le noir de la peine de la perte de leurs êtres aimés.

Cette année, comme en 2009, il te faut passer ton anniversaire en prison, et, comme ces dernières années je suis privé d’être à tes côtés. Mais j’étais au moins heureux de pouvoir te voir de derrière les barreaux et les vitres sales de la salle de visite et te souhaiter un bon anniversaire, mais même cela, on nous l’a retiré. Comment puis-je même écrire quand ils enrichissent l’uranium et que notre rôle dans le programme d’enrichissement se limite à la soupe de lentilles en prison. Les sanctions vont peut-être entrer en application demain et le rôle du peuple en est la difficulté économique que l’on théorise actuellement en tant que résilience économique.

Quelquefois je pense à ce dont tu es coupable. Le respect de tes idéaux comme tu l’as toujours juré ? Te languir de l’amour qui a fleuri dans ton cœur ? Ta fermeté dans l’accomplissement de tes tâches, comme requis par le journalisme professionnel ? Où cela s’arrêtera-t-il ? Tu souviens-tu du jour où tu as dit que tu voulais féliciter, à l’occasion de la journée internationale du journalisme, tous les journalistes emprisonnés, Bahman, Farshad, Mazdak et Nazanine ? J’en ai tremblé et je t’ai parlé d’hésitation. Et tu m’as répondu : « comment pourrais-je me taire ? »

Mahsa, durant toutes ces années, en souvenir de toutes les nuits passées ensemble à regarder la lune, j’ai regardé le ciel de derrière les barreaux des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr, tentant d’apercevoir la lune depuis la petite fenêtre de ma cellule. Maintenant, je ne supporte même plus de regarder le ciel ou la lune.

Quoi qu’il en soit, le désordre de cette lettre reflète mon état d’esprit actuel : l’épuisement. Et pourtant, j’attends encore patiemment l’arrivée du printemps pour que tu m’écrives pour me dire la couleur de la patience.

Bon anniversaire, ma chère épouse.

Source : http://www.kaleme.com/1391/04/14/klm-105362/

dimanche 12 février 2012

12 Prisonniers Politiques du Bloc 350 d’Evine de Nouveau Cités à Comparaître et Interrogés - @persianbanoo


A l’approche des élections législatives, plusieurs prisonniers politiques ont été cités à comparaître devant le magistrat d’Evine et au bloc 209 (sous le contrôle du ministère du renseignement) et ont de nouveau été interrogés.

Kalameh rapporte, qu’Alireza Rejaï,  membre du conseil National-Religieux, Amir Khosrow Dalirsani membre du Mouvement Musulman Combattant et Mohammad Reza Motamednia, représentant spécial de Moussavi lorsqu’il était premier ministre, ont été convoqués devant le magistrat d’Evine, au bureau Shahid Moghadasi pour y être interrogés sur les différentes déclarations qu’ils avaient publiées sur le boycott des prochaines élections et pour protester contre la détention illégale des dirigeants Verts. Le ministère du renseignement a envoyé une note interne au magistrat d’Evine demandant qu’il s’occupe des prisonniers qui ont publié des déclarations ; en retour, il les a convoqués. C’est la nouvelle méthode pour affronter les prisonniers qui protestent et qui ont déjà soit purgé la moitié de leur peine, soit sont proches de leur libération : leur mettre de nouvelles accusations sur le dos.

La semaine dernière, Abolfazl Abedini et Shahine Zeinali ont été convoqués au bloc 209 pour être interrogés sur leur déclaration condamnant une éventuelle guerre contre l’Iran et soutenant le peuple de Bahrain. Shahine Zeinali a été menacé d’exil et, quelques jours plus tard, il a été transféré d’Evine à Redjaï Shahr, où les conditions sont bien pires qu’à Evine.

Le blogger Hossein Ronaghi Maleki, qui est en mauvaise santé, a également été convoqué et interrogé sur la lettre ouverte adressée à Seyyed Mohammad Khatami sur l’avocate emprisonnée Nasrine Sotoudeh et les interviews de son père dans la presse.

La semaine dernière, le Docteur Ali Rashidi et Hamid Reza Khadem, membres du Front National ont également été convoqués au bloc 209 pour interrogatoire.

Le journaliste Bahman Ahmadi Amouï a également été convoqué et interrogé la semaine dernière à propos de la déclaration dite « Déclaration des 39 prisonniers » demandant la libération des dirigeants du Mouvement Vert : Moussavi, Karroubi et Rahnavard.

Soma Nourani, Aref Darvishi et Mehdi Khodaï, militants des droits humains ont aussi été interrogés sur une déclaration qu’ils ont signée en soutien à Nasrine Sotoudeh et d’une autre posant quelques questions à Khatami.

Abolfazl Ghadyani membre du comité central de l’Organisation des Moudjahiddines de la Révolution Islamique a été convoqué quelques jours avant sa libération à la fin de sa peine, sous une nouvelle accusation de « propagande contre le régime » à cause d’une lettre adressée à l’ayatollah Khamenei, ce qui empêche la libération de ce prisonnier politique âgé et en mauvaise santé.

De la même façon, Mohsen Mirdamadi président du Front de la Participation et Fayzollah Arabsorkhi, membre du comité central de l’Organisation des Moudjahiddines de la Révolution Islamique, ont déjà été convoqués au bloc 2-A d’Evine (sous la responsabilité des gardes révolutionnaires) pour y être interrogés sous la pression à propos de la « Déclaration des 39 prisonniers ».

Source : http://persianbanoo.wordpress.com/2012/02/12/12-evin-ward-350-political-prisoners-were-summoned-and-once-again-interrogated-2/ / 

samedi 2 juillet 2011

Confessions d’une épouse de prisonnier politique: Fakhri Mohtashamipour


17 juin 2011

Je suis prête! Que le procès commence !

Qu’il se tienne en place publique; que les hérauts annoncent que Majnoun [l’amoureux fou] a hélas avoué son crime !

Oui, je veux pour en finir, crier haut et fort ce que j’ai avoué à plusieurs reprises à ceux qui m’interrogeaient dans les chambres de torture de l’isolement : « Je l’aime… Je l’aime…. Oui, je suis coupable d’amour… »

…Et quel grand crime que l’amour pur, pour le culte trompeur des idoles…

Oui, j’avoue que je suis coupable. Je suis coupable d’avoir donné mon cœur sans conditions à un homme au mois de février, alors que j’avais 17 ans, un homme dont la présence suscitera l’honnêteté et la foi dans les générations futures.

Je suis coupable d’avoir choisi un homme honnête et épris de liberté ; je n’ai jamais compris la raison de tant de haine et d’injustice à son encontre, lui qui symbolise la persévérance et la patience.

Je suis coupable ! Vous m’entendez ? Je suis coupable, dis-je aux habitants de cette ville, qui s’arrêtent quelques instants sur cette place animée pour regarder le « procès de l’amour », pour que vous accompagniez ceux qui jettent des pierres sur un torse, le torse d’une femme qui, jusqu’à hier, était le cœur d’une famille qui avait deux mères, la sienne propre et sa belle-mère. Elle traîne maintenant son corps épuisé à midi jusqu’à une maison privée de lumière pour offrir son amour maternel à une fille couchée sur cette terre honorable. Maintenant, ces trois mères regardent ce procès historique et les futures mères tireront les leçons des souffrances d’une mère, de la persécution d’une épouse et de l’injustice faite à une enfant.

Que chacun sache que je suis coupable. Dites-le à ceux qui nous succèderont dans ce tribunal de l’amour, ils jugent une femme dont le cœur mélancolique ne connaissait que la fidélité et ne pouvait supporter le fardeau de la séparation. Peut-être demain, de jeunes enfants inscriront leurs noms sur des cerfs-volants planant dans le ciel et ne cherchant plus les créatures célestes. Les noms de ceux qui sourient du haut du ciel à ceux restés sur terre, les noms de ceux qui viennent vers nous chaque nuit éclairée de lune, ouvrant leurs bras aimants à nous sur terre, nous saluant généreusement, les noms de ceux…

Que le procès commence ! Emmenez-moi dans mon costume de pèlerinage à la Mecque ; emmenez-moi dans mon voile blanc à fleurs pourpres et mes pantoufles en plastique blanc ; emmenez-moi dans la belle tenue de prisonnière qu’il a approuvé lorsqu’il m’a vue pour la dernière fois quitter la prison.

Que le procès commence ! Madjnoun est hélas prêt à avouer… et quel spectacle que l’amour traîné en justice…

Source: Fakhri Mohtashamipour's Blog http://mohtashamipour2.persianblog.ir/post/33/

dimanche 15 mai 2011

La solitude d’un journaliste - Fereshteh Ghazi - 11 mai 2011

Devant, un trou, derrière un juge, un homme qui devrait maintenir la justice. Devant, de petites pierres qui viseront le corps, mais derrière, pas de pierres, juste un juge qui devrait être le gardien de la justice ; en fait il vise l’âme, il veut lapider l’âme.

Il saute dans le trou, mais quelqu’un crie : « Attendez, attendez ! Le maître  dit de lui donner une autre semaine, elle parlera peut-être et la lapidation ne sera pas nécessaire… »

Le journaliste revient du lieu de lapidation qui ressemble à tous les lieux d’exécution. Il revient et ce sera son âme et plus son corps, qui sera lapidée.

Pas d’adultère, pas de sodomie ni rien d’autre pour autoriser le juge à le condamner à la lapidation. Mais son âme, son esprit ont commis un crime impardonnable : il est penseur, écrivain, ses armes : un stylo et du papier ; son crime, c’est son intellect et sa profession.

Le journaliste revient ; c’est de nouveau lui et le juge. Il doit s’asseoir face à la camera, une fois de plus, pour prendre part à ce honteux théâtre de la vie, portant le poids des aveux écrits par le juge.

A chaque mot prononcé, c’est un morceau de son âme qu’on lui arrache, c’est le corps lapidant l’âme. Le 2 Khordad [jour où Mohammad Khatami a été élu président en 1997], quand il parcourait les rues de Téhéran en pleurant de bonheur, le bonheur de voir qu’une fois de plus sa patrie s’était soulevée, le 2 Khordad, c’était hier…

En fait, le 2 Khordad, c’était il y a 14 ans.  Et de nouveau, devant, un trou de 6 étages et derrière, un juge, un juge qui a lapidé l’âme du journaliste tout au long de dix années, en arrachant à chaque fois un petit bout. Pendant tout ce temps, le journaliste est resté en vie dans l’espoir de peut-être un jour revoir ses enfants.

Maintenant le journaliste continue son voyage. Il est fatigué de la captivité, et, cette fois, il court vers le trou et lui donne son corps pour échapper à la lente lapidation de son âme….

L’histoire de Siamak Pourzand, c’est l’histoire de la solitude des journalistes iraniens, des journalistes qui expriment la douleur de leur peuple et qui n’ont personne pour exprimer la leur propre. Il est parti, il a libéré son âme ; mais son départ ne se contente pas de révéler la cruauté du gouvernement, c’est une larme amère sur mon sort et le nôtre. Moi, nous, nous occupons à raconter des histories sur sa grandeur, sur ce qu’il a réussi, maintenant qu’il n’est plus parmi nous ; mais lorsqu’il était captif, nous avions oublié le vieil homme et les larmes de son épouse et de ses filles.

Voilà la triste histoire de tous les journalistes iraniens ; l’histoire de Jila Bani Yaghoub, interdite de journalisme pendant 30 ans, d'Ahmad Zeidabadi interdit à vie ; l’emprisonnement de Bahman Ahmadi-Amoui, d'Issa Saharkhiz, de Massoud Bastani, d'Ahmad Zeidabadi de nouveau, et de tous les autres journalistes dont les seuls crimes sont de penser et d’écrire et la seule arme un stylo.

Mais l’histoire de ce juge est différente. Siamak Pourzand a été sa victime la plus importante , mais pas la seule. Le juge Djaffar Saberi Zafarghandi a présidé mon procès et les procès de nombreux autres journalistes et bloggeurs.

Le juge n’a qu’une arme, mais il sait combien cette arme, la peur de la lapidation, intimide et effraie le corps et l’âme. Ma robe de mariée pendue dans un coin de la pièce, le juge hurlait qu’il me condamnerait à être lapidée.

J’ai fait la grève de la faim. En grève de la faim on me permettrait peut-être de téléphoner à ma mère, même pendant une seconde.  On me dit que le juge arrive. Dans mon monde naïf, je suis heureuse de pouvoir enfin lui parler de mes droits qui ont été violés. Ses hurlements se sont déversés sur ma tête comme une poubelle : « Grève de la faim ? Alors tu es professionnelle ! On va te montrer ce qu’on fait des professionnels… Je vais faire venir quatre témoins et signer moi-même l’ordre de te lapider… »

De nouveau, Djaffar Saberi Zafarghandi et devant lui, un journaliste, de nouveau.

Lors des préparatifs de mon mariage, j’ai été convoquée au bureau du juge où j’ai été arrêtée. J’ai passé le jour de mon mariage en prison, dans le même centre de détention secret de la rue Ketabi où Siamak Pourzand était passé quelques jours avant moi. Ce sont les mêmes personnes qui mènent les interrogatoires ; ils ont été renvoyés du ministère du renseignement par le gouvernement réformateur après le scandale des meurtres en chaîne ; ils interrogeaient les journalistes, les intellectuels et les prisonniers politiques sous la direction du juge Saberi Zafarghandi et du procureur général de Téhéran de l’époque, le juge Mortazavi. L’organisation secrète du renseignement opère en parallèle du ministère du renseignement. Pourquoi la police n’aurait-elle pas sa propre organisation parallèle de renseignement alors que les gardes révolutionnaires et le bureau du guide suprême ont les leurs ?

Combien d’histoires sont enterrées dans ce centre de détention, mon histoire, celle de Saberi Zafarghandi, la mienne, la nôtre et celles de ces autres, qui y ont laissé des morceaux de leurs cœurs et de leurs âmes….

Source: http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2011/may/11/article/a-journalists-solitude.html

lundi 4 avril 2011

Lettres d’amour d’Evine – Marco Curatolo


Ils ont été arrêtés au milieu de la nuit du 20 juin 2009. Six hommes sont venus chez eux : des agents du renseignement en civil. Aucun d’eux n’a montré de carte. Trois d’entre eux sont restés dehors, trois sont entrés dans l’appartement et l’ont mis à sac de fond en comble pendant deux heures. Bahman et son épouse, Jila, ont été interrogés et questionnés sur leurs activités professionnelles et leurs opinions politiques. Des CDs, des livres, des écrits et même des albums de famille ont été confisqués. On leur a alors présenté un mandat d’arrêt signé du précédent procureur de Téhéran, Saïd Mortazavi, dont la réputation lui a valu le surnom de « boucher de la presse ».

On a mis Bahman et Jila dans deux voitures ; on les a emmenés à Evine et enfermés au bloc 209. Lui, Bahman Ahmadi Amoui, est en prison depuis ce jour, tandis que Jila Baniyaghoub a été relâchée sous caution après 60 jours de détention, le 19 août.

Depuis ce jour, le but de cette petite femme tenace a été de ramener son Bahman et ses autres amis emprisonnés à la maison. Mais la bataille n’est pas juste, l’adversaire étant un monstre qui ne connaît aucune loi. Et à ce jour, le monstre a gagné : Bahman a été jugé le 11 décembre 2009 par la 26ème chambre du tribunal révolutionnaire. Le verdict est sévère : 7 ans et 4 mois de prison et 34 coups de fouet.

Jila et Bahman sont tous deux journalistes. Elle, rédactrice en chef du site Web Kanoun-é-Zanan-é Iran (Centre des femmes d’Iran), a longtemps été à l’avant-garde de l’émancipation des femmes, un terrain miné en république islamique. Elle avait déjà été emprisonnée en 2006 puis en 2007 et avait alors été mise à l’isolement, interrogée dans le noir et obligée à boire de l’eau polluée. Jila est l’une des fondatrices de la campagne Un Million de Signatures pour l’Egalité, qui a pour but de changer les lois sexuellement discriminatoires en Iran. En 2009, la International Women Media Foundation lui a décerné le prix du courage journalistique (dans le livre d’or, le nom d’ Anna Politkovskaya figure également). Mais en octobre, lors des remises de prix à New York, Washington et Los Angeles, Jila n’était pas présente. Même si elle y avait été autorisée, comment aurait-elle pu laisser son Bahman en prison ?

Bahman lui était un journaliste économique qui a travaillé pour plusieurs journaux reformists comme Sarmayeh (femé par la censure il y a quelques mois). Il vient de la tribu Bakhtiari. Son peuple vivait de l’élevage, transhumant entre les flancs des monts Zagros et la province du Khouzestan ; il a étudié les sciences économiques à l’université de Babolsar sur les bords de la mer Caspienne. C’est là qu’il a commencé sa carrière.

Pourtant, il a fait une grosse erreur. Dans ses articles, il a souvent critiqué la politique économique de l’administration Ahmadinedjad. Il a ciblé le niveau élevé de corruption du pays. Il a même avancé que le lourd déficit et l’inflation galopante étaient dus à la décision du gouvernement de contrôler chaque aspect de la vie économique. De plus, lui et Jila ont soutenu la candidature de Mir Hossein Moussavi lors des élections présidentielles de juin 2009. C’est était assez pour Mortazavi : Bahman aurait droit à un traitement d’exception.

Au bloc 209 d’Evine, Bahman Ahmadi Amouï a été mis à l’isolement pendant plus de deux mois et a rarement eu droit à des visites de membres de sa famille (une seule visite lors de ses premiers 65 jours de détentions). On a menti à son avocate, Farideh Gheyrat ; on lui a dit que le dossier de Bahman avait disparu, l’empêchant ainsi de connaître les chefs d’accusation à son encontre, ou encore quel département du tribunal contacter pour obtenir une libération sous caution. Puis, en novembre, Bahman a été puni pour avoir osé se plaindre des conditions sanitares d’Evine ; on l’a donc puni en l’isolant de nouveau au bloc 350 cette fois.

Et Jila ?
Jila a  continué de se battre à l’extérieur de la prison d’Evine. Elle a donné des interviews, fait des sit-in devant le tribunal, envoyé des appels et écrit des lettres d’amour à son Bahman.

Le 1er septembre elle écrit : « Mon chéri, je suis venue à la prison d’Evine hier. J’avais la prémonition qu’on ne me laisserait pas te voir. Je suis quand même venue car je me sens mieux dans l’enceinte d’Evine, plus près de toi et de mes autres chers amis emprisonnés. Je suis venue à Evine non seulement le lundi, jour de visite, mais aussi les autres jours pour me sentir plus proche de toi et de mes autres amis encore emprisonnés. »
Le 8 novembre : « Aujourd’hui, au bout de dix ans de vie commune, je te connais mieux qu’avant et je suis plus que jamais fière de toi. Je suis fière de toi car à chacune de nos rencontres, tu ne poses pas de questions sur ton dossier. Tu ne me demandes jamais quand tu seras libéré et à chaque fois que je veux t’en parler, tu changes de sujet. »
Le 18 novembre, jour de leur anniversaire de mariage : « Aujourd’hui, cela fait exactement 11 ans que je vis avec toi. Nous avons commencé notre vie commune un jour comme aujourd’hui. Ce jour-là, nous avons eu une petite cérémonie toute simple pour fêter ce début. Et tu étais comme tu avais toujours été. Tu ne t’étais pas endimanché. Tu portais le même jean et la même chemise que nous aimions. Ce n’est que lorsque nos amis ont insisté pour prendre quelques photos de nous que tu as passé une veste. »
A la fin : « Te souviens-tu que nous citions toujours ce proverbe asiatique « transformons la douleur en force » ? Je te promets de transformer toutes les douleurs auxquelles je serai affrontée en force. J’espère que toi, de ton côté, tu n’as pas oublié ce mot d’ordre et que la douleur et les punitions de la prison, tu les transformes en force. Je suis sûre que tu peux le faire. »
Source : http://zhila.org/spip.php?article341