Affichage des articles dont le libellé est Ahmad Shahid. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ahmad Shahid. Afficher tous les articles

lundi 26 janvier 2015

Lettre de Behnam Ebrahimzadeh

A tous les êtres épris de liberté

Je m’oppose à la nouvelle peine d’emprisonnement qui m’a été notifiée.

Je m’appelle Behnam Ebrahimzadeh et je vous écris de la prison de Radjaï-Shahr. Tout d’abord, je voudrais tous vous remercier pour votre soutien, mes chers amis d’Iran ou d’ailleurs, de par le vaste monde, j’y ai été très sensible. J’ai mis fin à ma grève de la faim à la demande de mon fils Nima, à celle de ma famille, des autres prisonniers, de mes camarades de travail, et de vous tous, si nombreux, qui m’avez soutenu de tout votre cœur. Mais je maintiens mes revendications ; la plus pressante est mon retour à la section 12, celle des prisonniers politiques à Radjaï-Shahr. Et comme j’ai fait une grève de la faim, mon état de santé est grave. Je suis sûr que vous savez que mon fils, Nima Ebrahimzadeh, lutte contre le cancer. Son état a empiré et il a été transféré à l’hôpital Hafte-Tir. Je veux le rejoindre immédiatement.

J’ai été condamné à cinq ans de prison ; j’en ai déjà purgé quatre. Mais j’ai été rejugé. Le tribunal n’a même pas autorisé mon avocate, Manijeh Mohammadi, à participer à mon procès. J’ai été jugé par les 26ème et 15ème chambres, présidées par le juge Salavati ; le verdict a été énoncé le 29 décembre. Les chefs d’accusation étaient rassemblements et collusion contre la sécurité nationale, relations avec l’OMPI, propagande contre le régime, relations avec Ahmad Shahid et possession d’antenne satellite. Je n’accepte pas le verdict et j’ai nié les relations avec l’OMPI. Je n’ai jamais eu de relations avec cette organisation. C’est une accusation forgée de toutes pièces.

Je ne suis pas un bandit, je n’ai commis aucun crime. Je suis un syndicaliste qui défend les droits des travailleurs, les droits des enfants et les droits humains. Voilà de quoi on m’accuse et j’ai été condamné à plus de neuf ans et quatre mois de prison pour ça. Cette nouvelle peine a touché mon fils malade Nima ; il a souffert d’un stress émotionnel et psychologique. Mon épouse et ma famille subissent des pressions énormes. J’insiste de nouveau et je veux que le monde entier entende ma voix : je m’oppose à ce verdict. Je réfute l’accusation de relations avec l’OMPI et je persiste dans mes demandes antérieures, et si je suis coupable, c’est de défendre l’humanité ; je suis, de toute façon, toujours un être humain qui défend les droits humains. Je voudrais demander à toutes les organisations de par le monde et à tous ceux qui entendront ma voix de me soutenir, moi et mes demandes.

Behnam Ebrahimzadeh

Source : https://hra-news.org/en/articles/behnam-ebrahimzadehs-letter-new-imprisonment-sentence

mercredi 27 mars 2013

Rapport de Shirin Ebadi sur la situation des droits humains en Iran durant le mois iranien d’Esfand 1391 (du 21 février au 20 mars 2013)


Introduction :
Durant le mois d’Esfand 1391, Monsieur Ahmad Shaheed, Rapporteur Spécial de l’ONU sur la situation des droits humains en Iran, a présenté son rapport lors de la session du conseil des droits humains de l’ONU le 11 mars. Dans ce rapport, il exprime son inquiétude sur les violations systématique des droits humains en Iran. Pour sa part, Monsieur Mohammad-Djavad Laridjani, représentant du gouvernement iranien à la réunion, a rejeté ce rapport et accusé Monsieur Shaheed d’avoir rédigé son rapport en compilant les informations reçues de l’aide financière de l’administration américaine avec l’aide de groupes terroristes
L’attitude non diplomatique et carrément impolie de l’envoyé du gouvernement iranien a suscité la réaction du président de la session du conseil des droits humains de l’ONU qui est allé jusqu’à donner un avertissement à l’envoyé pour usage d’une terminologie insultante.
Une partie du rapport soumis par Monsieur Shaheed traite des conditions adverses des minorités ethniques et religieuses en Iran. Vous verrez ci-dessous dans le rapport de ce mois que la plupart des arrestations et des peines de mort concernent ces minorités.
Monsieur Laridjani a parlé de relativisme culturel pour rejeter le rapport de Monsieur Shaheed sur la discrimination des femmes en Iran et a traité ce rapport de partial et cela alors qu’en plus des lois discriminatoires contre les femmes adoptées par la république islamique d’Iran, les Iraniennes n’ont même pas le droit de célébrer la « Journée de la Femme » le 8 mars. De temps en temps, plusieurs féministes sont arrêtées et emprisonnées explicitement pour cette raison ; en ce moment, plus de 20 personnes sont emprisonnées pour avoir protesté contre la discrimination des sexes. De plus, de nouvelles restrictions ont été introduites dans l’enseignement supérieur basées sur des « quotas liés au sexe ».
De plus, l’envoyé iranien a annoncé que les élections avaient toujours été libres en Iran, et ce basant sur cette affirmation, il a déclaré que le rapport de Monsieur Shaheed était défectueux et peu crédible, et ce, malgré le fait qu’en plus de la loi contraignante de supervision qui sape sérieusement la liberté du processus électoral, deux des candidats de l’élection présidentielle précédente sont emprisonnés depuis plus de deux ans maintenant, sans procès et sans mise en accusation formelle. A ce jour, aucune organisation étatique n’a accepté la responsabilité de leur arrestation.
Monsieur Laridjani a également accuse le rapporteur spécial de l’ONU de promouvoir l’homosexualité, alors que selon le code pénal islamique, la sodomie est un crime et peut être puni de la peine de mort. Il est arrivé que le tribunal ordonne que l’accusé soit placé dans un sac jeté du sommet d’une colline pour s’assurer qu’il meurt avec le maximum de douleur et de souffrances.
Il est intéressant de noter que quelques institutions civiles participaient aux réunions collatérales de la session du Conseil des Droits Humains de l’ONU. Ces institutions ont été établies par le ministère du renseignement de la république d’Iran et sont financées par le gouvernement iranien. Cependant, les représentants de ces institutions qui prétendent être indépendantes de l’état iranien, ont tenté d’assister à plusieurs réunions pour les perturber en exprimant leur soutien à la politique du gouvernement de la république islamique d’Iran et en s’engageant dans des discussions avec les orateurs et les participants. De temps en temps, prenant des postures et des intonations dramatiques, ils prétendaient que l’un des groupes opposants au régime iranien avait causé la mort d’un de leurs proches. Ils étaient mécontents de Monsieur Shaheed qui, selon eux, n’avait pas mentionné ces faits. Il est nécessaire de préciser, sans préjuger de la véracité des affirmations de ces individus, qu’enquêter sur les activités des groupes d’opposition dans le passé ne fait pas partie du mandat et de l’autorité du rapporteur spécial de l’ONU.
Il vaudrait mieux, plutôt que de recourir à l’insulte et à la calomnie contre le rapporteur spécial de l’ONU, que le gouvernement de la république d’Iran permette au rapporteur de se rendre en Iran, et de fournir à l’envoyé des Nations-Unies l’aide judiciaire nécessaire et la coopération pour lui permettre de produire son rapport.
Suite à ce qui précède, voici un résumé de la situation des droits humains en Iran durant le mois d’Esfand 1391. Ce rapport est basé sur ce qui est paru dans différents médias et sites Web dont la fiabilité a été vérifiée. Ce rapport comporte trois parties et est également disponible en Persan et en Anglais.

I-Droits civiques, culturels et politiques
A-Situation des militants dissidents politiques et sociaux
1-Durant ce mois, il y a eu 21 personnes arrêtées ; certaines ont été libérées au bout de quelques jours. 
  • De 10 à 12 habitants d’Ahvaz dont Reza Bavi, Mansour et Salem Baradje’eh, Abbas, Ahmad et Amir Badavi, Mohammad Mazra’eh, Nasser Assadi, Ahmad Heydari, Djasseb Afravi, Vali Mass’oudi Khalil Khosrdji
  • Un clerc opposant au régime Ahmad Ghobantchi
  • Le député de Hamadān lors de la sixième législature Hossein Loghmanian, qui est également le responsable local du Front de la Participation de l’Iran Islamique
  • Quatre militants politiques d’Hamadān : Mohammad Reza Afkhami, Hadi Ehtezazi, Madame Rahimi et Amin Faridian
  • Eshrat Bastidjani une des supporters des Mères du Parc Laleh, philanthrope et aimante ainsi que sa fille Mahsa Rezaï
  • Mehdi Motamedi-Mehr et Mohammad-Bagher Alavi, membres du Mouvement de la Liberté
2-Mohammad Mozaffari a été transféré à la prison d’Evine pour y purger sa peine de six ans, trois mois et un jour.

3- Hassan Behzadian-Nejad a été condamné à une amende de 30 millions de rials au lieu de la prison ainsi qu’à dix coups de fouet.
  • Mir-Taher Moussavi maître de conférences à l’université et ancien membre du parlement islamique, a été condamné à cinq ans de prison au Balouchistan ainsi qu’à 10 ans d’exil.
  • Mohammad Seyfzadeh, avocat et membre du Haut Conseil de Supervision du Centre de Défense des Droits Humains, emprisonné depuis maintenant presque deux ans, a été condamné à six ans de prison pour avoir écrit une lettre à Seyed Mohammad Khatami.
  • Hessamoddin Ghorbani, militant étudiant, a été condamné à 20 coups de fouet et à une amende de 3.500.000 rials
  • Mostafa Fegh, habitant de Mahābād, a été condamné à quatre ans de prison.

4-Mohammad Parsi, Mohsen Ghashghaï, Ahmad Reza Ahmadi, Akbar Amini et Pejman Zafarmand ont été cités à comparaître devant le tribunal de la révolution islamique.
  • Mamousta Abdol-Salam Golnavaz, imam du vendredi sunnite a été cité à comparaître devant le tribunal spécial du clergé de Tabriz.
  • Mostafa Tadjzadeh, membre du Front de la Participation Islamique d’Iran qui purge actuellement une peine de prison, a été cité à comparaître devant les magistrats du tribunal d’Evine pour un nouveau chef d’accusation porté à son encontre.

5-La situation de certains prisonniers de conscience serait encore insatisfaisante. On peut par exemple citer les pressions intenses et illégales dont Mehdi Khodaï, interné au bloc 350 de la prison d’Evine a été l’objet pour le transférer au dispensaire, transfert bloqué par le procureur général de Téhéran.

6- Mehdi Khazali, prisonnier politique, est toujours en grève de la faim; il est gravement malade et a besoin d’un traitement médical.
  • Mir-Taher Moussavi, maître de conférences à l’université purgeant actuellement une peine de prison, a commencé une grève de ses médicaments pour protester contre la conduite et l’attitude des agents de sécurité.
  • Un groupe d’habitants d’Ahvaz Hashem Sha’bani-Nejad, Hadi Rashedi, Mohammad-Ali Amouri-Nejad, et Djaber et Mokhtar Alboushoukeh qui ont tous été condamnés à mort ainsi que Rahman Asakereh, condamné à 20 ans de prison, ont tous commencé une grève de la faim pour protester contre leur situation.

7-Zia Nabavi, qui purge actuellement une peine de prison a été transféré à l’isolement dans la prison du renseignement de la province d’Ahvaz.

8-Le bail de 200 millions de rial de Massoud Nour-Mohammadi, l’un des inculpés dans les évènements postélectoraux de 2009, a été confisqué après son départ pour l’étranger.

B) Situation des livres, des médias, des écrivains et des journalistes
1-En plus des militants dissidents politiques cités dans la partie A de ce rapport, neuf autres écrivains, journalistes et militants culturels ont également été arrêtés, certains d’entre eux étant libérés après quelques jours de détention : 
  • Six journalistes de la presse écrite : Mohammad-Djavad Rouh, Ehsan Mazandarani, Massoud Kordpour, Khosrô Kordpour, Alireza Aghaï-Rad, et Ghassem Ahmadi
  • Deux écrivains et militants culturels Keyhan Azizi et Davoud Ghaffari
  • Mohammad-Mehdi Emami-Nasseri, rédacteur en chef du journal Maghreb.
  • Le journaliste Abbas Darvish Tavangar a été interrogé et Mohammad Nourizad, écrivain et cinéaste documentariste a été cité à comparaître.

3-Le conseil de supervision de la presse a révoqué l’autorisation de publication du quotidien Maghreb.

4-Un concert nocturne et le « Festival des Sports et des Loisirs » ont été interdits à Boushehr.
  • Fatemeh Mo’tamed Arya, actrice de cinéma n’a pas été autorisée à assister à une réunion de cinéastes locaux à Boushehr.

5-Les passeports de Kambouzia Partovi et Maryam Moghaddam, cinéastes iraniens, ont été confisqués à leur arrivée en Iran en provenance du Festival du Film de Berlin. Ils sont maintenant interdits de sortie du territoire.

C) Autres exemples de violations des droits humains
1-Il y a eu 14 exécutions en Iran pendant le mois d’Esfand. Le superviseur du tribunal du district de Torkmantchaï a annoncé deux exécutions pour meurtre dans cette ville.
  • Le procureur de Sari a annoncé une exécution pour possession et trafic de drogue
  • L.J, N.Sh, A.N, H.A, P.M, H.A, A.M. et A.T ont été exécutés à Shiraz. R.Kh a subi le même sort à Semnān. Les médias affiliés au gouvernement iranien rapportent que ces individus avaient été condamnés pour viol.

2- Mohammad Zamiran et Ehsan Shari’ati ont été interdits d’enseigner à l’unité de recherché scientifique de l’université Azad du district de Hessarak.
Seyed Djavid Ale Davoud, président de la société protectrice des animaux a été condamné à 3 mois de mise à pied pour une communication scientifique qu’il avait rédigée et aussi pour des interviews données à des médias nationaux et internationaux.

3-Payam Shakiba a été interdit de poursuivre ses études en master. 
  • Seyed Ahmad Hosseini a été expulsé de l’université.

4-Beaucoup de médecins liés à l’opposition ont été disqualifiés lors des sixièmes élections du bureau de l’Ordre des Médecins.

5-Les agents de sécurité de l’université Azad de Shahr-é-Kord ont confisqué les meubles et l’équipement du bureau de l’association islamique des étudiants de cette université et ont pris possession de leur bureau.

6-L’interdiction des VPNs et la réduction de la vitesse d’Internet pour imposer les restrictions à l’accès à Internet ont été particulièrement patents le mois dernier.

7-Les autorités iraniennes ont interdit la tenue de tout rassemblement ou de toute commémoration de la Journée de la Femme le 8 mars

II-Les droits sociaux et économiques
1-La situation économique du pays est toujours défavorable. Les rapports officiels indiquent que le coût de la vie est en moyenne six fois plus élevé que le salaire minimum des ouvriers. Ce qui veut dire que durant le mois de Bahman (21 janvier au 21 février 2013) le coût minimum de la vie pour une famille de quatre personnes dépassait les 25 millions de rials. Et le président de la commission de santé et d’hygiène a dit que le ministère de la santé doit faire face à un déficit budgétaire sans précédent d’environ 45.000 milliards de rials.

2-En ce qui concerne les ouvriers :
  • Environ 2.300 ouvriers de l’usine Saveh Rolling and Profile et de l’usine Safa Rolling and Pipeline n’ont pas été payés depuis trois mois. 
  • L’arriéré de salaires d’environ 1.500 ouvriers de la Compagnie Iranienne des Industries de Marine (SADRA) s’élève à quatre mois.
  • Un groupe d’ouvriers de l’usine de traitement et de raffinage de sucre d’Ahvaz n’ont reçu aucun salaire depuis environ 26 mois.

3-Une source émanant de la direction a relaté qu’un mineur s’est immolé par le feu dans la province d’Ispahan.
  • Le quotidien Khorāsān a également rapporté qu’une jeune sans-abri d’environ 35 ans est morte de froid alors qu’elle dormait sur des cartons dans le parc Alou de la ville de Machhad.

4- Ali Azadi, Vafa Ghaderi, Khaled Hosseini, Behzad Faradjollahi et Hamed Mahmoud-Nejad, militants et membres du comité de coordination pour l’assistance à la formations de syndicats ouvriers, ainsi que Sharif Sa’ed-Panah membre de la direction du syndicat libre des travailleurs d’Iran ont été arrêtés.

5-Les autorités judicaires n’ont pas permis l’hospitalisation du militant du droit du travail Mohammad Djarahi pour recevoir un traitement approprié et un diagnostic définitif après que l’on ait découvert qu’il souffrait d’un cancer.

6-La direction de l’école Fatemeh Zahra de Marivan ont exigé la somme d’un million de rials à chacune des élèves mais certaines enfants ne pouvaient pas payer à cause de la pauvreté des familles, elles ne peuvent plus continuer leurs études dans cette école.

7-Le ministre de l’éducation a annoncé qu’environ 25.000 enseignants et de personnels de l’éducation retraités n’ont pas reçu leurs primes de fin d’activité.

III-Patrimoine et Environnement
Ces rapports aussi montrent que durant le mois d’Esfand ces secteurs sont dans une situation défavorable.
1-Les statistiques montrent que la déforestation a atteint des sommets : de 3,9 millions à 1,8 millions d’hectares en quelques années.

2-Le sol iranien est vendu sous le nom d’exportation non-pétrolière.

Conclusion
Je voudrais attirer l’attention du gouvernement de la république islamique d’Iran sur leur coopération indispensable avec le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits humains en Iran ; il faut qu’il lui permette de se rendre en Iran. Si cette permission est accordée la sûreté et la sécurité du rapporteur spécial. Les autorités devraient également nommer un autre représentant pour assister au conseil des droits humains de l’ONU, quelqu’un de plus poli et qui connaissent les lois et les conventions internationales, plus particulièrement en ce qui concerne les droits humains.

Shirin Ebadi
Avocate des droits humains et lauréate du prix Nobel de la Paix 2003
21 mars 2013

Note : Pour plus d’informations sur le rapport ci-dessus, se référer aux sites Web d’information suivants :
Agence de Presse des Etudiants Iraniens (ISNA), 
Agence de Presse de la République Islamique (IRNA), 
Agence de Presse du Travail en Iran (ILNA), 
Agence de Presse Fars, 
Agence de Presse Mehr, 
Agence de Presse du Club des Jeunes Journalistes, 
Site Web, 
JARAS, 
Comité des Reporters des Droits Humains, 
Nedaye Azadi, 
Bata, 
HRANA, 
Ghanoun, 
Kaleme, 
Mohebbat News, 
Sunni Online, 
Campagne Internationale pour les Droits Humains en Iran, 
Majzooban-e Noor, 
Melli Mazhabi, 
Nedaye Sabze Azadi, 
Radio Zamaneh, 
Radio Farda 
BBC.

Source : http://www.humanrights-ir.org/php/view_en.php?objnr=880

dimanche 18 septembre 2011

Lettre de Shabnam Madadzadeh à Ahmad Shahid, Rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Iran


Au nom de Dieu,

Pour la première fois, j’adresse cette lettre en tant qu’une jeune étudiante emprisonnée à Monsieur Ahmad Shahid, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme en Iran.

Shabnam Madadzadeh

Monsieur Ahmad Shahid,

On évoque votre prochain voyage en Iran. Un pays de l'Orient, dans une région dénommée le Moyen-Orient. Une région vers laquelle tous les regards se sont tournés depuis ces dernières années et qui à tout moment s’attend à un nouvel évènement. Mais mon propos ne concerne ni le Moyen-Orient, ni les regards qui s’y sont tournés. Je vous écris au sujet d’un pays de l’Asie du Sud-Ouest et qui s’apparente à un chat sur la carte du monde. Un pays dont vous avez la responsabilité d’évaluer sa situation des droits de l’homme dans le cadre de la récente résolution des Nations Unies. Oui, je m’adresse à vous depuis l’Iran, depuis son cœur qui est la prison d’Evin. Aujourd’hui, il est en effet question dans les journaux et les informations de votre voyage et de votre mission pour la préparation de votre rapport.

Je me demande pour quelle raison, dans un pays où son dirigeant, Monsieur Ahmadinejad, a affirmé à maintes reprises lors des conférences de presse qu’en Iran "il y a la liberté absolue", que l’Iran "est le pays le plus démocratique de la région", quels secrets devraient exister pour justifier que l’on s’oppose aussi vigoureusement à la visite du Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme?! Dans un pays tellement libre (!) que la réponse à toute critique et toute contestation n’est qu’intimidation et menace, où la défense de toute opinion, religion ou croyance différente de celle de ses dirigeants conduit à la détention et à la torture. Un pays en effet libre où l’on confronte des avocats qui ne font que défendre des prisonniers innocents dans des procès mascarades, menottés et condamnés à de lourdes peines de prison, à qui l’on retire le droit d’exercer leur métier. Un vrai "berceau de liberté" où l’intimidation et la peur sont mises en scène lors des exécutions, des corps pendus à des grues sur les places publiques. Il n’y a en effet rien à cacher dans ce pays libre.

Monsieur Ahmad Shahid, que vous soyez conscient ou pas de ces situations, elles constituent la réalité de notre vie. Nous sommes enfermés comme prisonniers de conscience dans un pays où ses dirigeants se disent tous les jours révoltés par l’injustice à l’égard des peuples d’autres pays, parfois très lointains, des dirigeants qui ne cessent de transmettre des messages de soutien à ces peuples, de critiquer les dictateurs d’autres pays tout en leur conseillant d’écouter la voix de leurs peuples. Car ce sont en effet ces peuples qui déterminent le cours de l’Histoire, qui critiquent la répression à l’encontre des étudiants et qui défendent la liberté d’expression et de parole. Dans ces conditions, je leur demande : "Alors moi, qui suis-je ?". Moi qui suis actuellement en prison pour mes croyances, pour mon opinion, ainsi que mes codétenues, des femmes toutes aussi innocentes, d’opinions très différentes, où sommes-nous précisément sur ce puzzle?!! "Pourquoi n’entendez-vous pas NOTRE voix ?!!"

Après beaucoup d’effort pour te faire entendre par tes dirigeants, tu arrives à cette conclusion que leur état d’esprit est « la mort est bien, mais pour le voisin ». C’est dans ces conditions que lorsqu’ils n’entendent pas ta voix, tu veux crier contre l’injustice à ton encontre et tes droits bafoués. Tu cries pour que l’on entende ta voix, même au-delà des frontières. Tu cries pour interpeller les consciences éveillées et les sensibiliser à tes douleurs et souffrances. Ces mots que je vous adresse aujourd’hui sont aussi un cri, sorti d’une montagne de douleur et de souffrance.

Je m’adresse à vous en tant qu’une fille iranienne de 24 ans, étudiante en informatique à l’Institut universitaire de formation des maîtres, en prison depuis le 1er Esfand 1387 (19 Février 2009), en compagnie de mon frère, pour le crime d’avoir réclamé la justice et la liberté, d’avoir défendu l’humanisme et la dignité de l’homme. Une fille qui a vécu l’expérience des prisons du Ministère des Renseignements, de la section 209 et de la section générale de la prison d’Evin, la prison de Rajai-Shahr et la prison de Gharchak à Varamine lors de ces deux ans et demi d’emprisonnement. Je m’adresse à vous en tant qu’une étudiante iranienne. 

Alors que les gens de mon âge dans d’autres pays sont normalement soutenus et guidés par leurs gouvernements sur le chemin de l’épanouissement et du progrès social et scientifique, je suis ici en train de me battre dans cette prison pour le strict minimum de droit humain, pour le droit de penser, le droit d’exprimer mes opinions et même le droit de respirer. Dans un pays vaste et riche, ma seule part des droits civiques est cette cage de prison où je suis contrôlée en permanence par des caméras de surveillance et de la haute technologie pour compter même mes respirations et où mon seul lien avec le monde extérieur est un entretien hebdomadaire de 20 minutes, depuis une cabine, derrière des vitres sales et avec un téléphone. Ma part est ce petit coin étroit d’une cage, sans la possibilité de sortir et de respirer de l’air frais. Lorsque les dirigeants de ce pays prétendent promouvoir les valeurs scientifiques et technologiques, on se demande pourquoi ils emprisonnent ces étudiants, sans considérer les centaines d’étudiants interdits de poursuivre leurs études [par mesure disciplinaire], pour la seule raison d'avoir exprimé leurs opinions. Le plus douloureux est le fait que ces comportements ne se résument pas aux étudiants, mais frappent bien toutes les couches de la société, docteurs, ingénieurs, avocats, ouvriers, professeurs, jeunes, vieux, hommes et femmes.        

Monsieur Ahmad Shahid, lorsque je feuillète le livre de déclaration universelle des Droits de l’Homme, j’ai le cœur plein de regrets et je ne me donnerai même pas la peine de vérifier leur application dans mon pays. Nous sommes en effet au stade où nous devons même nous battre pour prouver que nous sommes des êtres humains et nous rappeler que quelques soient nos croyances et nos opinions, nous devons en permanence subir de telles conditions et payer un tel prix juste pour être considérés comme des êtres humains. Je pourrai peut-être apporter des exemples pour démontrer que les principes exprimés dans chacun des articles de la déclaration universelle des Droits de l’Homme sont bafoués sans exception dans mon pays. Mon frère et moi étions interrogés dans la section 209 de la prison d’Evin, non pas pour notre propre opinion, mais celle des autres membres de notre famille! Dans cette même section 209, j’ai vu des femmes Bahaïs qui étaient arrêtées pour leur croyance. J’ai rencontré des journalistes qui étaient en prison pour avoir témoigné de la situation actuelle. J’ai vécu le procès injuste qui a condamné mon frère et moi à 5 ans de prison avec une peine d’éloignement dans une prison redoutable. J’ai vécu l’exil dans cette prison considérée comme l’une des pires de l’Iran. 

Oui Monsieur Shahid, notre histoire de souffrance est bien longue et je ne peux que vous en raconter qu’une petite partie. J’ai vécu en prison au milieu de droguées, d’assassins, de contrebandiers et de prostituées qui étaient toutes des victimes du pouvoir injuste et totalitaire de ce pays et ceci depuis l’âge de 21 ans. J’ai vécu les pires des conditions. Les conditions effroyables de détention dans la prison de Rajai-Shahr, où l’on disposait de deux simples lavabos et de deux douches pour 200 prisonnières, pour juste vous donner un aperçu de notre situation dramatique. J’ai vu tant de souffrances et de blessures profondes infligées à ce peuple meurtri. J’ai côtoyé ce peuple, j’ai partagé ses souffrances, j’ai pleuré sa solitude et son manque de protection. Ce serait vraiment bien que vous puissiez voir ces réalités de près, que vous voyiez vous-même que dans la prison de Gharchak, ce ne sont pas juste les droits élémentaires des prisonniers qui sont bafoués, mais aussi leurs droits humains. Il faut que vous voyiez par vous-même que ces pauvres femmes sans protection sont entassées dans un endroit qui est très loin des standards habituels d’une prison. Après avoir été exilée à la prison de Rajai-Shahr, transférée à la prison de Gharchak, je me trouve à nouveau actuellement à la prison d’Evin. Je passe mes journées noires de détention ici en compagnie de 32 codétenues innocentes, sans aucun moyen de communication, sous très haute surveillance et dans un endroit qui, de l’aveu même des responsables de cette prison, n’est même pas appelé une "section".

Monsieur Shahid, j’ignore ce qu’ils vont me faire après l’écriture de cette lettre. A Rajai-Shahr, pour avoir informé ma famille de ma situation critique, j’ai été interdite de visite et de téléphone pour une durée de 4 mois à partir du 14 Octobre 2010. Mon frère, Farzad Madadzadeh et trois de ses amis, Saleh Kohandel, Behrouz Javid-Tehrani et Pirouz Mansouri ont été transférés de Rajai-Shahr à la section 240 (sécurité) de la prison d’Evin depuis deux mois. Nous n’avons absolument aucune nouvelle d’eux. Nous avons vécu toutes ces expériences douloureuses au prix de notre jeunesse sacrifiée. A l’heure où vous êtes missionné de voir ces injustices de près, il est à espérer que vous consacrerez votre temps précieux à voir et à alerter le monde entier grâce à votre intelligence et votre conscience éveillée.

Monsieur Shahid, il y a tant de choses à dire, mais ceci a été un court aperçu de nos douleurs et souffrances sans fin. Votre mission a créé une lueur d’espoir dans nos cœurs de prisonniers et ceux du peuple meurtri d’Iran de voir votre rapport et votre témoignage auprès des nations signataires de la charte internationale des droits de l'homme améliorer la situation actuelle en Iran. Cette peur existe aussi de voir cette opportunité noyée, comme tant d’autres, dans des jeux politiques. Tous les regards sont à présent tournés vers vous. Ne laissez pas que cela se produise. 

Shabnam Madadzadeh
Prison d’Evin
Août 2011 (Shahrivar 1390)

Source (Persan): DaneshjooNews

Prison de Gharchak, lire aussi ici et ici et ici

lundi 18 juillet 2011

Lettre ouverte d'Issa Saharkhiz au rapporteur spécial de l'ONU pour les droits humains en Iran

Cher Monsieur Shahid,

Je vous salue.
Je m’appelle Issa Saharkhiz, et suis l’un des prisonniers politiques arrêtés après les pseudo-élections de 2009 ; j’ai purgé la moitié de ma peine de prison et, contrairement à la loi, je n’ai pas eu droit à un seul jour de permission pour suivre un traitement médical dont j’ai besoin..
Monsieur Ahmed Shahid,

La nouvelle de votre sélection en tant que rapporteur spécial pour les droits humains en Iran auprès de l’ONU m’a mis du baume au cœur, et non seulement à moi mais à beaucoup d’autres prisonniers politiques car nous espérons que vous serez notre porte-parole pour informer sur la situation déplorable dans les prisons de la république islamique. 

Monsieur Ahmed Shahid,

Ce qui se passe actuellement dans les prisons de la république islamique constitue un crime contre l’humanité au même titre que les traitements inhumains des prisonniers dans les camps de travaux forcés de Sibérie par Staline. 

Ces traitements ne se limitent pas uniquement aux prisonniers politiques ; la situation des prisonniers de droit commun n’est pas moins désastreuse.

Vous avez certainement entendu parler de la mort horrible de Hoda Saber ; il était en grève de la faim quand il a été battu par le personnel de la prison, il en est mort. Avant cela, vous avez du entendre parler de la mort de Mohsen Dokmetchi.

Vous devez être quelque peu au courant de ma situation médicale et devez savoir qu’on ne m’autorise même pas à être hospitalisé pour suivre un traitement médical qui m’est nécessaire, je ne rentrerai donc pas dans le détail de mon dossier médical.

En vous écrivant cette lettre, mon but est de vous rappeler qu’une situation aussi dramatique existe et qu’un autre évènement tragique peut subvenir à tout moment. La stratégie et les objectifs des autorités sont très clairs pour moi ainsi que pour mes codétenus : « Tuer silencieusement et à petit feu les prisonniers qui protestent. »

Ils ont délibérément décidé de nous détruire et nous ont concocté une mort silencieuse car ils craignent notre survie serait-ce derrière ces murs et ces barreaux.

Au nom de l’humanité et en raison de la responsabilité qui vous a été octroyée, il vous fut faire tout ce qui est en votre pouvoir pour agir immédiatement et informer des actes de haines perpétrés derrière ces murs.

J’espère que vous estimez la question du temps à sa juste valeur et que vous vous rendez compte que tout retard mis à agir causerait la mort d’autres prisonniers politiques encore.

Je vous demande donc d’agir immédiatement et de vous rendre en Iran sans délais. Si les autorités vous empêchent de rendre visite aux prisonniers politiques, cela ne fera qu’exposer une action honteuse supplémentaire d’un régime basé sur le mensonge.

Issa Saharkhiz – Juillet 2011 – Prison de Redjaï Shahr
Source: http://onlymehdi.posterous.com/60534220

Lettre ouverte à Monsieur le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits humains en Iran

Honorable Ahmed Shahid,

Nous vous saluons respectueusement,

Nous vous félicitons pour votre nomination au poste de rapporteur spécial de l’ONU chargé d’enquêter sur la république islamique d’Iran.
Jusqu’à présent, nous avons été déçus par le manque d’attention portée aux violations des droits fondamentaux sous la constitution iranienne et la déclaration universelle des droits humains, auxquelles la république islamique est obligée de se conformer. 
Nous sommes déçus que l’on ait accordé à l’Iran un statut spécifique qui réclame un surveillance continuelle des organisations internationales en raison de ses violations systématiques des droits humains.
Nous sommes des prisonniers politiques et des prisonniers de conscience détenus à la prison de Radjaï Shahr ; nous sommes journaliste, écrivain, étudiant, syndicaliste et militants des droits humains. Nous savons pourquoi nous avons été arrêtés : c’est en raison de nos activités lors des élections présidentielles du 12 juin 2009 qui étaient supposées être démocratiques. Nos activités étaient conformes à la déclaration universelle des droits humains et aux autres résolutions des Nations Unies auxquelles le régime iranien est tenu de se conformer. Malheureusement, les dirigeants politiques et les fonctionnaires de la sécurité et la justice d’Iran prétendent que nos activités pacifiques sont subversives et qualifient ceux qui les ont menées d’anti-révolutionnaires. C’est ainsi qu’ils nous ont arrêtés, brutalement interrogés et soumis à de dures pressions psychologiques et physiques. Le régime a mené et continue de mener de honteux procès injustes qui sont illégaux et, pour la plupart, en l’absence d’avocat. Le résultat en est que lors de ces deux dernières années plus particulièrement, de longues peines de prison ont été énoncées, les prisonniers ont été envoyés en exil intérieur dans des prisons dont la situation est en dessous de la normale et qu’ils ont été soumis à des restrictions inhumaines. Le traitement des prisonniers et de leurs familles a été brutal et contraire à l’islam.
Nous apprécions à sa juste valeur votre nomination par le conseil des Nations Unies aux droits humains et attendons impatiemment votre voyage en Iran pour enquêter sur les prisons de la république islamique, pour rendre visite aux prisonniers politiques et aux prisonniers de confiance ainsi qu’à leurs familles pour vous rendre compte de l’intensité de la cruauté imposée à notre pays.
Nous vous en remercions

Rassoul Badaghi, Massoud Bastani, Issa Saharkhiz, Ali Adjami, Keyvan Samimi, Heshmatollah Tabarzadi

Source:  http://www.rahana.org/archives/41847