Affichage des articles dont le libellé est droits de l'Homme en Iran. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est droits de l'Homme en Iran. Afficher tous les articles

samedi 9 mai 2015

Des militants de la société civile et des prisonniers politiques appellent à la mise en place sans conditions de la déclaration des droits humains


Chers compatriotes,

Il y a 66 ans, l’Assemblée Générale des Nations Unies adoptait une déclaration, résultat de milliers d’années d’efforts et de lutte des hommes pour la reconnaissance de « la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine. » L’Assemblée Générale du 10 décembre 1948 a adopté les 30 articles de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et l’a proclamée « comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations ». En 1975, approuvée par le congrès national, cette déclaration a été adaptée en tant que loi en Iran.

De plus, selon les articles 3, 9 et 77 de l’actuelle constitution iranienne et l’article 9 du code civil du gouvernement actuel qui proclament que les règlementations sont basées sur les lois du Coran, cette déclaration est une loi obligatoire qui devrait être mise en œuvre et même supplanter les lois nationales. De plus, tout commentaire ou condition ajouté à la déclaration sera considéré comme une tentative du gouvernement d’esquiver l’exécution de cette loi internationale. L’examen et l’étude comparative de cette déclaration avec certaines lois constitutionnelles montrent qu’il n’existe aucune contradiction entre la déclaration des droits humains et la constitution nationale. Il n’existe donc aucune excuse pour ne pas mettre en œuvre la déclaration universelle.

Chers compatriotes,

Nous approchons du 10 décembre, anniversaire de l’adoption de la Déclaration des Droits de l’Homme et nous devons nous demander pourquoi nous n’avons pas réussi à instituer les bases des droits humains dans notre pays. Pourquoi ces droits fondamentaux ont été violés à de nombreuses reprises alors qu’il y a plus d’un siècle, le peuple d’Iran a pris part à la révolution constitutionnelle pour instituer la loi et des droits égaux et la même loi pour tous en acceptant de se conformer à la déclaration universelle des droits humains. Un exemple patent des violations des droits humains fondamentaux en Iran est la violation des droits de ceux qui ont été poursuivis illégalement et jugés devant des tribunaux illégaux et iniques uniquement à cause de leurs idées politiques et points de vue différents.

Nous sommes un groupe de prisonniers politiques de la prison de Radjaï-Shahr et nous demandons une mise en œuvre complète de la déclaration universelle des droits humains et nous invitons le peuple iranien à nous rejoindre pour commencer une campagne pour la mise en œuvre de cette déclaration pour démontrer que les Iraniens veulent et œuvrent pour la « liberté, la justice et de la paix dans le monde. »

Travaillons donc à la venue d’un monde dans lequel tout individu a droit à la « liberté d'opinion et d'expression » sans aucune crainte de pauvreté, d’ignorance ou d’oppression. Battons-nous  pour « les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine ». Nous sommes sûrs que nos efforts aideront à la compréhension mutuelle des  « droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine ». Cette campagne exposera notre détermination à construire un monde meilleur et un développement personnel et social.

Montrons notre réel désir des droits humains universels en rejoignant cette campagne et la conscience internationale. Oui, la mise en œuvre de la déclaration universelle des droits humains est notre rêve et notre désir.

Saïd Abedini
Shahram Ahmadi
Vahid Asghari
Hassan Ashtiani
Rassoul Bodaghi
Behnam Ebrahimzadeh
Farhad Fohandej
Asghar Ghotan
Assadollah Hadi
Afshine Heyratian
Latif Hosseini
Saïd Massouri
Fouad Moghaddam
Kamran Mortezaï
Keyvan Rahimian
Saïd Rezaï
Siamak Sadri
Seyed-Mohammad Seifzadeh
Ighan Shahidi
Heshmatollah Tabarzadi
Behrooz Tavakoli
Vahid Tizfahm
Shahrokh Zamani
 

mardi 17 avril 2012

Opposition iranienne: paradoxes et opportunités

Près de trois années après le début du soulèvement populaire en Iran et alors que le Moyen-Orient vit au rythme des répliques du séisme qu’a représenté le Printemps Arabe,  l’opposition iranienne cherche toujours une voix et une stratégie pour reprendre l’initiative.

Cette opposition est aujourd’hui confrontée à un paradoxe fondamental. Le régime est considérablement plus faible qu’en 2009, ses failles semblent ouvertes et irréversibles, mais les mouvements d’opposition iraniens n’ont pas pour autant réussi à transformer la contestation populaire en une véritable dynamique politique susceptible d’accompagner et de catalyser le changement. 

Un changement en douceur vers la démocratie, étalé sur plusieurs années, aboutissant à une réforme approfondie ou une implosion progressive du régime de la République Islamique reste le scénario le plus souhaitable. L’exemple iranien de 1979 est un rappel amer des dégâts causés par l’avènement d’un changement de régime brutal, bouleversant un ordre dictatorial certes mais échappant aux contrôles des forces démocratiques et aboutissant finalement à l’instauration d’une nouvelle forme de dictature. Ce scénario de changement en douceur est aujourd’hui possible et crédible grâce aux incroyables sacrifices des hommes et des femmes qui, malgré l’adversité et les foudres de l’appareil répressif du régime, ont su incarner l’esprit de résistance et gagner une légitimité populaire indiscutable. Jour après jour, les prisonniers politiques et leurs familles rappellent dans leurs lettres, récits et entretiens, l’injustice et l’absurdité du régime iranien. Le coût humain pour ces héros et leurs familles est considérable mais pour la société iranienne dans son ensemble, il est sans commune mesure avec ce qui se passe par exemple en Syrie.

Pour minimiser le coût humain de la transformation ou du renversement du régime en Iran, il est indispensable que le mouvement de contestation populaire se dote progressivement d’une structure politique capable de se présenter, au moment opportun, comme une alternative crédible au régime actuel. Les difficultés sont nombreuses pour aboutir à un tel objectif : partis politiques décimés par 33 années de dictature religieuse totale, division chronique des mouvements d’opposition, manque de légitimité et de représentativité démocratique, faiblesse de la société civile, ravages de la pauvreté et de la précarité sociale, etc. sont autant de facteurs qui ne plaident pas en faveur de l’urgence d’une telle unité politique.  Mais l’exemple Syrien est à nouveau là pour nous rappeler que l’absence de cohésion des forces de l’opposition et d’une représentation politique minimale peut s’avérer catastrophique en terme de coût humain si les événements devaient à nouveau s’accélérer comme en 2009. Il a fallu plus de 10,000 morts en Syrie, des dizaines de milliers de réfugiés et plus d’un an de tergiversation pour que le Conseil National Syrien soit reconnu un minimum, comme un interlocuteur acceptable par le peuple Syrien et par la communauté internationale.

Le régime iranien est plus divisé que jamais, ses factions conservatrices autrefois paraissant comme un  bloc uni, se livrent désormais à une guerre ouverte conduisant à une quasi paralysie de ses institutions. L’aggravation considérable de la situation économique sous l’effet combiné de l’incompétence des instances dirigeantes, de la corruption, des rivalités inter-factions et des sanctions internationales accroit la probabilité de nouvelles formes de contestation et de revendication sociales et ouvrières. Les opportunités de changement sont donc nombreuses pour augmenter la pression sur le régime tout en minimisant le coût humain. Pour les saisir, il faut remettre l’unité politique à l’ordre du jour. Il faut initier une conversation à l’échelle nationale impliquant les principales forces de changement en Iran et au sein de la diaspora. Une conversation sans arrière-pensées mais guidée par « l'urgence extrême du présent ». Un prolongement politique pour un mouvement de contestation profond et moderne est aujourd’hui une urgence absolue si le peuple Iranien souhaite rester maître de son destin et ne pas laisser aux dictateurs internes et aux hystéries guerrières externes de dicter la nature et le calendrier du changement en Iran.

jeudi 15 mars 2012

Mehdi Khazali ou l'incarnation de la résistance face à la dictature

  • Juin-Juillet 2009
    • Mehdi Khazali est arrêté le 27 juin pour "propagande contre le système" "publication de mensonges" et "trouble à l'ordre public" puis libéré le 20 juillet contre une caution de 20,000 $
    • Pendant son arrestation, son domicile a été pris d’assaut et son blog a été effacé. 
  • Octobre 2010 
    • Mehdi Khazali arrêté à nouveau le 13 Octobre 2010 pour "propagande contre le régime", "publication de mensonges" et "nuisance à l'opinion publique"!
  • Novembre 2010
    • Première visite de la famille de Mehdi Khazali
    • Sa famille reçoit la visite de Mehdi Karroubi qui lui demande d’arrêter sa grève de la faim.  
    • Mehdi Khazali est le 12 novembre libéré contre une caution de 180,000 $ 
  • Juillet 2011
    • Mehdi Khazali arrêté de nouveau
    • Mehdi Khazali a commencé une grève de la faim le jour de son arrestation le 18 juillet 2011
  • Août 2011
    • Mehdi Khazali transféré le 9 août au bloc 350 d’Evin au 22ème jour de sa grève de la faim
    • Le blogger Mehdi Khazali relâché sous caution après 26 jours de grève de la faim
  • Septembre 2011
  • Octobre 2011
    • Mehdi Khazali, blogger, réussit à quitter l’Iran... pour quelques jours, avant de rentrer! Rien d'important, une visite privée dit-il. "Non, je ne me suis pas enfui!" lance-t-il, pour défier une fois de plus le régime.
  • Janvier 2012
    • Mehdi Khazali à nouveau violemment arrêté le 9 Janvier 2012.
    • Mehdi Khazali, opposant au regime, en grève de la faim et à l’isolement. 
  • Février 2012
    • Des militants politiques et des membres des familles de prisonniers politiques rencontrent la famille du Docteur Khazali, toujours en grève de la faim. 
    • Au 35ème jour de sa grève de la faim, le Docteur Mehdi Khazali est transféré au dispensaire d’Evine ; il continue sa grève de la faim.
    • L’épouse et la fille du docteur Khazali arrêtées le 14 février, ont été relâchées le 15 février.
    • Mehdi Khazali transféré au dispensaire d’Evine pour hémorragie gastrique consécutive à sa grève de la faim.
    • Le Docteur. Mehdi Khazali a fait une attaque cardiaque et a été admis le 18 février en soins intensifs à l’hôpital Taleghani de Téhéran samedi ; il est kidnappé par des agents de sécurité et contre l’avis des médecins à 02 heures du matin dimanche.  Il  a été transféré à l’hôpital Ghamar Banihashem qui dépend du ministère du renseignement alors qu’il est dans le coma ; il retourne à Evine lundi. Il a demandé à être autopsié après sa mort par les médecins de l’ONU.
    • L’ayatollah Bayat Zanjani rejoint beaucoup d’autres personnes de premier plan pour demander au Docteur Khazali de stopper sa grève de la faim.
    • Le Docteur Mehdi Khazali a été condamné le 5 février à 14 ans de prison à Boushehr, 90 coups de fouet et 10 ans d’exil à Boushehr.
    • Lettre de Mehdi Khazali à son épouse depuis la prison d'Evine
  • Mars 2012
    • Campagne épistolaire pour le Docteur Khazali
    • Mon Anniversaire de Mariage - Docteur Mehdi Khazali écrit à son épouse depuis la prison d'Evine, en grève de la faim... (à lire absolument)
    • Au 49ème jour de sa gréve de la faim, le Docteur Mehdi Khazali a été présenté au tribunal. Suvant des témoins, il ne pouvait marcher seul et s'appuyait sur une canne.
    • Au 51ème jour de sa grève de la faim, le Docteur Mehdi Khazali est transféré du bloc 350 au bloc de haute sécurité sous la responsabilité du ministère du renseignement 209 de la prison d’Evine.
    • L’éditeur et blogger Mehdi Khazali commence à présent une grève de la soif au 57ème jour de sa grève de la faim. Il arrête sa grève de la soif au bout de trois jours mais reste en grève de la faim.
    • Lettre à Monsieur Alain Juppé, Ministre Français des Affaires Étrangères par des militants du mouvement vert: La vie de l’opposant iranien Mehdi Khazali est en grave danger

 

Lettre à Monsieur Alain Juppé, Ministre Français des Affaires Étrangères: La vie de l’opposant iranien Mehdi Khazali est en grave danger



Lettre à Monsieur Alain Juppé, Ministre Français des Affaires Étrangères:  
La vie de l’opposant iranien Mehdi Khazali est en grave danger
14 Mars 2012

Monsieur le Ministre,  
Mehdi Khazali a entamé une grève de la faim il y a 67 jours. Il est détenu à huis clos à la prison d’Evin à Téhéran sans que ni sa famille, ni une équipe médicale ne puisse aller à son secours. Depuis plusieurs jours, il a décidé en outre de ne plus boire. Monsieur Khazali a semble-t-il fait son choix. Celui de résister à l’injustice et à la cruauté du système judiciaire iranien. Un choix courageux qui marquera sans doute l’histoire des mouvements de résistance contre la barbarie des systèmes totalitaires.  
Or nous, sympathisants franco-iraniens du mouvement vert, savons qu’en l’absence d’une forte réaction internationale, non seulement nous perdrons très prochainement un homme remarquable, mais également une opportunité rare de faire face à la répression qui écrase les mouvements d’opposition iraniens. Faute d’une réaction immédiate et crédible, le régime iranien poursuivra et accentuera sans aucun doute sa politique répressive.  
Au nom du respect des valeurs universelles des droits de l’homme, nous demandons solennellement à la France et à l’Union Européenne d’exiger la libération immédiate de Mehdi Khazali et l’envoi d’une équipe du Croissant-Rouge international afin de lui venir en aide.  
A l’heure où les sanctions économiques et les perspectives d’une guerre dévastatrice semblent devenir les seuls leviers du rapport de force entre le régime iranien et l’Occident, de très nombreux prisonniers politiques iraniens payent un lourd tribut pour démontrer que la voie du changement démocratique en Iran passe plus que jamais par la défense obstinée des droits fondamentaux des citoyens. Puisse le sacrifice de Mehdi Khazali devenir un tournant dans ce long combat pour la liberté.
Vous êtes le Ministre des Affaires Etrangères d’une des principales puissances mondiales ; la France a toujours été considérée par les Iraniens comme la patrie des Droits Humains et elle a su, au cours du temps, influencer l’Union Européenne sur ce sujet ; nous nous permettons donc de nous tourner vers vous, en dernier recours, pour faire écho à la voix de ce héros.  
Le Docteur Mehdi Khazali, nous, et au-delà, les Iraniens épris de justice et de liberté vous remercient par avance de toute action que vous voudrez bien prendre ; nous restons bien entendu à votre entière disposition pour toute information complémentaire sur ce sujet.  
Dans l’attente d’une réponse rapide, avant le décès de ce héros, nous vous prions d’agréer l’expression de nos salutations les plus respectueuses.  

Collectif Francophone pour un Iran Libre & Démocratique 

dimanche 18 septembre 2011

Lettre de Shabnam Madadzadeh à Ahmad Shahid, Rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Iran


Au nom de Dieu,

Pour la première fois, j’adresse cette lettre en tant qu’une jeune étudiante emprisonnée à Monsieur Ahmad Shahid, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme en Iran.

Shabnam Madadzadeh

Monsieur Ahmad Shahid,

On évoque votre prochain voyage en Iran. Un pays de l'Orient, dans une région dénommée le Moyen-Orient. Une région vers laquelle tous les regards se sont tournés depuis ces dernières années et qui à tout moment s’attend à un nouvel évènement. Mais mon propos ne concerne ni le Moyen-Orient, ni les regards qui s’y sont tournés. Je vous écris au sujet d’un pays de l’Asie du Sud-Ouest et qui s’apparente à un chat sur la carte du monde. Un pays dont vous avez la responsabilité d’évaluer sa situation des droits de l’homme dans le cadre de la récente résolution des Nations Unies. Oui, je m’adresse à vous depuis l’Iran, depuis son cœur qui est la prison d’Evin. Aujourd’hui, il est en effet question dans les journaux et les informations de votre voyage et de votre mission pour la préparation de votre rapport.

Je me demande pour quelle raison, dans un pays où son dirigeant, Monsieur Ahmadinejad, a affirmé à maintes reprises lors des conférences de presse qu’en Iran "il y a la liberté absolue", que l’Iran "est le pays le plus démocratique de la région", quels secrets devraient exister pour justifier que l’on s’oppose aussi vigoureusement à la visite du Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme?! Dans un pays tellement libre (!) que la réponse à toute critique et toute contestation n’est qu’intimidation et menace, où la défense de toute opinion, religion ou croyance différente de celle de ses dirigeants conduit à la détention et à la torture. Un pays en effet libre où l’on confronte des avocats qui ne font que défendre des prisonniers innocents dans des procès mascarades, menottés et condamnés à de lourdes peines de prison, à qui l’on retire le droit d’exercer leur métier. Un vrai "berceau de liberté" où l’intimidation et la peur sont mises en scène lors des exécutions, des corps pendus à des grues sur les places publiques. Il n’y a en effet rien à cacher dans ce pays libre.

Monsieur Ahmad Shahid, que vous soyez conscient ou pas de ces situations, elles constituent la réalité de notre vie. Nous sommes enfermés comme prisonniers de conscience dans un pays où ses dirigeants se disent tous les jours révoltés par l’injustice à l’égard des peuples d’autres pays, parfois très lointains, des dirigeants qui ne cessent de transmettre des messages de soutien à ces peuples, de critiquer les dictateurs d’autres pays tout en leur conseillant d’écouter la voix de leurs peuples. Car ce sont en effet ces peuples qui déterminent le cours de l’Histoire, qui critiquent la répression à l’encontre des étudiants et qui défendent la liberté d’expression et de parole. Dans ces conditions, je leur demande : "Alors moi, qui suis-je ?". Moi qui suis actuellement en prison pour mes croyances, pour mon opinion, ainsi que mes codétenues, des femmes toutes aussi innocentes, d’opinions très différentes, où sommes-nous précisément sur ce puzzle?!! "Pourquoi n’entendez-vous pas NOTRE voix ?!!"

Après beaucoup d’effort pour te faire entendre par tes dirigeants, tu arrives à cette conclusion que leur état d’esprit est « la mort est bien, mais pour le voisin ». C’est dans ces conditions que lorsqu’ils n’entendent pas ta voix, tu veux crier contre l’injustice à ton encontre et tes droits bafoués. Tu cries pour que l’on entende ta voix, même au-delà des frontières. Tu cries pour interpeller les consciences éveillées et les sensibiliser à tes douleurs et souffrances. Ces mots que je vous adresse aujourd’hui sont aussi un cri, sorti d’une montagne de douleur et de souffrance.

Je m’adresse à vous en tant qu’une fille iranienne de 24 ans, étudiante en informatique à l’Institut universitaire de formation des maîtres, en prison depuis le 1er Esfand 1387 (19 Février 2009), en compagnie de mon frère, pour le crime d’avoir réclamé la justice et la liberté, d’avoir défendu l’humanisme et la dignité de l’homme. Une fille qui a vécu l’expérience des prisons du Ministère des Renseignements, de la section 209 et de la section générale de la prison d’Evin, la prison de Rajai-Shahr et la prison de Gharchak à Varamine lors de ces deux ans et demi d’emprisonnement. Je m’adresse à vous en tant qu’une étudiante iranienne. 

Alors que les gens de mon âge dans d’autres pays sont normalement soutenus et guidés par leurs gouvernements sur le chemin de l’épanouissement et du progrès social et scientifique, je suis ici en train de me battre dans cette prison pour le strict minimum de droit humain, pour le droit de penser, le droit d’exprimer mes opinions et même le droit de respirer. Dans un pays vaste et riche, ma seule part des droits civiques est cette cage de prison où je suis contrôlée en permanence par des caméras de surveillance et de la haute technologie pour compter même mes respirations et où mon seul lien avec le monde extérieur est un entretien hebdomadaire de 20 minutes, depuis une cabine, derrière des vitres sales et avec un téléphone. Ma part est ce petit coin étroit d’une cage, sans la possibilité de sortir et de respirer de l’air frais. Lorsque les dirigeants de ce pays prétendent promouvoir les valeurs scientifiques et technologiques, on se demande pourquoi ils emprisonnent ces étudiants, sans considérer les centaines d’étudiants interdits de poursuivre leurs études [par mesure disciplinaire], pour la seule raison d'avoir exprimé leurs opinions. Le plus douloureux est le fait que ces comportements ne se résument pas aux étudiants, mais frappent bien toutes les couches de la société, docteurs, ingénieurs, avocats, ouvriers, professeurs, jeunes, vieux, hommes et femmes.        

Monsieur Ahmad Shahid, lorsque je feuillète le livre de déclaration universelle des Droits de l’Homme, j’ai le cœur plein de regrets et je ne me donnerai même pas la peine de vérifier leur application dans mon pays. Nous sommes en effet au stade où nous devons même nous battre pour prouver que nous sommes des êtres humains et nous rappeler que quelques soient nos croyances et nos opinions, nous devons en permanence subir de telles conditions et payer un tel prix juste pour être considérés comme des êtres humains. Je pourrai peut-être apporter des exemples pour démontrer que les principes exprimés dans chacun des articles de la déclaration universelle des Droits de l’Homme sont bafoués sans exception dans mon pays. Mon frère et moi étions interrogés dans la section 209 de la prison d’Evin, non pas pour notre propre opinion, mais celle des autres membres de notre famille! Dans cette même section 209, j’ai vu des femmes Bahaïs qui étaient arrêtées pour leur croyance. J’ai rencontré des journalistes qui étaient en prison pour avoir témoigné de la situation actuelle. J’ai vécu le procès injuste qui a condamné mon frère et moi à 5 ans de prison avec une peine d’éloignement dans une prison redoutable. J’ai vécu l’exil dans cette prison considérée comme l’une des pires de l’Iran. 

Oui Monsieur Shahid, notre histoire de souffrance est bien longue et je ne peux que vous en raconter qu’une petite partie. J’ai vécu en prison au milieu de droguées, d’assassins, de contrebandiers et de prostituées qui étaient toutes des victimes du pouvoir injuste et totalitaire de ce pays et ceci depuis l’âge de 21 ans. J’ai vécu les pires des conditions. Les conditions effroyables de détention dans la prison de Rajai-Shahr, où l’on disposait de deux simples lavabos et de deux douches pour 200 prisonnières, pour juste vous donner un aperçu de notre situation dramatique. J’ai vu tant de souffrances et de blessures profondes infligées à ce peuple meurtri. J’ai côtoyé ce peuple, j’ai partagé ses souffrances, j’ai pleuré sa solitude et son manque de protection. Ce serait vraiment bien que vous puissiez voir ces réalités de près, que vous voyiez vous-même que dans la prison de Gharchak, ce ne sont pas juste les droits élémentaires des prisonniers qui sont bafoués, mais aussi leurs droits humains. Il faut que vous voyiez par vous-même que ces pauvres femmes sans protection sont entassées dans un endroit qui est très loin des standards habituels d’une prison. Après avoir été exilée à la prison de Rajai-Shahr, transférée à la prison de Gharchak, je me trouve à nouveau actuellement à la prison d’Evin. Je passe mes journées noires de détention ici en compagnie de 32 codétenues innocentes, sans aucun moyen de communication, sous très haute surveillance et dans un endroit qui, de l’aveu même des responsables de cette prison, n’est même pas appelé une "section".

Monsieur Shahid, j’ignore ce qu’ils vont me faire après l’écriture de cette lettre. A Rajai-Shahr, pour avoir informé ma famille de ma situation critique, j’ai été interdite de visite et de téléphone pour une durée de 4 mois à partir du 14 Octobre 2010. Mon frère, Farzad Madadzadeh et trois de ses amis, Saleh Kohandel, Behrouz Javid-Tehrani et Pirouz Mansouri ont été transférés de Rajai-Shahr à la section 240 (sécurité) de la prison d’Evin depuis deux mois. Nous n’avons absolument aucune nouvelle d’eux. Nous avons vécu toutes ces expériences douloureuses au prix de notre jeunesse sacrifiée. A l’heure où vous êtes missionné de voir ces injustices de près, il est à espérer que vous consacrerez votre temps précieux à voir et à alerter le monde entier grâce à votre intelligence et votre conscience éveillée.

Monsieur Shahid, il y a tant de choses à dire, mais ceci a été un court aperçu de nos douleurs et souffrances sans fin. Votre mission a créé une lueur d’espoir dans nos cœurs de prisonniers et ceux du peuple meurtri d’Iran de voir votre rapport et votre témoignage auprès des nations signataires de la charte internationale des droits de l'homme améliorer la situation actuelle en Iran. Cette peur existe aussi de voir cette opportunité noyée, comme tant d’autres, dans des jeux politiques. Tous les regards sont à présent tournés vers vous. Ne laissez pas que cela se produise. 

Shabnam Madadzadeh
Prison d’Evin
Août 2011 (Shahrivar 1390)

Source (Persan): DaneshjooNews

Prison de Gharchak, lire aussi ici et ici et ici

lundi 30 mai 2011

lundi 9 mai 2011

La prison de Gharchak à Varamin, un nouveau Kahrizak? Les prisonnières témoignent ...

Les nouvelles s'accumulent et vont malheureusement toutes dans le même sens. Depuis que 600 prisonnières de la prison de Rajai-Shahr ont été transférées à la prison Gharchak de Varamin, les inquiétudes montent. Les familles sont tétanisées par la peur. Les conditions de détention sont inhumaines. Nous traduisons ici certains passages des lettres rendues publiques, d'une part par les prisonnières politiques, et d'autre part par leurs familles.

Il est important de noter l'extrême urgence de cette situation car des vies humaines sont en grave danger. Nous demandons aux lecteurs de diffuser au maximum ces informations et de ne pas oublier celles qui subissent tous les jours, les pires tortures de ce régime totalitaire.


Dans une lettre publiée par le site DaneshjooNews le Samedi 7 Mai, les prisonnières politiques de la prison de Gharchak à Varamin écrivent: 

"Cela fait une semaine que nous avons été transférées de la prison de Rajai-Shahr à la prison de Gharchak à Varamin... après avoir vécu l'expérience de la détention à Rajai-Shahr, nous n'aurions jamais pensé que nous pourrions un jour nous trouver dans une situation aussi catastrophique... 

Nous avons été transférées mardi dernier à la prison de Gharchak dans des conditions de sécurité draconiennes, menottées et les pieds entravés, ..., des conditions que nous n'avions même pas vues lors des interrogatoires. Pendant le transport qui a duré 3 heures et demie, plusieurs prisonnières ont fait des malaises. Nous nous sommes donc trouvées très loin de Téhéran, dans un endroit tellement difficile d'accès et éloigné que l'on se demandait comment nos familles allaient pouvoir venir nous rencontrer. Une semaine plus tard, il n'est d'ailleurs toujours pas question de visites. 

La prison de Gharchak a 7 unités. Chaque unité compte quelques dizaines de lits. Mais à l'heure actuelle, il y a plus de 200 prisonnières dans chacune de ces unités. L'absence de tout système d'aération, les conditions d'hygiène catastrophiques, l'odeur des égouts et les gaz qui en émanent ont causé de graves problèmes respiratoires à de nombreuses prisonnières. Seulement deux blocs sanitaires pour plus de 200 prisonnières. Seulement deux salles d'eau pour ce même nombre de prisonnières. Les nombreuses restrictions ont fait que les prisonnières se servent en fait des espaces entre les lits pour faire leur toilette. En l'absence de tout autre robinet d'eau, les prisonnières doivent laver leurs vêtements et faire leur vaisselle dans ces mêmes blocs sanitaires. 

Tous les jours, normalement 3 repas sont prévus. Oublions les conditions d'hygiène déplorables encore une fois... depuis une semaine, à plusieurs reprises, il n'y a pas eu assez de repas pour pouvoir en  distribuer à toutes les prisonnières. Chaque repas contient normalement deux morceaux de pain rassi, une pomme de terre ou une toute petite quantité de pâtes. Comme parmi nous il y a aussi des prisonnières très jeunes, parfois âgées de moins de 18 ans, on peut facilement observer des signes de malnutrition grave sur plusieurs d'entre elles. Oublions le comportement des employés de la restauration ou des gardiens, qui se comportent de la pire des manières. Oublions aussi les conditions de sécurité dans ce réfectoire, où des heurts éclatent souvent pour obtenir de quoi manger...

Contrairement à d'autres prisons, il n'y aucun endroit pour acheter des produits alimentaires ou d'hygiène. La zone prévue pour que quelques dizaines de prisonniers puissent s'aérer, est en général remplie de plus de 400 prisonniers. Une zone avec des murs de ciment très hauts qui n'ont rien à voir avec les prisons d'Evin et de Rajai-Shahr. Le plus grand acte de gentillesse des responsables de cette prison a été de nous fournir de l'eau bouillante pour faire du thé à deux reprises en une semaine. Mais la casserole d'eau bouillante a été jetée en direction d'une prisonnière et ce geste a causé de graves brûlures à plusieurs prisonnières.

Les punitions extrêmement sévères, ainsi que les heurts entre prisonnières sont incompatibles avec la dignité humaine. Où dans le monde, un prisonnier peut-il être puni et avoir les ongles arrachés suite à une dispute pour de l'eau bouillante? Où dans le monde, des hommes armés de bâtons peuvent-ils être envoyés dans une cellule de femmes pour les frapper violemment? Où dans le monde, des enfants de 14 ou 15 ans peuvent-ils être détenus dans de telles conditions? Nous avons très franchement honte de ce qui se passe autour nous, de ce dont nous sommes témoins. Nous avons doublement honte lorsque nous constatons de tels désastres humains dans notre propre pays. Un pays qui a la prétention de vanter dans le monde entier son héritage culturel et artistique ainsi que son humanisme et son respect de l'Islam.  

Nous, les prisonnières politiques de la prison de Gharchak à Varamin, après avoir observé de telles conditions, avons fait beaucoup d'efforts pour témoigner auprès des responsables de cette prison d'une infime partie des injustices constatées et de l'absence totale de l'Etat de droit. Ace jour, nous n'avons entendu que de vagues promesses quant à un éventuel transfert vers la cellule des délinquants financiers en vue de contrôler "le taux d'occupation des cellules". Or cette cellule n'a rien de différent de la nôtre... Nous réclamons les droits les plus élémentaires pour des prisonnières qui ont été enfermées ici en vue d'être "corrigées" et "éduquées". C'est à se demander si les responsables judiciaires de ce pays n'ignorent pas volontairement leurs obligations légales, religieuses et humaines ainsi que leurs rôles de surveillance des prisons pour estimer que tous les détenus, quelque soit la gravité des délits commis, sont dignes de mourir. Un tel comportement est-il conforme aux règles élémentaires de la justice islamique (la Charia)? A quoi servent alors la Constitution et le code pénal?

Au début de nos propos, nous nous sommes adressées aux consciences éveillées. Nous nous adressons à présent aux responsables de la République Islamique d'Iran, aux organisations de défense des droits humains et aux autorités religieuses. Nous les exhortons à honorer leurs responsabilités humaines, morales et religieuses et à réclamer une évaluation de la situation des prisonnières détenues à la prison de Gharchak à Varamin.

Pour finir, nous rappelons qu'après avoir découvert de telles conditions de détention, nous avions évoqué notre droit d’entamer une grève de la faim. Nous réitérons aujourd'hui cet appel et réclamons ce droit si les conditions de détention restent inchangés. Nous n'avons en effet pas peur d'y laisser nos vies, car si nous craignions pour nos vies, nous ne serions pas dans cette situation aujourd'hui. Même, si par expérience, nous savons qu'en prison, la vie humaine n'a en fait aucune valeur et aucune importance. Encore moins dans une telle prison, dont la simple existence est la négation même de l'Etat de droit sous le régime de la République Islamique et une véritable remise en cause des principes humains. 

Aujourd'hui, nous nous adressons aux consciences éveillées pour leur dire que tant qu'il reste une part d'humanité en nous, nous ne nous tairons pas face aux atteintes à la dignité humaine.  

Les prisonnières politiques de la prison de Gharchak à Varamin

samedi 30 avril 2011

Solidarité contre la répression en Iran - 1er Mai 2011


Alors que l’on approche du 1er Mai, journée internationale des travailleurs, que les protestations ouvrières se développent en Iran, comme au complexe pétrochimique Imam Khomeiny au sud du Khuzestan, le régime de la République Islamique continue de réprimer les opposant(e)s et en particulier les militants ouvriers.
Plusieurs travailleurs sont actuellement emprisonnés pour avoir défendu leurs droits en organisant les ouvriers de leurs entreprises.

Voilà quelques exemples de militants ouvriers et syndicalistes actuellement détenus en Iran :

Mansour Ossanlo : Président du Syndicat des Travailleurs de la Compagnie de Bus de Téhéran et Banlieue, il a été arrêté il y a quatre ans et demi par les services de renseignements de la République Islamique et condamné à cinq ans de prison. Il a été rejugé le 1 août 2010 pour « contacts téléphoniques en prison avec des contre-révolutionnaire » et condamné à un an de prison supplémentaire. Malade du coeur, du dos et des yeux, la commission des médecins ont déclaré qu’il devait sortir de prison pour être hospitalisé. Il est toujours détenu à la prison de Karaj.

Ebrahim Madadi : Président-adjoint du Syndicat des Travailleurs de la Compagnie de Bus de Téhéran et Banlieue, il a été arrêté le 27 décembre 2008, il a été condamné pour « atteinte à la sécurité nationale » à trois ans et demi de prison. Il est actuellement détenu à la prison Evin de Téhéran.

Reza Shahabi : Membre du Syndicat des Travailleurs de la Compagnie de Bus de Téhéran et Banlieue, il est emprisonné le 12 juin 2010 à la section 209 de la prison Evin. Il aurait dû être libéré sous caution de 60 millions de tomans (environ 60.000 euros), mais sa libération a ensuite été refusé.

Reza Rakhshan : Président du Syndicat des travailleurs de la canne à sucre de Haft-Tapeh, il a été arrêté le 24 décembre 2010. Il avait déjà fait six mois de prison pour « mensonges ».

Behnam Ebrahimzadeh : Ouvrier plasturgiste dans une usine de la banlieue de Téhéran, militant ouvrier et des droits des enfants, fondateur de l’Association des Enfants Travailleurs des Rues, il a été arrêté le 12 juin 2010. Il devait être libéré sous caution de 100 millions de tomans (environ 100.000 euros), sa libération a été refusée sous prétexte que ses parents n’habitent pas à Téhéran, mais au Kurdistan. Suite aux tortures subies, il est handicapé de l’oreille gauche. Accusé de relations avec les Moudjahdins, ce qu’il a toujours nié, il a été condamné à 20 ans de prison et à 10 ans d’interdiction d’activités sociales. Il est actuellement détenu à la section 350 de la prison Evin. Il avait déjà été arrêté le 1er Mai 2009 pour avoir participé à la manifestation Parc Laleh à Téhéran et avait fait un mois de prison. Sa famille a constitué un comité de soutien qui appelle les ouvriers, les étudiants, enseignants, etc. à se mobiliser pour sa libération.

Gholamreza Gholamhosseini : Membre du Syndicat des Travailleurs de la Compagnie de Bus de Téhéran et Banlieue, il a été arrêté le 3 novembre 2010 à Karaj dans un cybercafé, il a été battu par les agents des forces de répression lors de son arrestation. Il est actuellement détenu à Karaj.

En plus, le régime de la République Islamique s’apprête à exécuter le jour du 1er Mai, le prisonnier politique kurde Bahman (Shirko) Maarefi. Arrêté en 2007, il a été condamné à mort pour « Mohareb » (ennemi de Dieu), et son exécution est planifiée pour le 1er mai 2011.

Face au régime de terreur de la République Islamique contre les opposants et les militants ouvriers, la solidarité internationale est plus que jamais nécessaire. Il appartient à tous les militants et militantes syndicalistes de manifester leur solidarité pour la libération de tous les syndicalistes et prisonniers politiques et l’abolition de la peine de mort en Iran comme ailleurs.


mardi 19 octobre 2010

Document (Nations Unies): La situation des droits de l’homme en République islamique d’Iran

Le présent rapport fait suite à la résolution 64/176 de l’Assemblée générale et rend compte des progrès accomplis dans la mise en oeuvre de cette dernière. Dans cette résolution, l’Assemblée a demandé au Gouvernement de la République islamique d’Iran de répondre aux graves préoccupations qui étaient exprimées dans le précédent rapport du Secrétaire général (A/64/357), ainsi qu’aux demandes expresses qu’elle avait formulées dans ses précédentes résolutions (63/191 et 62/168), et de s’acquitter pleinement de ses obligations en matière de droits de l’homme, tant en droit que dans la pratique, dans un certain nombre de domaines précis.

Questions thématiques:
  • Torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, y compris l’amputation et la flagellation
  • Peine de mort et exécutions publiques
  • Exécution de mineurs délinquants
  • La lapidation comme méthode d’exécution
  • Les droits des femmes
  • Les droits des minorités, y compris la communauté bahaïe
  • Liberté de réunion et d’association pacifiques et liberté d’opinion et d’expression, en particulier après l’élection présidentielle de juin 2009
  • Respect des garanties procédurales et impunité au regard de l’élection présidentielle de juin 2009

dimanche 1 août 2010

Shiva Nazar Ahari décrite par sa mère

Shiva a passé plus de 7 mois à la prison d’Evine l’année passée. Sa mère, Sharzad Kariman, a donné une longue interview à la campagne internationale pour les droits humains en Iran où elle raconte l’histoire de sa fille parce que, selon ses propres mots, « pour avoir choisi le droit chemin, elle va passer toute sa 25ème année en prison. » Shiva a été arrêtée une première fois le lendemain de l’annonce des résultats des élections, le 14 juin 2009 puis de nouveau en mars 2010. Suite à se seconde arrestation, Shiva est en prison depuis quatre mois. Madame Karimi dit que son mandat d’arrêt date d’une semaine avant son arrestation. Elle répète à plusieurs reprises que sa fille n’a rien fait d’illégal et que le fait qu’elle milite pour les droits humains en Iran est approuvée par elle-même et par le père de Shiva.

« A 2 heures du matin, le jour suivant l’annonce des résultats des élections, des agents du renseignement sont venus chez nous pour la chercher ; comme elle n’était pas à la maison, ils se sont rendus sur son lieu de travail ; le mandat d’arrêt qu’ils m’ont montré était daté d’une semaine avant. Shiva a été arrêtée le 14 juin alors que le mandat portait la date du 6 juin et que son nom avait été ajouté par la suite. »


Beaucoup de ceux emprisonnés pour activités politiques, journalisme, défense des droits humains ou activités tournant autour de l’égalité homme – femme ont entre 20 et 30 ans. Shiva Nazar Ahari est née le 10 juin 1984. Sa première arrestation a eu lieu le 20 sharivar 1381, alors qu’elle n’avait que 18 ans. Le 20 shahrivar correspond au 11 septembre, l’anniversaire des attaques terroristes aux USA. La mère de Shiva : « J’ai toujours dit aux enquêteurs que si elle avait commencé à s’engager dans la politique, le chemin en avait été pavé par les enquêteurs. »


Anniversaire du 11 septembre et première arrestation de Shiva


Sharzad Kariman : « A cette époque, je faisais à peu près tout pour mes enfants, par exemple les achats de papeterie et d’autres choses. Le 11 septembre 2002, j’avais eu un accident de voiture et me remettais de l’opération, je n’ai donc pas pu aller à l’université pour acheter les livres de Shiva. Elle venait de s’inscrire au concours d’entrée à l’université et avait des cours pour préparer l’examen. Pour la première fois, elle est allée seule à l’université pour acheter ses livres et a été arrêtée. »


Sa famille a cherché Shiva pendant des heures sans aucun signe, sans personne pour répondre jusqu’à ce qu’elle appelle le poste de police 110 et qu’elle découvre qu’elle avait été arrêtée. « Lors d’une conversation téléphonique, un homme m’a dit de ne pas m’inquiéter et qu’il ne m’avait rien dit mais que Shiva avait été arrêtée et qu’on allait me contacter. »


« Pendant 20 jours, nous n’avons pas eu de nouvelles d’elle et nous avons cherché partour. Pendant ce temps, nous ne pouvions nous réjouir que de ce qu’un homme du poste 110 nous avait dit, elle avait été arrêtée. Au bout de 20 jours un homme est venu nous voir pour enquêter. On m’a demandé pourquoi elle était allée à l’université. J’ai répondu qu’elle devait acheter ses livres. J’avais encore des pansements au visage et j’ai parlé de mon état qui était la raison pour laquelle elle y était allée seule. Au bout de deux ou trois jours, on nous a dit qu’elle était à la section 209 de la prison d’Evine et que la caution avait été fixée à 40.000 USD. »


Shiva n’a jamais parlé à sa famille des jours qu’elle a passés en prison. « Je l’ai entendue répéter à ses amies que sa cellule était si petite que si elle étendait les bras ou les jambes elle touchait les murs et que la nourriture était infecte. Au tribunal, elle a eu une amende de 200USD. Je lui ai demandé pourquoi elle avait eu cette amende, elle m’a répondu qu’on avait trouvé deux bougies dans son sac. Je leur ai dit que les bougies ne lui appartenaient pas comme elle l’avait elle-même attesté mais qu’elle les apportait pour quelqu’un qui n’avait pas de sac. »


Shiva refusa catégoriquement de payer l’amende disant qu’elle préférait faire de la prison. « Shiva dit que son père était retraité et qu’il n’y avait pas de raison pour qu’il paie l’amende. Nous l’avons quand même payée. »


La même année, en 2002, Shiva réussit le concours et fut admise à l’école d’ingénieurs Omran. Durant ces années, les activités de Shiva étaient en relation avec les droits humains ; en tant que membre du comité des étudiants, elle défendait les droits des prisonniers politiques, des enfants et des femmes. « Peut lui importait qui était le prisonnier, avec qui il était associé ou à quelle organisation il appartenait. » Elle a même protesté contre la conduite des militaires envers les personnes arrêtées, alors qu’ils mettaient en place un plan pour lutter contre les « hooligans » en utilisant une brutalité sans précédent.


« Shiva parlait souvent aux prisonniers et à leurs mères. Ses amis lui disaient de ne pas travailler pour eux, que c’étaient des hooligans. Elle répondait que peu lui importait à partir du moment où ils étaient des êtres humains. Ils ont des droits légitimes et on ne devrait pas se conduire ainsi envers eux. » « Si on avait écouté Shiva, des personnes comme Rouhollah Amini ou Mohammad Kamrani, la fleur de la nation n’auraient pas péri à Kahrizak. »


Shiva fut de nouveau arrêtée le 8 juillet 204 sur le boulevard Keshavarz à l’occasion d’un rassemblement devant le bureau de l’ONU, en solidarité avec les prisonniers politiques. Cette fois, elle était avec sa mère qui soutenait toujours ses activités. « Nous avons fait tous les bureaux. Nous y étions encore à quatre heures du matin. Ils ont fini par nous reconduire. » La mère de Shiva dit qu’ils ont arrêté tout le monde « j’ai été relâchée au bout d’une semaine mais Shiva est restée en prison un mois. Elle a de nouveau été libérée sous une caution de 40.000 USD. Au tribunal elle a pris un an avec sursis pour 5 ans.


Shiva Nazar-Ahari a commencé à défendre les enfants avec l’ONG « Travail des enfants ». Elle éduquait les enfants à la gare Nematabad, au sud de Téhéran, jusqu’à ce qu’elle termine l’université et commence à travailler. Elle a continuer à leur enseigner une ou deux fois par semaine. D’après la mère de Shiva, elle a été arrêtée 3 ou 4 fois entre 2002 et 2004.



Dévouée à ses amis et a sa famille


Shiva a commencé à aider les autres à la maison ; sa dévotion à ses parents et à sa famille a nourri ses activités. « Comme les résultats de Shiva à l’université étaient excellents, elle aidait toujours ses sœurs. Quand elle a commencé à travailler, elle a voulu aider son père qui avait travaillé dur pour lui permettre de poursuivre ses études. Shiva a dit que, comme son père était retraité, elle ferait de son mieux pour nous rendre nos bontés. Elle se conduisait de la même façon dans la rue et avec ses amis travaillant collectivement »


« Ses amis nous disent que le comité central se fait beaucoup de souci pour Shiva et demande sans arrêt de ses nouvelles ; les enfants aussi demandent si Tata Shiva ne les aime plus. Ils ne savent quoi répondre… Shiva ne voulait rien pour elle-même. A chaque paie, elle commençait par répondre aux besoins de ses amis. Elle était tellement aimée sur son lieu de travail que lorsqu’elle est revenue après trois mois de prison ils l’ont reprise avec plaisir. Même maintenant au bout de sept mois, les ingénieurs et les directeurs de la société appellent pour demander de ses nouvelles et me disent qu’ils ne remplaceront jamais Shiva, une collègue si bonne et fiable. »


« Elle a de bonnes relations avec nous et avec tout le monde. Aucun membre de notre famille n’a été dérangé par Shiva et il en va de même pour ses amis. Peu importe comment on la traitait, elle ne montrait aucune réaction négative. Elle était gentille et compatissante avec nous. Elle est encore à l’isolement mais ses amis qui ont été relâchés nous disent qu’elle a fait des marques sur le mur, par exemple pour la date du concours d’entrée à l’université de sa jeune sœur. Elle était anxieuse et espérait que Nazanine réussirait. Quand elle a appelé, Shiva a demandé les résultats de Nazanine qu concours. Je lui demandais de parler d’elle et pourquoi elle s’inquiétait de l’examen de sa sœur. Elle m’a dit qu’elle se faisait constamment du souci pour sa sœur. »


Shahrzad Kariman est tout à fait sûre des activités de Shiva et l’admire. « J’ai accepté le chemin qu’elle a choisi parce que ce n’est pas un mauvais chemin. Défendre les droits humains, est-ce un crime ? Il est pénible d’entendre que cela va à l’encontre de la sécurité nationale. Si quelqu’un prend les armes et agit, alors cela va à l’encontre de la sécurité nationale. Shiva ne ferait pas de mal à une mouche, et elle n’a fait qu’aider les gens et pourtant elle a été accusée d’agissements à l’encontre de la sécurité nationale. »


Shiva Nazar Ahari et ses rêves


« Shiva disait toujours qu’elle espérait que la discrimination cesse, qu’elle ne voulait plus voir les enfants mendier dans la rue pour prédire l’avenir ou quelqu’un en désaccord avec les droits humains. Elle disait qu’elle ferait de son mieux pour que la situation actuelle cesse. Elle n’avait pas que ceux qui étaient financièrement à l’aise participe à ses activités mais ceux qui n’avaient pas les moyens ne le faisaient pas ou ne pouvaient pas le faire. »

« Une fois, elle est revenue à la maison avec beaucoup de cartes pour prédire l’avenir. Je lui ai demandé pourquoi elle en avait acheté tant, elle m’a répondu que l’enfant lui avait dit que s’il n’avait pas tout vendu avant de rentrer à la maison, il serait battu. Quand elle allait au bureau central elle a interrogé un enfant sur les meurtrissures de la moitié de son visage et a appris que son père l’avait battu parce qu’il n’avait pas ramené suffisamment d’argent. Elle espérait un futur où les enfants ne seraient plus obligés de travailler et ne seraient plus exécutés. Elle espérait que les enfants ne soient pas obligés de vivre dans une situation qui entrave leur croissance. »



« J’accepte sa voie … la défense des droits humains est-elle un crime ? »


Critiquant les accusations qui pèsent sur Shiva et à propos de ses mois de détention : « Qui a vu sa sécurité mise en danger par Shiva ? Toutes ses activités rentrent dans le cadre des limites imposées par la république islamique d’Iran, elle n’agit pas contre le gouvernement, elle ne fait qu’aider des êtres humains. Son père, le peuple d’Iran et moi-même ont accepté sa voie. Si l’on interroge Shiva et ses semblables sur leurs activités, tout le monde comprend, non seulement qu’elle n’a pas choisi un mauvais chemin, mais que c’est exactement ce qu’il faut faire et qu’elle a été emprisonnée à tort. Qu’a-t-elle fait pour mériter de passer sa 25ème année et son 26ème anniversaire derrière les barreaux ? Plus j’y pense, plus je refuse l’incarcération de Shiva. »

La mère de Shiva a discuté de tous ces points à de multiples reprises avec les enquêteurs. « J’ai dit à celui qui traitait son dossier qu’il était impossible que Shiva ait fait le mal et mes derniers mots pour lui ont été qu’on devrait épargner la prison à Shiva et à ses semblables. La prison est un endroit pour ceux qui viole la dignité des gens ou qui assassinent. Mais ces jeunes n’ont rien fait de mal et ils ne devraient pas passer les meilleures années de leur vie derrière les barreaux. Je dirais seulement que j’espère que Dieu les ait en sa sainte garde et qu’il n’hésitera pas à protéger les protéger en ces temps très difficiles, loin de leur famille, pour leur permettre de tout supporter. »

Les derniers mots de la mère de Shiva, dont la voix vibre d’enthousiasme à chaque fois qu’elle mentionne Shiva : « J’espère que très bientôt les portes de ces prisons s’ouvriront pour que ces perles puissent de nouveau être embrassées au sein de leurs familles. »



Source: International Campaign for Human Rights in Iran - Traduction: @MrZand



vendredi 30 juillet 2010

Un rapport de la prison de Radjaï-Shahr - Docteur Saïd Massouri

 Jeudi 29 juillet 2010 – RAHANADans une lettre émouvante, Saïd Massouri, incarcéré depuis 2000, décrit la situation poignante de la prison de Radjaï-Shahr. Le Docteur Saïd Massouri a été arrêté en décembre 2000, dans la ville de Dezfoul et est actuellement détenu dans la section 10 du pavillon 4 de la prison de Radjaï-Shahr de Karadj. Son procès initial et celui en appel l’avaient condamné à mort. De ses 10 ans de prison, il en a passé 3 à l’isolement dans les prisons de Téhéran et Dezfoul. Après des efforts intensifs, sa peine de mort a été commuée en emprisonnement à vie.

Suivant les rapports de RAHANA, Massouri n’a jamais bénéficié de permission pendant ses 10 ans ; pendant sa préventive et son isolement, il a été soumis à des tortures physiques et psychologiques intenses. Massouri a été transféré à la prison de Radjaï-Shahr connue pour ses conditions inhumaines il y a quelques années. Dans une lettre écrite de l’intérieur de la prison et qui est parvenue à l’agence de presse RAHANA « La maison des droits de l’homme d’Iran », Massouri décrit les conditions inhumaines de la prison :

La vie à l’extérieur de la prison continue comme d’habitude et il est difficile d’imaginer quel enfer, quelle tragédie humaine se passent à quelques mètres, derrière les murs de la prison qu’ils côtoient quotidiennement, un peu comme ceux qui vivaient à proximité des camps d’Auschwitz et de Dachau, qui n’avaient peut-être aucune idée de ce qui pouvait se passer derrière les murs de ces camps notoires.

Je veux dépeindre la prison de Radjaï-Shahr, qui parait grande aux citoyens de Karadj mais qui n’est en réalité qu’une très petite prison en raison de sa surpopulation. C’est un monde différent, ressemblant beaucoup à l’enfer décrit dans les films de fiction, plein de feu et de fumée. Un monde rempli de visages brûlés, noirs, ébouriffés, de corps nus couverts de sueur et de marques rouges de piqûres de puce. Un monde plein de pantalons déchirés donc les lambeaux servent de ceintures, de pieds nus et sales, de vêtements portés à l’envers et couverts de puces, déchirés, de claquettes dépareillées. Un monde à l’air pollué, par l’odeur extrême des ordures en putréfaction, par les égouts débordant dans les toilettes, par la toxicité du vomi séché, par le flegme infectieux et les odeurs corporelles de corps vivant dans la promiscuité et ayant rarement l’occasion de se baigner et culminant par l’odeur de l’urine de ceux qui ne se contrôlent plus.

Voilà la toile de fond du formidable tumulte et des cris des prisonniers qui semblent passer leurs journées entières à faire la queue. Des prisonniers faisant la queue debout, une bouteille de plastique retournée à la main pour leur servir de tasse à thé, tassés dans des queues multiples, longues, pour utiliser les toilettes ou prendre une douche, etc…

Des visages décharnés par la malnutrition mais cachés derrière des barbes touffues et des cheveux ébouriffés, des toux déchirantes causées par les problèmes respiratoires dus à la contamination de l’air à l’intérieur, des corps méconnaissables qui rappellent les enfants africains en temps de famine, des masses de prisonniers dans les couloirs, tels des zombies, frappés par la chaleur, leurs yeux sans vie fixant les murs et le plafond, des corps décharnés cherchant les puces dans les coutures des vêtements, des corps frôlant d’autres corps, trop habitués aux images qui les entourent.

Une foule d’autres prisonniers, isolés ou par groupes de deux, incapables de marcher à cause de la foule, regarde les autres qui jouent avec les points de suture sur leurs poignets ou leur cou, posés suite à des automutilations. Beaucoup ont à la main une petite serviette ou un morceau de tissu qui leur sert à s’éponger la sueur sur la tête ou le visage toutes les deux minutes ; cela leur sert également à se masquer la bouche et le nez pour mieux supporter la puanteur de l’air contaminé. Ajoutez à cela le tumulte et le bruit assourdissant de leurs haut-parleurs qui crient des insultes vulgaires, exigeant le silence, ordonnant de respecter les règles en usage aux toilettes et aux douches, etc… On ne réalise la dureté des conditions que lorsqu’on sait que l’endroi,t censé héberger 90 personnes au maximum, contient plus de 1.100 prisonniers. Il y a une douche pour 250 prisonniers, un pain ou un flacon de savon pour 500, une toilette (souvent pleine et en plein dégorgement) pour 170. Pour cinq prisonniers, l’espace disponible est de 5m2, ce qui oblige les prisonniers à utiliser les couloirs et les escaliers ; une couverture pour 5 ou 6 prisonniers ; des prisonniers contraints d’être en dehors de leurs cellules de 19h00 à 07h00, debout, à cause du manque d’espace. Même à l’air libre, on trouve rarement une place. On sert souvent la nourriture sur une feuille de journal et la seule façon pour pouvoir manger est de trouver une place où s’asseoir à l’air libre. Ces conditions touchent également les gardiens qui non seulement sont confrontés à la tâche redoutable de compter les détenus et de garder trace de leur passage, mais encore sont confrontés à toutes sortes de maladies et d’infections.

Il est toujours surprenant d’entendre du matin au soir la télévision parler de dignité humaine, de droits humains et de la façon de gouverner le monde, mais pas un mot de ce qui se passe derrière les murs de cette prison. Apparemment, la santé publique, les douches et les toilettes sont tellement liées à la sécurité nationale qu’en parler est considéré comme un crime contre la sécurité nationale. Prenons par exemple Reza Djoushan, 22 ans, transféré à l’isolement pour avoir eu l’audace d’élever la voix et de se plaindre de la situation. Bien que son transfert à l’isolement n’ait pas été une surprise pour moi, la situation à Radjaï-Shahr et dans d’autres prisons est si terrible qu’elle ne sera pas résolue en envoyant les gens à l’isolement. Rien d’étonnant à ce que beaucoup de prisonniers incarcérés dans les célèbres prisons iraniennes rêvent d’endroits comme les prisons de Guantanamo et d’Abu Ghraib comme de rêves inaccessibles, leur exécution devenant leur seul espoir tangible d’échapper à cette tragédie humaine insupportable.

Saïd Massouri - Prison de Radjaï-Shahr - Juillet 2010

Sources: http://www.rhairan.us/archives/21043

http://negar-irani.posterous.com/24433459

dimanche 4 juillet 2010

Mohammad Réza, 18 ans attend son exécution : sa famille est dans la misère

URGENT
Mohammad Réza Haddadi arrêté à l’âge de 15 ans pour meurtre est maintenant condamné à mort suite à la confirmation de la cour d’appel de Shiraz, Iran




La famille de Mohammad Réza est dans une situation déplorable. Son père a abandonné sa famille il y a 15 ans et s’est marié avec deux autres femmes. Aucune de ses trois épouses n’a demandé le divorce.



La mère de Mohammad Réza fait des travaux pénibles pour subvenir aux besoins de ses huit enfants (Mohammad Réza et ses sept frères et sœurs) et est handicapée suite à trois attaques sévères. L’un des frères de Mohammad Réza et sérieusement handicapé et ne peut pas bouger le bras ou la jambe. Une de ses sœurs a divorcé et est revenue chez sa mère avec un enfant quand elle a découvert que son mari avait huit enfants de sa première épouse. Cette sœur est très attachée à Mohammad Réza et n’a pas supporté d’apprendre que son frère allait être exécuté. Elle a perdu son self-control et a fait une tentative de suicide en s’immolant par le feu. Elle a pris du pétrole dans le poêle. Sa mère a tenté de la sauver mais leur domicile est situé dans ruelle étroite et isolée et elles n’ont pas trouver une voiture rapidement ; elle a 70% du corps de brûlé à cause du retard mis à atteindre l’hôpital.



Le père de Mohammad Réza, qui se présente comme un tâcheron illettré père de 14 enfants qui n’a d’autre aide en ce monde que Dieu le miséricordieux, déclare qu’il a vu son fils se faire battre avec un câble pendant 12 heures de rang pour le faire avouer un crime qu’il n’avait pas commis.



Il souhaite que Dieu mette la pitié dans le cœur de la famille de la victime que le tribunal croit que Mohammad Réza a tué. Il espère qu’elle pardonnera à son fils puisque son fils n’est pas un meurtrier. Il a été impliqué dans ce crime stupide à cause de la pauvreté et d’une situation misérable. Les deux parents de Mohammad Réza ont plusieurs fois rendu visite à la famille de la victime pour leur demander de pardonner, mais elle a refusé avec haine et colère et a appelé la police en renfort pour les faire partir.



Mohammad Réza accompagnait un groupe de majeurs qui volait une voiture. Mohammad Réza a avoué au tribunal que c’était lui qui avait tué le conducteur, mais après avoir appris la peine de mort qu’il encourait, il est revenu sur ses aveux en expliquant qu’il avait avoué parce que ses complices l’avaient persuadé de prendre la responsabilité du meurtre contre de l’argent qu’ils remettraient à sa famille.



Il croyait ne pas être condamné à mort ayant moins de 18 ans, mais le tribunal l’y a condamné pour enlèvement et meurtre. Les autres accusés ont eu des peines de prison pour avoir brûlé et caché le corps.



Mohammad Réza et sa famille croient qu’il n’a pas commis ce meurtre et qu’il a été trahi par ses partenaires adultes.



Son avocat déclare que la police scientifique n’a pas trouvé la cause exacte de la mort mais le tribunal a la certitude que le crime a été commis par Mohammad Réza sur la base de ses aveux alors qu’il s’est rétracté ultérieurement. Il déclare également que l’un de ses complices lui aurait promis de lui donner sa sœur en mariage s’il s’accusait du meurtre.



Ni les dénégations de Mohammad Réza, ni la confirmation tardive de son innocence par son complice n’ont changé la décision du tribunal de première instance après ses aveux. Son exécution a été confirmée par la cour d’appel, bien que l’Iran soit signataire d’accords internationaux interdisant l’exécution de personnes de moins de 18 ans ayant commis des crimes, y compris de la convention internationale des droits des enfants.



« Mohammad Réza a passé sept des plus belles années de sa vie en prison, dans la peur d’être pendu » dit la sœur de Mohammad Réza. « J’ai divorcé, j’ai un enfant dont je suis le seul parent responsable, mais la nouvelle de l’exécution de Mohammad Réza était tellement choquante que j’ai tenté de me suicider sans penser à ma fille. Je comprends le sentiment de la famille de la victime qui a perdu l’un des siens, mais elle sait que ce n’était qu’un enfant à l’époque et qu’il n’a vraiment pas commis ce crime. »






Source en Persan - Committee of Human Rights Reporters : http://bit.ly/c6iYPD


Rooz/Fereshteh Ghazi : des accusés inconnus condamnés à mort

Fereshteh Ghazi
1er juillet 2010

L’organe judiciaire des forces armées a annoncé hier les verdicts du procès des accusés de KAHRIZAK. Cet organe a au même moment fait allusion aux conclusions du dossier des dortoirs de l’université [NDT : violente attaque des dortoirs de l’université de Téhéran intervenue le 15 juin 2009]. Ceci intervient alors que selon les familles Javadifar et Kamrani, [Amir Javadifar et Mohammad Kamrani ont été assassiné dans ce centre de détention], ces verdicts n’avaient pas été communiqués à eux ou à leurs avocats. Ces familles ont découverts les verdicts par la presse.

La cellule de communication de l’organe judiciaire des forces armées a annoncé dans un communiqué que le tribunal militaire a condamné deux accusés à la peine capitale ("ghesas") pour des coups et blessures volontaires. Ce communiqué n’a pas nommé les accusés mais a précisé qu’ils ont été jugés coupables pour coups et blessures ayant causé la mort de Mohsen Rouholamini, Mohammad Kamrani et Amir Javadifar. Ils ont été condamnés à la peine de prison avec interdiction provisoire d’exercer leurs fonctions, au paiement d’une amende, à des coups de fouet, au paiement du prix du sang ("dieh", compensation financière payée aux familles des victimes lorsqu’il y a meurtre, selon la loi islamique) et à la peine de morte ("ghesas nafs").
  
Selon ce même communiqué, un condamné a été relaxé et neuf autres ont été condamnés à des peines de prison, paiement de prix du sang ("dieh"), amendes, coups de fouet et interdiction provisoire d’exercer leurs fonctions.

Verdict non communiqué
Les verdicts prononcés par le tribunal militaire ne sont pas définitifs et les accusés peuvent faire appel. Ces verdicts ont été publiés dans la presse alors que les familles des victimes et leurs avocats n’avaient pas été tenus au courant.

Babak Javadifar, le frère d’Amir Javadifar a déclaré à Rooz : "Nous n’avons pas été informés. Nous avons pris connaissance de ces verdicts par la presse. Nous ne connaissons pas encore les détails de ces verdicts et ne pouvons de ce fait portés un jugement sur leur nature".

Ali Kamrani, le père de Mohammad Kamrani a déclaré à Rooz : "Nous ignorons toujours les détails du verdict. Il n’ont fait qu’une annonce très globale. Nous ne pouvons pas vraiment porter un jugement. Nous attendons que le juge du tribunal rentre de son pèlerinage à la Mecque pour découvrir les détails de ce verdict".

Ali Javadifar, le père d’Amir Javadifar avait déclaré à Rooz que les familles des victimes avaient critiqué contre certains passages du réquisitoire et ceci avait interrompu le cours du procès.

Aucune information concernant le déroulement du procès et la conduite des enquêtes n’a encore été publiée. Les familles des victimes ont aussi gardé le silence en raison du déroulement du procès à huit clos et de l’absence de toute publication d’information.   

Juger les vrais responsables de KAHRIZAK
L’organe judiciaire des forces armées avait déclaré que les accusés étaient des membres des forces de l’ordre. Les familles avaient déclaré à Rooz qu’elles voulaient voir les vrais instigateurs des atrocités commises jugés. Une demande qui n’a jamais été satisfaite. 

Ali Kamrani a indiqué à Rooz : "Nous ignorons quand le procès des responsables de KAHRIZAK sera tenu. Nous voulons que les vrais instigateurs soient jugés. Nous voulons que ce procès se tienne rapidement".

Babak Javadifar a aussi indiqué à Rooz : "Nous suivons cette demande des familles à 100%. Nous attendons que le procès des fonctionnaires du pouvoir judiciaire ayant donné l’ordre de transférer les prisonniers à KAHRIZAK se tienne dès que possible, sur la base du rapport rendu public par le Parlement et des rapports de l’organe judiciaire des forces armées et les informations évoqués lors de ce procès.

L’allusion de Monsieur Javadifar au rapport du Parlement concerne le document rendu public par le comité spécial chargé d’enquêter sur les incidents post-électoraux. Ce comité, avait identifié Saïd Mortazavi, le Procureur de Téhéran pendant les faits, comme celui qui avait ordonné le transfert des prisonniers arrêtés le 18 Tir au centre de détention de KAHRIZAK. Ce comité avait indiqué que Mortazavi avait motivé cette décision par "un manque de place à la prison d’Evin".

Les victimes de KAHRIZAK
Amir Javadifar, Mohammad Kamrani et Mohsen Rouholamini sont les victimes qui ont succombé aux coups et blessures et à la torture pratiquée dans le centre de détention de KAHRIZAK, dénommé depuis le Guantanamo d’Iran.

La République Islamique a reconnu la mort de ces trois individus à KAHRIZAK alors que la mort de Ramin Aghazadeh Ghahremani et d’Abbas Nejati Kargar, dans ce centre de détention n’a jamais été reconnue par les responsables militaro-judiciaires. Ces deux personnes ont succombé après avoir été libéré de KAHRIZAK et en raison des tortures subies pendant leur détention. 

Ramin Pourandarjani, médecin militaire, est une autre victime de KAHRIZAK. Les autorités ont tout d’abord annoncé que sa mort était due à une attaque cardiaque, ensuite qu’il s’était suicidé et plus tard, qu’il était mort d’une intoxication. Mais selon les révélations publiées par Rooz, le compte rendu de la première évaluation de la cause du décès ayant intervenu sur le lieu où le corps a été retrouvé faisait état d’un étranglement au niveau du cou. 

Les autres victimes de KAHRIZAK
Mais les victimes de ce centre de détention ne se limitent pas à ceux qui y sont morts. Selon l’organe judiciaire des forces armées, 98 prisonniers de centre avaient porté plainte à la suite des violences subies pendant leur incarcération. Ce même organe indiquait que 51 de ces prisonniers avaient retiré leurs plaintes suite au paiement d’indemnités et à la reconnaissance des faits par certains intermédiaires du Conseil Supérieur de la Sécurité Nationale. 

Selon ces informations, en plus des familles de ces trois personnes décédées à KAHRIZAK, il existe 47 autres plaignants.  

Mehdi Karoubi, l’un des leaders des opposants aux résultats de l’élection truquée du 12 juin 2009, dans une lettre adressé à Hashemi Rafsanjani, faisait état de viols subis par des prisonniers, homme et femme. Mais les autorités ont déclaré que ces affirmations étaient des mensonges et ont interdit à ces plaignants de porter plainte.     

La prison de KAHRIZAK qui avait été construite dans le cadre du nettoyage et de réorganisation de la région de Tehran Pars et qui, selon les affirmations des responsables militaires, avait été utilisé pour la détention des "racailles", a été utilisée après l’élection du 12 juin pour détenir les opposants aux résultats de cette élection.  

Une prison où, selon la description du comité spécial du Parlement, 147 prisonniers ont été détenus dans une petite superficie, sans système d’aération, souffrant d’un manque d’eau et de nourriture appropriée, subissant les pires insultes, les actes de tortures, les coups et blessures, la promiscuité avec les prisonniers dangereux, les actes d’humiliation et tout ceci dans l’indifférence totale des responsables de cette prison vis-à-vis de l’état physique des prisonniers.