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dimanche 3 novembre 2013

Interview d’Arash Sadeghi par Masih Alinejad


Masih Alinejad : Monsieur Sadeghi, suite à la déclaration de Monsieur Edjeï, beaucoup s’interrogeaient sur votre sort. Je suis heureuse de vous voir libre. Pouvez-vous nous dire où vous étiez détenu ? Dans quelle section ?
Arash Sadeghi : J’ai été détenu à la prison d’Evine dans les sections 209 et 240 et, pendant un certain temps au sous-sol de la section 209

M.A. : Pourquoi ont-ils nié votre détention ? Pourquoi personne ne vous a vu ?
A.S. : Je ne sais pas pourquoi personne ne m’a vu. Dans la cellule 92, j’étais avec deux autres prisonniers, tout le reste du temps, j’étais à l’isolement.

M.A. : Dans la cellule 92, qui était avec vous ?
A.S. : Un homme appelé Mehran et un autre dont je ne me souviens plus le nom. Ils paraissaient être des membres de forces de sécurité détenus depuis longtemps.

M.A. : Votre famille ignorait également votre sort. Ils ne vous ont pas rendu visite ? De quand date la dernière visite de votre famille ?
A.S. : La dernière date de novembre 2012, lorsqu’on a permis à mon père de me rendre visite.

M.A. : Quel était le problème de votre dossier durant cette période ? Pourquoi vous a-t-on gardé à l’isolement si longtemps ? En quoi les accusations qui pesaient contre vous étaient-elles différentes de celles à l’encontre des autres militants du Mouvement Vert ?
A.S. : L’une des accusations mentionnées était notre intention d’organiser un rassemblement devant l’université Tabatabaï en février 2012. Une deuxième était une visite que j’ai rendue à Monsieur Maleki chez lui. A cette occasion, nous avons discuté du boycott actif des élections législatives de 2012. Une troisième concernait ma mère. On avait demandé à ma famille de retirer la plainte. Certains de mes amis étaient au courant. Le rapport du juge d’instruction confirmait que ma mère n’avait pas de problème cardiaque et que c’était le choc qui avait causé l’arrêt cardiaque qui l’avait conduite à la mort. J’étais accusé de « collusion et conspiration contre le régime » et de « propagande contre le régime ». Quand j’ai été libéré sous caution, je n’arrivais pas à y croire, cela m’a causé un choc. Au début, la caution était fixée à $100.000, mais quand ma famille a voulu la déposer, on lui a dit qu’elle était de $170.000. On a encore essayé de différentes façons d’empêcher ma famille de déposer la caution pour que je ne sois pas libéré, mais ma famille a fini par y arriver.

M.A. : Alors ils ont demandé à votre famille de venir vous chercher devant la prison d’Evine ?
A.S. : Désolé, je ne vous entends plus.

M.A. : Je voudrais savoir quand vous avez été libéré.
A.S. : J’ai été libéré le samedi 12 octobre à 21h00.

M.A. : Et votre famille était au courant et elle s’est rendue devant la prison d’Evine ?
A.S. : Oui, elle était au courant, mais elle n’avait pas les moyens financiers de faire le voyage alors elle a demandé à un ami de faire le nécessaire pour qu’on vienne me chercher.

Source : http://hriran.com/en/component/content/article/98-important-news/3782-arash-sadeghi-talks-with-reformist-journalist-after-prison-release.html

samedi 2 novembre 2013

Fereshteh Ghazi (@iranbaan) interviewe Arash Sadeghi

Rooz - Fereshteh Ghazi : Quand et comment avez-vous été libéré de prison ?
Arash Sadeghi : J’ai été libéré le 12 octobre sous une caution d’environ $170.000. La caution était fixée à l’origine à $100.000 mais par la suite on a dit qu’elle était de $170.000. Cette caution a été fournie par un membre de ma famille éloignée, ma famille proche n’ayant pas les moyens de répondre à une telle demande.

F.G. : Dans quel endroit de la prison étiez-vous détenu et dans quelles conditions ?
A.S. : J’étais à la section 209 et j’ai été transféré pendant un certain temps à la section 240. J’étais au 209, au sous-sol du 209 et à la section 240 de la prison d’Evine.

F.G. : Mr Edjeï, porte-parole de la justice iranienne, a déclaré que vous n’aviez été emprisonné à aucun moment pendant les années 2012 et 2013.
A.S. : Mon père a écrit une lettre pour y répondre. Cette lettre n’a été publiée que sur les pages Facebook de quelques amis puisqu’aucun media n’a accepté de la publier. Les medias n’ont pas été très gentils avec mon père. Mes amis ont écrit à Jaras, Kalameh et d’autres sites pour leur demander pourquoi ils n’avaient pas publié cette lettre.

F.G. : Que contenait cette lettre ?
A.S. : Une réponse a Mr Edjeï. Mon père y déclarait : « Pendant ce temps, nous avons rendu visite à Arash en prison deux fois. Niez-vous ces visites ? Sept jours après son arrestation, Arash a appelé au téléphone pour nous informer de la présence de Kouhyar Goudarzi à la section 209. Niez-vous les pressions exercées sur notre famille ? » Voilà le contenu de cette lettre qui n’a malheureusement pas été publiée à l’époque.

F.G. : Monsieur Sadeghi, j’ai contacté votre père le jour même où Mr Edjeï niait votre présence en prison, mais votre père n’a pas mentionné la lettre. De plus, pourquoi la lettre ne nous a-t-elle pas été envoyée ? C’est la première fois que j’en entends parler.
A.S. : Quand avez-vous contacté mon père ?

F.G. : Le jour-même où la déclaration de Mr Edjeï était publiée.
A.S. : Quelques amis sont venus à la maison et ont discuté de cette lettre. Mon père leur a dit qu’il avait écrit cette lettre et il en a remis un exemplaire à plusieurs personnes, qui, à leur tour, l’ont fait circuler mais n’ont pas réussi à la faire publier.

F.G. : Vous avez dit que vous avez séjourné dans les sections 209 et 240 de la prison d’Evine. Quelle était votre situation en prison ? Etes-vous resté à l’isolement pendant toute cette période ?
A.S : Je suis resté à l’isolement tout le temps sauf pour une période de 20 à 25 jours où je me trouvais dans la cellule 92 avec deux autres prisonniers qui devaient s’y trouver depuis déjà quelque temps. Ils étaient accusés par le ministère du renseignement, sûrement parce qu’ils connaissaient certaines personnes trop bien. Durant leurs conversations, ils parlaient d’une personne dont ils connaissaient le surnom quand il était chargé des interrogatoires dans les années 1980. Je ne sais pas pourquoi ils y étaient détenus mais j’ai partagé leur cellule pendant environ 20 jours. 

F.G. : Alors vous voulez dire qu’en dehors de ces deux personnes, vous n’avez vu personne dans les sections 209 et 240 ?
A. S. : J’ai vu Monsieur Kouhyar Goudarzi. C’est alors que j’ai dit par téléphone à ma famille que Kouhyar était ici. Ce qu’on disait de moi ressemblait à ce qu’on disait de Kouhyar. Mais Kouhyar a une mère fermement présente à ses côtés et suivant son dossier de près.

F.G. : J’aimerais vous demander pourquoi vous étiez traité de cette façon ? Sur quelles bases ?
A. S. : Je n’étais au courant d’aucune nouvelle accusation depuis environ sept ou huit mois. On a juste mis devant moi une vague feuille de papier imprimée. On voyait bien qu’il s’agissait d’une photocopie d’un texte général largement distribué. 

F.G. : Quel papier ? Qu’y avait-il d’écrit dessus ?
A. S. : « Liens et contacts avec les medias étrangers, participation à des rassemblements », etc. Quelques accusations génériques, clairement photocopiées et données aux accusés. Je n’ai pas signé. L’accusation à mon encontre, présentée par celui qui m’interrogeait, c’est d’avoir organisé un rassemblement devant l’université Allameh Tabatabaï. Une autre accusation consiste en les liens que j’entretenais avec le Docteur Mohammad Maleki (Premier président de l’université de Téhéran après la révolution). J’ai rendu visite au Docteur Maleki une ou deux fois après ma libération. Celui qui m’interrogeait prétendait « Le Docteur Maleki militait pour un ‘boycott actif des élections’ et tu voulais l’y aider en dirigeant un comité dans ton université. » Même si ce n’est pas vrai, on ne me laissait pas rentrer à l’université. Quand j’ai tenté d’y entrer pour savoir où en était mon dossier, on m’en a refusé l’entrée.
Ma mère est un autre problème. La raison principale de ma détention est ma mère. Depuis ma dernière arrestation, on m’a demandé à plusieurs reprises de retirer ma plainte contre le ministre du renseignement. Je me souviens qu’une fois, on est venu lors d’un cours d’histoire avec feu Hoda Saber dans la section 350 de la prison d’Evine. On m’a appelé par haut-parleur, convoqué et demandé de retirer ma plainte. On m’a dit qu’il n’y aurait pas de problème d’argent. On m’a donné un chèque en blanc en me demandant d’y inscrire le montant que je voulais et on m’a dit que je pourrai poursuivre mes études, que je ne rencontrerai aucun problème, que je pourrai vivre ma vie. J’ai répondu que je ne pourrai jamais oublier ce qui était arrivé à ma mère et qu’elle représentait ma première priorité.
Ma libération a coïncidé avec la confirmation du bureau du juge qui indiquait une fois encore que ma mère ne souffrait pas du cœur et que son décès résultait du choc de l’attaque contre son domicile ; elle avait aussi reçu un coup sur la tête qui lui avait causé une hémorragie interne. J’ai tenté de suivre le dossier. Ma sœur était présente mais elle ne voulait malheureusement pas s’impliquer. Le succès de ma requête dépend en quelque sorte de l’implication de ma sœur. Je pense que j’ai été arrêté parce que je n’abandonnais pas le dossier de ma mère. Après mon arrestation, J’ai été placé à l’isolement dans une situation floue.

F.G. : Votre grand-père vous aurait rendu visite et, après cette visite, une lettre a été publiée, signée du nom de votre grand-père, adressée à celui qui vous interrogeait, qui expliquait que vous étiez mis en accusation à cause de l’interview que vous m’aviez donnée en 2010 ainsi qu’à celle que vous aviez accordée à la BBC. D’après ce que vous dites, ce n’était pas les faits qui vous étaient reprochés.
A.S. : Différents points se sont fait jour. Par exemple, on m’a reproché ma soi-disant coopération avec le site web de presse Iran Khabar News Agency. J’ai toujours été celui qui insistait auprès de mes amis pour que, s’ils décidaient de travailler avec les médias, ils évitent de coopérer avec Iran Khabar en raison de ses liens avec l’OMPI. Ceux qui coopéraient avec ce site s’exposaient à beaucoup de difficultés et de problèmes.
Il y avait beaucoup d’accusations à mon encontre. La principale était l’organisation d’un rassemblement devant l’université même si j’avais été arrêté un mois avant ce rassemblement. L’autre accusation était « le boycott actif » des élections. Une autre encore concernait les déclarations publiées hors de la prison. Ce sont les principales raisons de mon arrestation en plus de la mort de ma mère.

F.G. : Comment vous a-t-on arrêté cette fois ?
A.S. : Je me rendais à Behest-e-Zahra. Je n’étais pas au bout de ma rue quand on m’a arrêté. Comme j’ai résisté, l’arrestation fut violente.

F.G. : Arrêté par le ministère du renseignement.
A.S. : OUI


21 octobre 2013 : Les militants iraniens PeymanAref (à gauche), AliVefghi (au centre) ArashSadeghi (à droite) Torturés en prison.

F.G. : De janvier 2012 au 12 octobre 2013, sauf pendant les 20 jours que vous avez mentionnés, vous n’avez vu personne d’autre que Kouhyar Goudarzi, c’est bien cela ?
A.S. : Oui

F.G. : Vous avez mentionné qu’on insistait pour que vous retiriez votre plainte concernant la mort de votre mère. L’avez-vous retirée ? Est-ce la raison de votre libération ?
A.S. : Non, elle n’a pas été retirée. Au bout d’un certain temps, on a cessé de m’interroger, mais j’étais dans le flou à propos de ma détention. Le suivi de mon dossier par mon père n’a rien apporté de plus. Je m’en tenais à : si l’on m’accuse de quoi que ce soit, il faut me le dire et je dois comparaître. Il n’y avait aucune raison de me maintenir en détention pendant si longtemps.

F.G. : Vos amis discutaient et parlaient beaucoup de votre arrestation. Des personnes qui se prétendaient vos amis disaient que vous aviez été tué en prison, d’autres disaient que vous n’aviez même pas été arrêté que ce n’était qu’une fable… Pourquoi ces discussions à votre sujet ?
A.S. : Je ne sais quoi vous dire. Grâce à mes amis, je surfe sur le net et je lis beaucoup de ce qui a été écrit et je ne sais quoi dire. Ma question à mes amis qui ont nié mon emprisonnement est que mon père a donné trois interviews, alors qu’il est membre des forces armées et qu’il subit d’immenses pressions de la sécurité militaire et du ministre du renseignement. Si je n’avais pas été en prison, on aurait arrêté mon père pour propagation de mensonges. Un autre point est que j’ai reçu des visites en prison ; Maître Alizadeh Tabatabaï a également donné des interviews et a déclaré qu’il s’occupait de mon dossier. Il s’est rendu au tribunal pour demander si j’étais toujours vivant. On lui a dit que j’étais vivant. Alors pourquoi n’a-t-on pas nié que je fusse en prison alors qu’on a prétendu que Kouhyar n’avait même pas été arrêté. La justice et le ministère du renseignement avaient annoncé que Kouhyar avait été kidnappé et non arrêté. Il est cependant apparu plus tard qu’il se trouvait bien en prison. Ses tenants et aboutissants ont pu être divulgués grâce aux efforts de ses amis et de sa mère. Je n’avais personne pour s’occuper de mon cas et donner des interviews. Je ne sais malheureusement que dire. Une autre question sur la négation de mon emprisonnement est que j’étais en prison pendant deux ans. Pourquoi le ministère du renseignement ou la justice n’ont-ils pas nié mon arrestation plus tôt ?

F.G. : Un autre point est la rumeur de votre mort en prison. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Comment a-t-elle fuité ?
A.S. : J’ai fait deux grèves de la faim, une fois en soutien de Hossein Ronaghi Maleki et une autre suite à une altercation avec un gardien de prison, mais rien qui n’ait pu causer ma mort. Il y avait beaucoup de fausses rumeurs. Certains disaient que je n’étais pas en prison, d’autres que je n’étais plus vivant, ce qui a causé ce battage médiatique. Environ sept jours après mon arrestation, j’ai pu faire un appel téléphonique. Celui qui m’interrogeait m’a dit que mes amis avaient causé beaucoup de zizanie et de chocs. Pendant cette période, la pression médiatique m’a donné accès au téléphone. Après l’installation de cette ambiance délétère, la pression médiatique a perduré.

F.G. : Vous voulez dire qu’on ne vous a pas permis de contacter votre famille après ?
A.S. : Exactement. Je n’ai pu téléphoner qu’une fois. J’ai utilisé cet appel pour confirmer que Kouhyar était à la section 209 ; j’ai aussi dit autre chose qu’il ne serait pas correct de répéter ; à cause de cela, on m'a interdit de recontacter ma famille. En y repensant, je me rends compte que tout penchait à nier ma présence en prison. Mais si je n’avais pas été en prison, mon père n’aurait eu aucune raison de donner des interviews.

F.G. : Vous dites que vous avez fait deux grèves de la faim dont une pour protester contre la situation de Hossein Ronaghi. Vous n’aviez pas de contacts avec le monde extérieur, alors comment connaissiez-vous la situation de Hossein Ronaghi ?
A.S. : Mon grand-père m’a rendu visite. Hossein Ronaghi avait commencé une grève de la faim quelques jours avant sa visite. Mon grand-père m’a dit : « Ton ami Hossein Ronaghi a commencé une grève de la faim pour protester contre sa situation médicale. » Je lui ai dit que je commencerais une grève de la faim le jour même en soutien de Hossein Ronaghi Maleki.

F.G. : Avez-vous rendu visite à votre grand-père à la prison d’Evine ?
A.S. : Oui

F.G. : On a rapporté que votre grand-père avait été arrêté et transféré à la section 209 de la prison d’Evine. Avez-vous vu vote grand-père à la section 209 ?
A.S. : Non pas du tout

F.G. : Après la libération de votre grand-père, vous ne l’avez plus vu et il ne s’est pas occupé de votre dossier ?
A.S. : C’est malheureusement exact. Mes amis poussaient mon père a s’en occuper. Aux dernières nouvelles, mon grand-père vit à Parand au nord de Robat-e-Karim.

F.G.  : Vous n’avez pas revu votre grand-père, même après votre libération ?
A.S. : Malheureusement non.

F.G. : Et votre père ? Avez-vous vu votre famille après votre libération ?
A.S. : Je ne les ai vus qu’une fois. Je n’ai pas le droit de pénétrer dans la zone militaire. Le renseignement militaire m’a retiré mon laissez-passer. Il faudrait que je retourne dans cette zone pour m’y faire enregistrer, mais on ne me le permet pas. J’ai cependant vu mon père à l’extérieur de la zone. Mon père est dans une situation dramatique. Il a des crises d’angoisse. Il prend des médicaments qui ont fait empirer son état. Il est dans un tel état que ces crises d’angoisse ne peuvent être contrôlées que par des médicaments. Quand il ne les prend pas, sa santé neurologique est très perturbée. Mon père subit des pressions du renseignement militaire, du ministère du renseignement et de son épouse. Il ne veut pas donner d’interviews, quand il l’a fait, c’est pendant que son épouse n’était pas à la maison et il faisait en sorte qu’elle ne le sache pas. Les problèmes familiaux ont été pour beaucoup dans le manque de réponse de mon père.

F.G. : Vous avez parlé de son épouse ?
A.S. : Oui. Mon père s’est remarié 60 jours après la mort de ma mère. L’une des raisons qui m’empêche de vivre avec mon père est son mariage.

F.G. : Après la négation d’Edjeï, on a dit vous avoir vu à Mehrabad Sud (là où son père possède une maison dans une enclave militaire). On a dit que vous étiez très maigre et émacié, comme un mort sorti de sa tombe. Vous sembliez en plus avoir perdu vos facultés cognitives et que vous erriez sans but… Comment l’expliquez-vous ?
A.S. : Oui, ceci a été rapporté par XXX dont la sœur était dans la même université que moi, c’était un ami. Sa sœur a vu quelqu’un à l’université et a dit après qu’elle avait vu quelqu’un qui ressemblait beaucoup à Arash. Mais alors, si c’était Arash, pourquoi ne m’ont-ils pas parlé ?

F.G. : Pourquoi n’avoir informé personne de votre libération contrairement aux autres prisonniers libérés, pourquoi l’avoir annoncé sur Facebook au bout de quelques jours ?
A.S. : En fait, je l’ai dit à tout le monde, mais les médias m’ont bloqué. Les sites n’ont pas publié la nouvelle de ma libération, et même maintenant, ils doutent que les photos de Facebook soient vraiment celles d’Arash… même si c’est moi qui m’occupe de mon compte Facebook et si j’ai pris cette photo à la demande de mes amis avec mon téléphone portable.

F.G. : Quelle est votre situation actuellement ? Quelles sont les accusations qui vous ont été notifiées ?
A.S. : « Collusion et conspiration contre le régime » et « propagande contre le régime ».

F.G. : Vous a-t-on expliqué pourquoi vous n’avez pas été transféré à la section commune de la prison, pourquoi vous êtes resté à l’isolement pendant si longtemps ? Vous ne les avez pas interrogés sur ces sujets ?
A.S. : J’ai protesté à de nombreuses reprises. J’ai demandé d’être transféré aux cellules 122 où l’ambiance était davantage ouverte. Mais mes protestations et mes discussions avec celui qui m’interrogeait, calmes ou ressemblant à des affrontements, n’ont abouti à rien. Après ma deuxième visite, on m’a dit qu’à l’extérieur de la prison, on m’accusait de ne pas être emprisonné. On sous-entendait que je collaborais avec les autorités pour obtenir ma libération. Suite à cette visite, j’ai tenté sans succès d’être transféré aux cellules 122. Enfin, vers la fin de ma détention, on m’a transféré à la section 92 où j’ai été détenu avec deux autres personnes. Puis, et cela m’a même choqué, on m’a libéré sous caution. On m’a refusé tous mes droits de prisonnier. Je n’ai eu que deux visites et un seul appel téléphonique.

F.G.  : Quelle explication ont-ils donnée pour ne pas vous transférer à la section publique ?
A.S. : On disait à ma famille que celui qui m’interrogeait devait accepter le transfert. Pendant qu’il m’interrogeait, il m’a dit que je ne méritais pas d’être transféré à la section publique.

F.G. : Un autre problème : pourquoi aucun des prisonniers libéré de la section 209 ne vous a-t-il vu, ni dans les couloirs, ni auprès des salles d’interrogatoire, ni aux toilettes et aux douches ? Dans quelles conditions étiez-vous détenu pour qu’en dehors de ces deux personnes que vous avez mentionnées, personne d’autre ne vous ait vu ?
A.S. : Mais quelques-uns m’ont vu, ceux qui ont été transféré à la section 350. Il y a eu un rapport dans Jaras disant qu’un fonctionnaire de la section 209 avait publié une réponse à une question confirmant qu’Arash Sadeghi était détenu dans la section 209. C’était en 2012. Quelques amis m’ont vu d’une façon ou d’une autre. Nous avons même parlé. Il me semble bizarre qu’on prétende que personne ne m’ait vu. Mehdi Khodaï et quelques autres qui s’occupaient de mon dossier ainsi que deux prisonniers de la section 209 ont dit m’avoir vu.

F.G. : Vous dites que vous vous rendiez aux toilettes. Il n’y en avait pas dans votre cellule ?
A.S. : Les cellules de la section 240 ont des toilettes, mais, dans la section 209, vous appuyez sur un bouton et un gardien vient vous emmener aux toilettes.

F.G. : A votre avis, pourquoi Mr. Edjeï a-t-il nié votre détention à la prison d’Evine ?
A.S. : Les sections 2A et 209 ne dépendent pas de l’organisation nationale des prisons, même les repas y sont différents. Je parle du cas de Kouhyar. Je n’ai pas l’intention de me défendre. A partir de maintenant je n’essaierai plus de me défendre ou de me justifier. Je choisirai le silence et j’attendrai le procès pour tout élucider.

F.G. : Dans quelle chambre est votre dossier pour l’instant ?
A.S. : Vous voulez dire au tribunal d’Evine ?

F.G. : Votre dossier se trouve au tribunal d’Evine et c’est là que la caution a été déposée ?
A.S. : Oui, à la deuxième chambre du tribunal d’Evine.

F.G. : Le dossier a-t-il été clos ? La date du procès a-t-elle été fixée ?
A.S. : Le dossier n’est pas clos et aucune date n’a été fixée.

F.G. : Dans quel état physique et émotionnel vous trouvez-vous ?
A.S. : Au point de vue physique, je souffre d’hémorragie stomacale et j’ai perdu beaucoup de poids, environ 20 à 21 kilos. En ce moment, je pèse 51 kilos. Mon état émotionnel n’est pas bon. Je suis en état de choc. On m’accuse sans même me laisser le temps de me remettre. On m’a harcelé et blessé dès le premier jour. On a même mis en doute l’authenticité de ma photo.

F.G. : Puis-je publier cette interview sur le site de Rooz ?
A.S. : Cela ne pose aucun problème. Publiez-la comme vous l’entendez.


dimanche 23 juin 2013

Lettre d’Afshine Ossanlou, syndicaliste mort en détention

Je m’appelle Afshine Ossanlou, syndicaliste iranien. Je conduis un autocar entre différentes villes et je suis actuellement à la prison de Radjaï Shahr en Iran. A l’automne 2010, je me reposais dans le dortoir des chauffeurs au terminal routier, j’ai été arrêté par des hommes armés en civil et emmené à la section 209 de la prison d’Evine. Je suis resté cinq mois à l’isolement où j’ai été interrogé et torturé. J’ai entre autres été frappé sur la plante des pieds avec des câbles, obligé de courir alors qu’on venait de me frapper, alors que j'avais les pieds couverts de coupures et de plaies, des insultes grossières, des jurons pendant mes semaines d’interrogatoires, 18 heures d’affilée ; j’ai été battu par plusieurs hommes qui m’ont cassé des côtes et des dents. Durant ces cinq mois, ma famille n’avait aucune nouvelle de moi et on ne répondait pas à leurs demandes d’information. On ne m’a même pas permis de téléphoner à ma mère qui est âgée et qui souffrait déjà de l’emprisonnement de mon frère (Mansour Ossanlou, président du syndicat des travailleurs des bus de Téhéran et de sa banlieue)

Je suis marié et j’ai deux fils. Quand j’ai commencé ma vie de famille, je travaillais comme  chauffeur à la base de construction de Khatam dans la province dévastée par la guerre du sud de l’Iran. Le travail était dur : construire de pistes pour traverser la rivière Karkhe, construire des docks de pierre dans le port de Mahshahr et construire des aqueducs depuis la rivière Karkhe jusqu’à Hamideh à Ahvaz. L’amour de mon pays m’a aidé à supporter l’éloignement de ma famille et je rejetais la tristesse.

Au bout de deux ans, tous les chauffeurs, intérimaires ou permanents, ont été licenciés. En 1997, j’ai rejoint la compagnie des bus de Téhéran ; je travaillais par vacation de 12 heures, de jour comme de nuit, dans les rues les plus embouteillées de la ville. Pendant que je travaillais dans cette unité, avec mes collègues les plus expérimentés et les plus sincères, nous avons essayé d’améliorer et de moderniser nos conditions de travail et tenté d’empêcher la corruption ; la direction nous a répondu en nous humiliant, en nous ridiculisant ; le conseil islamique du travail a agi de même ; mais nous avons continué à demander nos salaires en retard, nos primes, nos uniformes, des conditions de travail moins dures, moins nocives, moins dangereuses ainsi que la fin des contrats temporaires dont certains duraient quatre à cinq ans.

Bien que nous n’ayons pas obtenu satisfaction sur beaucoup de points, que les gens haut-placés nous considéraient comme cupides et ingrats, nous avons continué. La direction nous a menacés de licenciement.

Malheureusement, en 2001, alors que je transportais des passagers, j’ai eu un accident qui a causé un mort. J’ai contacté l’assurance de mon entreprise pour qu’elle m’assiste. Mais après quelques entretiens entre la famille de la personne décédée et l’assurance, la somme que l’on me réclamait est passée de 10 à 18 millions de tomans. Et l’assurance s’est déclarée légalement non-responsable.

Mes plaintes au département du travail n’ont servi à rien jusqu’à ce que les directeurs de la compagnie acceptent de payer la totalité de la somme si je démissionnais. Et comme je n’avais pas une telle somme d’argent, j’ai été obligé de démissionner, ce qui m’a fait perdre mes quatre ans d’ancienneté, sans compter les années de dur travail dans des conditions difficiles. Cela a eu de graves conséquences pour ma famille. Mon épouse, qui était enceinte à l’époque, a fait une dépression nerveuse. Depuis lors, j’ai travaillé avec l’entreprise Transportation and Shipping. Ce secteur appartient au privé, il n’y existe pas de syndicat fort et indépendant et les salaires sont souvent payés en retard et il était donc difficile pour les chauffeurs de joindre les deux bouts. Et nous avons commencé à discuter de la façon dont nous pourrions améliorer nos conditions de travail.

J’ai toujours suivi quatre règles dans ma vie : être fier mon travail, essayer de respecter mes pairs, aimer mon pays et ses habitants et servir la société en élevant mes enfants pour qu’ils puissent lui être utiles.

Au bout d’un an de prison dans les sections 209 et 350, sans rien savoir de mon sort, j’ai été condamné à cinq ans de prison par la 15ème chambre du tribunal révolutionnaire présidée par le juge Salavati. En quelques minutes, j’ai été accusé d’être « une menace pour la sécurité nationale » ; je n’ai pas eu le droit d’être représenté par un avocat. J’ai porté objection sur la procédure, mais ni moi ni ma famille n’avons pu voir le dossier ou les chefs d’accusation, encore moins les étudier.

J’ai été condamné sur des accusations sans fondement à cinq ans ; j’en avais déjà effectué deux en préventive. Qu’ai-je fait contre la sécurité nationale ? Je ne suis affilié à aucun parti politique, à aucun groupe ou organisation et toutes mes actions étaient légales et se rapportaient à la défense des travailleurs. Le seul crime que j’ai commis était la revendication des droits des travailleurs et de leurs syndicats ; nous arrêter ne nous empêchera pas de revendiquer nos droits. Il est nécessaire de créer des syndicats légitimes, indépendants avec des droits légaux en accord avec le ministère du travail pour améliorer la sécurité de l’emploi, améliorer les salaires en les indexant sur l’inflation, lutter contre le paiement en retard des salaires, pour des contrats permanents entre travailleur et employeur, pour une sécurité sociale nationale, pour la couverture des travailleurs par une assurance, pour l’arrêt de la privatisation du secteur du transport terrestre et maritime, beaucoup d'entreprises sont déjà privatisées, pour mettre fin à l’exploitation des travailleurs par les employeurs. Si les forces de sécurité et le ministère des transports s’occupent de ces sujets, le secteur du commerce se conformera à la loi. Si ces lois sont appliquées, ce sera tout bénéfice pour la sécurité publique, la productivité augmentera et l’industrie dans son ensemble sera plus profitable. Mon crime et celui d’autres, semblable à moi est d’avoir parlé et reparlé de ce sujet.

On discute de ce sujet entre chauffeurs et travailleurs et même avec certains dirigeants du transport, honnêtes et compétents.

Tous ces problèmes devraient être portés devant la Fédération Internationale des Travailleurs des Transports (ITF) et aussi devant l’Organisation Internationale du Travail (ILO) qui nous a toujours prêté une oreille attentive et a soutenu ses frères dans le monde entier, qui comprend nos peines et nos souffrances. Nous voulons qu’ils portent ces problèmes devant les instances internationales ainsi que devant les organisations qui défendent les droits humains. Nous voulons que tous les travailleurs, surtout ceux du secteur des transports, entendent comment tant de travailleurs ont été condamnés injustement et illégalement. Nous voulons que vous fassions savoir comment, dans notre pays, nous n’avons aucun droit des travailleurs, aucun droit humain, comment, pour la plus petite plainte sur nos conditions de travail, nous sommes injustement et illégalement sévèrement torturés et emprisonnés.

Dans l’espoir de lendemains qui chantent pour tous,

Afshin Osanlou, 7 août 2012, prison de Redjaï Shahr, Iran

Source : http://ireport.cnn.com/docs/DOC-852266

mardi 18 juin 2013

Où est Arash Sadeghi ? Interview avec le père et l’avocat de l’étudiant emprisonné – Fereshteh Ghazi - 17 juin 2013



Environ 200 militants politiques ont signé une lettre déclarant qu’Arash Sadeghi avait commencé une grève de la faim en prison après avoir été battu et attaqué par les agents de sécurité. Ils y expriment leur inquiétude sur les spéculations qui entourent la situation et l’état du militant étudiant. Sur la toile, on a même supputé la mort d’Arash.

Où se trouve Arash Sadeghi ?
Quelle est sa situation actuelle, et pourquoi, contrairement aux autres prisonniers de conscience, n’est-il pas détenu dans une section publique ? Pourquoi est-il détenu à la section 209 de la prison d’Evine ? Ce sont des questions sans réponse de l’avocat et de la famille d’Arash, en dépit de leurs nombreuses demandes. Le père d’Arash, Hossein Sadeghi et son avocat, Alizadeh Tabatabaï, ont réfuté les rumeurs sur la mort d’Arash mais ont affirmé que leurs efforts pour enquêter sur sa situation ont été infructueuses.

Hossein Sadeghi a dit à Rooz : « Une source nous a dit qu’Arash faisait la grève de la faim et qu’il avait été rossé par les gardiens de prison. Nous n’avons reçu aucune réponse. »

Où Arash est-il détenu ?
Hossein Sadeghi : On nous a dit de ne pas parler et de faire en sorte que très peu d’informations soient publiées. On ne nous donne aucune information sur l’endroit où Arash se trouve, sa situation où la raison pour laquelle il est traité de la sorte…Nous savons seulement qu’il est en vie. » En raison des pressions exercées par les autorités sécuritaires sur sa famille, Hosseien Sadeghi n’a pas pu nous donner davantage d’information.

Alizadeh Tabatabaï : « Tout ce que je sais d’Arash c’est qu’il est détenu à la section 209. J’ai aussi entendu dire qu’il avait été attaqué et qu’il avait commencé une grève de la faim ; je ne sais rien d’autre malgré les efforts déployés pour suivre son dossier.

Maître Tabatabaï réfute les rumeurs selon lesquels il aurait commenté la mort d’Arash Sadeghi. « C’est complètement faux, et je nie en avoir parlé. Je ne sais rien de la situation d’Arash. J’ai suivi le dossier mais on ne me dit pas où il se trouve ou dans quel état il est. »

Maître Tabatabaï rappelle qu’il était l’avocat d’Arash lors de son premier procès mais qu’il ne le défend pas dans son dernier dossier. « J’ai utilisé mon mandat précédent d’avocat pour enquêter, mais cela n’a donné aucun résultat. »

Sur la détention probable d’Arash Sadeghi à la section 209 au lieu de la section générale, Maître Tabatabaï dit : « D’un point de vue légal, jusqu’à ce que l’acte d’accusation soit rédigé, le procureur peut demander l’avis d’un expert pour terminer l’enquête. Mais beaucoup d’experts judiciaires ne reconnaissent pas l’habilitation du ministère du renseignement à détenir l’accusé et la section 209 est sous la responsabilité du ministère du renseignement. Dans le premier procès d’Arash, le verdict a été énoncé mais je ne sais rien de son nouveau dossier puisque je n’ai reçu aucune réponse.

Arash Sadeghi est étudiant en Master de philosophie, membre de la campagne présidentielle de Mir-Hossein Moussavi en 2009 et membre de l’association islamique de l’université Allameh Tabatabaï. Il a été arrêté une première fois en juillet 2009, au début des manifestations populaires qui ont suivi l’élection présidentielle de 2009 en Iran. Il a été libéré sous caution mais en mars 2010, il a été de nouveau arrêté pour être encore libéré sous caution quelques semaines plus tard.

En novembre 2010, la mère de Monsieur Sadeghi a fait une attaque cardiaque et en est morte après l’attaque de son domicile de nuit par des agents de sécurité qui venaient arrêter son fils.
Dans une interview de Rooz, Arash Sadeghi a décrit l’attaque : « A environ quatre heures du matin, des agents de sécurité sont venus chez nous ; comme on ne leur a pas ouvert la porte, ils ont cassé une fenêtre et sont entrés par la porte qu’ils ont ouverte avec la clé qui se trouvait à l’intérieur. Ils hurlaient et ont beaucoup choqué, terrorisé la maisonnée pendant leur perquisition. Quand ils ont cassé la fenêtre pour rentrer dans notre maison, ma mère a fait une attaque cardiaque et est tombée de son lit. Elle est décédée quatre jours plus tard à l’hôpital. »

Arash Sadeghi a été condamné à six ans de prison et 74 coups de fouet par la 26ème chambre du tribunal révolutionnaire présidée par le juge Pir-Abbassi qui l’a condamné pour « collusion et conspiration contre le régime » et « diffusion de propagande contre le régime ». La peine a été réduite en appel à 5 ans de prison. D’après les normes légales, Arash devrait être transféré à la section publique pour purger sa peine mais il est toujours détenu à la section 209 de la prison d’Evine.

Arash a été arrêté une troisième fois le 15 janvier 2012 et est, depuis lors, détenu à la section 209 de la prison d’Evine.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2013/june/17/article/where-is-arash-sadeghi.html

Inquiétude des militants politiques et civiques
A cause de la situation décrite ci-dessus, 197 militants des droits humains et de la société civique ont écrit une lettre pour exprimer leur inquiétude sur la situation d’Arash Sadeghi et appeler à sa libération sans condition.

Extraits de cette lettre :
Arash Sadeghi est un militant étudiant de l’université Allameh Tabatabaï à qui on a interdit de poursuivre ses études. Il se trouve à la section 209 de la prison d’Evine depuis le 15 janvier 2012. Il a été battu par les gardiens de prison le 1er juin 2013 et a lancé une grève de la faim le jour même…

Au bout de 18 mois de prison, Arash Sadeghi a été libéré en décembre 2011. Cependant, il a été arrêté de nouveau trois semaines plus tard et il est depuis emprisonné. Après sa dernière arrestation, la troisième chambre du tribunal d’Evine a accusé Arash de « diffusion de propagande contre le régime » à cause d’une lettre qu’il avait envoyée au procureur.

Nous soussignés, exprimons notre grande inquiétude sur la situation inconnue d’Arash Sadeghi et nous croyons que détenir un prisonnier à l’isolement est un exemple patent de torture. Fondamentalement, détenir un prisonnier sans accusation formelle n’est pas légalement justifié. Nous, un groupe de journalistes, de militants politiques et des droits civiques et humains, rappelons au gouvernement iranien ses engagements internationaux sur les droits humains, dont son engagement à reconnaître et à soutenir la liberté d’expression stipulée dans diverses conventions dont l’article 19 de la déclaration universelle des droits humains et les sections 1 et 2 de l’article 19 du traité international sur les droits civiques et politiques. Nous demandons la libération sans condition d’Arash Sadeghi et tenons le régime iranien responsable de la vie et de la santé de ce prisonnier politique.

Source : http://persian2english.com/?p=24538

dimanche 1 juillet 2012

Lettre de Nargues Mohammadi au procureur Djafari Dowlatabadi


Au nom de Dieu,

A Monsieur. Abbas Djafari Dowlatabadi, procureur du tribunal révolutionnaire de Téhéran.



Je vous informe par la présente que moi, Nargues Mohammadi, j’ai été arrêtée à mon domicile le 21 avril par les agents du ministère du renseignement alors que j’étais libre sous caution et condamnée à 6 ans de prison. Du 21 avril au 16 mai, j’ai été incarcérée au quartier de haute sécurité 209 d’Evine ; j’ai été transférée une journée au bloc général pendant 24 heures puis de nouveau au 209. Pendant cette période, je vous ai écrit trois fois pour protester contre l’incarcération d’une personne déjà condamnée au bloc 209 et pour demander mon transfert à la section générale des femmes. Lors d’une rencontre avec Monsieur Reshteh-Ahmadi, le 8 mai, je lui ai demandé mon transfert à la section des femmes ; je lui ai également donné une lettre signée de ma main demandant la même chose. J’ai toujours souligné que l’incarcération d’une personne déjà jugée et condamnée au quartier de haute sécurité était illégale et que, conformément à la loi, je devais être transférée à la section générale.

Je n’ai jamais, ni par oral ni par écrit, demandé à être transférée dans une autre ville, et certainement pas à Zandjan. Le 16 mai à 6 heures du matin, des agents m’ont réveillée, m’ont bandé les yeux, menottée et placée dans une voiture. Je ne savais pas ce qui se passait durant ce long voyage, j’ai juste compris que nous avions quitté Téhéran ; j’ai compris que j’étais à Zandjan en arrivant au tribunal.

On a prétendu que Nargues Mohammadi avait personnellement demandé son transfert à Zandjan ; c’est une allégation fabriquée de toutes pièces. On a prétendu qu’en raison de sa maladie, Nargues Mohammadi avait demandé son transfert à Zandjan ; c’est totalement faux.
Je vous informe par la présente des faits suivants :
  • Je proteste fermement contre mon transfert illégal à la section des femmes de Zandjan qui abrite des criminelles et vous demande de faire le nécessaire pour que je sois immédiatement transférée à la section féminine d’Evine qui abrite des détenues non-criminelles.
  • Je suis entrée à la prison d’Evine le 10 juin 2010 en  parfaite santé ; le 10 juillet 2010, j’ai été hospitalisée pour des troubles neurologiques et psychologiques graves. Après des soins intensifs, je suis sortie de l’hôpital, mais j’avalais 18 pilules par jour. Je n’en prends plus que 11, mais depuis ma dernière arrestation, ces médicaments ne contrôlent plus ma maladie qui a empiré. Je suis actuellement emprisonnée parmi 50 meurtrières, condamnées à mort (pour trafic de drogue), condamnées pour outrage aux bonnes mœurs et même des malades mentales. Depuis que j’ai pénétré dans ce bloc, je n’ai ressenti qu’anxiété, nervosité et peur qui ont amplifié ma maladie de jour en jour. Les rapports médicaux et de mes médecins traitants pensent que ma maladie est directement liée au stress et à l’augmentation de mon anxiété. Même s’il en est ainsi, depuis que j’ai pénétré dans ce bloc, j’ai dû faire face à des situations horribles que je n’arrive même pas à décrire. Me laisser dans des conditions aussi anxiogènes équivaut à me faire boire des coupes de poison qui me détruisent petit à petit. Je persiste à proclamer haut et fort que de tels traitements et actions à mon encontre me font mourir à petit feu ; la responsabilité en incombe aux autorités. Les fonctionnaires respectés qui possèdent mes examens médicaux, savent parfaitement que ma détention dans une situation anxiogène, surtout parmi des criminelles, une situation que je ne décrirai pas pour le bien de la société, équivaut à la préméditation d’un meurtre dont les fonctionnaires seront directement responsables. J’espère sincèrement que tout cela n’aboutira pas à mon martyre, comme ce fut le cas pour Haleh Sahebi et Hoda Saber, attribués à la chaleur et à la grève de la faim ! Si un autre incident se produit, même s’il semble dû à des causes naturelles, je proclame, par la présente, que, non seulement il ne sera pas dû à des causes naturelles, mais que l’aggravation de ma maladie ou tout évènement traumatique qui pourrait m’advenir dans ces conditions est totalement délibéré.
  • Ma résidence légale, et beaucoup plus important, mes médecins et spécialistes (neurologue, psychologue, pneumologue, cardiologue et gynécologue) sont tous à Téhéran. Comme je suis sous traitement, ils doivent m’examiner tous les deux mois ; ce sont eux qui ont tous mes examens médicaux et ils me suivent. Mon transfert illégal à Zandjan m’a privé de traitement médical. Les complications et les dommages causés par ce transfert seraient irréversibles ; il s’agirait d’un acte inhumain.
  • Mes enfants de cinq ans, Ali et Kiana, ne résident pas à Zandjan et sont donc obligés de faire un long voyage de plusieurs heures pour rendre visite à leur mère. C’est très difficile pour Madame Rahmani, ma belle-mère, et pour mes jeunes enfants et ce sera peut-être impossible dans la chaleur de l’été et le froid de l’hiver. Et cela met une forte pression psychologique sur une mère emprisonnée.
Votre Honneur, la situation ci-dessus mentionnée plus les problèmes que j’espère pouvoir partager avec votre excellence en personne, reflètent le calvaire d’une mère, votre concitoyenne qui vous écrit en espérant la justice.

J’espère que, le plus tôt possible, on m’accordera les conditions adéquates pour m’envoyer chez mes médecins traitants avant que ma santé ne se détériore plus avant et j’espère que l’on m’accorde la liberté.

Avec mes remerciements anticipés,

Nargues Mohammadi


lundi 1 août 2011

L’emprisonnement des actrices en Iran ; une nouvelle façon de réprimer les femmes/ /Sepideh Yousefzadeh


Il y a un mois, Marzieh Vafamehr, actrice et productrice de documentaires, a été arrêtée et envoyée à la célèbre prison de Ghartchak à Varamne, connue pour n’être pas une prison mais un centre de tortures sans la moindre commodité. Son époux, Nasser Taghvaï a déclaré : « Les accusations contre mon épouse ne sont pas politiques mais ‘Sharie’, suivant la religion » !
Des collègues de Marzieh, Pegah Ahangarani et Mahnaz Mohammadi, actrices toutes les deux, sont détenues au bloc 209 de la prison d’Evine. En dehors d’elles, il y a plus de 30 femmes purgeant actuellement des peines de prison à Evine pour raisons politiques. En dehors de Téhéran, à Shiraz, Maryam Bahreman est toujours détenue en dépit d’une lourde caution déposée. Toutes ces femmes sont le reflet de leur génération.

Dans une note sur la page Facebook de Feminist School, Sepideh Youssefzadeh se souvient de Marzieh :

« Je ne l’ai vue qu’une fois, au milieu d’une grande foule ; elle était assise en silence ; elle n’a pas ouvert la bouche. Elle est de la génération de la guerre. Les documentaires sur les effets de la guerre Iran-Irak sur les écoles de ce temps ont montré l’atmosphère froide et révolutionnaire. 

Gymnastique du matin dans la cour de l’école sous les ordres de femmes, se cachant les yeux sous de grosses lunettes et les cheveux sous des écharpes épaisses, vêtues de longues robes noires qui allaient s’élargissant en descendant jusqu’à la cheville. Ma voix rude, sans un sourire, elles sautaient de ci de là en chantant des chants de guerre, et nous, les étudiantes, étions forcées de sauter de ci de là avec elles !

Marzieh a quand même montré le bruit et l’agitation du Téhéran moderne et la répression dans se films. Comme démontré dans « La Vente de Mon Téhéran » tourné par Gozanaz Moussavi.. Elles montraient une génération différente en Iran : moderne, sophistiquée, pleine de joie et pressée de montrer au monde leur musique clandestine et la joie de vivre. Une génération qui a brisé les tabous et n’est pas rentrée dans le moule. Une génération qui a peur d’une révolution et qui effraie en même temps. Une génération qui a fait le tour de la révolution, de ses enseignements idéologiques et de ses 2 chaînes de télévision et qui a appris à dire NON !

Toutes ces femmes de cinéma, Marzieh, Pegah et Mahnaz, sont maintenant en prison. Toutes sont le portrait de l’action dans ces temps difficiles.

Les femmes d’Iran qui sont la moitié de la population démontreront un jour qu’elles seront plus que la Moitié. »

Source: http://www.iranianfeministschool.com/english/spip.php?article466

dimanche 29 mai 2011

Extrait de la déclaration des prisonnières politiques d’Evine à l’occasion de la journée de la femme


Voilà presque deux ans qu’ont eu lieu les élections présidentielles controversées de 2009. Durant ces deux années, notre pays a été témoin de beaucoup de troubles et d’affrontements dans la rue. Beaucoup de nos concitoyens ont été tués dans les rues de nos villes et beaucoup d’hommes et de femmes ont été injustement emprisonnés.

Voilà deux ans que, loin de nos foyers et des espoirs de liberté pour demain, nous passons nos journées dans la nuit, dans cet espace entouré de murs.

Notre espoir d’un futur radieux est ce qui nous soutient et nous empêche de plier sous l’oppression et les persécutions qui nous sont infligées.

Nous sommes des prisonnières politiques arrêtées après les élections, emprisonnées sur de fausses accusations, condamnées à des années de prison loin de nos foyers.

Les conditions ont été très difficiles pendant notre détention. On n’a pas tellement prêté attention aux épreuves que nous avons endurées. Nous pensons de notre devoir d’informer le public d’au moins une infime partie des agissements illégaux  à notre encontre.

Malheureusement, parce que tout dans ce pays est basé sur la séparation des sexes, ce qui s’est passé pendant les interrogatoires n’était dû qu’à notre sexe. Pour les hommes qui nous interrogeaient, être  seuls dans les salles d’interrogatoire avec des prisonnières relatant leurs relations sexuelles devrait être une insulte pour le système islamique. Ils tentaient de forcer les détenues à faire de faux aveux détaillés contre elles-mêmes et d’autres en utilisant des accusations sexuelles et des calomnies. Il n’y a bien sûr que Dieu et ceux qui nous interrogeaient pour porter témoignage, mais des dizaines de feuilles écrites pendant les interrogatoires prouvent ce que nous avançons. D’une façon générale, pour interroger les prisonnières et briser leur résistance, on a eu recours à des insultes verbales à caractère sexuel et à l’évocation de leurs relations sexuelles. Donc, nous devons dire en toute franchise que nos âmes et nos esprits n’ont cessé d’être violés. Les détails ne pourront être relatés que lors d’audiences privées avec les autorités judiciaires.

Suivant la loi, l’usage de la torture pour obtenir des aveux est illégal. Néanmoins, la torture est facilement utilisée et fait partie de la normalité dans les sections supervisées par le ministère du renseignement et les gardes révolutionnaires. Les gifles, les coups sur la tête, le jet d’objets à la tête de la détenue, les coups de poing et de pied, etc… sont quelques unes des méthodes utilisées contre les femmes arrêtées après les élections.

Malheureusement à ce jour, personne n’a rapporté ces faits ou n’en a parlé.

Contrairement à la loi, la plupart des prisonnières ont été gardées à l’isolement pendant des mois. C’est une forme de torture mentale et c’est illégal. Après l’arrestation, les détenues n’avaient pas le droit de contacter leurs familles et n’avaient pas de droit de visite. Beaucoup de familles ignoraient où elles se trouvaient. Les détenues n’avaient pas le droit de rencontrer leurs avocats et ne les voyaient que durant les procès. Durant les procès, les plaidoiries n’étaient pas autorisées et les juges prononçaient leurs verdicts sans prêter aucune attention à la défense ou à son plaidoyer. Les détenues n’ont plus droit de communiquer téléphoniquement depuis septembre 2010. Beaucoup de prisonnières ont des enfants en bas âge et les conversations téléphoniques étaient le seul contact qu’elles avaient avec eux.

Il y a actuellement 32 prisonnière dans la petite salle du bloc méthadone de la prison d’Evine. D’après la direction de la prison, c’est une situation transitoire et elles ne vont pas tarder à être transférées à Varamine. D’après ce que l’on entend de la situation de la prison de Varamine, c’est un grand sujet d’inquiétude pour nous et nos familles.

Source: http://www.kaleme.com/1390/03/07/klm-59410/

samedi 21 mai 2011

La torture derrière les murs d'Evine - Saïd Pourheydar


Vendredi 13 mai 2011 – Dans une lettre adressée au guide suprême  Seyyed Ali Khamenei,
Mehdi Mahmoudian décrit la situation insupportable des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr et ce que les prisonniers politiques doivent endurer ; c’est pour moi une réalité dont j’ai non seulement été témoin, que j’ai entendue raconter par les prisonniers de mon bloc, mais aussi quelque chose que j’ai expérimenté dans ma chair.

Après les élections présidentielles truquées, j’ai été arrêté par deux fois. La première, j’ai été détenu à l’isolement, puis dans une cellule de 5 personnes au bloc 240 d’Evine. La seconde fois, j’ai été détenu avec 19 autres prisonniers au bloc 350 d’Evine* ; les longues heures de discussion derrière les barreaux m’ont donné la possibilité de parler avec les autres prisonniers des tortures psychologiques et physiques endurées pendant les interrogatoires. Ces discussions sincères sur les détails des arrestations, des interrogatoires, de la torture et des jugements ont été consignés dans quatre carnets de cent pages que j’ai l’intention de publier en temps voulu.

Ce qui suit n’est qu’un bref résumé de ces discussions de l’automne et de l’hiver de l’année dernière avec 19, sur un total de 160 prisonniers politiques, arrêtés après les élections transformées en coup d’état et détenus au bloc 350 ; ce résumé se référe surtout aux tortures physiques et psychologiques qu’ils ont subies. De ces 19 prisonniers politiques avec lesquels j’ai discuté, 3 étaient mes camarades de cellule, mes meilleurs amis ; ils ont été exécutés, deux autres ont purgé leur peine et ont été libérés. 14 sont toujours derrière les barreaux au bloc 350 dont 3 ont été condamnés à mort et attendent leur exécution.

Ce que je décris se limite à mon expérience personnelle et à celle d’autres prisonniers politiques d’Evine, plus spécialement du bloc 2A* et des blocs 209 et 240*.

Revenir sur ce qui s’est passé est à la fois douloureux et amer, mais je crois fermement que nous ne pourrons nous affranchir de ce regard en arrière que lorsque que nous aurons vaincu ; il sera alors temps de regarder en face ce qui adviendra. J’ai donc choisi de délivrer mon esprit de ces souvenirs amers et d’en parler, dans l’espoir que le monde atteigne un certain degré de conscience des supplices que la noble jeunesse iranienne, éprise de liberté, accusée de pensée et de philosophie « Verte », a dû endurer dans les serres de la tyrannie.

La Torture physique

J’ai partagé une cellule de trois personnes du bloc 350* d’Evine avec un prisonnier dont les tortures physiques et psychologiques tourmenteraient toute personne à l’esprit libre. Il avait 25 ans et avait été arrêté sur des accusations injustifiées et non fondées par des agents des gardes révolutionnaires à l’aéroport Imam Khomeiny ; il avait été transféré au bloc 2A* d’Evine et avait supporté des tortures physiques et psychologiques inimaginables pendant ses 6 mois à l’isolement.

Ceux qui l’interrogeaient lui avaient uriné au visage. Il avait été sévèrement battu et avait été fouetté sous la plante des pieds. Il avait reçu à plusieurs reprises des chocs électriques pendant les interrogatoires ; il avait été tellement frappé sur les testicules qu’il en avait perdu conscience. Ceux qui l’interrogeaient utilisaient des pinces sur plusieurs parties de son coup ; trois d’entre eux ont été jusqu’à le traiter comme un ballon, lui donnant des coups de pieds si violents que mes médecins légistes avaient même motivé une forme de torture en confirmant les blessures au crâne et une fracture du nez.

L’une des pires formes de torture endurée par ce très cher ami a été son viol par les membres des gardes révolutionnaires qui l’interrogeaient ; ils ont versé de l’adhésif plastique dans son anus puis l’ont arraché une fois qu’il avait durci.

Bien qu’il soit toujours derrière les barreaux, malgré les tortures brutales et inhumaines, il refuse toujours de faire de faux aveux.

Lors d’une conversation de trois heures sur un banc du bloc 350*, un autre de nos innocents collègue Vert incarcéré a décrit les tortures subies quand il était au bloc 2A*.

On l’a jeté dans un baquet d’eau froide et il a été détenu à l’isolement pendant 10 jours dans une cellule d’un mètre 25 de haut. Pendant des heures, on l’a forcé à rester debout, nu, dehors, en plein hiver. A plusieurs reprises, il a eu la tête poussée dans la lunette des toilettes pendant qu’on tirait la chasse. Il a été sévèrement battu, on l’a complètement dépouillé de ses vêtements et il a été molesté pendant les interrogatoires. Ce ne sont que quelques exemples des tortures qu’il a dû endurer pendant ses deux mois à l’isolement au bloc 2A*. Il a été transféré il y a quelques mois au bloc 350* d’Evine où il attend son procès.

Une autre forme de torture: obliger les prisonniers à s’asseoir sur le sol, nus, pendant qu’on leur frappe le dos avec des matraques et des câbles. Beaucoup de prisonniers sont obligés de rester debout pendant des heures. Deux prisonniers auraient perdu connaissance après un tel traitement. On oblige les prisonniers à prendre des psychotropes, on m’y a obligé. On les pend par l’épaule ou la jambe. Pendant les interrogatoires, on leur coince la tête sur les bras d’un  fauteuil et on les frappe à coups de pied sur les parties sensibles du corps comme les testicules. On oblige les prisonniers à se coucher sur le ventre pendant que deux ou trois personnes leur marchent sur le dos. Il y a eu beaucoup de déchirures de tympan sous les coups fortement portés à la tête, au visage et aux oreilles. On bande souvent les yeux des prisonniers pour les empêcher de réagir quand on les frappe au visage. Ce ne sont que quelques exemples des myriades de méthodes de torture décrites par nombre de prisonniers politiques durant leur détention dans les blocs 209*, 240* et 2A* d’Evine. Beaucoup de ces prisonniers sont actuellement au bloc 350* d’Evine ; soit ils purgent leur peine, soit ils attendent le verdict, ne sachant à quoi s’attendre.

La torture psychologique

La douleur causée par la torture physique peut s’estomper avec le temps mais les effets de la torture psychologique persisteront pendant des années. Avant mon arrestation, le 5 février 2010 et en raison de mes problèmes cardiaques, je prenais quotidiennement un comprimé de Pronol, un béta-bloquant, dosé à 10 mg. Aujourd’hui, le seul bienfait que j’ai reçu de mes jours passés à l’isolement et des brutales tortures psychologiques et physiques que j’ai subies, c’est que je prends deux à trois comprimés de Pronol dosés à 40 mg par jour, plus une myriade d’autres sédatifs que j’ai été contraint d’absorber pendant les mois qui ont suivi ma sortie de prison. L’impact négatif sur mon psychisme a, sans aucun doute, créé de nombreux problèmes dans ma vie quotidienne.

Presque tous les prisonniers politiques ont fait l’expérience d’une forme de torture psychologique ou d’une autre. Même en supposant, ce qui est impossible, qu’un prisonnier n’ait pas été soumis à des pressions psychologiques, le temps passé à l’isolement est en lui-même l’une des pires formes de torture psychologique. Il va sans dire que quiconque n’a pas fait l’expérience, ne serait-ce qu’une heure, d’emprisonnement à l’isolement ne pourra jamais comprendre complètement ce que cela signifie.

Les simulacres d’exécution, une forme horrible de torture psychologique sont très répandus au bloc 2A*. Trois des prisonniers avec lesquels j’ai parlé au bloc 350* m’ont dit en avoir subi et l’un des détenus du bloc 350* m’a décrit comment il avait subi deux simulacres d’exécution.

On rend visite au prisonnier avant l’aube tandis qu’il se trouve à l’isolement et on lui dit qu’il va malheureusement être exécuté. On lui bande alors les yeux, on l’entrave et on le mène dans la cour du bloc 2A*. On place le prisonnier sur un tabouret, on lui place un nœud coulant autour du cou et on lui demande ses dernières volontés avant d’être pendu.

Un ami m’a dit être resté debout, les yeux bandés, le nœud coulant au cou, lors du premier simulacre pendant 30 minutes, pendant que celui qui l’interrogeait lui expliquait qu’ils attendaient l’arrivée du responsable de la prison, d’un observateur judiciaire et du médecin légiste avant l’exécution du verdict. Au bout d’une demi-heure, on l’informa que, le directeur de la prison n’ayant pu venir, l’exécution devant avoir lieu avant l’aube, l’exécution était retardée de quelques jours.

Bien sûr, personne n’appréhende totalement l’état psychologique d’un prisonnier politique force d’attendre debout sur un tabouret, les yeux bandés; personne ne peut imaginer le supplice suscité par une attente de quatre jours avant d’être soumis à cette même mise en scène.

Quatre jours plus tard, on le réveille de nouveau et on l’emmène de nouveau dans la cour du bloc 2A*. De nouveau, le nœud coulant entoure son cou et il se tient sur le tabouret de la mort. Le verdict de son exécution lui est lu. On lui demande ses dernières volontés. On retire le tabouret de sous ses pieds, mais la corde est trop longue et il s’écroule sur le sol ; alors, les deux personnes qui l’interrogeaient et qui l’encadrent actuellement éclatent de rire et déclarent : « Tu as eu de la chance cette fois-ci ; la corde s’est rompue. Tu peux retourner dans ta cellule maintenant jusqu’à ce que nous décidions exactement quant tu seras pendu. »

Je suis sûr que vous vous souvenez des ridicules procès mis en scène en 2010, après les élections présidentielles et les faux aveux de plusieurs personnalités célèbres ou moins célèbres qui s’en sont suivis ; ils avaient été forcés de témoigner contre eux-mêmes et le Mouvement Vert. La façon dont ces procès ont été menés est une longue histoire dont j’ai l’intention de mettre les détails par écrit : comment on a préparé les prisonniers pendant des jours à répéter ce qu’ils diraient au tribunal ou bien comment on les a forcés à se laisser pousser la moustache avant le procès.

Je suis sûr que vous voudriez savoir pourquoi certaines personnalités ont accepté de témoigner contre eux-mêmes et le Mouvement Vert. L’une de ces personnalités de premier plan a résisté aux exigences de ceux qui l’interrogeaient pendant 2 mois ; comment a-t-il finalement cédé ?

Un jour, ils ont rendu visite à l’épouse et à la fille de cette personnalité et les ont emmenées à la prison sous prétexte de rendre visite à leur époux et père. Ont leur a demandé de rester dans une pièce pour attendre l’arrivée du prisonnier.

La pièce possédait une vitre sans tain. Le prisonnier a été amené de l’autre côté de la vitre. On lui a dit : « Comme tu le vois, on a emmené ta femme et ta fille ici. A toi de voir si tu veux parler au tribunal ou pas. » Le prisonnier a continué de refuser d’avouer. Celui qui l’interrogeait a alors appelé son collègue au téléphone : « Hadji, apparemment il pense toujours qu’on rigole. » Il a raccroché le téléphone. La porte de la pièce dans laquelle se trouvaient son épouse et sa fille était ouverte. Deux prisonniers dangereux et costauds, condamnés pour meurtre, sont alors entrés dans la pièce. Celui qui l’interrogeait s’est alors placé face à lui : « Tu vois,  mon frère, ces deux hommes aux côtés de ta femme et de ta fille ; ils ont été condamnés à mort  pour meurtre. Ca fait un petit bout de temps qu’ils sont en prison et ils n’ont eu aucun contact avec des femmes pendant ce temps. Je te laisse une minute pour réfléchir à ta réponse, tu veux ou pas aller au tribunal et t’asseoir face aux cameras. Si ta réponse est non, je les dirai de commencer là, juste devant toi. » Et voilà comment cette personnalité de premier plan a été obligée de témoigner contre lui-même et d’autres.

Ce qui précède n’est que trois exemples de torture psychologique subie par les prisonniers politiques du bloc 2A et des blocs 209* et 240*. Et encore, il ne s’agit que de ce qui est arrivé à 19 des 160 prisonniers politiques incarcérés au bloc 350 d’Evine avec lesquels j’ai eu le privilège de discuter pendant des heures.

Il va sans dire que pour comprendre la profondeur de la tragédie et exposer clairement les grossières violations des droits humains, il nous faut prendre en compte la totalité de ce que des centaines d’autres amis ont subi avant et après mon incarcération au bloc 350* d’Evine, sans oublier les détenus à l’isolement aux blocs 209*, 240* et 2A d’Evine, à la prison de Radjaï Shahr ou dans d’autres prisons iraniennes.

En tant que journaliste récemment libéré de prison, j’atteste, qu’en dépit de toutes ces tortures, persécutions, en dépit de l’isolement de la société et de la nostalgie, les prisonniers du Mouvement Vert Démocratique, dans les serres d’un dictateur, continuent de résister avec dignité à l’intérieur du bloc 350* de la prison d’Evine. J’attends la libération de tous ces combattants de la liberté et je suis sûr que le jour où nous serons tous libérés arrivera plus tôt que nous le pensons.


Saïd Pourheydar
Journaliste & Membre de la Maison des Droits Humains d’Iran (RAHANA)

* Note du traducteur : La prison d’Evine compte plusieurs blocs ou unités :
Le bloc 2A est placé sous la supervision des gardes révolutionnaires
Les blocs 209 et 240 sont placés sous la supervision du ministère du renseignement
Le bloc 350 est le bloc commun où sont détenus les prisonniers politiques

Source; RAHANA - http://www.rahana.org/archives/39789