jeudi 17 juin 2010

Le mouvement populaire continuera grâce à la connaissance et à l’information – Interview d’Ahmad Batebi

Le mois dernier, je me suis rendu à Washington pour y rencontrer plusieurs personnalités et militants iraniens qui travaillent depuis des années sans répit à rendre audible la voix du peuple iranien. Le deuxième jour, j’ai déjeuné avec quelques amis , dont le militant des droits humains et ancien prisonnier politique Ahmad Batebi. Entre le repas, le thé et les plaisanteries, j’ai pu plus sérieusement interviewer Ahmad sur la politique, les droits humains et le futur de l’opposition iranienne.

Ahmad était fatigué par une longue journée de travail, ce qui ne se ressent pas dans l’interview. Quand il a commencé à parler, l’énergie, la passion et l’amour qu’il porte au mouvement ont immédiatement pris le dessus. A la fin de l’interview, il restait une seule question sans réponse, à laquelle ni Ahmad ni personne d’autre ne peut répondre ; la réponse émergera d’elle-même au fur et à mesure de la progression de l’opposition. « Qu’y a-t-il dans un nom ? »

L’interview s’est faite en Persan et a ensuite été traduite en Anglais. Comme l’interview rentre bien dans les détails, elle a été divisée en deux parties. Les questions choisies pour l’interview sont le fruit d’un travail collectif de l’équipe de P2E.

PREMIERE PARTIE
LE MOUVEMENT POPULAIRE CONTINUERA GRACE A LA CONNAISSANCE ET A L’INFORMATION

Par MARYAM NY

Persian2English: Dans quelle mesure le mouvement pour la Liberté en Iran a-t-il réussi à attirer la population iranienne qui soutient le gouvernement et/ou le régime ??

Ahmad Batebi: En Iran, il y a deux sortes de gens liés au gouvernement, ceux qui ont idéologiquement foi dans le système et ceux qui en reçoivent des avantages et des compensations financières. Le premier groupe, victime d’un lavage de cerveau ou lié par des liens familiaux, ne rejoindra jamais le Mouvement Vert même s’il n’est pas satisfait du gouvernement. Ils préfèreront l’apathie politique et l’inaction. Le dernier groupe rejoindra le mouvement si son financement s’épuise, il n’y fera que de la figuration et son influence sera minimale.

P2E: Pendant la révolution de 1979, les Iraniens des zones éloignées étaient informés des discours de l’ayatollah Khomeiny et des idées révolutionnaires, même si Internet et les satellites n’existaient pas à l’époque. Le clergé se rendait dans les zones rurales et ses prêches tenaient lieu de technologie moderne. Par contre, de nos jours, l’absence de medias indépendants crée une faille contrôlée par le régime iranien. Quels obstacles rencontre la diffusion de l’information et comment contourner la censure d’état ?

Batebi: L’histoire politique récente d’autres pays montre que les réseaux sociaux sont les plus efficaces pour informer et éduquer. Par exemple, quatre étudiants peuvent se rassembler dans un café et partager les informations qu’ils ont avec ceux qui les entourent (qui en feront autant à leur tour). Durant la révolution de 1979 on a ainsi utilisé les réseaux sociaux. Et si aujourd’hui les médias sont beaucoup plus nombreux, ils sont censurés. Nous devons considérer que la censure du gouvernement iranien ne fonctionne pas. La censure existe pour les satellites (en majorité situés à l’étranger), les médias intérieurs et Internet. A l’intérieur de l’Iran on ne peut pas faire grand-chose contre la censure. On ne peut faire tourner un journal sans être sujet à la censure de l’état. Mais les Iraniens expatriés peuvent exercer des pressions sur les gouvernements étrangers pour qu’ils aident le peuple iranien à avoir accès à l’information (c’est-à-dire Internet). Ca ne veut pas dire que chacun d’entre nous doit mettre un média en place pour qu’on l’écoute ou le lise. Nous devons fournir des proxies, des logiciels anti-filtrage et des VPN pour qu’ils puissent choisir ce à quoi ils veulent avoir accès.

P2E: Il semble qu’après la répression brutale et de grande ampleur des manifestations post-électorales de juin 2009, une vague de déception, de pessimisme et de léthargie se soit abattue sur la société iranienne. Si elle persistait, elle pourrait nous empêcher de saisir une opportunité historique sur le chemin de la démocratie. Que suggérez-vous pour raviver l’espoir de la société, son allant, son enthousiasme ? Quel rôle peut y jouer la diaspora iranienne ?

Batebi: Si un mouvement social, quel qu’il soit, n’atteint pas ses buts assez rapidement, le gouvernement s’immunise contre ses effets. Voyez le soulèvement étudiant de l’été 1999. La ville était aux mains des manifestants pendant environ une semaine. Puis il y a eu répression et le soulèvement s’est apaisé. Quelques années ont passé, aucune action n’était plus possible, même lors de l’anniversaire du soulèvement. C’est le cas pour le Mouvement Vert actuellement : les manifestations n’ont pas porté leurs fruits parce que le régime s’est immunisé.

Alors, que faire ?

Il y a trois aspects à prendre en considération :

Premièrement, il faut analyser ce qui entoure le mouvement. Qu’est-ce qui le nourrit ? De quoi dépend sa survie ? L’information et la connaissance Par exemple, si les Téhéranis ne savent pas que les Tabrizis ont protesté la veille, ou si les Iraniens ne reçoivent pas les messages des dirigeants comme Karroubi ou Moussavi, s’ils ne sont pas au courant des manifestations contre Ahmadinedjad devant les bureaux de l’ONU, alors ils retourneront au train-train quotidien. C’est comme ça que le régime étouffe l’information.

D’un autre côté, il faut se souvenir que le peuple iranien fait face à des difficultés économiques. Il doit lutter contre le régime et gagner son bifteck en même temps. C’est beaucoup de pression. En dehors de l’Iran, nous devons travailler le matin et revenir le soir consacrer notre temps libre au mouvement iranien de la liberté. C’est notre principal souci. Mais en Iran, les gens doivent se battre contre le régime et lutter pour joindre les deux bouts, la pression est beaucoup plus intense.

Deuxièmement, il faut faire en sorte que l’information et la connaissance circulent librement dans la société. Il faut que le gouvernement paie plus cher ses violations des droits humains. En d’autres termes, la république islamique ne devrait plus oser jeter les gens en prison aussi facilement. Il faut établir un réseau d’information solide pour propager les nouvelles de nos compatriotes de l’intérieur vers le monde extérieur.

Troisièmement, nous devons prendre de nouvelles mesures comme le boycott de tous les intérêts du gouvernement de coup d’état à l’étranger, comme lors de la conférence de la FAO en Italie à laquelle ni Ahmadinedjad ni Mugabe n’ont été invités à la cérémonie du dîner officiel. Il faut également empêcher Khatam-ol Anbia (GHORB), une entreprise contrôlée par l’IRCG d’atteindre ses buts. Cette action doit être initiée par les Iraniens de l’intérieur.

Il nous faut des informations sur l’Iran dans les médias étrangers, quotidiennement, pour pouvoir influencer les gouvernements étrangers. Il faut que la population des pays qui nous hébergent soit au courant des principaux problèmes de l’Iran. Quand le peuple est informé, il pousse les médias et les politiques ; alors, les gouvernements sont forcés de réagir. Voilà comment atteindre un consensus global.

P2E: Au lendemain des élections, beaucoup ont commencé à militer et à diffuser les informations. Qu’en pensez-vous ? Les militants en font-ils assez ou devrait-on faire plus ?

Batebi: La diffusion de nouvelles et l’information ce n’est pas l’engagement dans des activités sérieuses. Quelquefois, on écrit un article ou on le traduit ou on le poste sur un site Web. Sur une échelle de 1 à 100, tout cela vaudrait 40, il nous faut arriver à 100.

P2E: Comment ?

Batebi: Il nous faut quelqu’un dans les médias que nous tenons informé et que nous invitons aux évènements et aux discussions. Il nous faut obliger cette personne à nous écouter. Il nous faut fournir à cette personne les informations les plus adéquates pour qu’elle les publie. Informer et diffuser les informations n’est qu’une partie de notre travail. Il est plus compliqué d’obliger les médias à couvrir les évènements et à prendre position.

P2E: L’opposition du peuple iranien à la république islamique n’est pas nouvelle. Mais après les élections de 2009, plus de personnes se sont impliquées à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Iran. Quels commentaires auriez-vous sur le Mouvement Vert ? En réalité, qu’est-ce que ce mouvement ? Etes-vous d’accord avec le mot « vert » ? Si oui, que veut dire ce mot pour vous ?

Batebi: Traditionnellement, il y a toujours eu une opposition à l’extérieur de l’Iran. Elle était soit monarchiste, ou de gauche et socialiste, Moudjahiddin (MKO) ou liée au Front National. C’est la composition traditionnelle de l’opposition iranienne et la nature de ses opérations est nette. D’un point de vue logique, notre travail est utile quand il est efficace. Il est vrai qu’il y a toujours eu une opposition à ce régime mais quels succès a-t-elle remportés ? L’opposition traditionnelle a-t-elle pu faire quoi que ce soit en Iran ? La réponse est non. Leur travail et leur conduite n’ont pas été bons. On reconnaît leurs efforts, ils ont travaillé dur, mais sans résultat. Le peuple le voit et le comprend. De plus, la population vivant en Iran exprime ses revendications différemment à cause des limites qui lui sont imposées, ses moyens d’expression sont donc différents de ceux de l’opposition traditionnelle.

Aux élections présidentielles de 1997, beaucoup ont voté pour Khatami. Cela ne voulait pas dire qu’ils acceptaient Khatami et sa façon de penser ni qu’ils croyaient à ses habits religieux. J’ai voté Khatami. Cela ne veut pas dire que je défendais sa façon de penser ou même le mouvement réformiste. Ce vote était un message envoyé aux autorités au pouvoir pour leur dire que l’on voulait quelque chose de différent, que nous ne les voulions pas, eux.

Les revendications du peuple d’une société civile qui incarne la liberté d’expression, l’égalité des sexes, les droits des enfants, les syndicats et les étudiants ne se sont pas réalisées. Et la situation a empiré à l’arrivée d’Ahmadinedjad. Puis vinrent les élections de 2009 ou Moussavi, au passé révolutionnaire et qui a travaillé en étroite collaboration avec l’Ayatollah Khomeiny, et Karroubi, qui était dans le même bateau, furent candidats. Le peuple a voté pour eux. De nouveau, ce la ne voulait pas dire qu’ils acceptaient les déclarations et les croyances de Moussavi. Le peuple disait qu’il ne voulait pas ce que demandait le régime qu’il votait pour quelqu’un qui disait quelque chose de différent.

Maintenant, l’opposition qui s’est formée a une structure différente de celle de l’opposition traditionnelle. Les deux sont l’opposition mais sous une forme différente, et maintenant le Mouvement Vert, parlons de lui d’abord.

Pendant la campagne électorale, chaque candidat a choisi une couleur ; le jaune pour Ahmedinedjad, le rouge pour Karroubi et le vert pour Moussavi. Les partisans de Moussavi étant les plus nombreux, le vert est devenu la couleur du mouvement d’opposition. Nous ne sommes pas forcément d’accord avec tout, mais le mouvement Vert possède des caractéristiques distinctes que soutiennent également Khatami, Karroubi et Moussavi il réussit à rassembler toute la population sous une seule et même bannière.

Dans le Mouvement Vert, il y a des religieux et des partisans de la laïcité Tous disent « Nous ne voulons pas de ce régime, nous voulons les droits humains, nous voulons l’égalité homme femme. » C’est la première fois que ça arrive. Tous les mouvements sociaux en arrivent là, graduellement. Il y a bien sûr des personnalités dans le mouvement comme Moussavi et Karroubi capables de mobiliser la population. Certains les considèrent comme les dirigeants d’autres non. Je crois que ce sont des dirigeants mais dans une moindre mesure que le peuple. Par exemple, quand Karroubi annonce que la population devrait participer à l’anniversaire des élections du 12 juin, il se conduit en dirigeant. Mais le peuple aussi. Par exemple, à Ashoura (27 décembre), personne n’avait invité le peuple à sortir, mais il est descendu dans la rue et a manifesté. Donc, tout le monde est un dirigeant parce que chacun rempli ses devoirs.

P2E: Si le Mouvement Vert se définit par Moussavi et Karroubi, cela veut-il dire que le Mouvement Vert désire la république islamique ? Quelques militants s’opposent aux verts à cause de ça et y préfèrent le terme « mouvement populaire ».Cette différence de nom a créé une division interne même si les principaux buts semblent similaires. Que faire pour éliminer cette scission ?

Batebi: On pense que le « mouvement Vert » et le « mouvement Populaire » sont différents, mais ils sont semblables. Nous avons un mouvement démocratique quand un sympathisant « Vert » et un du « mouvement Populaire » sont classés dans le même groupe. La vitalité du mouvement dépend de la capacité de ces deux mouvements de communiquer ensemble et de se trouver un terrain d’entente.

Je pense que si la république islamique est renversée ce sera un désastre car nous n’avons rien d’autre à offrir. Ni Moussavi et Karroubi, ni l’opposition en exil ne peut former un gouvernement. Ils peuvent discuter, se battre et tâcher de trouver un terrain d’entente.

Nous n’avons qu’un seul et même mouvement, c’est le mouvement Populaire. Certains se disent verts, certains de gauche et d’autres monarchistes ou modjahed. Nous n’aurons pas de gouvernement efficace sans la participation de toutes les factions. Par exemple, les Verts devraient comprendre qu’ils ne sont pas les seuls « Verts », puisque tous en font partie.

Au fait, le débat sur les Verts a principalement lieu en dehors de l’Iran. Quand les forces de sécurité tirent sur la foule en Iran et que tout le monde s’enfuit en courant, personne ne pense : « Tu es Modjahed, donc je ne m’enfuis pas avec toi. » Quand quelqu’un est touché par une balle et tombe, on ne dit pas : « Tu es communiste donc je ne t’aide pas. » Ce sont des préoccupations d’Iraniens exilés.

Il nous faut penser comme les Iraniens de l’intérieur. Pour eux, la raison du combat n’est pas importante. Ceux qui disent nous sommes Verts et le mouvement « nous » appartient veulent seulement se démarquer de l’opposition traditionnelle. Ce n’est pas correct. Dans l’Iran de demain, tout le monde y compris les membres du Hezbollah, aura le droit de former un parti politique et de se présenter aux élections. Si l’on vote pour eux, ils seront élus. C’est ça la démocratie !

Pour que le mouvement gagne, il est important de se souvenir que la couleur verte n’appartient pas qu’aux dirigeants de l’opposition. Moussavi a déclaré que nous gagnerons et que le mouvement restera vivant quand toute l’opposition fera partie du mouvement.

Source : http://persian2english.com/?p=11421



Conférence-débat au Parlement Européen Bruxelles: 30 Juin 2010

mercredi 16 juin 2010

Pour Shirin et Farzad et les autres martyrs du 9 Mai

En ce samedi 8 Mai 2010, quand les détenus de la prison d’Evin ont appris que les lignes téléphoniques étaient coupées, ils savaient par expérience que cela ne présageait rien de bon. 

Farzad avait annoncé à Majid qu’il allait être transféré à la section 209. L’inquiétude grimpait parce que tout le monde savait qu’en général, le transfert de prisonniers pour des exécutions avait lieu le samedi après-midi.

"C’est rien. Ils veulent nous poser quelques questions je suppose", disait Farzad à ses amis pour les rassurer tel un grand frère. Farzad savait, mais il avait comme toujours un tel moral qu’il ne laissait rien transparaître. C’était à peine croyable. Ils étaient ensemble à la bibliothèque quelques minutes auparavant. Ali aussi, qui avait dû arrêter son match de volley, s’était lavé le visage et se préparait. Normalement, tous les jours à cette heure-là, après le sport, Ali venait pour préparer ses cours de physique avec Majid. Il voulait passer les quelques matières qui lui manquaient pour son baccalauréat en juin puis préparer le concours d’entrée à l’université. Avec un tel moral, personne ne pouvait croire qu’il était condamné à mort. Farzad aussi préparait le concours d’entrée à l’université. Mais c’est l’histoire de ses fiançailles et de son mariage qui était vraiment incroyable. Face au moral et à l’énergie de la jeune fille qui avait accepté d’épouser un condamné à mort, un sentiment d’humilité s’était emparé de Majid. 

Farzad était toujours souriant et plein d’espoir face aux difficultés, même dans les moments de larmes et de sang, lors des interrogatoires et à l’énoncé des verdicts injustes du tribunal révolutionnaire. Lorsqu’il est arrivé à Evin en provenance de la prison de Sanandaj, il avait le corps martyrisé. Il portait une minerve, avait l’épaule luxée et les dents brisées mais sa volonté et sa détermination s’en étaient encore accrues. 

Ali et Farzad avaient déjà été transférés l’année passé de la prison de Rajai-Shahr au quartier 240 de la prison d’Evin pour être pendus. Ils étaient à l’isolement dans l’attente de l’heure du bourreau, à 4 heures du matin. Même dans ces moments d’angoisse, alors que tout le monde redoutait le pire, Farzad trouvait les mots pour tenter de remonter le moral de ses amis. Il disait que tout allait bien se passer. 

C’est là qu’on pouvait comprendre que même dans les pires conditions, un être humain peut réaliser de grandes choses. Quand Farzad montrait aux autres prisonniers comment résister contre les pires tortures et les accusations les plus grotesques. Quand il leur prouvait qu’on pouvait mourir plusieurs fois dans une salle d’interrogatoire et dans les étouffantes cellules d’isolement sans renier ses croyances. Il était en quelque sorte le maître. Un maître qui a enseigné qu’il était possible d’être toujours souriant et de porter un regard humain sur tout le monde, quelques soient les différences et les divergences. 

Farzad racontait que son interrogateur lui avait un jour dit: "vous vous moquez bien de nos gueules quand vous étudiez en prison ou vous voulez vous marier". 

Ce samedi là, même si évidemment Farzad le savait, il ne voulait surtout par dire au revoir aux autres, ni les laisser l’embrasser et le serrer dans les bras. Il leur disait qu’il allait les revoir le lendemain. 

A quelques mètres de là, dans la section des femmes, Shirin travaillait ses équations car elle se préparait à un examen de mathématiques qui devait avoir lieu dans deux jours. 

Shirin qui était née le 3 juin 1981 dans une famille extrêmement pauvre près de la ville kurde de Makou avait été brutalement arrêtée par les gardiens de la révolution deux ans auparavant. Shirin qui avait été soumise à d’affreuses tortures physiques et psychologiques avait héroïquement résisté ces derniers jours à ses interrogateurs qui lui demandaient de renier son identité kurde et de faire des aveux télévisés. Shirin qui au début de sa détention ne parlait même pas le persan et par conséquent ne comprenait pas un seul mot de ce que ses interrogateurs lui demandaient avait progressivement appris le persan en prison et s’était promis d’aller à l’université pour faire son droit pour pouvoir un jour défendre les droits de ses compatriotes. Shirin qui était adorée par ses co-détenus était celle qui partageait le peu d’argent ou de vêtements qu’elle avait avec les nouvelles arrivantes. 

Ce samedi soir, des gardiennes sont venues appeler Shirin en lui disant qu’elle avait mal orthographié le nom de son père. Mais quand la porte de sa cellule s’est brutalement refermée derrière elle sans que les gardiennes ne lui laissent remettre son uniforme ou prendre son écharpe noire, quand elle a ensuite été traînée en dehors du quartier, elle l’a compris. Shirin ne voulait pas partir. Elle attendait au moins qu’on lui dise où on l’emmenait. "Je suis entre vos mains alors pourquoi ne pas me laisser au moins dire adieu à ma famille? Laissez-moi dire mon dernier au revoir à mes amies. Pourquoi tant en faire quand je n’ai aucune possibilité d’évasion. Pour l’amour de Dieu, laissez-moi entendre la voix de ma mère pour la dernière fois…".

C’est ainsi que Shirin et Farzad ont été traînés vers la quarantaine de la monstrueuse prison d’Evin.

Farzad s’est certainement avancé d’un pas ferme et décidé vers le lieu d’exécution. Il avait promis à maintes reprises à ses amis qu’il ne laisserait jamais le clan des tyrans haineux retirer le tabouret de sous ses pieds. Il avait promis qu’il donnerait lui-même le dernier coup au tabouret. Il ne voulait pas laisser les mains odieuses de la tyrannie lui ôter la vie et il a certainement tenu sa promesse. Farzad a certainement souri à la mort. 

Shirin, Farzad et 3 autres prisonniers politiques ont été pendus à l’aube du dimanche 9 Mai 2010, sans que ni leurs avocats et ni leurs familles aient été tenus au courant. 

Shirin et Farzad, ces individus exceptionnels aux cœurs d’ange, représentaient ce que l’Iran avait de meilleur. 

Shirin et Farzad ont été exécutés parce qu’il ne voulait pas se conformer aux exigences absurdes d’un régime totalitaire fondé exclusivement sur le crime et la corruption. 

Shirin et Farzad ont été exécutés parce qu’ils avaient décidé de résister et de ne pas renier leurs croyances. 

Que leur soif de justice et de liberté nous inspire, que notre grande nation leur soit à jamais reconnaissante.

Ce samedi 9 Mai, Shirin et Farzad étaient le visage de l’Iran.


Récit inspiré des textes de Majid Tavakoli, Farzad Kamangar, Shirin Alam-Houli, Fereshteh Ghazi, Mahdieh Golroo et de Shabnam Madadzadeh.

lundi 14 juin 2010

Rooz/Fereshteh Ghazi: Reportage exclusif sur le meurtre de Ramine Pourandardjani


10 juin 2010 - Un meurtre, pas un suicide
Fereshteh Ghazi


Les autorités judiciaires de la république islamique gardent désormais le silence après plusieurs déclarations contradictoires sur la mort de Ramine Pourandardjani. Rooz a découvert que, contrairement aux allégations officielles, le jeune médecin de la prison de Kahrizak de Téhéran ne s’est en fait pas suicidé et n’est pas mort empoisonné. Ces conclusions se basent sur des observations venant d’une source très proche de l’enquête et sur des documents liés au dossier.


Médecin attaché au centre de détention de Kahrizak, Ramine Pourandardjani avait examiné plusieurs détenus assassinés dans ce centre après avoir lui-même constaté leur décès. Les autorités avaient dans un premier temps attribué les causes de la mort à une attaque cardiaque mais avaient plus tard déclaré que Pourandardjani s’était suicidé. Finalement, le bureau du procureur avait annoncé que le jeune médecin avait été empoisonné. Mais les documents que Rooz a obtenus révèlent que les rapports officiels sur la mort de Pourandardjani ne sont pas exacts.

D’après ces documents, l’officier de police Sotvan Nourian du poste de police n.129 a déclaré dans le rapport rédigé à propos du corps de la victime : « des traces de meurtrissures et des tâches de sang sont visibles dans la région du cou. » C’était le premier policier à arriver sur la scène du crime.
Cette preuve vitale a, pour une raison inconnue été complètement ignorée du bureau du procureur. Sans mentionner les meurtrissures ou les contester, le bureau du procureur imputa la mort du jeune docteur à un empoisonnement. Mais le bureau ne fournit aucun détail sur l’empoisonnement qu’il mentionnait.

Se basant sur cette nouvelle preuve, Rézagholi Pourandardjani, le père de Ramine Pourandardjani, a écrit aux autorités judiciaires et au procureur en charge du dossier : « La cause de la mort de Ramine n’est ni le suicide ni naturelle. Le rapport initial de la scène crime, dans le bureau de Ramine indique que Ramine a été étranglé en appuyant sur la zone du cou. »
Le père de Ramine a demandé une nouvelle enquête basée sur cette nouvelle preuve.

Ayant obtenu ces nouveaux documents, RoozOnline a contacté le père de Ramine Pourandardjani. Il a confirmé l’existence du rapport mentionnant la preuve de la strangulation et a dit que ce rapport faisait partie des documents du procès de Ramine.

Demandant que les meurtriers de son fils soient identifiés et poursuivis, le père de Ramine a déclaré à Rooz : « Ils ont commencé par dire qu’il s’était suicidé. Ils nous ont même donné ses dernières volontés. Puis ils ont dit que c’était une attaque cardiaque. Ensuite, ils ont dit qu’il avait été empoisonné par des pillules. Nous ne croyons même pas un pourcent de leur allégations et avons officiellement déposé plainte. Jusqu’à ce jour, nous n’avons reçu aucune réponse. »

L’enquête de Rooz révèle également que les membres de la famille de Ramine et ses proches à Tabriz n’ont pas eu le droit de voir le corps de la victime.

Un proche de Ramine a dit à Rooz : « Les prières et la préparation de l’enterrement ont eu lieu à Téhéran en l’absence de sa famille. Les autorités ont refusé à la famille de changer le linceul de Ramine à Tabriz; la demande de la famille de voir le corps de leur fils à Tabriz leur a également été refusée. Ces détails montrent bien qu’on a caché des choses à la justice et à la famille, spécialement puisque les autorités ont également refusé à la famille de Ramine de voir le corps » ce qui indiquait bien que le corps était blessé comme enregistré par la police.












Lettre de Mohammad Nourizad


Mohammad Nourizad est écrivain, producteur et journaliste. Il a débuté à l’IRIB par Revayateh Fath [Contes de la Résistance] de feu Morteza Avini’s, une série documentaire sur la guerre Iran-Irak.

Avant les élections, il écrivait pour le journal conservateur Keyhan mais ce qui l’a rendu célèbre, ce fut le soutien qu’il apporta à l’opposition après les élections et les lettres qu’il a écrites au guide suprême à cause desquelles il purge actuellement une peine de prison.

Sa quatrième lettre au guide suprême avait été précédemment traduite. Là, il raconte son entrevue avec le procureur général de Téhéran Djafari Dowlat Abadi.

Il a également publié une cinquième lettre au guide aujourd’hui.




Ils me poussent dans tous les sens alors que j’ai les yeux bandés. A mon entrée dans la pièce, je vois un homme dans la quarantaine assis à une longue table. Il m’indique l’autre côté de la table et je m’assois. Après les salutations d’usage…


Procureur : Monsieur Nourizad, je n’ai pas vraiment envie de vous voir ici ? Pourquoi faut-il que vous y soyez ?


Nourizad : C’est mon domicile. J’ai l’impression que je suis le propriétaire ici, pas un félon fou ici pour être discipliné et puni.


P : Vous faites beaucoup de grabuge ces jours-ci. Le garde m’a écrit pour se plaindre que vous lui aviez donné un coup de poing et arraché la chemise.


N ; La différence entre le garde et moi, c’est que sa lettre vous est arrivée en deux jours mais que la lettre que j’ai écrite il y a un mois n’est pas encore entre les mains du procureur général.


L’homme assis en face de moi lève son moignon et tente de s’en gratter le visage. Je sais que la personne en face, qui semble avoir des nerfs d’acier n’est nul autre que le procureur général de Téhéran Djafari Dowlat Abadi. J’avais entendu dire que le procureur général avait perdu une main pendant la guerre.


N : Vous devez être Monsieur Djafari.


P : Oui


N : Ils m’ont sorti de ma cellule pour me faire marcher puis l’ont investi pendant mon absence me dérobant mes effets personnels.


Il parcourt des notes posées devant lui.


P : Pourquoi écrire : « Nous sommes vivants donc nous vivrons » sur votre tee-shirt ?


N : Quel département du renseignement ou de la sécurité est-il affecté par cette simple phrase de moi ?


P : Ca me rappelle Descartes : « Je proteste donc je suis ! »


N : Vos amis ont pris deux de mes écrits dans mes effets personnels. Je vous donne la permission de les lire et de les faire parvenir à leurs destinataires. Le premier s’intitule « Le secret du hihan de l’âne » et le second « Lettre aux parlementaires ». Le premier n’est pas très important, il est adressé au ministre du renseignement, mais donnez, s’il vous plaît, le second à Monsieur Laridjani, président du parlement pour qu’il le distribue et le lise aux autres parlementaires.


P : Je n’ai rien à voir avec le parlement. Mais pourquoi ne pas écrie à Père [Khamenei] ?Si vous lui écrivez, nous transmettrons votre lettre très vite par Monsieur Laridjani de la justice. Si vous lui demandez pardon dans la lettre, ce sera encore mieux.


N : Je ne demanderai pas pardon car je crois que je n’ai rien fait de mal. Le problème, c’est que personne ne se rend compte que je n’écris que parce que je suis inquiet. Aujourd’hui, cela fait trois jours que je fais la grève de la faim, pourquoi ? Parce que je ne trouve aucun responsable respectueux de la loi.


Il rit. Le mot « grève de la faim » le fait rire.


P : Non, vraiment, Monsieur Nourizad, ne faites pas la grève de la faim.


N : Ils m’ont transféré du bloc 240 où j’avais une cellule avec salle de bains et toilettes au bloc 209. Une cellule sans confort dans une chaleur brûlante. J’insiste pour voir le responsable du bloc, mais personne n’y porte attention. Quand je frappe la porte de la cellule pour protester, on ouvre la porte, le gardien devient violent, il appelle les autres et à cinq ils me soulèvent et me rejettent violemment en arrière. J’ai la tête qui résonne sourdement. Je suis blessé aux épaules, ma vue a baissé et j’ai une terrible migraine.


N : Et c’est comme ça que la migraine se transforme en nausée.


Il accepte ce que je viens de dire mais insiste pour que j’arrête la grève.


N : Monsieur Djafari, je suis déterminé à continuer ma grève de la faim. Cela fait maintenant trois jours et ça n’a pas été simple pour moi. Je n’ai même pas pris un verre d’eau ou du sucre. Ils ont pris une radio de mes épaules en prison. Peut-être n’y a-t-il rien sur la radio, mais je suis en grève à cause de vos amis qui ne respectent pas la loi. Vous tirerez mon corps hors de ma cellule dans quelques jours.


P : Ce n’est pas bien de vous tuer de vos propres mains.


N : Alors pourquoi l’Imam Hussein [3ème Imam shiite ; les shiites disent qu’il a été tué par le calife tyrannique Yazid] l’a-t-il fait ?


P : Parce qu’il était face à Yazid.


N : Partout où la loi est absente, il y a un Yazid. De la même manière, je suis bien sûr que notre système légal n’a rien à voir avec l’Islam. Vous prenez « P » [probablement Palizban], vous l’envoyez en prison mais vous laissez tous ceux qu’il a dénoncé en liberté. Vous arrêtez Shahram Djazayeri, et offrez à xxxxx [probablement Sadeq Mahsouli] un marocain ministériel alors qu’il est devenu multi-millionaire en blanchissant les fonds des ministères.


N : Ce système est tellement décrépit et fonctionne si mal que quelqu’un comme xxxx est facilement manipulé par les autres et commet les injustices les plus atroces par l’intermédiaire de son chauffeur et de sa mère.


P : Ces hommes très intelligents ont donné 200 millions de tomans [environ 200.000 USD] à sa mosquée.


N : J’en ai entendu parler aussi. Mais j’ai aussi entendu dire qu’il avait offert une villa à son chauffeur et qu’on lui avait demandé de signer beaucoup de choses. En tant que procureur général, vous n’avez pas le courage de protester ? Pourquoi ? Vous avez trop besoin de votre haute position hiérarchique ?


P : Ce n’est pas vrai. Je ne suis qu’un vétéran de la guerre.


N : Et alors ? Les positions élevées sont enviées par tout le monde, vétéran ou pas. Pourquoi ne protestez-vous pas ? Ce système est plein de juges incompétents et injustes.


P : C’est vrai, mais pas dans mon entourage.


N : Pourquoi ne démissionnez-vous pas ?


P : J’y reste pour essayer de faire le bien.


N : Tout le monde tente de justifier ses méfaits par cette excuse.


N ; La plus grande partie du système est entachée de corruption et de contrebande La plupart ne respecte pas la loi. Mais vous m’avez jeté en prison pour avoir dit la vérité et vous avez permis aux ignorants qui m’interrogeaient de me frapper et de menacer ma famille. Mais ceux qui font mauvais usage des deniers publics sont libres. Et vous n’avez même pas le courage de les arrêter.


N : La Justice dans notre système légal n’est qu’une vaste plaisanterie. Je suis en prison pour avoir critiqué cette justice malade. Et ceux qui sont responsables de la maladie des systèmes judiciaire, financier et sécuritaire sont en liberté et on les soutient même.


Le procureur général écoute calmement mes paroles et me redemande d’écrire au guide.


N : J’écrirai mais comme j’en ai envie.


P : Vous n’avez qu’à écrire.


Ils m’apportent du papier et un crayon et, luttant après trois jours de grève de la faim j’écris : « Si quelqu’un visite une ville sainte et qu’il se rend compte qu’elle est dominée par l’odeur des ordures, a-t-il le droit de se plaindre? Doit-il être arrêté et jeter en prison pour s’être plaint ? C’est ce qui m’est arrivé. Je ne vois pas comment atant d’horreurs peuvent trouver leur place au sein de la révolution. Une révolution qui a demandé tant d’efforts. En prison, j’ai été sauvagement battu par les ignorants qui m’interrogeaient, des gens qui utilisent les plus basses manières pour forcer les prisonniers à avouer, des gens qui parlent de la façon la plus despicable et les actions les plus sales. Je voudrais vraiment pouvoir venir vous parler du deuxième Kharizak et de la conduite despicable de ceux qui se disent les soldats de l’Islam.


Je ne plie pas la lettre, je la donne au procureur. Dans une autre lettre je lui écris : « Pourquoi, alors que je n’ai pas encore été condamné, suis-je gardé dans une prison de haute sécurité ? » Et je lui demande mon transfert au bloc général. Actuellement, je suis au bloc général, section 7, salle 5


Mohammad Nourizad


Source: http://www.sidewalklyrics.com/?p=6630


Rooz/Fereshteh Ghazi: L’anniversaire de l’élection célébré dans tout le pays


14 juin 2010 - Le peuple contre les forces de répression
Fereshteh Ghazi

Le peuple iranien a abordé le 12 juin, premier anniversaire des élections présidentielles contestées par des messages menaçants du ministère du renseignement : « Cher citoyen, les medias étrangers vous trompent et vous manipulent. Si vous recommencez, vous serez traités suivant le code pénal islamique. » Le ministère du renseignement avait déjà usé de ce stratagème, ce qui n’a pas dissuadé les manifestants de descendre dans la rue.

Les jours précédents l’anniversaire, le gouvernement au pouvoir et les forces armées ont mobilisé toutes leurs ressources pour empêcher les manifestants de descendre dans la rue. Mais hier, les rues de Téhéran et des autres villes dans tout l’Iran ont vu des accrochages sporadiques entre la population exprimant sa colère en criant « mort au dictateur » et les forces de sécurité qui tentaient de les disperser.

La population a également crié « Allah Akbar » depuis les toits pour l’anniversaire, comme elle l’avait fait après l’annonce des résultats des élections truquées de l’année dernière. Ils sont descendus dans la rue pour défier l’atmosphère sécuritaire de Téhéran. Ils étaient assez nombreux pour que Radan, le commandant militaire, annonce beaucoup d’arrestations. Radan a traité les détenus de « suspects » mais n’a pas précisé ce qu’ils étaient suspectés d’avoir fait.

Hier, des manifestations et des accrochages sporadiques ont eu lieu alors que Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi porteurs de tous les espoirs lors des présidentielles, avaient annulé les manifestations de rue après le refus du ministère de l’intérieur d’en accorder l’autorisation. Quelques heures après l’annonce, le site Web Kalameh, qui reflète les opinions de Moussavi, demandait à la population et aux militants du mouvement vert d’être « conscients de la situation critique : des personnes avides de pouvoir qui commettent des violences, trament un complot ; il convient de ne pas leur fournir la plus petite excuse ou ouverture à exploiter pour atteindre leurs buts mauvais : exercer la violence par la force et utiliser la moindre excuse pour attaquer, arrêter et tuer la population sans défense. Le peuple doit comprendre qu’en ce moment, le gouvernement a un besoin essentiel d’actions radicales. »

Les journalistes de Rooz sur le terrain rapportent un environnement le plus hautement militarisé à Téhéran depuis des mois ; la ville était pleine de police, de forces anti-émeutes, de forces en civil et de miliciens bassidj ressortis pour réprimer les manifestants qui ne faisaient que demander ce qu’il était advenu de leurs votes et protestaient contre le meurtre de leurs concitoyens. En face, la population défiait les menaces en criant « mort au dictateur » dans plusieurs quartiers de la ville et manifestait sa présence aux forces de sécurité ne créant des embouteillages dans la ville.

Un journaliste de Rooz écrit de Téhéran ; « La population s’est construite subtilement dans les rues. Ils marchaient en riant, faisant enrager la police mais sans leur donner le moindre prétexte pour les attaquer. Les policiers étaient furieux et extrêmement frustrés.

Source: http://www.roozonline.com/english/news/newsitem/article/2010/june/14//election-anniversary-celebrated-across-the-nation.html

dimanche 13 juin 2010

Vidéos - Téhéran - 12 Juin 2010


Place Vanak, Nord de Téhéran, 12 juin 2010


L'université Sanaati Sahrif, Téhéran, 12 juin 2010


L'université Sanaati Sahrif, Téhéran, 12 juin 2010