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mardi 9 novembre 2010

Je n’accepte pas ce verdict politique - Fereshteh Ghazi - 4 novembre 2010

Mohammad Seyfzadeh parle à Rooz:


L’avocat Mohammad Seyfzadeh, condamné à 9 ans de prison et à 10 ans d’interdiction d’exercer a donné une interview exclusive à Rooz ; il y déclare que sa condamnation est complètement politique et est une déclaration politico-judiciaire d’une faction politique contre les avocats indépendants. Il déclare ne pas accepter la condamnation.

Seyfzadeh, membre fondateur du Centre de Défense des Droits Humains, croit qu’en prononçant cette condamnation, le juge a sali la réputation de la république islamique d’Iran et de sa justice et que cette condamnation préfigure ce qui attend les avocats indépendants.

Seyfzadeh a été condamné samedi dernier pour la création du Centre de Défense des Droits Humains et pour sa proximité avec Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix et militante des droits humains internationalement reconnue.

« Question pour le soi-disant enquêteur de ce dossier : quel article de loi stipule qu’être proche d’Ebadi est un crime ? Si ce n’est pas un crime, pourquoi le mentionner dans le jugement ? »
Shirin Ebadi a dit que le verdict indiquait que la justice iranienne n’était pas indépendante :  « Malheureusement, les juges qui supervisent les procès politiques et idéologiques se sont métamorphosés en agents de l’appareil sécuritaire. »

Suite à la condamnation de Seyfzadeh, Shirin Ebadi a écrit au Haut Commissaire aux Droits Humains de l’ONU pour lui demander de rappeler à la république islamique d’Iran ses obligations et appeler à la libération immédiate de Seyfzadeh, Madame Sotoudeh et Monsieur Olyaïfar. Ces deux derniers sont aussi des avocats arrêtés et emprisonnés.

Seyfzadeh : « C’est une condamnation politique ; le juge qui présidait la cour n’a pas tenu compte de ma défense et sa conduite a montré qu’il ignorait tout des lois. S’il les connaissait, alors il les a violées délibérément. Je suis catégorique : ces messieurs déshonorent la réputation du régime et de sa justice. »

« Je n’accepterai aucune condamnation et continuerai de protester aussi longtemps que je vivrai. Je m’élèverai contre une condamnation prononcée par un juge sans qualification et manquant de culture juridique, à moins que mon dossier ne soit rejugé par un tribunal indépendant, pas un de ceux qui ne font que confirmer les verdicts originaux, je demande à Monsieur Avai, responsable de la justice et qui, heureusement, est un juriste, de déférer mon dossier à un tribunal indépendant. »

Il est à noter que Seyfzadeh a défendu de nombreux militants politiques, civiques et des médias. Il dit que le verdict ne le surprend pas : « Quand un dossier est remis à un tribunal dont on sait qu’il est affilié à un parti ou à une faction politique, je n’en attends pas un verdict basé sur des bases légales et judiciaires. »

Shirin Ebadi: « Les chefs d’accusation ont été dictés par les agents de sécurité. Tout étudiant en droit qui lit le verdict remarquera qu’il a été dicté par les agents de sécurité et qu’une personne qui porte l’étiquette de juge, s’est contentée de le signer. »

Parlant du passé de Seyfzadeh, elle a dit qu’avant la révolution de 1979 il était un juge renommé, qu’il avait défendu la révolution islamique et s’était battu pour l’indépendance de la juste comme ses collègues peuvent l’attester. Lorsqu’il a remarqué qu’après la révolution l’institution judiciaire n’avait plus le pouvoir de justice, il a démissionné de son poste de juge et a cessé toute activité jusqu’à ce qu’il s’inscrive au barreau et commence à défendre les pauvres et les victimes de violations des droits humains. « Lorsqu’on m’a arrêtée en liaison avec les horribles évènements de la cité universitaire de Téhéran, il a assuré ma défense, ce qui a été la base d’une coopération plus approfondie jusqu’à ce que nous fondions ensemble le Centre de Défense des Droits Humains. Il supervisait les avocats qui défendaient les suspects politiques et idéologiques gratuitement. »

Shirin Ebadi a également parlé d’autres avocats emprisonnés, Nasrine Sotoudeh et Mohammad Olyaïfar. Elle a rappelé aux membres du barreau iranien qu’il était de leur devoir de défendre des avocats injustement emprisonnés et condamnés. « Assez de silence. Si nous ne nous élevons pas aujourd’hui contre les violations de la loi, demain même les bâtonniers du barreau subiront le même sort que Madame Sotoudeh et Monsieur Seyfzadeh. »

Un autre avocat iranien de premier plan, Abdol-Karim Lahidji, président de l’association de Défense des Droits Humains en Iran a dit à Rooz : « La seule autorité pour retirer à un avocat son permis de plaider est le comité disciplinaire du barreau. Ce n’est absolument pas le problème du tribunal révolutionnaire. »

Seyfzadeh a dit la même chose ajoutant: « Le juge président la cour semblait ignorer jusqu’aux principes de base ». Il se référa au dernier paragraphe du jugement qui stipule  que la peine de 9 ans prend en compte le temps passé en détention provisoire, alors qu’en fait il n’a jamais été arrêté. « Ce qui indique qu’il n’a même pas lu le dossier ».

Seyfzadeh a répondu des chefs d’accusation suivants : fondation du Centre de Défense des Droits Humains qui a entrepris de défendre les groupes d’opposition, les enseignants, les étudiants, etc…, prononcer des discours à l’étranger pour des groupes d’opposition et accepter les défendre. « Les contacts avec les Etats-Unis et les pays occidentaux sont également mentionnés dans les chefs d’accusation ; le verdict indique que le président des Etats-Unis et l’Union Européenne ont émis des condamnations quand les bureaux du Centre ont été fermés. »
Le verdict mentionne les articles 498 et 500 du code pénal islamique ainsi que l’article 47 et Seyfzadeh est accusé d’agissements contre la sécurité nationale. Seyfzadeh conclut que toutes les activités en faveur des droits humains du Centre sont considérées comme des crimes par la république islamique. « Les débuts du Centre date de 1997 quand Madame Mehranguiz Kar et moi avons commencé à en parler. Puis elle a été emprisonnée et est tombée malade ; j’en ai alors parlé avec Madame Ebadi. Comme nous étions les premiers à mettre en œuvre les principes de la Déclaration Universelle des Droits Humains en Iran, nous savions que les autorités nous affronteraient. »

Sources: http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2010/november/04/article/i-do-not-accept-this-political-sentence.html

samedi 7 août 2010

L’expérience de mon épouse en prison - Taghi Rahmani - 19 juillet 2010

« Le respect de la loi en ce qui concerne les accusations à l’encontre des prisonniers, voila le vœu d’un homme nommé Taghi Rahmani qui a été emprisonné 14 ans en république islamique d’Iran. »

Voici ma réponse à la question qu’un jeune homme m’avait posée avant les élections présidentielles de 2009 en Iran, sur ce qui me poussait à voter Mehdi Karroubi ; je crois que Karroubi a rencontré les prisonniers politiques avec grâce, entendu leurs problèmes et fait tout ce qu’il pouvait pour protéger leurs droits.

J’ai raconté cette anecdote pour parler de la façon dont mon épouse Nargues Mohammadi a été arrêtée et traitée.

Mon épouse Nargues Mohammadi a été arrêtée à minuit. Elle a été interrogée toute la nuit jusqu’à l’aube. Durant les premières heures de son interrogatoire, elle a été insultée de la pire des façons. On l’a comparée à des prostituées ce qui l’a mise en colère.

Après que Nargues ait été arrêtée par des agents du ministère du renseignement, le procureur de Téhéran lui a demandé : « Pourquoi avoir permis à quelqu’un sans mandat d’arrêt de pénétrer à votre domicile ? Pourquoi leur avoir permis de le perquisitionner ? » Nargues répondit : « Nous avons protesté mais personne ne nous a écouté. »

Nargues a souffert d’intenses cramps musculaires après son interrogatoire. Elle a eu des crises deux fois par jour pendant deux semaines. Malgré cela, les interrogatoires ont continué. Les sessions étaient longues et les questions répétitives. Elles portaient sur les déclarations du Centre et incluaient des menaces.

Une fois, Nargues s’est écroulée en raison d’une crise nerveuse. Puis, cela s’est reproduit. On l’a jetée dans les escaliers. Sa santé s’est détériorée en dépit des tranquillisants qu’elle prenait et un docteur a même dit aux personnes qui l’interrogeaient qu’elle mourait mourir.

Mais que voulaient-il tirer de Nargues ? Ils voulaient qu’elle condamne le Centre de Défense des Militants des Droits Humains, le Conseil National de la Paix et d’autres ONGs avec lesquelles elle travaillait. Je demande donc où est la limite entre la sécurité et la procédure judiciaire au sein de la Justice ?

On peut ignorer le pressions psychologiques et mentales imposées à une mère de jumeaux de 3 ans et demi et de la privation dont elle a souffert n’ayant pu voir ses enfants pendant les 20 premiers jours de sa détention, mais comment laisser passer la façon dont une personne malade a été interrogée ?

Les différents entre le procureur et l’appareil sécuritaire ont travaillé contre Nargues Mohammadi. Mais qu’en est-il de sa famille et de ce qu’elle a du endurer ?

La famille a été mise dans une situation difficile après son arrestation. Des questions comme, où est-elle ? Quand va-t-elle téléphoner ? etc.. m’ont hanté pendant des jours. Nous nous doutions bien que l’absence de nouvelles drerait longtemps, mais Nargues a téléphoné plus rapidement que prévu. Elle a dit qu’elle n’allait pas bien et m’a demandé d’apporter son dossier médical à la prison d’Evine.

Nous avons apporté son dossier médical et expliqué les dangers de sa maladie. Mais nous avons du le faire plusieurs fois parce qu’à chaque fois que nous expliquions son état, ils disaient qu’ils avaient perdu le dossier. A la fin, ils acceptaient de prendre son dossier.

Quand Nargues a été relâchée, elle avait énormément perdu de poids. Elle a parlé de ses jours d’interrogatoires et dit qu’elle n’avait alors que deux soucis, ses enfants et cette militante Zeinab Djalalian qui risquait la pendaison.

Quelques jours après sa libération, Nargues a été prise de crampes alors qu’elle marchait dans la rue ; elle a été hospitalisée et libérée 10 jours plus tard.

J’ai raconté ceci pour expliquer, en tant que citoyen ayant passé plus de 14 ans en prison, ayant milité politiquement et intellectuellement depuis 1974, n’ayant jamais eu aucune responsabilité politique, je demande le respect de la loi pour les prisonniers.

C’est l’expérience d’un homme qui a passé des années sur les champs de bataille politiques et intellectuels de la société et de quelqu’un qui a fait de la prison et qui a vu sa famille être emprisonné. Il faut vivre cette situation pour comprendre ce dont je parle, croyez-moi

Source: http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/article/2010/july/19//my-husbands-prison-experience-narges-mohammadi.html