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samedi 9 juin 2012

Chroniques des atrocités infligées au militant étudiant le prisonnier politique Arash Sadeghi


Le militant étudiant Arash Sadeghi, né le 29 septembre 1986, membre de l’équipe de champagne pour l’élection présidentielle de 2009 de Mir-Hossein Moussavi et membre de l’association islamique des étudiants de l’université Allameh, y étudiait la philosophie quand il en a été expulsé. Voici des tranches de la vie inimaginable et douloureuse de ce militant étudiant rapportée sur le blog Nameh Beh Yek Azadeh



Tir 1388 (du 22 juin au 22 juillet 2009)

Première arrestation après l’élection présidentielle de 2009, le 8 juillet. Après 50 jours à l’isolement et soumis à la torture qu’il a relatés lui-même ultérieurement, il est relâché dans une rue peu passante de Téhéran. Parmi les horribles tortures qu’il a subies, en citer une seule suffit : il a été obligé de lécher une cuvette de toilettes.

Dey 1388 (du 22 décembre 2009 au 20 janvier 2010)

Suivant les manifestations de l’Ashoura sanglante de 2009, Arash a de nouveau été arrêté le 27 décembre 2009. Il a été libéré sous caution le 6 mars 2010. Alors qu’il est en liberté provisoire, il a parlé à des proches de « tabassages sévères en prison qui ont fini par endommager son épaule droite. » A cette époque, il a déjà été condamné à trois ans de prison par la 28ème chambre du tribunal révolutionnaire.

Farvardin 1389 (du 20 mars au 20 avril 2010)

En mars 2010, à l’expiration de sa liberté provisoire, Arash est retourné en prison et a été interdit de visites et d’appels téléphoniques pendant une longue période. D’après sa famille, les raisons de ces interdictions étaient la publication de sa condamnation à trois ans de prison et les relations qu’il avait écrites sur les attaques subies durant son incarcération précédente. A cette époque, sa famille a exprimé son inquiétude sur son état de santé puisqu’elle ne pouvait ni le voir ni l’entendre.

Aban 1389 (du 23 octobre au 21 novembre 2010)

Après un an d’incarcération et de torture, Arash a bénéficié d’une liberté provisoire. Mais après quelques jours, sans avertissement que sa liberté provisoire était finie, sans appel téléphonique de la justice le rappelant en prison, des agents ont attaqué son domicile à 4 heures du matin le 26 octobre pour l’arrêter ; il n’était pas à la maison. Le traumatisme a causé une attaque cardiaque à la mère d’Arash; elle en est morte quelques jours plus tard. Quatre jours après l’attaque, la mère d’Arash, Farahnaz Dargahi est décédée à l’hôpital le 30 octobre 2010. Elle est enterrée au cimetière de Beheshte Zahra, bloc 311, allée 119, tombe 23. Le 15 novembre 2010, avant son arrestation, Arash avait critiqué l’attaque de son domicile sur la BBC Persian : « A chaque fois que j’ai été convoqué à Evine, j’y suis allé. Je ne sais pas pourquoi ils ont agi comme ça cette fois-ci. » Evoquant sa souffrance causée par la triste mort de sa mère, il a dit à la BBC lors de la même interview : « J’ai payé le prix fort. J’aurais préféré aller en prison ! Pour moi, la situation est meilleure en prison qu’à l’extérieur ! La pression de la famille qui me tient responsable de la mort de ma mère représente beaucoup de stress à endurer. »

Arash Sadeghi a été condamné par les 26ème et 28ème chambres du tribunal révolutionnaire de Téhéran respectivement à trois et six ans de prison. La cour d’appel a annulé les trois ans de prison et l’a lavé de toute condamnation dans ce dossier. La condamnation à 6 ans a été réduite en un an de prison et quatre ans avec sursis.

Azar 1389 (du 22 novembre 22 au 21 décembre 2010)

Après avoir publié une déclaration le 7 décembre, Journée des Etudiants, il a été attaqué physiquement et battu par ceux qui l’interrogeaient au bloc 209 de la prison d’Evine et il a été une fois encore blessé à l’épaule et aux côtes. Ceux qui l’interrogeaient ont refusé qu’il se rende au dispensaire d’Evine pour y être traité. Pour protester, Arash a commencé une grève de la faim le 10 décembre 2010. Dans une note envoyée du bloc 209 de la prison d’Evine pour la Journée de l’Etudiant, Arash a écrit : « Si nous disons que nous ne reconnaissons pas ce gouvernement illégitime et illégal, arrivé au pouvoir à cause de mensonges, de calomnies et de tricheries, si nous appelons à des élections saines et justes, surveillées par des observateurs et le peuple, nous sommes considérés comme Mohareb (ennemis de Dieu) et antirévolutionnaires. »

Dey 1389 (Décembre 2010 – janvier 2011)

Au bout de 14 jours, Arash arrête sa grève de la faim le 24 décembre 2010 et est transféré au bloc 350 de la prison d’Evine. Mais le 31 décembre, il est soudain transféré au bloc de sécurité 209 à l’isolement où il est de nouveau sévèrement battu et contusionné. Il en arrive à ne plus pouvoir bouger le bras droit, à pouvoir à peine marcher ; il souffre également d’hémorragies digestives et d’une infection pulmonaire.

Esfand 1389 (du 20 février au 20 mars 2011)

Comme par le passé, Arash était soumis à la pression et aux tortures de ceux qui l’interrogeaient sur des accusations fausses et forgées de toutes pièces. Cette fois-ci, ceux qui l’interrogeaient le pressaient pour qu’il nie que la mort de sa mère ait été causée par le choc et le traumatisme de l’attaque de son domicile et aussi pour démentir ses interviews de novembre dernier. Pour protester contre toutes ces pressions et ces tortures, Arash a commencé une nouvelle grève de la faim le 14 mars. En raison de sa mauvaise santé due aux tortures endurées et au stress de la grève de la faim, sa situation s’est détériorée et il a commencé à souffrir de tremblements et de pertes de conscience. Les autorités d’Evine l’ont alors transféré au dispensaire.

Farvardin 1390 (du 21 mars au 20 avril 2011)

Arash a passé le nouvel an iranien dans la souffrance et les ennuis de santé à l’isolement au bloc 209.

Khordad 1390 (du 22 mai au 21 juin 2011)
Après le martyre de Haleh Sahabi, les militants Nationaux-Religieux Hoda Saber et Amir Khosrow Dalirsani ont lancé une grève de la faim. Arash et d’autres prisonniers politiques, Mehdi Khodaï, Ahmad Shahrezaï, Peyman Aref, Shahin Zeinali et Djavad Alikhani ont commencé une grève de la faim le 5 juin pour protester contre la mort d’Haleh Sahabi. Arash avec Khodaï et Shahrezaï voulaient terminer leur grève de la faim le 12 juin, mais après le martyre d’Hoda Saber qui était en grève de la faim, les trois ont décidé de continuer pour protester contre sa mort violente.

Azar 1390 (du 22 novembre au 20 décembre 2011

Arash, condamné à un an de prison et quatre ans avec sursis a finalement été libéré du bloc 350 d’Evine le 14 décembre après plus de 22 mois dans la plupart sous les pressions et la torture à l’isolement au quartier de haute sécurité d’Evine. Au moment de sa libération, Arash était en grève de la faim en solidarité avec les prisonniers politiques qui avaient besoin de traitement médical qui ne leur était pas fourni. Il a été libéré de prison après la mort de sa mère et le déchirement de sa famille, toutes leurs vies détruites.

Dey 1390 (Décember 2011 – janvier 2012)

Arash a été arrêté très rapidement par les agents de sécurité le matin du 15 décembre alors qu’il se rendait sur la tombe de sa mère avec ses grands-parents. La violence de cette arrestation, accompagnée d’insultes, a causé à Arash une fracture du crâne.

Khordad 1391 (du 21 mai au 20 juin 2012)

A ce jour, depuis sa dernière arrestation du 15 décembre 2011, Arash est emprisonné au bloc 209 à l’isolement. Il n’a eu d’autres contacts avec sa famille qu’une courte conversation téléphonique surveillée par les gardes quelques jours après son arrestation et une visite de cinq minutes de son grand-père le 24 mai. Durant la dernière visite de son grand-père, Arash a dit qu’il avait été interrogé toutes les trois semaines et a aussi annoncé qu’il commençait une grève de la faim en solidarité avec Hossein Ronaghi Maleki.

Source : http://letter2azadegan.wordpress.com/2012/06/02/443/

NDLT: Le grand-père maternel d'Arash, 80 ans, a été arrêté cette semaine.

dimanche 12 février 2012

12 Prisonniers Politiques du Bloc 350 d’Evine de Nouveau Cités à Comparaître et Interrogés - @persianbanoo


A l’approche des élections législatives, plusieurs prisonniers politiques ont été cités à comparaître devant le magistrat d’Evine et au bloc 209 (sous le contrôle du ministère du renseignement) et ont de nouveau été interrogés.

Kalameh rapporte, qu’Alireza Rejaï,  membre du conseil National-Religieux, Amir Khosrow Dalirsani membre du Mouvement Musulman Combattant et Mohammad Reza Motamednia, représentant spécial de Moussavi lorsqu’il était premier ministre, ont été convoqués devant le magistrat d’Evine, au bureau Shahid Moghadasi pour y être interrogés sur les différentes déclarations qu’ils avaient publiées sur le boycott des prochaines élections et pour protester contre la détention illégale des dirigeants Verts. Le ministère du renseignement a envoyé une note interne au magistrat d’Evine demandant qu’il s’occupe des prisonniers qui ont publié des déclarations ; en retour, il les a convoqués. C’est la nouvelle méthode pour affronter les prisonniers qui protestent et qui ont déjà soit purgé la moitié de leur peine, soit sont proches de leur libération : leur mettre de nouvelles accusations sur le dos.

La semaine dernière, Abolfazl Abedini et Shahine Zeinali ont été convoqués au bloc 209 pour être interrogés sur leur déclaration condamnant une éventuelle guerre contre l’Iran et soutenant le peuple de Bahrain. Shahine Zeinali a été menacé d’exil et, quelques jours plus tard, il a été transféré d’Evine à Redjaï Shahr, où les conditions sont bien pires qu’à Evine.

Le blogger Hossein Ronaghi Maleki, qui est en mauvaise santé, a également été convoqué et interrogé sur la lettre ouverte adressée à Seyyed Mohammad Khatami sur l’avocate emprisonnée Nasrine Sotoudeh et les interviews de son père dans la presse.

La semaine dernière, le Docteur Ali Rashidi et Hamid Reza Khadem, membres du Front National ont également été convoqués au bloc 209 pour interrogatoire.

Le journaliste Bahman Ahmadi Amouï a également été convoqué et interrogé la semaine dernière à propos de la déclaration dite « Déclaration des 39 prisonniers » demandant la libération des dirigeants du Mouvement Vert : Moussavi, Karroubi et Rahnavard.

Soma Nourani, Aref Darvishi et Mehdi Khodaï, militants des droits humains ont aussi été interrogés sur une déclaration qu’ils ont signée en soutien à Nasrine Sotoudeh et d’une autre posant quelques questions à Khatami.

Abolfazl Ghadyani membre du comité central de l’Organisation des Moudjahiddines de la Révolution Islamique a été convoqué quelques jours avant sa libération à la fin de sa peine, sous une nouvelle accusation de « propagande contre le régime » à cause d’une lettre adressée à l’ayatollah Khamenei, ce qui empêche la libération de ce prisonnier politique âgé et en mauvaise santé.

De la même façon, Mohsen Mirdamadi président du Front de la Participation et Fayzollah Arabsorkhi, membre du comité central de l’Organisation des Moudjahiddines de la Révolution Islamique, ont déjà été convoqués au bloc 2-A d’Evine (sous la responsabilité des gardes révolutionnaires) pour y être interrogés sous la pression à propos de la « Déclaration des 39 prisonniers ».

Source : http://persianbanoo.wordpress.com/2012/02/12/12-evin-ward-350-political-prisoners-were-summoned-and-once-again-interrogated-2/ / 

lundi 13 juin 2011

En souvenir amical de Hoda Saber, mon camarade de cellule à Evine – Saïd Pourheydar

Le 12 juin 2011 - 20:30 heure de Téhéran

Les larmes continuent de rouler sur mes joues. Je ne sais pas quoi écrire. Hoda nous a quittés lui aussi ; un homme que j’aimais, que j’adorais ; un amour et une admiration jamais ressenties avant de le rencontrer. Hoda et moi partagions la cellule 3 du bloc 350 d’Evine. Hoda était un modèle de dignité et d’humanité.
Saïd Matinpour, Hoda et moi avions l’habitude de cuisiner pour nos camarades de cellule. Chaque soir, nous arpentions le couloir et bavardions pendant une demi-heure. Nous parlions du Mouvement Vert et de son futur, nous parlions de l’alliance nationale religieuse* [le groupe politique Melli-Mashabi], nous parlions de l’histoire de la résistance en Iran et d’Ezzatollah Sahabi**.

 Je savais que Hoda ne supporterait pas le départ d’Ezzatollah et Haleh. La nouvelle de sa grève de la faim ainsi que celle d’Amir Khosrow  [Dalirsani] m’a beaucoup inquiété. Je connaissais sa condition physique, l’indifférence des autorités de la prison ainsi que des responsables du dispensaire, ce qui n’a fait qu’augmenter mes inquiétudes. Je comprenais totalement sa situation précaire.

Je me souviens qu’une fois, sa tension avait tellement chuté qu’il s’était évanoui et nous l’avions porté au dispensaire. Une demi-heure plus tard, au lieu de le transporter à l’hôpital, ils l’ont ramené en cellule dans le même mauvais état physique. Ils lui avaient donné de l’eau sucrée et lui avaient fait une intraveineuse et le considéraient donc comme guéri. Il était un petit peu pâle mais il était comme toujours solide et inébranlable. J’avais l’habitude d'échanger mes clémentines contre ses pommes. Il disait toujours que les clémentines sucrées étaient bonnes pour lui.

Quand j’ai appris le décès d’Ezzatollah Sahabi, j’ai demandé à Dieu de faire en sorte d’épargner la nouvelle à Hoda. J’ai même souhaité qu’on le transfère à l’isolement ce jour-là, parce que je savais qu’il ne le supporterait pas. Bien que Hoda n’ait pas été assez solide pour supporter une grève de la faim, je savais qu’il en commencerait une pour protester contre la mort de Haleh. Je savais qu’il la poursuivrait jusqu’au bout…. Et c’est ce qu’il a fait…

Je suis incapable d’écrire… Je suis submergé de larmes – Mon corps est envahi d’un sentiment total de tristesse et de colère… 

Notes de la traduction:
* L’Alliance Nationale Religieuse est formée d’un groupe de militants qui prônent la réforme politique et demandent la mise en place de la constitution pour maintenir un état de droit. Ce groupe, qui n’a pas de structure formelle, s’est rassemblé pour contester les élections parlementaires de 2000.

** Feu Ezzatollah Sahabi, erudite iranien, humaniste, militant démocrate, politician, ancient parlementaire et dirigeant de l’Alliance Nationale Religieuse, est décédé le 31 mai 2011. Sa fille, Haleh Sahabi, humaniste et militante démocrate, est décédée d’un arrêt cardiaque le 1er juin 2011 lors des funérailles de son père après l’attaque de voyous en civil tentant d’empêcher la procession funèbre.

 Le 12 juin 2011 - 21:30 heure de Téhéran

Mon cher Hoda, as-tu souffert ? As-tu gémi jusqu’à l’aube à cause d’une douleur dans la poitrine sans personne qui vienne à ton secours ? Hoda, te souviens-tu quand j’ai eu mal dans la poitrine et que tu m’as mis un comprimé sous la langue au milieu de la nuit ? Où étais-je Hoda pour soigner ton cœur douloureux ? Je voudrais que tu te soies souvenu que les comprimés étaient encore sous le lit, là où tu me les avais laissés la dernière fois que tu m’en avais donnés… DIEU, m’entends-tu ????????!!!!!!!!!!!


Source: Saeed Pourheydar's Facebook http://www.facebook.com/saeed.pourheydar?sk=wall