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vendredi 11 novembre 2011

Ici, c’est le dernier arrêt du monde. Ici, c’est la prison Dizel-Abad de Kermanshah (mémoire de prisonnier - Karim Rahmani)

Le prisonnier politique Kurde Karim Rahmani publie un récit bouleversant de ses deux années de détention à la prison Dizel-Abad de Kermanshah en Iran. Le style est limpide, simple, se limitant très souvent aux faits. Pas de lyrisme. Juste deux phrases sur l’engagement politique du protagoniste. On dirait du Primo Levi. On dirait Si c'est un homme. Si c’est un homme en effet qui a vécu cet enfer, alors ce n’est pas une fiction. L’auteur a la pudeur de le rappeler à la fin de son récit. "Ce que vous venez de lire est bien réel".



Ce récit est celui de Karim Rahmani, un simple militant des droits de l’homme qui n’a voulu qu’agir contre les ravages du sida et de la drogue dans sa communauté. Il décrit le quotidien de milliers de prisonniers dans cette prison immonde de la République Islamique d’Iran. Ce régime qui se qualifie d’islamique réduit ses prisonniers au rang d’animaux, laisse mourir ses malades de sida et d’hépatite dans l’indifférence totale, les poussent délibérément dans l’enfer de la drogue, organise la lutte de bandes mafieuses se livrant au trafic de drogue, tolère que les chefs de ces bandes se fassent offrir comme récompense les plus jeunes prisonniers poussés dans leurs lits pour y être violés, désigne des kapos violents parmi les prisonniers de droits communs pour surveiller et intimider,  brise les prisonniers politiques en les maintenant sous une pression physique et psychologique insoutenable, torture, mutile, exécute, etc. 

Il y a cette succession macabre de scènes et de faits dont la seule imagination coupe le souffle. Des blocs communs aux cellules d’isolement du ministère de l’information, du tribunal à l’infirmerie. Le lecteur est hanté par l’image de ce cadavre délaissé par les gardes dans la cour de prison, sur un tas de neige pendant plusieurs heures. Ce prisonnier se mutilant par des coups de couteau et criant : "si vous ne me donnez pas de la drogue maintenant, je vous donne mon sida avec ce couteau". Cet autre jeune prisonnier qui dit ne plus rien attendre de la vie, qui tente de se pendre avec une petite corde et qui est sauvé in extremis par Karim. Karim qui lui aussi cherche à se suicider dans sa cellule d’isolement avec le verre d’une lampe. Ce juge qui commence à dire : "Je vais te faire pendre, pour que ça serve de leçon aux autres". "Tu veux deux ans ou trois ? Je t’enferme pour cinq ans finalement pour que tu comprennes à quoi peut conduire tes activités politiques". 

Oui, nous sommes bien en 2008. Nous sommes bien en Iran, à la prison Dizel-Abad de Kermanshah, le dernier arrêt du monde !

Le récit de Karim n’est pas un récit isolé. Nous devons agir. Merci de diffuser ce texte important qui n’est disponible qu’en persan pour l’instant. 

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Karim a été arrêté le 19 Novembre 2006 à Kermanshah et condamné à deux ans de prison pour agissement contre la sécurité  nationale en raison de ses activités politiques et sociales. Après sa libération, il a quitté l’Iran. Avant de quitter l’Iran, il était étudiant en informatique à l’Université d’Arak. Il a été interdit d’étudier à sa sortie de prison. Le ministère de l’information a mis sa famille sous pression, en menaçant le père de Karim à plusieurs reprises (source HRANA) en raison des activités politiques de leur fils. 

dimanche 7 novembre 2010

Le condamné à mort Hossein Khezri en appelle à l’ONU et aux organisations humanitaires

Hossein Khezri (parfois orthographié Khazri ou Khazari), prisonnier d’opinion en Iran et condamné à mort, écrit aux organisations internationales défendant les droits humains:

Je suis, Hossein Khezri, un prisonnier politique accusé d’activités contre la sécurité nationale par la première chambre du tribunal révolutionnaire. Cette accusation a été maintenue par la 10ème chambre de la cour d’appel d’Azerbaïdjan occidental et je suis condamné à mort.

Je vais tenter de révéler au peuple iranien et à la communauté internationale les méthodes utilisées pendant les interrogatoires, en dépit des efforts du tribunal pour m’interdire de même mentionner ces agissements ; on a même refusé d’accuser réception de ma lettre ouverte au ministère de la justice. Malgré tout cela, je vais tenter de relater au monde la condition dans laquelle je me trouve actuellement avec l’espoir que quelqu’un entende ma voix.

Je suis en détention depuis le 10 Mordad 1387 (31 juillet 2008). J’ai été arrêté à Kermanshah par les gardes révolutionnaires de Nabi Akram à la garde desquels je suis resté pendant 49 jours. Pendant tout ce temps, j’ai été soumis à d’intenses tortures physiques et psychologiques dont : 
  1. J’ai été battu plusieurs heures par jour
  2. Pressions émotionnelles et mentales et intimidations pendant les interrogatoires
  3. Menaces d’impliquer mon frère, mon beau-frère et ma famille dans des « agissements illégaux » contre le gouvernement
  4. Coups de pieds dans les organes génitaux qui leur ont causé des saignements et des inflammations graves
  5. Blessure ouverte sur la jambe droite d’environ 8 centimètres, causée par un coup de pied de celui qui m’interrogeait ; cette blessure n’est toujours pas refermée.
  6. Matraquage sévère pendant toutes les 49 nuits qui ont causé des meurtrissures et des inflammations sur tout le corps.

D’après l’article 38 de la constitution iranienne, il est strictement interdit d’avoir recours à la torture pour obtenir des aveux ; forcer quelqu’un à témoigner, à avouer ou à jurer sous la contrainte est illégal et tout résultat obtenu par ces méthodes est considéré comme nul et non avenu. Cette même loi indique de plus que ceux qui l’enfreignent seront poursuivis et punis. Alors la question est : qu’en est-il de cette loi ?

Comme je l’ai dit auparavant, j’ai été soumis à la torture et à des pressions physiques et psychologiques durant les interrogatoires ; alors pourquoi des preuves ainsi obtenues sont-elles non seulement considérées comme recevables par la cour mais encore utilisées pour me condamner à mort ?

J’ai été transféré de la prison Nabi Akram des gardes révolutionnaires de Kermanshah à la prison Al Mahdi d’Oroumieh le 27 Shahrivar 1387 (18 septembre 2008). Dans cette nouvelle prison, j’ai également été soumis à une pression mentale extrême et à de graves tortures physiques. J’ai encore été transféré au quartier général du ministère de l’information d’Azerbaïdjan occidental le 16 Dey 1387 (6 décembre 2008) et de nouveau torturé. Après mon transfert à la prison d’Oroumieh le 21 Ordibehesht 1388 (11 janvier 2009), j’ai été présenté au tribunal pour la première et la dernière fois, à l’une des chambres du tribunal révolutionnaire d’Oroumieh.

Le représentant du ministère du renseignement était présent au tribunal aux côtés du procureur d’Oroumieh. Avant l’arrivée de la cour, on m’a mis en garde : il ne fallait pas parler de torture ni des méthodes employées lors des interrogatoires ni de ce qui s’y était passé. On m’a également menacé si je mentionnais que mes « aveux » avaient été obtenus sous la torture.

Telle était l’atmosphère du tribunal ; on ne m’a pas laissé de temps pour préparer une déclaration ni donné assez de temps pour exposer mon cas. Et comment mon avocat ou moi-même aurions-nous pu plaider contre des accusations aussi lourdes en moins de 10 minutes ? Autre question : quel était le but de ma présence dans un tel tribunal de comédie si ce n’est uniquement pour prouver que j’avais bien eu un « procès » et que j’avais été « condamné » lors des procédures ? En dépit des menaces et des pressions, j’ai déclaré au juge Darvishi de la première chambre du tribunal révolutionnaire que j’avais réellement été torturé et que les aveux étaient frappés de nullité puisqu’ils m’avaient été dictés alors que j’étais sous une grave contrainte mentale et physique. Je lui ai aussi dit qu’on m’avait mis en garde pour que je ne mentionne pas la torture ou que je ne renie mes aveux. Mais hélas, il m’a condamné sans même essayer d’enquêter sur ma plainte pour torture et m’a condamné à mort en 10 minutes. Ce même verdict a été confirmé par la cour d’appel le 17 Mordad 1388 (7 juin 2009) et m’a été délivré à la prison d’Oroumieh.

Il faut dire qu’entre le premier verdict et celui de la cour d’appel, je n’ai pas relâché mes efforts  j’ai porté plainte auprès du procureur général des cours martiales d’Oroumieh. Ma plainte auprès de la cour martiale a été transférée à la juridiction civile et, en dépit de mes griefs sur la conduite de ceux qui m’avaient interrogés et des fonctionnaires des gardes d’Al Mahdi, en dépit des preuves médicales de torture que je leur ai présentées, ma requête ayant été transmise au service médical, le procureur de la 8ème chambre de m’a même pas demandé de faire un examen médical pour voir si je disais la vérité ou non.

Juste après avoir envoyé ma plainte et présenté mes preuves à l’examen médical, j’ai été emmené au ministère de l’information par des gardes en armes et j’y ai été gardé trois jours. Pendant ces trois jours, on m’a menacé pour la plainte que j’avais déposée et on m’a demandé pourquoi j’avais osé me plaindre ; on m’a aussi dit qu’il me faudrait être filmé et lire des aveux écrits pour moi et nier toute sorte de maltraitance. On m’a dit que, si je coopérais, ils pourraient minimiser les accusations et réduire la peine. Ces menaces directes et leur tentative de créer une fausse réalité, c’est comme s’il troquait la vie humaine.

Ma famille fut terrifiée quand elle apprit que j’avais été transféré au ministère du renseignement ; à chaque fois que mon père cherchait à avoir des informations à mon sujet, on ne lui donnait que des réponses confuses et contradictoires. Il avait tellement peur que j’aie déjà été exécuté qu’il a faut une attaque cardiaque au ministère du renseignement ; ils l’envoyèrent à l’hôpital où il mourut. Encore un autre chapitre des crimes de la république islamique : créer une telle peur parmi les familles des prisonniers de conscience, ce qui est encore pire qu’une exécution. Qui répondra de tels crimes.

20 jours ne s’étaient pas écoulés depuis le décès de mon père quand on m’exila à la prison de Ghazvin (environ 250 km). Je vous laisse imaginer mon état d’esprit, surtout après avoir été menotté et avoir eu les yeux bandés pendant des heures, sans aucune explication sur ce qui allait se passer. Après plusieurs heures dans cet état, on m’a simplement dit que j’allais être transféré dans une autre prison et « qu’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter ». Jusque là, personne n’avait répondu à mes plaintes ou à ma demande d’examen médical. Jusque là, on ne m’avait pas dit pourquoi mes plaintes n’étaient pas suivies d’effet.

Les 8 mois que j’ai passés à l’isolement ont tellement affecté mon état mental que j’ai fait deux tentatives de suicide. Je pensais que la mort valait beaucoup mieux que cette torture quotidienne et cette situation inhumaine. Comment est-il possible de nos jours de torturer quelqu’un pendant 8 mois sans le laisser voir un visiteur ou même contacter son avocat ?

Pour conclure, je suis Hossein Khezri, un prisonnier politique condamné à mort et tellement au secret que lorsque ma plainte est arrivée au tribunal, la prison a refusé de m’identifier par mon nom ou mes empreintes digitales et que la lettre elle-même a été confisquée. On ne m’a pas dit quand je serai exécuté, j’ignore si ce sera demain ou ce soir, je n’ai pas le droit de recevoir des visites et je ne peux même pas faire savoir que je suis encore en vie.

C’est pourquoi je demande à tous les défenseurs des droits humains, individus ou organisations, d’accepter ma demande et d’être ma voix devant l’humanité.

A partir de maintenant, je vous reconnais formellement comme mes avocats et je vous demande de m’aider à porter mon dossier devant un tribunal juste et équitable ; je répondrais à toutes vos questions ouvertement et sans rien cacher.

Enfin, je demande au Commissaire aux Droits Humains des Nations Unies de lire, publier et prendre soin de mon dossier.

Respectueusement,

Hossein Khezri
Prisonnier politique du couloir de la mort, prison centrale d’Oroumieh, bloc 12


Notes: Monsieur Hossein Khezri, 28 ans était détenu dans la ville d’Oroumieh ; suivant une information reçue le 11 avril 2010, il a été transféré vers un lieu inconnu avant son exécution. De plus, toutes ses affaires personnelles lui ont été confisquées. Monsieur Khezri a été arrêté le 31 juillet 2008 dans la ville de Kermanshah. Le 11 juillet 2009, il a été condamné pour moharebe (ennemi de Dieu) et « mise en danger de la sécurité de l’état ». Il a été tellement torturé et blessé lors de son séjour en prison que sa vue en a été gravement affectée.

Source : http://lissnup.posterous.com/32730095

mardi 1 juin 2010

Kaveh Ghasemi Kermanshahi: J’étais à l’isolement pendant 80 jours


24 mai 2010
J’étais à l’isolement pendant 80 jours
Kaveh Ghoreishi

Journaliste et militant des droits humains, Kaveh Ghasemi Kermanshahi a été relâché dimanche sous caution après plus de cent jours derrière les barreaux en Iran. Quelques temps après sa libération, ce militant des droits humains a donné à Rooz une interview exclusive et a décrit sa grève de la faim et ses conditions de détention.

Dans sa première interview après sa libération, Kermanshahi a remercié les personnes, les groupes et organisations des droits humains qui ont aidé à sa libération : « J’ai passé au total 80 jours à l’isolement avant d’être transféré dans une cellule de trois personnes dans le quartier commun. »

« Le problème le plus fondamental est ma détention illégale après la fin du processus des interrogatoires. Suivant la loi, personne ne peut être maintenu en détention sans verdict après le processus des interrogatoires. »

Kaveh Ghasemi Kermanshahi a fait la grève de la faim pour protester contre sa détention illégale : « Après que mes nombreuses objections contre ma situation soient restées sans réponse, la semaine dernière j’ai finalement commencé une grève de la faim qui a duré une semaine ; heureusement elle a porté ses fruits et obligé les autorités à examiner ma situation. »

A propos de la façon dont les fonctionnaires de la prison l’ont traité tout au long de sa détention : « Je suis content de leur conduite, en général elle était bonne. Il n’y a eu de confrontations physiques particulières. »

Kermanshahi est un militant des droits humains d’expérience, membre de la Campagne Un Million de Signatures, de l’organisation des droits humains du Kurdistan, de l’association dissoute Jiar ainsi que de l’organisation Advar Tahkim Vahdat. On l’a empêché de communiquer avec sa famille pendant toute sa détention, sauf en deux occasions où il a pu les rencontrer. On ignore toujours de quoi il était accusé et ses avocats n’ont pas eu le droit de consulter son dossier.

Plus de 160 bloggers, journalistes et militants de la société civile avaient auparavant écrit une lettre ouverte au responsable de la justice pour protester contre la poursuite de la détention de Kermanshahi et exiger la libération immédiate et inconditionnelle des militants de la société civile.

Amnesty International, la Campagne pour la Défense des Droits Humains en Iran, le Programme de Protection des Défenseurs des Droits Humains, l’Organisation des Droits Humains du Kurdistan, l’organisation des droits humains « Khat-é-Moghaddam » (la ligne de front), l’agence de presse d’Observation des Droits Humains du Kurdistan, et le bureau de Kermânchâh de l’organisation Advar Tahkimont aussi exigé la libération immédiate de Kaveh Ghasemi Kermanshahi.

Trois jours avant la libération de ce membre de l’Organisation des Droits Humains au Kurdistan, le porte-parole de l’organisation Adjlal Ghavami, arrêté le mois précédent à Sanandadj, était également libéré.

Cependant, le fondateur de l’organisation Mohammad Seddigh Kaboudvand est derrière les barreaux depuis des années en raison de ses activités humanitaires.