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dimanche 10 mai 2015

Interview avec la mere d’Omid Ali-Shenas

Omid Ali-Shenas a été arrêté le 4 septembre et a été transféré à la section 2A d’Evine, tenue par les gardes révolutionnaires. Malgré la demande d’une caution de 100 million de tomans, le tribunal d’instance et les procureurs ont refusé, pour des raisons inconnues, d’accepter la caution. Il a été transféré à la section 8 de la prison d’Evine après son jugement et est en attente du verdict.



Simine Eyvaz-Zadeh, enseignante, pense, à propos des activités des jeunes comme Omid : « Je sais, pour les côtoyer dans le cadre de mon travail, que ces personnes ont le cœur pur et de bonnes intentions. La situation évolue positivement et ils se radicalisent ainsi et deviennent un peu extrémistes et interprètent mal la loi ; mais il faut prendre en compte leur jeune âge ainsi que leur manque d’expérience.

On lui a signifié que ces chefs d’accusation étaient : propagande contre le régime, agissements contre la sécurité nationale et insultes au guide, mais lui et son avocat ont refusé ces allégations.

Omid n’est membre d’aucun groupe ou mouvement politique, il s’occupent des enfants qui travaillent, il rencontre régulièrement les familles des prisonniers politiques et s’oppose à la peine de mort. Toutes ses activités étaient pacifiques, il voulait des reformes. Tout était légal, il ne s’agissait pas de propagande contre le régime, ni de conspiration contre la sécurité nationale.

Sa situation à la section 8 n’est pas bonne du tout. Il y a tant de prisonniers que certains dorment dans les couloirs. Les toilettes sont le seul endroit où personne ne dort. Il est détenu avec des délinquants financiers, des voleurs et des hooligans et le risque de conflit entre eux est inquiétant.

La situation sanitaire de la section 8 n’est pas bonne ; en raison de la surpopulation, les épidémies se propagent. Dernièrement, certains prisonniers ont attrapé la grippe qui s’est propagée à tous les prisonniers. Mon fils est l’un d’eux et, en tant que mère, je pense qu’il n’est pas en sécurité et cette situation m’inquiète.

Ma seule demande, mon seul espoir, est que mon fils soit traité avec équité, c’est tout ce que je demande. »

Source :

 

samedi 21 juillet 2012

Survivre au Viol dans le Prisons Iraniennes - Mojtaba Saminejad @madyar


Nom : Mojtaba Saminejad
Lieu de Naissance : Téhéran, Iran
Date de Naissance : 30 septembre 1980
Profession : Bloggeur, journaliste, militant des droits humains
Interviewer : Iran Human Rights Documentation Center (IHRDC)
Date de l’Interview : 4 février 2011

Cette déclaration a été préparée suite à un entretien aves Mojtaba Saminejad. Elle a été approuvée par Monsieur Saminejad le 18 mai 2011.

Je m’appelle Mojtaba Saminejad. Je suis né le 30 septembre 1980. J’étudiais le journalisme et la communication à l’université de Téhéran.

J’ai été arrêté deux fois, la première le 31 octobre 2004 ; j’ai été libéré sous caution au bout de 88 jours. Après deux semaines, le 12 février 2005, j’ai été arrêté de nouveau et je suis resté incarcéré pendant 21 mois.

La première fois, j’ai été arrêté pour avoir publié l’incarcération de trois bloggers de mon blog. Mais j’ai été accusé d’autres choses, en autres pour des articles que j’avais publiés sur mon blog. Certaines accusations étaient très graves comme insultes contre le Prophète Mahomet, passibles de la peine de mort si prouvées, insultes contre les ayatollahs Khomeini et Khamenei, crimes contre la sécurité nationale, troubles à l’opinion publique, propagande contre la république islamique et, par-dessus tout, insultes contre le prophète Mahomet.

Il était près de 20h00 quand j’ai été arrêté pour la première fois. J’étais chez moi avec ma mère, l’un de mes frères et un ami. Quatre personnes sont arrivées et m’ont demandé. Je suis allé voir qui ils étaient. Ils m’ont montré mon portrait et m’ont demandé si c’était bien moi, ce que j’ai confirmé. Ils m’ont montré un dossier qui contenait mes écrits et se sont présentés comme agents du maintien de l’ordre. Ils ont forcé l’entrée et ont dit qu’ils voulaient perquisitionner. J’ai demandé un mandat. Ils n’en ont produit aucun. Ma mère et moi avons reformulé notre demande d’un mandat et de qui ils étaient. Mais ils ont répété qu’ils étaient des agents de maintien de l’ordre. L’un d’eux a dit s’appeler monsieur Teherani.

Plus tard, durant les interrogatoires et les conversations avec ceux qui m’interrogeaient, j’ai découvert qu’ils appartenaient à un comité spécial illégalement institué par la Sepah (le conseil des gardes révolutionnaires, IRGC) sous la direction des juges Saïd Mortazavi et Moghadis (plus tard assassiné) pour lutter contre la cybercriminalité et réprimer les bloggeurs.

Ce comité, appelé « Bureau Internet » n’était pas officiellement établi. Il était néanmoins actif et visait les bloggeurs. J’avais posté sur mon blog un article sur leurs activités illégales avant mon arrestation. Les médias étaient plus ou moins au courant de l’existence de ce comité mais le gouvernement ne la confirmait pas.

Ils ont perquisitionné pendant une heure et demie. Pendant cette perquisition, mon père est arrivé. Il leur a aussi demandé le mandat de perquisition mais ils n’ont rien montré. Ils nous ont maudits et insultés durant la perquisition et m’ont menacé. L’un d’eux m’a forcé à accéder à mon blog pour en changer le contenu. Ils voulaient surtout que je réfute que les trois bloggeurs aient été arrêtés pour raison politique et voulaient que j’écrive que c’était pour avoir bu lors d’une soirée. Je ne l’ai pas écrit. L’un d’eux voulait utiliser la force et la violence. Ma mère et mon frère l’en ont empêché. Il m’a dit que je serai emprisonné pendant des années si je ne changeais pas le contenu de mon blog. J’ai écrit ce qu’il m’avait demandé mais de façon telle que les lecteurs flairent l’embrouille. Par exemple, j’ai écrit que j’allais à Shiraz pour participer à une foire aux livres. C’était pendant le mois du Ramadan et chacun sait que les foires aux livres n’ont jamais lieu pendant ce mois-là.

Je crois que, même si j’avais nié l’arrestation des trois bloggeurs, ils ne m’auraient pas relâché. Ils étaient venus pour m’arrêter. Ils ont ramassé tous mes documents personnels durant la perquisition.

Ils m’ont sorti de la maison, m’ont bandé les yeux et ont dit à mon père qu’ils avaient quelques questions à me poser et qu’ils me relâcheraient le lendemain. Deux voitures attendaient dehors. L’une d’elle était une fourgonnette et l’autre une Peugeot. Ils m’ont mis dans l’une d’elles et m’ont forcé à me mettre la tête entre les jambes.

Je ne savais pas où ils m’emmenaient. Au bout d’une demi-heure, la voiture s’arrêta. J’ai compris plus tard qu’il s’agissait de la prison d’Evine. J’ai passé un examen médical et on m’a posé quelques questions sur mon historique médical. Ils m’ont laissé debout devant un mur pendant 45 minutes puis m’ont conduit dans une cellule du bloc 2A administré par l’IRGC. Je suppose que ce bloc est situé au sud-est d’Evine. Ils continuaient à me menacer de me garder en prison pendant des années et de me soumettre au « poulet ». J’ai compris plus tard ce que cela signifiait. « Poulet » était le nom d’une torture. On attachait les prisonniers sur une planche, on le suspendait et on le fouettait.

De nuit, ils m’ont transféré dans une cellule d’isolement. J’y suis resté quatre nuits. On m’a donné un stylo et une feuille de papier et on m’a dit d’écrire si je voulais utiliser les toilettes et de passer le papier par la trappe. Il y avait une petite trappe en bas de la porte par laquelle on me passait ma nourriture. C’est vers cette époque que j’ai vu par hasard un bloggeur dans la prison ; son épouse avait rapporté sur son blog qu’il avait trouvé la mort dans un accident de voiture à Ahvaz. J’ai été surpris de le voir vivant.

La quatrième nuit, les interrogatoires ont commencé. J’ai eu environ 13 personnes pour m’interroger. Il semblerait qu’ils étaient tous membres d’une même équipe supervisée par le comité spécial établi pour réprimer les bloggeurs. L’un d’eux s’appelait Seyed Amir. Il y a quatre ans, j’ai découvert qu’il avait été nommé chef de la sécurité de l’université Allameh Tabatabaï. Je suppose qu’il l’est toujours. Au bout de quatre nuits, on m’a emmené pour m’interroger mais on m’a remmené en cellule immédiatement. J’ai vu qu’il y avait six salles d’interrogatoires dans notre bloc. Après m’avoir demandé mon identité, celui qui m’interrogé a ordonné au garde de m’emmener et de me ramener quand j’aurai fini de prier. Une demi-heure plus tard, on m’amena pour m’interroger. Dès que je suis arrivé, on m’a giflé et poussé contre le mur. Alors, cinq ou six personnes ont commencé à me frapper. On ne m’a posé aucune question pendant une demi-heure, on m’a juste frappé. Lorsque j’ai commencé à saigner, ils ont arrêté de me frapper. On m’a alors assis sur une chaise. Personne ne m’a dit de quoi j’étais accusé. Au bout d’un moment, on m’a remis à un garde qui m’a reconduit en cellule.

Le lendemain, vers quatre heures, un nommé Mohebi du bureau 21 du procureur de Téhéran a écrit ce dont j’étais accusé et m’a demandé de signer le papier. J’étais accusé de crimes contre la sécurité nationale et de troubles à l’opinion publique. Il a inscrit le montant de 150 millions de tomans en tant que caution sur la même feuille et m’a demandé de la signer. Je lui ai demandé ce qu’était ce montant et il m’a dit que c’était ma caution. Je lui ai demandé si ma famille était au courant et il m’a assuré que oui. Il mentait. Ma famille ne savait même pas où je me trouvais. Il n’a pas expliqué le pourquoi de ces accusations. J’ai demandé à rencontrer un avocat. Il m’a dit que je n’avais pas droit à un conseil juridique et que personne n’accepterait de me défendre.

La fois suivante, on m’a enveloppé la tête dans un sac plastique, menotté, couché sur le sol et attaché les pieds avec une corde. Puis on m’a choqué. Je suppose que c’était un choc électrique. J’ai eu très mal à la tête. Ce genre de mauvais traitements a continué pendant quelque temps. Après quelque temps, ceux qui m’interrogeaient m’ont dit qu’ils ne viendraient plus me parler à moins que je n’avoue et que je ne dévoile le nom et l’adresse de mes amis bloggeurs. Je ne connaissais pas les noms et adresses de mes amis bloggeurs. J’ai dit que je ne les savais pas. On me raccompagna en cellule. Personne ne vint me voir pendant 12 jours. Je me sentais insupportablement seul. Ceux qui m’interrogeaient étaient mon seul contact avec le monde extérieur. Ne les voyant pas revenir, je me suis mis en grève et je n’ai rien mangé pendant deux jours. Au bout de 12 jours, ils sont revenus. Pendant un moment, la pression a diminué. Ensuite, ceux qui m’interrogeaient n’ont plus utilisé la violence jusqu’à ce qu’ils soient remplacés et que les mauvais traitements recommencent.

Après quelques temps, j’ai découvert que 21 bloggeurs dont Hossein Reissi, Mohammad-Reza Khansari, Kaveh Ramezani, Afshin Zarieh ainsi que les trois bloggeurs dont j’avais dit qu’ils avaient été arrêtés sur mon blog, Mohammad Blodi, Omid Sheikhan et Peivand Sharif étaient tous dans la même prison que moi. Certaines nuits, on menait de front les interrogatoires des six bloggeurs dans les six salles. On nous battait. Ces nuits étaient terrifiantes. Une nuit, j’ai entendu que dans la salle adjacente à la mienne, on demandait aux deux hommes, deux bloggeurs, d’avouer qu’ils avaient des relations sexuelles illicites entre eux.

L’un d’eux était dans la cellule d’à côté. Il était jeune et m’a raconté une histoire très triste. Nous parlions à travers les petites trappes du bas des portes. Il me dit que plusieurs fois, un garde de service était entré dans sa cellule et lui avait demandé d’avoir des relations sexuelles. Il y avait six gardes de service en trois équipes. Il m’a dit avoir pleuré. Cet homme m’a dit qu’il était terrorisé par le garde et que, lorsqu’il était de service, il n’osait pas aller aux toilettes. Il était en grande difficulté

Nous frappions au mur de nos voisins quand nous voulions leur parler. J’ai frappé au mur pour lui demander de venir parler. Pendant deux nuits, il n’est pas venu. La troisième nuit, il est venu et il m’a dit qu’il avait été forcé à avoir des relations sexuelles avec le garde. Je crois que c’était la troisième semaine après mon arrestation. Habituellement, le garde entrait dans sa cellule à minuit. C’était juste pour le plaisir sexuel. Je l’ai poussé à porter plainte mais il ne voulait pas. Il était accusé de crimes graves. Il avait peur que son dépôt de plainte puisse le mettre encore plus en danger et alourdir sa peine. Il a plus tard été condamné à quatre ans de prison. Au bout d’un mois, la plupart des prisonniers ont été relâchés.

Au bout d’un moment, j’ai pu brièvement appeler ma famille pour l’informer que j’allais bien. La conversation n’a duré qu’une minute.

Je pense que c’était un mois et demi après mon arrestation ; j’ai rencontré un ami bloggeur aux toilettes. Il était très en colère. Il a pris le temps de m’expliquer combien il avait été maltraité la nuit précédente. On lui a ordonné soit de coopérer soit de manger un bol plein d’excréments. Comme il n’a pas avoué, il a été obligé de l’avaler. Il m’a dit qu’il l’avait fait.

Cette nuit-là, quand on m’a emmené pour m’interroger, j’ai remarqué que l’ancienne grossière équipe était de retour. Ils m’ont de nouveau demandé les noms et adresses de mes amis bloggeurs. Sincèrement, il y avait certains bloggeurs que je ne connaissais pas. Je suis devenu ami avec eux en ligne et j’ai posté des commentaires sur leurs pages. On m’a davantage maltraité qu’avant. Il était minuit. Ils m’ont montré un bol plein d’excréments, une feuille de papier et un stylo pour écrire. Ils m’ont donné un choix basique : avouer ou manger. J’ai dit que je ne savais pas. On m’a alors poussé la tête dans le bol d’excréments et me les ont fait manger. J’y ai été obligé. Il y avait environ quatre personnes dans la salle cette nuit-là.

Après cet incident, j’ai fait une nouvelle grève de la faim pendant cinq ou six jours. Les interrogatoires n’ont pas cessé. On me frappait moins mais la pression psychologique  augmentait. On m’a par exemple dit qu’on avait arrêté mon père parce qu’il demandait sans cesse de mes nouvelles. Une fois, on a insulté ma mère. Cela m’était insupportable et je me suis battu avec celui qui m’interrogeait. Une autre fois, on m’a montré de faux aveux d’un ami qui avait dit beaucoup de choses à mon propos. On m’a menacé d’une peine lourde. Ils voulaient en savoir plus sur les autres bloggeurs et continuaient à me poser des questions à leur sujet. On m’a par exemple interrogé sur Behzad, un bloggeur qui avait écrit des articles sur la religion sur son blog. Je ne le connaissais pas. On m’a dit de dévoiler ses coordonnées sinon je serai violé avec une matraque.

Les intimidations et les discussions sexuelles faisaient partie intégrante de beaucoup d’interrogatoires. Quelquefois, ils décrivaient un viol avec des détails tellement horribles que j'en vomissais. Par exemple, on m’expliquait comment je serai violé. Durant les interrogatoires, on me posait des questions sur mes relations sexuelles avec mes amies. On voulait par exemple que j’avoue des relations sexuelles avec mes amies. Une de mes amies était journaliste. Ils voulaient que j’avoue avoir eu des relations sexuelles avec elle. J’ai parlé avec elle il y a quelques temps, après sa libération après les manifestations post-électorales de 2009. On lui avait posé le même genre de questions durant sa détention. On voulait aussi que je décrive l’acte sexuel d’un de mes ami avec sa fiancée.

Quelques temps plus tard, je crois que c’était après ma deuxième grève  de la faim, un religieux est venu me voir. J’avais les yeux bandés et j’étais menotté. Il m’a fait asseoir sur une chaise pendant six ou sept heures. En parlant, il mangeait des fruits secs. Il m’a expliqué le genre d’ennuis que j’aurai si je n’avouais pas. Il a parlé des élections américaines et iraniennes. Cette nuit-là, j’ai découvert que ma détention provisoire avait été renouvelée pour deux mois.

Je me suis mis en grève pour la troisième fois. On m’a alors permis de rencontrer ma famille et j’ai arrêté ma grève. Ma famille ignorait où je me trouvais. Ils étaient allé dans différents endroits pour demander de mes nouvelles. Nulle part on ne leur a dit que j’étais détenu.

Après 60 jours, on m’a pressé de donner une interview filmée. On m’a demandé de parler d’Internet et de témoigner que ceux qui l’utilisaient seraient corrompus. Je n’ai pas accepté cette interview filmée. Néanmoins, après huit jours, la pression a diminué et j’ai été libéré sous caution après 88 jours. J’avais passé tout ce temps à l’isolement.

Le soir où j’ai été libéré, je me suis créé un nouveau blog où j’ai écrit ce qui m’étais arrivé en prison. Deux ou trois jours plus tard, je me suis rendu au bureau de Shirin Ebadi, le Centre de Défense des Droits Humains, où j’ai demandé asile. J’ai porté plainte auprès de la Commission Islamique des Droits Humains et j’ai écrit à Khatami, le président d’alors, et à l’ayatollah Shahroudi, chef de la justice.

Deux semaines plus tard, le 13 février 2006, j’ai donc été de nouveau arrêté. J’ai reçu une sommation à comparaître au bureau du procureur de la 21ème chambre de Téhéran. Là, Mohebi, celui qui m’avait interrogé, m’a dit qu’il m’avait averti de ne pas parler de mon expérience en Iran avec qui que ce soit. Il a ensuite rédigé les accusations : crime contre la sécurité nationale, trouble à l’opinion publique, publication de faux pour troubler l’opinion publique, négation de l’avènement du Mahdi (crime qui n’existe pas dans le code pénal), propagation de l’immoralité, relations sexuelles illicites, insultes aux prophètes et aux ayatollahs Khomeiny et Khamenei.

Mohebi voulait que je signe cet acte d’accusation. Je ne l’ai pas signé. J’avais deux avocats : Mohammad Seifzadeh et Fereydoun Shami. J’ai dit que je voulais rencontrer mon avocat avant la signature de l’acte d’accusation. Il m’a dit que si je ne signais pas, je serai arrêté. Je n’ai pas signé et Mohebi a ordonné mon arrestation. J’ai été transféré à Evine et mis en quarantaine. A Evine, on m’a enregistré mais on n’a pas fait d’examen médical. Je suis resté deux jours en quarantaine puis j’ai été transféré à Ghezel Hessar.

Après mon admission, j’ai été transféré au bloc trois. Ghezel Hessar compte huit blocs. Ceux qui m’interrogeaient m’ont rendu visite à de nombreuses reprises à Ghezel Hessar et m’ont interrogé. Les interrogatoires portaient de nouveau sur mes relations sexuelles. Ils voulaient connaître mes relations avec une femme qui vivant à l’étranger. J’ai entendu dire qu’après son retour, on l’avait poussé à porter plainte contre moi pour agression sexuelle. Mais elle ne l’a pas fait.

Après quelques temps, on m’a transféré dans un autre bloc. Les drogues étaient facilement disponibles. J’ai assisté au viol de jeunes prisonniers par des prisonniers plus âgés ; à plusieurs reprises. Les prisonniers qui y étaient le plus sujets étaient les jeunes hommes qui sortaient de maisons de correction une fois leurs 18 ans atteints. Les prisonniers voyous qui étaient plus forts pratiquaient communément des abus sexuels sur les plus jeunes et les violaient. La première salle du bloc trois abritaient les prisonniers de moins de 24 ans. J’y ai vu beaucoup de victimes de viols. Quelquefois, quand l’un deux s’opposait aux gardes, il était puni et envoyé dans une autre salle. Là, parmi les voyous, il était vulnérable et facilement violé.

Je n’ai pas eu connaissance de viols commis sur ces hommes par les gardes. J’ai rapporté le viol des prisonniers aux autorités mais ils ne s’en sont pas occupés. J’ai eu connaissance du viol des prisonniers dès la première semaine. J’étais à la douche. Il y avait six ou sept salles dans notre bloc. Les portes n’étaient que partielles et on voyait les pieds et les têtes des prisonniers. Une fois dans les douches et plusieurs fois à l’intérieur du bloc, j’ai été témoin de viols. Beaucoup de prisonniers de Ghezel Hessar ont bien connu ce genre de situation.

Après quelques temps, le chef de notre bloc m’a donné comme tâche de lui rapporter le nombre de prisonniers dans chaque salle tous les soirs. J’allais donc dans les toutes autres salles pour y compter les prisonniers. J’ai vu à plusieurs reprises que les prisonniers les plus âgés agressaient sexuellement les plus jeunes dans ces salles.

J’ai vécu six mois parmi les prisonniers afghans. Ils étaient très mal traités en prison. Je ne me souviens plus de la date Tôt le matin, nous avons été réveillé par un cri extrêmement fort. Le chef de notre bloc nous a dit qu’un Afghan s’était querellé avec un garde et qu’on l’avait amené au bureau principal et que c’était sa voix. Il avait raison, c’était bien la sienne. On le violait avec une matraque là-bas. On le ramena dans la salle au bout de deux heures et c’est là que je l’ai vu.

Après le viol, deux prisonniers afghans l’ont emmené à l’infirmerie. Quand il est revenu, mes camarades de cellule afghans m’ont demandé de faire quelque chose pour lui. J’ai contacté Mohsen Beigui pour lui demander conseil. Nous avons décidé d’écrire une lettre pour se plaindre des gardes. Le prisonnier agressé l’a signée. Mes camarades de cellule ont signé en tant que témoins. Le prisonnier agressé s’est rendu au bureau principal pour remettre la plainte. Il était accompagné par notre représentant de bloc. Trois ou quatre heures plus tard, ils sont revenus avec des sacs de bonbons, de chocolats et de fruits secs. J’ai compris qu’on lui avait aussi remis de l’argent. Le garde l’avait convaincu de retirer sa plainte et il avait accepté.

On m’a ensuite convoqué au bureau principal. On m’a menacé au cas où je poursuivrais cette plainte ; on m’a dit que si je le faisais, je serais en grave danger puisqu’ils avaient réussi obliger le prisonnier à retirer sa plainte.

Les gardes étaient au courant des viols en prison mais ils ne voulaient pas s’en occuper. Ils les considéraient comme un phénomène carcéral ordinaire et routinier au même titre que les bagarres et les drogues. Quand je leur en ai parlé, ils m’ont dit être incapables de les contrôler. En fait, ils ne voulaient pas s’en occuper ou de les contrôler. Ils les ignoraient et laissaient faire. Ils ne tentaient pas de prévenir les agressions ou de punir, ne serait-ce que symboliquement, les agresseurs.

J’ai été jugé par trois tribunaux. La 13ème chambre du tribunal révolutionnaire m’a jugé pour crime contre la sécurité nationale et insultes contre les ayatollahs Khomeiny et Khamenei. Elle m’a déclaré non-coupable de crime contre la sécurité nationale mais coupable d’insultes contre les ayatollahs Khomeiny et Khamenei et m’a condamné à la peine maximale, deux ans de prison. Les autres chefs d’accusation, propagation de l’immoralité, trouble à l’opinion publique par diffusion de fausses informations et relations sexuelles illicites ont été jugés par le tribunal spécial de conduite du 21ème district de Téhéran. On m’a jugé non coupable de prostitution mais coupable de trouble à l’opinion publique et condamné à 10 mois de prison. Pour relations sexuelles illicites, j’ai été condamné à une amende de 100.000 tomans. Mon procès le plus dur était pour insulte contre le prophète qui s’est tenu à la 16ème chambre du tribunal criminel, qui m’a déclaré non-coupable. En tout, j’ai été condamné à 36 mois de prison et à 100.000 tomans d’amende.

Je suis resté en prison 21 mois puis j’ai été libéré sous caution. Je suis resté en Iran deux autres années et je suis parti en 2008.

Source : http://www.iranhrdc.org/english/publications/reports/3401-surviving-rape-in-iran-s-prisons.html#.UAaOZrS7W2A

dimanche 29 mai 2011

Extrait de la déclaration des prisonnières politiques d’Evine à l’occasion de la journée de la femme


Voilà presque deux ans qu’ont eu lieu les élections présidentielles controversées de 2009. Durant ces deux années, notre pays a été témoin de beaucoup de troubles et d’affrontements dans la rue. Beaucoup de nos concitoyens ont été tués dans les rues de nos villes et beaucoup d’hommes et de femmes ont été injustement emprisonnés.

Voilà deux ans que, loin de nos foyers et des espoirs de liberté pour demain, nous passons nos journées dans la nuit, dans cet espace entouré de murs.

Notre espoir d’un futur radieux est ce qui nous soutient et nous empêche de plier sous l’oppression et les persécutions qui nous sont infligées.

Nous sommes des prisonnières politiques arrêtées après les élections, emprisonnées sur de fausses accusations, condamnées à des années de prison loin de nos foyers.

Les conditions ont été très difficiles pendant notre détention. On n’a pas tellement prêté attention aux épreuves que nous avons endurées. Nous pensons de notre devoir d’informer le public d’au moins une infime partie des agissements illégaux  à notre encontre.

Malheureusement, parce que tout dans ce pays est basé sur la séparation des sexes, ce qui s’est passé pendant les interrogatoires n’était dû qu’à notre sexe. Pour les hommes qui nous interrogeaient, être  seuls dans les salles d’interrogatoire avec des prisonnières relatant leurs relations sexuelles devrait être une insulte pour le système islamique. Ils tentaient de forcer les détenues à faire de faux aveux détaillés contre elles-mêmes et d’autres en utilisant des accusations sexuelles et des calomnies. Il n’y a bien sûr que Dieu et ceux qui nous interrogeaient pour porter témoignage, mais des dizaines de feuilles écrites pendant les interrogatoires prouvent ce que nous avançons. D’une façon générale, pour interroger les prisonnières et briser leur résistance, on a eu recours à des insultes verbales à caractère sexuel et à l’évocation de leurs relations sexuelles. Donc, nous devons dire en toute franchise que nos âmes et nos esprits n’ont cessé d’être violés. Les détails ne pourront être relatés que lors d’audiences privées avec les autorités judiciaires.

Suivant la loi, l’usage de la torture pour obtenir des aveux est illégal. Néanmoins, la torture est facilement utilisée et fait partie de la normalité dans les sections supervisées par le ministère du renseignement et les gardes révolutionnaires. Les gifles, les coups sur la tête, le jet d’objets à la tête de la détenue, les coups de poing et de pied, etc… sont quelques unes des méthodes utilisées contre les femmes arrêtées après les élections.

Malheureusement à ce jour, personne n’a rapporté ces faits ou n’en a parlé.

Contrairement à la loi, la plupart des prisonnières ont été gardées à l’isolement pendant des mois. C’est une forme de torture mentale et c’est illégal. Après l’arrestation, les détenues n’avaient pas le droit de contacter leurs familles et n’avaient pas de droit de visite. Beaucoup de familles ignoraient où elles se trouvaient. Les détenues n’avaient pas le droit de rencontrer leurs avocats et ne les voyaient que durant les procès. Durant les procès, les plaidoiries n’étaient pas autorisées et les juges prononçaient leurs verdicts sans prêter aucune attention à la défense ou à son plaidoyer. Les détenues n’ont plus droit de communiquer téléphoniquement depuis septembre 2010. Beaucoup de prisonnières ont des enfants en bas âge et les conversations téléphoniques étaient le seul contact qu’elles avaient avec eux.

Il y a actuellement 32 prisonnière dans la petite salle du bloc méthadone de la prison d’Evine. D’après la direction de la prison, c’est une situation transitoire et elles ne vont pas tarder à être transférées à Varamine. D’après ce que l’on entend de la situation de la prison de Varamine, c’est un grand sujet d’inquiétude pour nous et nos familles.

Source: http://www.kaleme.com/1390/03/07/klm-59410/

samedi 21 mai 2011

La torture derrière les murs d'Evine - Saïd Pourheydar


Vendredi 13 mai 2011 – Dans une lettre adressée au guide suprême  Seyyed Ali Khamenei,
Mehdi Mahmoudian décrit la situation insupportable des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr et ce que les prisonniers politiques doivent endurer ; c’est pour moi une réalité dont j’ai non seulement été témoin, que j’ai entendue raconter par les prisonniers de mon bloc, mais aussi quelque chose que j’ai expérimenté dans ma chair.

Après les élections présidentielles truquées, j’ai été arrêté par deux fois. La première, j’ai été détenu à l’isolement, puis dans une cellule de 5 personnes au bloc 240 d’Evine. La seconde fois, j’ai été détenu avec 19 autres prisonniers au bloc 350 d’Evine* ; les longues heures de discussion derrière les barreaux m’ont donné la possibilité de parler avec les autres prisonniers des tortures psychologiques et physiques endurées pendant les interrogatoires. Ces discussions sincères sur les détails des arrestations, des interrogatoires, de la torture et des jugements ont été consignés dans quatre carnets de cent pages que j’ai l’intention de publier en temps voulu.

Ce qui suit n’est qu’un bref résumé de ces discussions de l’automne et de l’hiver de l’année dernière avec 19, sur un total de 160 prisonniers politiques, arrêtés après les élections transformées en coup d’état et détenus au bloc 350 ; ce résumé se référe surtout aux tortures physiques et psychologiques qu’ils ont subies. De ces 19 prisonniers politiques avec lesquels j’ai discuté, 3 étaient mes camarades de cellule, mes meilleurs amis ; ils ont été exécutés, deux autres ont purgé leur peine et ont été libérés. 14 sont toujours derrière les barreaux au bloc 350 dont 3 ont été condamnés à mort et attendent leur exécution.

Ce que je décris se limite à mon expérience personnelle et à celle d’autres prisonniers politiques d’Evine, plus spécialement du bloc 2A* et des blocs 209 et 240*.

Revenir sur ce qui s’est passé est à la fois douloureux et amer, mais je crois fermement que nous ne pourrons nous affranchir de ce regard en arrière que lorsque que nous aurons vaincu ; il sera alors temps de regarder en face ce qui adviendra. J’ai donc choisi de délivrer mon esprit de ces souvenirs amers et d’en parler, dans l’espoir que le monde atteigne un certain degré de conscience des supplices que la noble jeunesse iranienne, éprise de liberté, accusée de pensée et de philosophie « Verte », a dû endurer dans les serres de la tyrannie.

La Torture physique

J’ai partagé une cellule de trois personnes du bloc 350* d’Evine avec un prisonnier dont les tortures physiques et psychologiques tourmenteraient toute personne à l’esprit libre. Il avait 25 ans et avait été arrêté sur des accusations injustifiées et non fondées par des agents des gardes révolutionnaires à l’aéroport Imam Khomeiny ; il avait été transféré au bloc 2A* d’Evine et avait supporté des tortures physiques et psychologiques inimaginables pendant ses 6 mois à l’isolement.

Ceux qui l’interrogeaient lui avaient uriné au visage. Il avait été sévèrement battu et avait été fouetté sous la plante des pieds. Il avait reçu à plusieurs reprises des chocs électriques pendant les interrogatoires ; il avait été tellement frappé sur les testicules qu’il en avait perdu conscience. Ceux qui l’interrogeaient utilisaient des pinces sur plusieurs parties de son coup ; trois d’entre eux ont été jusqu’à le traiter comme un ballon, lui donnant des coups de pieds si violents que mes médecins légistes avaient même motivé une forme de torture en confirmant les blessures au crâne et une fracture du nez.

L’une des pires formes de torture endurée par ce très cher ami a été son viol par les membres des gardes révolutionnaires qui l’interrogeaient ; ils ont versé de l’adhésif plastique dans son anus puis l’ont arraché une fois qu’il avait durci.

Bien qu’il soit toujours derrière les barreaux, malgré les tortures brutales et inhumaines, il refuse toujours de faire de faux aveux.

Lors d’une conversation de trois heures sur un banc du bloc 350*, un autre de nos innocents collègue Vert incarcéré a décrit les tortures subies quand il était au bloc 2A*.

On l’a jeté dans un baquet d’eau froide et il a été détenu à l’isolement pendant 10 jours dans une cellule d’un mètre 25 de haut. Pendant des heures, on l’a forcé à rester debout, nu, dehors, en plein hiver. A plusieurs reprises, il a eu la tête poussée dans la lunette des toilettes pendant qu’on tirait la chasse. Il a été sévèrement battu, on l’a complètement dépouillé de ses vêtements et il a été molesté pendant les interrogatoires. Ce ne sont que quelques exemples des tortures qu’il a dû endurer pendant ses deux mois à l’isolement au bloc 2A*. Il a été transféré il y a quelques mois au bloc 350* d’Evine où il attend son procès.

Une autre forme de torture: obliger les prisonniers à s’asseoir sur le sol, nus, pendant qu’on leur frappe le dos avec des matraques et des câbles. Beaucoup de prisonniers sont obligés de rester debout pendant des heures. Deux prisonniers auraient perdu connaissance après un tel traitement. On oblige les prisonniers à prendre des psychotropes, on m’y a obligé. On les pend par l’épaule ou la jambe. Pendant les interrogatoires, on leur coince la tête sur les bras d’un  fauteuil et on les frappe à coups de pied sur les parties sensibles du corps comme les testicules. On oblige les prisonniers à se coucher sur le ventre pendant que deux ou trois personnes leur marchent sur le dos. Il y a eu beaucoup de déchirures de tympan sous les coups fortement portés à la tête, au visage et aux oreilles. On bande souvent les yeux des prisonniers pour les empêcher de réagir quand on les frappe au visage. Ce ne sont que quelques exemples des myriades de méthodes de torture décrites par nombre de prisonniers politiques durant leur détention dans les blocs 209*, 240* et 2A* d’Evine. Beaucoup de ces prisonniers sont actuellement au bloc 350* d’Evine ; soit ils purgent leur peine, soit ils attendent le verdict, ne sachant à quoi s’attendre.

La torture psychologique

La douleur causée par la torture physique peut s’estomper avec le temps mais les effets de la torture psychologique persisteront pendant des années. Avant mon arrestation, le 5 février 2010 et en raison de mes problèmes cardiaques, je prenais quotidiennement un comprimé de Pronol, un béta-bloquant, dosé à 10 mg. Aujourd’hui, le seul bienfait que j’ai reçu de mes jours passés à l’isolement et des brutales tortures psychologiques et physiques que j’ai subies, c’est que je prends deux à trois comprimés de Pronol dosés à 40 mg par jour, plus une myriade d’autres sédatifs que j’ai été contraint d’absorber pendant les mois qui ont suivi ma sortie de prison. L’impact négatif sur mon psychisme a, sans aucun doute, créé de nombreux problèmes dans ma vie quotidienne.

Presque tous les prisonniers politiques ont fait l’expérience d’une forme de torture psychologique ou d’une autre. Même en supposant, ce qui est impossible, qu’un prisonnier n’ait pas été soumis à des pressions psychologiques, le temps passé à l’isolement est en lui-même l’une des pires formes de torture psychologique. Il va sans dire que quiconque n’a pas fait l’expérience, ne serait-ce qu’une heure, d’emprisonnement à l’isolement ne pourra jamais comprendre complètement ce que cela signifie.

Les simulacres d’exécution, une forme horrible de torture psychologique sont très répandus au bloc 2A*. Trois des prisonniers avec lesquels j’ai parlé au bloc 350* m’ont dit en avoir subi et l’un des détenus du bloc 350* m’a décrit comment il avait subi deux simulacres d’exécution.

On rend visite au prisonnier avant l’aube tandis qu’il se trouve à l’isolement et on lui dit qu’il va malheureusement être exécuté. On lui bande alors les yeux, on l’entrave et on le mène dans la cour du bloc 2A*. On place le prisonnier sur un tabouret, on lui place un nœud coulant autour du cou et on lui demande ses dernières volontés avant d’être pendu.

Un ami m’a dit être resté debout, les yeux bandés, le nœud coulant au cou, lors du premier simulacre pendant 30 minutes, pendant que celui qui l’interrogeait lui expliquait qu’ils attendaient l’arrivée du responsable de la prison, d’un observateur judiciaire et du médecin légiste avant l’exécution du verdict. Au bout d’une demi-heure, on l’informa que, le directeur de la prison n’ayant pu venir, l’exécution devant avoir lieu avant l’aube, l’exécution était retardée de quelques jours.

Bien sûr, personne n’appréhende totalement l’état psychologique d’un prisonnier politique force d’attendre debout sur un tabouret, les yeux bandés; personne ne peut imaginer le supplice suscité par une attente de quatre jours avant d’être soumis à cette même mise en scène.

Quatre jours plus tard, on le réveille de nouveau et on l’emmène de nouveau dans la cour du bloc 2A*. De nouveau, le nœud coulant entoure son cou et il se tient sur le tabouret de la mort. Le verdict de son exécution lui est lu. On lui demande ses dernières volontés. On retire le tabouret de sous ses pieds, mais la corde est trop longue et il s’écroule sur le sol ; alors, les deux personnes qui l’interrogeaient et qui l’encadrent actuellement éclatent de rire et déclarent : « Tu as eu de la chance cette fois-ci ; la corde s’est rompue. Tu peux retourner dans ta cellule maintenant jusqu’à ce que nous décidions exactement quant tu seras pendu. »

Je suis sûr que vous vous souvenez des ridicules procès mis en scène en 2010, après les élections présidentielles et les faux aveux de plusieurs personnalités célèbres ou moins célèbres qui s’en sont suivis ; ils avaient été forcés de témoigner contre eux-mêmes et le Mouvement Vert. La façon dont ces procès ont été menés est une longue histoire dont j’ai l’intention de mettre les détails par écrit : comment on a préparé les prisonniers pendant des jours à répéter ce qu’ils diraient au tribunal ou bien comment on les a forcés à se laisser pousser la moustache avant le procès.

Je suis sûr que vous voudriez savoir pourquoi certaines personnalités ont accepté de témoigner contre eux-mêmes et le Mouvement Vert. L’une de ces personnalités de premier plan a résisté aux exigences de ceux qui l’interrogeaient pendant 2 mois ; comment a-t-il finalement cédé ?

Un jour, ils ont rendu visite à l’épouse et à la fille de cette personnalité et les ont emmenées à la prison sous prétexte de rendre visite à leur époux et père. Ont leur a demandé de rester dans une pièce pour attendre l’arrivée du prisonnier.

La pièce possédait une vitre sans tain. Le prisonnier a été amené de l’autre côté de la vitre. On lui a dit : « Comme tu le vois, on a emmené ta femme et ta fille ici. A toi de voir si tu veux parler au tribunal ou pas. » Le prisonnier a continué de refuser d’avouer. Celui qui l’interrogeait a alors appelé son collègue au téléphone : « Hadji, apparemment il pense toujours qu’on rigole. » Il a raccroché le téléphone. La porte de la pièce dans laquelle se trouvaient son épouse et sa fille était ouverte. Deux prisonniers dangereux et costauds, condamnés pour meurtre, sont alors entrés dans la pièce. Celui qui l’interrogeait s’est alors placé face à lui : « Tu vois,  mon frère, ces deux hommes aux côtés de ta femme et de ta fille ; ils ont été condamnés à mort  pour meurtre. Ca fait un petit bout de temps qu’ils sont en prison et ils n’ont eu aucun contact avec des femmes pendant ce temps. Je te laisse une minute pour réfléchir à ta réponse, tu veux ou pas aller au tribunal et t’asseoir face aux cameras. Si ta réponse est non, je les dirai de commencer là, juste devant toi. » Et voilà comment cette personnalité de premier plan a été obligée de témoigner contre lui-même et d’autres.

Ce qui précède n’est que trois exemples de torture psychologique subie par les prisonniers politiques du bloc 2A et des blocs 209* et 240*. Et encore, il ne s’agit que de ce qui est arrivé à 19 des 160 prisonniers politiques incarcérés au bloc 350 d’Evine avec lesquels j’ai eu le privilège de discuter pendant des heures.

Il va sans dire que pour comprendre la profondeur de la tragédie et exposer clairement les grossières violations des droits humains, il nous faut prendre en compte la totalité de ce que des centaines d’autres amis ont subi avant et après mon incarcération au bloc 350* d’Evine, sans oublier les détenus à l’isolement aux blocs 209*, 240* et 2A d’Evine, à la prison de Radjaï Shahr ou dans d’autres prisons iraniennes.

En tant que journaliste récemment libéré de prison, j’atteste, qu’en dépit de toutes ces tortures, persécutions, en dépit de l’isolement de la société et de la nostalgie, les prisonniers du Mouvement Vert Démocratique, dans les serres d’un dictateur, continuent de résister avec dignité à l’intérieur du bloc 350* de la prison d’Evine. J’attends la libération de tous ces combattants de la liberté et je suis sûr que le jour où nous serons tous libérés arrivera plus tôt que nous le pensons.


Saïd Pourheydar
Journaliste & Membre de la Maison des Droits Humains d’Iran (RAHANA)

* Note du traducteur : La prison d’Evine compte plusieurs blocs ou unités :
Le bloc 2A est placé sous la supervision des gardes révolutionnaires
Les blocs 209 et 240 sont placés sous la supervision du ministère du renseignement
Le bloc 350 est le bloc commun où sont détenus les prisonniers politiques

Source; RAHANA - http://www.rahana.org/archives/39789

vendredi 18 mars 2011

Dans le bloc 2A des gardes révolutionnaires: le calvaire des militants des droits humains – 4 avril 2010 - Mojtaba Samienedjad


Le scénario écrit par les gardes révolutionnaires (IRGC) à l’intention des militants des droits humains est appliqué totalement dans le bloc 2A de la prison d’Evine. Ce qui en résulte n’a jamais été vu à ce jour. Dans les séquences publiques, le scénario comporte des accusations stéréotypées: « agissements contre la sécurité nationale », « liens avec des puissances étrangères » et « implication dans des opérations conçues et dirigées par les bureaux d’espionnage américain et israélien », ces opérations d’espionnage n’étant connues que de la rédaction de Kayhan.

En fait, ce qui se fait au bloc 2A de la prison d’Evine, c’est la torture, les menaces contre les familles des militants arrêtés, le refus du recours à un avocat et l’isolement des prisonniers du monde extérieur. Dans son dernier scénario, l’IRGC a visé les militants des droits humains. Le but de l’opération est de mettre fin aux activités des militants des droits humains, de cacher le bilan noir de la république islamique en matière de droits humains et d’aider les violations des droits humains à venir en Iran. Après tout, les violateurs des droits humains iraniens ont appelé 1389 l’année de la multiplication des efforts !

Le centre de lutte contre le crime organisé, qui est une succursale de l’IRGC, a vu le jour en 1383 (2004-2005) quand les juges Mortazavi et Moghaddas se sont vus adjugés des dossiers de bloggeurs et d’internautes. Depuis lors, le centre a répété à de nombreuses reprises le même scénario pour servir différents buts. L’exemple le plus remarquable : en mars 2009, plusieurs personnes ont été arrêtées et liées à un réseau nommé « Mozzeline ». A première vue, d’après de que l’IRGC et les médias d’état ont annoncé, l’opération aurait visé des sites pornographiques et religieux. Mais en réalité, toute l’opération a été menée pour que l’opinion publique se méfie d’internet par le biais des médias partisans et de production de programmes de télévision comme « Choc ».

Le centre de lutte contre le crime organisé n’est rien d’autre qu’un centre pour les violations des droits humains et un ennemi de la liberté d’expression. Le centre atteint ses objectifs par des scénarios concoctés pour des « crimes commis » et les accusations qui s’en suivent qui sont alors mises en œuvre de façon organisée et homogène dans l’enceinte de la prison d’Evine. Le centre a un casting permanent comme les juges Kian-Manesh (procureur en 2004 et maintenant chargé des dossiers des militants des droits humains), Djafari (qui a annoncé à la télévision la nouvelle des peines de mort des accusés du dossier Mosseline) et une cheville ouvrière de l’IRGC à la réputation détestable, Moussavi. Quant aux méthodes, il y a la procédure générale : pressions et torture dans le bloc 2A, extortion de faux aveux télévisés, qui débute par le montage de toutes pièces de dossiers pour les médias et finit par la propagande télévisée.

Une des tactique utilisée par le centre provient de l’idéologie répressive de l’IRGC : menacer et mettre la pression sur les familles des détenus et lier leurs dossiers à la sécurité nationale. Ceci ralentit la propagation des nouvelles au monde extérieur, le public y regardant à deux fois et prenant beaucoup de précautions avant de rapporter ces nouvelles. C’est une méthode utilisée dans tous les dossiers passés entre les mains du centre. Il en résulte que beaucoup des arrestations qui ont eu lieu le mois derniers n’ont pas du tout été publiées ou alors on n’a pas entendu parler des détenus depuis leur arrestation.

Pour contrer ce scénario, il faut des campagnes d’informations pour le public, la couverture médiatique des détenus qui mette en lumière les aspects tus de leur histoire et des mauvais traitements qu’ils subissent.

Une fois de plus, il est clair que le ministère du renseignement et les services de renseignement de l’IRGC tentent de sacrifier un groupe à leurs objectifs malveillants. Pour ce faire, ils ont recours à de vieilles tactiques comme l’annonce de « l’anéantissement d’un cyber réseau » soumettant les détenus à des techniques de torture inhumaines et les forçant à prendre part à des aveux forcés et à des procès mis en scène.

Les préparatifs dans la coulisse ont lieu à l’intérieur du bloc 2A de façon atroce. Nassour Naghipour, le Docteur Hessam Firouzi, Mehdi Khodaï, Abdolréza Ahmadi et plus que tous Hossein Ronaghi Maleki subissent des pressions inimaginables du renseignement de l’IRGC à Evine. D’après certaines fuites et le dossier forgé de toutes pièces publié par le quotidien Kayhan, la situation de Hossein Ronaghi Maleki est extrêmement inquiétant ; les membres de l’IRGC qui l’interrogent ont des projets pour lui. Le reste des militants détenus n’est guère mieux loti.

La plupart des détenus ont été choisis parce qu’ils étaient des militants inconnus ou moins connus que d’autres. Paradoxalement, le dossier a été présenté comme visant des militants connus et des groupes de défense des droits humains reconnus. L’objectif sous-jacent est de sacrifier les militants inconnus ou moins connus qui sont plus vulnérables à cause d’un soutien et d’une attention moindres en raison de leur statut. C’est un fait dont ceux qui ont écrit ce scénario et ceux qui interrogent sont bien au fait.

Les militants détenus du bloc 2A sont dans une situation préoccupante. L’opération pressions et torture touche à sa fin, ce qui montre tous les symptômes d’une conclusion désespérante : les verdicts seront lourds. Tous les militants des droits humains doivent agir ; la meilleure façon de faire échouer ce scénario est une campagne d’information publique. Pendant des années, ces militants des droits humains ont défendu les détenus ; maintenant, ce sont eux qui ont besoin de notre aide. Ces défenseurs ne peuvent plus aider ; ils doivent donc être défendus.

Source : http://www.rahana.org/en/?p=2159