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samedi 12 mai 2012

Une lettre d’Atefeh, épouse de Hassan Assadi Zeidabadi à l’occasion de son 28ème anniversaire.



Je ne sais pas ce qui t’as pris de me demander de chanter pour toi. J’ai appuyé ma tête contre le double vitrage de la salle de visite et, effrayée, j’ai murmuré : « Oh oiseau du matin, chante encore ! Ranime la souffrance qui brûle mon cœur ! »* Une boule dans ma gorge m’a empêché de continuer. J’essayais de retenir mes larmes en silence. Tu me regardais gentiment et mon cœur a chaviré. Je t'ai dit : « Apparemment, notre amour est plus grand que la vitre et les barreaux qui nous séparent. » Tu as approuvé de la tête avec un rire amer.

Hier soir, ta mère m’a raconté l’histoire du choix de ton prénom. Tu es né le jour où le prophète Mahomet a été choisi par Dieu. Ils voulaient t’appeler Mohammad, mais ce même jour, on ramena le corps d’un soldat tombé lors de la guerre Iran-Irak. Il s’appelait Hassan et sa mère, pleurant et gémissant sur le corps déchiré de son fils, a demandé à ta mère de t’appeler Hassan pour que tu portes le nom de son fils tombé.

L’enfant du printemps
Je me souviens de 2009 quand je t’ai vu à ta sortie de deux semaines d’isolement. Ta mère n’avait pas pu venir [elle était malade]. Tu m’as dit : « Dis à ma mère que je suis déterminé à prendre le chemin de la vérité et de la liberté, exactement comme Hassan. » J’ai porté le message à ta mère. Elle a été submergée de larmes, mais je l’ai entendue murmurer « que Dieu te protège et qu’il t’ait en ta sainte garde. » Quelques nuits plus tard, elle a rêvé de la mère du martyr Hassan…

Mon amour
Tel est notre destin : les systèmes judiciaires et sécuritaires ont concentré leurs efforts pour tester les limites de notre patience, de notre tolérance. Ils disent : « Même s’il est condamné à cinq ans de prison, nous ne le relâcherons pas, nous ne lui donnerons pas de liberté conditionnelle. Il n’aura pas plus droit à des visites en personne ou à des appels téléphoniques. » Pourquoi ? Qu’est-ce qui a servi de base à une telle décision, quelle loi iranienne, quelle loi non-écrite de l’humanité et de la conscience ? Ils n’ont pas de réponse. Ils veulent juste tester notre patience.
Mais ce n’est pas important. Plus le test sera difficile, mieux nous réussirons. Il y aura un jour  où Dieu nous jugera tous. Nous attendons ce jour inéluctable.

Cher Hassan,
Depuis presque deux ans, chaque semaine je te rends une visite de 20 minutes, quelquefois cinq minutes de plus. Je pense que la salle de visites de la prison est l’endroit le plus vulnérable du monde de nos rencontres. Et pourtant, chaque semaine, toi, moi et des douzaines comme nous attendent impatiemment d’arriver dans ce lieu vulnérable. Nous touchons la vitre, nous parlons, nous bavardons dans le combiné. La dernière scène c’est ce rideau qui tombe, qui coupe le contact et il ne nous reste qu’à le maudire ! La fin de l’histoire est que nous regardons tandis que ceux que nous aimons sont reconduits dans leurs cellules. Nous avons des milliers de mots tus dans nos cœurs. Voilà notre histoire hebdomadaire. Elle ne vieillit pas, elle ne se change pas en routine et nous ne nous habituons pas. C’est l’histoire de vies enfermées dans le temps et l’espace.

Mon mari,
J’aurais aimé que tu sois là pour te tenir la main et t’offrir une fleur en gage d’estime pour ta bonté et ta camaraderie. Et pourtant, c’est la seconde année consécutive que tu es dans une petite pièce du bloc 350 d’Evine et que je suis dans une maison qui attend que tu reviennes avec impatience. Je me tourne vers le ciel et je prie Dieu que tu restes Vert ** sur la route bénie de la liberté que tu as choisie. D’où je suis, je suis fière de toi, proche de ton foyer et de ta famille.

Joyeux anniversaire !
Ton épouse, Atefeh
27 avril 2012

*Morgh-e Sahar, ou « oiseau de l’aube » est le titre d’une chanson de Bahar, un poète iranien. Le thème de cette chanson est la lutte pour la liberté, contre la tyrannie. 
**Se rapporte au Mouvement Vert.

Source : http://persian2english.com/?p=23812



mercredi 6 avril 2011

A l’occasion de l’anniversaire de Bahareh Hedayat – Mansoureh Shodjaï


Nous sommes aujourd’hui les témoins d’un printemps qui surgit de toutes parts et nous pensons à une jeune femme, Bahareh Hedayat, détenue dans la célèbre prison d’Evine à Téhéran. En Persan, « Bahareh » signifie printemps. Nous nous sommes rassemblés ici pour planter un arbre en ce jour de printemps et pour surmonter l’hiver. Aujourd’hui, c’est son anniversaire. En plantant cet arbre, nous voulons invoquer une renaissance et un nouveau commencement.

Aujourd’hui, c’est le trentième anniversaire de Bahareh, une jeune femme à l’apogée de sa beauté et de sa maturité. Elle est en prison depuis plus d’un an et il faut nous demander si elle passera encore les dix prochaines années en prison. Personne n’a la réponse. Mais peut-être ce jeune arbre que nous plantons à l’occasion de son anniversaire recevra-t-il la réponse murmurée par le vent de la liberté.

Notre Bahareh milite dans le mouvement étudiant iranien depuis plus de dix ans et depuis le début de la campagne « Un Million de Signatures » en 2006. Elle a joué un rôle clé dans le rapprochement des mouvements étudiants et féministes et c’était d’ailleurs le principal chef d’accusation à son encontre. Cette jeune femme était responsable des deux principaux mouvements d’opposition en Iran. Elle a aussi participé aux manifestations massives en faveur de la démocratie qui ont suivi les élections de 2009 avec le slogan « Où est mon vote ? » 

Il y a un an, nous nous sommes rassemblés chez elle en secret. Elle n’était pas présente. Avec quelques uns de ses amis et son charmant époux, nous avons fêté son anniversaire en son absence. C’est alors qu’elle a appelé depuis la prison et a parlé à son époux et quelques uns d’entre nous. Son mari nous a demandé d’exprimer nos vœux de bon anniversaire à haute et intelligible voix.
Ce jour là, elle a entendu nos voix ; elle nous a entendu et s’en est grandement réjouie. Ce jour-là, nous étions dix à nous être rendus secrètement chez elle. Mais aujourd’hui, des centaines d’autres voix se sont jointes aux nôtres. Elles appartiennent à ceux qui défendent les droits humains et ceux des femmes.  Nous nous sommes rassemblés pour fêter son anniversaire. Et elle entendra clairement nos voix par-delà les arbres.

Nous voix s’envolent dans le vent de la liberté et peuvent traverser les océans et survoler les montagnes pour atteindre les prisonnières dans le monde entier et aussi en Iran. Je pense à des femmes comme Nasrine Sotoudeh, Mahdieh Golrou, Alyeh Eghdamdoust, Fakhri Mohtashamipour et beaucoup d’autres.

L’idée de planter un arbre pour protester contre les violations des droits humains, les exécutions et la peine de mort a été mise en œuvre pour la première fois le 13 mars 2011 lors de la Journée Internationale des Femmes à Vienne. Ce jour-là également, j’avais prononcé un bref discours. J’avais alors souhaité que des arbres d’amitié s’élèvent à la place des potences pour rendre l’air plus respirable et le monde plus vivable.

Aujourd’hui, je souhaite qu’un arbre soit planté pour remplacer chaque barreau de prison qui porte son ombre sur les jeunes visages de Bahareh Hedayat et des autres femmes emprisonnées dans le monde entier ; je souhaite que l’ombre de ces arbres abrite les hommes et les femmes du monde entier vivant dans la paix et l’égalité.

Source: http://www.feministschool.com/english/spip.php?article436

mardi 14 décembre 2010

Déclaration de Madjid Dori pour le 16 Azar

Madjid Dori est un étudiant privé d’éducation et expulsé de l’université Allameh Tabatabaï de Téhéran. Il est emprisonné depuis le 9 juillet 2009 sans aucune libération provisoire. A l’occasion de la journée nationale de l’Etudiant (7 décembre), Madjid Dori a publié une déclaration depuis sa prison. En raison de problèmes oculaires et des restrictions qui lui sont imposées, cette déclaration a été publiée en retard.
Il est à noter que Madjid Dori a récemment refusé d’être enchainé pour un rendez-vous chez un ophtalmologiste en dehors de la prison. Ce refus lui a coûté cher puisque les fonctionnaires de la prison lui ont imposé de nouvelles restrictions. Voici le texte intégral de la déclaration de Madjid Dori.

Hommes et femmes en feu,
Leur chant le plus douloureux n’a pas encore été chanté
Le silence emplit l’air, le silence impatient
Comme il explose d’espérance
Ahmad Shamlou

Combien de temps encore sacrifierez-vous le Coran et fuirez-vous la réalité par l’oppression ? Combien de temps encore, au nom de la loi et de la religion, réprimerez-vous les dissidents et retarderez-vous l’inévitable ? Jusqu'à quand encore ignorerez-vous le mouvement Vert, le souillerez-vous de sang et le prendrez-vous au piège des ténèbres ?

C’est encore une fois le 16 Azar (7 décembre), la journée de l’Etudiant, le jour de nos universités, fer de lance des chercheurs, une journée qui a bien servi vos visées auparavant mais qui place désormais vos forces de sécurité en alerte. Votre peur, votre anxiété suffisent à prouver que nos universités sont Vertes de vie et non noires de mort. Nous sommes peut-être moins nombreux mais beaucoup plus tenaces. Les universités iraniennes misent sur le temps pour frapper votre sommeil paisible.

Que pensez-vous de nos universités ? Croyez-vous que vous les dirigez et que les étudiants sont vos soldats obéissants ? C’est un vœu pieux ! Les étudiants iraniens ne suivent pas aveuglement les ordres et s’élèvent contre la tyrannie sans tenir compte de votre pouvoir militaire. Nos universités ne s’inclinent pas devant des ignorants qui se prennent pour des hommes d’état pour ourdir notre destruction. Nous prendrons position résolument et nous saisirons nos chances dans cette bataille.

Nous méritons bien un gouvernement dont l’avènement a été bloqué par un homme dont les paroles sont basées sur des mensonges, un homme qui n’a pas peur de mentir. Les militants étudiants accueillent favorablement leur expulsion ; devenir une étoile est encore à la mode. Les responsables de nos universités ne pensent qu’à détruire et uniquement d’une poigne de fer.
Mon professeur de l’université Allameh était à quelques mètres de nous en prison. Mahdieh Golrou était dans la section des femmes. Empreints de fierté, ils ont arrêtés tous les étudiants et les professeurs, hommes comme femmes. Ils n’ont pas fait moins dans d’autres universités. D’innombrables étudiants ont été arrêtés et leurs peines d’emprisonnement qui s’accumulent prouvent que nos universités restent aux côtés de notre peuple et n’abandonnent pas le champ de bataille.

Nous avons été battus, mais nos universités l’ont supporté ; nous avons été massacrés mais nos universités ont tenu bon. On a attaqué nos cités universitaires mais nous avions pris position. Nous avons été tués mais nos universités ont continué le combat ; nous avons été emprisonnés mais nos universités ne se sont pas rendues. Voilà comment l’Iran est devenu une université et toute la population, des étudiants luttant pour la liberté et la démocratie. Université, nos cœurs t’embrassent, nos esprits se soucient de toi, nos lèvres crient ton nom.

Alors salut aux militants étudiants, aux héros, aux expulsés. Salut à tous les étudiants des facultés puisque être étudiant est devenu un crime. Salut à tous les professeurs d’ailleurs…. Salut aux indigents qui ont rejeté l’oppression et crié au nom de la liberté. Salut à un mouvement qui fut Vert, qui reste Vert et qui demeurera Vert.

La liberté approche sur la piste sanglante
Tellement imminente que j’en frémis
Que caches-tu dans ta main ?
Qu’est-ce qui enchaîne tes pieds ?
Liberté, arriverais-tu enchaînée ?

Humblement,
Madjid Dori - Prison de Behbahan
Azar 1389 (décembre 2010)
Source: http://persian2english.com/?p=17448

mardi 30 novembre 2010

Les militants étudiants iraniens appellent à une grève nationale des universités pour commémorer la Journée des Etudiants, le 16 Azar

Samedi 20 novembre 2010 – A l’approche de la Journée des Etudiants, le 7 décembre (16 Azar), un groupe d’étudiants a publié une déclaration appelant à une grève nationale de trois jours les 6, 7 et 8 décembre 2010 (15, 16 et 17 Azar)

D’après Jaras, les étudiants déclarent: « Au cours de l’année dernière, nous avons été témoins des manifestations de rue au cours desquelles nos concitoyens ont été massacrés, du scandale de la prison de Kahrizak, de l’attaque brutale de la cité universitaire de l’université de Téhéran, des aveux forcés des militants en prison, de l’arrestation et de l’emprisonnement de milliers d’innocents, d’exécutions sans discernement et de milliers d’autres agissements illégaux, violant tous les lois de notre nation. » Ils appellent toutes les organisations et associations étudiantes à participer à une grève nationale étudiante pour s’assurer que leur cri pour la liberté soit entendu des oppresseurs et de ceux épris de liberté de par le monde.

« Nous demandons à tous ceux qui lisent cette déclaration de nous aider à faire circuler l’information par les sites web, les blogs et les réseaux sociaux, à l’intérieur des universités et les cités universitaires. »

Les militants de nombreuses universités de Téhéran ont également déclaré que les détails à propos de la grève seront donnés ultérieurement. Il faut mentionner qu’à l’approche de la Journée de l’Etudiant (16 Azar), nombre de militants à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Iran ont également publié des déclarations appelant tous les étudiants iraniens du monde à organiser simultanément des commémorations pour la Journée Nationale des Etudiants.

Source: Jaras http://www.rahesabz.net/story/27625/

dimanche 10 octobre 2010

Restons aux côtés du peuple - Majid Tavakoli - 15 Septembre 2010

Dernière lettre de Majid Tavakoli depuis sa cellule.

De nouveau, c’est l’automne, la rentrée des classes. Il n’y a certes aucun signe de bienveillance à l’horizon automnal. De nouveau, le printemps de la connaissance coïncide avec l’automne de la nature. Et pourtant, en attendant que nos aspirations portent leurs fruits, au milieu des histoires de tristesse et de folie, nous gardons confiance en nos espérances… Sans espoir, sans l’espoir du changement, il aurait été trop difficile d’écrire encore une fois, en acceptant le risque de la redite, sur la nature criminelle, la médiocrité et la trahison de cette bande de despotes qui ont usurpé le pouvoir sur notre terre. Sans espoir, sans l’espoir du changement, il aurait été difficile d’écrire sur la bravoure et la résistance de notre peuple…

Les universités et l’esprit critique de la communauté estudiantine ont été et sont toujours le moteur qui imprime sa dynamique aux mouvements populaires. Le mouvement étudiant a été et reste toujours vivant et créatif… C’est un privilège de faire partie de cette génération méritante qui vit une époque exceptionnelle… Ayant tiré les leçons de ses expériences passées, les valeurs portées par le mouvement étudiant se sont renforcées jusqu’à devenir un arbre puissamment enraciné.

Plus d’un siècle de lutte contre des régimes despotiques ont fini par nous apprendre, qu’au cœur du manque cruel de savoir et d’humanité de la république islamique, la seule façon de mettre fin à cette longue et triste histoire de stérilité est de rester dynamique, vivant et créatif. Un siècle d’histoire nous a enseigné que la liberté a un prix, qu’il faut prendre des risques. Pour poursuivre cette longue route, nous avons la chance d’avoir une telle communauté étudiante, prête à accepter le danger pour atteindre ses buts de liberté. Pour dire vrai, l’université est sûrement le foyer des lumières et de l’esprit critique. Actuellement, la démocratie et les droits humains nous guident, nous aidant à renforcer nos efforts pour la liberté, la paix et la sécurité dans le monde entier. Tous nos espoirs reposent sur les épaules de cette nouvelle génération qui a toujours été efficace et dont les membres innombrables annoncent notre victoire totale.

Notre peuple a conclu un pacte avec nos étudiants et l’université ; un pacte pour que la liberté d’expression survive, pour que la joie et le bonheur pénètrent chaque famille, pour que la dénonciation de la violence soit tellement décisive qu’elle ne puisse plus jamais s’exprimer, pour que les chaînes entravant l’opinion et la pensée soient brisées à jamais… pour que la liberté, la démocratie, les droits humains et la prospérité prévalent. Notre peuple a un pacte difficile et vous, les étudiants, une rude tâche vous attend. Mais je sais que votre détermination l’emportera et que la dictature, même si une fois de plus elle canalise toute ses forces dans la violence, sera vaincue.

Pour la génération de 2010, comme pour la mienne, nos campus seront l’arène du rassemblement…Ils [le régime iranien] veulent une université soumise à leur volonté…Au nom de l’islam, ils ont rétrogradé les sciences en médiocrité et remplacé la connaissance par la soumission et la résignation…Il nous faut rester vigilants…

Car vous avez accepté le titre d’ « étudiant » pour prendre la responsabilité, lors de la période la plus difficile, de maintenir l’éthique élevée qui y est associée. Vous êtes les héritiers d’une longue tradition qui a su rester vivante et dynamique en dépit de longues années de répression. Vous êtes le modèle du changement, doués d’esprit critique, dotés du courage de défendre la critique, d’accepter la critique et de conserver votre bastion de lumières.

Vous recherchez la connaissance et vous dévouez à informer les autres et à éléver leur niveau de conscience ; voilà ce qui a retenu l’attention du peuple. Puisse votre unité d’aujourd’hui être l’un des privilèges dont vous ferez bon usage. Bien que la répression ait pu de temps en temps pendant ces dernières années affecter votre résolution à aller de l’avant, votre foi en votre unité, en tant que communauté étudiante, vous a aidé à éradiquer la peur et à progresser au sein du mouvement étudiant. C’était votre rôle de progresser le mieux possible. Notre grandeur ne réside pas dans le fait d’être superbe et de prendre la responsabilité de lourdes tâches. Notre grandeur a été d’atteindre de grands buts en progressant à petits pas… L’expérience des générations passées a enhardi notre vérité et ajouté de la splendeur à notre identité.

…Vous devez savoir que vous construirez votre propre avenir et que vos valeurs et votre conduite détermineront celles de la société dans son ensemble. Vous êtes au cœur des évènements, face aux soulèvements et si vous n’avez pas peur, la victoire vous appartiendra à coup sûr. Votre résistance usera le despotisme…N’abandonnez pas vos dirigeants Verts. N’oubliez pas vos prisonniers politiques et leurs familles… Si vous restez unis, la victoire est à vous.

…Attention à ne pas se tromper de voie dans notre impatience de liberté, attention de ne pas nous contenter de petites avancées dans un système basé sur la confusion, la désorganisation et l’anormalité, car demain nous rencontrerons d’autres difficultés…Attention à l’exagération en créant des héros…Attention de ne pas ajouter à la violence en essayant de dénoncer la violence…Commençons par consolider les aspirations d’hier avant d’en formuler de nouvelles, car la simple formulation de nouvelles aspirations ne nous poussera pas vers l’avant. Il n’est pas nécessaire de formuler une nouvelle exigence chaque jour.

Après toutes ces violences, toutes ces trahisons, toute cette médiocrité, après tous ces aveux contraints et tous ces simulacres de procès, les faux entretiens, la torture, l’isolement, les viols, la justice sommaire et les exécutions, après toutes ces diffamations et ce cynisme, l’espoir est toujours vivant et notre peuple espère toujours et attend avec impatience le jour où ses ennemis, qui sont les ennemis de la démocratie, de la liberté et des droits humains seront dénoncés et dévoilés et leurs visages connus de tous. En attendant, les ennemis du peuple sont nerveux, effrayés d’être témoins de l’échec de leurs politiques de répression. Peut-être le régime envisage-t-il de rétablir la Terreur. Peut-être notre peuple devra-t-il faire face une fois de plus à la Terreur. Dans ce cas, le régime devra faire activer ses troupes. Il devra le faire avec ce qui lui reste de troupes, chaque jour, d’un coin du pays à l’autre. Il lui faudra montrer ses muscles, ses bombes et ses missiles au monde. Dans ce cas, le régime devra ajouter ses crimes actuels à son passé criminel…Par la terreur et le bellicisme, le régime tente de terroriser le peuple chez lui et de décourager la communauté internationale dans son ensemble…

Mes amis !

La cloche sonne et il est de nouveau temps de rentrer en classe. Quelques chaises resteront vides cette année alors que les prisons sont pleines. Alors n’oublions pas nos camarades emprisonnés…Nous avions l’habitude de dire que les universités sont des barils de poudre que l’injustice enflammera. Alors, n’oublions pas nos frères d’autres ethnies paupérisés, nos minorités opprimées, nos journalistes emprisonnés, nos penseurs et érudits exilés, nos intellectuels opprimés, nos sœurs défavorisées, nos travailleurs réduits en esclavage, nos ouvriers et conducteurs paupérisés. Ne les oublions pas…Pendant des années, le petit nombre qui dirige notre pays de façon despotique a provoqué crise sur crise pour avoir un bon prétexte à fermer les universités…Mais notre vigilance les empêchera de remettre en oeuvre leur complot criminel et honteux incarné par la révolution culturelle. Ils ont continuellement manqué leur but suprême, ils ont fait de leur mieux pour faire passer l’université sous le joug de la médiocrité, en fermant toutes les organisations ou publications estudiantines à l’esprit indépendant, l’une après l’autre, ils ont construit leurs propres GONGOs [ONGs dirigées par le gouvernement] parallèles…

Le despotisme tremble sur ses bases. Le fascisme est mité et la dictature religieuse est proche de sa fin. L’avènement de ce millénaire signe la chute du despotisme.

Les dictateurs déchus gisent désormais dans la boue de la honte. Le processus d’érosion de la répression a commencé. Epuisés sous le poids pesant de leurs propres armes, rouillés par leurs propres mensonges, fatigués de leur propre violence, dénoncés à la face du monde libre, leurs reins seront brisés sous les pas réguliers des amoureux de la liberté. De nos jours, les dictateurs sont seuls. De nos jours, les dictateurs savent qu’ils doivent partir.

Mes amis,

Grimpons les dernières marches d’un pas plus décidé. On entend votre voix, même derrière les murs de la prison. La résolution de vos pas donnera un sens à l’histoire elle-même. De par votre volonté, votre destin sera changé, l’histoire écrite, le futur vous appartiendra et vous étreindrez l’éternité. Sans le consentement du peuple, sans le peuple à vos côtés, votre fin serait semblable à celle des despotes, réduits à faire appel à des mercenaires, à des armes de destruction massive et à des missiles pour se maintenir au pouvoir. Sans sincérité, vous serez seuls car la tromperie et la fausseté n’apportent rien d’autre que le désespoir. Sans courage, vous serez asservis…Une société sans courage et sans sincérité est une société décadente qui court à sa perte.

Rentrez à l’école maintenant, l’année qui vient promet d’être dure. Par l’unité, en restant aux côtés du peuple, vous établirez un pacte qui renforcera la solidarité, donnera son sens à la résistance pour la liberté et nous fera des lendemains radieux. Je sais que les espoirs du peuple se concrétiseront. Je sais que nous serons tous ensemble pour célébrer joyeusement la liberté.

Majid Tavakoli

Pénitencier de Rejaï-Shahr – Section 3
15 septembre 2010

Source: www.tavaana.org

vendredi 9 juillet 2010

Trois cents fleurs rouges, chanson dédiée à la Résistance iranienne

18 Tir 1389: le mouvement étudiant iranien, l'espoir de tout un peuple

Un an s’est écoulé depuis le 18 Tir 1388 (9 juillet 2009). Le jour où 10 ans après les exactions commises par les agents du régime en 1999 ayant conduit à plusieurs jours d’émeutes à Téhéran, de très nombreux manifestants voulaient à nouveau défier le pouvoir et descendre dans la rue. Les campus étaient en ébullition. Un mois à peine après la tenue de l’élection frauduleuse du 12 juin 2009, les manifestants voulaient une nouvelle fois célébrer la contribution majeure du mouvement étudiant à la lutte pour l’avènement de la démocratie en Iran. Une fois de plus, les étudiants ont été aux avant-postes du mouvement de contestation. Comme leurs glorieux aînés qui, le 16 Azar 1332 (7 décembre 1953), quelques mois à peine après un autre coup d’Etat, celui du 19 Août 1953, avaient déjà marqué à jamais l’Histoire du mouvement étudiant iranien. Autres temps, autres dictateurs, mais même détermination pour les étudiants assoiffés de liberté et de justice qui se sentaient déjà investis d’une mission d’éclaireurs et de leaders d’aspirations légitimes de tout un peuple. 

En ce 18 Tir 1388, le régime a alors décidé de déployer toute son armada répressive pour contrôler la rue et surtout les campus universitaires. Les manifestants de tous âges qui voulaient tout simplement honorer les étudiants et la jeunesse ont été confrontés à l’horreur et à des actes de violence d’une intensité inouïe. Ce jour là, d’après les propos de l’ancien Procureur Général de Téhéran, Saïd Mortazavi, l’ampleur de la vague d’arrestation était telle que la prison d’Evin ne pouvait plus contenir l’afflux impressionnant de prisonniers. Les autorités ont été obligées de transférer des prisonniers en partie au centre de détention de Kahrizak. Amir Javadifar, Mohsen Rouholamini, Mohammad Kamrani, Ramin Aghazadeh Ghahremani et Abbas Nejati Kargar allaient trouver la mort des suites des actes de torture infligés dans ce camp de la mort. De très nombreux manifestants détenus à Kahrizak ont connu l’horreur (le régime parle de 98 prisonniers de Kahrizak ayant porté plainte).

Ce qui s’est passé il y a un an jour pour jour a dépassé très largement tout ce que les iraniens avaient imaginé en degré de violence et d’horreur. Ce jour là, il est devenu clair que le régime devait mater à tout prix le mouvement étudiant dans le sang pour éviter sa chute. Les principaux leaders étudiants (Majid Tavakoli, Bahareh Hedayat, Milad Asadi et tant d’autres) allaient être arrêtés dans les semaines et les mois qui ont suivi. Aujourd’hui encore, ils subissent les pires tortures et intimidations, comme si cela allait normaliser la situation ou du moins permettre au régime de gagner du temps pour laisser passer l’orage. 

Depuis un an, les universités, en raison de leur formidable dissémination géographique (les branches de l’université Azad présentes dans quasiment toutes les villes) et du creuset d’échanges culturels et sociétaux qu’elles représentent, sont devenues le véritable front de contestation contre le régime. Malgré la chape de plomb, le régime sait que l’Université n’est pas morte. Le régime sait pertinemment qu’il peut être débordé à tout moment par une nouvelle vague de contestation catalysée et portée par le mouvement étudiant. Il craint plus que toute autre chose la vigueur et la spontanéité de ce mouvement, sa capacité à animer les forces démocratiques et à incarner l’espoir.

Photos des évènements du 18 Tir 1378 (9 juillet 1999) ici

Vidéo: Il y a 11 ans, 18 Tir 1378 (9 juillet 1999)