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samedi 3 janvier 2015

La gifle du pardon – Arash Khamooshi

 Samirah Alinejad gifle le meurtrier de son fil savant de retirer le noeud coolant d’autour de son cou dans la ville du Nour, nord de l’Iran, le 15 avril 2014 in the northern Iranian city of Noor on April 15, 2014 (AFP/ Arash Khamooshi / ISNA)

Téhéran le 30 décembre 2014 – J’ai appris l’existence de Balal, condamné à mort, quand le metteur en scène iranien Mostafa Kiaei m’a invité à une projection privée organisée pour lever des fonds pour le « diyeh », le prix du sang, qui peut être payé à la famille d’une victime pour éviter la peine de mort.

Mon épouse et moi militons dans une association qui faisait campagne pour Balal, qui avait poignardé un jeune-homme lors d’une bagarre de rue en 2007. Deux jours avant la date prévue de l’exécution, j’ai reçu un appel nous demandant de nous rendre de Téhéran à Nour, une ville du nord où il était emprisonné. Je n’y allais pas en tant que photographe, mais plutôt en tant qu’être humain.


Samereh Alinejad et Abdolghani Hosseinzadeh sur la tombe de leur fils (AFP/ Arash Khamooshi / ISNA)

Il semblait que, même si plusieurs membres de la famille de la victime voulaient accepter le prix du sang, la mère de la victime, Samirah Alinejad ne le voulait pas. Nous nous attendions à ce qu’il soit pendu.

On a essayé de la persuader d’accepter le prix du sang mais elle se sentait assiégée et s’était retirée chez elle et ne répondait plus au téléphone.


La mère du meurtrier  Balal alors qu’on emmène son fils à l’échafaud (AFP/ Arash Khamooshi / ISNA)

Une émission de football populaire, 90, avait même mentionné le dossier de Balal demandant qu’il soit pardonné. L’exécution était prévue à l’aube du 15 avril et l’échafaud avait été préparé la veille.

Le matin, il y avait environ 1.000 personnes, certaines s’étaient placé un coran sur la tête pour appeler à son pardon. Ses sœurs étaient présentes, pleurant et demandant qu’il soit épargné. Il n’y avait pas d’autre média de présent.


Le meurtrier iranien Balal sur l’échafaud (AFP/ Arash Khamooshi / ISNA)

A 06h20, Balal a été emmené menotté par les gardiens de prison. Il avait les yeux bandés et ils lui ont mis le nœud coulant autour du cou. Il a crié pour demander pardon mais la mère, qui selon le « Ghessas », version chiite du talion, avait le droit de renverser la chaise sur laquelle le condamné se trouvait, a dit qu’elle ne voulait pas le pardonner.

Quelques minutes plus tard, la mère de la victime s’est approchée de Balal ; mais, au lieu de renverser la chaise comme nous l’attendions, elle l’a giflé et dit qu’elle le pardonnait. C’était incroyable, une vraie surprise. On a retiré le nœud coulant. Les gens se réjouissaient.


La mère d’Abdollah Hosseinzadeh retire le noeud coolant du cou de l’assassin de son fils (AFP/ Arash Khamooshi / ISNA)

Je n’étais vraiment pas là pour prendre des photos mais maintenant que je l’ai fait, je pense que j’ai fait ce qui devrait être le vrai but du journalisme : essayer de mieux comprendre. J’ai réussi à utiliser mon rôle de photographe pour aider à monter quelque chose comme cela dans la société. J’ai assisté à d’autres exécutions à Téhéran ; certains y amènent même leurs enfants des centaines de personnes filment sur leurs portables. Je ne comprends pas du tout. Je suis rentré à Téhéran et j’ai enregistré les images.


Les mères d’Abdollah Hosseinzadeh et de son assassin, Balal, pleurent ensemble après qu’il ait été pardonné (AFP/ Arash Khamooshi / ISNA)

Le Guardian l’a récupéré le premier puis l’AFP a acheté les images. J’espère qu’un jour ils n’y aura plus d’exécutions publiques. Je ne sais pas comment on peut pendre des gens à un carrefour où, quelques heures plus tard, des parents passeront pour emmener leurs enfants à l’école.

Arash Khamooshi est un photographe iranien qui travaille pour l’agence ISNA 

Source : http://blogs.afp.com/correspondent/?post/iran-execution-pardon#.VKObGCuG-Sr

dimanche 26 octobre 2014

Dernière lettre déchirante de Reyhaneh Djabbari

Cette jeune architecte d’intérieur a été pendue hier pour avoir tué l’homme qu’elle accusait d’avoir tenté de la violer ; elle a écrit cette lettre émouvante à sa mère, lui demandant de faire le nécessaire pour donner ses organes après sa mort.

Cette lettre déchirante a été écrite en avril mais publiée aujourd’hui par les militants iraniens et adressée à sa mère Sholeh Pakravan qui avait demandé aux juges de la pendre à la place de sa fille pour le meurtre de Morteza Abdolali Sarbandi, ancien agent du renseignement.

Reyhaneh Djabbari lors de son procès à Téhéran

Chère Sholeh,

J’ai appris aujourd’hui que c’était maintenant mon tour de faire face au talion. J’ai été blessée de ne pas avoir appris de ta bouche que j’étais arrivée à la dernière page du livre de ma vie. Ne crois-tu pas que je devrais le savoir ? Tu sais combien j’ai honte d’être la cause de ta tristesse. Pourquoi ne pas m’avoir pas donné l’opportunité de t’embrasser la main et celle de mon père ?

Le monde m’a permis de vivre 19 ans. Cette nuit funeste, c’est moi qui aurais dû être tuée. On aurait jeté mon corps dans quelque coin de la ville ; au bout de quelques jours, la police t’aurait emmenée au bureau du juge d’instruction pour identifier mon corps et on t’aurait appris que j’avais également été violée. On n’aurait jamais retrouvé le meurtrier : nous n’avons pas sa richesse ni son pouvoir. Alors tu aurais continué à vivre, tu aurais souffert, tu aurais eu honte, et quelques années plus tard, tu serais morte de cette souffrance et voilà.

Mais avec ce coup maudit, l’histoire a changé. On ne s’est pas débarrassé de mon corps, on l’a jeté dans la tombe de la prison d’Evine et de ses sections d’isolement, et maintenant dans la prison semblable à une tombe de Shahr-é-Rey. Mais lâche prise et ne te plains pas. Tu sais bien que la mort n’est pas la fin de la vie.

Tu m’as enseigné qu’on venait au monde pour acquérir de l’expérience et apprendre une leçon et à chaque naissance une nouvelle responsabilité nous accable. J’ai appris qu’on doit parfois se battre. Je me souviens bien que tu m’as dit que le charretier avait protesté auprès de l’homme qui me fouettait ; il lui avait alors fouetté la tête et le visage ce qui a causé sa mort. Tu m’as dit que pour créer de la valeur il faut être persévérant, même si l’on en meurt.

Tu nous as appris qu’en allant à l’école, on doit se conduire en vraie dame face aux querelles et aux plaintes. Te souviens-tu combien tu as insisté sur notre conduite ? Ton expérience n’était pas correcte. Quand cela s’est produit, ce que tu m’avais enseigné ne m’a pas aidé. Lors de ma comparution, j’ai ressemblé à une meurtrière de sang-froid et à une criminelle impitoyable. Je n’ai pas versé de larmes, je n’ai pas imploré, je n’ai pas pleuré toutes les larmes de mon corps parce que je faisais confiance à la loi.

Et on m’a accusée d’être indifférente face au crime. Tu vois, je ne tue même pas les moustiques et je jette les cafards en les prenant par les antennes. Et on a fait de mois une meurtrière avec préméditation. La façon dont je traite les animaux a été interprétée comme une tendance à me conduire en garçon et le juge n’a même pas pris la peine de prendre en compte mes ongles longs et polis à l’époque de l’accident.

Celui qui espère la justice des juges est vraiment optimiste ! Il n’a jamais mis en question le fait que mes mains ne sont pas rudes comme celles d’une sportive, surtout celles d’une boxeuse. Et ce pays dont tu m’as planté l’amour dans le cœur, n’a jamais voulu de moi, personne ne m’a soutenue quand je pleurais sous les coups de celui qui m’interrogeait alors que j’entendais les pires vulgarités. Quand je me suis débarrassée de mon dernier signe de beauté et me rasant la tête, j’ai été récompensée de 11 jours d’isolement.

Chère Sholeh, ne pleure pas à cause de ce que tu entends. Le premier jour au poste de police une vieille fille m’a frappé à cause de mes ongles ; j’ai alors compris que la beauté n’avait pas sa place en ce lieu. La beauté des regards, la beauté des pensées et des désirs, une belle écriture, la beauté des yeux et de la vision, et même la beauté d’une jolie voix.

Ma chère mère, mon idéologie a changé et ce n’est pas ta faute. Mes mots n’ont pas de fin et je les ai tous donnés à quelqu’un pour que, si je suis exécutée sans que tu le saches et que tu ne sois présente, on te les donne. Je te laisse en héritage beaucoup de documents manuscrits.

Cependant, avant ma mort, je te demande quelque chose qu’il faudra que tu me donnes de toutes tes forces et de quelque façon que tu le pourras. En fait, c’est la seule chose que je veuille de ce monde, de ce pays et de toi. Et je sais que cela te prendra du temps.

Je te fais donc part d’une partie de mes volontés plus tôt. S’il te plaît, ne pleure pas et écoute moi. Je veux que tu ailles au tribunal et que tu leur fasses part de ma demande. Je ne peux pas leur écrire cela depuis la prison car il me faudrait l’accord du directeur de la prison ; alors, encore une fois, tu vas devoir souffrir à cause de moi. C’est la seule chose pour laquelle, même si tu me supplies, je ne serais pas contrariée, bien que je t’aie dit souvent de ne pas supplier pour me sauver de l’exécution.

Ma gentille mère, chère Sholeh, plus chère à mon cœur que ma propre vie même, je ne veux pas pourrir dans le sol. Je ne veux pas que mes yeux ou mon jeune cœur se transforment en poussière. Demande que, dès que je serai pendue, mon cœur, mes reins, mes yeux, mes os et tout ce qui peut être transplanté soit retiré de mon corps pour être donné à quiconque en aura besoin. Je ne veux pas que les receveurs connaissent mon nom, m’achètent une fleur ou même prient pour moi.

Je te dis du fond du cœur que je ne veux pas de tombe où tu viendrais pour y souffrir. Je ne veux pas que tu t’habilles en noir. Fais de ton mieux pour oublier mes jours difficiles. Laisse le vent m’emporter.

Le monde ne nous a pas aimées. Je ne voulais pas de mon sort. Et maintenant, je m’y résigne et j’enlace la mort. Parce qu’au tribunal de Dieu, j’accuserai les inspecteurs, j’accuserai l’inspecteur Shamlou, j’accuserai le juge, et les juges de la cour suprême du pays qui m’ont tabassée quand j’étais éveillée et ne se sont pas privés de me harceler.

Au tribunal du créateur, j’accuserai le Docteur Farvandi, j’accuserai Ghassem Shabani et tous ceux qui, par ignorance ou par leurs mensonges, m’ont fait du mal, ont piétiné mes droits, et n’ont pas prêté attention à ce que ce qui, parfois, peut apparaître comme une réalité et est en fait différent.

Chère Sholeh au cœur tendre, dans l’autre monde, ce sera toi et moi qui serons les accusatrices et les autres seront les accusés. Nous verrons ce que Dieu veut. Je voulais t’embrasser jusqu’à la mort. Je t’aime.

Source : http://www.huffingtonpost.co.uk/2014/10/26/reyhaneh-jabbari-letter_n_6049846.html?utm_hp_ref=uk

mardi 20 mai 2014

Lettre de huit prisonniers politiques de Radjaï Shahr

Encore une autre peine de mort, arrêtez de tuer ! Il faut empêcher l’exécution de la peine de mort de notre compatriote sunnite Shahram Ahmadi.

Le samedi 26 avril a marqué le sixième anniversaire de l’incarcération de Shahram Ahmadi sur le seul chef d’accusation de s’être opposé aux insultes et au harcèlement dont est en but la minorité sunnite du Kurdistan. Il a été condamné à mort par ceux qui ne supportent pas ses actions courageuses et sa résistance contre la répression brutale de la liberté ; ils ont forgé de fausses accusations contre lui.

Il n’y a pas si longtemps, son jeune frère Bahram Ahmadi, qui n’avait pas encore atteint l’âge légal, a été exécuté. Sa famille a été frappée par de mauvais évènements, sa mère a frôlé la mort lors d’une attaque cardiaque à l’annonce de l’exécution de son enfant bien-aimé.

Et ce n’est pas la dernière souffrance de sa famille. En ramenant leur mère de l’hôpital, elle a eu un accident de voiture grave. Le frère et la sœur de Shahram ont été grièvement blessés et sa sœur a dû être hospitalisée dans un état critique, son cerveau ayant été touché. Après cette série d’évènements terribles, la nouvelle de sa peine de mort frapperait considérablement la famille et rendrait sa vie encore plus difficile.

Et cela alors que la peine de mort a été abolie dans la plupart des pays du monde et considérée comme inhumaine. Nous soussignés demandons aux amoureux de la liberté, aux organisations internationales et aux militants des droits humains de faire pression sur le gouvernement iranien pour qu’il cesse d’exécuter les prisonniers politiques en masse, et qu’il n’exécute pas Shahram, notre cher compatriote sunnite. 

Khaled Hardani, Shahrokh Zamani, Saïd Massouri, Saleh Kohandel, Afshin Heyratian, Mohammad Banazadeh-Amirkhizi, Misagh Yazdannejad, Hamid-Reza Borhani

Prison de Radjaï Shahr

Source : https://hra-news.org/en/articles/statement-eight-political-prisoners-support-shahram-ahmadi

mercredi 26 mars 2014

Shahrokh Zamani : Il faut interdire l’exécution d’êtres humains.

Laissez-moi pleurer comme un nuage de printemps
Même les pierres pleurent quand elles se séparent d’un ami
(Sa’adi de Shiraz)

Les représailles sont faites pour camoufler et favoriser l’injustice et les détournements de fonds perpétuels de la république islamique.

Rassoul Badaghi et moi-même avons été mis à l’isolement pour avoir protester auprès des autorités quand elles ont fermé la bibliothèque de la section. J’aurais préféré purger plusieurs mois à l’isolement dans d’autres prisons plutôt que de voir et d’entendre ce que j’ai vu et entendu, c’était un réel cauchemar qui m’a attristé et outré.

Le 18 février, j’étais dans ma cellule ; je pensais à ma situation et à la répression à laquelle je devais faire face quand les cris d’un gardien m’ont fait sursauter : « Rassemble des affaires, j’ai ordre de te changer de cellule. »

J’ai pris les deux couvertures que j’avais et j’ai suivi le gardien. Alors que je quittais le corridor, j’ai vu huit jeunes hommes qui y entraient. Leurs yeux brillaient ce qui indiquait leur jeune âge et qu’ils étaient remplis de terreur et d’effroi. Leurs yeux reflétaient la tempête qui leur traversait l’esprit et l’effort par lequel ils tentaient de lier le passé, le présent et le futur de chacun. Une pensée me traversa l’esprit comme une lueur, mon cœur battait la chamade et tout mon corps tremblait.

J’ai demandé au gardien :
« Pourquoi les amène-t-on ici ? »
« Pour exécuter la sentence »

J’ai senti un grand froid et je n’arrivais plus à respirer, ma bouche était amère et une tempête d’horreur et de tristesse assaillait mon cœur. Je ne comprenais pas et mes émotions changeaient d’instant en instant. J’ai tenté avec difficulté d’avaler ma salive et je lui ai demandé : « Vous voulez dire qu’ils vont être exécutés demain matin ? » Dans une horreur totale, j’ai entendu le mot OUI. J’étais atterré mais le gardien continuait : « Nous avons eu beaucoup de travail avec les condamnés à mort ces derniers temps. Il y aura encore des pendaisons demain. »

J’ai été témoin de scènes, de bruits et de mots qui prouvaient l’augmentation des crimes commis par le régime. D’après ce que m’a dit le gardien, on allait pendre plus de gens, en tuer davantage. (De combien de sang ce monstre a-t-il besoin pour survivre ?)

Le gardien a dit : « On ne pouvait pas les garder là, il n’y avait pas assez d’espace, mais il y a 40 autres prisonniers qui vont être exécutés ces deux prochains jours. »

Je ne me souviens plus de ce qu’il a dit après. J’étais perdu dans mes pensées et je n’entendais plus rien. Inconsciemment, je me suis frappé la tête à deux mains et j’ai commencé à pleurer du fond de mon cœur. Je voulais que chaque cellule de mon corps hurle, que chacun des atomes de mon corps se transforme en larme. Les mots et les pensées cheminaient en désordre dans mon esprit à grande vitesse. Honte à nous ! Où en sommes-nous pour que l’on mène quotidiennement notre jeunesse à l’abattoir ? Sur quel mur cogner ma tête lourde et confuse ?

Mes jambes ne me portaient plus. Je me suis jeté dans un coin de la cellule et je me suis assis sur le sol. Je ne sais pas combien de temps cela a duré, je sais seulement que le visage de ces huit jeunes hommes étaient constamment devant mes yeux et j’avais la certitude que l’un d’eux avait séjourné dans cette cellule où je me trouvais, s’était assis sur la même moquette probablement humide des larmes de centaines d’autres. Ou bien peut-être que je marchais tout en pensant. Je n’arrivais pas à imaginer ce à qui il pensait et comment il allait passer ces dernières heures de sa vie. Quelles images lui viendraient à l’esprit ? Son épouse ? Son père ? Sa mère ? Un frère ? Une sœur? Que leur disait-il ? Que leur demandait-il ?

De nouveau, je ne me souviens plus quand le bruit des portes qui s’ouvrent et celui des conversations a augmenté ; j’ai aussitôt entendu les suppliques de ces pauvres hères qui envahissaient tout mon être et m’écorchaient jusqu’aux os. Il était temps d’exécuter la peine. Après des années d’attente entre espoir et déception, après ces dernières heures terribles pour eux, je n’étais qu’un observateur, en dépit des murs, et je comprenais certains aspects de cette relation sanglante entre le gouvernement et ces jeunes hommes victimes d’une situation sociale brutale. Je ne pouvais qu’entendre les ailes de la chouette de la mort planant au-dessus des cellules ; je ne comprenais pas le besoin de ce bain de sang mais je voyais l’ombre de la mort sur tous les murs et tout mon environnement. Il me semblait que j’étais mort depuis des heures. J’ai senti la corde autour de mon cou et j’ai été pendu plusieurs fois cette nuit-là. L’étau autour de ma gorge était si serré que je ne pouvais plus bouger. J’étais collé à la porte dans l’espoir de quelque nouvelle m’apprenant qu’ils allaient échapper à l’exécution. Parmi les supplications et les cris, j’ai aussi entendu d’autres voix. C’était peut-être leurs familles ou celles des plaignants. Je ne peux pas décrire tant d’atrocité et de manque de pitié.
J’aurais voulu pouvoir ! J’aurais voulu emmener les familles des Laridjanis, des juges et des autorités pour remplacer les familles de ces malheureux et leur dire de regarder le massacre, le meurtre perpétré par leurs pères, enfants, frères et sœurs. Les meurtres de jeunes ont augmenté ces derniers 35 ans ; peu importe ce qu’ils ont fait, ils sont le produit de la république islamique. Je voudrais pouvoir leur dire que le monstre auquel ils doivent leur bonheur survit grâce à des meurtres de ce genre, il doit boire davantage de sang jour après jour. Je voudrais leur dire que les aménagements dont ils bénéficient, les objets avec lesquels ils vivent, et toutes les délicieuses nourritures qu’ils avalent sont tâchées de sang et qu’ils continuent d’en bénéficier grâce à ces massacres. Si vous ne vous élevez pas contre ces crimes commis par les membres de votre famille, alors vous êtes complices à un certain degré. 

Je voudrais pouvoir garder des films ou au moins des photos de ces meurtres pour l’histoire, pour les donner à la communauté internationale et aux organisations de défense des droits humains et leur dire que sous la blague nommée « Hassan Rouhani » et les « droits humains islamiques » de pure fiction, les crimes continuent et même augmentent rapidement. Je voudrais pouvoir leur dire comment ils pendent des jeunes, comment ils les abattent pour maintenir en vie des relations sociales réactionnaires en cachant leurs dents sanglantes sous un masque souriant.

Honte à nous tous ! Honte à ceux dont la vie dépend de ces bains de sang ! Honte à tous ceux qui assistant à ce bain de sang et qui ferment les yeux ! Honte à ces chasseurs d’hommes qui vont connaître une mort très dure !

Il faut interdire l’exécution d’êtres humains.

Shahrokh Zamani
Prison de Redjaï Shahr, Karadj, Iran
22 février 2014

Source : http://chzamani.blogspot.fr/2014/03/rajai-shahr-prison-even-death-whimpers.html?utm_content=buffer663b3&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

jeudi 1 juillet 2010

Message de Zahra Rahnavard à propos des rumeurs sur l’ordre d’exécution de Zeynab Djalalian

8 juin 2010

Ces jours-ci l’exécution de Zeynab Djalalian est sur toutes les lèvres. Pourquoi ? Zeynab était-elle membre de groupes soi-disant Moharebs ? Avait-elle pris les armes ?
 
Il y a tout juste deux ans, n’avait-elle pas pris un stylo, un papier et des affiches avec des annonces en tant qu’avocate ?
 
Est-ce que cela plaît à Dieu et est-il juste d’éteindre la vie d’une femme, incarnation dans sa vie de la bonté et de la justice, parmi les peuples, surtout que Zeynab est une jeune femme ?
 
Comment une telle jeune femme a-t-elle accès à l’information, à l’histoire et à tant d’autres sujets ?
 
En réalité, est-elle innocente ou coupable ? Ses actions méritent-elles vraiment d’être punies ? Et enfin, ne vaut-il pas mieux donner à tous, spécialement aux femmes et aux jeunes, la possibilité de se trouver eux-mêmes et de trouver leur place dans la vie et dans les systèmes politiques et sociaux ?
 
Ne vaudrait-il pas mieux qu’un système qui a l’honneur de se nommer « république islamique » comprenne ce qui est dans le cœur des mères et des jeunes et de les traiter avec compassion ?
 
Ne vaudrait-il pas mieux que la culture et l’éducation soit utilisées pour inviter les esprits et les pensées qu’ils produisent à la discussion plutôt que de penser à les faire exécuter ou à s’en débarrasser ?
 
Il faut bien réfléchir sur Zeynab et sur les autres qui, comme elle, attendent la mort.
 
Aujourd’hui, les deux tiers des pays du monde ont renoncé à la peine capitale et ont trouvé comment la remplacer. Je ne veux pas être aller de l’avant de moi-même, mais je sais que les érudits religieux ont réfléchi à la question et ont écrit à ce propos.
 
Ce n’est pas mon rôle de promouvoir l’abrogation éventuelle de la peine de mort, mais je sais que l’expérience a montré que beaucoup de ceux qui ont été exécutés n’avaient besoin que de conseils et qu’ils ont reçu la mort à la place.
 
J’espère que la nouvelle de l’ordre d’exécution de Zeynab Djalalian n’est qu’une rumeur. Si ce n’est pas le cas, et une fois pour toutes, oublions la violence, regardons la nation en souriant et en l’aimant.
 
Source : Jaras