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mercredi 26 mars 2014

Shahrokh Zamani : Il faut interdire l’exécution d’êtres humains.

Laissez-moi pleurer comme un nuage de printemps
Même les pierres pleurent quand elles se séparent d’un ami
(Sa’adi de Shiraz)

Les représailles sont faites pour camoufler et favoriser l’injustice et les détournements de fonds perpétuels de la république islamique.

Rassoul Badaghi et moi-même avons été mis à l’isolement pour avoir protester auprès des autorités quand elles ont fermé la bibliothèque de la section. J’aurais préféré purger plusieurs mois à l’isolement dans d’autres prisons plutôt que de voir et d’entendre ce que j’ai vu et entendu, c’était un réel cauchemar qui m’a attristé et outré.

Le 18 février, j’étais dans ma cellule ; je pensais à ma situation et à la répression à laquelle je devais faire face quand les cris d’un gardien m’ont fait sursauter : « Rassemble des affaires, j’ai ordre de te changer de cellule. »

J’ai pris les deux couvertures que j’avais et j’ai suivi le gardien. Alors que je quittais le corridor, j’ai vu huit jeunes hommes qui y entraient. Leurs yeux brillaient ce qui indiquait leur jeune âge et qu’ils étaient remplis de terreur et d’effroi. Leurs yeux reflétaient la tempête qui leur traversait l’esprit et l’effort par lequel ils tentaient de lier le passé, le présent et le futur de chacun. Une pensée me traversa l’esprit comme une lueur, mon cœur battait la chamade et tout mon corps tremblait.

J’ai demandé au gardien :
« Pourquoi les amène-t-on ici ? »
« Pour exécuter la sentence »

J’ai senti un grand froid et je n’arrivais plus à respirer, ma bouche était amère et une tempête d’horreur et de tristesse assaillait mon cœur. Je ne comprenais pas et mes émotions changeaient d’instant en instant. J’ai tenté avec difficulté d’avaler ma salive et je lui ai demandé : « Vous voulez dire qu’ils vont être exécutés demain matin ? » Dans une horreur totale, j’ai entendu le mot OUI. J’étais atterré mais le gardien continuait : « Nous avons eu beaucoup de travail avec les condamnés à mort ces derniers temps. Il y aura encore des pendaisons demain. »

J’ai été témoin de scènes, de bruits et de mots qui prouvaient l’augmentation des crimes commis par le régime. D’après ce que m’a dit le gardien, on allait pendre plus de gens, en tuer davantage. (De combien de sang ce monstre a-t-il besoin pour survivre ?)

Le gardien a dit : « On ne pouvait pas les garder là, il n’y avait pas assez d’espace, mais il y a 40 autres prisonniers qui vont être exécutés ces deux prochains jours. »

Je ne me souviens plus de ce qu’il a dit après. J’étais perdu dans mes pensées et je n’entendais plus rien. Inconsciemment, je me suis frappé la tête à deux mains et j’ai commencé à pleurer du fond de mon cœur. Je voulais que chaque cellule de mon corps hurle, que chacun des atomes de mon corps se transforme en larme. Les mots et les pensées cheminaient en désordre dans mon esprit à grande vitesse. Honte à nous ! Où en sommes-nous pour que l’on mène quotidiennement notre jeunesse à l’abattoir ? Sur quel mur cogner ma tête lourde et confuse ?

Mes jambes ne me portaient plus. Je me suis jeté dans un coin de la cellule et je me suis assis sur le sol. Je ne sais pas combien de temps cela a duré, je sais seulement que le visage de ces huit jeunes hommes étaient constamment devant mes yeux et j’avais la certitude que l’un d’eux avait séjourné dans cette cellule où je me trouvais, s’était assis sur la même moquette probablement humide des larmes de centaines d’autres. Ou bien peut-être que je marchais tout en pensant. Je n’arrivais pas à imaginer ce à qui il pensait et comment il allait passer ces dernières heures de sa vie. Quelles images lui viendraient à l’esprit ? Son épouse ? Son père ? Sa mère ? Un frère ? Une sœur? Que leur disait-il ? Que leur demandait-il ?

De nouveau, je ne me souviens plus quand le bruit des portes qui s’ouvrent et celui des conversations a augmenté ; j’ai aussitôt entendu les suppliques de ces pauvres hères qui envahissaient tout mon être et m’écorchaient jusqu’aux os. Il était temps d’exécuter la peine. Après des années d’attente entre espoir et déception, après ces dernières heures terribles pour eux, je n’étais qu’un observateur, en dépit des murs, et je comprenais certains aspects de cette relation sanglante entre le gouvernement et ces jeunes hommes victimes d’une situation sociale brutale. Je ne pouvais qu’entendre les ailes de la chouette de la mort planant au-dessus des cellules ; je ne comprenais pas le besoin de ce bain de sang mais je voyais l’ombre de la mort sur tous les murs et tout mon environnement. Il me semblait que j’étais mort depuis des heures. J’ai senti la corde autour de mon cou et j’ai été pendu plusieurs fois cette nuit-là. L’étau autour de ma gorge était si serré que je ne pouvais plus bouger. J’étais collé à la porte dans l’espoir de quelque nouvelle m’apprenant qu’ils allaient échapper à l’exécution. Parmi les supplications et les cris, j’ai aussi entendu d’autres voix. C’était peut-être leurs familles ou celles des plaignants. Je ne peux pas décrire tant d’atrocité et de manque de pitié.
J’aurais voulu pouvoir ! J’aurais voulu emmener les familles des Laridjanis, des juges et des autorités pour remplacer les familles de ces malheureux et leur dire de regarder le massacre, le meurtre perpétré par leurs pères, enfants, frères et sœurs. Les meurtres de jeunes ont augmenté ces derniers 35 ans ; peu importe ce qu’ils ont fait, ils sont le produit de la république islamique. Je voudrais pouvoir leur dire que le monstre auquel ils doivent leur bonheur survit grâce à des meurtres de ce genre, il doit boire davantage de sang jour après jour. Je voudrais leur dire que les aménagements dont ils bénéficient, les objets avec lesquels ils vivent, et toutes les délicieuses nourritures qu’ils avalent sont tâchées de sang et qu’ils continuent d’en bénéficier grâce à ces massacres. Si vous ne vous élevez pas contre ces crimes commis par les membres de votre famille, alors vous êtes complices à un certain degré. 

Je voudrais pouvoir garder des films ou au moins des photos de ces meurtres pour l’histoire, pour les donner à la communauté internationale et aux organisations de défense des droits humains et leur dire que sous la blague nommée « Hassan Rouhani » et les « droits humains islamiques » de pure fiction, les crimes continuent et même augmentent rapidement. Je voudrais pouvoir leur dire comment ils pendent des jeunes, comment ils les abattent pour maintenir en vie des relations sociales réactionnaires en cachant leurs dents sanglantes sous un masque souriant.

Honte à nous tous ! Honte à ceux dont la vie dépend de ces bains de sang ! Honte à tous ceux qui assistant à ce bain de sang et qui ferment les yeux ! Honte à ces chasseurs d’hommes qui vont connaître une mort très dure !

Il faut interdire l’exécution d’êtres humains.

Shahrokh Zamani
Prison de Redjaï Shahr, Karadj, Iran
22 février 2014

Source : http://chzamani.blogspot.fr/2014/03/rajai-shahr-prison-even-death-whimpers.html?utm_content=buffer663b3&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

vendredi 21 juin 2013

Interview avec un membre de la commission parlementaire de sécurité nationale Ahmad Bakhshayesh – Fereshteh Ghazi – 19 juin 2012

Interviewé par Rooz sur le sort du président sortant Mahmoud Ahmadinejad, Ahmad Bakhshayesh, un conservateur, membre de la commission parlementaire sur la sécurité nationale et la politique étrangère, a déclaré : « l’époque d’Ahmadinejad est finie. »

Sur l’assignation à domicile de Mir-Hossein Moussavi, qui date de 2011, il a commenté : « Si Moussavi s’était tenu tranquille il y a quatre ans, ce serait lui le président aujourd’hui, pas Hassan Rouhani. »

Extraits de l’interview :
Rooz : Comment évaluez-vous la victoire d’Hassan Rouhani et la défaite des conservateurs ?
Bakhshayesh : Je vois cinq raisons au vote populaire pour Monsieur Rouhani. La première est que le peuple vote pour l’autre faction tous les huit ans, c’est quelque chose que nous avons remarqué. La seconde est la mauvaise compréhension des conservateurs. Ils croyaient que le peuple leur était dévoué et voterait pour eux de toute façon et c’est pourquoi ils ont choisi de débattre et de se concurrencer entre eux plutôt qu’avec leurs opposants. La troisième tient aux évènements et aux discussions qui ont eu lieu il y a quatre ans. Ces évènements sont toujours présents à l’esprit du peuple qui croit que peut-être, son vote n’a pas été compté, a été méprisé. La dernière raison est la disqualification de Monsieur Rafsandjani qui l’a, d’une certaine façon, transformé en héros. La résistance négative d’Ahmadinejad après la disqualification de Mashaï a aussi joué un rôle. Avant cette disqualification, il emmenait Mashaï partout où il allait et appelait au vote du peuple en sa faveur. Après sa disqualification, il a choisi de garder le silence et est entré dans une sorte de résistance négative. Même le jour du vote, il a choisi de se rendre aux urnes à cinq heures du soir plutôt que tôt le matin.

Rooz : Durant ces huit dernières années et plus spécialement les quatre dernières, les politiques économique, intérieure et internationale de l’administration ont mené le pays au bord de la crise. Le peuple a été mis sous pression surtout du point de vue économique. Ils se sont détournés des conservateurs à cause de ces politiques et non de leur propre abattement, vous ne croyez pas ?
Bakhshayesh : Bien sûr, mais on peut l’interpréter de deux façons, la première, c’est celle que vous avez décrite. : vous dîtes que les politiques intérieures, économiques et étrangère de Monsieur Ahmadinejad ont conduit à la victoire de Monsieur Rouhani. Je dis que monsieur Ahmadinejad fait partie des conservateurs qui n’étaient pas d’accord avec lui, ce qui l’a empêché de faire mieux. De plus, les taux de change et la politique économique du pays se sont détériorés ces sept ou huit derniers mois seulement, avant il était très apprécié en province.

Rooz : Vous ne croyez donc pas à la défaite des conservateurs ?
Bakhshayesh : C’est une défaite mais elle n’est pas grave. Les conservateurs se sont divisés. Ils croyaient qu’ils allaient jouer entre eux. Par exemple, Djalili, pour qui j’ai voté, est un modéré. Je le connais depuis l’université, nous vivions dans la même chambre. Au début de sa campagne, il s’est montré comme un guerrier et il voulait gagner contre les conservateurs radicaux.

Rooz : L’une des demandes de ceux qui ont voté pour Rouhani est la levée de l’assignation à domicile de Messieurs Moussavi et Karroubi et de Madame Rahnavard. C’était visible lors des évènements qui ont eu lieu dans la rue ; on a entendu des appels à la libération des prisonniers politiques lors des fêtes populaires. Qu’en pensez-vous ?
Bakhshayesh : Je ne le crois pas. Le peuple veut de meilleures conditions économiques. Il y a l’inflation et le problème du chômage. Il y a aussi des demandes politiques à la marge, comme les appels à la liberté. Ceux qui ont gagné font la fête, leur fête. Leurs réjouissances étaient sincères.

Rooz : Pensez-vous que la levée de l’assignation à domicile et la libération des prisonniers politiques soient souhaitables ?
Bakhshayesh : Il ne faudrait pas que cela arrive immédiatement. Monsieur Rouhani doit d’abord entrer en fonction. Il y a le guide suprême, le parlement et il faut que le gouvernement soir formé. Notre problème actuel n’est pas la situation de Moussavi, de Karroubi ou des prisonniers politiques. C’est la situation économique. Il a dit qu’on pouvait résoudre le problème de Karroubi et de Moussavi. Les prisonniers politiques seront aussi libérés, naturellement, dans cette nouvelle atmosphère, mais il faut un peu de temps.

Rooz : Monsieur Ahmadinejad a-t-il été cité à comparaître par Monsieur Laridjani ou par le parlement ?
Bakhshayesh : Je l’ignore, mais j’ai appris aujourd’hui que c’était à cause du ministre des sports qu’il devait nommer en trois mois, ce qu’il n’avait pas fait. Le comité de l’article 90 du parlement a porté plainte sur ce point et Monsieur Ahmadinejad doit comparaître au pénal le 26 novembre. En fait, c’est le tribunal administratif qui doit enquêter. Monsieur Laridjani a également déposé plainte, mais je ne connais pas les détails. Je crois que l’affaire ne sera pas jugée puisque sa présidence a pris fin. Le but est de réduire les tensions et Ahmadinejad le sait aussi.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2013/june/19/article/ahmadinejad-should-look-down-and-depart.html

dimanche 5 août 2012

Les partisans d’Ahmadinejad arrivent en prison – Fereshteh Ghazi – 30 juillet 2012


Mahmoud Ahamadinejad a critiqué l’accusation de complicité de Mohammad-Reza Rahimi dans le dossier des assurances iraniennes et a exprimé son inquiétude sur la poursuite du dossier ; mais il a gardé le silence sur l’arrestation de 13 bloggeurs qui l’ont soutenu.

Mohammad-Reza Rahimi est le plus ancien des vice-présidents ; son nom apparait souvent en tant que complice du dossier de corruption économique des assurances iraniennes d’après le site Alef. Certains le considèrent comme le principal suspect et le chef du dossier judiciaire Khane Fatemi (la maison Fatemi) ; il a demandé à la justice de le traiter comme un citoyen ordinaire et les autres suspects de ce dossier et de le citer à comparaître. Mais, même si le procureur a confirmé son accusation de complicité dans ce dossier, il n’a, à ce jour, toujours pas été cité à comparaître.

C’est probablement ce qui inquiète les bloggeurs et les auteurs de sites Web favorables à Ahmadinejad et ce qui les pousse à écrire « nul dans l’administration n’a travaillé pour Ahmadinejad » ou le porte-parole du gouvernement « Djavanfekr n’a pas écrit au président » pour critiquer l’homme qui est resté silencieux sur le sort de ces hommes arrêtés uniquement pour l’avoir soutenu. Ils soutiennent que le but de leurs arrestations est de « faire payer plus cher le soutien à Ahmadinejad. »

Ahmad Shariat, bloggeur soutien d’Ahmadinejad qui dirige le site Nedaï az Daroun (La voix de l’intérieur) est le dernier en date à avoir été emprisonné. Il a été convoqué au bureau du procureur chargé des affaires culturelles et des médias, et a été transféré en prison.

On dit qu’il a été arrêté pour un article critiquant les gardes révolutionnaires, qui cite les remarques de Mohammad-Ali Djafari, le commandant des gardes, qui a dit la semaine dernière « Imaginons que le chef du groupe déviant gagne l’élection présidentielle. Quelle sera la réponse des gardes ? Peuvent-ils accepter un tel ‘Non’ (semblable à l’élection de 2005). A l’époque, la ligne rouge pour les gardes était Ahmadinejad, mais aujourd’hui, c’est Mashaï et ils sont prêts à tout pour qu’il ne soit pas candidat. »

Avant cela, Amir-Hassan Sagha, qui écrit sur le blog Hamseh, avait été arrêté, apparemment pour avoir critiqué les influents frères Laridjani (l’un préside le parlement, l’autre la justice).

Hossein Ghadiani, qui écrit sur le blog Ghate 2 (deuxième section), Mohammad-Saleh Meftah, sur Shaghayeghe Vahshi (coquelicot sauvage), Amir-Hossein Sabeti sur Dastnevishaye Yek Daneshjou (manuscrit d’un étudiant), Madjid Bazrafkan sur Tamolat (réflexions) Hassan Rouzitalab sur Yadnameh (mémoires) Saïd Sadati sur Djolbak Setiz (combattant de l’algue) et Meysam Nili, directeur du site de Radja News, font partie des bloggeurs aujourd’hui emprisonnés.

Mohammad-Hossein Nobakhti, ancien directeur du site Nowasazi est un autre bloggeur ; il a été libéré sous caution après avoir passé 99 jours en prison. Les sites Web favorables à Ahamadinejad ont écrit qu’ils avaient fini en prison pour avoir critiqué le chef de la justice et le président du parlement, deux institutions actuellement dirigées par les frères Laridjani.

D’après le site Web Oftab, ces bloggeurs ont été arrêtés après avoir participé à une réunion à Téhéran qui discutait un plan d’action pour l’année restante de la présidence d’Ahmadinejad. « Quelques 40 bloggeurs favorables au docteur Ahmadinejad se sont rencontrés à Téhéran pour discuter un plan d’action pour la dernière année de la présidence d’Ahmadinejad » a écrit ce site.

Tandis qu’Ahmadinejad gardait le silence sur l’arrestation de ses supporters, Reporters Sans Frontières publiait une déclaration où ils exprimaient leur satisfaction pour la libération de Mohammad-Hossein Nobakhti mais aussi leur inquiétude pour la détention de Shariat, un autre bloggeur.

Il y a eu de plus de fortes plaintes contre ces arrestations et citations à comparaître. Ruhollah Hosseinian, défenseur célèbre d’Ahmadinejad et ancien secrétaire d’état au renseignement a dit : « Je ne sais pas où porter plainte. Où va la justice ? Cette institution vise dorénavant les soldats et les officiers de la guerre électronique. Un jour, c’est le directeur de Keyhan qui est arrêté, le lendemain le directeur du journal Iran parce qu’on y avait écrit sur le fils d’une personnalité de premier plan alors que Hossein Ghadiani est convoqué pour avoir critiqué la justice. La justice doit savoir qu’en convoquant les soutiens de la révolution, elle sera non seulement en proie à la critique mais son désir de créer davantage de divisions parmi les sympathisants du régime ira grandissant. »

Un groupe d’étudiants bassidji de l’université de Téhéran a également écrit au secrétaire du puissant conseil des gardiens, l’ayatollah Djanati : ils y critiquent les deux poids deux mesures contre les étudiants et les médias dont fait preuve la justice et lui demandent de stopper les attaques des frères Laridjani contre les étudiants et les médias.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2012/july/30/article/ahmadinejad-supporters-arrive-in-prison.html

lundi 19 juillet 2010

NYT - Le président iranien renouvelle sa pression sur les conservateurs

WILLIAM YONG et ROBERT F. WORTH

Publié le 16 juillet 2010
 
TEHERAN — Ayant réussi à réprimer le soulèvement de l’opposition consécutif aux élections présidentielles controversées de l’été dernier, le président Mahamoud Ahmadinedjad et ses partisans concentrent maintenant leurs efforts sur un autre groupe rival, les conservateurs traditionnels iraniens.
 
Les rivaux conservateurs de Monsieur Ahmadinedjad répliquent , l’accusant publiquement de mettre à l’écart les religieux et le parlement, de poursuivre une idéologie « extrémiste » et d’intriguer pour consolider son contrôle sur toutes les branches du système politique iranien.

« Maintenant qu’ils pensent s’être débarrassés des réformistes, ils pensent peut-être qu’il est temps d’éliminer leurs opposants principalistes » explique Mortéza Nabavi, rédacteur en chef du journal du courant dominant conservateur lors d’une interview inhabituellement crue publiée vendredi dans l’hebdomadaire Panjereh. Les conservateurs iraniens, y compris le groupe d’Ahamdinedjad, préfèrent le terme « principalisme » à celui de « fondamentalisme ».

Les grèves qui ont éclaté dans le bazar de Téhéran la semaine dernière, provoquées par un projet d’augmentation des taxes, reflète la fracture croissante entre les factions conservatrices, les commerçants ou bazaris du côté des traditionalistes.

Monsieur Ahmadinedjad a souvent nourri les peurs traditionnelles des conservateurs ; il a fait allusion aux divisions entre conservateurs, mettant en garde : « Le régime n’a qu’un seul parti » lors d’un discours prononcé lundi sur son site Web officiel, ce qui a provoqué un scandale parmi ses rivaux conservateurs.

« Je pense que nous assistons à une sort de McCarthyisme à l’iranienne où Ahmadinedjad se débarrasserait de tous ceux qui ne sont pas avec lui en les accusant d’être anti-révolutionnaires ou non islamique » dit un analyste politique iranien qui a refusé d’être identifié par peur des représailles.

En un sens, la lutte pour le pouvoir au sein des conservateurs est un retour à la situation d’avant les élections présidentielles de l’année dernière qui ont déchaîné les pires dissensions internes depuis des décennies en Iran. L’occident a largement considéré les manifestations de rue comme un défi à la théocratie iranienne. Mais au bout d’un an, les épanchements de colère publique n’ont apporté aucun effet tangible, la poussière est retombée pour dévoiler de nouveau une fracture plus profonde de l’élite politique en Iran.

La faille est en partie une faille de générations, Monsieur Ahmadinedjad conduisant une cohorte conservatrice soutenue par l’élite des gardes révolutionnaires. De l’autre côté, une génération plus âgée dont l’autorité émane de ses liens avec l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, le dirigeant de la révolution islamique de 1979. Les législateurs réformistes représentent actuellement une minorité largement impuissante au parlement. « Ahmadinedjad veut une nouvelle définition du conservatisme. Il veut dire, les vrais conservateurs, ce n’est plus vous, c’est nous » ajoute l’analyste politique.
 
Les conservateurs les plus anciens, y compris les religieux, les législateurs et les dirigeants du bazar, ancien centre des échanges et du commerce, ont longtemps mis en questions les compétences de Monsieur Ahmadinedjad et ont même accusé ses ministres de corruption. Mais récemment, ils sont allés plus loin, accusant la faction de Monsieur Ahmadinedjad de trahir les principes de la révolution islamique et d’être adepte d’un culte messianique qui rejette le rôle d’intermédiaire du clergé.

Pour certains, ces critiques se résument à un appel déguisé des anciens conservateurs au guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, pour brider le président ou même le démettre. Les divisions ont surgi le mois dernier, quand les parlementaires conservateurs ont bloque par un vote les efforts de Monsieur Ahmadinedjad pour prendre le contrôle de la plus grande institution universitaire iranienne, l’université Azad, qui possède des établissements dans tout le pays et d’énormes atouts financiers. Cette université a été fondée par Ali Akbar Rafsandjani, ancien président de la république et figure centrale des conservateurs traditionnels. Apres le vote, un porte-parole de Monsieur Ahmadinedjad a déclaré que les législateurs « avaient aidé la conspiration » une expression souvent utilisée pour les manifestants et les groupes terroristes.

Le lendemain, une manifestation soutenue par le gouvernement s’est formée devant le parlement, les manifestants y dénonçant Ali Laridjani, président du parlement et rival conservateur de Monsieur Ahmadinedjad. « Nous dénoncerons les parlementaires perfides » disait l’une des affiches publiées par ILNA, l’agence de presse iranienne semi-officielle. A Qom, des étudiants partisans du gouvernement ont distribué des tracts disant : « Monsieur Laridjani, rendez-nous notre vote, vous ne nous représentez plus. »

Monsieur Laridjani s’est moqué de ceux qui le critiquaient les traitant d’ « impudents, sans logique et avides de controverses. »
 
L’ayatollah Khamenei a essayé d’apparaître neutre dans cette dispute à propos de l’université ordonnant aux deux parties, Messieurs Ahmadinedjad et Rafsandjani d’arrêter d’essayer de changer le statut de l’université

Depuis lors, un autre front s’est ouvert contre l’administration. .Les commerçants iraniens, les bazaris, se sont soulevés pour protester contre les plans de Monsieur Ahmadinedjad de les pressurer par plus d’impôts. Le grand bazar central de Téhéran, un vaste labyrinthe complexe formé de tunnels arqués et de cours, a fermé pour protester pendant plus d’une semaine, et la grève s’est étendue a d’autres grandes villes.

La dimension politique du conflit n’est pas encore totalement formée mais la classe des commerçants iraniens est profondément liée au parti conservateur traditionnel, le Motalefeh, dont les membres détiennent des postes clés dans l’université Azad. Monsieur Rafsandjani était membre du Motalefeh et a toujours de forts liens avec lui.

Les conservateurs traditionnels se sont opposés à l’administration de Monsieur Ahmadinedjad sur de nombreux problèmes durant l’année écoule, y compris sur des nominations controverses à des postes ministériels et sur la tentative de remaniement du système des subventions vieux de plusieurs décennies. En avril, la tension est montée d’un cran quand les législateurs conservateurs ont demandé l’arrestation du premier vice-président Mohammad-Reza Rahimi pour corruption.

Dernièrement, le ton est monté des deux côtés. Lundi, un parlementaire conservateur de premier plan, Omidvar Rezaï, a averti que le gouvernement de Monsieur Ahmadinedjad avait violé la constitution iranienne et que le parlement « pourrait être obligé de faire usage des ses pouvoirs légaux » y compris la dégradation et la destitution du président selon le site Web d’information Khabar Online.

Le mois dernier, beaucoup de conservateurs ont été choqués quand des chahuteurs pro-Ahmadinedjad ont empêché Hassan Khomeiny, le petit-fils de l’ayatollah Khomeiny de prononcer un discours lors d’une commémoration de la mort de son grand-père.

« La conduite d’extrémistes qui ne sont pas ouverts au débat ou à la logique a créé une division au sein des principalistes ».dit Mohammad Ashfrafi-Esfahani, un religieux important membre de l’organisme qui supervise les partis politiques, dans des commentaires publiés par ILNA. « Ce groupe n’épargne personne, pas même la famille de l’imam [Khomeiny] »

Un éditorial du 21 juin de Khabar Online, que l’on croit être lié à Monsieur Laridjani, met en garde contre : « Un mouvement extrémiste, portant les vêtements de l’islam et de la révolution. »

Monsieur Nabavi, rédacteur en chef du journal, suggère également que la faction de Monsieur Ahmadinedjad appartient à une secte, bannie il y a des décennies par l’ayatollah Khomeiny, qui met l’accent sur le retour prophétisé du 12ème imam shiite qui aurait disparu qu neuvième siècle. L’accusation est courante, mais les conservateurs ne l’avaient jusque là pas portée si clairement et ouvertement.

« Ces gens disent qu’ils ont un contact direct avec le 12ème imam et que donc ils peuvent nous diriger » dit Monsieur Nabavi dans cette interview. « Ce n’est pas qu’une affaire de clergé opposé au gouvernement, il s’agit de quelque chose de beaucoup plus profond. »

Sources : http://www.nytimes.com/2010/07/17/world/middleeast/17rift.html?pagewanted=1&_r=2&sq=iran nabavi&st=cse&scp=1

dimanche 24 janvier 2010

Ali Larijani, en réserve de la dictature

A quoi joue Ali Larijani? La suractivité du  président du parlement iranien (Majles) et le ton employé dans ses prises de position laissent penser qu’il pourrait être utilisé par le pouvoir comme solution de recours dans le cas où la mise à l’écart de Mahmoud Ahmadinejad devenait inévitable.

Dans une posture quasi présidentielle, Larijani enchaîne voyages à l’étranger et tournées en province, discours très critiques visant le gouvernement Ahmadinejad et mises en garde à l’égard du mouvement vert.

Estampillé "conservateur pragmatique" et élu par une forte majorité des députés conservateurs à la tête du Majles, Larijani devient de plus en plus critique à l’égard du bilan des gouvernements Ahmadinejad et des méthodes employées. "Il faut arrêter de gouverner le pays en adoptant des positions extrémistes et en prenant ses rêves pour la réalité", disait-il il y a quelques jour lors d’un déplacement en province.

Le clan conservateur au Parlement n’a plus rien d’un bloc monolithique soutenant le guide Khamenei. Les partisans de Larijani s’opposent désormais ouvertement à Ahmadinejad alors que les parlementaires proches de ce dernier ne ratent pas une occasion pour critiquer le manque de soutien de Larijani au gouvernement (surtout dans la tempête actuelle). Le député pro-Ahmadinejad Hosseinian a ainsi présenté avec fracas sa démission la semaine dernière pour montrer sa grande déception et pour lancer un avertissement à Larijani. Une démission mise en scène, puis retirée après une rencontre avec Khamenei. 

Dans son discours, Larijani a pointé du doigt l’échec du gouvernement dans la lutte contre le chômage, dans l’instauration d’un climat de confiance pour promouvoir les investissements nationaux et internationaux, dans le contrôle de l’inflation et du niveau de liquidité injectée dans l’économie (impression massive de billets étant un sport national en Iran). Il a aussi fustigé les dépenses de fonctionnement du gouvernement en les qualifiant de très élevées ainsi qu’un manque de rigueur dans la planification budgétaire.

Comment peut-on imaginer une seule seconde que ce tandem de choc puisse gouverner un pays traversé par une crise politique majeure et asphyxié par une crise économique d’une ampleur sans précédent?

Dans son opposition au mouvement vert non plus, Larijani ne veut pas laisser l’initiative à Ahmadinejad. Dans le même discours, il condamne l’approche utilisée par ceux qui ont contesté les résultats de l’élection présidentielle en précisant que ces contestataires n’ont pas voulu agir "dans le cadre la loi", ni suivre le "chemin préconisé par le guide Khamenei".

Enfin, Larijani ne rate pas une occasion pour louer la vision et la sagesse du guide Khamenei, en particulier pour confronter les événements postélectoraux. Un guide qui, rappelons le, a nommé Sadegh Larijani, le frère d’Ali, à la tête du pouvoir judiciaire.

Larijani se positionne et se met en réserve d’un régime dictatorial qui pourrait sacrifier tel ou tel pion pour passer une tempête et survivre un peu plus. Mais sa démarche sape davantage l’autorité d’Ahmadinejad et fait vaciller encore plus les piliers du régime.