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dimanche 27 juillet 2014

Lettre de la mère de Bahram Ahmadi à celle de Saïd Zeinali

Bahram Ahmadi était un prisonnier politique sunnite exécuté en 2011 ; son frère Shahram Ahmadi est emprisonné à la prison de Radjaï Shahr.

Saïd Zeinali est l’un des étudiants arrêtés en 1999. Depuis, sa famille n’a pas eu de ses nouvelles.

« Ne t’inquiète pas ; Joseph qui était perdu reviendra ! »

Il est très difficile de croire que son fils parte à l’université un matin mais ne soit pas rentré au bout de 5 ans. Chaque fois que l’on sonne, on pense ce doit être mon fils bien-aimé. « Mon Dieu, mon Saïd est de retour. »

Je comprends parfaitement la difficulté de votre situation car je suis dans la même. Le régime a exécuté mon fils Bahram. J’attends maintenant que mon autre fils, Shahram revienne prendre sa place. Je n’ai pas pu dire adieu à la dépouille de mon fils après l’exécution. Environ un an après ma dernière visite à Shahram, j’ai eu un accident de voiture qui m’a laissée paralysée. Malgré tous ces problèmes, j’ai été bouleversée d’entendre parler de votre fils et de sa disparition.

Je prie Dieu pour qu’un jour votre fils et mon fils Shahram reviennent mettant ainsi fin à ces tristes jours et nous rendent le bonheur. J’aurais voulu vous rendre visite, mais, malheureusement, je suis handicapée et je n’ai plus l’énergie ou la possibilité de bouger. Par cette lettre, je voudrais vous faire part de ma sympathie, à vous et à votre famille.

G. Faramarzi, mère de Shahram Ahmadi

Source : https://hra-news.org/en/articles/bahram-ahmadis-mother-wrote-saeed-zinalis-mother

dimanche 8 juin 2014

Reste un moment avec moi - Ramin Zibaï




Cher compatriote,

Je m’adresse à toi, témoin de mes souffrances et qui y es indifférent, ainsi qu’à toi qui montres de l’empathie pour mes souffrances et celles d’autres dans cette société. Vois ma douleur. Entends mes lamentations silencieuses. Réfléchis un instant et réponds à ma question. Partage cette réponse, non seulement avec moi mais aussi avec tous les autres et vois où nous en sommes à cette époque historique.

Allez, laisse tomber cette belle mélodie et écoute la musique triste de cette harpe brisée. Reste avec moi un moment et médite sur ce que je dis.

Te crois-tu plus noble que les autres êtres humains ? Crois-tu que l’on t’a créé supérieur à moi ? Ton sang est-il plus pur que le mien ? Pries-tu Dieu mieux que moi ? Est-ce que Dieu t’aime et ne m’aime pas? Qu’en penses-tu ? 

Si tu crois qu’il n’y a pas eu de différences au moment de la création, alors pourquoi toutes ces autres différences ?

Es-tu plus iranien que moi ? Crois-tu aimer ta patrie plus que moi ? Es-tu de ce pays et de la race arienne alors que je viendrais d’un autre pays, d’une autre race ? Et même si c’était le cas, cela changerait-il quelque chose à notre noblesse d’êtres humains ?

Alors, si nous sommes d’un même pays, d'une même race, qu’est-ce qui cause ces différences et ta supériorité sur moi ? Pourquoi devrais-tu avoir un autre espace de vie, pourquoi devrais-tu avoir le droit de te développer et pas moi ? Pourquoi aurais-tu ce droit que l’on m’enlève ? Qu’est-ce qui te fais croire que tu es digne de ces droits et pas moi ? Qu’est-ce qui fait que l’on te donne ces droits dont tu me prives ?

As-tu le monopole du bonheur, du succès et du droit à l’éducation ?

Nous sommes tous deux nés dans le même pays, au même endroit, dans la même patrie. Alors pourquoi aurais-tu le droit de grandir et de te développer dans cette patrie alors que je suis privé de ce droit ?

Si tu conviens que ces distinctions n’ont pas de fondement, alors fais montre d’empathie et accompagne-moi sur le chemin. Profite de tes pensées, de ton point de vue sur le monde et de tes actions pour atteindre la justice, et comprends que ton sentiment de supériorité sur moi nous sépare et nous éloigne.

Alors, n’hésites pas à mettre fin à la discrimination dans la façon dont tu te comportes !

As-tu oublié qu’il y a 14 siècles, du temps du prophète Mahomet, un prisonnier qui éduquait un homme libre était libéré ? Maintenant, c’est le contraire : désormais des hommes et des femmes nobles sont en prison pour en avoir éduqué d’autres. Il y a bien longtemps, l’éducation et le savoir avaient beaucoup de valeur parce qu’ils amenaient la liberté et la rédemption, alors que dans notre monde progressiste et éclairé, ils causent la captivité et l’emprisonnement.

Explique-moi ce qui nous a fait oublier la sagesse et la valeur de l’éducation ?

Dis-moi, compatriote bien-aimé, combien cette discrimination va-t-elle encore durer ? Quand changeras-tu ta façon de penser le monde ?

Voilà maintenant trois ans que mes collègues et moi sommes emprisonnés pour avoir enseigné à l’université bahaïe et nous n’avons pas vu ne serait-ce qu’une lueur de justice. Nous avons sacrifié notre liberté et goûté l’amertume de la captivité pour que toi, mon cher ami, tu puisses te souvenir de la valeur que tes ancêtres accordaient au savoir, qu’ils libéraient les prisonniers de guerre pour honorer ce même savoir et que tu te rendes compte combien, à notre époque, nous avons oublié notre glorieux passé.

Nous continuons à espérer un changement dans ta vision du monde.

Et sois sûr que cela aussi sera accepté et même accepté avec honneur !

Ecrit le troisième anniversaire de mon incarcération, le 21 mai 2014
Ramin Zibaï - Pison de Radjaï-Shahr 

Source: http://www.rahesabz.net/story/82872/

lundi 26 mai 2014

Lettre de Vahid Tizfahm à son fils depuis la prison de Radjaï-Shahr – 16 mai 2014

  
Vahid Tizfahm, un des chefs de la communauté bahaïe, purge actuellement une peine de 20 ans à la prison de Radjaï-Shahr



Samim, mon très chef fils,

Comme tu le sais,  le 15 mai, cela fera six ans que je suis entré en prison. Je suis parfaitement au courant de tous les problèmes et difficultés auxquels tu as du faire face, quelquefois seul et quelquefois avec l’aide des autres. Aujourd’hui, j’ai décidé de me pencher sur ces 32 dernières années pour partager avec toi quelques-unes des expériences douces-amères de ma vie.

Il y a de nombreuses années, quand j’avais neuf ans, les agents de sécurité ont attaqué notre domicile un matin. Après avoir fouillé les pièces, les placards et nos livres, ils ont arrêté mon père qui avait 42 ans et l’ont emmené. Au bout de huit mois de visites hebdomadaires à la prison d’Oroumieh, pendant l’une de nos dernières visites, mon père a demandé à ma mère : « Si Dieu voulait que je donne ma vie pour mes convictions et ma foi, me promettrai-tu de prendre soin de nos enfants et de les élever pour en faire d’honorables membres de la société selon mes vœux ? » Attristée par cette demande, ma mère a répondu : « Oui, je te le promets. Sois rassuré et continue ton chemin fermement. »

Finalement, en mai 1982, durant une visite à la prison, nous avons attendu anxieusement avec mes sœurs et mon frère de trois ans de voir, une fois encore le visage aimant de notre père traverser la salle jusqu’à ce qu’un garde finisse par nous informer que notre père n’était plus là, qu’on l’avait emmené ailleurs. Découragés et déçus, nous sommes rentrés à la maison. Après deux jours passés à faire des recherches et à faire appel aux diverses autorités administratives et légales, nous n’avions reçu aucune réponse définitive ; finalement, de désespoir, nous sommes allés à la morgue du ministère de la justice à Oroumieh, dans l’espoir de trouver notre père. Le fonctionnaire de service nous a dit recevoir plusieurs corps non-identifiés quotidiennement. Voyant que nous insistions, il a reconnu qu’il y avait un corps correspondant à notre description ; il avait reçu trois balles.

Ces années-là, j’étais plein de questions et d’ambivalence ! Pourquoi mon père, un homme dévot, altruiste et honnête, dont le seul crime, alors qu’il était enseignant, était de servir ses compatriotes et les bahaïs dans sa communauté, devait être exécuté ? Ceux qui avaient commis cet acte haineux s’étaient-ils demandé quelle était la cible de leurs balles et pourquoi ? Les bourreaux qui avaient exécuté la sentence s’étaient-ils demandé quel était son crime ? De quoi était-il coupable pour être traité de façon si lâche ? De quoi était-il coupable pour n’avoir pas droit à un avocat, n’avoir pas le droit de se défendre et faire face à un chef d’accusation qui n’avait jamais été étayé par une preuve ? Finalement, il avait été mis à mort uniquement à cause de sa religion, à son ferme refus de renier sa foi, malgré les menaces et les encouragements.

Mon père bien-aimé a perdu la vie parce que ses convictions différaient de celles de ceux qui étaient au pouvoir ; il a perdu la vie à cause de l’absence d’une justice indépendante et équitable et des décisions d’un ou de plusieurs individus pervers et dévoyés. Il voulait témoigner de sa « foi dans l’unité de toute l’humanité et dans le développement et le progrès de l’Iran et de ses peuples en se dévouant et en rendant service à tous ceux qu’il connaissait ». Il avait choisi d’être indéfectible et inébranlable dans ses convictions et de se sacrifier plutôt que de s’accrocher à une existence terrestre de plaisirs matériels, une vie abjecte de déni. Malgré sa profonde dévotion et son amour pour son épouse, ses enfants et ses sœurs, il avai crié son adoration pour son bien-aimé en nous quittant, tenant la photo d’Houshmand, son fils de trois ans dans sa main fermée.

Mon cher Samim, mon précieux fils, l’histoire se répète. Je purge actuellement une peine de 20 ans en exil à la prison de Radjaï-Shahr, une des peines les plus lourdes infligées aux prisonniers de conscience. Durant ces six dernières années, j’ai passé de nombreux mois à l’isolement à la section 209, je t’en parlerai une autre fois. J’ai vécu pendant des mois dans cette prison terrible connue sous le nom de « trou noir » parmi les prisonniers iraniens, dans des cellules de 10 m² pour cinq prisonniers. Bien sûr, il y a trois ans et demi que la prison de Radjaï-Shahr de Karadj est devenue ma maison et mon abri ; c’est l’une des prisons iraniennes de haute sécurité. En dehors de quelques prisonniers politiques et de conscience, la majorité des détenus y sont considérés comme dangereux et sont condamnés à mort. J’ai été détenu 20 mois avant de pouvoir rencontrer mon avocat pendant une demi-heure et sous une surveillance stricte. C’est tout ! Je me souviens qu’un des prisonniers politiques d’Evine qui a été exécuté il y a deux ans m’avait dit : « Les choses changent beaucoup dans notre pays ; ton père n’a pas eu droit à un avocat, mais toi tu en as un et, à la génération suivante, ton fils jouira de tous ses droits légaux de prisonnier ! »

Mon cher fils, après le martyre de mon père, j’ai étudié avec diligence ; bien que, tant à l’école qu’au lycée, j’aie été en but à de nombreuses insultes et discriminations de certains de mes enseignants et camarades de classe, la plupart d’entre eux m’ont soutenu et ont défendu mes droits en tant que bahaï. Après avoir obtenu mon baccalauréat, on m’a interdit d’entrer à l’université, j’ai dû continuer à étudier par correspondance par l’Institut Bahaï d’Education Supérieure. Je n’étais pas le seul. Malgré l’illégalité de l’interdiction, et en violation des droits de la population de la constitution, des milliers de jeunes bahaïs ont été privé d’éducation supérieure dans les universités du pays. Néanmoins, ils se sont efforcés avec diligence de vaincre cette calamité en continuant d’étudier par correspondance, une situation très difficile. Ils ont étudié dans une université fondée en fait pour répondre à ce malheur. En 2002, 19 ans après le martyre de mon père, les autorités ont ordonné la destruction du cimetière bahaï d’Oroumieh. Il nous a fallu transférer les restes de mon père dans un autre lieu et cela nous a rappelé tous les souvenirs amers du passé.

Samim, mon cher fils, durant toutes ces années, ton père a passé son temps et usé son énergie au service de la communauté bahaïe et de ses compatriotes et il n’a jamais laissé passer une occasion de le faire. En fait, je suis coupable de m’être efforcé d’aider et de soutenir les autres. Rien d’autre ! Bien sûr, d’innombrables autres bahaïs dans les villes et villages de notre pays ont enduré beaucoup de ces difficultés et il faudrait beaucoup de temps pour raconter leur histoire.

La société iranienne a maintenant changé et on voit beaucoup de signes de sa croissance et de sa transformation. Par exemple, beaucoup de gens épris de liberté et à l’esprit ouvert de tous les différents groupes sociaux, dont des religieux éclairés, des écrivains libéraux, des journalistes courageux, des avocats indépendants et qui font preuve d’abnégation, ainsi que des militants sociaux, politiques et culturels ont pris conscience de la vérité et ils défendent les droits de tous leurs compatriotes, donc ceux issus de la communauté bahaïe et des gens comme moi.

Mon cher fils, avec cette conscience continuellement accrue, la conscience sociale en plein essor et la sensibilité du peuple iranien qui s’exacerbe pour les droits humains de leurs compatriotes, nous pouvons maintenant espérer un futur plus radieux, la baisse des discriminations et de la persécution des libre-penseurs, des adhérents des idéologies différentes, des minorités ethniques et religieuses et des intellectuels de cette société, tous étant l’honneur de l’Iran. J’ai grand espoir que les adolescents et les jeunes d’aujourd’hui, dont tu fais partie, pourront jouer un rôle important dans la sensibilisation, le progrès dans l’éducation, la justice et l’équité, l’éradication de la pauvreté, la promotion de la moralité et de la spiritualité dans la société iranienne. J’espère qu’ils continueront, avec résolution et abnégation, à promouvoir le développement spirituel, social et économique de notre Iran bien-aimé avec l’aide et la collaboration de nos compatriotes.

Pour développer l’Iran, il faut que chaque Iranien participe, quelle que soient sa classe, son ethnie ou sa religion. Je récite cette prière avec foi chaque soir avant de me coucher : « Oh Dieu bon ! Sois notre soutien et accorde nous la force de réaliser nos vœux, de négliger les biens matériels et fais de ce pays un exemple du monde céleste de l’au-delà. » Et donc, mon cher fils, tes pensées, tes buts et tes convictions ainsi que celles des jeunes de ta génération doivent se concentrer sur la croissance spirituelle, morale et personnelle ainsi que sur l’aide à autrui et plus spécifiquement à vos compatriotes pour que, quand le besoin s’en fera sentir, vous aidiez vos proches en leur consacrant du temps, de l’énergie et que vous utilisiez vos prédispositions pour développer vos potentiels pour qu’ensemble vous continuiez à apprendre par l’expérience, en répandant l’amour et l’unité, en les aidant à lutter pour leur croissance spirituelle, personnelle et matérielle. Vous les jeunes ardents et doués êtes la source de l’amour et de l’espoir de ceux qui ont besoin d’être aidés et assistés et aspirent au bonheur et à une vie meilleure.

Ton père, Vahid Tizfahm,
Prison de Redjaï Shahr
09 mai 2014

Source: http://www.rahesabz.net/story/82744

mardi 20 mai 2014

Lettre de huit prisonniers politiques de Radjaï Shahr

Encore une autre peine de mort, arrêtez de tuer ! Il faut empêcher l’exécution de la peine de mort de notre compatriote sunnite Shahram Ahmadi.

Le samedi 26 avril a marqué le sixième anniversaire de l’incarcération de Shahram Ahmadi sur le seul chef d’accusation de s’être opposé aux insultes et au harcèlement dont est en but la minorité sunnite du Kurdistan. Il a été condamné à mort par ceux qui ne supportent pas ses actions courageuses et sa résistance contre la répression brutale de la liberté ; ils ont forgé de fausses accusations contre lui.

Il n’y a pas si longtemps, son jeune frère Bahram Ahmadi, qui n’avait pas encore atteint l’âge légal, a été exécuté. Sa famille a été frappée par de mauvais évènements, sa mère a frôlé la mort lors d’une attaque cardiaque à l’annonce de l’exécution de son enfant bien-aimé.

Et ce n’est pas la dernière souffrance de sa famille. En ramenant leur mère de l’hôpital, elle a eu un accident de voiture grave. Le frère et la sœur de Shahram ont été grièvement blessés et sa sœur a dû être hospitalisée dans un état critique, son cerveau ayant été touché. Après cette série d’évènements terribles, la nouvelle de sa peine de mort frapperait considérablement la famille et rendrait sa vie encore plus difficile.

Et cela alors que la peine de mort a été abolie dans la plupart des pays du monde et considérée comme inhumaine. Nous soussignés demandons aux amoureux de la liberté, aux organisations internationales et aux militants des droits humains de faire pression sur le gouvernement iranien pour qu’il cesse d’exécuter les prisonniers politiques en masse, et qu’il n’exécute pas Shahram, notre cher compatriote sunnite. 

Khaled Hardani, Shahrokh Zamani, Saïd Massouri, Saleh Kohandel, Afshin Heyratian, Mohammad Banazadeh-Amirkhizi, Misagh Yazdannejad, Hamid-Reza Borhani

Prison de Radjaï Shahr

Source : https://hra-news.org/en/articles/statement-eight-political-prisoners-support-shahram-ahmadi

jeudi 15 mai 2014

Interviews et Rapports de la prison de Redjaï Shahr de Karadj – Massoud Bastani – 11 mai 2014



Il y a deux semaines, on a rapporté dans certains médias iraniens que les prisonniers de la section 350 de la célèbre prison d’Evine de Téhéran avaient été tabassés par les gardes et les forces spéciales durant une fouille. Les autorités ont officiellement nié la violence mais ont par la suite été contraints d’admettre les excès de la pénitentiaire. Certains prisonniers auraient été transférés à l’isolement. Mais un autre aspect de la brutalité qui s’est fait jour plus tard c’est que certains prisonniers envoyés à l’isolement ont eu la tête rasée.

A la prison de Redjaï Shahr, aussi connue sous le nom de Gohar-Dasht, à environ 40 kms de Téhéran, environ dix prisonniers se sont rasé la tête pour protester contre la violence des gardes d’Evine et en solidarité avec les prisonniers victimes. Mais des jeunes, hommes et femmes, militants politiques en dehors des prisons se sont également rasé la tête en solidarité avec les prisonniers et ont posté leurs photos sur Facebook. Ces rapports ont rallumé l’espoir que le mouvement civique en Iran soit toujours bien vivant et actif.

Parmi les dix prisonniers de Redjaï Shahr qui se sont rasé la tête : Reza Entessari, Hamid-Reza Borhani, Djafar (Shahine) Eghdami, Saïd Razavi-Faghih, Mehdi Mahmoudian, Saïd Madani, Farshid Yadollahi, Missagh Yazdannejad et Mostafa Nili.



J’ai d’abord parlé à Mehdi Mahmoudian et lui ai demandé pourquoi il s’était rasé ; il m’a répondu sans hésitation : « Ma réponse à quiconque essaie de m’humilier a toujours été de me défendre en lui ôtant l’instrument qui lui permet de m’humilier. Alors, quand la justice utilise des tactiques comme raser la tête d’un prisonnier pour l’humilier en tant que personne, il faut lui ôter cette tactique. Je suis en train de leur dire que cette action ne nous humilie pas. » Je lui ai dit : « Mais tu n’es pas à Evine. » Et il m’a répondu : « Je n’ai pas fait ça en solidarité avec Evine ; mon but principal était de retirer cet outil des mains de la justice. Je me souviens qu’en 2009, certains de ceux qui menaient les interrogatoires tentaient d’utiliser certains problèmes personnels des prisonniers pour leur mettre la pression, pour en tirer de faux aveux en mettant l’accent sur les aspects privés. Alors je les ai mis au défi, non seulement en leur présentant moi-même ces problèmes mais j’ai été jusqu’à en inventer pour qu’ils n’essaient pas de me contrôler. » Je lui ai demandé comment son épouse et sa fille réagiraient à sa tête rasée. Mehdi a levé les yeux comme pour imaginer la scène et m’a dit : « J’ai entendu dire que ma fille avait dit qu’elle était fière que j’ai montré ma solidarité avec mes amis. Je pense que je peux ainsi lui expliquer que je suis prêt à payer le prix de mes convictions. Cela lui montrera que je ne prends pas mon idéal à la légère. »



Reza Entessari est un derviche Gonabadi récemment transféré d’Evine à Redjaï Shahr récemment ; il a été condamné à huit ans de prison. « Ecoute, il faut répondre à ce qui se passe et avoir un impact. Ce que j’ai appris en tant que derviche, c’est qu’il faut toujours être solidaire des autres. Se raser la tête, pour les derviches, c’est une vieille histoire. Les derviches dirigeants se sont toujours rasés pour montrer qu’ils étaient différents. En 2009, on a emprisonné un derviche et on l’a rasé ; la réponse des autres membres de la communauté a été de se raser également. Les durs sont en colère quand ils voient une telle solidarité parmi la population. J’espère que cela va se transformer en une plus large protestation. Un moment, j’ai espéré que le ministre du renseignement ayant une vision plus large des évènements ne recourrait pas à de telles pratiques dans de petits établissements comme les prisons, mais, malheureusement, ce sont eux qui l’influencent maintenant. »

Mostafa Nili est un ancien membre du Mouvement Vert d’Iran transféré à Redjaï Shahr l’année dernière. Quand je lui ai demandé pourquoi il s’était rasé la tête, lui aussi m’a répondu très vite. « Je suis resté longtemps à la section 350 d’Evine et j’ai des sentiments forts pour les détenus qui s’y trouvent. J’ai pensé que j’aurais probablement été du nombre de ceux rasés par les gardes de la prison si je m’y étais trouvé. Il faut agir pour neutraliser cet outil utilisé par les gardes. Il y a bien sûr d’autres actions à prendre pour protester dans le monde entier ; pendant la période de l’apartheid en Afrique du Sud, ils remplissaient les prisons. Je pense que de tels actes font craindre à l’autre partie ses prochaines réactions. Quand j’ai entendu que les gens, hors de la prison se rasaient aussi la tête, cela m’a fait plaisir que l’on n’ait pas oublié les prisonniers. C’est très réconfortant. Je crois que réaliser les buts du Mouvement Verts aura un coût pour ceux qui s’y sont engagés. »

Hamid-Reza Borhani est un autre prisonnier politique. Il était en train d’écrire. Il m’avait vu poser des questions aux autres prisonniers, alors, quand je me suis approché, il m’a donné une note dans laquelle il avait écrit son point de vue : « Le mouvement n’humiliera jamais un mode de vie, même s’il ne l’approuve pas. Mais les autres, pour leur part, humilient les modes de vie qui diffèrent du leur. Les nouveaux mouvements protestataires ont réussi à ralentir les plans de répression et les actions du régime. Raser la tête d’un prisonnier est normalement une punition. Les gardes veulent humilier la personne qu’ils rasent. Se raser la tête n’est pas illégal ; alors, les membres des nouveaux mouvements civiques peuvent le faire pour montrer leur protestation et faire passer le message aux autres.”



Le prisonnier suivant que j’ai questionné est Djafar (Shahin) Eghdami. C’était une surprise pour moi car j’avais entendu dire qu’il voulait garder les cheveux longs en prison. Sur ses motivations, il m’a dit : « Ce que les fonctionnaires de la prison ont fait est un acte humiliant ; quand j’ai entendu que la mère du martyr Mostafa Karim-Beigui, tué pendant les manifestations de 2009, avait protesté en se rasant la tête, je me suis immédiatement rasé. Je pense que le mouvement de protestation sociale doit utiliser de telles tactiques qui sont peu coûteuses et offrent une grande possibilité aux autres de le rejoindre. Les militants sociaux et politiques devraient organiser de tels évènements et tenir leurs objectifs. Nous devons montrer que ce que nous demandons est éthiquement supérieur à eux, comme l’a dit la dissidente birmane Aung San Suu Kyi. Le mouvement civique iranien peut prouver, par des actions telles que celle-ci, que la résistance continue. » Quand je lui ai demandé ce que serait la réaction de sa famille en le voyant la tête rasée, il a répondu : « Je l’ai déjà fait une fois quand j’étais à la section 209 d’Evine, alors je ne m’inquiète pas, ils m’ont déjà vu comme ça avant. »



Saïd Razavi-Faghih est le dernier que j’ai interrogé sur ses raisons de se raser la tête. « La principale raison était de montrer ma solidarité avec mes amis de la section 350 qui ont été attaqués et violentés. C’est un acte symbolique de solidarité. Bien sûr, cela ne réduira pas la souffrance de ces prisonniers mais cela ne nous impose pas une grande souffrance non plus. Mais c’est un acte important de solidarité. » Sur la solidarité des personnes extérieures à la prison, il a dit que même si cet acte n’a pas de signification abstraite, il aura un effet social positif. « Je crois que beaucoup d’idéologies, religieuses ou non, ont pu survivre grâce à la solidarité de leurs membres et sympathisants. Les danses de groupe, les rituels des différentes minorités sont des exemples de ces actions unificatrices. » Quand je lui ai demandé ce qu’il aurait attendu s’il avait été parmi les prisonniers de la section 350 que l’on a rasé de force, il m’a répondu : « La moindre des choses est la solidarité. Si l’on n’en est pas capable, au moins, il ne faut pas rester indifférent parce que l’une des plus importantes caractéristiques humaines est de ressentir de la sympathie, de l’empathie avec les autres, et même avec les animaux et la nature. »

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/may/11/article/interviews-and-reports-from-inside-rajaishahr-prison-in-karaj.html?utm_content=buffera313f&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

mercredi 14 mai 2014

Ma Patrie dévastée – Heshmatollah Tabarzadi – 11 Mai 2014

Heshmatollah Tabarzadi, dissident iranien, militant démocrate et laïc, est le Secrétaire Général du Front Démocratique d’Iran et le porte-parole du Conseil de Solidarité pour les Droits Humains et la Démocratie en Iran. Monsieur Tabarzadi a été emprisonné à plusieurs reprises pour ses activités politiques et de défense des droits humains, la dernière fois le 15 janvier de cette année pour avoir brisé le silence convenu pour appeler à une campagne unitaire avec comme slogan « non aux exécutions, liberté pour tous les prisonniers politiques, non au hidjab obligatoire et augmentation des salaires » et après avoir demandé au groupe des 5 pays +1 de s’intéresser aussi à la situation désespérée des droits humains en Iran. Il a passé sept ans en prison dont trois à l’isolement. Il est actuellement détenu à la prison de Redjaï Shahr près de Téhéran. Une pétition pour sa libération peut être signée à cette adresse : www.tinyurl.com/heshmat

Aujourd’hui, lors de la visite de ma famille en prison, j’ai entendu les nouvelles de l’extérieur et, de nouveau, j’ai compris que la situation de la population est encore pire que la nôtre ici. Je voudrais être dehors pour partager les douleurs de la pauvreté et les difficultés de ma famille et de la population. Je voudrais être avec eux pour être sans-abri et affamé comme tant d’Iraniens. Je comprends ce que ressentent les centaines de personnes bloquées derrière des portes d’hôpital, inquiets des leurs qui ne peuvent se payer leurs traitements médicaux.

Vraiment ! Connaissez-vous un pays plein de richesse naturelles et souterraines mais aussi riche de tant de ressources humaines mais dont l’état et le gouvernement ajoutent, année après année de 20 à 30% au coût de la vie de sa population et l’enterrent sous une inflation innommable ? Vous connaissez un pays où le gouvernement lance secrètement et sans en mesurer les conséquences un programme nucléaire ambitieux qui coûte des milliards de dollars à son peuple et le soumet à des sanctions internationales et où le dirigeant (l’ayatollah Khamenei), encore plus irresponsable que les autres, s’entête à poursuivre ces politiques antinationales ?

Connaissez-vous un pays qui ait laissé le contrôle des 32 milliards de dollars de ses banques à environ 500 personnes qui ne sont pas prêtes à rembourser leurs emprunts ? Néanmoins, il y a des millions de personnes qui ont un besoin désespéré de garnir leur table de nourriture et qui ne peuvent pas payer leurs besoins de base.

Vous connaissez un pays où le vol, la subornation et la corruption ont pris le pouvoir sur le système financier et institutionnel du gouvernement ? Depuis les juges, l’ancien chef de la police, le procureur général de la capitale, jusqu’aux banquiers, aux députés, à l’ancien vice-président, tous ont détourné plus de 100 millions de dollars tandis que le citoyen lambda ne peut même pas obtenir un prêt de quelques centaines de dollars !

Connaissez-vous un pays où l’usure, la corruption et les scandales sont les caractéristiques communes de la classe dirigeant, où les personnes et les groupes les plus incompétents tiennent les postes les plus sensibles du gouvernement, ont coulé l’économie, la politique et la société dans la banqueroute et la crise ?

Vous connaissez une nation dans laquelle les bandits, les pillards et les opportunistes sont libres et obtiennent même des promotions et des bonus, se vantant de leur pouvoir et de leur richesse mais dans laquelle les journalistes et ceux qui défendent la liberté et la justice sont emprisonnés, réprimés, exilés ou renvoyés de leurs domicile et de leur patrie ?
Oui, c’est ma patrie. Un pays où le clergé au pouvoir, totalitaire, dogmatique et fanatique s’unit avec les organisations de renseignement, militaires et économiques pour tout superviser, monopoliser la majorité des ressources nationales et humaines ? Grâce à l’expansionnisme, l’aventurisme et les ingérences illégales dans les affaires internes et externes des autres, ils ont de fait pris notre nation en otage en menaçant les autres pays.

Ce gang mafieux parle un jour de la technologie nucléaire comme de son « droit inaliénable » et noie ce pays sous des sanctions internationales écrasantes et le lendemain défend une « flexibilité héroïque » uniquement pour gagner du temps, exploitant une nation opprimée et affaiblie, engluée dans la pauvreté, la corruption, la prostitution, la faim et qui n’a même plus de domicile.

Oui ! Cette poignée de corrompus cruels ont dévasté ma patrie et paralysé notre nation par la pauvreté, la misère, la répression et la terreur. Ils ont désintégré et diminué différents groupes, partis et intellectuels tandis que d’autres (comme le président Rouhani) nous trompent par leur ruse de « sagesse et espoir » et passent le temps à des inscriptions à des projets avortés comme les « paniers de nourriture » et les « subventions en liquide ».

Maintenant, ils nous ont fait attendre une autre année pour conclure les négociations nucléaires : le mirage de l’ouverture, qui ne bénéficiera pas à la population mais au régime. Voilà le sort d’un peuple et d’une nation qui attend, coincée dans les mains de ses ravisseurs, demandant miséricorde et la délivrance de leur pauvreté et de leur misère grâce à la « clé ».[NDT : la clé était le symbole de la campagne électorale d'Hassan Rouhani]

Heshmat Tabarzadi – Prison de Redjaï-Shahr 

Source : http://www.dailykos.com/story/2014/05/11/1298585/-My-Devastated-Homeland#

dimanche 27 avril 2014

Lettre de Bahareh Hedayat en réponse à l'attaque récente de la section 350

Durant ces quatre dernières années, le téléphone a été coupé dans les prisons d’Evine et de Redjaï Shahr. Durant ces quatre dernières années, les prisonniers et leurs familles ont tenté tout ce qui était en leur pouvoir par des moyens légaux pour mettre fin à cette injustice mais sans résultat. Durant ces quatre dernières années, les prisonniers ont été fréquemment fouillés pour saisir tous leurs moyens de communication. Malheureusement, lors de la dernière fouille à la section 350 d’Evine, nous avons été témoins du lâche tabassage de nos frères.

Les autorités judiciaires sont devenues rouges de colère en « découvrant » quelques portables dans la section 350. Il faut demander : « Vous savez ce que c’est d’avoir 26 heures de visite par an avec votre famille ? C’est comme enterrer les prisonniers vivants ! Quand vous coupez le téléphone et privez les prisonniers de leur droit à communiquer avec leurs familles, vous condamnez les prisonniers à une mort lente, une peine non-écrite qui ne fait qu’ajouter à la cruauté et à l’oppression imposées aux prisonniers durant ces années.

Quand les prisonniers n’ont pas accès au téléphone, ils sont finalement condamnés à une demi-heure de communication avec leur famille (essentiellement une communication indirecte) ce qui ronge et met en danger leur santé émotionnelle et psychologique. C’est une sorte de torture lente et silencieuse qui prend la place des ecchymoses et des blessures, bien visibles, elles.

Vous voulez doucement détacher les prisonniers de conscience de leurs familles et du monde extérieur. Vous enfermez les prisonniers dans un vide jusqu’à ce que leurs relations spirituelles ou leur relation avec le monde libre soient bloquées ou même détruites. Vous avez l’intention de les détruire de façon insidieuse et cruelle, mais vous êtes en colère parce que les prisonniers ont choisi de ne pas mourir de mort lente, alors vous avez promis d’augmenter la pression.

Au fil des ans, la situation des prisonniers politiques c’est leur tenir une semaine la tête sous l’eau puis les laisser respirer pendant une demi-heure et répéter l’opération pendant des années. Il est facile de comprendre que la respiration durant la demi-heure est pleine d’angoisse et de stress, mais, malheureusement, les autorités judiciaires sont plus concernées par la raison pour laquelle le prisonnier, la tête sous l’eau pense qu’il a le droit de tricher en agitant les bras et les jambes de bas en haut.

Tentent-ils d’attirer l’attention des « médias dissidents » pour salir le tableau ? Tentent-ils de dire que « les droits humains islamiques » torturent ? Tentent-ils de fournir du contenu aux médias occidentaux ? Les autorités de la prison sont fières d’avoir écrasé toutes les personnes dont ils ont maintenu la tête sous l’eau pendant les inspections. Mais il n’y a personne pour répondre à cette question : quel pourcentage des appels émis de ces portables « découverts »étaient-ils destinés à d’autres qu’aux membres de leurs familles ?

En ce moment, les ministères de la justice et du renseignement ainsi que l’organisation des prisons ont tous signé un pacte pour mettre en place cette peine injuste. Bravo pour votre unité, mais il faut que vous sachiez que la réaction comportementale et la résistance des prisonniers n’est que naturelle et même critique.

Lors de vos procès inéquitables, aucun de nous n’a été condamné à être « enterré vivant. »
Communiquer avec sa famille fait partie des droits du prisonnier. Les en priver n’est pas en conformité avec les normes des droits humains, qu’ils soient islamiques ou non, orientaux ou occidentaux. Nous devrions être fiers des prisons iraniennes quand on les compare à celles de Corée du Nord, d’Abu Ghraib ou de Guantanamo Bay.

Eu égard à la situation des droits au téléphones dans les sections politiques des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr, il serait plus approprié d’adopter et d’appliquer des décisions plus humaines. La pratique des fouilles fréquents et de l’intimidation ne conduit nulle part.

Les prisonniers ont le droit de défendre leur santé psychologique et émotionnelle, c’est un droit fondamental et aucun règlement ou arrêté ne peut s’y opposer.

Bahareh Hedayat – Avril 2014
Prison d’Evine
Source : http://www.kaleme.com/1393/02/07/klm-182473/

dimanche 8 mai 2011

Lettre de Farzad Kamangar - Mars 2008 - Radjaï-Shahr


Bonjour les enfants,

Tous, vous m’avez tous manqué. Ici, je compose des chansons de vie grâce aux doux souvenirs et aux pensées que vous m’avez laissés. Chaque jour, je salue le soleil au lieu de vous saluer.  Par-delà ces hauts murs, je me réveille avec vous, je m’amuse avec vous et je m’endors avec vous. De temps en temps, chaque fibre de mon être brûle de « quelque chose qui ressemble à de la nostalgie. »

 Je voudrais, comme avant, pouvoir rentrer fatigué de ce que nous appelions des voyages dans les champs, épuisé de tout le tumulte, nous débarrasser de la poussière de nos vêtements dans l’eau limpide des sources de notre village. Je voudrais pouvoir épier « le bruit du courant » en nous abandonnant aux caresses des feuilles et des fleurs, faire la classe parmi la symphonie fantastique de la nature et laisser sous une pierre nos livres de maths pleins d’inconnues car, lorsqu’un père ne peut subvenir aux besoins de sa famille, qu’est ce que cela peut faire que Pi soit égal à 3.14 ou à 100.14 ?

Je voudrais pouvoir, comme avant, abandonner  nos cours de sciences, pleins de toutes les transformations chimiques et physiques du mond,e pour pouvoir dire au revoir aux nuages émaillant le ciel, main dans la main avec la brise dans une transmutation d’amour et de miracle. Et nous attendrions impatiemment le changement pour que Kourosh, votre enthousiaste camarade de classe, ne soit pas obligé d’abandonner ses études pour travailler, qu’il ne court pas de haut en bas d’un immeuble pour gagner sa vie et qu’il ne nous abandonne pas. Nous aurions pu attendre ce changement qui nous aurait amener une paire de chaussures neuves, un nouveau costume et une table pleine de sucreries et de gâteries pour le Norouz.

Je voudrais pouvoir, encore une fois, loin d’un directeur sourcilleux, réciter notre alphabet kurde, nous déclamer des poèmes dans notre langue maternelle, chanter, et, nous tenant la main, danser, danser, danser.

Je voudrais pouvoir redevenir le gardien de but des garçons de première année, pour vous permettre de rêver d’être Ronaldo en marquant un but à votre maître, en vous embrassant. Hélas, vous ignorez que dans votre patrie, les rêves et les désirs étaient enfouis sous la poussière du temps, avant que nos portraits n’en soient couverts. Je voudrais pouvoir être l’acteur permanent du spectacle des filles de première année jouant à Amou Zandjir Baf, et je sais que ces filles écriront discrètement dans les marges de leurs journaux intimes dans quelques années « Je voudrais ne pas être née fille. »

Je sais que vous avez grandi, que vous allez vous marier, mais pour moi, vous restez ces anges purs et innocents dont les beaux yeux portent en eux les restes du baiser d’Ahura Mazda. Qui sait ? Peut-être que vous, les anges, si vous n’étiez pas nés dans la douleur et la pauvreté, vous recueilleriez des signatures pour la campagne en faveur du droit des femmes. Et si vous n’étiez pas nés dans ce lieu oublié de Dieu, si à l’âge de 13 ans, les yeux pleins de larmes et de regrets sous le voile blanc virginal, vous ne seriez pas obligées de dire adieu à l’école pour faire l’expérience de toutes les fibres de votre être de « l’histoire amère d’un citoyen de seconde classe. » Filles de la terre d’Ahura, lorsque vous vous embarquerez au sein de Mère Nature pour ramasser des feuilles de menthe pour vos enfants ou confectionner des couronnes florales de violettes, rappelez-vous toute la pureté et la joie de votre enfance.

Fils de la Nature et du Soleil, je sais que vous ne pouvez plus restez avec vos camarades de classe à lire et rire; après « la calamité de la virilité », il vous faut affronter la douleur de gagner sa vie, mais n’oubliez pas vos poèmes, les chants, les rêves et les jeunes filles. Enseignez à vos enfants qu’ils sont les rejetons de « la rime et de la pluie » pour leur pays, aujourd’hui et tous les jours à venir. Je vous abandonne au vent et au soleil, je vous abandonne pour que, dans un futur pas si lointain, vous donniez des leçons d’amour et de sincérité à votre pays.

Votre camarade d’enfance, camarade de jeu et enseignant,
Farzad Kamangar – Prison de Radjaï Shahr Prison, Karadj – Mars 2008

Source: http://www.en-hrana.com/index.php?option=com_content&view=article&id=292:to-the-wind-and-the-sun-i-leave-you&catid=4:article&Itemid=3

dimanche 27 juin 2010

L’état physique terrible d’Issa Saharkhiz à la prison de Radjaï Shahr

Samedi 26 juin 2010. Suivant Kalame, Issa Saharkhiz est dans un état physique terrible à la prison de Radjaï Shahr. Les autorités de la prison ont refusé de le transférer à l’infirmerie et, en dépit de la détérioration de son état, ils ne lui ont fourni que quelques médicaments de base, inappropriés pour son traitement.

Issa Saharkhiz, journaliste emprisonné depuis un an sans procès, souffre d’hypotension artérielle et s’est évanoui pour la deuxième fois ; il a été transféré en soins intensifs à l’hôpital.

Son fils, Mehdi Saharkhiz , a déclaré qu’il ne bénéficiait pas d’un traitement approprié en prison et que l’historique médical de son père à savoir une hypotension artérielle sévère requérait un traitement spécifique et le suivi d’un spécialiste. Mehdi Saharkhiz a ajouté que, bien que le moins que l’on puisse dire des conditions médicales de Radjaï Shahr est qu’elles sont inférieures à la norme, on a malheureusement refusé à son père une permission pour raison médicale pour lui permettre d’être traité.

Mehdi Saharkhiz a souligné que même avant le transfert de son père à Radjaï Shahr, il était très difficile de lui rendre visite. Il a ajouté que ce n’était pas particulier à sa famille et que beaucoup d’autres familles de prisonniers politiques comme celles de Zeydabadi et Bastani étaient contraintes à de longues heures de voyage pour rendre visite à leurs proches emprisonnés ; avec l’application d’un nouveau règlement, les épouses de prisonniers politiques ne pouvant rendre visite à leurs époux qu’une semaine sur deux, il est encore plus difficile pour les familles de voir leurs proches lors de grandes occasions comme la fête des pères.

Mehdi Saharkhiz répète que les prisonniers de Radjaï Shahr sont privés de soins médicaux et ajoute que même si l’état de santé de son père s’est détérioré, les autorités de la prison refusent de le transférer à l’infirmerie et se contentent de lui fournir des médicaments de base.

Source: http://www.kaleme.com/1389/04/05/klm-24092

samedi 26 juin 2010

Parvaneh Ossanlou: La famille de Mansour Ossanlou est sans défense

RAHANA-Mercredi 23 juin 2010 à environ 17h30, Zoya Samadi, la bru de Mansour Ossanlou (Responsable du syndicat des travailleurs de la compagnie des bus de Téhéran et banlieue) quittait son travail pour rentrer chez elle. Zoya Samadi a été brutalement accostée par des agents du ministère du renseignement à la station de métro Tarasht alors qu’elle descendait d’une rame pour permettre à d’autres voyageurs de la quitter.



Les agents du ministère du renseignement en civil, à la vue de tous, ont arraché le foulard de Madame Samadi et ont commencé à la battre et à la tirer par les cheveux.



Après son arrestation, Zoya Samadi a été emmenée dans un endroit inconnu durant quatre heures. Sous la torture, les agents lui ont dit : « Il vous faut garantir que si Ossanlou est libéré de prison, il ne restera pas en Iran et qu’il cessera toute activité. »Il est nécessaire de mentionner que ces derniers jours, il a été fait allusion à une grâce possible pour Mansour Ossanlou et sa libération de prison imminente. Nous avons parlé à Parvaneh Ossanlou, son épouse, de l’éventualité de la libération de son mari et de la récente arrestation de sa bru.



« Mercredi après-midi alors que Zoya revenait du travail, elle a été attaquée par des agents du ministère du renseignement à la station de métro Tarasht. Ils ont commencé à la frapper dès son arrestation. Elle a été menottée, les yeux bandés et a été emmenée dans un endroit indéterminé.»«Lors de son arrestation, Zoya Samadi tenta de crier pour demander de l’aide, mais en vain car les agents ont agi très rapidement et n’ont permis à personne d’intervenir. Puis ils l’ont transférée dans un endroit qu’elle ne peut pas identifier à cause de ses yeux bandés..» «La brutalité des coups portés à Madame Samadi ont laissé des traces bien visible sur son corps. Elle est actuellement en état de choc : saignements de nez, nausées et mal de dos ne sont que quelques unes des complications dont elle souffre, suite à ce brutal passage à tabac..»«Je ne sais absolument pas pourquoi ils ont fait une chose pareille. Ma bru n’a rien fait de mal et le fait que Monsieur Ossanlou soit en prison n’a aucun rapport avec elle. Mon mari n’a vu Zoya qu’une fois, le soir de ses fiançailles avec notre fils. Je me sens honteuse et humiliée devant ma bru et sa famille. Qu’a-t-elle fait pour mériter un tel traitement ? Ils l’ont arrêtée et battue constamment pendant trois à quatre heures. Puis ils l’ont laissée, blessée sous le pont de Seyyed Khandan. »






Quand elle a appris cet incident, la famille Ossanlou s’est précipitée à l’aide de Zoya Samadi et l’a emmenée à l’hôpital où elle a été traitée toute la nuit. Les agents du renseignement l’avaient avertie : « Vous ne devez pas informer qui que ce soit de cet incident ni déposer quelque plainte que ce soit. »



« Qu’est ce que c’est que cette conduite ? Pourquoi ne demandent-ils pas à Monsieur Ossanlou lui-même des garanties qu’il quittera le pays et cessera toutes ses activités ? Comment sa bru pourrait-elle donner des garanties pour lui ? Monsieur Ossanlou sait parfaitement ce qu’il doit faire et ne pas faire. Ils pensent qu’en mettant la pression sur mon mari, ils pourront le changer en quelqu’un d’autre. Il a déjà supporté des épreuves extrêmes dans les pires circonstances. Pourquoi ne laissent-ils pas sa famille tranquille ?» 
« Ils ont retiré le foulard d’une femme innocente qui leur est étrangère [référence à la loi islamique qui veut qu’une femme se couvre les cheveux devant des hommes qui ne sont pas de sa famille] et le lui ont mis autour du cou pour l’étouffer. Ils l’ont menacée, si elle parlait, de la tuer et bien plus. C’est cela l’islam ? C’est cela la loi ? Notre pays n’a-t-il pas de lois ? Qui sont ces individus ? D’où viennent-ils ? Comment osent-ils commettre de tels crimes en plein jour ? »



If faut rappeler qu’il y a quelques jours, l’organisation internationale du travail (OIT) mentionnait dans son rapport annuel sur la justice iranienne que la république islamique avait accepté d’accorder une grâce à Mansour Ossanlou, le responsable emprisonné du syndicat des travailleurs de la compagnie de bus de Téhéran et sa banlieue.



Cette nouvelle de l’OIT a conduit au kidnapping et à la torture de la bru d’Ossanlou. « Nous avions entendu parler de cette nouvelle. Cependant ni nous ni Monsieur Ossanlou n’avons été informés directement. Jusqu’à présent, la seule chose qu’ils aient faite c’est d’informer ma bru qu’ils avaient l’intention de libérer mon mari et que s’ils le faisaient, elle devait promettre qu’il quitterait l’Iran et cesserait toutes ses activités.»



«Les activités de Monsieur Ossanlou ne regardent personne. Qu’est ce que c’est que cette liberté ? Que vaut la liberté assortie de ce genre de menaces et de conduite ? Si c’est le cas, nous ne voulons pas qu’il soit libéré. Ce n’est pas la liberté. C’est encore une autre forme d’emprisonnement. Pourquoi devrions-nous quitter notre pays de force ? Même si nous sommes privés de toute sorte de sécurité, l’Iran est encore notre pays. Nous sentons l’insécurité et la menace dans notre vie quotidienne, même quand nous quittons la maison pour aller faire les courses. »



Mansour Ossanlou en est à sa quatrième année à la section 3, quartier 8 de la prison de Radjaï Shahr. « Nous avons supporté quatre ans. Quand Monsieur Ossanlou a appris l’incident, il en a été profondément affecté. Il a été condamné à cinq ans, il n’en reste qu’un. Nous ne voulons pas de ce genre de liberté. Ce n’est pas la liberté. Si nécessaire, nous attendrons une année de plus pour qu’il soit libéré de prison. Ils ont apporté tellement de souffrances à notre famille. Nous avons tout supporté docilement sans un mot. Ce n’est pas suffisant ? Ils l’ont incarcéré. Ils l’ont licencié. Combien d’injustice peut-on infliger à une seule personne ? Dans ce pays, est-ce qu’en dehors d’eux quelqu’un d’autre a des droits ?.»«J’en appelle à toutes les organisations internationales de défense des droits humains et à quiconque s’intéresse qux innocents et à leurs droits humains de base ; qu’ils fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour nous aider. Ici, nous sommes sans défense. Ils ont nui à notre famille et continuent de le faire..»


Mansour Ossanlou, responsable du syndicat des travailleurs de la compagnie des bus de Téhéran et de sa banlieue a été arrêté une première fois en janvier 2006, il a alors passé 8 mois en prison. Il a été arrêté de nouveau en novembre 2006 et relâché un mois plus tard sous caution. A l’été 2007, Ossanlou a assisté à une réunion annuelle de la fédération internationale des travailleurs des transports à Londres et il y a pris la parole. Il a été arrêté une troisième fois le 10 juillet 2007 à son retour en Iran. Lors de son arrestation, il a été attaqué par les agents du ministère du renseignement dans la rue et d’abord emmené à la prison d’Evine. Ossanlou a été plus tard transféré à la prison de Radjaï Shahr où il se trouve toujours.





Source: RAHANA: http://www.rhairan.in/archives/17469





dimanche 30 mai 2010

Mohsen Peykvand: Crime contre l'Humanité à Rajaï-Shahr

Human Rights Activitis News Agency

Document – Vidéo d’un prisonnier torturé à la prison de Rajaï-Shahr de Karaj (Iran)


La prison de Rajaï-Shahr de la ville de Karaj (50 km de Téhéran) est l’une des prisons les plus dangereuses d'Iran. Rajaï-Shahr est devenu un lieu de détention pour plus de 70 prisonniers politiques. En raison des comportements arbitraires des responsables de cette prison, de très graves violations des droits de l’homme y ont été commises : torture, viol, meurtre, etc. 

HRANA, l’organe d’information du groupement des militants des droits de l’homme en Iran, a décidé de publier un nouveau document vidéo dans le cadre de la publication des preuves concernant le comportement barbare des responsables de cette prison. 

Cette vidéo a été enregistrée à la prison de Rajaï-Shahr. Elle a été transmise à l’extérieur par un moyen dont l’agence ne publie pas les détails pour des raisons de sécurité. Cette vidéo fournit des informations sur les actes de torture et les violences inhumaines subis par plusieurs prisonniers.

Ces documents, ainsi que la vidéo publiée par l’agence hier révélant le témoignage d’un prisonnier ayant été violé et torturé, ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres démontrant la situation catastrophique des prisonniers dans ce lieu de détention et le manque total d’intérêt des responsables de cette prison et du pouvoir judiciaire iranien à l’égard de cette situation. [Lire aussi sur ce blog: Bahram Tasviri Khiabani]

Concernant la direction de cette prison, il convient d'ajouter les points suivants : 
- L’ancien directeur (M. Sh.) a été jugé coupable et arrêté en 2003 pour un trafic de filles iraniennes vers les pays du golfe persique (cette personne purge actuellement « sa peine » en étant le responsable des paramilitaire basijis de cette même prison).
- L’ancien responsable de sécurité (R. Khademi) a été exilé ailleurs pour avoir harcelé des prisonnières de cette prison.
- Le médecin et d’autres responsables de sections ont été arrêtés ces 18 derniers mois pour des violences commises et trafic de drogue.   

De très nombreux détenus de cette prison, à l’image des témoins qui apparaissent dans ces vidéos, ont à plusieurs reprises réclamé le soutien des associations de défense des droits de l’homme pour leur sécurité et leur vie. Ils ont espoir que, grâce à leurs révélations et malgré l’énorme risque encouru pour leur vie, les responsables de cette prison changeront de comportement et que les droits les plus élémentaires des prisonniers seront respectés.   




Transcription de cette vidéo
Ici c'est la prison de Rajaï-Shahr, section #1, salle #1, le 1er Khordad 1389 (22 Mai 2010). Nous sommes auprès de Monsieur Mohsen Peykvand.  Aujourd’hui, Hassan Akharian, directeur de la prison, a violemment frappé Moshen et quelques autres prisonniers. Il a brisé la main de Mohsen. Lorsqu’il a été transféré à l’infirmerie, le Docteur Rajavi, responsable de l’infirmerie, a demandé son hospitalisation mais Hassan Akharian (et Amini [?]) se sont opposés à l’hospitalisation de Mohsen et d'autres prisonniers. Hassan Akharian est devenu un énorme problème pour les prisonniers ici. Il a ouvert une salle de torture. Il a fait interdire les visites de façon arbitraire. Il est drogué et se comporte comme un fou. Bref, il a beaucoup aggravé la situation dans cette prison. Monsieur Mohsen Peykvand va lui-même vous l’expliquer.

  • Mohsen : qu’est-ce que je dois dire ?
  • Raconte ce qui s’est passé.
  • Mohsen : sur un malentendu, ils m’ont emmené au studio [cellule d'isolement, voir plus bas], ils m’ont menotté et bandé les yeux, avec Monsieur Saman Mohammadi. J’étais avec quelques autres. Ils sont partis dans la salle. Il nous a retenu tous les deux. Il l’a fait de son propre chef. Il s’est mis à nous frapper. On a demandé : "pourquoi sur un malentendu, sans bagarre et sans rien du tout?" Il m'a bandé les yeux et m’a frappé. Je ne peux plus bouger les mains et les pieds. J’ai perdu conscience. On m’a emmené à l’infirmerie. Là-bas, Monsieur Rajavi le responsable de l’infirmerie, a demandé que je sois hospitalisé. Monsieur Akharian et Monsieur Amin [ont] envoyé le gardien pasdar [gardien de la révolution] de la section pour dire que ce n’était pas possible, qu’ils n’étaient pas d’accord. Ils ont dit qu'ils prenaient la responsabilité de ne pas nous hospitaliser. On n’a aucune garantie pour nos vies. 
  • Vous pouvez porter plainte contre Monsieur Akharian ?
  • Oui
  • Vous l’avez déjà fait ? Il y a eu une suite ?
  • Non
[Mohsen ne parlera plus dans la suite de cette vidéo. D’autres prisonniers (au moins 2 ou 3 autres), apparemment regroupés autour de Mohsen et du principal intervenant, témoignent]
  • Est-ce que quelqu’un d’autre veut dire autre chose ?
  • [inaudible]
  • … tu ne veux pas dire quelque chose ?
  • Non, je n’ai rien à dire
  • Dans cette prison, il n’y pas que ce cas. Tout le monde est dans la même situation. Personne ne se donne la peine de s’occuper de cette situation. Les gardiens introduisent des drogues dans la prison et tout le monde s’en fout. Tout le monde souffre dans cette prison. Les tortures auxquelles on est soumis, là vous avez vu l’un des meilleurs cas. 
  • Ses 2 bras sont cassés et il a été frappé et tu dis que c’est un bon cas ?
  • Oui, c’est un des meilleurs cas
  • Bahram Tasviri a été frappé dans « le studio » (?) [nom utilisé pour les cellules d’isolement ? voir plus bas], ils lui ont brisé les deux pieds, la main. Il est dans un sale état. Sa famille a porté plainte. Sans aucune suite. 
  • Saman Mohammadi [un autre prisonnier semble vouloir indiquer le cas de Saman Mohammadi évoqué aussi par Mohsen Peykvand]
  • Comment sont les cellules d’isolement, qui sont appelées « les studios » ?
  • C’est affreux. Pas de douche. On ne peut aller aux toilettes que deux fois par jour. Ils gardent [les prisonniers] là-bas sans [date ?].
  • Dis lui que les soirs on entend ces cris… [inaudible]
  • Ici, dans la salle 2, entendre les bruits de torture et les cris des prisonniers c’est devenu quelque chose de normal pour nous. Deux mètres au-dessus de notre tête, ce sont les cellules d’isolement de la première section. Je ne sais pas s’il y a une instance responsable pour surveiller cette situation ?
  • Non, ils disent qu’ils ont les pleins pouvoirs, ils disent frapper.
  • Oui [Hassan] Akharian [le directeur de la prison] lui-même m’a dit qu’Ali Haj-Kazem lui a donné les pleins pouvoirs. 
  • Quelques agents ont été payés pour venir nous frapper dans notre sommeil, nous ont arrosé d’eau bouillante. Et personne n’a donné suite. 
  • Monsieur Akharian dit que comme il est un [agent des Renseignements], personne n’ose lui dire quoique ce soit dans cette prison. 
  • [conversations inaudibles]
  • Fin 












Source : Human Rights Activitis News Agency

samedi 29 mai 2010

Bahram Tasviri Khiabani: Torturé et violé pour avoir protesté dans la section « niche » de la prison (Rajaï-Shahr)

Saeed Valadbaygi 
28 mai 2010

Bahram Tasviri Khiabani
Prison Rajaï-Shahr (Karaj)

Téhéran, le 28 mai – les détenus d’un bloc cellulaire de Karadj surnommé « la niche » sont harcelés et torturés, leurs mains, leurs pieds et quelquefois leurs mâchoires brisés par le traitement brutal du responsable du bloc où ils sont envoyés pour avoir protesté a appris Iran Focus.Saman Mohammadian et Mohsen Bigvand, deux détenus de cette prison de Rajaï-Shahr, sont actuellement à l’infirmerie et plus d’une dizaine sont à l’isolement suivant les militants des droits humains et de la démocratie en Iran.


Un autre parmi les nombreux prisonniers de la niche torturés c’est Bahram Tasviri Khiabani, 30 ans, emprisonné depuis six ans. Il a été mis à l’isolement pendant cinq jours il y a environ six semaines pour avoir protesté contre les insultes que Youssefi, un fonctionnaire de la prison, avait proféré contre sa famille.

Bahram Tasviri Khiabani a demandé à appeler sa famille, mais les gardiens ont refusé. D’après les rapports, le responsable de la niche, Hassan Akharian, a appelé la mère de Tasviri pour lui dire que son fils était mort et qu’ils pouvaient récupérer le corps à l’infirmerie pour l’enterrer. En entendant la nouvelle, la mère de Tasviri a fait un arrêt cardiaque et a du être hospitalisée.

Akharian a alors dit à Tasviri que sa mère était à l’hôpital. Tasviri demanda à appeler sa famille et de nouveau, on lui refusa l’appel téléphonique. Ces cinq jours étaient alors écoulés et il entrait dans le septième. Mais les fonctionnaires de la prison refusèrent de le faire sortir de l’isolement. Il demanda alors à voir le directeur de la prison, mais cette requête fut également refusée. Pour en finir avec cette situation intolérable Tasviri a fini par s’immoler par le feu. Les gardiens ont envahi la cellule, lui ont pulvérisé du poivre dans les yeux et l’ont battu sur la tête et au visage avec des bâtons.

Bahram Tasviri Khiabani a été emmené dans une autre cellule servant de salle de torture alors que son corps était brûlé. Il était entravé et avait les yeux bandés et a été tellement longtemps torturé avec des bâtons qu’il a eu les mains et les pieds cassés. Puis il a été déshabillé et sodomisé avec des bâtons par Mirza Aqayi, l’officier de service et deux gardes nommés Youssefi et Shirkhani jusqu’à ce que ce prisonnier sans défense s’évanouisse ; les gardes lui ont aspergé le visage pour le faire revenir à lui puis ont continué la même torture. Toutes les tortures ont été faites sous la direction de Hassan Akharian.

Bahram Tasviri Khiabani a ensuite été ramené dans une cellule individuelle. Il était déshabillé et sans rien pour se couvrir, sur un sol en ciment humidifié par les gardiens. Tasviri est resté ainsi un mois, les mains et les pieds cassés, le corps blessé, meurtri et sanguinolent. Ses pieds s’infectèrent et il finit par tomber dans le coma, les gardiens furent alors obligés de l’emmener à l’infirmerie. L’infirmerie commença par refuser de l’admettre car il était mourant et ils ne voulaient pas en être responsable. A la fin, le Docteur Razavi l’admit, le ramena à la conscience et dit aux fonctionnaires de la prison qu’il avait besoin d’une opération urgente. Mais Akharian refusa et le remit à l’isolement pendant deux jours au bout desquels il put être opéré à cause de la pression exercée par l’infirmerie.

Les parents de Tasviri ont porté plainte pour les crimes commis contre leur fils en prison et Bahram Tasviri Khiabani a également porté plainte auprès de l’inspection pénitentiaire. Un individu nommé Réza Torabian l’a menacé lui disant que, s’il ne retirait pas sa plainte, il devrait en subir les conséquences. Il risque de mourir en prison.

Samedi et dimanche Akharian a recommencé à battre Bahram Tasviri Khiabani devant d’autres prisonniers ave une matraque pour le forcer à retirer sa plainte.

D’autres prisonniers sont dans la même situation et certains sont à l’isolement. Il s’agit de Ahmad Ashkan, Reza Djalaleh, Madjid Afshar, Mohsen Bigvand, Taqi Nazari, Mehdi Sourani (mâchoire fracturée suite à des tortures et cependant à l’isolement), Qeisar Ismaili, Madjid Mahmoudi, Nasser Quchanlou, Hossein Karimi, Hamid Ashki, Shir-Mohammad Mohammadi et Hassan Sharifi, à l’isolement depuis six mois sans raison valable et torturé quotidiennement