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mardi 30 décembre 2014

L’appel d’une fille : libérez mon père des prisons iraniennes – Morteza Nikoubazl – Reuters


On torture psychologiquement mon père qui est emprisonné, tout ça pour avoir écrit sur son blog à propos de la Déclaration Universelle des Droits Humains.

En ce moment, mon père, Mohammad-Reza Pourshadjari, aussi connu sous le nom de Siamak Mehr, est détenu dans la prison de Karadj. Il a été arrêté il y a deux mois à Ourmia et détenu à l’isolement pendant 14 jours par le ministère du renseignement. Il a été soumis à des enquêtes très dures et à des tortures psychologiques. On l’a menacé de mort à plusieurs reprises. Une fois transféré à la prison de Karadj, il a encore passé 15 jours à l’isolement.

Pendant le mois qui a suivi son arrestation, ma famille ne savait pas où mon père avait disparu. Nous étions terrifiés. Mon père attend maintenant son procès pour les soi-disant crimes suivants : actes contraires à la sécurité nationale, propagande contre le système, tentative de quitter le pays illégalement, contacts avec Monsieur Ahmed Shaheed, Rapporteur Spécial de l’ONU sur la Situation des Droits Humains en Iran et contacts avec des organisations et des personnes sionistes.

Mon père est un bloggeur, pas un criminel. En mars, mon père, qui avait eu un arrêt cardiaque, du diabète et des calculs rénaux, a écrit : « quand les agents du renseignement du régime islamique ont envahi mon appartement, ils m’ont battu à mort et m’ont emmené pour m’interroger. J’ai été mis à l’isolement, complètement coupé du monde extérieur, sans même jouir de mes droits fondamentaux de prisonnier. On me menaçait de mort sans arrêt. » On l’a conduit dans une salle, les yeux bandés, le laissant croire qu’il allait être pendu.

« Toutes ces souffrances parce que j’avais essayé de partager les articles 17 et 18 de la Déclaration Universelle des Droits Humains avec mes concitoyens ; tout cela parce que j’avais tenté d’informer mes concitoyens des droits que la Déclaration Universelle des Droits Humains leur octroyait. Mon sort en tant que bloggeur et prisonnier de conscience n’est qu’un exemple des milliers de victimes des violations des droits humains en Iran. »

Ce qui rend sa détention actuelle encore plus déchirante cette fois-ci c’est qu’il vient d’être libéré après avoir purgé quatre ans de prison. Il a été arrêté en septembre 2010 et condamné pour propagande contre l’état, insultes au guide suprême et diffamation de l’islam.

Les jours qui ont suivi l’arrestation de mon père, les fonctionnaires de la sécurité lui ont demandé de me convaincre de revenir en Iran. Ils l’avaient assuré que, si cela se produisait, beaucoup de problèmes seraient résolus. La plupart des questions qu’on lui posait concernaient mon travail et mes activités.

Depuis sa prison, mon père notait qu’il était emprisonné « pour avoir exprimé des critiques et des inquiétudes sur l’injustice et les violations des droits humains et des libertés dans mon pays. » Il pourrissait dans une cellule de 21m² avec 40 codétenus « des meurtriers, des violeurs, des agresseurs d’enfants, des contrebandiers, des voleurs et des patients psychotiques pour la plupart. »

La voix de mon père a été réduite au silence par un régime cruel alors c’est moi qui relaie son message au monde : « le peuple iranien est maintenant pris au piège d’un régime religieux médiéval et extrêmement rétrograde qui n’a aucun respect pour les valeurs que le monde civilisé recherche depuis maintenant quatre siècles. Le régime totalitaire de la république islamique opprime le peuple et pas une seule personne du monde des médias ne peut exprimer son opinion sur la situation du pays et de son peuple… »

Le régime iranien a refusé de communiquer sur mon père en dépite de mes demandes répétées. Mon père et moi avons toujours été très proches. Il a pris soin de moi tout au long de ma vie. Je rêve qu’il soit libre un jour. Il est toujours dans mes pensées.

Source : http://www.thedailybeast.com/articles/2014/12/26/a-daughter-s-plea-free-my-father-from-iran-s-prisons.html

dimanche 28 décembre 2014

Déclaration des militants des droits humains des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr

Nous rendons hommage au 66ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits Humains, alors que nous sommes témoins de violations systématiques des droits humains par les organisations officielles et officieuses du gouvernement de notre pays bien-aimé.

Ces jours-ci, nous commémorons le 16ème mois du mandat de Rouhani qui a su rendre espoir et jouit d’un grand soutien. Durant cette période, nous avons vu quelques efforts du gouvernement pour améliorer la situation dans quelques domaines : le gouvernement s’oppose à la censure du net, soutient le retour d’anciens professeures et étudiants expulsés des universités, projet de charte des droits du citoyen, tentatives d’améliorer les conditions de l’environnement et approbation du projet de libre accès à l’information. Malheureusement, en raison de la structure du pouvoir et de la juridiction de la république islamique, de la concentration du pouvoir entre les mains d’organisations non-élues et qui n’ont pas à répondre de leurs actes, l’augmentation des violations des droits humains est telle que l’on perd espoir de voir une quelconque amélioration sur ce point précis.

Infractions aux procédures et normes d’un procès équitable, augmentation des verdicts lourds et justes, dont la peine de mort, refus de mise en place de certains article du code pénal qui conduiraient à la libération de beaucoup de prisonniers (comme l’article 134), retards dans la mise en place du nouveau code criminel, voilà des violations majeures des droits humains qui sont commises dans le domaine judiciaire. Malheureusement, dans le domaine légal, l’approbation de plusieurs articles, projets de loi et recommandations comme le « soutien au bien et l’interdiction du mal » produisent une violence aggravée, systématique et officielle, et une limitation des libertés sociales par des organisations non-élues et qui n’ont pas à répondre de leurs actes, soutenues par certaines factions du gouvernement. Le rejet de la convention « interdisant toute sorte de discrimination contre les femmes » ainsi que du projet pour prévenir la violence contre les femmes et les enfants ont conduit à plus de discrimination et d’inégalité pour les femmes de ce pays. De plus, il est important de noter l’approbation et le décret d’application d’articles du code pénal islamique (2013) dont les articles 220, 286, 291, 292, 302,303 et 349, par lesquels les juges peuvent condamner à mort des opposants politiques ou de conscience. En se basant sur ces articles, tout citoyen peut commettre un crime sous de piètres prétextes sans en être puni. Et ce ne sont que quelques exemples des violations systématiques des droits humains sous la législature actuelle.

L’exécutif du 11ème gouvernement se bat toujours avec différents problèmes à cause des promesses faites au peuple. Il a échoué à mettre en œuvre certaines parties de la constitution, surtout celles relatives aux droits de la nation à cause de l’approche sécuritaire actuelle du gouvernement envers les problèmes politiques et sécuritaires ; l’incarcération illégale des dirigeants du Mouvement Vert : Mir-Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard et Mehdi Karroubi, une distribution des richesses injuste et inadéquate qui a causé plus de pauvreté et d’inégalité ainsi que l’élargissement du fossé entre les classes de la société. L’absence de sécurité de l’emploi, surtout parmi ceux qui gagnent le moins est aussi un exemple des problèmes évoqués ci-dessus.

Dans le domaine de la sécurité et de l’hygiène, l’injection d’une partie des revenus du pétrole a permis une amélioration temporaire de la santé des citoyens ; cependant, l’hygiène et la santé publique ne sont pas dans un état acceptable et durable et nous faisons face à des maladies largement répandues comme le cancer et les maladies cardiovasculaires et respiratoires.

Il faut aussi souligner l’importance des politiques sociales qui ont fait augmenter la violence à l’intérieur de la société. Par exemple, l’augmentation de la violence et des attaques contre les femmes à Ispahan et à Djahrom qui rendent la société malsaine et dangereuse.

Les manifestations contre le décret visant à « empêcher le mariage des enfants » malgré l’importance du nombre de mariages d’enfants, surtout de petites filles, a suscité beaucoup de questions dans l’opinion publique, surtout chez les militants des droits des enfants.

Dans cette situation, nous sommes incrédules face aux allégations des autorités responsables sur « la situation satisfaisante des droits humains en Iran » et « la transparence nécessaire » sur le sujet.

A propos de ces allégations, nous remarquons aussi l’absence du Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la Situation des Droits Humains en Iran pour la 4ème année consécutive.

Pour conclure, nous exprimons notre inquiétude sur les violations systématiques des droits humains en Iran et les dommages irréparables faits à la société iranienne, nous demandons aux autorités d’œuvrer efficacement dans ce domaine en coopérant avec la société civile, en mettant en œuvre les conventions internationales pour améliorer la situation des droits humains en Iran.

Militants des droits humains et politiques des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr : 
Abdolfattah Soltani – Saïd Madani Ghahfarakhi – Mehdi Khodaï – Keyvan Samimi – Saïd Razavi Faghih

Source : https://hra-news.org/en/statements/declaration-human-rights-activists-evin-rajai-shahr-prison

lundi 15 décembre 2014

Condoléances de Rassoul Badaghi pour le meurtre d’un enseignant


Rassoul Badaghi, enseignant retraité emprisonné à la prison de Radjai Shahr de Karadj, envoie ses condoléances au monde enseignant à l’occasion du meurtre de Mohsen Khashkhashi, un enseignant de Boroudjerd.

Je voudrais exprimer ma peine pour le martyre d’un enseignant dévoué et compétent, Mohsen Khashkhashi, que son nom soit béni, et envoyer mes condoléances à tous ceux qui s’occupent d’éducation et de culture dans ce pays, à la population de Boroudjerd et à tous ceux pour qui la culture est importante dans notre pays.

Pour montrer notre peine profonde et notre sympathie avec la famille de ce martyr du savoir et de la science, nous organisons une commémoration à la prison de Radjai Shahr comme tous mes collègues le 29 novembre 2014 et nous partagerons la douleur de son départ dans nos cœurs affligés en prison.

Dans l’espoir du jour où la source de la violence se tarira grâce à l’unité nationale, la coopération, la communauté de pensée et la camaraderie dans notre pays.

Rassoul Badaghi, le 27 novembre 2014, prison de Gohar-Dasht

Source : https://hra-news.org/en/articles/condolences-letter-rasoul-badaghi-murder-teacher

mercredi 26 mars 2014

Shahrokh Zamani : Il faut interdire l’exécution d’êtres humains.

Laissez-moi pleurer comme un nuage de printemps
Même les pierres pleurent quand elles se séparent d’un ami
(Sa’adi de Shiraz)

Les représailles sont faites pour camoufler et favoriser l’injustice et les détournements de fonds perpétuels de la république islamique.

Rassoul Badaghi et moi-même avons été mis à l’isolement pour avoir protester auprès des autorités quand elles ont fermé la bibliothèque de la section. J’aurais préféré purger plusieurs mois à l’isolement dans d’autres prisons plutôt que de voir et d’entendre ce que j’ai vu et entendu, c’était un réel cauchemar qui m’a attristé et outré.

Le 18 février, j’étais dans ma cellule ; je pensais à ma situation et à la répression à laquelle je devais faire face quand les cris d’un gardien m’ont fait sursauter : « Rassemble des affaires, j’ai ordre de te changer de cellule. »

J’ai pris les deux couvertures que j’avais et j’ai suivi le gardien. Alors que je quittais le corridor, j’ai vu huit jeunes hommes qui y entraient. Leurs yeux brillaient ce qui indiquait leur jeune âge et qu’ils étaient remplis de terreur et d’effroi. Leurs yeux reflétaient la tempête qui leur traversait l’esprit et l’effort par lequel ils tentaient de lier le passé, le présent et le futur de chacun. Une pensée me traversa l’esprit comme une lueur, mon cœur battait la chamade et tout mon corps tremblait.

J’ai demandé au gardien :
« Pourquoi les amène-t-on ici ? »
« Pour exécuter la sentence »

J’ai senti un grand froid et je n’arrivais plus à respirer, ma bouche était amère et une tempête d’horreur et de tristesse assaillait mon cœur. Je ne comprenais pas et mes émotions changeaient d’instant en instant. J’ai tenté avec difficulté d’avaler ma salive et je lui ai demandé : « Vous voulez dire qu’ils vont être exécutés demain matin ? » Dans une horreur totale, j’ai entendu le mot OUI. J’étais atterré mais le gardien continuait : « Nous avons eu beaucoup de travail avec les condamnés à mort ces derniers temps. Il y aura encore des pendaisons demain. »

J’ai été témoin de scènes, de bruits et de mots qui prouvaient l’augmentation des crimes commis par le régime. D’après ce que m’a dit le gardien, on allait pendre plus de gens, en tuer davantage. (De combien de sang ce monstre a-t-il besoin pour survivre ?)

Le gardien a dit : « On ne pouvait pas les garder là, il n’y avait pas assez d’espace, mais il y a 40 autres prisonniers qui vont être exécutés ces deux prochains jours. »

Je ne me souviens plus de ce qu’il a dit après. J’étais perdu dans mes pensées et je n’entendais plus rien. Inconsciemment, je me suis frappé la tête à deux mains et j’ai commencé à pleurer du fond de mon cœur. Je voulais que chaque cellule de mon corps hurle, que chacun des atomes de mon corps se transforme en larme. Les mots et les pensées cheminaient en désordre dans mon esprit à grande vitesse. Honte à nous ! Où en sommes-nous pour que l’on mène quotidiennement notre jeunesse à l’abattoir ? Sur quel mur cogner ma tête lourde et confuse ?

Mes jambes ne me portaient plus. Je me suis jeté dans un coin de la cellule et je me suis assis sur le sol. Je ne sais pas combien de temps cela a duré, je sais seulement que le visage de ces huit jeunes hommes étaient constamment devant mes yeux et j’avais la certitude que l’un d’eux avait séjourné dans cette cellule où je me trouvais, s’était assis sur la même moquette probablement humide des larmes de centaines d’autres. Ou bien peut-être que je marchais tout en pensant. Je n’arrivais pas à imaginer ce à qui il pensait et comment il allait passer ces dernières heures de sa vie. Quelles images lui viendraient à l’esprit ? Son épouse ? Son père ? Sa mère ? Un frère ? Une sœur? Que leur disait-il ? Que leur demandait-il ?

De nouveau, je ne me souviens plus quand le bruit des portes qui s’ouvrent et celui des conversations a augmenté ; j’ai aussitôt entendu les suppliques de ces pauvres hères qui envahissaient tout mon être et m’écorchaient jusqu’aux os. Il était temps d’exécuter la peine. Après des années d’attente entre espoir et déception, après ces dernières heures terribles pour eux, je n’étais qu’un observateur, en dépit des murs, et je comprenais certains aspects de cette relation sanglante entre le gouvernement et ces jeunes hommes victimes d’une situation sociale brutale. Je ne pouvais qu’entendre les ailes de la chouette de la mort planant au-dessus des cellules ; je ne comprenais pas le besoin de ce bain de sang mais je voyais l’ombre de la mort sur tous les murs et tout mon environnement. Il me semblait que j’étais mort depuis des heures. J’ai senti la corde autour de mon cou et j’ai été pendu plusieurs fois cette nuit-là. L’étau autour de ma gorge était si serré que je ne pouvais plus bouger. J’étais collé à la porte dans l’espoir de quelque nouvelle m’apprenant qu’ils allaient échapper à l’exécution. Parmi les supplications et les cris, j’ai aussi entendu d’autres voix. C’était peut-être leurs familles ou celles des plaignants. Je ne peux pas décrire tant d’atrocité et de manque de pitié.
J’aurais voulu pouvoir ! J’aurais voulu emmener les familles des Laridjanis, des juges et des autorités pour remplacer les familles de ces malheureux et leur dire de regarder le massacre, le meurtre perpétré par leurs pères, enfants, frères et sœurs. Les meurtres de jeunes ont augmenté ces derniers 35 ans ; peu importe ce qu’ils ont fait, ils sont le produit de la république islamique. Je voudrais pouvoir leur dire que le monstre auquel ils doivent leur bonheur survit grâce à des meurtres de ce genre, il doit boire davantage de sang jour après jour. Je voudrais leur dire que les aménagements dont ils bénéficient, les objets avec lesquels ils vivent, et toutes les délicieuses nourritures qu’ils avalent sont tâchées de sang et qu’ils continuent d’en bénéficier grâce à ces massacres. Si vous ne vous élevez pas contre ces crimes commis par les membres de votre famille, alors vous êtes complices à un certain degré. 

Je voudrais pouvoir garder des films ou au moins des photos de ces meurtres pour l’histoire, pour les donner à la communauté internationale et aux organisations de défense des droits humains et leur dire que sous la blague nommée « Hassan Rouhani » et les « droits humains islamiques » de pure fiction, les crimes continuent et même augmentent rapidement. Je voudrais pouvoir leur dire comment ils pendent des jeunes, comment ils les abattent pour maintenir en vie des relations sociales réactionnaires en cachant leurs dents sanglantes sous un masque souriant.

Honte à nous tous ! Honte à ceux dont la vie dépend de ces bains de sang ! Honte à tous ceux qui assistant à ce bain de sang et qui ferment les yeux ! Honte à ces chasseurs d’hommes qui vont connaître une mort très dure !

Il faut interdire l’exécution d’êtres humains.

Shahrokh Zamani
Prison de Redjaï Shahr, Karadj, Iran
22 février 2014

Source : http://chzamani.blogspot.fr/2014/03/rajai-shahr-prison-even-death-whimpers.html?utm_content=buffer663b3&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

samedi 3 novembre 2012

Neuf Prisonnières Politiques en Grève de la Faim - Fereshteh Ghazi – 2 novembre 2012


Neuf prisonnières politiques ont entamé une grève de la faim pour protester contre l’attaque des gardes spéciales de la prison d’Evine contre le quartier des prisonnières politiques. Amin Ahmadian, époux de Bahareh Hedayat a confirmé la nouvelle à Rooz et a expliqué : « Mardi après-midi, ils ont emmené les prisonnières politiques dans la cour de la prison pendant qu’ils perquisitionnaient leurs cellules et confisquaient certains objets personnels. La raison de cette perquisition n’est pas encore claire mais il semblerait qu’ils cherchaient un téléphone portable ou un autre moyen de communication. »

Il y a actuellement 37 prisonnières politiques à la prison d’Evine. L’époux de Bahareh Hedayat explique : « Les prisonnières politiques ont subi une fouille au corps menée de façon vexatoire. En conséquence et pour répondre à ce harcèlement, elles ont entamé une grève de la faim. »

Bahareh Hedayat, Jila Baniyaghoub, Mahsa Amrabadi, Hakimeh Shokri, Shiva Nazarahari, Jila Karamzadeh Makvandi, Nazanine Deyhami, Raheleh Zokaï et Nassim Soltan-Beigui sont les neuf prisonnières en grève de la faim.

Le mari de Bahareh Hedayat ajoute : « Bahareh s’est toujours opposée aux grèves de la faim. Elle a même parlé à plusieurs reprises à Nasrine Sotoudeh pour tenter de la convaincre d’arrêter sa grève de la faim mais la situation est maintenant si déchirante et ignoble qu’elle a été contrainte de faire la grève de la faim. Nous n’aurons pas d’autre information jusqu’à notre prochaine visite dimanche»

Nasrine Sotoudeh est en grève de la faim depuis deux semaines pour protester contre les pressions faites à sa famille. Son mari, Reza Khandan, a dit à Rooz que l’état de son épouse est très inquiétant et qu’elle avait été transférée au dispensaire d’Evine à plusieurs reprises.

Amin Ahmadian ajoute : « Hier matin, on a menacé Madame Sotoudeh de lui interdire les visites de sa famille si elle n’arrêtait pas sa grève, et de la condamner à une peine de trois semaines à l’isolement pour la punir. On a également menacé les neuf autres prisonnières de les transférer à l’isolement si elles n’arrêtaient pas leur grève.»

Jila Baniyaghoub, Mahsa Amrabadi et Faran Hessami ne voient pas leurs droits à recevoir la visite de leurs familles honorés par les autorités de la prison : leurs époux, Bahman Ahmadi-Amouï, Massoud Bastani et Kamran Rahimian sont aussi incarcérés mais à la prison de Radjaï Shahr.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2012/november/02/article/nine-female-political-prisoners-on-hunger-strike.html

dimanche 22 juillet 2012

Lettre de Shabnam Madadzadeh


Au nom de Dieu

Ce n'est hélas pas une feuille qui se fane, c'est une forêt que l'on change en désert.

Aux amis et compagnons qui savent ce que c’est que souffrir, à tous les cœurs battants pour les êtres humains, pour l’humanité et pour toutes les valeurs, au-delà des frontières géographiques.

Je parle en tant que témoin, témoin des jours terribles d’une ville où la mort a déposé le poids de son manteau sur un mur, un endroit où l’on ne peut plus respirer. Les noirs donjons aux hauts plafonds, sans fenêtres, sans lumière du jour, deux cents femmes par cellule, surpeuplées et bruyantes, les détenues, désespérées et agitées, les bagarres et les mauvaises nouvelles…Je les ai vus, de mes yeux vus : « le massacre de l’humanité, j’en ai été témoin de mes yeux. » Je parle en tant que témoin, témoin des moments incertains, du regard confondu de la mort coulant des yeux des prisonnières et des matraques des unités spéciales pour les calmer.

Je parle en tant que témoin des bagarres pour s’approprier la nourriture et le pain dans un endroit dénommé réfectoire. Tout le jeu des acteurs, les faux-semblants et les décorations n’ont abouti à rien. Ce qu’on servait aux prisonnières en tant que ration alimentaire était si maigre que les prisonnières affamées ramassaient les restes sur les assiettes et bientôt des bagarres éclataient pour les restes de nourriture. Les plateaux et les chaises volaient. Et le sol sale et glissant en faisait glisser et tomber certaines. Un endroit appelé réfectoire mais dénommé par les prisonnières « salle de tabassage ».

Je parle en tant que témoin. J’ai vu leurs gros efforts pour montrer aux familles en visite le revers d’une situation déplorable. La salle que nous traversons avec ses ruines et ses dolines pour atteindre la salle des visites, possède, de l’autre côté du mur, près de l’entrée, des jardins remplis de fleurs, je l’ai remarqué le jour où j’ai été transférée à Evine, pour que les familles, dans cette roselière, se sentent heureuses de voir quelques fleurs et oublient que leurs propres fleurs se fanent à l’intérieur. Hélas !

Le procureur national était présent à Ghartchak le jour-même où l’on nous transférait de nouveau à Evine ; il était venu réfuter tous les rapports dans les médias, tant nationaux qu’étrangers, sur la situation de Ghartchak, ce qui est, en soi, une preuve de la situation déplorable de cette prison. Ils voulaient nier quelque chose. Ce même réfectoire, qui avait été nettoyé de fond en comble pour les caméras, avait un carrelage maculé de sang les jours précédents. Les jours qui ont suivi notre retour à Evine, voilà ce que j’ai entendu des gardes et de ceux qui ont fait l’aller-retour entre Evine et Ghartchak : cet endroit n’est qu’un trou d’enfer, d’après les geôliers eux-mêmes. Qu’y a-t-il d’autre à nier ?

Oui ! Je parle en tant que témoin d’un terrain vague dénommé prison, d’une ville sans signe de vie, où même les plantes arrêtent de croître. Un endroit où j’ai été transférée de temps en temps. J’ai qualifié sa situation de déplorable et inhumaine, non seulement pour moi mais pour toutes les femmes qui y sont incarcérées, quel que soit le mobile de leur incarcération. C’est un camp de la mort, pas une prison. Un endroit de mort lente. Et j’entends encore le bruit de la dignité humaine que l’on écrase jusqu’à la faire expirer. Un an et demi se sont écoulé depuis cette époque mais, de nouveau, je me souviens de ces moments.

Après le transfert de Kobra Banazadeh Amirkhizi, une femme de 60 ans et de Sedigheh Moradi à la prison de Ghartchak mercredi 11 juillet, je me suis de nouveau sentie au milieu de ces femmes, dans les mêmes conditions. Mon  cœur  se serre mais j’ai les mains liées, je ne pourrais rien faire. A l’âge que j’ai et dans mon état physique, il m’était très difficile de supporter cet endroit, alors pour ces deux femmes qui sont malades…Les murs grandissent et les barreaux de métal se referment. Je sens la chaleur de ma respiration sur mon visage. Une sensation inexprimable par des mots. Croyez-moi, je ne peux pas exprimer par des mots cette sensation indescriptible.

Je parle encore en tant que témoin, quelqu’un qui a rencontré Madame Banazadeh il y a plus de deux ans dans la prison de Gohardasht (Radjaï Shahr) et qui a rencontré Sedigheh Moradi à Evine il y a plus de huit mois. Pendant cette période, j’ai été témoin de la dégradation de leur état de santé dans cet horrible endroit, assiégées par des barreaux de métal dans des conditions inhumaines. Témoin de l’opération des yeux ratée de Madame Banazadeh qui lui a fait perdre la vue à cause de l’irresponsabilité des fonctionnaires, témoin de son arthrose au cou et au dos, témoin de son ostéoporose. Il n’y a que deux semaines que Madame Banazadeh était hospitalisée pour passer une angiographie cardiaque. Mercredi, elle s’attendait à passer une échographie cardiaque, pas à être envoyée à Ghartchak. Témoin des problèmes de dos de Sedigheh Moradi, de son arthrose du cou et de la colonne vertébrale et de ses problèmes cardiaques.

Quant à moi, j’ai mis en route une mission de libération ; de ce chemin rempli d’injustice, mon corps a gardé les blessures causées par la persécution, l’exil, le bannissement ; les restrictions font maintenant partie de ma vie. Je crois profondément que nous devons nous comporter comme l’eau d’une rivière, couler sur son lit, quelque dur et difficile qu’il soit, effaçant tous les obstacles, nous frayant un chemin, surgissant et déferlant jusqu’à la mer ; je crois que nous devons mettre fin à la tyrannie, nous devons rester fermes.

Mercredi, j’ai été témoin d’une cruauté éhontée : ils ne se satisfont même pas des verdicts de leurs propres tribunaux injustes et inéquitables. J’ai été témoin qu’à leur bon plaisir, ils ignorent les jugements des tribunaux et se forgent les leurs. A ce moment, j’ai ressenti dans tout mon être que si, au lieu de l’ordre de levée d’écrou d’une camarade de cellule nous apprenions qu’elle était condamnée à mort, nous ne pourrions rien faire.

Compagnons et amis qui partagez la même douleur ! J’ai commencé cette lettre sans préambule car ma plume et mon esprit n’avaient pas la force d’assembler les mots. Une fois de plus, mes mains liées se tendent vers vous, pour que, comme par le passé vous deveniez mes mains pour arracher les voiles et mettre à nu ces jeux de pantins des soi-disant honneurs et dignités des femmes !!! Une fois de plus, je vous crie ma douleur, pour que comme une montagne, vous faisiez écho à ma voix. Je suis dans un endroit où l’on ne peut respirer, alors hurler votre ire tonitruante.

Je demande à toutes les organisations défendant les droits humains et à tous ceux qui, ne serait-ce qu’un instant, se sont souciés de l’humanité, où qu’ils soient dans le monde, de n’épargner aucun effort pour que ces deux femmes sortent de cet obscur endroit.

Shabnam Madadzadeh
14 juillet 2012
Prison d’Evine

samedi 7 juillet 2012

Lettre de Massoud Bastani à son épouse Mahsa Amrabadi


Mahsa, quel est ton rôle, quel est le mien dans le programme d’enrichissement ?

Je suis parti faire la vaisselle dans les 10 dernières minutes du match. C’est mon tour de faire la vaisselle ce soir.
Pour diner, nous avons eu de la soupe de lentilles (adassi) fournie par le gouvernement et nous l’avons enrichie. L’adassi de la prison se compose uniquement de lentilles et d’eau mais nous y ajoutons du concentré de tomate, du poivre et du jus de citron pour la rendre mangeable. Nous devons nous accommoder de ce diner deux fois par semaine.

Il n’y a personne dans la salle de bain ou près de l’évier où nous faisons la vaisselle, tout le monde regarde le championnat d’Europe de football. L’Espagne et l’Italie en sont aux dernières minutes tandis que je fais la vaisselle et je me demande comment je vais commencer la lettre d’anniversaire de Mahsa.

Il me faut écrire une lettre d’amour, des mots qui expriment la douleur immense de la séparation et combien elle me manque. Une lettre qui reflète les moments les plus difficiles de ces jours. Je ne sais même pas pourquoi l’écriture de cette lettre a pris si longtemps. Une lettre qui parle de mon amour derrière ces barreaux et ces murs.

Il faut que j’écrive, il FAUT que j’écrive…

Je t’ai perdu chaque jour mais je te retrouve chaque nuit.
C’est ainsi que j’embellis mes rêves chaque nuit.
Je veux crier, mais, dans ma solitude,
Je murmure aux murs chaque nuit sans aucun problème.
Bonjour, mon épouse chérie,
Ma chère Mahsa, bon anniversaire !

Actuellement, mon seul rôle dans tes anniversaires est peut-être ces lettres qui jouent à « mes murmures nocturnes au mur ». Il semblerait que je me soies habitué à coucher ma douleur et mon angoisse sur une feuille de papier pour la confier ensuite au vent. Alors peut-être, ces écrits sincères peuvent-ils au moins être mon confident et me donner la patience de supporter la douleur profonde que j’éprouve.

Les psychologues appellent syndrome de stress post-traumatique une perturbation causée par de longues périodes de séparation et la recherche montre que cette perturbation est plus largement répandue parmi les soldats, les prisonniers et les survivants de catastrophes naturelles. Le symptôme le plus important en est la déconnexion d'avec ses sentiments intérieurs, l’impossibilité de faire face et les actions répétitives. Ma plus grande peur est que ce syndrome me fasse perdre ce sentiment de me languir de toi. Cette lettre sera peut-être un remède pour aider à apaiser cette douleur. 

Crois-moi, cette lettre d’aujourd’hui contribue à la sensation de nostalgie de l’odeur de ton parfum sur mes vêtements. Te souviens-tu que durant ces trois dernières années, chaque fois que tu sentais m’envoyais des vêtements, tu en imprégnais quelques-uns du parfum que j’allais chercher tous les ans rue Sohrevardi en cadeau d’anniversaire le 2 juillet. Maintenant, ces vêtements ont traversé ces murs épais et ils parfument mon espace privé ici. Je cache mes vêtements sous mon oreiller la nuit pour parfumer mes nuits de tes souvenirs.

Maintenant, le match est terminé et tout le monde regarde dans l’excitation, la remise de la coupe européenne ; je fais toujours la vaisselle. Je devrais écrire une lettre pleine de bonheur pour son anniversaire. Une naissance en été qui me rappelle le printemps, mais je ne peux pas. Ma Dame toujours patiente, je viens de lire dans un livre que la couleur de l’amour est le rouge, celle de la fidélité le bleu et celle de l’espoir le vert. Mais je voudrais que tu m’écrives pour me dire la couleur de la patience, car c’est de la couleur de la patience dont j’ai le plus besoin ces jours-ci.

Tout le monde est surexcité et fête la coupe d’Europe. Mais moi, aujourd’hui, je pense à l’embargo sur le pétrole iranien. Ma chère Mahsa, je ne peux rien écrire d’autre qu’une lettre triste. Les nouvelles de la lettre de Nargues (Mohammadi) depuis sa prison me choquent et j’imagine Ali et Kiani dans la salle des visites. Je me souviens encore des visages innocents des enfants de Nasrine (Sotoudeh) dans les bras de leur mère et de la dernière visite de Bahareh (Hedayat), quand elle s’est abritée dans un parc pour tenir une réunion d’Advare Tahkim Vahdat (association estudiantine). Et maintenant, aux côtés de Bahareh, Nasrine et Nazanine, c’est toi qui éprouves la même douleur dont tu as parlé et écrit. Ma Dame toujours patiente, je ne peux pas écrire sur le bonheur quand Bahman (Amoui) est à l’isolement et quand j’entends parler de la douleur de Jila (son épouse). Il m’est très difficile de me souvenir combien de fois dans ces trois dernières années, j’ai vu tes yeux pleins de larmes de derrière les vitres de la salle de visite de la prison de Radjaï Shahr et je ne peux oublier que ces jours-ci marquent l’anniversaire du deuil de beaucoup de mères ; elles portent toujours le noir de la peine de la perte de leurs êtres aimés.

Cette année, comme en 2009, il te faut passer ton anniversaire en prison, et, comme ces dernières années je suis privé d’être à tes côtés. Mais j’étais au moins heureux de pouvoir te voir de derrière les barreaux et les vitres sales de la salle de visite et te souhaiter un bon anniversaire, mais même cela, on nous l’a retiré. Comment puis-je même écrire quand ils enrichissent l’uranium et que notre rôle dans le programme d’enrichissement se limite à la soupe de lentilles en prison. Les sanctions vont peut-être entrer en application demain et le rôle du peuple en est la difficulté économique que l’on théorise actuellement en tant que résilience économique.

Quelquefois je pense à ce dont tu es coupable. Le respect de tes idéaux comme tu l’as toujours juré ? Te languir de l’amour qui a fleuri dans ton cœur ? Ta fermeté dans l’accomplissement de tes tâches, comme requis par le journalisme professionnel ? Où cela s’arrêtera-t-il ? Tu souviens-tu du jour où tu as dit que tu voulais féliciter, à l’occasion de la journée internationale du journalisme, tous les journalistes emprisonnés, Bahman, Farshad, Mazdak et Nazanine ? J’en ai tremblé et je t’ai parlé d’hésitation. Et tu m’as répondu : « comment pourrais-je me taire ? »

Mahsa, durant toutes ces années, en souvenir de toutes les nuits passées ensemble à regarder la lune, j’ai regardé le ciel de derrière les barreaux des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr, tentant d’apercevoir la lune depuis la petite fenêtre de ma cellule. Maintenant, je ne supporte même plus de regarder le ciel ou la lune.

Quoi qu’il en soit, le désordre de cette lettre reflète mon état d’esprit actuel : l’épuisement. Et pourtant, j’attends encore patiemment l’arrivée du printemps pour que tu m’écrives pour me dire la couleur de la patience.

Bon anniversaire, ma chère épouse.

Source : http://www.kaleme.com/1391/04/14/klm-105362/

dimanche 18 septembre 2011

Lettre de Shabnam Madadzadeh à Ahmad Shahid, Rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Iran


Au nom de Dieu,

Pour la première fois, j’adresse cette lettre en tant qu’une jeune étudiante emprisonnée à Monsieur Ahmad Shahid, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme en Iran.

Shabnam Madadzadeh

Monsieur Ahmad Shahid,

On évoque votre prochain voyage en Iran. Un pays de l'Orient, dans une région dénommée le Moyen-Orient. Une région vers laquelle tous les regards se sont tournés depuis ces dernières années et qui à tout moment s’attend à un nouvel évènement. Mais mon propos ne concerne ni le Moyen-Orient, ni les regards qui s’y sont tournés. Je vous écris au sujet d’un pays de l’Asie du Sud-Ouest et qui s’apparente à un chat sur la carte du monde. Un pays dont vous avez la responsabilité d’évaluer sa situation des droits de l’homme dans le cadre de la récente résolution des Nations Unies. Oui, je m’adresse à vous depuis l’Iran, depuis son cœur qui est la prison d’Evin. Aujourd’hui, il est en effet question dans les journaux et les informations de votre voyage et de votre mission pour la préparation de votre rapport.

Je me demande pour quelle raison, dans un pays où son dirigeant, Monsieur Ahmadinejad, a affirmé à maintes reprises lors des conférences de presse qu’en Iran "il y a la liberté absolue", que l’Iran "est le pays le plus démocratique de la région", quels secrets devraient exister pour justifier que l’on s’oppose aussi vigoureusement à la visite du Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme?! Dans un pays tellement libre (!) que la réponse à toute critique et toute contestation n’est qu’intimidation et menace, où la défense de toute opinion, religion ou croyance différente de celle de ses dirigeants conduit à la détention et à la torture. Un pays en effet libre où l’on confronte des avocats qui ne font que défendre des prisonniers innocents dans des procès mascarades, menottés et condamnés à de lourdes peines de prison, à qui l’on retire le droit d’exercer leur métier. Un vrai "berceau de liberté" où l’intimidation et la peur sont mises en scène lors des exécutions, des corps pendus à des grues sur les places publiques. Il n’y a en effet rien à cacher dans ce pays libre.

Monsieur Ahmad Shahid, que vous soyez conscient ou pas de ces situations, elles constituent la réalité de notre vie. Nous sommes enfermés comme prisonniers de conscience dans un pays où ses dirigeants se disent tous les jours révoltés par l’injustice à l’égard des peuples d’autres pays, parfois très lointains, des dirigeants qui ne cessent de transmettre des messages de soutien à ces peuples, de critiquer les dictateurs d’autres pays tout en leur conseillant d’écouter la voix de leurs peuples. Car ce sont en effet ces peuples qui déterminent le cours de l’Histoire, qui critiquent la répression à l’encontre des étudiants et qui défendent la liberté d’expression et de parole. Dans ces conditions, je leur demande : "Alors moi, qui suis-je ?". Moi qui suis actuellement en prison pour mes croyances, pour mon opinion, ainsi que mes codétenues, des femmes toutes aussi innocentes, d’opinions très différentes, où sommes-nous précisément sur ce puzzle?!! "Pourquoi n’entendez-vous pas NOTRE voix ?!!"

Après beaucoup d’effort pour te faire entendre par tes dirigeants, tu arrives à cette conclusion que leur état d’esprit est « la mort est bien, mais pour le voisin ». C’est dans ces conditions que lorsqu’ils n’entendent pas ta voix, tu veux crier contre l’injustice à ton encontre et tes droits bafoués. Tu cries pour que l’on entende ta voix, même au-delà des frontières. Tu cries pour interpeller les consciences éveillées et les sensibiliser à tes douleurs et souffrances. Ces mots que je vous adresse aujourd’hui sont aussi un cri, sorti d’une montagne de douleur et de souffrance.

Je m’adresse à vous en tant qu’une fille iranienne de 24 ans, étudiante en informatique à l’Institut universitaire de formation des maîtres, en prison depuis le 1er Esfand 1387 (19 Février 2009), en compagnie de mon frère, pour le crime d’avoir réclamé la justice et la liberté, d’avoir défendu l’humanisme et la dignité de l’homme. Une fille qui a vécu l’expérience des prisons du Ministère des Renseignements, de la section 209 et de la section générale de la prison d’Evin, la prison de Rajai-Shahr et la prison de Gharchak à Varamine lors de ces deux ans et demi d’emprisonnement. Je m’adresse à vous en tant qu’une étudiante iranienne. 

Alors que les gens de mon âge dans d’autres pays sont normalement soutenus et guidés par leurs gouvernements sur le chemin de l’épanouissement et du progrès social et scientifique, je suis ici en train de me battre dans cette prison pour le strict minimum de droit humain, pour le droit de penser, le droit d’exprimer mes opinions et même le droit de respirer. Dans un pays vaste et riche, ma seule part des droits civiques est cette cage de prison où je suis contrôlée en permanence par des caméras de surveillance et de la haute technologie pour compter même mes respirations et où mon seul lien avec le monde extérieur est un entretien hebdomadaire de 20 minutes, depuis une cabine, derrière des vitres sales et avec un téléphone. Ma part est ce petit coin étroit d’une cage, sans la possibilité de sortir et de respirer de l’air frais. Lorsque les dirigeants de ce pays prétendent promouvoir les valeurs scientifiques et technologiques, on se demande pourquoi ils emprisonnent ces étudiants, sans considérer les centaines d’étudiants interdits de poursuivre leurs études [par mesure disciplinaire], pour la seule raison d'avoir exprimé leurs opinions. Le plus douloureux est le fait que ces comportements ne se résument pas aux étudiants, mais frappent bien toutes les couches de la société, docteurs, ingénieurs, avocats, ouvriers, professeurs, jeunes, vieux, hommes et femmes.        

Monsieur Ahmad Shahid, lorsque je feuillète le livre de déclaration universelle des Droits de l’Homme, j’ai le cœur plein de regrets et je ne me donnerai même pas la peine de vérifier leur application dans mon pays. Nous sommes en effet au stade où nous devons même nous battre pour prouver que nous sommes des êtres humains et nous rappeler que quelques soient nos croyances et nos opinions, nous devons en permanence subir de telles conditions et payer un tel prix juste pour être considérés comme des êtres humains. Je pourrai peut-être apporter des exemples pour démontrer que les principes exprimés dans chacun des articles de la déclaration universelle des Droits de l’Homme sont bafoués sans exception dans mon pays. Mon frère et moi étions interrogés dans la section 209 de la prison d’Evin, non pas pour notre propre opinion, mais celle des autres membres de notre famille! Dans cette même section 209, j’ai vu des femmes Bahaïs qui étaient arrêtées pour leur croyance. J’ai rencontré des journalistes qui étaient en prison pour avoir témoigné de la situation actuelle. J’ai vécu le procès injuste qui a condamné mon frère et moi à 5 ans de prison avec une peine d’éloignement dans une prison redoutable. J’ai vécu l’exil dans cette prison considérée comme l’une des pires de l’Iran. 

Oui Monsieur Shahid, notre histoire de souffrance est bien longue et je ne peux que vous en raconter qu’une petite partie. J’ai vécu en prison au milieu de droguées, d’assassins, de contrebandiers et de prostituées qui étaient toutes des victimes du pouvoir injuste et totalitaire de ce pays et ceci depuis l’âge de 21 ans. J’ai vécu les pires des conditions. Les conditions effroyables de détention dans la prison de Rajai-Shahr, où l’on disposait de deux simples lavabos et de deux douches pour 200 prisonnières, pour juste vous donner un aperçu de notre situation dramatique. J’ai vu tant de souffrances et de blessures profondes infligées à ce peuple meurtri. J’ai côtoyé ce peuple, j’ai partagé ses souffrances, j’ai pleuré sa solitude et son manque de protection. Ce serait vraiment bien que vous puissiez voir ces réalités de près, que vous voyiez vous-même que dans la prison de Gharchak, ce ne sont pas juste les droits élémentaires des prisonniers qui sont bafoués, mais aussi leurs droits humains. Il faut que vous voyiez par vous-même que ces pauvres femmes sans protection sont entassées dans un endroit qui est très loin des standards habituels d’une prison. Après avoir été exilée à la prison de Rajai-Shahr, transférée à la prison de Gharchak, je me trouve à nouveau actuellement à la prison d’Evin. Je passe mes journées noires de détention ici en compagnie de 32 codétenues innocentes, sans aucun moyen de communication, sous très haute surveillance et dans un endroit qui, de l’aveu même des responsables de cette prison, n’est même pas appelé une "section".

Monsieur Shahid, j’ignore ce qu’ils vont me faire après l’écriture de cette lettre. A Rajai-Shahr, pour avoir informé ma famille de ma situation critique, j’ai été interdite de visite et de téléphone pour une durée de 4 mois à partir du 14 Octobre 2010. Mon frère, Farzad Madadzadeh et trois de ses amis, Saleh Kohandel, Behrouz Javid-Tehrani et Pirouz Mansouri ont été transférés de Rajai-Shahr à la section 240 (sécurité) de la prison d’Evin depuis deux mois. Nous n’avons absolument aucune nouvelle d’eux. Nous avons vécu toutes ces expériences douloureuses au prix de notre jeunesse sacrifiée. A l’heure où vous êtes missionné de voir ces injustices de près, il est à espérer que vous consacrerez votre temps précieux à voir et à alerter le monde entier grâce à votre intelligence et votre conscience éveillée.

Monsieur Shahid, il y a tant de choses à dire, mais ceci a été un court aperçu de nos douleurs et souffrances sans fin. Votre mission a créé une lueur d’espoir dans nos cœurs de prisonniers et ceux du peuple meurtri d’Iran de voir votre rapport et votre témoignage auprès des nations signataires de la charte internationale des droits de l'homme améliorer la situation actuelle en Iran. Cette peur existe aussi de voir cette opportunité noyée, comme tant d’autres, dans des jeux politiques. Tous les regards sont à présent tournés vers vous. Ne laissez pas que cela se produise. 

Shabnam Madadzadeh
Prison d’Evin
Août 2011 (Shahrivar 1390)

Source (Persan): DaneshjooNews

Prison de Gharchak, lire aussi ici et ici et ici

vendredi 29 avril 2011

Grève de la faim à Radjaï-Shahr


Les prisonniers politiques de la prison de Radjaï Shahr entrent dans leur deuxième semaine de grève de la faim.

Lundi 25 avril 2011 - Daneshjoo News rapporte que la grève de la faim menée par un certain nombre de prisonniers politiques de la prison de Radjaï Shahr pour protester contre le régime autoritaire et la situation terrible de la prison, vient d’entrer dans sa deuxième semaine ; les prisonniers annoncent qu’ils ont l’intention de continuer leur manifestation pacifique « Non à la dictature ».

La semaine dernière, dans une lettre ouverte au secrétaire general de l’ONU Ban Ki Moon, les prisonniers de Rajaï Shahr répètent leur intention de continuer à manifester en prison et en appellent au secrétaire général de l’ONU pour qu’il envoie un rapporteur spécial en Iran pour inspecter la situation des prisonniers et enquêter sur les violations des droits humains. Extrait de cette lettre : 

« Suite à l’expérience acquise lors de la grève de la faim du dimanche10 avril, nous soussignés, prisonniers politiques et militants civiques et politiques, avons décidé de faire la grève de la faim une journée le dimanche 17 avril pour la première semaine, deux jours lors de la seconde semaine, dimanche 24 avril et lundi 25 avril et trois jours lors de la troisième semaine dimanche 1er mai, lundi 2 mai et mardi 3 mai en l’honneur des journées internationales des travailleurs, des enseignants et de la liberté de la presse, en solidarité avec les travailleurs, les enseignants et les journalistes, et pour protester contre l’oppression et toutes les pressions dont ils sont l’objet. »

Les prisonniers politiques de Radjaï-Shahr sont dans une situation terrible et continuent à être privés d’appels téléphoniques. « Si le régime actuel n’arrête pas son autoritarisme et continue de refuser la mise en œuvre des dispositions légales basées sur la Déclaration Universelle des Droits Humains, ce mouvement de protestation reprendra le dimanche 22 mai sous la forme d’une grève de la faim illimitée, jusqu’à ce que nos exigences soient entendues. »

Mansour Ossanlou, dirigeant syndicaliste, Rassoul Badaghi de l’association des enseignants, Madjid Tavakoli, militant étudiant, Issa Saharkhiz, journaliste, Heshmatollah Tabarzadi, Keyvan Samimi et Mehdi Mahmoudian, trois militants politiques sont parmi les signataires de la lettre au Secrétaire Général de l’ONU.

Source: Daneshjoo News - http://www.daneshjoonews.com/news/humanrights/6996-1390-02-05-15-31-55.html

mercredi 23 mars 2011

Interview de la mère de Madjid Tavakoli par Jaras – 17 Mars 2010


Madame Tavakoli quand avez-vous eu des nouvelle de votre fils pour la dernière fois ? 

Je n’ai aucune nouvelle de mon fils depuis janvier dernier. Il n’a même pas eu le droit d’appeler. Son père et moi sommes malades. Le voyage vers la prison de Radjaï Shahr est long et nous ne pouvons pas aller le voir. Nous n’avons aucune nouvelle de son état physique et psychologique depuis septembre, quand son frère lui a rendu visite.

Les autorités savent-elles que vous et votre mari êtes malades ?

Oui, elles savent que nous sommes malades et incapables d’effectuer un voyage de dix-sept heures.

Les autorités vous ont-elles expliqué la raison de l’interdiction des conversations téléphoniques ou du refus de permission ?

Mi-janvier, on nous a expliqué que Madjid n’avait plus accès au téléphone. J’en suis très affligée. J’ai contacté la prison plusieurs fois mais on m’a dit que les téléphones étaient débranchés et que personne ne répondait. Je les ai suppliés plusieurs fois et je leur ai expliqué que notre état physique ne nous permettait pas de voyager. Je leur ai demandé qu’au moins je puisse entendre la voix de mon fils, ne serait-ce que quelques minutes. Mais on a refusé de répondre à une mère inquiète et au cœur lourd. Que dire ? Je suis une mère et je me languis de voir mon fils.

Avez-vous bon espoir d’avoir votre fils à vos côtés pour le nouvel an persan (Norouz) ?


Nous espérons mieux qu’une permission pour notre fils. Nous attendons sa libération totale. Mais s’il n’est pas libéré, qu’on lui donne au moins une permission pour passer Norouz en famille.

En tant que mère privée de la vue de son fils et du son de sa voix depuis des mois, que diriez-vous aux autorités judiciaires ?

Pour des parents malades privés de la vue de leur fils depuis 16 mois, demander qu’on lui accorde un permission n’est pas trop. Nous ne sommes pas seuls dans cette demande. Toutes les familles des prisonniers politiques aimeraient voir ceux qu’ils aiment en famille pour Norouz. J’espère qu’ils seront tous libérés pour mettre fin à cette situation difficile. J’espère qu’ils libèrent nos cœurs de cette tristesse. Si l’un des responsables entend ma voix, comme le père de Madjid et moi sommes malades, je lui demande d’au moins lui permettre et nous rendre visite à la maison. C’est un droit pour les prisonniers politiques et leurs familles. Je voudrais pouvoir expliquer la souffrance de mon cœur pour que l’on comprenne ce que nous traversons. Je pleure jour et nuit. Madjid me manque terriblement. Norouz approche. Tout le monde est heureux et satisfait. Mais d’un autre côté, notre maison est pleine de tristesse, de nostalgie et de souci. L’année dernière non plus, Madjid ‘était pas avec nous. Nous ne nous sommes pas occupés de préparer les Haft Sin ni de fêter le nouvel an. Je me contentais de fixer la photo de Madjid et de pleurer. Je suis restée près du téléphone dans l’espoir d’entendre la voix de Madjid mais le téléphone n’a pas sonné et je n’ai pas eu l’occasion d’entendre la voix de mon fils. Vous ne pouvez pas imager combien il est difficile d’attendre, surtout pour une mère dont les yeux sont fixés sur la porte et dont les oreilles attendent la sonnerie du téléphone. Les jours et les nuits s’écoulent et nous continuons d’attendre. Je demande à quiconque entend mes paroles de faire un acte de compassion et de permettre à Madjid de rendre visite à ses père et mère malades. Je demande à Dieu d’accorder le bonheur aux familles des prisonniers politiques ainsi qu’à ceux qu’ils aiment et qui sont détenus.

Nous vous remercions de nous avoir accordé la possibilité de vous parler et espérons le jour où tous les détenus que nous aimons seront libres.

Source: Jaras http://www.rahesabz.net/story/34069/

samedi 5 février 2011

Profil de prisonniers - Ahmad Zeidabadi


Ahmad Zeidabadi, journaliste et analyste politique, est né en 1966 dans la ville de Sirdjan. Il était secrétaire général de l’organisation étudiante Tahkim-e-Vahdat (Bureau pour la Consolidation de l’Unité) et membre du bureau de l’Association des Journalistes Iraniens. Zeidabadi a passé son diplôme de troisième cycle à l’université de Téhéran en relations internationales. C’est un expert des relations avec Israël et sa thèse a porté sur « La religion et le gouvernement en Israël ».

Ahmad Zeidabadi a commencé sa carrière de journaliste en 1989 au journal « Ettelaat ». Après le 23 mai, il a commencé à collaboré avec plusieurs journalistes réformistes dont « Hamshahri ». De 2007 à 2008, il a commencé à travailler pour l’hebdomadaire « Shahrvand-e-Emrooz » (citoyen d’aujourd’hui). Zeidabadi a été sunommé « honorable literati » en tant que rédacteur en chef du journal « Azad » publié en 1999.

Détention

Ahmad Zeidabadi a été arrêté une première fois le 13 juin durant la vague d’arrestations qui a suivi les 10èmes élections présidentielles ; il a été transféré qu bloc « 2A » d’Evine tenu par l’IRGC et qui n’est pas sous la juridiction de l’organisation des prisons. Lors d’une visite de son épouse environ 2 mois après son arrestation, Zeidabadi l’a informé qu’il avait passé les 17 premiers jours de son incarcération dans un lieu qui ressemblait à une tombe et qu’il était soumis à de grandes pressions pour s’engager à ne plus jamis avoir d’activités politiques ou journalistiques.

Le 31 août, il a de nouveau pu rencontrer son épouse à l’occasion de son anniversaire. Son épouse, Malihe Mohammadi a fait la déclaration suivante après la visite : « Zeidabadi était très troublé et confus ; il a parlé à plusieurs reprises de son incapacité à analyser. » Il faut préciser que Zeidabadi était toujours à l’isolement au bloc 2A d’Evine.

Le tribunal fixa la caution à $250.000 le 3 octobre, mais le procureur s’opposa à sa libération bien que la caution ait été déposée par la famille. Les autorités de la prison s’opposèrent de nouveau à une visite de sa famille le 6 octobre. Il finit par rencontrer son épouse 25 jours plus tard et déclara : « Je suis toujours à l’isolement. »

Le 1er novembre, on menaça son épouse d’arrestations. Durant une visite, elle comprit que les autorités de la prison avaient dit à Zeidabadi : « Si votre épouse continue à donner des interviews et à parler des accusations qui pèsent contre vous ou de votre situation en prison, elle aussi sera arrêtée. »

Accusations et Verdict

Ahmad Zeidabadi a été jugé et condamné par la 26ème chambre du tribunal révolutionnaire présidée par le juge Pir Abassi. Il était accusé entre autres de « propagande contre le régime » et de « conspiration pour troubler l’ordre public ». Le gouvernement mentionna les efforts de Zeidabadi pour tenter de convaincre Abdollah Nouri, ministre de l’intérieur sous la présidence Khatami, de se présenter aux élections présidentielles de 2009 comme preuve de sa conspiration aux troubles de l’ordre public. Le 23 novembre au matin, Zeidabadi a été condamné à 6 ans de prison, 5 ans d’exil et une interdiction à vie d’activités politiques et sociales. Ahmad Zeidabadi a obtenu le prix « Plume d’Or de la Liberté » en décembre 2010.

Le 2 janvier 2010, la cour d’appel a confirmé le verdict de 6 ans de prison et de 5 ans d’exil à Gonabad.

Suivi

Le 1er février 2010, Ahmad Zeidabadi a été transféré à la prison de Radjaï Shahr, célèbre pour abriter des criminels dangereux comme les kidnappeurs, les meurtriers et des trafiquants de drogue. L’avocat de Zeidabadi, Mohammad Sharifnia, a objecté à cette décision et l’a déclarée illégale.

Le 12 avril 2010, la situation de Zeidabadi s’est considérablement détériorée. Deux de ses codétenus étaient des assassins condamnés et un autre un trafiquant de drogue. Le 17 avril, son épouse a décrit sa situation ainsi : « Nous avons droit à une visite en cabine une fois toutes les quinzaines de 10 minutes, après avoir fait le long et difficile voyage de Téhéran à Karadj, juste pour voir comment il va. »

Le 30 mai, Zeidabadi a été transféré du bloc 6 au bloc 2 pour avoir protester contre le traitement inhumain affligé à un autre prisonnier politique Rassoul Badaghi. Le 10 juin, son avocat a annoncé qu’il n’avait pas obtenu de libération conditionnelle après un an d’emprisonnement.

Zeidabadi est toujours à Radjaï Shahr.

Source: http://www.rahana.org/prisoners-en/?p=1318

samedi 8 janvier 2011

Interview de la mère de Madjid Tavakoli

Vendredi 7 janvier 2011 – Il y a deux jours, des agents de sécurité du ministère du renseignement de Shiraz ont envahi la résidence de la famille Tavakoli, détruisant le mobilier, confisquant tous les livres, papiers, ordinateurs et CDs de la maison. Ali Tavakoli, le frère de Madjid, a également été convoqué au bureau d’enquête du ministère du renseignement et relâché après cinq heures d’interrogatoires.

Il faut noter que Madjid Tavakoli, Bahareh Hedayat et Mahdyeh Golrou viennent d’être convoqués au bureau du procureur pour un nouveau procès entre autres pour avoir publié des mensonges contre le régime. On dit que Tavakoli est soumis à de grandes pressions pour faire une déclaration contre le mouvement Vert et renier les lettres qui lui sont attribuées soutenant le mouvement Vert.

Dans une interview récente donnée à Jaras, Madame Tavakoli parle de l’attaque des agents du ministère du renseignement, de la convocation de son fils Ali Tavakoli au ministère du renseignement et des dernières nouvelles de Madjid.

Madame Tavakoli, pouvez-vous nous parler de l’attaque récente de votre maison ?

Ils venaient du ministère du renseignement. Ils ont mis la maison à sac et enlevé beaucoup d’effets personnels de mes fils.

Ont-ils expliqué le pourquoi de cette attaque et de ce type de conduite ?

Non. Nous ne comprenons pas pourquoi ils sont venus chez nous ou pourquoi ils ont détruit notre maison. C’est une sorte de torture psychologique. Je ne comprends pas pourquoi ils se conduisent comme ça.

Votre fils Ali a également été convoqué au ministère du renseignement ?

Oui. Ils l’ont relâché après un interrogatoire de cinq heures.

Sur quoi a-t-on interrogé votre fils ?

Ils ont demandé à mon fils pourquoi il avait rendu visite à Monsieur Mehdi Karroubi et Abdollah Nouri et d’autres questions du même genre.

Quelles sont les dernières nouvelles de votre fils Madjid toujours incarcéré ?

Madjid est actuellement à la prison de Radjaï Shshar à Karadj. Comme c’est très loin de Shiraz et que son père et moi sommes malades, nous ne pouvons malheureusement pas aller le voir. Son frère Ali a bénéficié de deux droits de visite. Cela fait treize mois que je n’ai pas vu le visage de mon Madjid.

Pouvez-vous parler à Madjid au téléphone ?

Oui, enfin s’ils nous y autorisent. Habituellement, c’est Madjid qui appelle, mais ce n’est pas comme le voir  pour me rendre compte de son état physique. Et puis il n’en dit pas trop au téléphone pour ne pas m’inquiéter. Je peux cependant dire qu’il a un bon moral au son de sa voix, et j’en remercie Dieu.

La libération provisoire de prison est un droit pour chaque prisonnier. Votre fils a-t-il pu en bénéficier ?

Chaque prisonnier a des droits et Madjid devrait aussi pouvoir bénéficier d’une libération provisoire, et pourtant, à ce jour, il n’a pas eu le droit d’en bénéficier.

Madame Tavakoli, vous avez l’air très triste et vous semblez ne pas avoir le moral. Pouvez-vous parlez de vos désirs en tant que mère ?

Je n’ai pas pu voir mon Madjid depuis qu’il est en prison. J’ai été privée de la vue de mon fils depuis 13 mois. Son père, qui souffre de ses disques intervertébraux, l’a vu une fois et son frère Ali a eu le droit de le voir deux foix. Malheureusement, à cause de notre maladie et de la longue distance (un voyage de 16 heures) nous ne pouvons pas aller le voir.
J’espère qu’ils comprennent ce que c’est pour une mère de ne pas voir son fils pendant treize mois. Plutôt que de nous traiter ainsi et de nous soumettre à toute cette torture psychologique, j’attends des autorités qu’elles se mettent à ma place en tant que mère et qu’elles relâchent mon fils. Ils m’ont dit de ne pas donner d’interview et j’ai obéi par respect pour eux. Je n’ai rien dit de ma souffrance et pourtant, voilà comment ils me répondent avec toute cette cruauté.

Vous a-t-on demandé ne n’informer personne sur votre fils incarcéré ?

Oui. Ils m’ont dit de ne pas donner d’interview. Quand nous nous plions à leur demande et appelons pour avoir des nouvelles de mon fils, ils refusent de nous en donner et nous raccrochent même au nez. Alors comment nous faire entendre ? Comment informer sur ce qu’ils nous font endurer ? Des tactiques comme l’attaque de la résidence d’une mère dont le fils est derrière les barreaux est en elle-même une forme de torture.

Combien y avait-il d’agents durant l’attaque de votre résidence ? Qu’avez-vous ressenti ?

Quatre individus sont arrivés à notre maison. J’étais en état de choc quand ils ont attaqué notre résidence. J’ai prié l’Imam Hossein et Fatemeh Zahra. Ca me rappelait le désert de Kerbala. Je ne savais pas quoi dire. Je ne pensais à ce moment qu’à l’Imam Hossein et à Zeynab Kobra. Je me souvenais de leur innocence et de leur sens de l’exil.

Quelle a été leur réaction à votre état de détresse ?

Rien. Ils ont continué à mettre à sac notre domicile puis ont dit à mon fils d’aller au ministère du renseignement. J’étais sans nouvelles de lui et je continuais à prier Dieu. Je ne pouvais rien faire. Je continuais à demander à Dieu de nous sauver. Quand mon fils Ali a appelé pour dire qu’il rentrait à la maison, je me suis sentie un peu mieux.

Madame Tavakoli, nous voudrions profiter de l’occasion pour faire entendre la voix d’une mère à notre nation et aux responsables de notre pays. Nous vous demandons de nous faire partager vos pensées

J’espère que tous les prisonniers soient libérés. J’espère que mon Madjid soit livre et puisse nous revenir. Mon Madjid n’a rien à se reprocher. Il n’a commis aucun crime. Il ne devrait pas être derrière les barreaux. Madjid n’a fait que prononcer un discours. Ces messieurs disent avec insistance que Madjid n’est pas en prison pour ce discours, mais c’est exactement pour ça que mon Madjid est en prison.
A une mère malade, sans défense, il ne reste rien d’autre que de compter les moments qui la sépare de la vue de son enfant. Je demande aux autorités de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour permettre à cette mère de voir son fils une fois de plus alors qu’elle est encore en vie. Je suis malade, je souffre et même si je supporte tout ça, je n’arrive pas à supporter mon éloignement de mon Madjid. Que puis-je y faire, je suis incapable de supporter les souffrances de mon fils ? Si quelqu’un m’entend, s’il vous plaît, faites tout ce qui est en votre pouvoir pour me permettre de voir le visage de mon fils une fois encore avant qu’il ne soit trop tard.

Merci de nous avoir accordé de votre temps.

Source: Jaras http://www.rahesabz.net/story/30481/