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lundi 23 juin 2014

Nasrine Sotoudeh : tout ce que je veux, c’est mettre fin aux arrestations – Lara Marlowe – 20 juin 2014

Le barreau de Téhéran a donné l’autorisation à Nasrine Sotoudeh de reprendre ses activités. Elle défend des dossiers de bahaïs, de prisonniers politiques et de mineurs.

L’attitude de l’Iran vis-à-vis des bahaïs est l’un des sujets les plus sensibles du pays. Comme leur religion a été fondée après l’Islam, ils sont considérés comme membres d’une « secte déviante ». Les bahaïs occupaient des postes de premier plan sous le shah et leur quartier général est situé à Haïfa en Israël, ce qui nourrit les suspicions du régime. D’après un rapport de l’ONU sur les droits humains en Iran, 136 bahaïs étaient emprisonnés fin janvier.

Il y avait dix bahaïes à la section 290 d’Evine avec Nasrine Sotoudeh. « Je suis devenue amie avec l’une d’elles, Mahvash Shariari » dit-elle.

Mahvash Shariari et l’une des sept dirigeants bahaïs condamnés à huit ans de prison en 2008. On lui avait interdit d’enseigner depuis la révolution. « Nous avons passé beaucoup de temps ensemble à lire et à discuter des livres, dont l’un sur la réforme protestante. »

Les intellectuels réformateurs croient que l’islam révolutionnaire d’Iran est prêt à être réformé.

Elever la voix

Des signes montrent que la proscription dont souffrent les bahaïs pourrait craquer. Avant sa mort en 2009, le grand ayatollah Hossein-Ali Montazéri a publié une déclaration disant que les bahaïs avaient « droit à la citoyenneté et à la vie dans ce pays. » D’autres personnalités de premier plan ont élevé la voix contre leur persécution, dont l’ayatollah Abdol-Hamid Massoumi-Téhérani. Le mois dernier, il a rejoint Nasrine Sotoudeh et d’autres pour commémorer le sixième anniversaire de l’arrestation des dirigeants bahaïs.

« L’élection du président Rouhani a un peu libéré la société iranienne. D’autre part, le nombre d’exécutions est monté en flèche. La justice est encore entre les mains des durs et ils veulent montrer leur puissance. »

20 prisonniers politiques ont été libérés en même temps que Nasrine Sotoudeh. Mais on en a arrêté d’autres. Lors d’une conférence de presse, le 14 juin, Rouhani a promis de s’intéresser à l’arrestation de Sabah Azar-Peyk, journaliste indépendante qui couvrait le parlement.

« Personne ne sait pourquoi elle a été arrêtée parce qu’elle est à la section 209 et il est très difficile de faire sortir des informations de cette section » dit Nasrine Sotoudeh.

« Propagande » en ligne

Une autre journaliste, Maryam Shafipour, a été condamnée en mars à sept ans de prison et deux ans d’interdiction d’accès à Internet. Elle avait utilisé internet pour « diffuser de la propagande contre le régime » et avait participé aux manifestations qui avaient suivi l’élection présidentielle contestée de 2009.

Dans le bureau de Nasrine Sotoudeh, il y a une statue de déesse en bronze tenant la balance de la justice. C’est un cadeau d’un des signataires d’une pétition demandant la fin de la discrimination des sexes dont la plupart ont été arrêtés en 2007. Nasrine Sotoudeh les a défendus.

Nasrine Sotoudeh ignore les comparaisons avec la lauréate du prix Nobel Shirine Ebadi. « Tout ce que je veux, c’est la fin des arrestations. Ce n’est pas encore arrivé. Je veux des procès justes et la fin de la peine capitale. Et ça non plus, ce n’est pas arrivé. »

Source : http://www.irishtimes.com/news/world/middle-east/nasrin-sotoudeh-the-only-thing-i-want-is-to-put-an-end-to-arrests-1.1838730?page=2

mardi 29 avril 2014

L’odeur du sang était partout – Nooshabeh Amiri – 28 avril 2014

Nous savons tous que beaucoup d’hommes et de femmes des excès de la première décennie de la république d’Iran des années 1980. Ils ont appris à connaître le régime et sa nature par les excès horribles et affreux et les transgressions de personnes comme le boucher d’Evine Ladjevardi et « frère Hamid ». Deux décennies sont pourtant passées et ces mêmes victimes continuent de souffrir de la douleur infligée alors à leur âme autant qu’à leur corps. La douleur se manifeste et explose souvent à la moindre cause qui déclenchera un suintement de souffrance et de douleur et, de temps en temps on se retrouve projeté entre les murs de la section 350 d’Evine aujourd’hui. C’est l’endroit où règnent la torture, la bastonnade et la violence sous toutes ses formes. Ceux qui perpétuent cette violence sont les « frères » et des hommes pseudo-religieux qui n’ont toujours pas étanché leur soif de sang après s’en être repu pendant plus de 30 ans.

Comme les parents des prisonniers d’aujourd’hui, nous continuons à voir des gens de notre génération aux âmes brisées dont certains sont encore dans des cellules sombres. Ils restent dans ces cellules, craignant à tout instant qu’on ne leur inflige davantage de douleur encore. En prison, nous voyons nos semblables, mais il faut que nous en ayons nous-mêmes fait l’expérience pour vraiment comprendre ce qu’ils nous ont fait, ce qu’ils sont en train de faire maintenant dans la section 350 de la prison d’Evine.

En dépit de tout ce qu’ils ont fait pour nous réduire au silence, pour nous dissuader, nos semblables sont de plus en plus nombreux et nos rêves humanistes sont plus solides que jamais. Si, à notre époque, ces victimes étaient des dirigeants qui soutenaient les travailleurs (comme Rahman Hatefi), de nos jours ce sont des travailleurs qui se moquent de leurs tortionnaire (Sattar Beheshti). Si c’étaient des religieux qui ont passé leur vie derrière les barreaux (comme l’ayatollah Montazéri), aujourd’hui ce sont des religieux qui s’engagent dans des prières pour la liberté (Mohsen Mirdamadi). Si c’étaient des nationalistes qui étaient viscéralement attachés à leur pays (Ezzatollah Sahabi), aujourd’hui ils sont assez forts pour défier leurs tortionnaires en leur demandant de les torturer davantage (Emad Bahavar).

Mais le groupe qui nous fait face est composé des mêmes menteurs qui, hier, signaient les ordres d’exécution d’un clignement d’œil et dressaient immédiatement l’échafaud. Et même quand ils ont versé des larmes de crocodile par opportunisme, ils créent encore des groupes et des institutions comme la prison de Kahrizak ou roulent sur les corps dans la rue. Ce sont des hommes avides de pouvoir qui nomment Mostafa Pour-Mohammadi à la tête de la justice (juge qui a ordonné les exécutions de masse de 1988).

D’un côté de cette bataille entre la vie et la mort se tiennent des hommes qui ne lâchent rien sur leur demande de droits humains, même sous les tortures les plus violentes. Aujourd’hui, leur message est : « Vous avez tort de croire que nous allons vous laisser détruire ceux que nous aimons » à chaque occasion. Ces hommes qui, le jour même où des mères sont tombées après avoir vu les fils torturés et blessés, se sont rasé la tête pour protester, ont regardé les agents du renseignement dans les yeux ; on les a jeté à terre et ils se sont relevé pour montrer qu’ils ne craignaient plus les agents, même si la salle de visite rappelait la prison d’Abu Ghraib.

De l’autre côté se tiennent les alliés de Monsieur Kamenei dont le nombre se réduit. Ceux qui ont remplacé des hommes comme Ladjevardi à Evine et qui jouaient au football en plein champ, sont aujourd’hui obligés de se déplacer en véhicule blindé, ne pouvant faire confiance à personne de leur entourage, chacun d’eux agissant comme un microphone pour son compagnon d’armes. Ces hommes savent trop bien qu’à la fin de la république islamique, ce sera leur tour de faire face à la population et qu’ils devront affronter leur destin.

Nous connaissons des hommes et des femmes dont les voix ont été étouffées dans les cellules d’isolement, dont on a volé la vie, dont on a pris le nom, la maison et la ville. Mais on ne peut leur retirer ni leurs rêves ni leur espoir. L’espoir est bien vivant dans chaque centimètre carré de ce pays.

Aujourd’hui Emad Bahavar, Hassan Assadi Zeydabadi, Abdolfattah Soltani, Hossein Ronaghi Maleki, Akbar Amini, Yashar DaralShafa, Saïd Haeri, Sadigh Kaboudvand, Behzad Arab Gol, Saïd Matinepour, Ghorban Behzadiannejad, Akbar Amini Armaki, Amine Tchalaki, Siamak Ghaderi, Mohammad-Sadegh Rabani Amlashi, Alireza Radjaï, Reza Shahabi, Mohsen Mirdamadi, Mohammad Shodjaï, Gholmareza Khosravi, Soroush Sabet, Soheyl Babadi, Mohammad Davari, Mehrdad Ahankhah, etc… sont des graines dont les bourgeons poussent déjà. Ces hommes qui saignent à chaque bastonnade nous rappellent que le temps n’est pas loin qui verra l'avènement d'un futur différent.

Nous nous lèverons, nous planterons des arbres dans nos blessures, nous nous fortifierons et nous grandirons malgré et grâce à notre douleur. Nous sommes ici et nous y resterons.

Aux détenus de la section 350 d’Evine, je déclare : notre cœur est avec vous ; nous partageons vos douleurs et vos larmes versées. Mais tout ceci, ces jours noirs et amers eux aussi passeront.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/the-smell-of-blood-was-everywhere.html

dimanche 18 mars 2012

Lettre de Mehdi Khazali à Ahmad Montazeri - 13 février 2012


Au Nom de Dieu, le Miséricordieux,

A mon honorable frère l’Hodjatoleslam Moslemin Ahmad Montazeri :

J’ai bien reçu votre message. Les atrocités que l’on m’inflige ne représentent qu’un centième des atrocités subies par mes compagnons de cellule. Certains parmi eux étaient des prisonniers politiques dans les années 80 qui ont eu la vie sauve lors des exécutions de masse de 1988. Les histoires qu’ils racontent sur la situation des prisons de cette époque me font dresser les cheveux sur la tête.  « Ils m’ont mis dans une cellule d’isolement qui contenait déjà trois lits superposés. Nous étions 30 par cellule, neuf personnes se casaient à chaque étage du lit, le reste dormait dans l’espace étroit laissé sur le sol. Nous ne pouvions même plus étirer nos genoux en allant à la douche (et ils appelaient ça une cellule d’isolement) ». Et que dire des histoires effrayantes sur Hadj Davoud Ahangar (alors gardien-chef de la prison), des cages, des sacs et autres méthodes d’isolement…

Maintenant, je comprends ce qu’il serait advenu de nous s’il n’y avait pas eu les protestations de votre père. Ici, tous les prisonniers prient pour votre père et lui témoignent le plus grand respect. Que ma vie insignifiante fasse prévaloir la justice dans nos tribunaux, qu’elle arrête l’influence de la contre-révolution et des éléments séditieux du ministère du renseignement et des gardes révolutionnaires. Alors peut-être, à l’avenir, on dira « Que Dieu bénisse son âme » pour moi aussi. Peut-être mon martyre mettra fin à l’injustice rampantes des tribunaux révolutionnaires, les procès spectacles de leurs différentes chambres, et les cours d’appel fictives, et peut-être alors ces injustices scandaleuses disparaîtront-elles de notre système judiciaire.

J’en ai personnellement été témoin ; dans les tribunaux révolutionnaires, même les droits de base des accusés ne sont pas respectés. Beaucoup n’ont pas droit à un avocat ; la plupart n’ont pas pu consulter cet avocat avant le procès. Personne n’a le droit de revoir ou de lire son dossier pour préparer sa défense. Les verdicts sont soufflés (pardon, dictés) par le ministère du renseignement, sans aucune preuve, sans aucun aveu, uniquement basés sur les rapports du ministère du renseignement. Ils ne donnent aux accusés aucun acte d’accusation, aucun jugement. Avant de vous remettre le verdict, ils vous font signer une déclaration sous serment disant que vous avez bien reçu le verdict. Ils ne vous laissent même pas voir le jugement énoncé par le tribunal.

Trois de mes camarades de cellule ont été jugés par le juge Pirabbassi lors d’un procès de deux minutes, sans preuves, sans aveux ; ils ont été jugés coupables comme le précisait l’accusation et condamnés à un total de 17 ans de prison. Ils sont en grève de la faim depuis le 3 février. Un autre camarade a été condamné à mort sans aucune preuve ou aveu, uniquement parce qu’il avait reçu un petit email d’un expéditeur inconnu. Hier, une personne condamnée à mort deux fois par le juge Salavati a été relaxée par la cour d’appel et rendue à sa famille. La cérémonie d’au revoir a été l’un des évènements les plus heureux et les plus mémorables que nous ayons connu ici. Ce dossier ne fait que démontrer l’incompétence du juge de première instance.

La semaine dernière, ils ont exilé un jeune homme dans une prison éloignée uniquement parce qu’il refusait de renier l’idéologie des déclarations qu’il avait signées avec d’autres prisonniers. Trois hommes sont emprisonnés uniquement parce qu’ils sont chrétiens, ils n’ont aucune activité politique. Nombre d’autres personnes sont incarcérées uniquement pour leurs croyances religieuses, des croyances qui n’ont rien à voir avoir la politique ou le gouvernement. Ils ont été condamnés à des peines de prison longues. Nous sommes tous privés de nos droits de base de citoyens. Beaucoup sont emprisonnés seulement par mesure de rétorsion pour des désaccords avec des officiels de haut rang. On les presse par des tortures physiques et mentales pour les faire avouer des relations imaginaires avec des agences de renseignement étrangères. On les presse d’avouer des détournements de fonds des agences gouvernementales alors qu’il n’y a pas eu de détournement de fonds depuis les agences qu’ils mentionnent.

Durant les séances de torture, aucun critère religieux ou moral n’est observé. Même quand les prisonniers se réfèrent à des personnages religieux et jurent par eux de leur innocence, ils se moquent d’eux en disant : « Qui sont ces personnes ? ». Et à la fin, les juges présidant les injustes tribunaux révolutionnaires accusent et condamnent à de lourdes peines de prison ; ils détruisent des vies, lors de procès qui ne durent que quelques minutes, tandis que les accusés sont même privés du recours à un avocat.

Voici des exemples des peines et des souffrances qu’on leur inflige. Il existe des choses encore beaucoup plus douloureuses dont il faudrait parler, mais je n’ai pas assez de place dans cette courte lettre pour le faire.

Alors, tout ceci ne justifie-t-il pas que je meure ? N’ont-ils pas retiré l’épine du pied de la juive ? (référence à une histoire à propos de l’imam Ali)

Je comprends maintenant les protestations de feu votre père. Que Dieu bénisse son âme et que Dieu arrache toute cette injustice à la racine.

Si Dieu le veut, Dieu seul nous suffit, Il est notre ami respecté, il est notre meilleur ami, notre meilleur allié.

13 février 2012,
Mehdi Khazali
Prison d’Evine, bloc 350
Source : http://doostaranedrkhazali.blogspot.com/2012/02/blog-post_6378.html