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dimanche 10 mai 2015

La démolition de la maison d’un prisonnier bahaï – Fereshteh Ghazi – 24 avril 2015


La résidence secondaire de Djamaledine Khandjani, membre du conseil bahaï emprisonné, a été démolie par les agents de sécurité de la ville de Semnan. D’après un membre de la famille, on leur a dit qu’ils avaient 48 heures pour évacuer la maison et le lendemain, bien qu’ils aient obtenu un ordre de la cour suprême de repousser la démolition, la maison, située au milieu d’un champ, a été détruite au bulldozer.

Djamaledine Khandjani, membre du conseil des sept bahaïs d’Iran, est emprisonné depuis 2009 sans aucune permission de sortie. Il a été condamné à 20 ans de prison. Fouad Khandjani, son petit-fils, et Navid Khandjani, autre membre de la famille, sont également emprisonnés.

Siavosh Khandjani, autre membre de la famille et la belle-sœur de Djamaledine, ont dit à Rooz que la pression sur leur famille a augmenté depuis la détention de leur oncle. Il ajouté que la pression était systématique et avait commencé par l’arrestation de Djamaledine. Il a ajouté que la terre sur laquelle était bâtie la maison démolie leur appartenait depuis bien avant la naissance du bahaïsme, que la maison avait un permis de construire datant de 18 ans et était la résidence de la famille. « Le terrain possède un titre de propriété datant de 100 ans mais les autorités disent que le propriétaire en est inconnu et que le titre n’est pas reconnu. Elles ont aussi trouvé des failles dans la maison et qu’elle était plus grande que sur le permis de construire.

Ils nous ont donné 48 heures pour évacuer ils ont détruit 270 mètres carrés de la maison et ont prétendu que la construction ne respectait pas le permis de construire. Mais un tribunal avait jugé en leur faveur auparavant sur ce sujet.»

 Il a raconté l’histoire de la ferme : la famille n’a pas reçu d’argent du gouvernement pour construire la maison ou cultiver la ferme qui comprend plus de 40 hectares d’arbres fruitiers. « Mais à l’époque de la récolte, ils ont bloqué la route menant à la ferme, nous empêchant ainsi de commercialiser de 200 à 300 tonnes de fruits. Il y a quelques années, ils ont détruit une citerne que nous avions construite pour la ferme alors même que nous avions obtenu toutes les autorisations nécessaires. Nous avions un accord de métairie de 30 ans qu’ils ont violé et nous ont forcés à vendre tout notre bétail.

Même s’il y a plus de 200 ans que nous possédons cette terre, bien avant la naissance même du bahaïsme, ils ont installé un poste de sécurité et ont commencé à fouiller tous les véhicules et tous les individus. Les gardes révolutionnaires et le bureau de renseignement de Semnan ont décrété que la région était une zone militaire et ont établi un poste près de la maison qu’ils viennent de détruire. Nous, nos animaux et même nos plantes ne sommes pas à l’abri des invasions. Ils nous ont empêchés de conduire nos troupeaux dans des régions plus chaudes, ce qui a conduit à de nombreuses pertes.»


Parlant de Djamaledine qui est en prison, un membre de la famille dit : « Il a plus de 80 ans et avait un commerce prospère avant la révolution de 1979. Il était responsable des affaires de la communauté bahaïe en Iran jusqu'à 2008. Il n’a eu aucune permission pour visiter sa famille. Il a été opéré du cœur à l’hôpital et a été ramené en prison juste après. Fouad est le petit-fils de Djamaledine et lui aussi est en prison depuis quatre ans ; sa peine se termine dans quelques mois ; lui non plus n’a pas eu de permission. Sa sœur Lava va maintenant finir de purger sa peine dans quelques mois. Navid, le fils de mon frère, a porté plainte car il n’a pas pu poursuivre ses études supérieures ; en réponse, il a été condamné à 12 ans de prison. Il y a deux semaines, il a été hospitalisé pour des douleurs à l’estomac et a été opéré. Il est pourtant jeune, mais il a été hospitalisé de nouveau. »
Siavosh Khandjani dit : « Beaucoup de membres de notre famille sont musulmans et nous vivons ensemble, nous participons aux cérémonies les uns des autres. Ce sont les gardes révolutionnaires et l’agence du renseignement qui sont durs avec nous. Nous ne savons vraiment pas combien de temps ils veulent continuer ainsi. »

Source :
 

samedi 9 mai 2015

Interview avec Behnam Roghani, un bahaï condamné à mort par Morteza Esmailpour - 28 mars 2015

Morteza Esmailpour : Comment voyez-vous la situation des bahaïs après la révolution de 1978 ?
Behnam Roghani 
Apres la révolution islamique en Iran a débuté une campagne systématique contre la foi bahaïe et les bahaïs au plus haut niveau de la direction de la république islamique. Les dirigeants de la république islamique d’Iran ont des problèmes idéologiques avec les bahaïs ; ils ont planifié l’élimination physique des bahaïs de la société iranienne. Et ce alors que les bahaïs, à cause de leurs croyances religieuses, évitent toujours la violence, ne se mêlent absolument pas de politique et obéissent aux lois de leur pays de résidence.


 

ME : Les attaques contre les bahaïs venaient-elles de forces autonomes ou étaient-elles orchestrées par le chef de la république islamique d’Iran ?
BR :
L’ancien guide suprême, l’ayatollah Khomeiny, a attaqué les bahaïs à de nombreuses reprises (dans ses discours) ; dans l’un de ses étranges discours, il a qualifié les bahaïs « d’animaux dont il faut avoir peur ».Ses propos ont donné le feu vert aux durs en Iran pour persécuter et réprimer les bahaïs. Le harcèlement à l’encontre des bahaïs était tel que 200 bahaïs et membres de l’assemblée bahaïe d’Iran ont été exécutés durant les premiers jours de la révolution ; pendant des années, les bahaïs ont dû affronter des problèmes comme la confiscation de leurs biens, l’interdiction de poursuivre des études supérieures ou de trouver un travail ainsi que de longues peines de prison. Dans le même temps, la campagne contre les bahaïs s’est intensifiée ; dans les manuels scolaires, plusieurs pages étaient même consacrées à la promotion de la haine des bahaïs. De plus, dans les mosquées, lors des prières du vendredi, les imams attaquaient brutalement les bahaïs dans leurs prêches. La campagne était si puissante et systématique que certains Iraniens y ont cru au point de se joindre à la persécution et à  la répression des bahaïs.

ME : La situation a-t-elle changé après la mort de Khomeiny ?
BR
: A la mort de  Khomeiny, l’ayatollah Khamenei lui a succédé ; l’atmosphère était un peu plus ouverte et moins stressante. L’ayatollah Khamenei, qui n’avait rejoint les rangs de la haute hiérarchie religieuse que tardivement, quand il était interrogé sur le statut des bahaïs a promulgué des décrets à leur encontre. Dans l’un de ces décrets, il a déclaré que tous les bahaïs étaient « impurs » et « intouchables » et a interdit de commercer avec eux. Il a interdit à ses partisans d’utiliser des ustensiles et des couverts utilisés précédemment par des bahaïs pour boire ou manger, et leur a demandé d’attaquer cette minorité religieuse en Iran.

ME : Ces dernières années, nous avons été témoins de la promulgation de beaucoup de décrets à l’encontre de la communauté bahaïe. En avez-vous personnellement souffert ?
BR :
La promulgation de décrets religieux n’est pas une nouveauté en Iran ; puisque la république islamique a choisi l’islam chiite comme religion officielle en Iran, tous sont censés demander l’avis des religieux de haut rang pour leurs questions et leurs problèmes. Un groupe de lobbyistes durs, qui avaient des relations particulières avec certains de ces religieux leur ont demandé « des décrets religieux spécifiques » qui ont causé de lourdes sanctions contre les bahaïs et les membres d’autres minorités religieuses ainsi que contre les convertis et quelques autres Iraniens, ce qui a permis aux durs de confisquer leurs biens « légalement ». J’ai été victime d’un de ces « décrets spécifiques » provenant d’un groupe islamique dur et j’ai été condamné à mort.

ME : La promulgation de ce décret à votre encontre était-elle de la propagande ou était-elle personnelle ?
BR :
Il faut bien sûr noter que les décrets comme celui promulgué à mon encontre étaient surtout politiques ; ils cherchaient à créer la peur, la panique et la répression parmi les nouveaux convertis anciennement musulmans qui voulaient révéler et promouvoir leurs nouvelles fois. Dans mon cas, le décret mentionne que je suis « hérétique » et qu’il faut que mon sang soit versé. Dans leur jargon, un hérétique est un musulman qui désire adhérer à une autre foi que l’islam. Le sang d’une telle personne n’a pas de valeur et doit être versé et ce décret religieux sert de condamnation à mort.

ME : Pour conclure, comment voyez-vous la situation des bahaïs et quel serait votre souhait ?
BR : La situation des bahaïs n’a pas changé. Actuellement, il y a environ 100 bahaïs en prison et quelques autres sont en liste d’attente pour y entrer. L’interdiction de l’éducation supérieure pour les bahaïs s’est intensifiée comme les restrictions et les exclusions diverses. Ceci dit, avec l’avènement des cyber-technologies et des outils de communication ainsi que de la conscience plus aigüe de la situation des bahaïs, une connaissance approfondie de la foi bahaïe, les campagnes à l’encontre des bahaïs menées par la république islamique d’Iran ont fini par devenir impopulaires et la population iranienne y est hostile.

Source :  http://iranpresswatch.org/post/11735

 

lundi 29 décembre 2014

Une étudiante bahaïe interviewe trois députés iraniens


Ce qui suit a été écrit par un citoyenne journaliste iranienne de l’intérieur utilisant un pseudonyme pour protéger son identité.

Je suis en troisième année de lycée. J’ai d’excellentes notes. Mes professeurs espèrent que mon nom figurera en tête de classement du concours d’entrée à l’université. Mais je sais que même si je suis la première, je n’aurai pas ma place dans les universités iraniennes, comme ma sœur, étudiante en architecture de l’université Beheshti qui a été expulsée dès la deuxième année.

Lundi 15 décembre, un professeur d’université, l’ayatollah Moussavi Bodjnourdi a clairement exprimé le déni des droits civiques fondamentaux pour les bahaïs. « Nous n’avons jamais dit que les bahaïs avaient le droit à l’éducation. Ils n’ont aucun droit civique. Les chrétiens, les juifs et les zoroastriens ont des droits civiques et humains parce qu’ils pratiquent une religion abrahamique » a-t-il dit à l’agence de presse Fars.

J’ai une idée, me suis-je dit, quand ils nous disent eux-mêmes que nous n’avons aucun droit, auprès de qui puis-je protester ? Nous n’avons pas de représentant au parlement vers lequel nous tourner. J’ai alors décidé d’appeler quelques députés de la commission d’éducation et de leur demander, en tant qu’étudiante bahaïe de relancer mes droits en tant que citoyenne iranienne. Tous les trois sont des élus de Téhéran, sont titulaires d’un doctorat et enseignent dans une université ou un centre de recherche.

Zohreh Tabib-Zadeh-Nouri : « Convertissez-vous à l’islam et vous n’aurez plus de problème. »

Zohreh Tabib-Zadeh-Nouri est dentiste et enseigne à l’université Shahid Beheshti ; elle est membre du conseil scientifique de cette université. C’est l’une de celles qui ont posé des questions à l’ancien ministre des sciences Reza Faradji-Dana sur le retour des étudiants bahaïs dans les universités.

Bonjour madame Tabib-Zadeh, j’ai un problème et je voulais vous parlez
D’accord mais vite parce que je dois assister à une réunion tout de suite.

Je suis une lycéenne iranienne et tous mes professeurs espèrent que je serai parmi les premiers dans le concours d’entrée de l’année prochaine. Mais je n’ai aucune assurance de pouvoir intégrer l’université.
Comment cela ?

Parce que je suis bahaïe.
Comment avez-vous eu mon numéro ?

J’ai eu votre numéro par un ami journaliste. On m’a dit que vous feriez votre possible.
Ecoute ma fille. Vous, les bahaïs, êtes hostiles à l’islam et nous ne pouvons pas admettre des ennemis de l’islam à l’université. Vous entrez à l’université et vous commencez à convertir les autres. Maintenant, en raison de l’incurie de l’ancienne équipe de direction du ministère des sciences, plusieurs étudiants bahaïs sont entrés à l’université et des livrets de propagande bahaïs ont été distribués. Bien sûr, les musulmans ne vont pas être trompés par ces livrets, et les bahaïs le savent aussi, mais ils agissent ainsi à cause de leur animosité vis-à-vis de l’islam.

Vous voulez dire que vous ne pouvez rien faire ?
Ecoute ma chèrie. Va étudier le coran, apprends-en plus sur l’islam et prends ta décision. Je te promets que si tu l’étudies avec soin, si tu décides avec sagesse de choisir l’islam comme religion, alors tes problèmes disparaitront d’eux-mêmes. Si tu as besoin de quoi que ce soit pour étudier, tu peux contacter mon bureau. Note le numéro de mon bureau et appelle-moi. Que dieu d’accompagne. Je dois me rendre à ma réunion.

Mehdi Koutchek-Zadeh : “Quitte l’Iran.”

Mehdi Koutchek-Zadeh a un doctorat d’ingénieur hydraulique de l’université Modarrès et il est membre du conseil scientifique de cette université. C’est un député conservateur membre du front de la persévérance. Après deux heures d’entretien téléphonique avec son bureau et de coordination avec son secrétariat, j’ai finalement pu lui parler parce que j’ai insisté pour lui exposer mon problème en personne.

Bonjour Monsieur Koutchek-Zadeh. Je suis une lycéenne de bon niveau et mes professeurs espèrent que je me classerai dans les premiers lors du prochain concours d’entrée à l’université.
Si dieu le veut. Que puis-je pour vous ?

Je ne peux pas rentrer à l’université parce que je suis bahaïe.
(Rires) Nous n’avons pas besoin de vous dans nos universités. Vous avez votre propre université, votre propre organisation et plus encore. Allez à votre université secrète et ne nous faites pas perdre notre temps.

Monsieur Koutchek-Zadeh, quelle que soit ma religion, je suis iranienne et vous représentez tous les Iraniens. C’est votre seule réponse ?
Vous pouvez faire autre chose. Vous pouvez aller en Amérique ou en Israël et leur demander de l’aide. Dites-leur que vous êtes l’une des leurs et vous pourrez facilement entrer à l’université et obtenir un diplôme. Pourquoi rester ici et créer des problèmes pour vous-même et pour nous ?

Mais je veux vivre dans mon pays.
Alors, suis la loi. (Son portable sonne). Je n’ai plus le temps de discuter.

Mohammad Nabavian : « Les universités ne sont pas faites pour les bahaïs. »

Mohammad Nabavian est religieux et il a un doctorat de philosophie comparée. Il est professeur assistant au centre de recherche et d’éducation imam Khomeiny. Il a été l’étudiant de l’ayatollah conservateur Mesbah-Yazdi et a parlé plusieurs fois de rendre les universités plus islamiques.

Monsieur Nabavian, on me refuse l’entrée à l’université. Mes amis m’ont suggéré de vous contacter pour vous expliquer mon problème.
On vous a refusée ? On vous a expulsée de l’université ? Avez-vous un problème avec la morale ?

Non, je ne suis pas à l’université. Mais je crois qu’on m’en refusera l’entrée car je suis bahaïe. Est-ce exact ?
Oui, c’est exact; les universités ne sont pas faites pour les bahaïs. Les universités de pays islamiques doivent être islamiques.

Mais il y a des étudiants d’autres religions, non ?
Religions, oui. Mais le bahaïsme n’est pas une religion, c’est une secte. Une secte fabriquée de toute pièce.

Mais, quelle que soit ma religion, je suis iranienne et vous représentez tous les Iraniens.
Non, je ne vous représente pas. Je représente le peuple musulman d’Iran

Source : http://en.iranwire.com/features/6200/

jeudi 25 décembre 2014

Interview de Soussane Tabianian

Soussane Tabianian a été arrêtée et emprisonnée à plusieurs reprises. En 2010, elle a passé un an à la prison d’Evine. Demain, elle se rendra à la prison de Semnan, au nord de l’Iran pour commencer à purger un an de prison pour « propagande contre le régime et soutien à des groupes hostiles au régime ».

Quand avez-vous été arrêtée pour la première fois ?
C’était à l’apogée du mandat de Monsieur Khatami en 2005. La communauté bahaïe avait décidé d’écrire une lettre sur les pressions injustes auxquelles elle devait faire face.

A qui cette lettre était-elle adressée ?
Aux autorités du gouvernement. Je faisais partie de ceux qui ont donné cette lettre à sept ou huit directeurs à Semnan, dont le directeur du département de la justice, le directeur général des assurances et d’autres. Avant de la leur donner, j’ai décrit les injustices dont les bahaïs avaient souffert durant ces années. En fait, c’était une pétition. Mais il ne s’est même pas passé deux jours avant qu’on ne me stoppe et un mois avant que je ne sois convoquée.

Etait-ce ma première fois que vous étiez convoquée ?
Oui, mais il faut mentionner que durant le mandant de Monsieur Khatami, la justice traitait la communauté bahaïe de façon plus légale. Neuf membres de la communauté bahaïe de Semnan ont été convoqués. Nous sommes allés au tribunal et avons été emprisonnés une nuit. Le lendemain, nous avons été libérés sous des cautions très légères. Six d’entre nous ont été condamnés à six mois avec sursis et trois autres à trois de prison. Mon sursis a duré quatre ans.

Etes-vous allée en prison en 2009 pour la même infraction ?
Non, c’était pour autre chose. Le bureau du renseignement de Semnan m’a arrêtée cette année-là quand ma fille avait juste un an et demi et dépendait beaucoup de moi. Cette fois-ci, j’ai été arrêtée pour avoir donné une interview à Massih Alinejad et Radio Farda dans laquelle j’exposai la situation difficile des bahaïs de Semnan.
J’ai été emprisonnée et interrogée plusieurs jours puis libérée sous caution. Mais quelques mois plus tard, le tribunal me condamnait à 18 mois de prison.

De quoi étiez-vous accusée ?
De propagande contre le régime et d’avoir formé un groupe bahaï illégal. J’étais professeur de morale et c’est pourquoi j’ai été condamnée à un an de prison pour formation d’un groupe illégal. J’ai pris six mois pour propagande contre le régime.

Pourquoi avez-vous été transférée de Semnan à Evine ?
Le 30 juin 2010, je me suis présentée pour purger ma peine. On m’a alors dit qu’il n’y avait pas de place pour moi, alors on m’a envoyée dans l’une des plus grandes prisons de Téhéran.
Quatre femmes, dont moi, ont été transférées de Semnan à Evine. C’étaient des jours difficiles pour moi, mais j’ai eu ma récompense. J’ai connu deux personnes à Evine qui m’ont beaucoup influencée, ainsi que mes codétenues. L’une d’elles est Haleh Sahabi, qui a beaucoup aidé à sensibiliser le public sur le sort des prisonnières. Puis, il y a eu un miracle : Nasrine Sotoudeh est arrivée dans notre bloc et nous sommes devenues très proches. A cette époque, je n’avais aucune expérience et je ne connaissais rien à la politique.
Avant l’arrivée de Nasrine, les prisonnières avaient des idées politiques très différentes mais elle a apporté une harmonie positive qui s’est enracinée en nous toutes.
Bien que j’aie été libérée à la fin de ma peine, il semble que cela continue.

Pourquoi avez-vous été arrêtée la fois suivante ?
Le 31 mai 2014, j’avais invité deux de mes amis qui ne sont pas bahaïs pour étudier des langues ensemble. Ma fille assistait à un cours artistique et j’étais seule à la maison avec mon fils Sami, 12 ans. Quand on a sonné, j’ai vu le visage de mes amis, alors j’ai ouvert, mais je  me suis vite rendu compte que tous deux s’étaient blottis au fond de l’ascendeur, confus et apeurés, quand un homme masqué s’est précipité pour maintenir la porte ouverte. J’ai immédiatement fermé la porte. Il a tambouriné dessus pendant près de deux heures. Je lui ai dit que je n’ouvrirai que s’il me présentait un mandat car il serait sinon illégal pour lui d’entrer.

Et il avait un mandat ?
Oui un mandat de perquisition et d’arrestation. Mais pour être franche, ce qu’il m’a montré par le judas ne ressemblait en rien à un mandat officiel. C’était une page déchirée signée par le substitut du procureur, Hossein Zamani, celui qui s’occupait de mon dossier. Il était manuscrit, avec des mots et des parenthèses barrées et disait que l’arrestation devait avoir lieu même si c’était de nuit. C’était un papier désordonné.

Quand avez-vous fini par ouvrir la porte ?
Je l’ai laissé dehors jusqu’à ce que mon mari rentre. Pendant une heure et demie, ils ont retourné l’appartement et m’ont emmenée dans une pauvre cellule sale. J’ai été interrogée immédiatement. Il était 21h30. Je leur ai dit que, d’après la constitution, il était illégal de mener des interrogatoires après les prières du soir. Celui qui m’interrogeait a été surpris de voir que je connaissais ces détails, mais je n’ai pas abandonné. Je lui ai dit qu’on ne m’avait jamais fait part des charges qui pesaient contre moi et que, jusqu’à ce que cela soit fait, je ne lui répondrai pas.

Quelles étaient ces accusations ?
Ils ne me l’ont pas dit le jour même. Le lendemain, ils m’ont sorti de ma cellule d’isolement pour m’interroger. Zamani m’a dit que j’étais ici pour l’interview donnée à Massih Alinejad et Radio Farda. J’ai refusé l’accusation. J’ai été interrogée pendant trois jours mais j’ai résisté à toutes les demi-preuves qu’ils avaient rassemblées car je ne les considérais pas comme légales. Etait-ce une assez bonne raison de me terroriser ou de m’interroger parce que j’avais parlé à Nasrine Sotoudeh, à Monsieur Nourizad ou à des familles bahaïes ? Ou, peut-être parce qu’on m’avait prise en photo à une commémoration de Sattar Beheshti ? Ou parce que j’avais parlé à Radio Zamaneh des pressions économiques sur la communauté bahaïe de Semnan ?

Vous souvenez-vous des interrogatoires ?
Je m’en souviens comme si c’était hier. Celui qui m’interrogeait entrait en fureur, déchirait ses notes et m’insultait mais je répondais en décrivant ce qui se passait. Je disais : « Celui qui m’interroge m’insulte maintenant » ou bien « celui qui m’interroge hurle. »
Pendant les interrogatoires, j’étais sous une pression intense et j’ai perdu sept kilos en une seule semaine. On m’a même envoyée à l’unité de vérification des identités pour comparer ma voix avec l’interview donnée à Radio Zamaneh. Le livre de prière qu’ils avaient trouvé chez nous est devenu une preuve de propagande contre le régime mais j’ai répondu à chaque accusation pendant les interrogatoires mais je sentais que je serai acquittée parce qu’il n’y avait aucune preuve de ma culpabilité.

Quelle est votre profession ?
(Rires) Je savais que vous me poseriez cette question. J’étais conseillère d’orientation. En 2005, je travaillais dans une clinique mais j’ai été licenciée parce que j’étais bahaïe. Comme mon travail touchait à la culture, je n’ai pas eu le droit de continuer. En 2006, j’ai eu une patente pour ouvrir un magasin de vêtements pour femmes, amis après que l’on ait découvert, pour la deuxième fois, que j’étais bahaïe, on m’a retiré ma patente et on m’a dit que je n’avais pas le droit de posséder une boutique.

Combien de temps êtes-vous restée à l’isolement avant d’être transférée à la section générale ?
Je n’ai jamais été transférée à la section générale Après une semaine d’interrogatoires, j’ai été transférée à une section de la prison de Semnan qui interne les prisonniers de conscience. J’étais la seule bahaïe emprisonnée alors j’étais dans une cellule individuelle de la section commune. J’y suis restée 45 jours puis j’ai été libérée sous caution. Mais le tribunal révolutionnaire de Semnan m’a condamnée à un an de prison et la cour d’appel a confirmé le verdict.

Comment vous sentez-vous moralement ?
Je me sens bien, je suis juste inquiète pour mes enfants. Ma fille a sept ans et va à l’école. Elle ne comprend pas totalement la signification de la prison et de mes aspirations. En ce moment, elle est inquiète sans arrêt et répète : « Maman, il y a combien de jours dans un an ? Si j’étudie et que je réussis mon examen, tu reviendras ? »

Croyez-vous en la liberté de conscience ? Par exemple, si votre fils voulait se convertir au judaïsme ou au christianisme, que feriez-vous ?
J’y crois vraiment. La liberté de culte est le premier des droits humains, c’est ce qui ressort de tous nos enseignements. Je crois que nous devons essayer de créer un monde humain uni, que l’on soit musulman, bahaï, chrétien ou athée. L’important est de construire un monde correct et bon.

Source : http://en.iranwire.com/features/6184/

Lettre de Fariba Kamalabadi à sa fille à l’occasion de son mariage – 8 décembre 2014

Fariba Kamalabadi a été condamnée à 20 ans de prison pour avoir fait partie des dirigeants de la communauté bahaïe iranienne. On ne lui a pas permis d’assister au mariage de sa fille.

Ma Taraneh, ma belle mariée,

En ce moment, alors que je t’écris, un océan de joie se répand en moi, des vagues de délice déferlent sur le rivage de mon cœur. Certains pourraient croire que la peine et la souffrance accompagnent toujours la tristesse et le chagrin, mais ce n’est pas le cas. Il est possible de naviguer sur un océan sans bornes de joie, de voler dans des cieux bénis tout en étant au sommet de la peine et de la souffrance. Qu’est-ce que cette peine et qu’est-ce que cette joie ?

Cette peine, c’est celle de la séparation, la peine d’une mère loin de son enfant depuis tant d’années, sans l’aide de la parole qui lui créerait des poèmes d’amour. Elle l’a étreint en pensée, l’a réchauffée ; sans la voir, elle l’a vu grandir et maintenant, avec les yeux de l’âme, elle l’admire, toute d’élégance et de grâce, dans sa robe blanche de mariée.

Cette peine, c’est celle de la séparation, la peine d’une enfant séparée de sa mère, qui s’étant vu dénier le droit à une mère, a néanmoins grandi, s’est développée. Dans les moments amers de sa vie, quand la chaleur d’une mère lui manquait, elle n’était pas à ses côtés. Et même maintenant, lors du plus beau jour de sa vie, celui de son mariage, la place de sa mère est vide.

Cette peine a un doux parfum de joie ; la joie d’une mère qui découvre que son enfant est devenue une jeune-fille gracieuse, déterminée et constante, sereine dans son cheminement, extraordinaire dans ses choix, élevée dans ses rêves ; cette mère admire ses choix.

Cette joie est celle d’une enfant qui comprend ce que veut dire être éloignée de sa mère, et qui, en empruntant le chemin de la solidarité, enrichit cette signification ; maintenant, main dans la main de Farid, elle emprunte fermement le chemin de la solidarité.

Mes chers Taraneh et Farid,

Je sais que vous pardonnerez mes erreurs. Je sais que vous accepterez mes excuses pour mon absence lors des moments les plus heureux de votre vie. Vous savez bien que chaque atome de mon être est avec vous, chaque cellule de ma vie, et que mes prières remplissent l’atmosphère de cette cérémonie. Vous savez bien que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour me joindre à vous ; vous savez que j’ai demandé une permission pour assister à votre mariage, et aujourd’hui, au bout de sept ans de prison, même pour une occasion si rare, on n’a pas accédé à ma requête. Vous savez que, lorsque j’ai appris ce refus, j’ai demandé d’être déplacée pour quelques heures, menottée et accompagnée de fonctionnaires. Mes codétenues ont envoyé des demandes écrites pour soutenir ma demande.

L’accord initialement donné à ma requête avait suscité beaucoup de joie et d’espoir ; vous aviez essayé de changer votre planning pour vous ajuster aux nouvelles conditions, mais quelques jours plus tard, ma demande était rejetée. A l’annonce de ce rejet, en quittant le bureau, ils m’ont de nouveau convoquée pour me promettre de prendre ma troisième demande en considération, celle qui demandait de célébrer le mariage à la prison d’Evine. Le plan qui consistait à réquisitionner une pièce dans le bâtiment des condamnations pour y célébrer le mariage avec au maximum dix invités avait été accepté et je vous en avais informés par téléphone. Vous avez été attristés d’apprendre qu’on refusait de m’envoyer vers vous, vous avez néanmoins cru dans leur promesse de la dernière option ; vous accrochant à cette occasion, vous avez changé vos plans pour cette nouvelle situation ; mais finalement, on m’a informé que cette troisième option était, elle aussi, rejetée ; voilà comment je n’ai pas pu assister au moment le plus précieux de votre vie.

Vous voyez le niveau de transparence dans le traitement des prisonniers ? Et les méthodes de torture déguisées ? Comme si l’on avait à faire à un objet inanimé comme une pierre ou un morceau de bois ; peu importe comment on le frappe, on se joue de lui, on le jette de ci de là, il ne ressent rien. Mais ils se trompent lourdement ; parce qu’en ce moment, ce n’est pas nous mais eux qui ressemblent à des pierres et à des morceaux de bois, dénués de tout sentiment humain et donc incapables d’appréhender les sentiments profonds qui unissent une mère à son enfant.

De quoi ont-ils peur ? D’une mère qui doit passer 20 ans de sa vie en prison pour le seul crime d’être de confession bahaïe, et qui au bout de sept ans de prison doit être privée du mariage de son enfant, ne serait-ce que pour quelques heures ? Mon crime est le plus beau du monde. C’est un crime dont je suis fière et dont toutes les générations futures seront fières. C’est un crime pour lequel, historiquement, tous les saints et prophètes ont souffert de grandes douleurs et des catastrophes. Mon crime est de révérer un Dieu Unique, et de reconnaître la vérité de toutes les religions divines. Mon crime est de m’efforcer de promouvoir le principe de l’unicité de la race humaine et de la paix universelle. Mon crime est de nourrir un désir de servir l’humanité en esprit, et un amour pour tous les êtres humains en mon cœur. Mon crime est de m’efforcer de réanimer notre pays sacré, l’Iran, et de promouvoir son honneur et son exaltation.

Je vais encore vous parler de la joie, comment son éclat et sa splendeur sans pareils affaiblissent toute émanation de peine et de souffrance jusqu’à les abolir complètement.

Ma belle Taraneh, tu sembles être privée du bienfait d’avoir une mère, mais tu as été reçu une bénédiction supplémentaire, celle d’avoir une mère encore plus gentille, une autre Fariba qui t’étreint amoureusement. De la même façon dont tu as reçu l’étreinte de beaucoup d’autres mères : Alia Zarinkar, Firouzeh Oladi, Fariba Eshraghi et beaucoup d’autres chères à mon cœur ; maintenant, de ma plume maladroite, avec des mots maladroits, j’honore leur amour et leur sacrifice.

Une autre réflexion sur la joie et le bonheur de mon cru. J’ai certes été privée de vivre avec mes deux filles, mais j’ai l’honneur de vivre ici avec d’autres filles chères à mon cœur dont moi, l’Iran et les Iraniens peuvent être très fiers.

Des êtres d’une noblesse et de potentiels sans pareils, qui ont passé des jours de leurs vies, leurs talents et leurs jeunesses en prison pour gagner la fierté et l’honneur de notre cher Iran. C’est la réalité de nos idéaux. Le monde doit devenir une seule famille, les relations humaines semblables à celles qui unissent les mères à leurs filles, les pères à leurs fils et les frères à leurs sœurs.

Novembre 2014, prison d’Evine

Source : http://iranpresswatch.org/post/11236/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+iranpresswatch+%28Iran+Press+Watch%3A+The+Baha%27i+Community%29

dimanche 16 novembre 2014

Les « bienheureux » qui rêvent du ciel dans leurs cellules – Massoud Bastani – 30 Octobre 2014 - Roozonline

Les prisonniers de Gorgan 

Ce qui suit constitue les deux premières parties d’un rapport sur les bahaïs de Gorgan, une ville du nord de l’Iran, emprisonnés à la prison de RadjaI Shahr, située dans la ville de Karadj, dans la banlieue de Téhéran. Voici le dernier groupe, les prisonniers dont la seule faute est leur hétérodoxie religieuse.

Kourosh Ziari, le Thérapeute « heureux »

Kourosh Ziari est un homme de 50 ans, très heureux et très amusant. Il a fabriqué un jeu de jacquet avec du carton et des bouchons que l’on peut se procurer en prison ; il y joue avec tant de passion que je crois que c’est ce qu’il préfère à tout. Il jette les dés et il jure et fait rire à gorge déployée même son adversaire. Parfois, j’appelle cela « la thérapie heureuse » et quand je passe près de lui, je lui demande en blaguant « Vous êtes encore occupé Docteur, n’est-ce pas ? » Quand le dé ne lui est pas favorable, il crie très fort : « Oh non ! Cette fois, j’ai perdu la chance ! » C’est devenu une expression commune que tout le monde utilise dans notre cellule.

Il vivait dans la ville de Gonbad, proche de Gorgan, avec sa famille jusqu’à deux ans et demi auparavant ; il a alors été arrêté après avoir été convoqué à Gorgan. Il est intéressant de noter que le tribunal l’a condamné à cinq ans de prison sur la base de ses réponses à un questionnaire qui ne comportait que deux questions. D’après Kourosh, son avocat a objecté au juge Moghiseh le jour même, soulignant qu’il n’y avait que deux pages dans un dossier de 600 qui concernaient son client ! « Contrairement à certains qui nous accusent d’espionner ainsi que d’autres choses injustes, nous nous considérons comme des bahaïs iraniens et nous ne nous occupons pas de politique ou de renverser un quelconque régime. Notre regard ne se pose que vers les droits du citoyen. » Il ajoute qu’il a voté pour la première fois lors de l’élection présidentielle de 2009 et qu’il a voté pour Mir-Hossein Moussavi. Il croit qu’il a le droit de voter pour améliorer le futur de son pays.

Le moment le plus amer et le plus triste de la vie de Koroush a été l’accident de voiture de son plus jeune fils qui l’a laissé paralysé dès son enfance à cause d’une atteinte à la moelle épinière. Il a maintenant 20 ans, sa santé mentale est parfaite, il utilise un déambulateur et a besoin d’aide pour se mouvoir. « Mon fils ne me rend visite que tous les six mois à cause de son handicap physique ; le fardeau de s’occuper de tout ce dont il a besoin est retombé sur les épaules de sa maman » dit-il.

Koroush a commencé à fabriquer et à vendre des vêtements à force de travail ; aujourd’hui, c’est un commerçant connu et respecté dans la province du Golestan, au nord de l’Iran. Mais la meilleure nouvelle qu’il ait reçue en prison a été l’admission de son fils aîné, Farès, dans une université américaine où il pourra poursuivre ses études. Quand son fils a quitté le pays pour poursuivre ses études, Kourosh a peut-être ressenti le bonheur et la fierté d’un père dans sa solitude.

Maintenant, il distribue des rations de nourriture déshydratées aux prisonniers du couloir 12. Ces rations sont soit déshydratées, soit de la nourriture brute que les prisonniers cuisineront et consommeront pour suivre leurs régimes. Kourosh accomplit cette tâche avec beaucoup de soin et de persévérance ; quelquefois, il est obligé d'utiliser ses dons de comptable, exactement comme lorsqu’il travaillait, pour garder la trace d’une distribution équitable et pour satisfaire tout le monde.

Il souffre d’un disque lombaire et d’arthrose au genou et est toujours à la recherche de soins ; il apprécie cependant la sympathie et l’humanité de ses camarades de cellule, quelles que soient leurs croyances ou leurs affiliations politiques, et la solidarité sans faille dont ils font preuve. Il croit que le monde repose sur deux piliers, la récompense et le châtiment, et que ceux qui oppriment les autres au nom de Dieu finiront par payer pour leur cruauté.

Farahmand Sanaî, le plus humble des hommes, qui avait un rêve

Quelquefois, les rêves en prison prennent beaucoup d’importance, tant même qu’avant de vous le présenter, je préfère relater le rêve d’un homme de 48 ans dont le visage reflète tout ce qu’il a enduré. « C’est le meilleur rêve que j’ai jamais eu en prison, et j’ai senti que tous mes péchés passés m’étaient pardonnés » dit Farahmand Sanaï.

Dans ce rêve, il sentait qu’il s’envolait vers le royaume des cieux dans un vaisseau spatial de la taille d’un minibus avec 19 bahaïs de Gorgan arrêtés en même temps que lui, sous les mêmes accusations il y a deux ans.

Dans son rêve d’ascension, il voyait Abdoul Baha, le successeur du fondateur de la foi bahaïe, qui lui présentait le prophète de l’islam, Mahimet, son successeur, Ali et son petit-fils Hossein. Saluer tous ces personnages célestes et voir la clarté de leurs visages dans son rêve étaient très doux. Il a même vu Moïse dans son voyage au ciel en forme de rêve et lui a demandé pardon pour toutes les anecdotes qu’il avait écouté sur lui dans le monde temporel.

L’histoire de son rêve a peut-être un sens pour nous aider à comprendre la part de spirituel d’une personne qui a toujours été prêt, sereinement et de bon cœur, à aider tous les prisonniers politiques et les prisonniers de conscience.

Pendant qu’il purgeait sa peine, il a accepté divers missions volontaires comme la lessive, la coordination des heures de visite, être membre du conseil des prisonniers du couloir 12 pour aider ses camarades détenus.

Farahmand Sanaï est l’un des prisonniers de Gorgan qui évite catégoriquement l’implication en politique ; il croit que la politique de nos jours est synonyme de mensonges et de tromperie et qu’elle protège de son ombre de mauvaises actions. Son expérience de vie avec des prisonniers politiques l'a conforté dans son idée.

Il a trois filles de 22, 17 et 16 ans. Farhamand était ascensoriste ; il installait des portes automatiques après ses études universitaires. Il affirme que ses meilleurs moments en prison sont les visites de son épouse et de ses filles.

« C’est sûrement pour ça que tu as accepté de coordonner les heures de visite ! » lui ai-je demandé  en plaisantant. « En fait, depuis que j’ai pris cette responsabilité, je m’accorde moins de temps qu’aux autres pour ne pas qu’ils pensent que je suis injuste envers eux » m’a-t-il répondu en souriant.

Farahmand Sanai a été arrêté en octobre 2012 avec son épouse Farahnaz Tebiani et d’autres bahaïs de Gorgan. Après un mois d’interrogatoires, son épouse a été libérée sous une caution de $50.000, mais Farahmand a été envoyé à la prison de Radjaï Shahr de sinistre mémoire. « Que demanderais-tu à ceux qui t’ont interrogé ou jugé si la situation était juste, claire et équitable, » lui ai-je demandé. Il m’a raconté une autre histoire intéressante. Il rapporte que lors des premiers jours après son arrestation et durant les interrogatoires, le téléphone de celui qui l’interrogeait a sonné et Farahmand a compris qu’il parlait à son fils. Après avoir raccroché, il a dit à Farahmand que son fils se plaignait que ses amis ne l’invitaient pas à leurs fêtes d’anniversaire et qu’il ne pouvait pas assister aux autres fêtes auxquelles il était invité. « A cause de ma profession sensible, je ne peux pas permettre à ma famille de se rendre à beaucoup de fêtes ou de beaucoup voyager. Si un jour, il y a un soulèvement ou un changement de régime, toutes les membres des forces de sécurité comme moi seront plus susceptibles d’être persécutés. » a-t-il dit.

Alors Farahmand, sincèrement et honnêtement lui a dit qu’il pourrait se réfugier chez lui avec sa famille si ce jour arrivait. S’il le désirait, Farahmand et sa famille seraient prêts à l’accueillir.

Celui qui l’interrogeait a été tellement surpris d’entendre ces paroles qu’il n’a peut-être pas pris son offre au sérieux, mais cet homme de Gorgan a prononcé ses paroles si doucement et si sincèrement que je n’ai pas mal à le croire.

Il décrit son humeur en prison comme joyeuse, bien qu’il soit extrêmement difficile pour ses filles d’affronter la coupure du lien affectif avec leur père ; chacune d’elles a des souvenirs inoubliables avec lui.

Pour répondre à une question sur sa vision de l’avenir de ses filles en tant que père, il a répondu sans hésitation : « J’ai longuement parlé avec elles et je crois que toutes ont une idée claire sur ses futures études et carrière : elles seront ingénieurs dans les projets de construction. »

Je l’ai interrogé sur sa journée la plus pénible en prison. Sans hésiter, Farahmand a mentionné le voyage de neuf heures que sa famille doit faire toutes les semaines de Gorgan à Karadj pour lui rendre visite. Il m’a dit : « Un soir, sachant que ma famille était en route pour me rendre visite, j’ai entendu qu’un bus qui allait de Gorgan à Téhéran avait eu un accident et était tombé dans une rivière avec tous ses passagers. Ça a été ma pire nuit en prison puisque c’était ce bus que ma famille prenait toutes les semaines pour me rendre visite. Je me suis tourmenté jusqu’à ce que j’apprenne que ma famille n’était pas dans ce bus. »

 Ces voyages hebdomadaires des familles sont la pire inquiétude des prisonniers de Gorgān. Cette inquiétude ne fait qu’accentuer l’amertume de l’emprisonnement en exil. Presque tous, ont déposé des demandes de transfert dans une prison de leur ville Gorgan pour se débarrasser du problème. D’un autre côté, ils font montre de satisfaction dans leurs conversations. Ce fatalisme religieux et cette soumission à la volonté de Dieu prédomine peut-être parmi ceux qui n’ont commis d’autre crime que d’aider leurs coreligionnaires. Tous les prisonniers politiques et les prisonniers de conscience se considèrent comme les représentants d’une idéologie politique ou d’un courant intellectuel. Bien qu’ils font tout ce qu’ils peuvent pour jouer leurs rôles en traitant bien les autres, en respectant leurs droits et en faisant montre de valeurs morales pour impressionner les autres, la réalité de la vie quotidienne en prison pendant des années permet aux prisonniers d’évaluer leurs fois respectives par l’observation immédiate de leurs conduites dans les conditions les plus dures. C’est là que leurs convictions et leurs allégations sont testées au maximum.  Les bahaïs de Gorgan ont réussi le test à cause de leur simplicité, de la pureté de leurs motivations, de leur volontariat au service des autres et parce que la profondeur de leurs convictions spirituelles est indéniable. Tous sont honnêtes, aiment leurs familles et cherchent toujours à servir les autres. C’est peut-être à cause de l’incapacité de quelques personnes au pouvoir à tolérer les autres idéologies, de leur déni des droits des minorités qu’eux et leurs coreligionnaires ont fini en prison, malheureusement. 

En tant que journaliste et auteur de cet article, j’avais le devoir de décrire impartialement ce que j’ai vu et de raconter l’histoire de ce que j’ai ressenti durant les deux années que j’ai passées en prison avec eux. De mes conversations avec les habitants de Gorgan il résulte qu’ils admettaient tous que leur vie en prison et le sentiment de n’être pas discriminés par leurs codétenus avait été une expérience unique, une expérience qu’ils n’ont pu réaliser qu’en prison, ironiquement. La discrimination comme une ombre sale, avait plané au-dessus de leurs têtes et de celles de leurs coreligionnaires durant toute leur vie, et au-dessus de celles de tous ceux dont l’idéologie différait de celle des dirigeants de notre société.

La douleur de la discrimination est inoubliable, une douleur qui se transforme à tous les instants de la vie en un phénomène étrange dont on ne peut se séparer, la discrimination morbide qui a été abolie dans le monde d’aujourd’hui. La société civile tente de l’éliminer et de créer une nouvelle définition des relations entre êtres humains, et entre nous et notre créateur. A quelle distance nous situons-nous de notre but ?

Source : http://www.roozonline.com/persian/news/newsitem/archive/2014/october/30/article/-1de96b49be.html

dimanche 27 juillet 2014

Tandis que vous lisez cette lettre, je suis derrière les barreaux – Sarang Etehadi

Tandis que vous lisez cette lettre, moi, Sarang Etehadi, j’ai quitté mon domicile avec un petit sac, pour me rendre en prison pendant un an. Les lumières sont éteintes et la bouilloire sur le poêle est vide et froide. Les fenêtres sont fermées et les rideaux tirés. L’odeur de cuisine, l’humidité agréable du rafraichisseur d’air pendant les chaudes heures de midi en été ont été remplacées par la touffeur de l’air humide des coupures d’électricité.

Tandis que vous lisez cette lettre, je suis là, derrière les barreaux, accusé du crime d’être bahaï, coupable de pensée différente, comme tant d’autres accusés de crimes variés. Je ne connais pas les dimensions de ma future cellule ou bien si elle sera claire. Je ne sais pas qui y sera ni ce qu'il adviendra de moi. Mais je sais bien que personne ne m’attend à la maison parce que mon épouse, Nassim est déjà à Evine ; elle a commencé à purger sa peine avant moi. Je pense à elle ; au lieu d’être chez nous, elle se trouve dans une des cellules de cette même prison, loin de la mienne, sous les mêmes chefs d’accusation que moi, toujours aussi injustes et inéquitables.

Tandis que vous lisez cette lettre, j’ai peut-être les yeux fermés, assis au fond de ma cellule, pensant à ma ville, une ville que moi et Nassim aimons, et aussi à notre maison aux lumières éteintes. J’ai probablement le cœur lourd dans le noir ; je me languis du soleil qui est probablement rare en prison.

Je ne veux pas m’imaginer ma ville où les lumières s’éteindraient une à une alors que la prison se remplirait. Je voudrais voir une ville inondée de soleil avec des vêtements colorés fraîchement lavés étendus pour sécher. Une ville qui appartiendrait à tous ses habitants, où les grands-pères s’amuseraient dans les parcs, où les classes seraient pleines de cahiers et de stylos parfumés, pleines d’enfants et de parents, où on ne poserait aucune question sur les convictions des autres. Là, au fond d’une cellule, je voudrais imaginer ma ville en des temps meilleurs, des temps où personne ne serait cité à comparaître pour ses convictions quelqu' elles soient, avec le bruit des rires dégoulinant des fenêtres.

Tandis que vous lisez cette lettre, il serait bon que, vous aussi, vous fermiez les yeux et imaginiez la même ville. Une ville où personne ne serait détenu pour le crime de pensée différente. Dans cette ville, les lumières de chez nous sont allumées, les rideaux sont ouverts et l’odeur du thé fraîchement infusé a rempli l’atmosphère. Nassim est assise sur le canapé ; elle lit un livre. Elle ne me manquera sans doute plus puisque je serai assis près d’elle. Là, au fond de la cellule, j’imagine le sourire de Nassim et le soleil me manque. Ma belle ville, la ville que je n’ai jamais voulu quitter, même si, de toute son immensité, il ne me reste qu’une petite cellule. Une ville dans laquelle je resterai jusqu’à ce qu’elle m’offre une maison aux lumières allumées, habitée d’un sourire amical.

Moi, Sarang Etehadi, je garderai l’espoir durant chacune de mes trois cent soixante-cinq jours en prison, l’espoir que chacune de ces journées sera une étape vers un monde où la tolérance, la compréhension mutuelle et l’amitié remplaceront la violence, la revanche et l’intimidation. Un monde où personne ne sera questionné sur ses convictions ou emprisonné à cause de ses convictions. Un monde où chacun aura sa place sur les bancs d’étude, un emploi pour gagner sa vie, et un lieu pour reposer en paix après sa mort. Un monde où les formulaires ne comporteront plus de question « religieuse », où on n’expulsera plus des emplois ou des universités, où aucun cimetière ne sera plus démoli. Un monde où tous les habitants de la ville auront leur part de soleil. Ce monde viendra, c’est sûr, et le ciel de cette ville sera le témoin de nos rires. J’en suis absolument sûr. Tandis que vous lisez cette lettre, même de l’endroit où je me trouve, au fond de cette cellule, j’imagine votre sourire plein d’espoir. Moi aussi je vous sourirai, avec tout mon espoir, dans l’attente de vos actions, dans le monde entier, jusqu’au jour, qui n’est pas si lointain, où nous rentrerons tous chez nous pour rallumer les lumières et faire régner la clarté pour toujours.

Source : http://iranwire.com/blogs/6272/6075/

mardi 24 juin 2014

Lettre des professeurs bahaïs incarcérés à la prison de Radjaï-Shahr aux intellectuels du pays

Professeurs, étudiants et amoureux du savoir,

Vous intellectuels, érudits et amoureux du savoir, connaissez la place de la science et du savoir dans la découverte des relations, la consolidation des bases de la société, le progrès culturel et l’amélioration de l’humanité. Dans le monde de l’humanité, il n’existe pas d’attribut plus haut que la science, pas de service plus honorable que l’éducation ou la promotion de la diffusion du savoir humain, vous serez d’accord, nous en sommes sûrs, et, au cours de l’histoire, la généralisation de l’éducation a été vantée par de nombreuses nations.

Actuellement, dans cette ère éclairée par la science et le savoir, quand les efforts des géants de ces domaines illuminent la terre et conquièrent l’univers, un groupe est emprisonné pour avoir éduqué la jeunesse de ce pays. Nous, signataires de cette lettre, sommes emprisonnés pour avoir prodigué des cours universitaires et avoir collaboré avec l’Institut Bahaï d’Education Supérieure (BIHE) ; plus qu’à aucun autre moment, nous sommes choqués de l’injustice et de la discrimination qui nous frappent.

Il y a trois ans, le 22 mai 2011, de manière concertée, plus de 35 endroits différents dans des villes différentes ont été attaqués par les agents du gouvernement, et plusieurs dirigeants du BIHE, des professeurs et des consultants ont été arrêtés et accusés d’avoir enseigné dans cet institut et d’y avoir collaboré ; ils ont été condamnés à de longues peines de prison. Actuellement, dix de ces éducateurs purgent leurs peines à la prison de Radjaï-Shahr et trois sont emprisonnées dans la section féminine de la prison d’Evine ; les autres attendent d’être convoqués pour purger leurs peines ou le verdict du tribunal.

Le BIHE a été fondé il y a 27 ans en 1987 pour répondre à l’exclusion des bahaïs de l’université pour que le feu du savoir ne s’éteigne pas dans les cœurs de ces jeunes défavorisés.

Et ceci alors que la Déclaration Universelle des Droits Humains reconnaît le droit à l’éducation comme droit fondamental de tous les êtres humains et que la Constitution de la république islamique d’Iran interdit explicitement de priver quelqu’un de ses droits à cause de la religion et reconnaît l’éducation comme le droit de tout Iranien. Il est quand même surprenant qu’en dépit de toutes les stipulations des lois tant nationales qu’internationales, ce droit fondamental à l’éducation des bahaïs est toujours violé et toute tentative de les éduquer rencontre des obstacles énormes.

Les questions fondamentales sont : « La discrimination et l’exclusion d’un groupe de citoyens iraniens de l’éducation supérieure vont-elles aider notre pays bien-aimé à se développer ? Vont-elles accroître le savoir humain ? Cette discrimination va-t-elle résoudre les problèmes économiques et culturels de notre société ? Est-elle source de fierté et de gloire pour l’Iran ? A-t-elle distingué l’Iran sur la scène internationale ? »

Vous serez sûrement d’accord : la science et le savoir, comme le soleil et la pluie, sont des privilèges universels et des dons divins qui devraient être également disponibles au noble comme au roturier et nous nous demandons pourquoi la pluie de la miséricorde et le soleil de la gloire devraient être octroyés à un groupe de privilégiés et refusés à un autre groupe.

Et donc, si l’on vous demande d’enseigner et d’éduquer ceux qui en ont besoin, vous ne refuserez sûrement pas, vous ne garderez pas votre savoir pour vous seuls et un groupe spécifique.

Croyez-vous qu’il soit juste que des personnes complètement privées de l’égalité des chances et de facilités font tout ce qu’ils peuvent pour entrer dans la science et le savoir pour éduquer les jeunes pour le progrès et l’honneur de ce pays, ils soient dépossédés, interdits et condamnés à ce point pour avoir éduqué et enseigné ?

En tant que serviteurs du mouvement scientifique et universitaire, nous croyons que vous, épris de science et de savoir, estimez aussi la noblesse humaine et l’honneur scientifique et que vous nous considérez pas la discrimination et l’injustice comme licite. Nous espérons que vous, compatriotes bien-aimés, cheminerez en harmonie avec nous pour planter la pure graine du savoir dans le cœur de nos enfants et pour ranimer la flamme du désir ardent de l’éducation en leurs âmes, pour montrer par nos actes que l’Iran est resté le berceau de la civilisation et de la science qu’il était dans les anciens temps.

Sur la scène de la science et de l’éducation, nous avons tous des responsabilités, vous qui vivez librement et ceux d’entre nous qui sommes en prison. Pour honorer le savoir, nous demandons qu’en protestant contre la discrimination et l’injustice, vous, les intellectuels, puissiez créer les conditions nécessaires pour que tous les membres de la société aient droit à l’éducation et à l’égalité des chances, tous quelles que soient leur ethnie, leur race, leur religion et leurs convictions.

Prison de Radjaï Shahr

Mahmoud Badavam - Kamran Rahimian - Keyvan Rahimian – Riazollah Sobhani – Farhad Sedighi – Kamran Mortezaï – Foad Moghadam – Shahin Negari

Source : http://www.irangreenvoice.com/article/2014/jun/12/44119

lundi 23 juin 2014

Nasrine Sotoudeh : tout ce que je veux, c’est mettre fin aux arrestations – Lara Marlowe – 20 juin 2014

Le barreau de Téhéran a donné l’autorisation à Nasrine Sotoudeh de reprendre ses activités. Elle défend des dossiers de bahaïs, de prisonniers politiques et de mineurs.

L’attitude de l’Iran vis-à-vis des bahaïs est l’un des sujets les plus sensibles du pays. Comme leur religion a été fondée après l’Islam, ils sont considérés comme membres d’une « secte déviante ». Les bahaïs occupaient des postes de premier plan sous le shah et leur quartier général est situé à Haïfa en Israël, ce qui nourrit les suspicions du régime. D’après un rapport de l’ONU sur les droits humains en Iran, 136 bahaïs étaient emprisonnés fin janvier.

Il y avait dix bahaïes à la section 290 d’Evine avec Nasrine Sotoudeh. « Je suis devenue amie avec l’une d’elles, Mahvash Shariari » dit-elle.

Mahvash Shariari et l’une des sept dirigeants bahaïs condamnés à huit ans de prison en 2008. On lui avait interdit d’enseigner depuis la révolution. « Nous avons passé beaucoup de temps ensemble à lire et à discuter des livres, dont l’un sur la réforme protestante. »

Les intellectuels réformateurs croient que l’islam révolutionnaire d’Iran est prêt à être réformé.

Elever la voix

Des signes montrent que la proscription dont souffrent les bahaïs pourrait craquer. Avant sa mort en 2009, le grand ayatollah Hossein-Ali Montazéri a publié une déclaration disant que les bahaïs avaient « droit à la citoyenneté et à la vie dans ce pays. » D’autres personnalités de premier plan ont élevé la voix contre leur persécution, dont l’ayatollah Abdol-Hamid Massoumi-Téhérani. Le mois dernier, il a rejoint Nasrine Sotoudeh et d’autres pour commémorer le sixième anniversaire de l’arrestation des dirigeants bahaïs.

« L’élection du président Rouhani a un peu libéré la société iranienne. D’autre part, le nombre d’exécutions est monté en flèche. La justice est encore entre les mains des durs et ils veulent montrer leur puissance. »

20 prisonniers politiques ont été libérés en même temps que Nasrine Sotoudeh. Mais on en a arrêté d’autres. Lors d’une conférence de presse, le 14 juin, Rouhani a promis de s’intéresser à l’arrestation de Sabah Azar-Peyk, journaliste indépendante qui couvrait le parlement.

« Personne ne sait pourquoi elle a été arrêtée parce qu’elle est à la section 209 et il est très difficile de faire sortir des informations de cette section » dit Nasrine Sotoudeh.

« Propagande » en ligne

Une autre journaliste, Maryam Shafipour, a été condamnée en mars à sept ans de prison et deux ans d’interdiction d’accès à Internet. Elle avait utilisé internet pour « diffuser de la propagande contre le régime » et avait participé aux manifestations qui avaient suivi l’élection présidentielle contestée de 2009.

Dans le bureau de Nasrine Sotoudeh, il y a une statue de déesse en bronze tenant la balance de la justice. C’est un cadeau d’un des signataires d’une pétition demandant la fin de la discrimination des sexes dont la plupart ont été arrêtés en 2007. Nasrine Sotoudeh les a défendus.

Nasrine Sotoudeh ignore les comparaisons avec la lauréate du prix Nobel Shirine Ebadi. « Tout ce que je veux, c’est la fin des arrestations. Ce n’est pas encore arrivé. Je veux des procès justes et la fin de la peine capitale. Et ça non plus, ce n’est pas arrivé. »

Source : http://www.irishtimes.com/news/world/middle-east/nasrin-sotoudeh-the-only-thing-i-want-is-to-put-an-end-to-arrests-1.1838730?page=2

dimanche 8 juin 2014

Reste un moment avec moi - Ramin Zibaï




Cher compatriote,

Je m’adresse à toi, témoin de mes souffrances et qui y es indifférent, ainsi qu’à toi qui montres de l’empathie pour mes souffrances et celles d’autres dans cette société. Vois ma douleur. Entends mes lamentations silencieuses. Réfléchis un instant et réponds à ma question. Partage cette réponse, non seulement avec moi mais aussi avec tous les autres et vois où nous en sommes à cette époque historique.

Allez, laisse tomber cette belle mélodie et écoute la musique triste de cette harpe brisée. Reste avec moi un moment et médite sur ce que je dis.

Te crois-tu plus noble que les autres êtres humains ? Crois-tu que l’on t’a créé supérieur à moi ? Ton sang est-il plus pur que le mien ? Pries-tu Dieu mieux que moi ? Est-ce que Dieu t’aime et ne m’aime pas? Qu’en penses-tu ? 

Si tu crois qu’il n’y a pas eu de différences au moment de la création, alors pourquoi toutes ces autres différences ?

Es-tu plus iranien que moi ? Crois-tu aimer ta patrie plus que moi ? Es-tu de ce pays et de la race arienne alors que je viendrais d’un autre pays, d’une autre race ? Et même si c’était le cas, cela changerait-il quelque chose à notre noblesse d’êtres humains ?

Alors, si nous sommes d’un même pays, d'une même race, qu’est-ce qui cause ces différences et ta supériorité sur moi ? Pourquoi devrais-tu avoir un autre espace de vie, pourquoi devrais-tu avoir le droit de te développer et pas moi ? Pourquoi aurais-tu ce droit que l’on m’enlève ? Qu’est-ce qui te fais croire que tu es digne de ces droits et pas moi ? Qu’est-ce qui fait que l’on te donne ces droits dont tu me prives ?

As-tu le monopole du bonheur, du succès et du droit à l’éducation ?

Nous sommes tous deux nés dans le même pays, au même endroit, dans la même patrie. Alors pourquoi aurais-tu le droit de grandir et de te développer dans cette patrie alors que je suis privé de ce droit ?

Si tu conviens que ces distinctions n’ont pas de fondement, alors fais montre d’empathie et accompagne-moi sur le chemin. Profite de tes pensées, de ton point de vue sur le monde et de tes actions pour atteindre la justice, et comprends que ton sentiment de supériorité sur moi nous sépare et nous éloigne.

Alors, n’hésites pas à mettre fin à la discrimination dans la façon dont tu te comportes !

As-tu oublié qu’il y a 14 siècles, du temps du prophète Mahomet, un prisonnier qui éduquait un homme libre était libéré ? Maintenant, c’est le contraire : désormais des hommes et des femmes nobles sont en prison pour en avoir éduqué d’autres. Il y a bien longtemps, l’éducation et le savoir avaient beaucoup de valeur parce qu’ils amenaient la liberté et la rédemption, alors que dans notre monde progressiste et éclairé, ils causent la captivité et l’emprisonnement.

Explique-moi ce qui nous a fait oublier la sagesse et la valeur de l’éducation ?

Dis-moi, compatriote bien-aimé, combien cette discrimination va-t-elle encore durer ? Quand changeras-tu ta façon de penser le monde ?

Voilà maintenant trois ans que mes collègues et moi sommes emprisonnés pour avoir enseigné à l’université bahaïe et nous n’avons pas vu ne serait-ce qu’une lueur de justice. Nous avons sacrifié notre liberté et goûté l’amertume de la captivité pour que toi, mon cher ami, tu puisses te souvenir de la valeur que tes ancêtres accordaient au savoir, qu’ils libéraient les prisonniers de guerre pour honorer ce même savoir et que tu te rendes compte combien, à notre époque, nous avons oublié notre glorieux passé.

Nous continuons à espérer un changement dans ta vision du monde.

Et sois sûr que cela aussi sera accepté et même accepté avec honneur !

Ecrit le troisième anniversaire de mon incarcération, le 21 mai 2014
Ramin Zibaï - Pison de Radjaï-Shahr 

Source: http://www.rahesabz.net/story/82872/

lundi 26 mai 2014

Lettre de Vahid Tizfahm à son fils depuis la prison de Radjaï-Shahr – 16 mai 2014

  
Vahid Tizfahm, un des chefs de la communauté bahaïe, purge actuellement une peine de 20 ans à la prison de Radjaï-Shahr



Samim, mon très chef fils,

Comme tu le sais,  le 15 mai, cela fera six ans que je suis entré en prison. Je suis parfaitement au courant de tous les problèmes et difficultés auxquels tu as du faire face, quelquefois seul et quelquefois avec l’aide des autres. Aujourd’hui, j’ai décidé de me pencher sur ces 32 dernières années pour partager avec toi quelques-unes des expériences douces-amères de ma vie.

Il y a de nombreuses années, quand j’avais neuf ans, les agents de sécurité ont attaqué notre domicile un matin. Après avoir fouillé les pièces, les placards et nos livres, ils ont arrêté mon père qui avait 42 ans et l’ont emmené. Au bout de huit mois de visites hebdomadaires à la prison d’Oroumieh, pendant l’une de nos dernières visites, mon père a demandé à ma mère : « Si Dieu voulait que je donne ma vie pour mes convictions et ma foi, me promettrai-tu de prendre soin de nos enfants et de les élever pour en faire d’honorables membres de la société selon mes vœux ? » Attristée par cette demande, ma mère a répondu : « Oui, je te le promets. Sois rassuré et continue ton chemin fermement. »

Finalement, en mai 1982, durant une visite à la prison, nous avons attendu anxieusement avec mes sœurs et mon frère de trois ans de voir, une fois encore le visage aimant de notre père traverser la salle jusqu’à ce qu’un garde finisse par nous informer que notre père n’était plus là, qu’on l’avait emmené ailleurs. Découragés et déçus, nous sommes rentrés à la maison. Après deux jours passés à faire des recherches et à faire appel aux diverses autorités administratives et légales, nous n’avions reçu aucune réponse définitive ; finalement, de désespoir, nous sommes allés à la morgue du ministère de la justice à Oroumieh, dans l’espoir de trouver notre père. Le fonctionnaire de service nous a dit recevoir plusieurs corps non-identifiés quotidiennement. Voyant que nous insistions, il a reconnu qu’il y avait un corps correspondant à notre description ; il avait reçu trois balles.

Ces années-là, j’étais plein de questions et d’ambivalence ! Pourquoi mon père, un homme dévot, altruiste et honnête, dont le seul crime, alors qu’il était enseignant, était de servir ses compatriotes et les bahaïs dans sa communauté, devait être exécuté ? Ceux qui avaient commis cet acte haineux s’étaient-ils demandé quelle était la cible de leurs balles et pourquoi ? Les bourreaux qui avaient exécuté la sentence s’étaient-ils demandé quel était son crime ? De quoi était-il coupable pour être traité de façon si lâche ? De quoi était-il coupable pour n’avoir pas droit à un avocat, n’avoir pas le droit de se défendre et faire face à un chef d’accusation qui n’avait jamais été étayé par une preuve ? Finalement, il avait été mis à mort uniquement à cause de sa religion, à son ferme refus de renier sa foi, malgré les menaces et les encouragements.

Mon père bien-aimé a perdu la vie parce que ses convictions différaient de celles de ceux qui étaient au pouvoir ; il a perdu la vie à cause de l’absence d’une justice indépendante et équitable et des décisions d’un ou de plusieurs individus pervers et dévoyés. Il voulait témoigner de sa « foi dans l’unité de toute l’humanité et dans le développement et le progrès de l’Iran et de ses peuples en se dévouant et en rendant service à tous ceux qu’il connaissait ». Il avait choisi d’être indéfectible et inébranlable dans ses convictions et de se sacrifier plutôt que de s’accrocher à une existence terrestre de plaisirs matériels, une vie abjecte de déni. Malgré sa profonde dévotion et son amour pour son épouse, ses enfants et ses sœurs, il avai crié son adoration pour son bien-aimé en nous quittant, tenant la photo d’Houshmand, son fils de trois ans dans sa main fermée.

Mon cher Samim, mon précieux fils, l’histoire se répète. Je purge actuellement une peine de 20 ans en exil à la prison de Radjaï-Shahr, une des peines les plus lourdes infligées aux prisonniers de conscience. Durant ces six dernières années, j’ai passé de nombreux mois à l’isolement à la section 209, je t’en parlerai une autre fois. J’ai vécu pendant des mois dans cette prison terrible connue sous le nom de « trou noir » parmi les prisonniers iraniens, dans des cellules de 10 m² pour cinq prisonniers. Bien sûr, il y a trois ans et demi que la prison de Radjaï-Shahr de Karadj est devenue ma maison et mon abri ; c’est l’une des prisons iraniennes de haute sécurité. En dehors de quelques prisonniers politiques et de conscience, la majorité des détenus y sont considérés comme dangereux et sont condamnés à mort. J’ai été détenu 20 mois avant de pouvoir rencontrer mon avocat pendant une demi-heure et sous une surveillance stricte. C’est tout ! Je me souviens qu’un des prisonniers politiques d’Evine qui a été exécuté il y a deux ans m’avait dit : « Les choses changent beaucoup dans notre pays ; ton père n’a pas eu droit à un avocat, mais toi tu en as un et, à la génération suivante, ton fils jouira de tous ses droits légaux de prisonnier ! »

Mon cher fils, après le martyre de mon père, j’ai étudié avec diligence ; bien que, tant à l’école qu’au lycée, j’aie été en but à de nombreuses insultes et discriminations de certains de mes enseignants et camarades de classe, la plupart d’entre eux m’ont soutenu et ont défendu mes droits en tant que bahaï. Après avoir obtenu mon baccalauréat, on m’a interdit d’entrer à l’université, j’ai dû continuer à étudier par correspondance par l’Institut Bahaï d’Education Supérieure. Je n’étais pas le seul. Malgré l’illégalité de l’interdiction, et en violation des droits de la population de la constitution, des milliers de jeunes bahaïs ont été privé d’éducation supérieure dans les universités du pays. Néanmoins, ils se sont efforcés avec diligence de vaincre cette calamité en continuant d’étudier par correspondance, une situation très difficile. Ils ont étudié dans une université fondée en fait pour répondre à ce malheur. En 2002, 19 ans après le martyre de mon père, les autorités ont ordonné la destruction du cimetière bahaï d’Oroumieh. Il nous a fallu transférer les restes de mon père dans un autre lieu et cela nous a rappelé tous les souvenirs amers du passé.

Samim, mon cher fils, durant toutes ces années, ton père a passé son temps et usé son énergie au service de la communauté bahaïe et de ses compatriotes et il n’a jamais laissé passer une occasion de le faire. En fait, je suis coupable de m’être efforcé d’aider et de soutenir les autres. Rien d’autre ! Bien sûr, d’innombrables autres bahaïs dans les villes et villages de notre pays ont enduré beaucoup de ces difficultés et il faudrait beaucoup de temps pour raconter leur histoire.

La société iranienne a maintenant changé et on voit beaucoup de signes de sa croissance et de sa transformation. Par exemple, beaucoup de gens épris de liberté et à l’esprit ouvert de tous les différents groupes sociaux, dont des religieux éclairés, des écrivains libéraux, des journalistes courageux, des avocats indépendants et qui font preuve d’abnégation, ainsi que des militants sociaux, politiques et culturels ont pris conscience de la vérité et ils défendent les droits de tous leurs compatriotes, donc ceux issus de la communauté bahaïe et des gens comme moi.

Mon cher fils, avec cette conscience continuellement accrue, la conscience sociale en plein essor et la sensibilité du peuple iranien qui s’exacerbe pour les droits humains de leurs compatriotes, nous pouvons maintenant espérer un futur plus radieux, la baisse des discriminations et de la persécution des libre-penseurs, des adhérents des idéologies différentes, des minorités ethniques et religieuses et des intellectuels de cette société, tous étant l’honneur de l’Iran. J’ai grand espoir que les adolescents et les jeunes d’aujourd’hui, dont tu fais partie, pourront jouer un rôle important dans la sensibilisation, le progrès dans l’éducation, la justice et l’équité, l’éradication de la pauvreté, la promotion de la moralité et de la spiritualité dans la société iranienne. J’espère qu’ils continueront, avec résolution et abnégation, à promouvoir le développement spirituel, social et économique de notre Iran bien-aimé avec l’aide et la collaboration de nos compatriotes.

Pour développer l’Iran, il faut que chaque Iranien participe, quelle que soient sa classe, son ethnie ou sa religion. Je récite cette prière avec foi chaque soir avant de me coucher : « Oh Dieu bon ! Sois notre soutien et accorde nous la force de réaliser nos vœux, de négliger les biens matériels et fais de ce pays un exemple du monde céleste de l’au-delà. » Et donc, mon cher fils, tes pensées, tes buts et tes convictions ainsi que celles des jeunes de ta génération doivent se concentrer sur la croissance spirituelle, morale et personnelle ainsi que sur l’aide à autrui et plus spécifiquement à vos compatriotes pour que, quand le besoin s’en fera sentir, vous aidiez vos proches en leur consacrant du temps, de l’énergie et que vous utilisiez vos prédispositions pour développer vos potentiels pour qu’ensemble vous continuiez à apprendre par l’expérience, en répandant l’amour et l’unité, en les aidant à lutter pour leur croissance spirituelle, personnelle et matérielle. Vous les jeunes ardents et doués êtes la source de l’amour et de l’espoir de ceux qui ont besoin d’être aidés et assistés et aspirent au bonheur et à une vie meilleure.

Ton père, Vahid Tizfahm,
Prison de Redjaï Shahr
09 mai 2014

Source: http://www.rahesabz.net/story/82744