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dimanche 28 décembre 2014

L’obsédé sexuel qui m’a interrogée – Fereshteh Ghazi


Jusqu’à ce qu’elle soit assise les yeux bandés face à un mur dans une salle d’interrogatoire, Fereshteh Ghazi n’avait jamais imaginé être menacée de viol, ne s’était pas attendue à ce qu’on lui demande d’avouer des relations sexuelles illicites avec des gens qu’elle n’avait jamais rencontrés.

Des centaines de journalistes et de militants politiques ont été arrêtés en Iran, beaucoup ont été soumis à la torture pour avouer des crimes qu’ils n’avaient pas commis et emprisonnés dans des conditions inhumaines, souvent à l’isolement. Ces hommes et ces femmes ont été accusés d’immoralité, d’être des « ennemis de dieu », d’espionnage au profit des de gouvernements occidentaux « hostiles ». La journaliste et militante des droits humains Fereshteh Ghazi a été l’une des premières à parler publiquement de son calvaire, donnant à d’autres femmes reporters soumises à un traitement similaire le courage de raconter leurs histoires.

Saïd Mortazavi, alors procureur général de Téhéran, a ordonné l’arrestation de Fereshteh Ghazi et de plusieurs autres journalistes le 28 octobre 2004. Il a été par la suite suspendu de ses fonctions en 2010 après que trois gouvernements anti-gouvernementaux soient morts en détention à la prison de Kahrizak en 2009. Le 15 octobre 2014, il a fini par être démis de ses fonctions.

L’arrestation de Fereshteh Ghazi et de ses collègues, connue en Iran comme le « dossier des sites web » a beaucoup attiré l’attention des médias internationaux. Après leur libération, les journalistes ont refusé de se taire et ont parlé de ce qui leur était arrivé et des brutalités qu’elles ont subies en prison, y compris des menaces de viol et d’autres formes de torture mentale. Les journalistes ont raconté leurs expériences au bureau de surveillance de la constitution et à l’ancien responsable de la justice, l’ayatollah Hashemi-Shahroudi. 

IranWire a parlé à Fereshteh Ghazi des accusations dont elle a fait l’objet et des menaces de viol répétées.

Avant votre arrestation, imaginiez-vous être accusée de relations illicites ou d’immoralité ?
Non, à l’époque, c’était différent. Aujourd’hui, on menace couramment les gens de viol ou on les accuse de relations illicites qui n’existent pas ou d’actions immorales ; c’est utilisé pour torturer les détenus. A cette époque, on avait bien entendu dire qu’un journaliste arrêté ou un militant politique avait été accusé de choses comme des relations illicites ou d’avoir bu de l’alcool ou encore d’être drogué, mais comme ils n’en avaient jamais parlé, ce n’était pour nous qu’une rumeur. Je n’ai jamais imaginé que si j’étais arrêtée une telle chose m’arriverait.

Comment avez-vous réagi lorsque cela vous est arrivé ?
J’ai été choquée. J’ai été un moment prise de vertige et je n’arrivais pas vraiment à croire ce que j’entendais. J’ai fait une grève de la faim mais sans résultat. Rien n’a changé. Le juge Zafar Ghandi a dit : « Je vais vous montrer ce que nous faisons des prisonniers professionnels ! » Ils croyaient que les grèves de la faim étaient réservées aux prisonniers professionnels.

Comment a-t-il réagi en portant ces accusations ?
Je pense que plus que tout, c’était un obsédé sexuel et qu’il aimait porter ces accusations durant les interrogatoires. Je l’ai entendu dire par mes co-accusées interrogées par la même personne. Le ton de sa voix, sa façon de parler, les mots qu’il utilisait, rien de tout cela ne dénotait une personne normale.

Pouvez-vous nous dire ce qu’il vous a dit ?
Il voulait que j’avoue des relations illicites avec des personnes haut-placées à cette époque, depuis Mostafa Tadjzadeh, Ata’ollah Mohadjerani et Mohammad-Ali Abtahi jusqu’à Khatami lui-même. Je n’ai jamais rencontré certains d’entre eux, j’en ai rencontré d’autres uniquement brièvement. Mais il voulait que j’avoue avoir eu des relations illicites avec eux. Comme je n’ai pas répondu, il a commencé à parler de façon dégoûtante et énervante. Il parlait des relations illicites comme s’il feuilletait un porno.

Vous avez été contrainte à avouer ?
On m’accusait de deux choses et exerçait des pressions sur moi pour que j’en reconnaisse au moins une. Je devais accepter soit les relations illicites soit avouer que j’étais une espionne. J’ai avoué l’espionnage parce qu’il n’impliquait que moi. Si j’avais avoué les relations illicites, d’autres personnes auraient été impliquées.

Vous avez vu le visage de celui qui vous interrogeait ?
Au début, quand j’étais au « centre de détention secret », j’étais toujours interrogée les yeux bandés. Mais une fois, quand il m’a accusée d’immoralité, je me suis levée pour protester et j’ai retiré le bandeau. Il a donné un coup de pied à la chaise par derrière, mon visage a heurté le bras de la chaise et je me suis cassé le nez. Quand j’ai été transférée à la prison d’Evine, les interrogatoires se sont arrêtés. On voulait juste que j’avoue face à une caméra. Je n’avais pas les yeux bandés durant ces sessions. Après ma libération, j’ai compris que c’était le même homme qui avait interrogé mes co-accusées sous des noms différents, Keshavarz et Fallah. Un an et demi après l’arrestation, je me suis rendue à l’étranger ; à mon retour, j’ai été convoquée au ministère du renseignement. Et je l’ai vu, celui qui m’avait interrogée.

Mortazavi a-t-il assisté à certains de vos interrogatoires ?
Une fois, j’ai reconnu sa voix au centre de détention. En tant que journaliste, j’ai assisté à beaucoup de conférences de presse. Avant mon arrestation, il m’avait déjà interrogée une fois. Je connaissais sa voix et ses expressions. Après l’arrestation, il nous a interrogées plusieurs fois dans son bureau.

En tant que procureur, vous a-t-il personnellement accusée d’immoralité ?
Saïd Mortazavi essayait de ne pas dire ce genre de choses en public. Mais une fois, il a expulsé mon avocat de la pièce ; il est passé si près de moi que j’ai senti son souffle sur mon visage. Il m'a dit que tout ce qu’on m’avait dit lors des interrogatoires pouvait se passer. On m’avait menacé de viol à plusieurs reprises : « Il y a beaucoup d’hommes qui n’ont pas vu une femme depuis des années. On va vous mettre dans la même cellule qu’eux ». Ou bien : « Il y a beaucoup d’accidents en Iran. Votre mari sera écrasé par une voiture. » Etc. J’ai été choquée d’entendre Mortazavi dire que de telles choses pourraient se passer. Je voulais porter plainte contre celui qui m’avait interrogée mais le procureur disait la même chose que lui. Ils étaient de mèche.

En avez-vous parlé après votre libération ?
J’avais été très blessée alors j’en ai parlé publiquement. Je pensais que si ceux qui avaient été arrêtés avant moi en avaient parlé, j’aurais au moins évité le choc et j’aurais été mieux préparée aux interrogatoires. Je me souviens que l’atmosphère était si lourde que, lorsque je parlais à mes collègues de cette conduite inhumaine et des accusations d’immoralité, certains me disaient : « N’en parle pas. Ça peut te coûter cher. » Je demandais pourquoi il ne fallait pas que j’en parle. A ma libération, j’ai parlé, plus que du reste, des pressions exercées au travers de ces accusations d’immoralité. Je voulais que ceux qui risquaient d’être arrêtés après moi sachent au moins à quoi s’attendre et sur quoi porteraient les interrogatoires. J’abordais le sujet lors de réunions avec tous les officiels que je rencontrais.
J’avais l’impression que, si l’on abordait le sujet, on pourrait l’éviter. J’avais bien sûr tort. Cela a continué après nous et cela continue toujours.

Avez-vous mentionné les accusations d’immoralité et la façon dont les interrogatoires avaient été menés lors de votre entrevue avec l’ayatollah Hashemi-Shahroudi ?
Quand nous avons rencontré Monsieur Shahroudi nous a dit de ne pas parler des accusations d’immoralité abordées lors des interrogatoires et de nous en tenir aux accusations politiques. J’ai dit que c’était ma principale doléance. En tant que journaliste, je dois savoir pourquoi j’ai été accusée de relations illicites et pourquoi je ne devrais pas en parler. J’ai rapporté tous les détails. Je me sentais si mal que j’ai quitté la réunion en plein milieu. Plus tard, Monsieur Khatami a cité Monsieur Shahroudi disant : « elle se sentait si mal que cela m’a touché »

Qui vous a dit de ne pas parler de ces sujets ?
Quelques personnes qui avaient préparé la réunion. L’assistant de Monsieur Shahroudi. Même certaines de mes co-accusées, qui ne voulaient pas en parler à cause de l’atmosphère qui régnait. J’ai bien sûr tout décrit en détail.

Quelle a été la réaction de Shahroudi quand il a pris connaissance de ces choses?
La première chose que Shahroudi a dite était très intéressante : « Monsieur Mortazavi m’a dit que vous aviez fait des choses vulgaires sur internet. Vous avez publié des images vulgaires des imams chiites, de l’imam Khomeiny, du guide et même de Monsieur Khatami. Les ordinateurs sont mauvais. J’ai un ordinateur à la maison, mais quand je pars, je ferme la porte de la pièce à clé pour que ma fille n’y touche pas et ne soit pas touchée par le vice. »
Monsieur Shahroudi croyait réellement que nous avions créé ces images, par exemple, une de l’ayatollah Khamenei en sous-vêtements, et que nous les avions postées. Voyez plutôt, le responsable de la justice ne connaissait pas les détails d’un dossier dont le monde entier parlait. Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU de l’époque en avait parlé.
Quand nous avons commencé à parler, il était clair qu’il était choqué. On nous avait donné une demi-heure, ensuite nous devions nous rendre à une réunion, une session de conseil suprême de la révolution si je ne me trompe pas. Mais la réunion s’est poursuivie tandis que nous parlions. Monsieur Shahroudi n’a pas assisté à la réunion et a continué à nous écouter attentivement.

La réunion a-t-elle apporté quelque chose ?
Après la rencontre avec Monsieur Shahroudi, nous n’avons plus été convoquées par Mortazavi et on lui a retiré le dossier. Entre notre libération et notre rencontre avec Shahroudi, j’ai été convoquée et interrogée par Mortazavi 13 fois.

Après cette rencontre, vous avez assisté à une session du conseil constitutionnel et vous leur avez parlé des interrogatoires. Quelle a été leur réaction ?
Nous avons rencontré le conseil constitutionnel avant Monsieur Shahroudi. Monsieur Khatami avait chargé le conseil de réviser notre dossier. Nous avons expliqué les problèmes en détail au conseil, des accusations d’immoralité et de sécurité, des accusations d’espionnage aux conduites illégales, des arrestations illégales au centre de détention secret et tout ce qui s’y est passé ainsi que plus tard à la prison d’Evine. Ils ont été profondément touchés.
Mais je me souviens encore de quelque chose pendant cette réunion qui me fait sourire amèrement quand j’y pense. Imaginez, nous avions tout expliqué : les menaces de viol, les menaces d’arrestation ou de meurtre pour les membres de nos familles, les accusations de conduite immorale et d’espionnage, les coups, mon nez cassé. Et soudain, Hashemzadeh Harissi, qui est aussi membre du conseil des experts, m’a interrompu pour me demander : « Madame Ghazi, je n’ai qu’une question : la personne qui vous interrogeait était-elle un homme ou une femme ? »

En ce moment, beaucoup parlent d’expériences similaires. Quand vous entendez parler des personnes récemment arrêtées, cela vous rappelle-t-il votre propre expérience ?
Pour vous dire la vérité, je me sens amère et blessée. J’ai ressenti cela dans ma chair et dans tous mes os. Je suis triste que les efforts de divulgation de mes collègues et les miens, pour que les autorités arrêtent ce processus n’aient mené à rien. Malgré toutes les pressions et les risques, nous ne nous sommes pas tues. Nous avons donné des interviews et nous sommes adressées aux autorités. Certains n’ont pas eu confiance et n’ont pas aimé ce que nous disions. Ils nous ont demandé de nous taire et de ne parler que des interrogatoires sur les sujets politiques et sécuritaires. Nous n’avons pas suivi leurs conseils et avons continué à parler.
Malheureusement, nous avions tort et cette méthode perdure toujours.

Source : http://en.iranwire.com/features/6150/

mardi 29 avril 2014

L’odeur du sang était partout – Nooshabeh Amiri – 28 avril 2014

Nous savons tous que beaucoup d’hommes et de femmes des excès de la première décennie de la république d’Iran des années 1980. Ils ont appris à connaître le régime et sa nature par les excès horribles et affreux et les transgressions de personnes comme le boucher d’Evine Ladjevardi et « frère Hamid ». Deux décennies sont pourtant passées et ces mêmes victimes continuent de souffrir de la douleur infligée alors à leur âme autant qu’à leur corps. La douleur se manifeste et explose souvent à la moindre cause qui déclenchera un suintement de souffrance et de douleur et, de temps en temps on se retrouve projeté entre les murs de la section 350 d’Evine aujourd’hui. C’est l’endroit où règnent la torture, la bastonnade et la violence sous toutes ses formes. Ceux qui perpétuent cette violence sont les « frères » et des hommes pseudo-religieux qui n’ont toujours pas étanché leur soif de sang après s’en être repu pendant plus de 30 ans.

Comme les parents des prisonniers d’aujourd’hui, nous continuons à voir des gens de notre génération aux âmes brisées dont certains sont encore dans des cellules sombres. Ils restent dans ces cellules, craignant à tout instant qu’on ne leur inflige davantage de douleur encore. En prison, nous voyons nos semblables, mais il faut que nous en ayons nous-mêmes fait l’expérience pour vraiment comprendre ce qu’ils nous ont fait, ce qu’ils sont en train de faire maintenant dans la section 350 de la prison d’Evine.

En dépit de tout ce qu’ils ont fait pour nous réduire au silence, pour nous dissuader, nos semblables sont de plus en plus nombreux et nos rêves humanistes sont plus solides que jamais. Si, à notre époque, ces victimes étaient des dirigeants qui soutenaient les travailleurs (comme Rahman Hatefi), de nos jours ce sont des travailleurs qui se moquent de leurs tortionnaire (Sattar Beheshti). Si c’étaient des religieux qui ont passé leur vie derrière les barreaux (comme l’ayatollah Montazéri), aujourd’hui ce sont des religieux qui s’engagent dans des prières pour la liberté (Mohsen Mirdamadi). Si c’étaient des nationalistes qui étaient viscéralement attachés à leur pays (Ezzatollah Sahabi), aujourd’hui ils sont assez forts pour défier leurs tortionnaires en leur demandant de les torturer davantage (Emad Bahavar).

Mais le groupe qui nous fait face est composé des mêmes menteurs qui, hier, signaient les ordres d’exécution d’un clignement d’œil et dressaient immédiatement l’échafaud. Et même quand ils ont versé des larmes de crocodile par opportunisme, ils créent encore des groupes et des institutions comme la prison de Kahrizak ou roulent sur les corps dans la rue. Ce sont des hommes avides de pouvoir qui nomment Mostafa Pour-Mohammadi à la tête de la justice (juge qui a ordonné les exécutions de masse de 1988).

D’un côté de cette bataille entre la vie et la mort se tiennent des hommes qui ne lâchent rien sur leur demande de droits humains, même sous les tortures les plus violentes. Aujourd’hui, leur message est : « Vous avez tort de croire que nous allons vous laisser détruire ceux que nous aimons » à chaque occasion. Ces hommes qui, le jour même où des mères sont tombées après avoir vu les fils torturés et blessés, se sont rasé la tête pour protester, ont regardé les agents du renseignement dans les yeux ; on les a jeté à terre et ils se sont relevé pour montrer qu’ils ne craignaient plus les agents, même si la salle de visite rappelait la prison d’Abu Ghraib.

De l’autre côté se tiennent les alliés de Monsieur Kamenei dont le nombre se réduit. Ceux qui ont remplacé des hommes comme Ladjevardi à Evine et qui jouaient au football en plein champ, sont aujourd’hui obligés de se déplacer en véhicule blindé, ne pouvant faire confiance à personne de leur entourage, chacun d’eux agissant comme un microphone pour son compagnon d’armes. Ces hommes savent trop bien qu’à la fin de la république islamique, ce sera leur tour de faire face à la population et qu’ils devront affronter leur destin.

Nous connaissons des hommes et des femmes dont les voix ont été étouffées dans les cellules d’isolement, dont on a volé la vie, dont on a pris le nom, la maison et la ville. Mais on ne peut leur retirer ni leurs rêves ni leur espoir. L’espoir est bien vivant dans chaque centimètre carré de ce pays.

Aujourd’hui Emad Bahavar, Hassan Assadi Zeydabadi, Abdolfattah Soltani, Hossein Ronaghi Maleki, Akbar Amini, Yashar DaralShafa, Saïd Haeri, Sadigh Kaboudvand, Behzad Arab Gol, Saïd Matinepour, Ghorban Behzadiannejad, Akbar Amini Armaki, Amine Tchalaki, Siamak Ghaderi, Mohammad-Sadegh Rabani Amlashi, Alireza Radjaï, Reza Shahabi, Mohsen Mirdamadi, Mohammad Shodjaï, Gholmareza Khosravi, Soroush Sabet, Soheyl Babadi, Mohammad Davari, Mehrdad Ahankhah, etc… sont des graines dont les bourgeons poussent déjà. Ces hommes qui saignent à chaque bastonnade nous rappellent que le temps n’est pas loin qui verra l'avènement d'un futur différent.

Nous nous lèverons, nous planterons des arbres dans nos blessures, nous nous fortifierons et nous grandirons malgré et grâce à notre douleur. Nous sommes ici et nous y resterons.

Aux détenus de la section 350 d’Evine, je déclare : notre cœur est avec vous ; nous partageons vos douleurs et vos larmes versées. Mais tout ceci, ces jours noirs et amers eux aussi passeront.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/the-smell-of-blood-was-everywhere.html

dimanche 27 avril 2014

Sept détenus de Redjaï-Shahr annoncent leur grève de la faim

Sept détenus de Redjaï Shahr ont commencé une grève de la faim mercredi 23 avril pour protester l’attaque violente contre les prisonniers de la section 350 d’Evine :

Noble peuple d’Iran,

La révolution de 1979 n’était pas un évènement isolé mais un long processus répondant aux demandes et aux besoins du peuple d’Iran. Partant d’une monarchie constitutionnelle, les slogans n’étaient pas un hasard : liberté et justice, le but était le droit du peuple à la souveraineté sur son propre futur. Malheureusement, les années qui ont suivi la victoire de la révolution, les autorités du pays ont, à de multiples reprises, violé les principes enchâssés dans la constitution et relatifs aux droits sociaux du peuple. La justice n’a non seulement pas réussi à être responsable, mais, très souvent, l’institution en elle-même a violé la loi.

Attaquer des prisonniers politiques, les contraindre physiquement et psychologiquement ainsi que leurs familles, cela n’est malheureusement pas la première fois que cela se produit. La maltraitance des prisonniers politiques par les autorités judiciaires est devenue acceptable et les actions criminelles des personnels de sécurité des prisons sont devenues une habitude. Quel dommage que les officiels du régime ne tirent pas la leçon des conséquences de leurs actes : les résultats à court terme produisent des pertes à long terme.

Dans le passé, il n’y a pas eu d’enquête équitable sur les agissements immoraux et illégaux, encore moins de châtiment : les meurtres de Zahra Kazemi, Zahra Bani-Yaghoub, Hoda Saber, Sattar Beheshti ou la tragédie amère des crimes et maltraitances qui se sont passés au centre de détention de Kahrizak, et aucune enquête. Les autorités judiciaires sont devenues plus dures et rigides dans leurs relations avec les prisonniers de conscience et les prisonniers politiques, élargissant le fossé séparant le régime du peuple.

Dans ces conditions, les évènements du Jeudi Noir ont ouvert de nouvelles blessures pour le peuple d’Iran, amoureux de la démocratie et en recherche de liberté. 

Une semaine après les évènements douloureux et inhumains qui ont eu lieu dans la section 350 d’Evine, bastonnades vicieuses ayant causé des blessures terribles aux prisonniers, transfert par la force à l’isolement, aucune autorité judiciaire, administrative ou sécuritaire n’a eu une conduire responsable. Ils ont nié leur responsabilité en fabriquant des mensonges diffusés dans les médias officiels dont la télévision d’état Seda o Sima.

Le chef du Bureau des Prisons qui est officiellement le responsable, a purement et simplement nié les faits, et il a aussi ajouté l’insulte aux blessures en ridiculisant les détenus. Le silence éloquent et le manque de réaction des ministères de la justice et du renseignement est inexplicable et suspect. Il semblerait que ces messieurs aient oublié que le vote de la nation en juin 2013 était « non » aux mensonges, à l’illégalité, à la corruption et à l’incompétence et « oui » aux demandes du Mouvement Vert d’Iran.

Alors nous, prisonniers de conscience et prisonniers politiques de la section 12 de la prison de Redjaï Shahr, en union avec nos amis de la section 350 de la prison d’Evine, avons commencé une grève de la faim le mercredi 23 avril pour protester contre la conduite illégale des institutions judiciaire et sécuritaire et les agissements inconscients des responsables.

Djafar Shahin Eghdami
Reza Entessari
Massoud Bastani
Saïd Razavi Faghih
Mehdi Mahmoudian
Saïd Madani
Mostafa Nili

Prison de Radjaï Shahr 

Source: http://www.kaleme.com/1393/02/04/klm-181991/

dimanche 11 novembre 2012

Témoignage de 41 prisonniers politiques du bloc 350 d’Evine : « Feu Sattar Beheshti a été torturé ! »


D’après les medias, la cyber-police, dépendant des forces de sécurité nationale, ont arrêté Sattar Beheshti le 30 octobre 2012. Le 6 novembre, on a informé sa famille de son décès en lui demandant d’enlever le corps de la morgue de Kahrizak. Pendant toute cette période on a menacé sa famille au cas où l’un de ses membres parlerait sur le sujet à qui que ce soit.

Monsieur Sattar Beheshti était à la section générale 350 d’Evine du 31 octobre au 1er novembre 2012, les détenus de cette section ont donc été les premiers témoins de son état physique et psychologique douloureux ; nous considérons qu’il est de notre devoir national et religieux d’informer l’honorable nation iranienne de l’histoire de Monsieur Beheshti et de ce qui lui est arrivé.

Sattar Beheshti a été inculpé pour ses critiques des autorités au pouvoir sur son blog personnel. Il a raconté aux témoins de la section 350 d’Evine que lors de sa garde à vue au siège de la police, on avait commencé par le rouer de coups alors qu’on l’avait suspendu au plafond, et qu’on avait continué alors qu’il était attaché sur une chaise. Quelquefois, on l’a battu alors qu’il avait les mains liées et d’autres fois, on l’a jeté par terre et donné de forts coups de pieds sur la tête et le cou ; ceux qui l’interrogeaient portaient des godillots de l’armée. Durant ces tortures, on l’a soumis à des malédictions des plus vulgaires et on l’a menacé de le tuer à plusieurs reprises.

Quand il est arrivé à la section 350 d’Evine, on voyait des preuves de torture sur tout le corps de Sattar, il était dans un état physique et psychologique déplorable. Son visage était cabossé, sa tête enflée, les poignets et les bras meurtris et l’on voyait sur ses poignets les marques laissées par sa suspension au plafond. D’autres parties de son corps étaient également meurtries comme le cou, le ventre et le dos.

Bien qu’il ait à peine pu écrire à cause de ces passages à tabac, Sattar a néanmoins déposé une courte plainte auprès des autorités de la section 350 d’Evine ; elle décrivait son état et comment il avait été traité par les agents de sécurité et demandait que son dossier soit suivi.

Son état physique étant loin de la normale, on l’a emmené deux fois au dispensaire de la prison et le médecin et l’infirmière sont aussi témoins de son état.

Le 1er novembre, Sattar, un jeune militant du Mouvement Vert a de nouveau été transféré de la section 350 d’Evine au siège des forces de sécurité. Il était très inquiet en quittant la section et a dit aux autres détenus : « Ils veulent me tuer. » Quatre jours après son transfert, on a informé sa famille de son décès.

Ils sont témoins de cruautés, d’injustices, d’atrocités, de tortures et de meurtres et restent indifférents, sans même perdre une seule nuit de sommeil. Dans les années qui ont suivi l’élection présidentielle de 2009, nous avons à plusieurs reprises été témoins de ce genre de torture de la part des forces de sécurité et de la cuber-police. A la section 350 d’Evine, il y a actuellement des détenus qui ont été soumis à de telles tortures. Nous attestons ici que nous avons été témoins de nombreux cas de torture de détenus par les agents de sécurité de la section 350 d’Evine.

Les actes de torture des criminels de la prison de Kahrizak et des tortionnaires de celle d’Evine ont été rendus publics à plusieurs reprises et sont donc connus des autorités de cet établissement ; nous croyons que, s’ils étaient punis au lieu d’être félicités et promus, il n’y aurait plus de tels actes de tortures haineuses dignes de Kahrizak et plus de meurtres.

Il est maintenant clair pour nous tous que toutes nos protestations contre les dirigeants actuels tomberont dans l’oreille de sourds. Nous présentons nos condoléances à la famille de Sattar Beheshti et à toute la nation iranienne opprimée ; nous rappelons à tous que les dirigeants actuels, qu’ils le veuillent ou non, sont responsables des cruautés, des tortures et du bain de sang injuste de victimes innocentes.

Signé :

Bahador Alizadeh
Reza Ansari Rad
Hossein Assadi Zeidabadi
Ibrahim (Nader) Babaï Zeydi
Emaad Bahavar
Seyed Ali Reza Beheshti Shirazi
Amid Behroozi
Seyed Mohammad Ali Dadkhah
Amir Khosro Dalirsani
Mohammad Davari
Mohammad Ebrahimi
Amir Eslami
Jafar Gandji
Amir Garshasbi
Siyamak Ghaderi
Abolfazl Ghadiani
Ali Akbar Ghoti
Mohammad Amin Hadavi
Seyed Ahmad Hashemi
Siavash Hatem
Afshin Karampour
Hamid Reza Karvasi
Omid Kharazmian
Mehdi Khodaï
Farshi Lahouti
Mohsen Mirdamadi
Abdollah Momeni
Mostafa Nili
Mohammad Hassan Youssef Pourseyfi
Ali Reza Radjaï
Mohammad Rezaï
Farzad Rouhi
Mohsen (Bahman) Sadeghi Nour
Edris Seyedin
Pouria Shahpari
Abdolfatah Soltani
Mohammad Farid Taheri Ghazvini
Amin Tchalaki
Mohammad Ali Velayati
Farshid Yadollahi
Hossein Zarini

Source: Kaleme http://www.kaleme.com/1391/08/20/klm-119438/

mardi 13 mars 2012

Les mères du Parc Laleh Park dénoncent la persécution des militants - 10 mars 2012


 Les Mères du Parc Laleh et ceux qui les soutiennent ont publié une déclaration mettant en cause les lourds verdicts de la justice iranienne à l’encontre des militants des droits humains.

Zamaneh rapporte que les Mères du Parc Laleh ont publié une déclaration disant : « Alors que la possibilité d’une vie humaine s’évanouit pour le peuple iranien, surtout pour ceux qui sont épris de liberté, les criminels prennent de l’envergure et qu’il n’y a plus de tribunaux justes capables de répondre au peuple. » 

La déclaration se rapporte aux verdicts sévères récemment énoncés à l’encontre de l’avocat des droits humains Abdolfattah Soltani et la dirigeante en second du Centre des Défenseurs des Droits Humains, Narges Mohammadi, opposant leurs sorts judiciaires avec celui de Saïd Mortazavi, le célèbre ancien procureur de Téhéran. Il a été révoqué après que les tortures scandaleuses et la mort des détenus du centre de détention de Kahrizak aient été dévoilées.

Les Mères du Parc Laleh écrivent : « Le juge Mortazavi, dont tout le monde connaît les nombreux crimes, a été renvoyé après que les délits de Kahrizak aient été révélés. Mais, non seulement il n’a pas été jugé, mais il a été nommé à la tête de la brigade luttant contre le trafic de drogue. Et maintenant, il a été nommé à la tête de l’Organisation de la Sécurité Sociale. »
Une enquête spécifique du parlement a accusé Mortazavi d’avoir directement ordonné le transfert d’un groupe de détenus arrêtés après les élections au centre de détention de Kahrizak qui avait conduit à la torture de nombreux détenus et à la mort d’au moins trois des manifestants en juillet 2009.

Mortazavi aurait dit qu’il avait été acquitté de toutes les charges pesant contre lui.

Les Mères du Parc Laleh condamnent le traitement réservé à Soltani en prison, citant des rapports indiquant qu’il avait subi des pressions pour témoigner contre sa propre organisation, le Centre des Défenseurs des Droits Humains, et aussi contre sa collègue, la lauréate du prix Nobel Shirin Ebadi.

Soltani vient d’être condamné à 18 ans de prison plus à une peine d’exil. On lui a également interdit de travailler dans le domaine juridique pendant 20 ans.

Les Mères du Parc Laleh expriment aussi leur solidarité avec les familles des prisonniers politiques qui se sont rassemblées à Shoush cette semaine devant le bureau du ministère du renseignement de cette ville. La déclaration ajoute que ces manifestants affirment que leurs proches sont détenus sans accès à une représentation légale et sans être formellement accusés. Ils déclarent aussi que les forces de sécurité soumettent les détenus à la torture, à des outrages et à l’isolement.

Les Mères rapportent que le rassemblement a été attaqué par les forces du gouvernement, les manifestants se couvrant alors la tête du Coran pour se protéger des bastonnades.

Le mois dernier, plus de 60 personnes ont été arrêtées à Shoush et dans d’autres ville de la province du sud-ouest le Khouzestan. Les familles de deux détenus, Mohammad Kaabi et Nasser Abolshokeh ont été informées par les autorités qu’ils étaient décédés en détention ans leur donner plus d’explication.

Les Mères du Parc Laleh, connues aussi sous le nom de Mères en Deuil d’Iran, est un groupe formé par des mères qui ont perdu leurs enfants pendant la répression des manifestations après les élections présidentielles de 2009. Les membres demandent des comptes au gouvernement pour les morts, les arrestations et les disparitions de leurs enfants.

Source : http://www.radiozamaneh.com/english/content/mothers-laleh-park-denounce-persecution-activists

lundi 1 août 2011

Les Mères du parc Laleh (Mères en deuil d’Iran) exigent une enquête immédiate sur la terrible situation des prisons iraniennes


Aucun humain épris de liberté ne peut se taire en entendant les terribles nouvelles qui sortent de temps en temps des prisons iraniennes . Ces nouvelles racontent l’histoire d’une catastrophe humaine massive qui se passe quotidiennement dans toutes les prisons du pays, qu’elles soient grandes ou petites, célèbres ou inconnues.

D’après les prisonniers, des simulacres d’exécution, les viols, les ongles arrachés, les têtes de prisonniers enfoncées dans la cuvette des toilettes, les attaques de chiens méchants, la torture de membres proches de la famille, la prise forcée de neuroleptiques jusqu’à être réduits à l’état de légume, les longs interrogatoires, nus, les humiliations sexuelles, les flagellations, la privation de sommeil, l’enfermement dans une petite cage, les longues détentions à l’isolement, les menaces et les mensonges, voilà les tortures les plus communes dans les prisons de la république islamique. Mais torturer les prisonniers pour leur extorquer de faux aveux ne constitue qu’une partie de leurs crimes et  ce que l’on fait quotidiennement subir aux prisonniers politiques ou de droit commun, jeunes ou vieux, hommes ou femmes est horrible et inhumain.

Certaines des lettres que les prisonniers ont réussi à faire sortir décrivent la catastrophe en cours dans les prisons. En écrivant ces lettres, les prisonniers risquent leurs vies avec l’espoir qu’au dehors, quelques personnes les entendent et venir à leur secours.

La deuxième de ces terrifiantes lettres provient du journaliste emprisonné Mehdi Mahmoudian qui est toujours torturé pour avoir fait sortir une première lettres révélant les crimes commis à la prison de Kahrizak. A cause de cette seconde lettre, il a été transféré à l’isolement et a du être hospitalisé suite à une grève de la faim et de la soif. Kahrizak est cette prison célèbre où des manifestants arrêtés lors de l’été 2009 ont perdu la vie peu de temps après leur arrestation. Le régime a bien essayé de réparer les dégâts en la fermant temporairement et en jugeant certains de ses petits chefs à huis clos, mais des crimes plus grands encore ont encore lieu dans les prisons ; les prisonniers meurent à petit feu.

Dans sa deuxième lettre écrite de la prison de Redjaï-Shahr, Mehdi Mahmoudian révèle la terrible situation et parle des tortures sauvages qu’ont y pratique. Les gangs de trafiquants de drogue qui y sévissent, le grand nombre de drogués, les viols et le commerce d’êtres humains et les échanges sexe contre drogue ont causé une épidémie de sida et d’hépatite.

Seyed Zia Nabavi, ancien étudiant, qui purge actuellement une peine de 10 ans à la prison Karoun d’Ahvaz, relate la situation terrible de cette prison. Le nombre de prisonniers est trois fois la capacité nominale de la prison et un tiers d’entre eux sont contraints de dormir par terre, un tiers dort dans une petite cour, s’abritant dans les toilettes quand il pleut. Malheureusement, après chaque averse un peu forte, les égouts se déversent dans la cour et les prisonniers n’ont d’autre choix que de supporter l’odeur pestilentielle, de manger, de dormir, de « vivre » parmi les cafards et les rats. A l’heure de la promenade, il y a trois prisonniers marchant et fumant par mètre carré. « Au-dessus de la cour se trouve un treillis qui limite l’arrivée d’air frais et ajoute encore à la touffeur extrême des étés d’Ahvaz, ce qui non seulement prive les prisonniers de la joie de voir le ciel mais les transforme aussi en animaux en cage. »

Une autre lettre révélatrice a été écrite par neuf prisonnières récemment transférées à la prison de Gharchak dans la banlieue de Varamine ; elle nous raconte les horribles conditions de cette prison. Bien qu’elles aient toutes été transférées de nouveau dans d’autres prisons depuis, il est douloureux de savoir que d’autres femmes et jeunes filles souffrent dans cette prison.

Le nombre de détenues excède plusieurs fois la capacité de cet ancien élevage de poulets. Elles souffrent non seulement du manque d’hygiène et de ventilation mais aussi de la faim, de l’insécurité, on les punit en les battant avec des matraques et en leur arrachnat les ongles.

Extraits de cette lettre :
« La prison Ghartchak de Varamine comporte sept cellules dont chacune a une capacité de quelques dizaines de prisonnières mais qui en abritent chacune 200. Le manque de ventilation ainsi que les odeurs de gaz provenant des égouts ont causé des problèmes respiratoires à beaucoup de prisonnières. Il y a deux salles d’eau et deux toilettes pour plus de 200 prisonnières. En raison de ces restrictions, beaucoup de prisonnières utilisent l’espace entre les bâtiments pour se laver. N’ayant pas d’autre point d’eau, les prisonnières sont obligées d’utiliser les robinets des toilettes pour faire leur vaisselle et leur lessive. Trois repas quotidiens sont censés être servis à la cantine mais en raison du manque de nourriture, plusieurs prisonnières ne les ont pas eu la semaine dernière. Chaque repas consiste en deux tranches de pain rassis et une pomme de terre ou une petite portion de pâtes. Et l’on voit les résultats de la malnutrition surtout qu’il y a beaucoup de prisonnières mineures. En raison du manque de nourriture, les combats sont permanents et on appelle la cantine la « pièce où l’on se bat ».

Nous avons de temps en temps des nouvelles des prisons de Shiraz et elles sont inquiétantes. Par exemple, les rapports sur la mort suspecte du militant politique Réza Mohammadi. A la famille, qui n’avait pas eu de nouvelles depuis longtemps, on a annoncé que la cause de la mort était « un chute sur le sol des toilettes ».  Non seulement on n’a pas rendu le corps à sa famille en dépit de ses demandes répétées, mais on l’a intimidée, les services du renseignement allant jusqu’à arrêter son frère pour l’empêcher de répandre la nouvelle de sa mort.

De la prison de Sanandadj, au Kurdistan, nous entendons que le ministère du renseignement et les gardiens de la révolution humilient et mettent les prisonniers sous pression pendant les interrogatoires, leur rendant la vie insupportable. Les gardiens attaquent les prisonniers politiques, les battant et détruisant ou emportant le peu qu’ils possèdent.

Les nouvelles de la prison Vakil Abad de Mashhad nous parlent non seulement d’exécutions de masse mais aussi de conditions généralement inhumaines. Seyed Hashem Khastar, représentant des enseignants au conseil des éducateurs et qui y est détenu, a écrit au responsable national de la justice ; dans cette lettre il dévoile quelques détails sur la prison : les prisonniers, quatre fois la capacité nominale de la prison, se voient refuser leurs droits les plus fondamentaux et il compare la prison aux « camps de la mort d’Hitler ».

En général, la surpopulation, la non ségrégation des prisonniers en fonction de leurs prétendus crimes, l’insécurité, le manque criant d’installations sanitaires et d’accès aux soins médicaux, le manque ou l’interdiction des mass media comme les journaux ou la radio, les droits d’appels téléphoniques et de visite, indiquent non seulement le mépris des règlements des prisons, mais aussi le mépris des droits humains en prison, ce qui n’est qu’une petite partie du plus vaste problème des violations des droits humains en ce pays.

Comment se taire lorsque nous voyons de nos yeux les meilleurs de nos enfants souffrir d’une telle situation ? Face à cette situation, il ne s’agit plus seulement d’exiger la libération de tous les prisonniers politiques. Ce qui se passe dans les prisons de la république islamique est contraire à la dignité humaine et s’est le devoir de toute personne éprise de justice de se soulever contre cette situation.

Les Mères du Parc Laleh (Mères en Deuil) et leurs sympathisants, en plus de souligner leur juste demande de libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques, demandent que jusqu’à ce que cela advienne, leur sécurité et leur bien-être soient garantis, que tous leurs droits, ainsi que ceux des prisonniers de droit commun, soient respectés en accord avec les règlements des prisons et que les prisons qui ne répondent pas aux normes internationales soient fermées. Luttant main dans la main avec les familles des prisonniers politiques, nous demandons à tous ceux épris de liberté et aux organisations internationales de défense des droits humains de soutenir nos exigences et d’obliger la république islamique d’Iran à se conformer aux lois internationales vis-à-vis de ses citoyens.

Nous exigeons la fermeture immédiate de toutes les prisons illégales et non enregistrées, l’accès à l’hygiène et aux soins médicaux (en particulier pour les femmes et leurs enfants), la séparation des prisonniers en fonction de leurs crimes et enfin le respect des droits fondamentaux des prisonniers, qu’ils soient politiques ou de droit commun.


Source: http://www.madaraneparklale.org/2011/05/mothers-of-laleh-park-mourning-mothers.html

samedi 23 juillet 2011

Akbar Amini, l’homme qui a grimpé en haut d’une grue


Tôt le matin du 14 février 2011, un jour où Moussavi et Karroubi avait appelé à des manifestations de masse, un homme est monté en haut d’une grue à Téhéran, portant un bandeau vert sur la tête, un long morceau de tissu vert et une photo de lui. Il a été arrêté et emmené en prison où il est resté jusqu’au 16 juillet.

Voici un extrait d’un article de Kalameh, écrit par un codétenu d’Amini et racontant son histoire.
Le codétenu d’Akbar Amini raconte qu’Akbar est appelé « la grue » par les autres prisonniers. Même les équipes de football et de volley-ball dans lesquelles Akbar joue sont appelées « la grue ».
Akbar Amini, comme beaucoup d’autres Iraniens, est descendu dans la rue après les élections présidentielles truquées de juin 2009 pour demander « où est mon vote ».

Amini dit que le 22 juin 2009, un jeune homme l’a contacté dans son magasin sous prétexte d’acheter plusieurs ordinateurs pour un organisme gouvernemental. Le jeune homme est venu au magasin, lui a parlé quelques minutes de l’achat des ordinateurs puis est parti pour amener ses collègues pour qu’ils achètent les ordinateurs. Quelques minutes plus tard, le jeune homme est revenu accompagné de 8 hommes en armes. Ils ont arrêté Akbar Amini, lui ont confisqué son ordinateur personnel et l’ont emmené au bloc 209 d’Evine (la section du renseignement) et l’ont enfermé dans la cellule d’isolement 102.

Trois jours plus tard, on a commencé à interroger Amini. Il a été battu pendant les interrogatoires. Au bout de 45 jours d’isolement, on le transféra avec 190 autres prisonniers à la section 7 d’Evine.

Peu de temps après ce transfert, un homme nommé Haydarifar sélectionnait des détenus pour répéter les procès mis en scène qui allaient se tenir dans quelques jours. On leur disait ce qu’ils devaient dire durant le procès.

Ces répétitions de procès se déroulaient comme un vrai procès. Durant les répétitions, il y avait ceux qui posaient les questions, les procureurs et un juge de permanence. Même le juge Mortazavi (alors procureur de Téhéran) est venu et a supervisé les répétitions plusieurs fois.

Parmi les détenus, certains avaient été transférés de Kahrizak. Leurs histoires étaient horrifiantes, des rapports de viols par des matraques, de passages à tabac avec des câbles et des flagellations.

Le 12 août 2009, plusieurs membres du parlement se sont rendus au bloc 7 pour l’inspecter. Alaedin Boroudjerdi de la commission nationale de sécurité et Omidvar Rezaï, Ghodratollah Alikhani et Zohre Elahyan ont posé aux détenus des questions sur leur situation en prison. Ils étaient accompagnés d’une équipe qui enregistrait tout.

On parla aux parlementaires des longs interrogatoires, des prisonniers pendus par les pieds pendant de longs moment, de prisonniers pendus par les pieds à demi nus quelquefois, de prisonniers jetés dans l’eau puis battus par des bâtons électriques, ce qui est très douloureux.

Les parlementaires furent bouleversés par ce qu’ils entendaient, certains pleurèrent même. Ils promirent aux détenus qu’ils seraient libérés et leur demandèrent de venir au parlement après leur libération pour qu’ils puissent les aider. Akbar Amini et beaucoup des autres 190 détenus furent relâchés le jour même. 

Après leur libération, Akbar et d’autres se rendirent au parlement mais les députés refusèrent de les recevoir, on leur envoya même les gardes. Ils laissèrent des messages pour les députés Omidvar, Rezaï et Alikhani mais ne reçurent jamais de réponse.

Akbar Amini était bouleversé, il se sentait insulté et commença à penser à un plan pour que le monde entier puisse l’entendre.

L’immolation du Tunisien l’inspirait ; il pensa à l’imiter puis décida que cela n’attirerait pas tant d’attention en Iran à cause de la situation et des restrictions imposées aux médias.

Il se décida à grimper sur une grue. La manifestation du 14 février était le jour idéal.

Pour beaucoup, le 14 février 2011 marqua la résurgence du Mouvement Vert. Il y avait beaucoup de jeunes, de femmes et d’hommes qui avaient l’impression que personne n’entendait plus leurs voix. Ils aimaient leur pays, certains avaient combattu l’Irak pendant 8 ans et ils pensaient qu’ils méritaient mieux maintenant, ils n’étaient pas des saboteurs.

Akbar souligne le mot « saboteurs » utilisé par le gouvernement pour décrire les manifestants et dit : « le gouvernement doit nous écouter ».

Avant la manifestation du 14 février, Akbar se prépara à grimper en haut d’une grue et choisit le lieu le plus en vue pour le faire.

Le 14 février, il remplit un sac à dos de quelques boîtes de thon, d’eau, de pain et de vêtements chauds. Il voulait rester là-haut plusieurs jours. 

Tôt le 14 février, Akbar se rendit à l’endroit choisi. Il prit son sac à dos, une grande photo de lui, une photo de son fils de 10 ans, un grand drapeau frappé d’un point d’interrogation au milieu, un morceau de tissu de 2 mètres et un bandeau vert.

Il avait peur, il tremblait et commençait à ruminer. Il pensait qu’il pourrait tomber et mourir et ne voulait pas que les médias pensent qu’il s’agissait d’un suicide.

Il grimpa en haut de la grue, il était 6 heures du matin et il n’y avait pas encore beaucoup de circulation. La première personne qui le remarqua fut un policier qui réglait la circulation. Il était 7 heures 20 quand un camion de pompiers, toutes sirènes hurlantes arriva. Des gens s’étaient rassemblés au pied de la grue. On le photographiait, les voitures klaxonnaient, on lui faisait signe, on sifflait d’admiration.

Akbar ne savait pas alors qu’il faisait la une des sites d’information.

Le lundi est jour de visite au bloc 350. Ce lundi 14 février, la nouvelle dont tout le monde parlait dans le bloc 350 était cet homme qui avait grimpé en haut d’une grue.

Akbar dit qu’il savait qu’il faisait la une au nombre de gens et de forces de police au pied de la grue.

Le toit du bâtiment le plus proche de la grue était plein de policiers, de gardes et de forces en civil. Beaucoup filmaient ce qui se passait.

Les hommes en civil le menaçaient de mort, certains le poussaient à sauter et la police lui demandait de descendre.

Un officier de police nommé Mostafanejad demanda à Akbar de descendre, lui promettant d’écouter ce qu’il avait à dire. Akbar répondit : « Où étiez-vous pendant qu’on me torturait ? »

Akbar dit qu’il voyait la police et les manifestants s’affronter dans la rue, qu’il entendait clairement les slogans : « Pas de dictateur qu’ils soient à moto ou à chameau » (référence aux évènement d’Egypte). 

Il était 9 heures quand il vit sa mère en bas en larmes. Un policier menaça de l’abattre. Akbar s’attacha immédiatement à la grue à l’aide d’une corde qu’il avait apportée. Il pensait que s’il était abattu, il voulait se balancer du haut de la grue et ne pas tomber.

Finalement, la police réussit à l’arrêter à l’aide d’une grue hydraulique et elle le fit descendre. On le tira, on le poussa, on lui donna des coups de pied, il était en sang.

Il le tirèrent jusqu’au toit adjacent, tous les policiers présent lui donnèrent des coups de pied et l’insultèrent. On l’emmena dans un appartement de cet immeuble. En chemin ils continuèrent à le frapper.

Ils demandèrent au propriétaire de l’appartement de partir et commencèrent à l’interroger tout de suite. Akbar était en sang, ses vêtements étaient déchirés. On lui dit de se préparer à une interview télévisée. Ils voulaient la diffuser avant la manifestation prévue l’après-midi.

Le même officier, Mostafanejad, dit à Akbar qu’il devrait dire qu’il avait été payé par le mouvement séditieux. Il dit aussi à Akbar qu’il devrait nommer un pays étranger qui l’avait payé. Il mentionna à plusieurs reprises qu’Akbar devait dire avoir été payé par les USA et Israël.

On le menaça d’être exécuté s’il n’avouait pas avoir reçu ses instructions des Monafeghin (OMPI). 

Pendant l’interview, Akbar ne suivit pas leurs instructions. Il répéta simplement qu’il manifestait et qu’il voulait juste que d’autres entendent sa voix. On le transféra aux forces de sécurité où il fut de nouveau battu.

Beaucoup avaient entendu la voix d’Akbar. Le soir, les médias nationaux relatèrent qu’il avait grimpé sur une grue mais dire qu’il souffrait de désordres mentaux.

Cet après-midi là, des milliers descendirent dans la rue. Le Mouvement Vert avait une fois de plus montré sa force.

Beaucoup de jeunes arrêtés ce jour-là se trouvaient au bloc 350 d’Evine ; ils disaient qu’Akbar en haut de sa grue avec le tissu Vert les avait motivés à sortir et à se joindre à la manifestation de l’après-midi.

Source: http://www.kaleme.com/1390/03/09/klm-59591/

mardi 30 novembre 2010

Le Viol en Iran - Kate Allen

« Le viol n’est pas un coup porté à une personne mais à toute une famille. Une victime de viol ne guérit jamais au fil du temps qui passe. A chaque regard du père, les blessures se rouvrent. » Bahareh Maghami victime de viol en Iran, Avril 2010

Répercutant les rapports des groupes de droits humains, les médias britanniques se sont récemment fait l’écho du cas d’une jeune femme d’Iran, « Leyla » qui a été enlevée, détenue et violée par les forces de sécurité de ce pays parce que son fiancé était impliqué dans les manifestations qui ont suivi les élections présidentielles controversées de l’année dernière.

C’est une histoire terrible et malheureusement pas unique. Suite aux manifestations post-électorales, les autorités iraniennes ont réprimé avec une incroyable sévérité quiconque ressenti comme impliqué dans la critique du statu quo. Des milliers de personnes ont été arrêtées, les étudiants, les avocats, les journalistes, les syndicalistes et les militants des droits humains étaient plus principalement visés. Des centaines de personnes ont ensuite été jugées de façon inéquitable lors de « procès mis en scène » de masse et certains ont été exécutés. Mais au fur à mesure des libérations, les détails des maltraitances, y compris de viol d’hommes et de femmes, revenaient de plus en plus souvent.

Les autorités iraniennes reconnaissent quelques maltraitance au centre de détention de Kharizak, dont les anciens détenus sont sortis avec des histoires de viol, de torture et d’une situation atterrante qui a conduit a au moins trois morts, mais en dehors de ça, la réaction du gouvernement iranien a été de réfuter et de réprimer toutes les autres allégations de maltraitance.

Ebrahim Sharifi, étudiant de Téhéran de 24 ans, a été arrêté par des fonctionnaires de la sécurité en civil en juin 2009 et été mis à l’isolement pendant une semaine avant d’être relâché. Il a dit à Amnesty avoir été attaché, les yeux bandés et battu avant d’être violé. Il a aussi été soumis à des séries de coups et à des simulacres d’exécution.

Quand il a tenté de porter plainte, les agents du renseignement l’auraient menacé ainsi que sa famille. Le juge en charge du dossier lui a dit : « Peut-être vous a-t-on payé…si vous persistez dans votre plainte, vous le paierez certainement en enfer. » La commission d’enquête judiciaire a déclaré que ses allégations de viol étaient fabriquées de toutes pièces et avaient des motifs politiques.

Deux anciens membres de la milice bassidj soutenue par le gouvernement et vivant désormais au Royaume Uni ont dit aux médias britanniques qu’ils ont été témoins de viols systématiques d’hommes et même de jeunes hommes dans un parc de la ville méridionale de Shiraz. D’autres membres de la bassidj ont poussés des jeunes hommes et même de jeunes garçons dans des conteneurs maritimes dans le parc où les viols avaient lieu. Ils se sont plaints tous les deux à leurs supérieurs ce qui les a conduit à être obligés de quitter l’Iran.

Les détenues relatent fréquemment des insultes sexuelles et des menaces de viol. Zahra Kamali, étudiante arrêtée en juillet 2009, a raconté à Amnesty International que ceux qui l’interrogeaient l’avaient accusé de vouloir coucher avec d’autres hommes et avaient tripoté sa poitrine. Elle a dit que sa codétenue d’alors, une militante féministe, avait été encore plus maltraitée. « Elle nous a dit qu’on lui avait fixé des câbles électriques sur les mamelons et donner des chocs électriques. Elle allait si mal qu’elle s’évanouissait parfois dans la cellule. »

Ce sont les femmes qui sont le plus discriminées par la loi iranienne ; le témoignage d’une femme au tribunal par exemple ne vaut que la moitié de celui d’un homme. Ceux qui font campagne pour les droits des femmes continuent à être harcelés, intimidés et arrêtés. Amnesty fait campagne pour Ronak Safazadeh, qui a fait campagne pour les droits des femmes, emprisonnée en 2009 pour 5 ans sur des accusations qui semblent forgées de toutes pièces.

Tous les viols sont de graves violations des droits humains. Mais la violation a encore plus de sens quand le violeur est un fonctionnaire. Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture affirme que le viol est une torture quand il est perpétré par des fonctionnaires ou à leur instigation. Les organismes internationaux et régionaux de défense des droits humains ont entériné le fait que le viol par des fonctionnaires est toujours une torture et ne peut être considéré comme un simple acte criminel.

L’usage du viol comme forme de torture (ou comme une arme de guerre) ne se limite certainement pas à l’Iran. Mais ça ne veut pas dire que ces rapports puissent être ignorés. Une enquête international sur les droits humains en Iran a été refusée par le gouvernement : il n’a pas donné son autorisation d’entrée à 8 rapporteurs des droits humains de l’ONU et il utilise les réunions de l’ONU pour réfuté les rapports sur les violations des droits humains.

La situation des droits humains en Iran est devenue si terrible qu’Amnesty International, Human Rights Watch et d’autres organisations en ont appelé la semaine dernière au Secrétaire Général de l’ONU pour qu’il nomme un émissaire spécial pour enquêter et faire un rapport plus détaillé sur la situation des droits humains en Iran.

Tout ceci n’améliorera pas beaucoup la situation de ceux mentionnés dans cet article comme Leyla, Ebrahim et Zahra. Mais la communauté internationale doit s’assurer, pour eux et pour d’autres innombrables Iraniens, qu’on ne se concentra pas uniquement sur les plans nucléaires de l’Iran mais aussi sur les droits humains de son peuple.

Kate Allen, Directrice d’Amnesty International pour le Royaume Uni

Source: http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/middleeast/iran/8102358/Rape-in-Irans-prisons-the-cruellest-torture.html

vendredi 26 novembre 2010

Lettre ouverte du défenseur des droits humains, l’avocat Mohammad Mostafaï au guide suprême iranien Ali Khamenei

A son excellence l’ayatollah Khamenei, dirigeant de la république islamique d’Iran, salutations.

C’est la première fois que je vous écris, ce sera aussi la dernière. Je m’adresse à vous car je pense que vous n’avez pas les qualités nécessaires pour diriger un pays et un système démocratiques. Vous savez très bien que vous avez pris le gouvernail du pouvoir par la tromperie, le mensonge, l’hypocrisie et la duplicité et obtenu le titre d’ayatollah par recommandation et opportunisme et êtes devenu le dirigeant de l’Iran sans le mériter après la mort de l’imam Khomeiny. En tout cas, le destin vous a amené à diriger un pays qui compte une diaspora de huit millions d’âmes qui ne peuvent revenir dans leur patrie à cause de votre incompétence et de la mise en place d’un système dictatorial et non démocratique. J’espère que vous lirez cette lettre écrite par un enfant de ce pays, ou à tout le moins que l’on vous la fera passer après que vos « agents anonymes » l’aient lue.

Mr. Khamenei,

J’avais sept ans que j’ai mis les pieds dans une société dont le début était marqué du sceau de la loi de Khomeiny, de gens comme vous et votre puissante bande. J’ai commencé à travailler à sept ans à cause de la pauvreté. Mes parents également travaillaient dur. Je devais frapper à toutes les portes pour pouvoir m’acheter des vêtements chauds pour l’hiver. Je n’oublierai jamais l’époque où je frappais à toutes les portes de Téhéran pour gagner une misère et demander de l’aide à toutes les personnes correctes ou pas. Je n’oublierai jamais les gifles que j’ai reçues et ai du subir pour un morceau de pain. Je n’oublierai jamais l’époque où je devais travailler et souffrir avec mes parents jusqu’à 2 heures du matin. Je n’oublierai jamais les ampoules sur mes mains gonflées dues à un travail dangereux et nocif. Je remplissais un four à céramique. Je n’oublierai jamais comment je devais ravaler mes paroles et souffrir en silence quand j’étais battu et giflé par mon instituteur pour n’avoir pas fait mes devoirs alors que je n’avais pas le temps d’étudier.
Je n’oublierai jamais que dans mon enfance, j’enviais ceux qui avaient un vélo. Je n’oublierai jamais la tristesse de ne pas pouvoir jouer avec des enfants de mon âge et les heures que j’ai passées à pleurer. Je n’oublierai jamais toute la douleur et les souffrances que ma mère a endurées pendant tant d’années.
Ce sont ces souffrances et ces tragédies que ma mère et moi avons vécues qui m’ont fait prendre la décision de changer le cours de ma vie. J’ai décidé d’étudier le droit après le service militaire. Tandis que vous vous remplissiez les poches des revenus du pétrole et d’autres industries, des gens comme moi étaient privés de leurs droits sociaux. Comme je devais travailler pendant mon enfance, j’ai été l’un des plus mauvais élève de l’école primaire au baccalauréat. Après avoir travaillé dur, jour et nuit, j’ai fini par passer le concours d’entrée à la faculté de droit et de sciences humaines de l’université de Téhéran. A la fin, après des années d’études, j’ai pu devenir avocat, un avocat qui s’est juré d’être le défenseur du faible et de l’opprimé.

Mr. Khamenei,

Je vous ai résumé ma vie pour que vous ne pensiez pas qu’il me fut facile d’arriver à faire ce travail que j’aime tant. Durant 30 ans, j’ai souffert sous votre règle et celui d’autres incompétents de votre espèce. J’ai travaillé dur pour me bâtir un statut social correct. Je suis fier d’être le défenseur de ceux dont on a violé les droits et j’ai travaillé sans relâche pour qu’ils les recouvrent. La plupart de ceux qui sont venus me voir avaient vu leurs droits violés par des juges en accord avec un système judiciaire violent et sauvage, des juges qui ne savent qu’être violents et imposer des sanctions inhumaines comme la lapidation, l’exécution capitale, les longues peines de prison, etc…

Mr. Khamenei,

Enfant, j’ai été témoin de mes propres souffrances, douleurs et misère ; avocat, j’ai porté témoignage de la souffrance et des sanglots de ceux qui pénétraient dans mon bureau. Chaque jour, une mère en pleurs venait me demander de l’aide ou un père me suppliait de sauver la vie de son enfant. Comme j’avais ressenti la douleur et la souffrance, je ressentais aussi leur douleur émanant de l’injustice et de l’oppression que vous et vos agents avaient exercées sur eux.

Mr. Khamenei,

J’ai fait des compromis dans ma vie personnelle et familiale alors que je travaillais comme avocat. Je ne voyais pas ma fille pour sauver la vie de ceux qui étaient emprisonnés par vos coquins de copains. Mon épouse, par respect pour mes idéaux, a tout toléré. Grâce à Dieu, j’ai pu sauver de vie de 50 personnes et faire libérer de nombreux innocents emprisonnés.

Mr. Khamenei,

Durant ces sept dernières années, à chaque fois que j’apprenais que les droits d’une personne étaient violés, je la représentais. Je voyageais dans tout le pays, d’une prison à l’autre pour demander justice pour une victime. Je criais que les enfants de moins de 18 ans ne devaient pas être exécutés, je criais que la lapidation était un acte barbare, que les amputations des mains et des jambes, la flagellation, les arrestations arbitraires et la détention illégale étaient néfastes à la soi-disant république islamique. Je frappais à toutes les portes pour sauver la vie des enfants. J’utilisais mon propre argent et celui des contributions d’Iraniens et d’étrangers généreux et de bonne volonté pour payer le prix du sang « dyeh » afin de sauver la vie de ceux qui ne méritaient pas d’être exécutés, pour faire libérer des gens emprisonnés arbitrairement pendant des années.
Je n’oublierai jamais Fatemeh, femme Afghane qui était en prison depuis deux ans. Si je n’avais pas pris son cas en mains, elle serait restée en prison et aurait peut-être été exécutée. Je n’oublierai jamais comment j’ai fait libéré d’un prisonnier transexuel qui était à l’isolement depuis des semaines et était violé quotidiennement par les gardes. Je n’oublierai jamais la femme dont le visage avait été aspergé d’acide par son mari cruel. Il n’y avait personne pour l’aider mais j’ai pu lui procurer des soins médicaux et un certain bien être. Je n’oublierai pas Hedieh, 14 ans, emprisonnée à Evine accusée de « relations illicites ». Elle a fini par être exilée à la prison de Radjaï-Shahr et détenue parmi des criminelles endurcies et a fini assassinée par une codétenue. Je n’oublierai pas Rahim ce jeune habitant de Tabriz ; son épouse avait plu aux agents de votre gouvernement ; il l’avait donc injustement condamné à l’exécution et son épouse à la lapidation. Je n’oublierai jamais mes plaidoiries pour Behnoud Shodjaï, emprisonné depuis l’âge de 17 ans et que vos bourreaux ont exécuté devant mes yeux. Je n’oublierai jamais les souvenirs tristes de mes clients torturés par la police et les fonctionnaires du renseignement.

Mr. Khamenei,

J’ai accepté les dossiers de centaines de personnes qui demandaient de l’aide après que leurs droits aient été violés par vos institutions sécuritaires et judiciaires avec votre permission et celle de vos copains comme Djanati, les frères Laridjani et Ahmadinedjad.

En raison de mon opposition à la lapidation, j’ai accepté tous les dossiers de lapidation qui m’étaient présentés. Je trouvais important qu’une personne sans défense condamnée à la lapidation par les bouchers de la justice assoiffés de son sang soit défendue. Mais où êtes-vous Mr. Khamenei pour voir les crimes et les atrocités commis dans l’institution judiciaire et les prisons de la république islamique, en particulier dans le bloc de sécurité « Guantanamo » 209 d’Evine ? Nous savons tous les deux très bien que vous êtes le principal coupable de tous ces crimes. C’est vous qui avez fermé les yeux en donnant n’importe quel ordre pour protéger votre pouvoir.

Mr. Khamenei,

Je n’ai pas cédé aux menaces des systèmes judiciaire et sécuritaire, et peu m’importait les interrogatoires répétés. Je savais que j’aurais des problèmes. L’année dernière, j’ai accepté le dossier de Sakineh Mohammadi, emprisonnée à Tabriz pour adultère, alors qu’elle était innocente. La nouvelle de son emprisonnement m’a été donnée par une autre cliente elle aussi emprisonnée à Tabriz. On préparait déjà son exécution et tous mes efforts n’aboutissaient à rien, toutes les portes se fermaient. Je n’avais d’autre choix que d’informer les journalistes en Iran comme à l’extérieur pour que les autorités de la république islamique qui refusaient d’écouter mes plaidoiries pour ma cliente innocente finissent par entendre sa voix.

Une fois la nouvelle répandue, beaucoup de politiciens ont exprimé leur soutien, cependant, je n’ai jamais voulu instrumentaliser un dossier. Ce dossier s’est transformé en sujet international sensible.

J’ai été convoqué et interrogé quatre heures au tribunal. Ce jour-là, je ne pensais pas être libéré, mais, grâce à Dieu, le magistrat de la deuxième chambre du tribunal d’Evine m’a laissé partir. Plusieurs heures plus tard, je me suis rendu au bureau et j’ai vu que les agents de la sécurité avaient envahi mon bureau mais étaient partis quand ils ont compris que je n’y étais pas. Néanmoins, de nombreux agents m’attendaient à l’extérieur en embuscade. Apparemment, ils étaient aveugles et ne m’ont pas vu renter dans mon bureau. Quelques heures plus tard, j’ai découvert qu’ils avaient pris mon épouse en otage ; ils ont déclaré que jusqu’à ce que je me présente, elle ne serait pas libérée. C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas céder aux requêtes illégales des autorités juridiques sécuritaires. Quelques jours plus tard, je n’avais d’autre choix que de quitter l’Iran et c’est ainsi que mon épouse a été libérée de vos agents de sécurité. J’ai quitté l’Iran par la frontière avec la Turquie et me suis présenté à la police turque. La nouvelle de ma détention a été publiée dans un journal turc. Une équipe de fonctionnaires du renseignement et des affaires étrangères s’est rendue en Turquie pour négocier mon extradition vers l’Iran. Néanmoins, le soutien des gouvernements américain et européens m’a empêché de tomber dans les mains de vos agents.

Mr. Khamenei,

Vos « soldats croisés » étaient furieux et piqués au vif de n’avoir pas pu me mettre la main dessus et m’arrêter même après avoir pris mon épouse en otage. Ils n’ont pas pu m’arrêter et me faire avouer sous la torture comme ils l’ont fait avec Sadjad Ghaderzadeh, le fils de Sakineh et Houtan Kian, l’autre avocat de Sakineh et utiliser ces aveux aux fins de propagande. Je n’ai pas été attrapé par vos soldats et j’en profite pour faire entendre les voix des femmes et des enfants opprimés en prison et je fais savoir au monde les crimes que vous avez commis contre l’humanité.

Mr. Khamenei,

Même si j’étais tombé entre les mains de vos agents, je n’aurais pas eu peur. Mon sang n’est pas plus rouge que celui des milliers de prisonniers arbitrairement et sommairement exécutés dans les années 80 et 90. Mon sang n’est pas plus rouge que celui de nombreux adolescents, jeunes, hommes et femmes attaqués et tués par vos sbires dans les rues de Téhéran. Je ne suis pas différent des prisonniers politiques privés de leur droit à recevoir la visite de leur famille et de leurs enfants. Mon sang n’est pas plus rouge que celui de Sohrab, de Neda ou des tués du centre de détention de Kahrizak.

Mr. Khamenei,

Puisque vos sbires n’ont pas réussi à m’arrêter, ils tentent de détruire ma personnalité. Un jour ils me traitent d’usurpateur, le lendemain d’avocat en fuite. Le lundi, à 20h30 à la télévision ils me traitent de « mercenaire de l’occident » et m’accusent de liens avec le Parti Communiste des Travailleurs. En même temps, ils continuent de me demander par différents canaux, y compris l’ambassade d’Iran en Norvège, de rentrer en Iran pour mener à bien leurs mauvais plans.

Mr. Khamenei,

J’ai répété à de multiples reprises que je n’étais lié à aucun groupe, je suis un avocat indépendant. Et même si je travaillais avec un groupe, ce ne serait pas un crime. Tous ceux qui vivent hors d’Iran, qu’ils soient communistes, membres de l’OMPI, sympathisants du Toudeh, etc… sont les victimes des crimes que vous et les vôtres avez commis. Ils essaient de récupérer leurs droits. Heureusement, la plupart d’entre eux sont des défenseurs des droits humains tandis que vous les violez.
Mr. Khamenei,

Je suis convaincu que vous n’arriverez à rien par la torture, la force, l’emprisonnement et la contrainte, par la répression de ceux qui s’opposent à votre politique erronée pas plus qu’en diffusant à la télévision des programmes faux et trompeurs ; je vous conseillerais plutôt de cesser de commettre des crimes au nom de l’islam. Arrêtez l’esclavage des femmes, arrêtez de les discriminer, arrêtez les exécutions, les lapidations et les prises d’otages au nom de l’islam. Au lieu d’extorquer des aveux sous la torture, abolissez plutôt les châtiments inhumains. Et je vous le redis, vous et vos agents, anonymes ou pas, ne méritez de toute façon pas de diriger ni de gouverner.

Source : http://persian2english.com/?p=16609