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jeudi 25 décembre 2014

Interview de Soussane Tabianian

Soussane Tabianian a été arrêtée et emprisonnée à plusieurs reprises. En 2010, elle a passé un an à la prison d’Evine. Demain, elle se rendra à la prison de Semnan, au nord de l’Iran pour commencer à purger un an de prison pour « propagande contre le régime et soutien à des groupes hostiles au régime ».

Quand avez-vous été arrêtée pour la première fois ?
C’était à l’apogée du mandat de Monsieur Khatami en 2005. La communauté bahaïe avait décidé d’écrire une lettre sur les pressions injustes auxquelles elle devait faire face.

A qui cette lettre était-elle adressée ?
Aux autorités du gouvernement. Je faisais partie de ceux qui ont donné cette lettre à sept ou huit directeurs à Semnan, dont le directeur du département de la justice, le directeur général des assurances et d’autres. Avant de la leur donner, j’ai décrit les injustices dont les bahaïs avaient souffert durant ces années. En fait, c’était une pétition. Mais il ne s’est même pas passé deux jours avant qu’on ne me stoppe et un mois avant que je ne sois convoquée.

Etait-ce ma première fois que vous étiez convoquée ?
Oui, mais il faut mentionner que durant le mandant de Monsieur Khatami, la justice traitait la communauté bahaïe de façon plus légale. Neuf membres de la communauté bahaïe de Semnan ont été convoqués. Nous sommes allés au tribunal et avons été emprisonnés une nuit. Le lendemain, nous avons été libérés sous des cautions très légères. Six d’entre nous ont été condamnés à six mois avec sursis et trois autres à trois de prison. Mon sursis a duré quatre ans.

Etes-vous allée en prison en 2009 pour la même infraction ?
Non, c’était pour autre chose. Le bureau du renseignement de Semnan m’a arrêtée cette année-là quand ma fille avait juste un an et demi et dépendait beaucoup de moi. Cette fois-ci, j’ai été arrêtée pour avoir donné une interview à Massih Alinejad et Radio Farda dans laquelle j’exposai la situation difficile des bahaïs de Semnan.
J’ai été emprisonnée et interrogée plusieurs jours puis libérée sous caution. Mais quelques mois plus tard, le tribunal me condamnait à 18 mois de prison.

De quoi étiez-vous accusée ?
De propagande contre le régime et d’avoir formé un groupe bahaï illégal. J’étais professeur de morale et c’est pourquoi j’ai été condamnée à un an de prison pour formation d’un groupe illégal. J’ai pris six mois pour propagande contre le régime.

Pourquoi avez-vous été transférée de Semnan à Evine ?
Le 30 juin 2010, je me suis présentée pour purger ma peine. On m’a alors dit qu’il n’y avait pas de place pour moi, alors on m’a envoyée dans l’une des plus grandes prisons de Téhéran.
Quatre femmes, dont moi, ont été transférées de Semnan à Evine. C’étaient des jours difficiles pour moi, mais j’ai eu ma récompense. J’ai connu deux personnes à Evine qui m’ont beaucoup influencée, ainsi que mes codétenues. L’une d’elles est Haleh Sahabi, qui a beaucoup aidé à sensibiliser le public sur le sort des prisonnières. Puis, il y a eu un miracle : Nasrine Sotoudeh est arrivée dans notre bloc et nous sommes devenues très proches. A cette époque, je n’avais aucune expérience et je ne connaissais rien à la politique.
Avant l’arrivée de Nasrine, les prisonnières avaient des idées politiques très différentes mais elle a apporté une harmonie positive qui s’est enracinée en nous toutes.
Bien que j’aie été libérée à la fin de ma peine, il semble que cela continue.

Pourquoi avez-vous été arrêtée la fois suivante ?
Le 31 mai 2014, j’avais invité deux de mes amis qui ne sont pas bahaïs pour étudier des langues ensemble. Ma fille assistait à un cours artistique et j’étais seule à la maison avec mon fils Sami, 12 ans. Quand on a sonné, j’ai vu le visage de mes amis, alors j’ai ouvert, mais je  me suis vite rendu compte que tous deux s’étaient blottis au fond de l’ascendeur, confus et apeurés, quand un homme masqué s’est précipité pour maintenir la porte ouverte. J’ai immédiatement fermé la porte. Il a tambouriné dessus pendant près de deux heures. Je lui ai dit que je n’ouvrirai que s’il me présentait un mandat car il serait sinon illégal pour lui d’entrer.

Et il avait un mandat ?
Oui un mandat de perquisition et d’arrestation. Mais pour être franche, ce qu’il m’a montré par le judas ne ressemblait en rien à un mandat officiel. C’était une page déchirée signée par le substitut du procureur, Hossein Zamani, celui qui s’occupait de mon dossier. Il était manuscrit, avec des mots et des parenthèses barrées et disait que l’arrestation devait avoir lieu même si c’était de nuit. C’était un papier désordonné.

Quand avez-vous fini par ouvrir la porte ?
Je l’ai laissé dehors jusqu’à ce que mon mari rentre. Pendant une heure et demie, ils ont retourné l’appartement et m’ont emmenée dans une pauvre cellule sale. J’ai été interrogée immédiatement. Il était 21h30. Je leur ai dit que, d’après la constitution, il était illégal de mener des interrogatoires après les prières du soir. Celui qui m’interrogeait a été surpris de voir que je connaissais ces détails, mais je n’ai pas abandonné. Je lui ai dit qu’on ne m’avait jamais fait part des charges qui pesaient contre moi et que, jusqu’à ce que cela soit fait, je ne lui répondrai pas.

Quelles étaient ces accusations ?
Ils ne me l’ont pas dit le jour même. Le lendemain, ils m’ont sorti de ma cellule d’isolement pour m’interroger. Zamani m’a dit que j’étais ici pour l’interview donnée à Massih Alinejad et Radio Farda. J’ai refusé l’accusation. J’ai été interrogée pendant trois jours mais j’ai résisté à toutes les demi-preuves qu’ils avaient rassemblées car je ne les considérais pas comme légales. Etait-ce une assez bonne raison de me terroriser ou de m’interroger parce que j’avais parlé à Nasrine Sotoudeh, à Monsieur Nourizad ou à des familles bahaïes ? Ou, peut-être parce qu’on m’avait prise en photo à une commémoration de Sattar Beheshti ? Ou parce que j’avais parlé à Radio Zamaneh des pressions économiques sur la communauté bahaïe de Semnan ?

Vous souvenez-vous des interrogatoires ?
Je m’en souviens comme si c’était hier. Celui qui m’interrogeait entrait en fureur, déchirait ses notes et m’insultait mais je répondais en décrivant ce qui se passait. Je disais : « Celui qui m’interroge m’insulte maintenant » ou bien « celui qui m’interroge hurle. »
Pendant les interrogatoires, j’étais sous une pression intense et j’ai perdu sept kilos en une seule semaine. On m’a même envoyée à l’unité de vérification des identités pour comparer ma voix avec l’interview donnée à Radio Zamaneh. Le livre de prière qu’ils avaient trouvé chez nous est devenu une preuve de propagande contre le régime mais j’ai répondu à chaque accusation pendant les interrogatoires mais je sentais que je serai acquittée parce qu’il n’y avait aucune preuve de ma culpabilité.

Quelle est votre profession ?
(Rires) Je savais que vous me poseriez cette question. J’étais conseillère d’orientation. En 2005, je travaillais dans une clinique mais j’ai été licenciée parce que j’étais bahaïe. Comme mon travail touchait à la culture, je n’ai pas eu le droit de continuer. En 2006, j’ai eu une patente pour ouvrir un magasin de vêtements pour femmes, amis après que l’on ait découvert, pour la deuxième fois, que j’étais bahaïe, on m’a retiré ma patente et on m’a dit que je n’avais pas le droit de posséder une boutique.

Combien de temps êtes-vous restée à l’isolement avant d’être transférée à la section générale ?
Je n’ai jamais été transférée à la section générale Après une semaine d’interrogatoires, j’ai été transférée à une section de la prison de Semnan qui interne les prisonniers de conscience. J’étais la seule bahaïe emprisonnée alors j’étais dans une cellule individuelle de la section commune. J’y suis restée 45 jours puis j’ai été libérée sous caution. Mais le tribunal révolutionnaire de Semnan m’a condamnée à un an de prison et la cour d’appel a confirmé le verdict.

Comment vous sentez-vous moralement ?
Je me sens bien, je suis juste inquiète pour mes enfants. Ma fille a sept ans et va à l’école. Elle ne comprend pas totalement la signification de la prison et de mes aspirations. En ce moment, elle est inquiète sans arrêt et répète : « Maman, il y a combien de jours dans un an ? Si j’étudie et que je réussis mon examen, tu reviendras ? »

Croyez-vous en la liberté de conscience ? Par exemple, si votre fils voulait se convertir au judaïsme ou au christianisme, que feriez-vous ?
J’y crois vraiment. La liberté de culte est le premier des droits humains, c’est ce qui ressort de tous nos enseignements. Je crois que nous devons essayer de créer un monde humain uni, que l’on soit musulman, bahaï, chrétien ou athée. L’important est de construire un monde correct et bon.

Source : http://en.iranwire.com/features/6184/

dimanche 22 juin 2014

Le journaliste mort – Issa Saharkhiz – 1er juin 2014

Il est probablement vrai que les durs du régime iranien craignent ceux qui diffusent les informations, les militants des médias, les journalistes et les reporters. Ils les voient comme les anciens Américains voyaient les Indiens : le seul bon Indien est un Indien mort (attribué au général américain Sheridan en 1869).

C’est pourquoi les journalistes représentent le groupe le plus important parmi les prisonniers politiques en Iran, si l’on excepte les bahaïs, considérés comme une minorité.

C’est peut-être ce à quoi Behzad Nabavi lui aussi pensait à sa sortie de prison quand il m’a donné ce conseil sur la conduite que nous devrions avoir : « le mieux pour nous est de la fermer. » C’est aussi ce qu’il disait à ceux qui venaient le voir en prison. Il en a aussi parlé dans une lettre au président iranien Hassan Rouhani : il conseillait au président récemment élu de ne pas avoir la libération des prisonniers politiques comme premier objectif mais de plutôt se concentrer sur les solutions à apporter au problème de l’énergie nucléaire et aux problèmes économiques du pays.

Moi-même, quand j’étais prisonnier, je faisais passer le même message à mes visiteurs : les prisonniers politiques, dont des journalistes et des bloggeurs incarcérés dans les prisons d’Evine et de Radjai Shahr portions le même message ; ils ne s’attendaient pas à ce que le nouveau cabinet mette leur libération en top-priorité. J’ai bien sûr assuré Nabavi que nous la fermions tous et que c’était la censure et l’autocensure qui avaient le dernier mot dans les medias nationaux.

Ce que je n’ai pas dit c’est que régime totalitaire qui gouverne l’Iran considérait quiconque impliqué dans les médias de la même façon que le Ku Klux Klan considérait les Indiens et les noirs dans leur pays. Je n’ai pas non plus dit que la plupart des journalistes et des bloggeurs étaient victimes du juge Moghisseh et de ses longues peines de prison, le même juge qui énonçait des peines de mort dans les années 1980, dans une situation complètement différente, et qui, en 2009, a dit que les sympathisants du Mouvement Vert devaient être pendus.

Et maintenant nous lisons que samedi, « les forces de sécurité ont pénétré dans les bureaux de l’hebdomadaire ‘Tedjarat e Farda’ (le commerce de demain), arrêté Saba Azarpeik et l’ont emmenée vers un lieu inconnu. Et en même temps, nous apprenons cette nouvelle incroyable : le juge Moghisseh a condamné huit utilisateurs de Facebook à 123 ans de prison.
Alors que les détails de cette arrestation et de ces verdicts ne sont pas encore publiés, nous savons déjà que c’est l’unité spécialisée dans la cyber-délinquance des gardes révolutionnaires qui avait arrêté les utilisateurs des médias sociaux l’année dernière. Ils sont proches de ceux qui avaient auparavant causé la mort de Sattar Beheshti.

A ce scandale, à ce désastre, il faut encore ajouter la récente décision d’un juge de la région du Fars. Il a cité le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg à comparaître, même s’il semblerait qu’il ait, sous la pression, nié l’avoir fait.

Il a dû entendre dire que les autorités judiciaires défient le président et font tout ce qu’elles peuvent pour lui faire perdre la face, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, lui permettant ainsi de se joindre à la curée, mais il semble avoir oublié sa position dans la hiérarchie. Il est peut-être victime de sa propre ignorance des jeux médiatiques et politiques qui se déroulent à la capitale. Il est devenu célèbre pour son ignorance en partie parce qu’on dit qu’il aurait demandé à un prisonnier pourquoi il avait caché ses emails dans son ordinateur portable.

Ces nouvelles violations et transgressions sont peut-être dues au fait que nous avons envoyé à Rouhani un message, ne pas mettre nos problèmes et notre liberté au nombre de ses priorités et se concentrer surtout sur l’évolution du droit des citoyens, sur les problèmes d’eau et de nourriture des habitants des villes et des campagnes et du bétail.

Dans cette situation, les durs et les autoritaires du régime sont libres de violer toutes les lois dans tous les domaines ; ils peuvent même violer les bureaux des hebdomadaires et les domiciles des journalistes. C’est peut-être à cause de nos recommandations que la cyber-police se sent autorisée à pénétrer le cyberespace et l’intimité des gens, de déposer des plaintes basées sur les écrits personnels et les murmures pour finir par les condamner sous des prétextes comme « activités contre la sécurité nationale », « insultes contre le guide suprême », « propagande contre le régime », « insulte contre la doctrine islamique », etc..

Le résultat en est évident : 123 ans de prison pour huit utilisateurs d’Internet et 20 ans de prison pour Roya Saberinejad-Nobakht et Amir Golestani, Massoud Ghassamkhani et Fariborz Kardarfar condamnés respectivement à 19 ans, 91 ans, 18 ans et 91 ans de prison.
Alors, même si nous acceptons de la fermer à cause de problèmes plus importants et pour notre propre sécurité et par le fait même nous acceptons la censure et l’autocensure, nous continuons et nous continuerons à écrire et à parler de l’emprisonnement des dirigeants du Mouvement Vert, à rendre visite aux proches des prisonniers politiques, à critiquer le régime dans des limites acceptables, à chanter des chants et des poèmes de protestation  et à écrire sur les évènements de l’élection présidentielle de 2009. C’est notre façon de vivre et notre vision de la vie ; dans le même temps, les totalitaires peuvent continuer et continueront à nous voir de la même façon : « le meilleur journaliste est un journaliste mort ».

Source : http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/archive/2014/june/01/article/the-dead-reporter.html

mardi 29 avril 2014

L’odeur du sang était partout – Nooshabeh Amiri – 28 avril 2014

Nous savons tous que beaucoup d’hommes et de femmes des excès de la première décennie de la république d’Iran des années 1980. Ils ont appris à connaître le régime et sa nature par les excès horribles et affreux et les transgressions de personnes comme le boucher d’Evine Ladjevardi et « frère Hamid ». Deux décennies sont pourtant passées et ces mêmes victimes continuent de souffrir de la douleur infligée alors à leur âme autant qu’à leur corps. La douleur se manifeste et explose souvent à la moindre cause qui déclenchera un suintement de souffrance et de douleur et, de temps en temps on se retrouve projeté entre les murs de la section 350 d’Evine aujourd’hui. C’est l’endroit où règnent la torture, la bastonnade et la violence sous toutes ses formes. Ceux qui perpétuent cette violence sont les « frères » et des hommes pseudo-religieux qui n’ont toujours pas étanché leur soif de sang après s’en être repu pendant plus de 30 ans.

Comme les parents des prisonniers d’aujourd’hui, nous continuons à voir des gens de notre génération aux âmes brisées dont certains sont encore dans des cellules sombres. Ils restent dans ces cellules, craignant à tout instant qu’on ne leur inflige davantage de douleur encore. En prison, nous voyons nos semblables, mais il faut que nous en ayons nous-mêmes fait l’expérience pour vraiment comprendre ce qu’ils nous ont fait, ce qu’ils sont en train de faire maintenant dans la section 350 de la prison d’Evine.

En dépit de tout ce qu’ils ont fait pour nous réduire au silence, pour nous dissuader, nos semblables sont de plus en plus nombreux et nos rêves humanistes sont plus solides que jamais. Si, à notre époque, ces victimes étaient des dirigeants qui soutenaient les travailleurs (comme Rahman Hatefi), de nos jours ce sont des travailleurs qui se moquent de leurs tortionnaire (Sattar Beheshti). Si c’étaient des religieux qui ont passé leur vie derrière les barreaux (comme l’ayatollah Montazéri), aujourd’hui ce sont des religieux qui s’engagent dans des prières pour la liberté (Mohsen Mirdamadi). Si c’étaient des nationalistes qui étaient viscéralement attachés à leur pays (Ezzatollah Sahabi), aujourd’hui ils sont assez forts pour défier leurs tortionnaires en leur demandant de les torturer davantage (Emad Bahavar).

Mais le groupe qui nous fait face est composé des mêmes menteurs qui, hier, signaient les ordres d’exécution d’un clignement d’œil et dressaient immédiatement l’échafaud. Et même quand ils ont versé des larmes de crocodile par opportunisme, ils créent encore des groupes et des institutions comme la prison de Kahrizak ou roulent sur les corps dans la rue. Ce sont des hommes avides de pouvoir qui nomment Mostafa Pour-Mohammadi à la tête de la justice (juge qui a ordonné les exécutions de masse de 1988).

D’un côté de cette bataille entre la vie et la mort se tiennent des hommes qui ne lâchent rien sur leur demande de droits humains, même sous les tortures les plus violentes. Aujourd’hui, leur message est : « Vous avez tort de croire que nous allons vous laisser détruire ceux que nous aimons » à chaque occasion. Ces hommes qui, le jour même où des mères sont tombées après avoir vu les fils torturés et blessés, se sont rasé la tête pour protester, ont regardé les agents du renseignement dans les yeux ; on les a jeté à terre et ils se sont relevé pour montrer qu’ils ne craignaient plus les agents, même si la salle de visite rappelait la prison d’Abu Ghraib.

De l’autre côté se tiennent les alliés de Monsieur Kamenei dont le nombre se réduit. Ceux qui ont remplacé des hommes comme Ladjevardi à Evine et qui jouaient au football en plein champ, sont aujourd’hui obligés de se déplacer en véhicule blindé, ne pouvant faire confiance à personne de leur entourage, chacun d’eux agissant comme un microphone pour son compagnon d’armes. Ces hommes savent trop bien qu’à la fin de la république islamique, ce sera leur tour de faire face à la population et qu’ils devront affronter leur destin.

Nous connaissons des hommes et des femmes dont les voix ont été étouffées dans les cellules d’isolement, dont on a volé la vie, dont on a pris le nom, la maison et la ville. Mais on ne peut leur retirer ni leurs rêves ni leur espoir. L’espoir est bien vivant dans chaque centimètre carré de ce pays.

Aujourd’hui Emad Bahavar, Hassan Assadi Zeydabadi, Abdolfattah Soltani, Hossein Ronaghi Maleki, Akbar Amini, Yashar DaralShafa, Saïd Haeri, Sadigh Kaboudvand, Behzad Arab Gol, Saïd Matinepour, Ghorban Behzadiannejad, Akbar Amini Armaki, Amine Tchalaki, Siamak Ghaderi, Mohammad-Sadegh Rabani Amlashi, Alireza Radjaï, Reza Shahabi, Mohsen Mirdamadi, Mohammad Shodjaï, Gholmareza Khosravi, Soroush Sabet, Soheyl Babadi, Mohammad Davari, Mehrdad Ahankhah, etc… sont des graines dont les bourgeons poussent déjà. Ces hommes qui saignent à chaque bastonnade nous rappellent que le temps n’est pas loin qui verra l'avènement d'un futur différent.

Nous nous lèverons, nous planterons des arbres dans nos blessures, nous nous fortifierons et nous grandirons malgré et grâce à notre douleur. Nous sommes ici et nous y resterons.

Aux détenus de la section 350 d’Evine, je déclare : notre cœur est avec vous ; nous partageons vos douleurs et vos larmes versées. Mais tout ceci, ces jours noirs et amers eux aussi passeront.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/the-smell-of-blood-was-everywhere.html

dimanche 27 avril 2014

Sept détenus de Redjaï-Shahr annoncent leur grève de la faim

Sept détenus de Redjaï Shahr ont commencé une grève de la faim mercredi 23 avril pour protester l’attaque violente contre les prisonniers de la section 350 d’Evine :

Noble peuple d’Iran,

La révolution de 1979 n’était pas un évènement isolé mais un long processus répondant aux demandes et aux besoins du peuple d’Iran. Partant d’une monarchie constitutionnelle, les slogans n’étaient pas un hasard : liberté et justice, le but était le droit du peuple à la souveraineté sur son propre futur. Malheureusement, les années qui ont suivi la victoire de la révolution, les autorités du pays ont, à de multiples reprises, violé les principes enchâssés dans la constitution et relatifs aux droits sociaux du peuple. La justice n’a non seulement pas réussi à être responsable, mais, très souvent, l’institution en elle-même a violé la loi.

Attaquer des prisonniers politiques, les contraindre physiquement et psychologiquement ainsi que leurs familles, cela n’est malheureusement pas la première fois que cela se produit. La maltraitance des prisonniers politiques par les autorités judiciaires est devenue acceptable et les actions criminelles des personnels de sécurité des prisons sont devenues une habitude. Quel dommage que les officiels du régime ne tirent pas la leçon des conséquences de leurs actes : les résultats à court terme produisent des pertes à long terme.

Dans le passé, il n’y a pas eu d’enquête équitable sur les agissements immoraux et illégaux, encore moins de châtiment : les meurtres de Zahra Kazemi, Zahra Bani-Yaghoub, Hoda Saber, Sattar Beheshti ou la tragédie amère des crimes et maltraitances qui se sont passés au centre de détention de Kahrizak, et aucune enquête. Les autorités judiciaires sont devenues plus dures et rigides dans leurs relations avec les prisonniers de conscience et les prisonniers politiques, élargissant le fossé séparant le régime du peuple.

Dans ces conditions, les évènements du Jeudi Noir ont ouvert de nouvelles blessures pour le peuple d’Iran, amoureux de la démocratie et en recherche de liberté. 

Une semaine après les évènements douloureux et inhumains qui ont eu lieu dans la section 350 d’Evine, bastonnades vicieuses ayant causé des blessures terribles aux prisonniers, transfert par la force à l’isolement, aucune autorité judiciaire, administrative ou sécuritaire n’a eu une conduire responsable. Ils ont nié leur responsabilité en fabriquant des mensonges diffusés dans les médias officiels dont la télévision d’état Seda o Sima.

Le chef du Bureau des Prisons qui est officiellement le responsable, a purement et simplement nié les faits, et il a aussi ajouté l’insulte aux blessures en ridiculisant les détenus. Le silence éloquent et le manque de réaction des ministères de la justice et du renseignement est inexplicable et suspect. Il semblerait que ces messieurs aient oublié que le vote de la nation en juin 2013 était « non » aux mensonges, à l’illégalité, à la corruption et à l’incompétence et « oui » aux demandes du Mouvement Vert d’Iran.

Alors nous, prisonniers de conscience et prisonniers politiques de la section 12 de la prison de Redjaï Shahr, en union avec nos amis de la section 350 de la prison d’Evine, avons commencé une grève de la faim le mercredi 23 avril pour protester contre la conduite illégale des institutions judiciaire et sécuritaire et les agissements inconscients des responsables.

Djafar Shahin Eghdami
Reza Entessari
Massoud Bastani
Saïd Razavi Faghih
Mehdi Mahmoudian
Saïd Madani
Mostafa Nili

Prison de Radjaï Shahr 

Source: http://www.kaleme.com/1393/02/04/klm-181991/

mercredi 19 mars 2014

La rencontre entre Mesdames Eshghi et Ashton déclenche une tempête – 15 mars 2014 – Fereshteh Ghazi

Je lui ai dit que Sattar avait été torturé à mort.


La mère de Sattar Beheshti, un bloggeur torturé à mort, a expliqué à Rooz que la chef de la diplomatie européenne lui avait dit qu’elle enquêterait sur le meurtre de son fils auprès des autorités iraniennes. « Madame Ashton m’a traité avec respect et amitié. Elle m’a dit qu’elle parlerait aux autorités iraniennes de Sattar et qu’elle les interrogerait à son sujet. »

La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton s’est rendue en Iran la semaine dernière et elle y a rencontré Nargues Mohammadi, sous-directrice du Centre des Défenseurs des Droits Humains en Iran et Gohar Eshghi, la mère de Sattar Beheshti, une rencontre qui a secoué tout le système politique iranien. Les fondamentalistes qui s’oppose au cabinet Rouhani et les médias qui leur sont affiliés ont traité Mesdames Mohammadi et Eshghi entre autres de « séditieuses », un terme réservé à ceux qui ont protesté activement contre l’élection présidentielle truquée de 2009 ; des parlementaires ont signé des lettres exigeant des explications des ministres des affaires étrangères et du renseignement ; le chef de la justice a menacé le gouvernement de s’opposer à la venue de toute autre délégation étrangère et des membres de la Bassidj se sont rassemblés devant l’ambassade d’Autriche, là où a eu lieu la rencontre.

Mais que s’est-il passé durant la rencontre ? Madame Eshghi l’a raconté à Rooz : « La rencontre a eu lieu tenue dans une atmosphère émotionnelle et amicale. Madame Ashton m’a traité très amicalement et avec beaucoup de respect et m’a dit qu’elle en parlerait aux autorités iraniennes et qu’elle les questionnerait à son sujet. Je lui ai dit que Sattar avait été torturé à mort. Je lui ai dit qu’on avait arrêté Sattar le 18 novembre et tué quatre jours après. Je lui ai dit tout ce qui s’était passé, que j’avais été menacée et que celui qui interrogeait Sattar avait raconté qu’il riait tandis qu’il le battait. Je lui ai dit qu’on avait jugé que s’était un meurtre sans préméditation mais que d’après les propres mots de celui qui l’interrogeait et qui riait en le battant, Sattar était mort de ses mains ; son avocat et moi-même considérons donc qu’il s’agit d’un meurtre avec préméditation.
Nous n’avons rien fait de mal et nous n’avons rien à cacher. Nous sommes allés partout, nous avons écrit à tout le monde, envoyé des messages et parlé à tous dès le début. J’ai sollicité une entrevue avec le chef de la justice, j’ai envoyé un message au guide suprême mais personne ne nous a prêté attention. On ne m’a pas contacté, ne serait-ce que pour me soulager. Mais on a continué à me menacer. Nous avons beaucoup souffert et on a fini par nous dire que c’était un meurtre sans préméditation et que nos plaintes et nos poursuites n’amèneraient à rien.
Madame Ashton m’a rencontrée, mais aucun officiel, aucune autorité de mon pays ne l’a fait. Personne n’a tenté de soulager ma douleur. Le ministre de l’intérieur a prétendu que la famille de Sattar avait été entourée et qu’on lui avait apporté une assistance financière, alors qu’en fait, on a rien fait. Monsieur Motahari a demandé au ministre de l’intérieur de présenter ses excuses à moi ainsi qu’au peuple mais monsieur Kosari a proclamé qu’il n’y avait pas eu d’injustice à l’encontre de Sattar Beheshti. Pourquoi ma rencontre avec Madame Ashton les met-ils en colère ? Ils n’ont rien fait quand je le leur ai demandé. »

Madame Eshghi a répondu aux remarques du général de la garde Djazaeri qui avait dit qu’elle et Nargues Mohammadi étaient folles : « Oui je suis folle à cause de l’injustice et de la cruauté qui m’ont été infligées. Je suis folle à cause du meurtre de mon fils. Je suis folle parce que personne n’a tendu la main à cette victime. Et c’est vrai aussi pour Nargues. Le monde nous connait Nargues et moi. Nous n’attendons rien d’eux (des autorités iraniennes). »
Le journal Djavan a publié une photo de la réunion entre Mesdames Eshghi et Ashton mais a effacé son image de la photo. Rooz a questionné Madame Eshghi sur cette omission : « Je ne fais pas de politique, c’est peut-être pour cela qu’on a effacé mon image. Ils ont pris la vie de mon fils et continué à mépriser sa perte. Nous agissons ainsi pour qu’un autre Sattar ne soit pas tué de la même façon. Il est mort mais sa mémoire vivra. Son corps est parti et je me rends chaque jour sur sa tombe et je parle à mon fils. »

Cette mère endeuillée dit qu’elle continuera à demander justice tant qu’elle vivra, que grâce à eux, elle ignore désormais la peur. « Leurs menaces contre ma fille et moi m’ont rendue plus forte : ils ont dit qu’ils arrêteraient ma fille et lui feraient ce qu’ils avaient fait à Sattar. Quand j’ai vu le corps de Sattar descendre dans la tombe, j’ai ressenti le calme au fond de moi. Nous sommes témoins qu’il est parti dans la bonté et c’est ainsi que le monde s’en souviendra. On dit à raison qu’un homme bon ne meurt jamais, son corps s’en va mais son nom est éternel. Je suis fière d’être la mère de Sattar et je serais fière de partir comme lui. »

Les réactions à la rencontre entre Madame Ashton et ces Iraniennes ne se sont pas limitées à des noms d’oiseaux. Même Madame Ashton n’a pas été épargnée par les insultes. Jusqu’à il y a quelques jours, Madame Ashton a été accusé d’interférence dans les affaires intérieures iraniennes, mais après la rencontre, un député fondamentaliste l’a traitée de sorcière et a qualifié sa rencontre avec les militantes civiques iraniennes de pire qu’une « capitulation ». Il a dit qu’il était inacceptable que les ministres des affaires étrangères et du renseignement n’ait rien fait pour l’éviter. Ali Laridjani, président du parlement iranien, a comparé la rencontre avec Ashton à l’attitude d’un voleur qui agit secrètement et sans être vu. Fatemeh Rahbar, présidente du groupe des femmes au parlement, a écrit à Ashton pour lui expliquer qu’elle avait rencontré des membres de l’opposition armée.

Le journal Djavan, qui appartient aux gardes révolutionnaires, a effacé l’image de Madame Eshghi de la photo de la rencontre qu’il a publiée ; il a cité le fondamentaliste Ahmad Khatami, imam du vendredi de Téhéran, qui aurait dit que la rencontre avait dû être préparée à l’avance.
Le journal a fait face à d’innombrables protestations sur cette suppression de l’image de Madame Eshghi ; il y a répondu en expliquant qu’il l’avait effacée pour ne pas faire d’elle une séditieuse.

Un religieux important de Qom, Hossein Nouri Hamedani, a aussi déclaré que la rencontre avec Ashton démontrait qu’elle interférait dans les affaires intérieures iraniennes et montrait une faiblesse dans la direction du pays qui lui avait permis de rencontrer des dissidents importants.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/march/15/article/i-told-ashton-that-sattar-died-under-torture.html?utm_content=buffer02495&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

dimanche 26 janvier 2014

Lettre de Hossein Ronaghi expliquant comment le bloggeur Sattar Beheshti est mort en detentions

Au juge Izadi, président de la 1057ème chambre du tribunal de Keyfari

Sujet : Accord pour témoigner dans le dossier se rapportant au meurtre de feu Sattar Beheshti

Monsieur le juge,

Alors que je suis incarcéré, j’ai appris par la presse que l’accusation de meurtre avec préméditation avait été abandonnée dans le dossier du décès du bloggeur Sattar Beheshti. C’est pourquoi, n’ayant pas eu la possibilité d’assister au procès à cause de mon incarcération, je pense qu’il me faut, pour la première fois, témoigner de ce que j’ai vu et de ce que m’a dit la victime alors qu’il était incarcéré au bloc 350 d’Evine peu de temps avant son meurtre. Je le fait avec l’espoir de pouvoir être utile à la manifestation de la vérité. Je déclare donc par la présente être prêt à témoigner devant la cour pour éclairer la justice sur les évènements qui ont eu lieu.

Je n’ai jamais été favorable à la peine de mort et j’ai toujours eu foi dans la réforme et l’application de la loi pour éviter les violations des droits humains par un procès juste.

Monsieur le Juge,

C’est mon devoir moral d’être humain d’aider à la restauration de la justice en éclairant quelques aspects ignorés de ce qui a conduit à la constitution de ce dossier.

J’ai rencontré Sattar Beheshti peu après son transfert au bloc 350 de la prison d’Evine le 31 octobre 2012. Après une courte conversation, j’ai remarqué son état physique très détérioré ; son état physique résultait des interrogatoires des 30 et 31 octobre.

Dans la nuit du 31 octobre, alors que Sattar était au bloc 350, j’ai vu de mes yeux les traces physiques laissées par les tortures qu’on lui avait infligées :
  • Œdème et blessures aux poignets qui indiquaient qu’il avait été pendu au plafond.
  • Gros œdème et meurtrissures au front (sur le côté gauche)
  • Hémorragie de l’œil gauche
  • Nombreuses meurtrissures profondes sur la poitrine, le flanc et l’abdomen causées par des coups de pied et de poing donnés par celui qui l’avait interrogé
  • Douleur aux pieds et boitement quand il essayait de marcher
  • Douleur intense aux testicules
  • Vertige et nausées

Feu Sattar Beheshti m’a fait part de détails choquant sur la conduite de celui qui l’avait interrogé. Mêle si j’avais déjà entendu des relations de torture sévères infligées dans les centres de détention des forces de sécurité, j’ai été surpris : les prétendues activités de Sattar n’auraient pas dû lui valoir ce niveau de brutalité et de violence. Sattar Beheshti m’a dit que pendant qu’il était suspendu au plafond, on le battait méchamment ; il avait peur que ce passage à tabac ne se répète. Sattar m’a dit : « J’étais menotté et quand on m’a laissé tomber par terre, celui qui m’interrogeait m’a mis son pied sur la tête en maudissant ma mère et ma sœur. Une autre fois, on m’a attaché les bras et les jambes à une chaise et on me donnait sans arrêt des coups de pied et des coups de poing. » Sattar m’a dit que celui qui l’interrogeait lui a dit de but en blanc : « Je vais te tuer, tu ne partiras pas d’ici vivant, ta mère ne pourra même pas récupérer ton corps. La seule façon de sortir d’ici vivant, c’est de coopérer et me disant et en écrivant ce que je te dis de faire. »

Sattar Beheshti m’a dit que ses blessures sur le cou venaient de coups de poing, de chocs électriques et de câbles, qu’après avoir reçu des coup à l’estomac et aux testicules, il avait remarqué du sang dans ses urines et qu’il avait des douleurs insoutenables aux testicules. Il m’a dit qu’on l’avait forcé à se déshabiller et qu’on l’avait menacé de violences sexuelles.

Monsieur le juge,

Après que le meurtre de Sattar Beheshti au centre de détention du FATA ait été connu, les autorités impliquées ont répété à plusieurs reprises que l’accusé était en détention à cause du contenu de son blog. Vous serez peut-être intéressé de savoir que d’après Sattar, que ceux qui l’interrogeaient brutalement et illégalement ne voulaient pas lui extorquer des aveux sur le contenu de son blog ou de son compte Facebook. Sattar m’a dit qu’on le torturer pour obtenir son nom et son mot de passe sur Facebook et autres détails du même genre. Il est donc clair qu’on se concentrait lors de son interrogatoire non pas sur ce que Sattar avait écrit sur son blog ou son compte Facebook mais plutôt sur l’accès illégal à ses informations personnelles, ce qui les a poussé à lui infliger deux séances d’interrogatoire sévère et qui a causé sa mort.

Monsieur le juge,

Vous savez que Sattar Beheshti n’est resté en garde à vue que quatre jours, dont un au bloc 350 d’Evine sans être interrogé. C’est à vous désormais de juger : quand une personne est tellement sauvagement torturé en moins de 36 heures, menacé de mort, ce qui en soi constitue un crime, quand on lui dit froidement qu’on a l’intention de le tuer, ce que l’on fera de son cadavre, est-il pensable de parler d’absence de préméditation dans ce meurtre ? Est-ce qu’un « tueur type » n’utilise pas ce niveau de violence, de maltraitance physique et de torture psychologique ? Celui qui l’interroge, qui utilise l’excuse de tenter d’extorquer des aveux et qui est parfaitement conscient de la sévérité de ses coups et de leur impact sur l’accusé, qui abuse de sa position et a recours à des tortures sauvages par tous les moyens à sa disposition et qui ensuite prétend n’avoir pas eu de mauvaises intentions, n’avoir pas commis de meurtre volontairement, a-t-il le droit de se prévaloir de n’avoir pas commis un crime qui n’est que le résultat de ses actes ?

Je répète que je suis prêt à témoigner devant un tribunal de ce que j’ai dit et je demande respectueusement à la justice de s’occuper et de suivre ce dossier.

Je vous prie de croire, Monsieur le juge, à l’expression de mes salutations respectueuses.

Seyed Hossein Ronaghi-Maleki

Source : kaleme http://www.kaleme.com/1392/09/21/klm-167991/

dimanche 3 novembre 2013

Mohammad Nourizad un an après le décès de Sattar Beheshti sous la torture dans les prisons iraniennes.


Mohammad Nourizad dénonce l'absence des autorités lors de l'anniversaire du décès de Sattar Beheshti mais assure sa mère que ses pleurs ont été entendus par tous, jusqu'au guide ; il déclare, au nom du peuple iranien, qu'il sera toujours à ses côtés.

lundi 2 septembre 2013

Lettre d’Hossein Ronaghi à Hassan Rouhani

 Ce sont la liberté et le progrès qui créeront la sécurité et garantiront l’indépendance du pays.

« Et ceux qui offensent les croyants et les croyantes sans qu'ils l'aient mérité, se chargent d'une calomnie et d'un péché évident. » Al Ahzab – 58

A l’honorable Docteur Hassan Rouhani, président d’Iran, mes salutations respectueuses

Je suis Seyed Hossein Ronaghi-Maleki ; j’ai 28 ans ; je suis un prisonnier politique condamné à 15 ans de prison pour mon travail pour les droits humains. J’ai passé les quatre dernières années derrière les barreaux à la prison d’Evine, section 350 ; j’ai bénéficié d’une seule liberté provisoire de quelques mois pour répondre à mon besoin de soins médicaux. Avant de vous expliquer pourquoi je vous écris cette lettre, je voudrais vous féliciter d’être devenu le président du peuple iranien et je prie Dieu de vous guider sur le dur chemin qui vous attend. Vous le savez mieux que moi, au bout de huit ans d’obscurité misérable, tous les yeux se tournent vers vous, attendant que vous répariez quelque peu les dommages et les destructions et que vous remédiez aux détentions et à la répression illégale de ce peuple. Chacun sait que ceux qui étaient aux affaires en ces années font montre d’une totale irresponsabilité. Vu l’état de ce pays, je me fais du souci pour son avenir. Je m’inquiète grandement de la corruption débridée, des violations des droits fondamentaux du peuple et du mépris total de la loi dont ont fait preuve ceux qui étaient en poste. C’est pourquoi je me suis résolu à vous écrire cette lettre dans l’espoir qu’en tant que président, vous vous efforcerez de réformer.

Honorable Docteur Rouhani,
Le ministère de la justice, destiné à défendre la constitution, traiter les plaintes et s’occuper des conflits de façon juste, s’est transformé en oppresseur du peuple. Pour étayer mes dires, un exemple : répétant certains responsables de la justice et de la sécurité, le procureur de Téhéran m’a dit que c’est l’appareil de la sécurité et du renseignement qui a le dernier mot en ce qui concerne les prisonniers politiques. Pour m’accorder une libération provisoire pour raisons médicales, le substitut du procureur m’a dit qu’on attendait les instructions du département du renseignement des gardes révolutionnaires. Ceux qui m’interrogeaient disent que le juge n’est pas décisionnaire et que c’est le renseignement qui décide. Les responsables de la justice et de la sécurité disent sûrement vrai et malheureusement le chef de la justice a tort quand il affirme que la justice est une organisation indépendante qui possède ses propres pouvoirs et peut s’exprimer. Le ministre de la justice affirme qu’il sera ferme pour éviter toute violation, tout abus ou toute tentative d’intervention dans ses affaires ; mais il est évident que les personnes en charge de la justice n’ont pas le pouvoir de faire ce qu’ils proclament. Alors, il nous faut malheureusement accepter que certaines lois fondamentales de ce pays soient entravées et que les droits fondamentaux des personnes soient ignorés ou violés par un appareil judiciaire qui prend ses décisions en se basant sur des points de vue et des objectifs personnels. Il nous faut envisager que le peuple de ce pays ne jouisse pas de sécurité légale et que la plus grande partie de la justice soit directement liée à l’atmosphère politique. C’est essentiellement à cause de ces intérêts personnels qu’il existe des prisonniers politiques en Iran et que leurs droits fondamentaux sont bafoués.

Honorable Docteur Rouhani,
L’expérience du précédent gouvernement réformateur a fait la preuve des limites du pouvoir de la présidence ; je ne me fais donc aucune illusion en pensant que vous pourrez réguler l’appareil judiciaire actuellement si chaotique ; mais vous pourrez, par la discussion avec des officiels de haut niveau, leur suggérer de changer d’attitude : au lieu d’enfermer des jeunes talentueux épris de liberté et désireux de servir leur pays pour des accusations sécuritaires forgées de toute pièce, qu’ils se concentrent sur ceux qui ont pillé le trésor et ont tenté de mener ce pays à la ruine à cause de leur imprudence et de leur incompétence. Et pourquoi harceler et arrêter les femmes de ce pays pour des « crimes » comme « être mal voilée » alors que, d’après l’ayatollah Khamenei : « Que cela nous plaise ou non, le choix est l’une des raisons de vivre. » ? Le juge coupable des crimes épouvantables de Kahrizak a été nommé à la tête d’une des plus grandes institutions du pays. Etait-ce là son châtiment légitime alors qu’on devrait le traîner en justice et non pas l’y faire échapper ?

Ne savent-ils pas que se mêler de la vie et des affaires privées est contraire à l’Islam et aux enseignements du Coran ? D’après la Sourate Yunus, verset 99 : «  Si ton Seigneur l'avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ? » et au verset 108 : « Dis : "Ô gens! Certes la vérité vous est venue de votre Seigneur. Donc, quiconque est dans le bon chemin ne l'est que pour lui-même; et quiconque s'égare, ne s'égare qu'à son propre détriment. Je ne suis nullement un protecteur pour vous. » Ces versets affirment que l’acceptation de la foi est une décision personnelle qui ne peut être décrétée par la force. Et en plus, attenter aux droits des autres est un péché grave.

Honorable Docteur Rouhani,
Beaucoup d’entre nous, emprisonnés pour crime de compassion et d’amour de notre pays se demandent pourquoi on ne tient pas pour responsable l’ancien chef d’état, ex-favori de l’ayatollah Khamenei, des mensonges dits au peuple, des ravages et de l’instabilité causés à l’Iran, d’avoir été la cause des conditions de vie très difficiles et délicates au peuple iranien. Et cependant, les dirigeants ne se soucient pas de Mir-Hossein Moussavi, Mehdi Karroubi et Zahra Rahnavard ainsi que de centaines de prisonniers politiques qui se sont élevés contre la dictature, qui ont défendu les droits et le vote du peuple, et qui, en conséquence sont ceux qui sont ainsi maltraités. Comment se fait-il que le parlement, qui tient la barre et est le foyer du peuple, ne joue aujourd’hui aucun rôle dans la rédaction et la sauvegarde des lois de ce pays ? Le chef de la police ne devrait-il pas rendre des comptes sur l’attitude violente de fonctionnaires scélérats dans la plupart des centres de détention du renseignement ; ils enfreignent la loi en se livrant à des atrocités médiévales à l’encontre des accusés comme les fouetter, les donner des chocs électriques, les pendre du plafond, les battre et les insulter vulgairement ? La mort de Sattar Beheshti au centre de détention du FATA en est le résultat patent.

Le ministère de la justice ne saurait être indépendant si la direction de ce pays abrite des criminels. Dans le même temps, il est impossible aux tribunaux révolutionnaires de soutenir les lois de ce pays. Votre Excellence a une longue expérience de postes au plus haut niveau du gouvernement et vous connaissez évidemment la situation inextricable du pays. Qui a donné tant de pouvoir aux organisations militaires, du renseignement et de la sécurité qu’ils ont pu prendre cette terre dans leurs serres et donner un tel spectacle ?

Honorable Hodjatoleslam Docteur Rouhani,
Malheureusement l’Iran d’aujourd’hui se conforme à ce que feu l’ayatollah Naïni avait décrit il y a des siècles : « La tyrannie et le despotisme se parent du voile de la religion et la tyrannie la plus insupportable est celle imposée par un état religieux. » Il ne nous faut pas non plus oublier les mots de feu l’Ayatollah Taleghani mettant en garde contre le retour du despotisme qui a fait écho à la théorie de NaIni : « La tyrannie peut émaner de la théocratie. Dans une théocratie, une branche est responsable de la simplification de l’enseignement de la religion. Mais au nom de la religion, on peut créer des contenus inappropriés pour obliger ceux qui ne connaissent pas suffisamment les fondamentaux de la religion et les enseignements du Prophète à obéir. Au nom de la religion, on peut garder le peuple dans les brumes de l’ignorance ce qui le fera souffrir. Ceux qui utilisent la religion pour asseoir leur pouvoir sont dangereux et s’en débarrasser est très difficile. » Qu’est-ce que la religion que nous suivons, qui dicte nos actes et nos actions ? Si cette religion est l’Islam et son livre sacré le Coran, alors nous nous opposons à la répression, aux conduites de ces dernières années et à la soustraction de milliards du Trésor national. Nous condamnons l’exploitation, les abus et l’oppression du peuple par le gouvernement.

Honorable Docteur Rouhani,
Moi, Iranien accusé d’être un factieux et un fauteur de troubles, j’ai vu comment les forces Bassidj ont tiré sur la foule depuis leurs casernements puis ont fait porter le chapeau de ces atrocités au peuple innocent. Evidemment, je ne pense pas avoir mérité de m’entendre dire par les fonctionnaires du ministère du renseignement qui m’interrogeaient que ma mort serait tout bénéfice pour la république islamique. Si j’ai élevé la voix, c’était un cri contre l’injustice, les abus et les attaques des dirigeants. Si j’ai écrit, je n’ai écrit que ma douleur, j’ai écrit sur les intrusions dans nos vies privées, j’ai écrit sur la violation de nos droits et les insultes proférées contre nos opinions. Si je me suis tenu aux côtés des étudiants, des travailleurs, des femmes et du peuple d’Iran, c’est parce que, comme eux, je suis mécontent de la situation du pays qui nous fait souffrir.

Honorable Docteur Rouhani,
Je vous demande la permission de souligner une réalité dont j’ai été témoin ou plutôt dans laquelle j’ai été impliqué en tant qu’exemple de la lutte politique et du désarroi sécuritaire du pays. L’année dernière, durant les évènements pénibles qui ont suivi le tremblement de terre en Azerbaïdjan, je me suis rendu sur place accompagné d’un groupe de volontaires, pour aider nos compatriotes affligés. Pour quelle raison avons-nous été attaqués et arrêtés sans mandat légal ? On nous a présenté des accusations forgées de toutes pièces comme « mise en danger de la santé publique par la distribution de pain moisi et de conserves alimentaires avariées », « mépris pour le tribunal et résistance aux ordres des fonctionnaires », « rassemblement et collusion dans l’intention d’attaquer la sécurité nationale en diffusant des informations à des médias étrangers », « création de mensonges sur différentes organisations », « diffusion de nouvelles d’arrestation imminente avant d’être arrêté », « préparation et distribution de questionnaires dans le but de nuire à la république islamique », « possession de clips audio et vidéo dans le camp insultants pour l’imam Khomeiny », « destruction et incendie de denrées illégales avant l’arrivée de la police » et « possession d’antennes satellites illégales ». Voici quelques exemples des accusations concoctées par le ministère du renseignement de Tabriz avec l’aide du substitut du procureur de Tabriz. Une autre accusation forgée à notre encontre était « propagande bahaïe » parce que plusieurs compatriotes bahaïs étaient parmi notre groupe de volontaires. Et toutes ces accusations ont été portées à notre encontre alors qu’en fait notre groupe de volontaires s’était rendu au camp de Sarand en Azerbaïdjan pour aider nos compatriotes frappés par un tremblement de terre dans l’idée de servir au mieux les intérêts de notre nation. Mais cela n’a rien de neuf. De nos jours, chaque être humain épris de liberté qui agit dans l’intérêt de sa nation et de son peuple doit affronter le même triste sort : fausses accusations et dossiers basés sur des choses comme «  insultes contre le régime », « actions contraires à la sécurité nationale » et des centaines d’autres accusations sans fondement. J’ai dit à plusieurs reprises qu’il nous faut craindre le futur si nous persistons dans cette voie, car la crise actuelle atteindra un point de non-retour. L’Imam Ali a déclaré qu’agir sans logique et en violant la loi conduit invariablement au chaos de l’âme et à la confusion des convictions religieuses.

Honorable Docteur Rouhani,
Nous savons que des temps difficiles vous attendent. Vous savez, mieux que personne, les obstacles qui s’opposent à la nation et les difficultés à répondre aux demandes du peuple. En tant que prisonnier politique, je sais qu’il n’est pas utile de vous mettre plus de pression en vous rappelant sans cesse la brutalité de ces dernières années et en nourrissant les déceptions. Vous avez réuni le peuple avec le slogan de prudence, modération et espoir. Votre expérience, vos connaissances prépareront sûrement la sortie de la crise. Le tyran comprendra que c’est la liberté et le progrès qui garantissent la sécurité et créent l’indépendance.

Ah, si la liberté pouvait chanter un hymne,
Etroit
Comme une gorge d’oiseau
Il ne resterait pas de mur brisé
Il faudrait beaucoup d’années
Pour apprendre
Que chaque ruine est causée par une absence
Que la croissance est favorisée par la présence humaine

Ahmad Shamlou

Avec l’espoir de voir votre triomphe et vos succès
Seyed Hossein Ronaghi-Maleki
Prison d’Evine – Bloc 350

Source : http://hra-news.org/685/1389-01-27-05-27-21/16319-1.html

jeudi 15 août 2013

Interview des mères de Hossein Ronaghi-Maleki et Abolfazl Abedini-Nasr

Zoleikha Moussavi, mère de Hossein Ronaghi Maleki a dit à Jaras qu’elle était très inquiète : « J’ai vu Hossein la semaine dernière et il s’est plaint d’un très fort mal aux reins qui l’a empêché de dormir pendant quatre nuits. Il a dit avoir parlé à monsieur Khodabakhsh, substitut du procureur et lui avoir dit que s’il n’obtenait pas de libération provisoire, il lancerait une grève de la faim. Monsieur Khodabakhsh lui a dit qu’il s’en moquait. Il lui avait dit auparavant qu’il finirait bien par mourir et qu’au bout de quelques jours, tout se calmerait et qu’on l’oublierait.

J’ai dit à Hossein que ces gens ne me prêtaient aucune attention, je l’ai supplié d’attendre que je me rende au bureau du procureur pour soumettre une autre demande officielle de libération provisoire. J’y suis allé le lendemain et on m’a dit que monsieur Khodabakhsh n’était pas au bureau. Mais il y était. Alors j’ai dit tout ce que j’avais à dire juste derrière la porte pour que monsieur Khodabakhsh entende que mon fils ne pouvait pas dormir à cause de la douleur et aussi qu’il était en train de perdre son rein droit. Mais personne n’y a prêté attention.

J’ai continué à m’en occuper. On m’a dit qu’il n’aurait pas de liberté provisoire mais qu’on s’occuperait de ses besoins médicaux. Mais les médecins ont bien spécifié que Hossein avait besoin de spécialistes et la prison n’a pas d’équipements médicaux pour répondre à ses besoins. Hossein a été opéré sept fois et chaque fois on l’a ramené en prison ce qui a causé le retour de sa maladie avec toujours plus de douleur. C’est la prison qui a causé la maladie de Hossein et pourtant il lui refuse une liberté provisoire.

Je ne comprends pas quelle sorte de musulmans ils sont ; maltraiter ainsi nos enfants. S’agit-il de meurtriers pour les soumettre à tant de mauvais traitements ? On me demande pourquoi j’accorde des interviews. La vie de mon fils est en danger et, qui que je voie, personne ne me prête attention. Alors comment me faire entendre ? Il n’existe aucun lieu où je ne me soies rendue, les bureaux du parlement, ceux de la justice, le bureau de monsieur Laridjani, mais personne n’a voulu me répondre. J’ai parlé à monsieur Khodabakhsh et il m’a répondu qu’il n’avait pas envie. Et ils prétendent suivre le chemin du Prophète. Ils embarrassent le prophète avec une telle conduite. Le prophète rendait visite à ses ennemis, alors de jeunes innocents dont la vie est en danger, enfermés à cause d’accusations mensongères… Je suis une mère. Je suis venue d’Azerbaïdjan à Téhéran pour m’occuper de mon fils et la seule réponse que j’obtiens c’est qu’il n’a pas envie. Si vous êtes assis derrière ce bureau, c’est bien parce que vous avez la responsabilité de nous répondre ? Aujourd’hui, Hossein en est à son troisième jour de grève de la faim. Vous ne pouvez pas imaginer ce que je ressens. Le rein gauche de Hossein ne fonctionne plus et qui me répondra si son rein droit suit le même chemin ? Je demande qu’on lui donne une liberté provisoire pour qu’il puisse recevoir des soins et ne pas perdre son rein droit aussi. Avant qu’une autre catastrophe n’arrive, s’il vous plaît, écoutez-nous. Est-ce trop demander ? »

Seyed Ahmad Ronaghi Maleki, père de Hossein Ronaghi Maleki s’est présenté à la huitième chambre du tribunal révolutionnaire de Tabriz après y avoir été convoqué le 11 août. Madame Moussavi a parlé de sa visite au tribunal avec son mari : « La convocation se rapportait à ce qui s’est passé au camp de Sarand et avec l’arrestation de 30 bénévoles qui venaient aider dans cette région d’Azerbaïdjan frappée par un tremblement de terre. On nous a donné un numéro de dossier et on nous a dit de revenir dans quelques jours. »

Hossein Ronaghi Maleki fait partie des personnes détenues en 2009 suite à l’élection présidentielle contestée. Il a été arrêté par les gardes révolutionnaires à son domicile et a été condamné à 15 ans de prison par la 26ème chambre du tribunal révolutionnaire présidé par le juge Pir-Abassi.

La mère de Hossein Ronaghi Maleki a conclu par la tristesse de la situation actuelle. « On dit qu’il en ont amnistié certains mais cette liberté dont ils parlent est donnée à des prisonniers non-politiques comme des voleurs et des meurtriers. Hossein et d’autres prisonniers politiques sont en prison depuis quatre ans. Lequel d’entre eux a été amnistié ? Aucun de ces prisonniers politiques innocents n’en fait partie. Ils perdent leur vitalité et souffrent de leur mauvaise santé et personne ne veut répondre. Pourquoi ? »

Abolfazl Abedini, prisonnier politique également en grève de la faim, ne va pas bien, sa santé est mauvaise. Abedini a témoigné devant le magistrat enquêtant sur la mort du bloggeur Sattar Beheshti qui a perdu la vie durant des interrogatoires menés par la police. Même s’il avait reçu l’assurance que son témoignage n’aurait aucune conséquence, il a brutalement été transféré de la prison d’Evine à celle de Karoun à Ahvaz. Pour protester contre son transfert illégal, Abedini a annoncé qu’il se mettait immédiatement en grève de la faim et qu’il n’y mettrait fin qu’à son retour à la prison d’Evine.

Abedini souffre de problèmes cardiaques (maladie de la valve mitrale) et hépatiques. Sa santé s’est dramatiquement dégradée en conséquence de sa grève de la faim et des pressions psychologiques intenses.

Assareh Eyvazi, mère d’Abolfazl Abedini en grève de la faim depuis le samedi 27 juillet a dit à Jaras : « Voilà plus de deux semaines qu’Abolfazl a commencé sa grève de la faim et il s’affaiblit chaque jour. Il a appelé et j’ai eu beau essayer de le persuader d’arrêter, il continue. Son frère et moi l’avons supplié mais il a dit qu’il continuerait. Je suis très inquiète mais aucun responsable ne s’en soucie. J’ai écrit des lettres partout mais je n’ai reçu aucune réponse. On prétend qu’il va y avoir des amnisties mais les dossiers judiciaires de nos enfants ne font que grossir. Mon fils a été condamné à 12 ans de prison et il a passé ces quatre dernières années derrière les barreaux sans un seul jour de permission. Les familles des prisonniers politiques sont destinées à passer leur temps dans l’inquiétude. Il n’y a aucun signe de liberté pour les prisonniers politiques. Nos enfants ont servi le peuple et ceux qui sont libérés sont des criminels qui ont fait du mal aux gens et à leurs biens ! »

En avril 2010, le tribunal révolutionnaire d’Ahvaz a condamné Abolfazl Abedini à 11 ans de prison pour « association avec des gouvernements hostiles, militantisme pour les droits humains et propagande contre le régime par des interviews aux médias étrangers ». Un an plus tard, il a eu droit à un autre procès à la 28ème chambre du tribunal révolutionnaire présidée par le juge Moghiseh ; il y a été condamné à un an de prison de plus pour « propagande contre le régime. » Ce militant des droits humains en prison depuis quatre ans pour purger sa peine de 12 ans est soumis chaque jour à des pressions accrues et à des contraintes supplémentaires.

Source : http://www.rahesabz.net/story/74130/

lundi 12 novembre 2012

Dernier article de Sattar Beheshti


On nous dit de ne pas parler, sinon on nous fermera la bouche.

Depuis quelque temps maintenant, le régime islamique exerce une pression accrue sur les militants iraniens indépendants pour les empêcher d’exprimer leurs points de vue sur les affaires courantes du pays en utilisant toutes sortes de mesures répressives dont la torture et la menace d’exécution. C’est un régime qui pose quotidiennement toutes sortes de problèmes aux militants indépendants. Des e-mails de menaces, le filtrage des médias en ligne, les arrestations dans la rue, c’est le minimum quotidien de ce régime.

Pas plus tard qu’hier, les agents du régime m’ont dit que ma mère porterait bientôt le deuil. 

- « Tu ne fermes pas ta gueule »
- « Je ne le veux pas »
- « Tu es trop bavard »
- « Je me contente d’écrire ce que je vois et ce que j’entends »
- « Nous ferons ce que nous voudrons ! Nous agirons comme il nous plaira ! Mais tu la fermeras pour de bon ou on t’étranglera une fois pour toutes, anonymement ! Sans que personne ne sache qui tu es ou ce qui t’es arrivé ! »

Ils n’arrêtent pas de me dire et à d’autres qui me ressemblent : « Les peuples de Palestine et de Bahreïn sont tourmentés et personne n’en parle, et toi, tu es un traître à ton pays ! » Mais je ne suis pas un traître, ceux qui me ressemblent ne sont pas des traîtres, nous ne trahissons pas notre pays, nous aimons notre pays et notre peuple et si traîtres il y a, c’est vous qui trahissez notre pays et notre peuple, pas moi, pas nous.

Les appels téléphoniques de menace n’arrêtent pas jour et nuit. Il semblerait que nous n’ayons réellement d’autre choix que de la fermer. Je ne dis pas ça en tant que traître mais en tant qu’Iranien. Je ne peux pas la fermer devant une telle tragédie ; je ne dis pas que ce soit vous, messieurs qui seriez trop bavards, mais c’est bien vous, avec votre merde quotidienne, qui entraînez le pays vers le désastre, tous les jours. Je ne me tairai pas, même si la mort se profile à l’horizon. Les menaces et les intimidations, d’où qu’elles viennent ne marchent plus. Je ne me tairai pas, peu importe où je suis, où je serai. C’est vous messieurs qui allez la fermer. Arrêtez de commettre des injustices pour que je puise cesser de les dénoncer.

Le régime islamique pleure la tragédie des peuples de Palestine, de Bahreïn et d’autres pays encore et se plaignent du manque d’information et de soutien dont ils souffrent. Mais il ne dit pas un mot de toute la propagande de ses propres services et de ses chaînes de télévision, si professionnels qui produisent des films et des reportages ; tous se concentrent sur la soi-disant tragédie des peuples de Palestine et de Bahreïn, tous sont destinés au peuple d’Iran, tous visent à laver le cerveau de notre propre peuple. Ils gavent le peuple avec cette propagande partisane tout au long de la sainte journée et à la fin, les chaînes de la télévision islamique finissent par dégoûter tout le monde.

Mais ils ne disent pas un seul mot de la situation désastreuse de notre propre peuple, ni des violations continues des droits humains dans notre propre pays, l’Iran ! Pas un mot sur les arrestations, les incarcérations, les tortures et les exécutions en masse qui ont lieu tous les jours. Pour briser leur volonté, nos prisonniers politiques sont incarcérés dans la situation la pire possible ; non seulement ils ne disent pas un mot à leurs avocats mais on ne leur permet même pas d’avoir un avocat. Non seulement ils laissent leurs familles dans l’ignorance totale de leurs êtres chers mais encore ils menacent aussi les familles. Ils leur disent sans arrêt qu’ils n’ont aucun droit de parler de leurs êtres chers. Non contents d’empêcher ces familles de s’informer et d’informer les autres, ils changent leur harcèlement permanent en menaces envers les membres de la famille des détenus. Ils disent qu’ils « continueront et arrêteront leurs filles » si la famille des prisonniers politiques ne se soumettent pas à la volonté des autorités et ne la ferment pas. « Ta gueule ! Ne dis pas un mot ! » Leur crient-ils sans arrêt.

Messieurs ! Pourriez-vous s’il vous plait me dire de quel genre de loi il s’agit, Où cette loi a-t-elle été mise en place ? Dites-moi où vous avez trouvé une telle loi avant de l’apporter en cadeau au peuple d’Iran. Peut-on trouver une telle loi ailleurs que dans des dictatures ? Faites-moi confiance, même dans les pays les plus dictatoriaux du monde, il n’existe pas une telle loi. Et même si elle existait dans ces pays, elle n’aurait pas été instaurée au nom de Dieu ou de la religion divine mais au nom du gouvernement.

Vous arrêtez, vous torturez, vous exécutez et les familles devraient se taire pendant ce temps ? Pourquoi ne pas quitter vos postes pour vous soumettre à un gouvernement comme le vôtre pour comprendre ce que ça veut dire d’être soumis à un tel gouvernement ? Les lois de votre régime n’existent même pas dans la jungle. Si vous êtes si sûrs de ce que vous êtes, pourquoi le cacher au lieu d’en être fiers ? Pourquoi ne pas autoriser la libre diffusion de l’information sur ce que vous faites pour que d’autres pays dans le monde puissent prendre de la graine de vous-mêmes et de votre genre de démocratie ? Et si vous êtes totalement conscients de votre basse médiocrité, conscients que le monde se rie de vous à gorge déployée, pourquoi continuer à être ce que vous êtes ? Pourquoi continuer à faire ce que vous faites ? Comment se fait-il que vos reporters, vos journalistes puissent se rendre partout dans le monde pour faire des reportages sur ce qu’ils veulent tandis qu’aucun journaliste étranger ne peut se rendre en Iran et faire des reportages sur ce qu’ils/elles voient en Iran ? Autant d’injustice peut-elle se justifier par le fait de rester au pouvoir quelques jours de plus ? Vos propres lois ont-elles une quelconque valeur de votre propre point de vue ?

Maintenant, laissez-moi vous dire quelque chose. Si vous avez peur de l’information, ou bien vous démissionnez ou vous arrêtez de commettre des injustices. N’arrêtez plus, ne torturez plus, ne massacrez plus et l’on cessera de vous dénoncer. Ou alors on continuera à informer et à vous dénoncer mais votre propre injustice prendra rapidement fin s’écrasant sur votre propre tête. Informer sur la détresse de tout être humain est de la responsabilité de chacun de nous et si l’un/l’une d’entre nous ne le fait pas, il/elle a trahi sa propre conscience. Quiconque n’informe pas les autres s’enfonce lui-même dans un trou. Parce que vous, messieurs, voulez réduire au silence, un par un, quiconque, même en privé veut élever la voix. Ne nous menacez plus car la peur n’a plus place en nos cœurs. Ni le fouet ni la torture ne nous font peur ni ne nous empêchent d’informer.

« Nous vous arrêterons ! Nous vous torturerons ! Arrêtez d’informer ! » Si c’est votre slogan, le nôtre est : « Nous sommes entrés dans cette arène et n’arrêterons pas avant de nous être libérés des chaînes de l’existence et détachés des chaînes de l’injustice ! »

Longue vie à l’Iran et aux Iraniens ! J’offre ma vie à l’Iran !

Sattar Beheshti
Lundi 29 octobre 2012

Source : http://magalh91.blogspot.fr/2012/10/blog-post_29.html

dimanche 11 novembre 2012

Témoignage de 41 prisonniers politiques du bloc 350 d’Evine : « Feu Sattar Beheshti a été torturé ! »


D’après les medias, la cyber-police, dépendant des forces de sécurité nationale, ont arrêté Sattar Beheshti le 30 octobre 2012. Le 6 novembre, on a informé sa famille de son décès en lui demandant d’enlever le corps de la morgue de Kahrizak. Pendant toute cette période on a menacé sa famille au cas où l’un de ses membres parlerait sur le sujet à qui que ce soit.

Monsieur Sattar Beheshti était à la section générale 350 d’Evine du 31 octobre au 1er novembre 2012, les détenus de cette section ont donc été les premiers témoins de son état physique et psychologique douloureux ; nous considérons qu’il est de notre devoir national et religieux d’informer l’honorable nation iranienne de l’histoire de Monsieur Beheshti et de ce qui lui est arrivé.

Sattar Beheshti a été inculpé pour ses critiques des autorités au pouvoir sur son blog personnel. Il a raconté aux témoins de la section 350 d’Evine que lors de sa garde à vue au siège de la police, on avait commencé par le rouer de coups alors qu’on l’avait suspendu au plafond, et qu’on avait continué alors qu’il était attaché sur une chaise. Quelquefois, on l’a battu alors qu’il avait les mains liées et d’autres fois, on l’a jeté par terre et donné de forts coups de pieds sur la tête et le cou ; ceux qui l’interrogeaient portaient des godillots de l’armée. Durant ces tortures, on l’a soumis à des malédictions des plus vulgaires et on l’a menacé de le tuer à plusieurs reprises.

Quand il est arrivé à la section 350 d’Evine, on voyait des preuves de torture sur tout le corps de Sattar, il était dans un état physique et psychologique déplorable. Son visage était cabossé, sa tête enflée, les poignets et les bras meurtris et l’on voyait sur ses poignets les marques laissées par sa suspension au plafond. D’autres parties de son corps étaient également meurtries comme le cou, le ventre et le dos.

Bien qu’il ait à peine pu écrire à cause de ces passages à tabac, Sattar a néanmoins déposé une courte plainte auprès des autorités de la section 350 d’Evine ; elle décrivait son état et comment il avait été traité par les agents de sécurité et demandait que son dossier soit suivi.

Son état physique étant loin de la normale, on l’a emmené deux fois au dispensaire de la prison et le médecin et l’infirmière sont aussi témoins de son état.

Le 1er novembre, Sattar, un jeune militant du Mouvement Vert a de nouveau été transféré de la section 350 d’Evine au siège des forces de sécurité. Il était très inquiet en quittant la section et a dit aux autres détenus : « Ils veulent me tuer. » Quatre jours après son transfert, on a informé sa famille de son décès.

Ils sont témoins de cruautés, d’injustices, d’atrocités, de tortures et de meurtres et restent indifférents, sans même perdre une seule nuit de sommeil. Dans les années qui ont suivi l’élection présidentielle de 2009, nous avons à plusieurs reprises été témoins de ce genre de torture de la part des forces de sécurité et de la cuber-police. A la section 350 d’Evine, il y a actuellement des détenus qui ont été soumis à de telles tortures. Nous attestons ici que nous avons été témoins de nombreux cas de torture de détenus par les agents de sécurité de la section 350 d’Evine.

Les actes de torture des criminels de la prison de Kahrizak et des tortionnaires de celle d’Evine ont été rendus publics à plusieurs reprises et sont donc connus des autorités de cet établissement ; nous croyons que, s’ils étaient punis au lieu d’être félicités et promus, il n’y aurait plus de tels actes de tortures haineuses dignes de Kahrizak et plus de meurtres.

Il est maintenant clair pour nous tous que toutes nos protestations contre les dirigeants actuels tomberont dans l’oreille de sourds. Nous présentons nos condoléances à la famille de Sattar Beheshti et à toute la nation iranienne opprimée ; nous rappelons à tous que les dirigeants actuels, qu’ils le veuillent ou non, sont responsables des cruautés, des tortures et du bain de sang injuste de victimes innocentes.

Signé :

Bahador Alizadeh
Reza Ansari Rad
Hossein Assadi Zeidabadi
Ibrahim (Nader) Babaï Zeydi
Emaad Bahavar
Seyed Ali Reza Beheshti Shirazi
Amid Behroozi
Seyed Mohammad Ali Dadkhah
Amir Khosro Dalirsani
Mohammad Davari
Mohammad Ebrahimi
Amir Eslami
Jafar Gandji
Amir Garshasbi
Siyamak Ghaderi
Abolfazl Ghadiani
Ali Akbar Ghoti
Mohammad Amin Hadavi
Seyed Ahmad Hashemi
Siavash Hatem
Afshin Karampour
Hamid Reza Karvasi
Omid Kharazmian
Mehdi Khodaï
Farshi Lahouti
Mohsen Mirdamadi
Abdollah Momeni
Mostafa Nili
Mohammad Hassan Youssef Pourseyfi
Ali Reza Radjaï
Mohammad Rezaï
Farzad Rouhi
Mohsen (Bahman) Sadeghi Nour
Edris Seyedin
Pouria Shahpari
Abdolfatah Soltani
Mohammad Farid Taheri Ghazvini
Amin Tchalaki
Mohammad Ali Velayati
Farshid Yadollahi
Hossein Zarini

Source: Kaleme http://www.kaleme.com/1391/08/20/klm-119438/