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lundi 26 janvier 2015

Lettre de Behnam Ebrahimzadeh

A tous les êtres épris de liberté

Je m’oppose à la nouvelle peine d’emprisonnement qui m’a été notifiée.

Je m’appelle Behnam Ebrahimzadeh et je vous écris de la prison de Radjaï-Shahr. Tout d’abord, je voudrais tous vous remercier pour votre soutien, mes chers amis d’Iran ou d’ailleurs, de par le vaste monde, j’y ai été très sensible. J’ai mis fin à ma grève de la faim à la demande de mon fils Nima, à celle de ma famille, des autres prisonniers, de mes camarades de travail, et de vous tous, si nombreux, qui m’avez soutenu de tout votre cœur. Mais je maintiens mes revendications ; la plus pressante est mon retour à la section 12, celle des prisonniers politiques à Radjaï-Shahr. Et comme j’ai fait une grève de la faim, mon état de santé est grave. Je suis sûr que vous savez que mon fils, Nima Ebrahimzadeh, lutte contre le cancer. Son état a empiré et il a été transféré à l’hôpital Hafte-Tir. Je veux le rejoindre immédiatement.

J’ai été condamné à cinq ans de prison ; j’en ai déjà purgé quatre. Mais j’ai été rejugé. Le tribunal n’a même pas autorisé mon avocate, Manijeh Mohammadi, à participer à mon procès. J’ai été jugé par les 26ème et 15ème chambres, présidées par le juge Salavati ; le verdict a été énoncé le 29 décembre. Les chefs d’accusation étaient rassemblements et collusion contre la sécurité nationale, relations avec l’OMPI, propagande contre le régime, relations avec Ahmad Shahid et possession d’antenne satellite. Je n’accepte pas le verdict et j’ai nié les relations avec l’OMPI. Je n’ai jamais eu de relations avec cette organisation. C’est une accusation forgée de toutes pièces.

Je ne suis pas un bandit, je n’ai commis aucun crime. Je suis un syndicaliste qui défend les droits des travailleurs, les droits des enfants et les droits humains. Voilà de quoi on m’accuse et j’ai été condamné à plus de neuf ans et quatre mois de prison pour ça. Cette nouvelle peine a touché mon fils malade Nima ; il a souffert d’un stress émotionnel et psychologique. Mon épouse et ma famille subissent des pressions énormes. J’insiste de nouveau et je veux que le monde entier entende ma voix : je m’oppose à ce verdict. Je réfute l’accusation de relations avec l’OMPI et je persiste dans mes demandes antérieures, et si je suis coupable, c’est de défendre l’humanité ; je suis, de toute façon, toujours un être humain qui défend les droits humains. Je voudrais demander à toutes les organisations de par le monde et à tous ceux qui entendront ma voix de me soutenir, moi et mes demandes.

Behnam Ebrahimzadeh

Source : https://hra-news.org/en/articles/behnam-ebrahimzadehs-letter-new-imprisonment-sentence

mardi 6 janvier 2015

Lettre de Mohammmad Nazari depuis la prison de Radjaï Shahr


Mohammad Nazari, prisonnier politique détenu dans le hall 12 de la section 4 de la prison de Radjaï Shahr de Karadj, est emprisonné pour coopération avec le Parti Démocrate du Kurdistan depuis 19 ans sans aucune interruption.

Alors que j’écris cette lettre, certains ne sont pas d’accord et pensent que c’est du suicide, mais je n’ai pas beaucoup d’espoir d’être libéré de prison où j’ai déjà passé 21 ans de ma vie. J’ai vu des codétenus mourir après une longue période d’emprisonnement comme Alireza Kheirabadi au bout de 15 ans, Mohammad-Mehdi Zalieh au bout de 21 ans et Taher Mostafavi au bout de 20 ans, le régime avait refusé de les libérer ; alors, à 85 ans, souffrant d’un cancer, il me faudrait être très naïf pour penser à la liberté.

Je m’appelle Mohammad Nazari et je suis condamné à perpétuité. D’après ceux qui m’interrogeaient, je n’étais pas accusé de soutenir le Parti Démocratique, j'étais accusé, en tant que chiite parlant le Turc, d’avoir soutenu un parti sunnite et kurde.

Ils n’avaient pas de preuves ni de témoins, mais ils m’ont forcé à avouer des faits sortis de leur imagination et si j’avais refusé, on m’aurait exécuté.

D’après les dires d’une personne importante, dans ce pays la loi ne sourit qu’à qui a de l’or. En 2001-2002, on m’a demandé de payer 5 millions de tomans pour être libéré, mais, comme je ne les avais pas, je suis toujours détenu. En 2012, mon procès a été révisé sur ordre du procureur général ; au bout de quelques mois, j’ai été amnistié et le tribunal a ordonné ma libération, mais, au dernier moment, les services du renseignement se sont opposés à ma libération, ce qui est révélateur de leur haine et de leurs complexes ; il nous faut donc attendre un miracle pour être libres un jour !

Pour conclure, je voudrais vous demander de bloquer certains enquêteurs qui sont libres de faire ce que bon leur semble pour obtenir de l’avancement : leurs cœurs sont pleins de haine, de complexes et de préjugés absurdes ; ils causent le malheur des gens qui sont trop isolés, j’aurais beaucoup à dire…

J’espère que plus personne ne sera sacrifié à cause de ses convictions.

Mohammad Nazari, fils d’Hamdullah, depuis la prison de Radjaï Shahr

Source : https://hra-news.org/en/articles/mohammad-nazaris-letter-rajai-shahr-prison

vendredi 2 janvier 2015

J’ai grandi loin de ma mère, dans les salles de visite de la prison – Fereshteh Ghazi


Elle avait 13 ans quand ma mère a été emprisonnée ; pendant plus de cinq ans, elle n’a vu sa mère que dans les salles de visite des prisons d’Evine, Radjaï Shahr et Ghartchak de Varamine. Elle a maintenant 18 ans ; quand sa mère aura purgé ses 20 ans de prison, ce sera une femme de 33 ans. Taraneh Taefi est la fille de Fariba Kamalabadi, l’une des sept Yaran, comité de direction des bahaïs d’Iran, condamnés à 20 ans de prison.

Quand sa mère a été arrêtée, le 14 mai 2008, elle avait 13 et était en terminale. C’est maintenant une jeune femme de 18 ans qui n’a pas le droit d’étudier à l’université ; elle me parle de sa mère, de ses droits de prisonnière de conscience, privée de sa présence depuis cinq ans et demi et pour encore 15 ans. Elle me parle de l’éventualité que sa mère ne rentre jamais, des salles de visite, de privations, de déceptions, et pourtant, elle garde espoir.

« Quand j’essayais de te préparer à mon arrestation en 2008, je t’ai demandé si tu serais bouleversée si j’étais arrêtée. Tu as répondu : ‘J’étais très jeune quand tu as été arrêtée en 2005 et je ne comprenais pas ce qui t’arrivait, alors tu me manquais, tout simplement. Mais cette fois-ci, tu me manqueras et je serai désolée pour toi’ ». Voici un extrait de la lettre de Taraneh Taefi à sa mère à la prison d’Evine.

J’étais très jeune quand ma mère a été arrêtée pour la première fois ; je n’ai pas compris qu’elle était dans une situation très difficile. La plupart du temps, j’étais triste parce que ma maman n’était pas là et qu’elle me manquait. Je n’ai pas compris qu’elle était à l’isolement, qu’elle subissait des interrogatoires musclés, qu’elle avait des soucis et était complètement isolée du monde extérieur. Cependant, en grandissant, j’ai pensé à toutes ces choses en plus du manque que je ressentais. Je me souviens que la deuxième fois qu’elle a été arrêtée, elle se rendait à Mashhad. Nous ne savions pas exactement comment et où elle avait été arrêtée. Pendant presqu’un mois, nous ne savions même pas où elle était. J’étais bien sûr très jeune à l’époque et je ne m’occupais pas de connaître sa situation ou comment elle avait été arrêtée, etc. En grandissant, j’étais à la fois triste et inquiète, et s’est pourquoi j’ai dit que j’étais désolée pour elle ; je venais de comprendre que non seulement elle me manquait, mais que j’étais aussi inquiète de sa situation et de la façon dont elle était traitée en prison.

J’avais dix ans quand ma mère a été emprisonnée pour la première fois. Bien sûr, la peine était beaucoup plus courte, une fois un mois et l’autre deux mois. J’avais 13 ans quand elle a été arrêtée pour la troisième fois. Naturellement, un membre de la famille n’était plus parmi nous et nous étions inquiets de savoir combien cela durerait. Au début, j’avais très peur qu’elle ne revienne jamais. J’étais bien sûr, alors au début de mon adolescence et c’était très difficile pour moi. Après un temps, nous nous sommes habitués, même si elle nous manquait souvent et que je ressentais son absence.

Que voulez-vous dire quand vous dites : « J’avais peur qu’elle ne revienne jamais » ? Aviez-vous peur qu’on ne la condamne à mort pour des accusations graves ?
Oui. Je me souviens du jour où le verdict a été énoncé, je m’en souviens très bien. Mon père m’a dit qu’elle avait pris une peine de prison de 20 ans. J’ai pensé qu’il plaisantait ! Même si j’avais envisagé des verdicts très lourds, je n’arrivais pas à le croire. En mon for intérieur, je n’avais jamais cru qu’elle serait condamnée à une si longue peine. 20, c’est trop long, c’est une vie ! Cette peine a commencé quand j’avais 13 ans et elle se terminera quand j’aurai 33 ans ! Cependant, malgré de graves difficultés, on finit par s’habituer. Je préfère ne pas avoir trop d’espoir d’une libération anticipée ou d’un quelconque changement dans les 15 ans qui restent parce que tout le réconfort que les espoirs des autres m’ont apporté s’est révélé faux. Je me sentirai beaucoup mieux si j’arrive à accepter de ne pas l’avoir avec moi pour15 autres années. Plutôt qu’espérer et ne pas voir la réalisation de cet espoir, je préfère être surprise par sa libération anticipée.

Comment se passent les visites avec votre mère ?
Les enfants de prisonniers ont le droit de voir leurs parents une fois par semaine en visite face-à-face. Mais comme je suis plus âgée, je n’y ai droit qu’une fois tous les 15 jours. Ce qui veut dire qu’une semaine nous avons droit à une visite face-à-face et l’autre dans une cabine de visite, séparés par une vitre. Il y a des chaises dans la salle de visite. Il y avait bien sûr plus de monde ces dernières années et il n’y avait pas assez de sièges pour tout le monde, mais maintenant, il y a moins de monde. Normalement, il y a beaucoup d’enfants qui jouent. Nous attendons dans cette salle puis montons à l’étage pour la visite à l’appel de nos noms. Un des enfants que je vois toujours ici est le fils de Farine Hessami, Artine : sa mère est à Evine et son père à Radjaï Shahr. Les enfants s’arrêtent de jouer et se précipitent pour voir leurs mères à l’appel de leurs noms. Vers la fin de la visite, nous essayons de parle très vite, nous avons beaucoup de choses à nous dire, et nous baissons la tête pour un dernier regard à nos êtres chers tandis que les stores de la cabine s’abaissent. Il y a une  cabine sans stores. Quand les prisonniers et leurs visiteurs sont présents, nous parlons avec les mains, en utilisant la pantomime. Quand la visite s’achève, nous partons et n’avons plus de nouvelles jusqu’à la semaine suivante. Quand ma maman était à la prison de, Radjaï Shahr, malgré les mauvaises conditions sanitaires et le type de prisonnières avec lesquelles elle séjournait, elle pouvait appeler au téléphone tous les jours, ce qui nous rendait très heureux car nous pouvions parler de tout au téléphone. Mais maintenant, nous n’avons aucune nouvelles d’elle entre les visites parce que les prisonnières n’ont pas le droit d’utiliser le téléphone, ce qui nous ennuie et nous inquiète beaucoup. Les visites face-à-face se tiennent dans une grande salle meublée de plusieurs tables entourées de chaises. Chaque famille s’assied à une table et parle avec son prisonnier. Nous ne pouvons rien apporter en prison, mais quelquefois, les prisonniers apportent de la nourriture et nous déjeunons ensemble. Je suis très heureuse lors des visites en face-à-face parce que je peux embrasser ma maman, m’asseoir près d’elle, manger et parler avec elle. Les conditions sont bien meilleures durant ces visites.

Et votre maman n’a encore eu aucune libération provisoire ?
Absolument aucune. Certains disent que si un prisonnier a pur gé un sixième de sa peine il doit pouvoir bénéficier d’une liberté provisoire. D’autres disent que c’est après le tiers de la peine. Je ne sais pas si l’une des deux options est vraie. Chaque fois que nous avons demandé une permission, ils n’ont pas suivi les règles et ont répondu : « vous faites partie du ‘groupe des sept’ et nous n’avons pas l’intention de vous donner de permission. Nous le ferons quand nous penserons qu’il le faut et vos demandes répétées ne servent à rien. »

Donc, pas de permission, pas d’appels téléphoniques et vous n’avez que les visites hebdomadaires. Comment préservez-vous vos relations avec votre mère ?
Nous nous parlons beaucoup. J’envie cependant les autres enfants qui peuvent parler avec leur mère, j’en suis privée. Pendant la semaine, je pense à beaucoup de choses que je veux lui dire, mais quand je vais la voir et que la visite se termine, je me souviens de tout ce que j’ai oublié de lui dire et je ne suis jamais sûre de pouvoir les lui dire la semaine suivante. C’est très difficile mais nous tentons de faire face. Il y a tant de choses que je n’ai jamais dites à personne. Quelquefois, quand je suis à la maison et qu’on sonne à la porte, mon cœur tressaute en pensant, est-ce qu’on aurait libéré maman ou on lui aurait donné une permission ? Et quelquefois, quand je rentre, j’ai l’impression que ma maman sera là quand j’arriverai. Et bien sûr, elle n’est pas là. Alors, les problèmes existent mais je n’ai pas perdu tout espoir. J’ai ces images à l’esprit. J’ai un grand frère et une grande sœur. Tous les deux sont mariés et mon frère avait quitté l’Iran avant l’arrestation de ma mère. Cette distance les a empêchés d’avoir un contact quelconque avec elle puisqu’elle n’a pas le droit d’utiliser le téléphone. Avant, elle avait le droit d’appeler une fois par mois, mais ce droit a été révoqué il y a un an. Ma sœur a eu un bébé il y a quelques jours, mais on n’a pas laissé ma mère appeler pour lui parler. Il nous a même été difficile de l’avertir de l’arrivée du bébé.
La militante étudiante Baharej Hedayat, emprisonnée à Evine depuis presque cinq ans, a parlé de Fariba Kamalabadi dans une lettre à son époux Amin Ahmadian : « Je n’oublierai jamais la première fois que Fariba a décidé d’emporter une chope de thé lors d’une visite face-à-face avec sa fille Taraneh. J’ai remarqué qu’elle a commencé par mettre du sucre dans la chope, a réfléchi, retiré le morceau de sucre pour le remplacer par du chocolat, a de nouveau réfléchi et l’a remplacé par une date. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait. Elle m’a dit : « Je ne me souviens plus si Taraneh prend son thé avec du sucre ou avec autre chose… » Elle a fini par emmener les trois ! Je ne m’en suis pas souciée tant qu’elle était ici, mais après, je ne pouvais m’empêcher de pleurer… Imaginez, cette fille avait 12 ans quand on lui a retiré sa mère, elle en a maintenant 17… Fariba est une mère mais elle a oublié tous les détails de sa maternité. On les lui a retirés de l’esprit par cruauté et injustice. »
Taraneh Taefi dit : «  Je me souviens avoir beaucoup pleuré quand je l’ai lu, parce que je me souvenais pendant cette visite particulière, elle avait oublié d’apporter le thé. Elle avait apporté les trois éléments et dit qu’elle ne s’en souvenait plus. Cela m’a attristé alors mais pas ému. Quand j’ai lu la lettre de Bahareh, je suis devenue très triste et j’ai pleuré. Beaucoup de gens pensent qu’être en prison signifie juste être privée de sa vie quotidienne et enfermée dans une cellule. Mais il y a beaucoup d’autres privations que la plupart des gens ignorent. Beaucoup de regrets et de déceptions sont enterrés entre ces murs ! Par exemple, quand son premier petit-enfant est venu au monde, ma mère ne le savait pas, elle n’a pas pu le voir et n’a même pas pu appeler pour savoir s’il était né. Ces choses peuvent sembler simples, mais elles ont vraiment blessantes, à la fois pour ma maman et pour nous. Je pense  cependant qu’il faut prêter plus d’attention aux prisonniers qu’à leurs familles. Nous avons perdu une personne, mais elles ont perdu toute la société. En dépit des difficultés et des privations, nous faisons partie de la société mais nos prisonniers sont entourés de murs et loin de la société. Ils ont tout laissé derrière les murs. Bien sûr, d’une certaine façon les prisons sont devenues pour eux des universités. Beaucoup de prisonniers lisent ensemble. Ma maman lit et tricote. Elle dit toujours : « J’ai tricoté quelque chose pour toi ou pour tout autre membre de la famille » c’est ainsi qu’elle garde le contact avec sa famille et ses relations. Nous voyons lors des visites et nous entendons aussi de celles qui ont été dans la même section qu’elle a bon moral. Ce n’est pas comme si elle avait perdu espoir ou si elle s’attristait après cinq ans et demi d’emprisonnement. Elle vit une vie normale et est en bonne santé psychologique. De temps en temps, elle est malade, mais elle n’a pas de problème pour l’instant.

Dans une lettre à son petit enfant qui vient de naître, Fariba Kamalabadi écrit : « Nous sommes sept membres d’un groupe nommé ‘Yaran-e-Iran’ ; nous nous occupions des affaires de la communauté bahaïe d’Iran. Nous nous occupions de leurs problèmes personnels suivant les enseignements de la foi bahaïe et les protégions des nombreuses brutalités qu’on leur infligeait. S’ils étaient licenciés et n’avaient plus les moyens de vivre, nous leur enseignions, avec l’aide d’autres bahaïs, une profession et de moyens de gagner sa vie. S’ils étaient malades et ne pouvaient s’offrir un traitement, nous les aidions avec l’aide de médecins bahaïs. Nous aidions à l’instruction et à l’éducation morale des enfants et jeunes bahaïs à l’aide de professeurs d’université bahaïs renvoyés de leurs postes, nous permettions à des milliers de bahaïs dont tes parents, d’avoir une éducation supérieure au domicile de bahaïs, etc.. Tous les efforts de ce groupe visaient à contrecarrer les activités concentrées sur le ‘génocide intellectuel’ des jeunes bahaïs par des mesures constructives. Et ces actions été menées de telle façon qu’aujourd’hui il n’y a ni haine ni animosité envers le gouvernement, l’islam ou le gouvernement islamique dans le cœur d’un seul bahaï ; les bahaïs révèrent l’Iran, sanctifie l’islam comme une sainte religion ; ils désirent en leur cœur servir l’Iran et le peuple iranien, même si quelques jeunes bahaïs ont été condamnés à beaucoup d’années de prison, surtout parce qu’ils s’occupaient d’enfants dans des quartiers défavorisés. »

Sa fille dit : « Ma mère et six autres personnes, qui ont toutes été condamnées à 20 ans de prison comme elle, étaient membres d’un comité qui s’occupait des affaires de la communauté bahaïe d’Iran. Ce qui voulait dire s’occuper d’organiser des enterrements, des mariages suivant les rites bahaïs ou d’autres problèmes similaires. Comme le comité était en relation avec tous les bahaïs d’Iran, je crois que le gouvernement voulait, à tout prix, arrêter ces soi-disant dirigeants bahaïs pour effrayer les autres. Bien sûr, ma maman dit que ça ne va pas durer aussi longtemps, mais ce sont les conditions actuelles, je les ai acceptées et je m’y suis habituée. Pour éviter toute déception, je ne nourris aucun faux espoir. Supporter ces 20 ans m’est rendu plus facile parce que je sais qu’il y a une fois et des convictions solides derrière. J’accepte beaucoup d’autres difficultés à cause de cette croyance. Toute la situation devient plus tolérable.

Taraneh Taefi a aussi été privée d’éducation supérieure. 
Quand j’ai passé le concours national d’entrée à l’université, j’ai reçu mon classement et j’ai choisi ma discipline et, au lieu de recevoir le nom de l’université à laquelle j’ai été admise, j’ai reçu un message qui disait « dossier incomplet ». Depuis le début de la révolution culturelle, aucun bahaï n’a été admis à l’université : sur le formulaire d’inscription, il faut choisir une religion sur une liste, la foi bahaïe ne fait pas partie de cette liste. Cela a duré jusqu’en 2003-2004. Cette année-là, on a retiré les noms des religions des formulaires et les candidats écrivaient eux-mêmes leur religion puis passaient l’examen. Cependant, quand ils recevaient les cartes pour passer le concours, sous la rubrique religion, il était inscrit islam. Quand les étudiants bahaïs contactaient les autorités, elles leur disaient : «  Ceci se rapporte aux examens religieux que vous allez passer. » Alors, nous l’avons accepté. Mais après l’examen, ils nous ont de nouveau interdit d’entrer à l’université. Ils renvoyaient les étudiants à différents stages, certains quand ils recevaient leurs cartes d’étudiants, d’autres quand ils choisissaient leur disciplines ou pendant l’inscription. Certains étudiants suivaient huit mois de cours et étaient renvoyés juste avant l’examen. Telle était la situation. L’élection de Monsieur Rouhani a suscité de grands espoirs pour une meilleure situation. Mais dans les faits, tout a empiré. Les années précédentes, ils n’éliminaient pas tant d’étudiants dès le début. Mais cette année, ils ont envoyé un message de « dossier sérieusement incomplet » à 80 à 90% des étudiants bahaïs après qu’ils aient choisi leurs disciplines. Et ce, bien que tout le processus de candidature soit fait en ligne ; « dossier incomplet » ne veut donc rien dire. Même ceux qui ont été admis n’ont pas pu assister aux cours après quelques semaines.

Ma chère fille, je vous présente mes excuses pour tous ceux qui sont ignorants et vous ont créés tant de difficultés. Je pensais que ces difficultés se résumaient à une privation irraisonnable et injuste d’éducation. Cependant, je comprends que ce ne sont pas vos seules souffrances. La prochaine fois que vous verrez votre mère, dites-lui : « Le Docteur Mohammad Maleki, 81 ans, premier doyen de l’université de Téhéran, s’est rendu chez vous et s’est incliné humblement devant votre innocence et celle de vos coreligionnaires. » Ce sont les mots du Docteur Mohammad Maleki) à Taraneh Taefi quand il lui a rendu visite, accompagné de l’écrivain et documentariste Mohammad Nourizad.

Je ne savais pas que Monsieur Maleki venait. Monsieur Nourizad avait mentionné qu’il venait avec un ami et a insisté pour que je sois à la maison. Je ne savais pas pourquoi et je ne pensais pas que cela me concernait. J’avais vu Monsieur Maleki auparavant quand il était en prison et que nous avions rendu visite à maman. Je l’avais vu dans la salle de visite, mais je ne savais pas qui il était. Quand ils sont arrivés, Monsieur Nourizad a dit : « Le premier doyen de l’université de Téhéran veut vous parler parce que vous avez été privée d’éducation supérieure. » C’était merveilleux de savoir que cela les concernait tant et qu’une personne d’une telle importance était venue me rencontrer et m’encourager. Cette privation m’avait beaucoup attristée et leur visite m’a exaltée et rendu la joie. Il m’a dit qu’il n’hésiterait pas à me soutenir de tout son poids.

Après l’élection de juin de cette année et le début de la présidence d’Hassan Rouhani, de nouveaux espoirs se sont fait jour sur la liberté des prisonniers de conscience et l’apparition de plus de libertés individuelles. Certains prisonniers ont même été libérés
Bien sûr, on espérait que la situation changerait. Nous l’espérons toujours. Nous avons vu certains prisonniers politiques bénéficier de libérations provisoires, d’étendre la durée de leurs permissions ou même être libérés. Mais en ce qui concerne les prisonniers bahaïs, il n’y a eu aucune clémence ou permission. Il y a des bahaïs qui sont en prison depuis que Rouhani est arrivé au pouvoir. Il n’y a eu aucune amélioration de la situation des prisonniers, des bahaïs continuent d’être arrêtés dans différentes villes et il n’y a eu aucune amélioration.
Source : http://iranpresswatch.org/post/11274/

dimanche 23 novembre 2014

Lettre de Behnam Ebrahimzadeh, syndicaliste et prisonnier de Radjaï Shahr


Il y a eu le massacre de masse des enfants de Gaza, le massacre et le viol des femmes et des jeunes-filles de Shingal en Irak et de Kobanh en Syrie par Daesh, les milliers de vies perdues à cause du virus Ebola en Afrique Occidentale, et maintenant les attaques des femmes iraniennes à l’acide à Ispahan ont attiré l’attention des médias et des réseaux sociaux. Les attaques à l’acide sont aujourd’hui devenues l’évènement qui fait le buzz.

Il est intéressant de noter que la justice et les forces de sécurité n’ont pas réussi à attraper les criminels qui ont commis ces attaques acides. Le récent discours d’un membre du parlement iranien et plusieurs autres officiels indiquent clairement que ces attaques sont dans la droite ligne du décret religieux appelé « promotion de la vertu » qui a pour but le contrôle des femmes dans la société. Les attaques à l’acide ont créé une situation amère et lamentable pour tous. L’attaque brutale des femmes et le jet d’acide à leur visage est un acte sale, répugnant et inexcusable. Cette action vicieuse vise à miner la sécurité publique en utilisant les méthodes les plus inhumaines ; de mon point de vue, c’est le pire des crimes, comparable aux activités terroriste de Daesh.

Malheureusement, en dépit des grandes manifestations dans plusieurs régions d’Iran et surtout à Ispahan, les criminels qui ont commis ce crime barbare n’ont toujours pas été arrêtés. Il est évident que les forces de sécurité arrivent à arrêter immédiatement les militants politiques et sociaux qui préparent une manifestation, mais qu’ils n’arrivent pas à identifier les responsables de ces attaques acides. Leur conduite et leur pratique mettent la dignité et les valeurs humaines en question. L’empathie avec la peine et les souffrances des victimes de ce crime violent n’est qu’une petite étape il est du devoir de tous de soutenir les victimes pour alléger tant soit peu leur souffrance. Il est important en même temps d’extirper ce danger de la société et c’est ce que la population attend au minimum du gouvernement.

En conclusion, il est critique de renforcer l’unité sociale pour tenter de soigner les anxiétés et les peurs causées par des crimes aussi dérangeants. Les victimes des attaques acides devraient recevoir un traitement acceptable et répondant aux normes et bien sûr gratuitement. Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour aider les victimes des attaques acides à guérir complètement et ne pas hésiter à remonter le moral de leurs familles. Nous devons condamner fermement les attaques acides contre les femmes.

Le 25 novembre est la journée internationale de protestation contre les violences faites aux femmes. C’est la meilleure occasion de manifester notre soutien aux victimes des attaques à l’acide et dénoncer toute violence faite aux femmes.

Behnam Ebrahimzadeh (Assad) prisonnier politique détenu à la prison de Radjaï-Shahr, section 4 du département 12, le 26 octobre 2014, Karadj, Iran

Source : https://hra-news.org/en/articles/throwing-acid-women-doomed-behnam-ebrahimzadeh

dimanche 16 novembre 2014

Les « bienheureux » qui rêvent du ciel dans leurs cellules – Massoud Bastani – 30 Octobre 2014 - Roozonline

Les prisonniers de Gorgan 

Ce qui suit constitue les deux premières parties d’un rapport sur les bahaïs de Gorgan, une ville du nord de l’Iran, emprisonnés à la prison de RadjaI Shahr, située dans la ville de Karadj, dans la banlieue de Téhéran. Voici le dernier groupe, les prisonniers dont la seule faute est leur hétérodoxie religieuse.

Kourosh Ziari, le Thérapeute « heureux »

Kourosh Ziari est un homme de 50 ans, très heureux et très amusant. Il a fabriqué un jeu de jacquet avec du carton et des bouchons que l’on peut se procurer en prison ; il y joue avec tant de passion que je crois que c’est ce qu’il préfère à tout. Il jette les dés et il jure et fait rire à gorge déployée même son adversaire. Parfois, j’appelle cela « la thérapie heureuse » et quand je passe près de lui, je lui demande en blaguant « Vous êtes encore occupé Docteur, n’est-ce pas ? » Quand le dé ne lui est pas favorable, il crie très fort : « Oh non ! Cette fois, j’ai perdu la chance ! » C’est devenu une expression commune que tout le monde utilise dans notre cellule.

Il vivait dans la ville de Gonbad, proche de Gorgan, avec sa famille jusqu’à deux ans et demi auparavant ; il a alors été arrêté après avoir été convoqué à Gorgan. Il est intéressant de noter que le tribunal l’a condamné à cinq ans de prison sur la base de ses réponses à un questionnaire qui ne comportait que deux questions. D’après Kourosh, son avocat a objecté au juge Moghiseh le jour même, soulignant qu’il n’y avait que deux pages dans un dossier de 600 qui concernaient son client ! « Contrairement à certains qui nous accusent d’espionner ainsi que d’autres choses injustes, nous nous considérons comme des bahaïs iraniens et nous ne nous occupons pas de politique ou de renverser un quelconque régime. Notre regard ne se pose que vers les droits du citoyen. » Il ajoute qu’il a voté pour la première fois lors de l’élection présidentielle de 2009 et qu’il a voté pour Mir-Hossein Moussavi. Il croit qu’il a le droit de voter pour améliorer le futur de son pays.

Le moment le plus amer et le plus triste de la vie de Koroush a été l’accident de voiture de son plus jeune fils qui l’a laissé paralysé dès son enfance à cause d’une atteinte à la moelle épinière. Il a maintenant 20 ans, sa santé mentale est parfaite, il utilise un déambulateur et a besoin d’aide pour se mouvoir. « Mon fils ne me rend visite que tous les six mois à cause de son handicap physique ; le fardeau de s’occuper de tout ce dont il a besoin est retombé sur les épaules de sa maman » dit-il.

Koroush a commencé à fabriquer et à vendre des vêtements à force de travail ; aujourd’hui, c’est un commerçant connu et respecté dans la province du Golestan, au nord de l’Iran. Mais la meilleure nouvelle qu’il ait reçue en prison a été l’admission de son fils aîné, Farès, dans une université américaine où il pourra poursuivre ses études. Quand son fils a quitté le pays pour poursuivre ses études, Kourosh a peut-être ressenti le bonheur et la fierté d’un père dans sa solitude.

Maintenant, il distribue des rations de nourriture déshydratées aux prisonniers du couloir 12. Ces rations sont soit déshydratées, soit de la nourriture brute que les prisonniers cuisineront et consommeront pour suivre leurs régimes. Kourosh accomplit cette tâche avec beaucoup de soin et de persévérance ; quelquefois, il est obligé d'utiliser ses dons de comptable, exactement comme lorsqu’il travaillait, pour garder la trace d’une distribution équitable et pour satisfaire tout le monde.

Il souffre d’un disque lombaire et d’arthrose au genou et est toujours à la recherche de soins ; il apprécie cependant la sympathie et l’humanité de ses camarades de cellule, quelles que soient leurs croyances ou leurs affiliations politiques, et la solidarité sans faille dont ils font preuve. Il croit que le monde repose sur deux piliers, la récompense et le châtiment, et que ceux qui oppriment les autres au nom de Dieu finiront par payer pour leur cruauté.

Farahmand Sanaî, le plus humble des hommes, qui avait un rêve

Quelquefois, les rêves en prison prennent beaucoup d’importance, tant même qu’avant de vous le présenter, je préfère relater le rêve d’un homme de 48 ans dont le visage reflète tout ce qu’il a enduré. « C’est le meilleur rêve que j’ai jamais eu en prison, et j’ai senti que tous mes péchés passés m’étaient pardonnés » dit Farahmand Sanaï.

Dans ce rêve, il sentait qu’il s’envolait vers le royaume des cieux dans un vaisseau spatial de la taille d’un minibus avec 19 bahaïs de Gorgan arrêtés en même temps que lui, sous les mêmes accusations il y a deux ans.

Dans son rêve d’ascension, il voyait Abdoul Baha, le successeur du fondateur de la foi bahaïe, qui lui présentait le prophète de l’islam, Mahimet, son successeur, Ali et son petit-fils Hossein. Saluer tous ces personnages célestes et voir la clarté de leurs visages dans son rêve étaient très doux. Il a même vu Moïse dans son voyage au ciel en forme de rêve et lui a demandé pardon pour toutes les anecdotes qu’il avait écouté sur lui dans le monde temporel.

L’histoire de son rêve a peut-être un sens pour nous aider à comprendre la part de spirituel d’une personne qui a toujours été prêt, sereinement et de bon cœur, à aider tous les prisonniers politiques et les prisonniers de conscience.

Pendant qu’il purgeait sa peine, il a accepté divers missions volontaires comme la lessive, la coordination des heures de visite, être membre du conseil des prisonniers du couloir 12 pour aider ses camarades détenus.

Farahmand Sanaï est l’un des prisonniers de Gorgan qui évite catégoriquement l’implication en politique ; il croit que la politique de nos jours est synonyme de mensonges et de tromperie et qu’elle protège de son ombre de mauvaises actions. Son expérience de vie avec des prisonniers politiques l'a conforté dans son idée.

Il a trois filles de 22, 17 et 16 ans. Farhamand était ascensoriste ; il installait des portes automatiques après ses études universitaires. Il affirme que ses meilleurs moments en prison sont les visites de son épouse et de ses filles.

« C’est sûrement pour ça que tu as accepté de coordonner les heures de visite ! » lui ai-je demandé  en plaisantant. « En fait, depuis que j’ai pris cette responsabilité, je m’accorde moins de temps qu’aux autres pour ne pas qu’ils pensent que je suis injuste envers eux » m’a-t-il répondu en souriant.

Farahmand Sanai a été arrêté en octobre 2012 avec son épouse Farahnaz Tebiani et d’autres bahaïs de Gorgan. Après un mois d’interrogatoires, son épouse a été libérée sous une caution de $50.000, mais Farahmand a été envoyé à la prison de Radjaï Shahr de sinistre mémoire. « Que demanderais-tu à ceux qui t’ont interrogé ou jugé si la situation était juste, claire et équitable, » lui ai-je demandé. Il m’a raconté une autre histoire intéressante. Il rapporte que lors des premiers jours après son arrestation et durant les interrogatoires, le téléphone de celui qui l’interrogeait a sonné et Farahmand a compris qu’il parlait à son fils. Après avoir raccroché, il a dit à Farahmand que son fils se plaignait que ses amis ne l’invitaient pas à leurs fêtes d’anniversaire et qu’il ne pouvait pas assister aux autres fêtes auxquelles il était invité. « A cause de ma profession sensible, je ne peux pas permettre à ma famille de se rendre à beaucoup de fêtes ou de beaucoup voyager. Si un jour, il y a un soulèvement ou un changement de régime, toutes les membres des forces de sécurité comme moi seront plus susceptibles d’être persécutés. » a-t-il dit.

Alors Farahmand, sincèrement et honnêtement lui a dit qu’il pourrait se réfugier chez lui avec sa famille si ce jour arrivait. S’il le désirait, Farahmand et sa famille seraient prêts à l’accueillir.

Celui qui l’interrogeait a été tellement surpris d’entendre ces paroles qu’il n’a peut-être pas pris son offre au sérieux, mais cet homme de Gorgan a prononcé ses paroles si doucement et si sincèrement que je n’ai pas mal à le croire.

Il décrit son humeur en prison comme joyeuse, bien qu’il soit extrêmement difficile pour ses filles d’affronter la coupure du lien affectif avec leur père ; chacune d’elles a des souvenirs inoubliables avec lui.

Pour répondre à une question sur sa vision de l’avenir de ses filles en tant que père, il a répondu sans hésitation : « J’ai longuement parlé avec elles et je crois que toutes ont une idée claire sur ses futures études et carrière : elles seront ingénieurs dans les projets de construction. »

Je l’ai interrogé sur sa journée la plus pénible en prison. Sans hésiter, Farahmand a mentionné le voyage de neuf heures que sa famille doit faire toutes les semaines de Gorgan à Karadj pour lui rendre visite. Il m’a dit : « Un soir, sachant que ma famille était en route pour me rendre visite, j’ai entendu qu’un bus qui allait de Gorgan à Téhéran avait eu un accident et était tombé dans une rivière avec tous ses passagers. Ça a été ma pire nuit en prison puisque c’était ce bus que ma famille prenait toutes les semaines pour me rendre visite. Je me suis tourmenté jusqu’à ce que j’apprenne que ma famille n’était pas dans ce bus. »

 Ces voyages hebdomadaires des familles sont la pire inquiétude des prisonniers de Gorgān. Cette inquiétude ne fait qu’accentuer l’amertume de l’emprisonnement en exil. Presque tous, ont déposé des demandes de transfert dans une prison de leur ville Gorgan pour se débarrasser du problème. D’un autre côté, ils font montre de satisfaction dans leurs conversations. Ce fatalisme religieux et cette soumission à la volonté de Dieu prédomine peut-être parmi ceux qui n’ont commis d’autre crime que d’aider leurs coreligionnaires. Tous les prisonniers politiques et les prisonniers de conscience se considèrent comme les représentants d’une idéologie politique ou d’un courant intellectuel. Bien qu’ils font tout ce qu’ils peuvent pour jouer leurs rôles en traitant bien les autres, en respectant leurs droits et en faisant montre de valeurs morales pour impressionner les autres, la réalité de la vie quotidienne en prison pendant des années permet aux prisonniers d’évaluer leurs fois respectives par l’observation immédiate de leurs conduites dans les conditions les plus dures. C’est là que leurs convictions et leurs allégations sont testées au maximum.  Les bahaïs de Gorgan ont réussi le test à cause de leur simplicité, de la pureté de leurs motivations, de leur volontariat au service des autres et parce que la profondeur de leurs convictions spirituelles est indéniable. Tous sont honnêtes, aiment leurs familles et cherchent toujours à servir les autres. C’est peut-être à cause de l’incapacité de quelques personnes au pouvoir à tolérer les autres idéologies, de leur déni des droits des minorités qu’eux et leurs coreligionnaires ont fini en prison, malheureusement. 

En tant que journaliste et auteur de cet article, j’avais le devoir de décrire impartialement ce que j’ai vu et de raconter l’histoire de ce que j’ai ressenti durant les deux années que j’ai passées en prison avec eux. De mes conversations avec les habitants de Gorgan il résulte qu’ils admettaient tous que leur vie en prison et le sentiment de n’être pas discriminés par leurs codétenus avait été une expérience unique, une expérience qu’ils n’ont pu réaliser qu’en prison, ironiquement. La discrimination comme une ombre sale, avait plané au-dessus de leurs têtes et de celles de leurs coreligionnaires durant toute leur vie, et au-dessus de celles de tous ceux dont l’idéologie différait de celle des dirigeants de notre société.

La douleur de la discrimination est inoubliable, une douleur qui se transforme à tous les instants de la vie en un phénomène étrange dont on ne peut se séparer, la discrimination morbide qui a été abolie dans le monde d’aujourd’hui. La société civile tente de l’éliminer et de créer une nouvelle définition des relations entre êtres humains, et entre nous et notre créateur. A quelle distance nous situons-nous de notre but ?

Source : http://www.roozonline.com/persian/news/newsitem/archive/2014/october/30/article/-1de96b49be.html