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dimanche 16 novembre 2014

La lettre d’Obama à Khamenei pourrait être le point de départ à plus de contacts – Fereshteh Gazi – 10 novembre 2014 - Roozonline

Lors d’une interview avec Rooz, un député iranien a dit que l’Iran et les USA voulaient que les négociations nucléaires en cours aboutissent avant la date butoir du 24 novembre pour pouvoir faire la fête. Ahmad Bakhshayeshi a parlé de « signes » dont il pense qu’ils indiquent que les discussions porteront leurs fruits. Ila aussi dit qu’il croyait que l’Iran était désireux d’avoir des relations avec les USA et que la lettre récente du président américain Barack Obama au guide suprême l’ayatollah Khamenei pourrait être le point de départ à plus de contacts entre ces deux pays éloignés, dans tous les sens du terme.

La dernière session de négociations au niveau ministériel a commencé à Oman de l’autre côté du golfe persique le week-end dernier. Mohammad-Djavad Sharif et John Kerry, ministres des affaires extérieures d’Iran et des USA et la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton se sont rencontrés pour discuter des points de blocage et y trouver des solutions.

Quelques jours avant la rencontre, les médias américains ont révélé que Monsieur Obama avait écrit une lettre secrète à Monsieur Khamenei le mois dernier. D’après le Wall Street Journal, cette lettre suggérait la possibilité d’une coopération USA-Iran contre les militants en Irak et en Syrie connus sous le nom d’état islamique. Les officiels des deux capitales n’ont à ce jour fourni aucun des détails de cette lettre.

Rooz a parlé au député Ahmad Bakhshayeshi des nouveaux développements entre les USA et l’Iran, ainsi que du problème nucléaire ; il a dit que cette lettre pouvait n’être « qu’une guerre psychologique que certains médias américains avaient voulu créer juste avant les discussions. Aucun officiel en Iran ou aux USA ne s’est avancé à commenter cette lettre. »
Bakhshayeshi a ensuite avancé plusieurs scénarios possible pour ce qui se passe actuellement : « Par cette lettre, Monsieur Obama essaie de dire que les militants de l’état islamique sont les ennemis de l’Iran et des USA et que donc, si un accord est trouvé sur le nucléaire, une coopération pourrait intervenir contre l’état islamique auto-proclamé, comme l’Iran et l’Irak avaient des intérêts communs en Irak ou en Afghanistan contre les talibans. Cette lettre pourrait être un moyen de pression pour un accord lors des discussions sur le nucléaire, même si c’est l’Iran qui doit faire les concessions les plus importantes. Le deuxième scenario c’est que, sans s’occuper du nucléaire, l’Iran et les USA pourraient coopérer dans d’autres champs d’intérêt commun. Il est vrai que lors de ces 32 dernières années, depuis la révolution, les USA ont tout fait pour renverser l’Iran et ses dirigeants en vain, mais pendant cette période il y a aussi eu des hauts et des bas alors qu’il n’y avait plus aucune relation entre les deux gouvernements. Monsieur Obama a compris que les frappes aériennes contre l’état islamique n’amenaient à rien et que seul l’Iran pouvait libérer l’Irak des islamistes en pénétrant en Irak pour y aider l’armée irakienne à s’organiser. Nous avons ainsi coopérer avec les Américains dans le passé contre les talibans et pour régler certains problèmes en Irak. Mais, tandis que nous coopérions avec les Américains en Afghanistan contre les talibans, ils traitaient l’Iran et le gouvernement Khatami de membres de l’axe du mal. Voici leur remerciement. Le troisième scénario est que Monsieur Obama a fini par comprendre qu’il ne pourra pas détruire la république islamique, qui est un régime fort et un point d’ancrage de stabilité au Moyen-Orient, ce qui est un grand progrès. Il vaudrait donc mieux établir des relations même si l’Arabie Saoudite, Israël tentent de faire pression sur les USA. »

De la même façon qu’Obama a été sévèrement critiqué par certains républicains pour cette lettre, Bakhshayeshi souligne que certains éléments s’opposent à la normalisation des relations ou au moins à des discussions avec les USA en Iran. « En Iran aussi il y a des groupes qui croient que le prestige de l’Iran réside dans son opposition aux USA ou dans son affrontement avec eux, que sa réputation auprès des Syriens, des Libanais, etc… serait entachée si l’Iran changeait de position envers les USA. Ils pensent qu’il ne faudrait pas discuter avec eux. D’autres avancent que même le prophète de l’islam, Mahomet, a envoyé des émissaires dans beaucoup de pays et a continué à le faire même si certains ont été ridiculisés. Au bout de 35 ans, chaque partie prenante de ce conflit a compris qu’il ne pouvait détruire l’autre et qu’il fallait donc établir des relations pour maintenir la stabilité dans la région du golfe persique. Les USA ont compris que l’Iran jouissait d’un solide support logistique militaire. Les Américains ont observé l’Iran et ont vu sa grande influence au Liban, en Syrie, en Irak et sur le Hamas. Les USA n’ont pas pu se débarrasser de Maleki alors que l’Iran y a réussi. L’Iran a maintenant davantage d’influence au Yémen, et cela inquiète l’Arabie Saoudite, et donc aussi les USA.

L’Iran a toujours voulu avoir des relations avec les USA si ceux-ci abandonnaient leurs exigences extrêmes. Il n’a jamais été question d’une lutte sans fin entre l’Iran et les USA. L’Iran veut que ses relations internationales soient reconnues et veut jouer son rôle. Et il ne veut pas payer pour ça. L’ayatollah Khomeiny avait dit lui aussi que les relations entre l’Iran et les USA devaient s’établir sur une base d’égalité et si ceux-ci abandonnaient leurs exigences extrêmes les choses peuvent changer. L’une de ces exigences concerne le nucléaire. Qu’est-ce que cela peut faire aux USA que l’Iran veuille enrichir ou pas ? Pourquoi l’Iran doit-il faire l’objet de sanctions ? Si les USA abandonnent ces demandes extrêmes alors l’Iran seront prêts à établir des relations. Les USA ont compris qu’ils ne pouvaient rien faire à l’Iran. Ils ont incité Saddam à attaquer l’Iran lors d’une guerre qui a duré huit ans, ils ont donné le feu vert au Kurdistan et au Turkménistan pour attaquer notre avion. Et rien n’y a fait. Ils en ont conclu qu’ils devaient avoir des relations avec l’Iran, mais sur des bases d’égalité.

Sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, le président a écrit plusieurs lettres à Obama, qui ne les a pas comprises d’un point de vue diplomatique. A travers ses lettres, Monsieur Obama montre la futilité des politiques précédentes. Si c’est le cas, alors tant mieux. Je pense que les deux devraient coopérer contre l’état islamique. S’il y a eu une lettre, alors je pense qu’ils devraient coopérer contre l’état islamique. Ils ont coopéré dans le passé et il ne s’est rien passé. Ce pourrait être le point de départ à plus de contacts.

Je vois trois signes que les discussions se concluront par un accord : le premier, Monsieur Rouhani désire profondément le succès de ces discussions pour générer plus de contacts économiques et plus d’affaires. Je pense que si cela a lieu, le régime des sanctions tombera et l’Iran deviendra une région propice aux investisseurs internationaux. Monsieur Obama aussi désire profondément laisser un héritage positif sur le sujet pour pouvoir dire qu’il a empêché l’Iran d’avoir des armes nucléaires. Donc tous les deux veulent un arrangement sur ce problème. Le deuxième signe est que Monsieur Ryabkof (représentant russe aux discussions sur le nucléaire) a dit que 98% de l’accord est déjà acquis sur le problème nucléaire. Les 2% restants concernent les détails sur les sanctions et l’enrichissement. Le troisième signe, ce sont les paroles de Monsieur Rafsandjani qui a envoyé un message à Obama et aux Américains : s’ils ne peuvent trouver un accord avec ce gouvernement qui émane de l’élite culturelle, alors avec qui pourront-ils le faire ? »

Il conclut en disant que les deux parties veulent célébrer cet accord, mais que, s’il ne devait pas avoir lieu, les discussions se poursuivraient au-delà du 24 novembre.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/november/10/article/obamas-letter-to-khamenei-could-be-a-starting-point-for-more-contacts.html

samedi 17 mai 2014

Pourquoi le Canada fait fausse route sur l’Iran – Saeed Kamali Dehghan – 15 mai 2014

Depuis que le Canada a rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran, Ottawa a durci le ton sur l’Iran, adoptant une approche similaire à celle d’Israël.

Alors que l’occident a saisi l’occasion de s’engager avec le président modéré Hassan Rouhani, le Canada semble prendre la direction opposée, ignorant non seulement les appels au dialogue de la communauté internationale mais aussi celles des dissidents iraniens qu’Ottawa prétend défendre. Au contraire, le Canada s’aligne avec les radicaux, des groupes d’exilés rusés et la droite israélienne, s’éloignant des réalités du terrain.

En 2012, le ministre des affaires étrangères du Canada, John Baird a décrit l’Iran comme « la plus importante menace à la paix et à la sécurité globales dans le monde d’aujourd’hui » quand il a annoncé sa décision unilatérale de fermer l’ambassade de son pays à Téhéran et d’expulser les diplomates iraniens du sol canadien.

En un an, alors que Rouhani se rendait à New-York pour réorganiser les relations de l’Iran avec l’occident, soutenu par un large mouvement populaire en Iran, Baird a averti : «  des mots gentils, un sourire et une offensive de charme ne remplacent pas des actes. »

Plus tard, alors que l’Iran et six puissances mondiales dont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, sont parvenus à un accord historique sur le nucléaire à Genève, tentant ainsi de désamorcer les menaces d’une autre guerre au Moyen-Orient, le Canada a fait preuve d’un grand scepticisme.

La grande excuse du Canada, ce sont les droits humains. Bien sûr, l’effarante situation des droits humains en Iran, dont le nombre élevé d’exécutions et d’arrestations arbitraires de militants politiques reste un grand problème.

Mais la politique d’Ottawa qui tend à isoler Téhéran, alors que Rouhani est en but aux pressions des va-t-en-guerre de l’intérieur et des intégristes, dessert le futur de la paix dans le monde ainsi que le bien-être des Iraniens eux-mêmes. En refusant de s’engager avec l’Iran, le Canada tourne aussi le dos aux appels répétés des personnalités iraniennes de l’opposition à exploiter l’occasion unique qui se présente suite à l’élection de Rouhani.

La manifestation sur les droits humains en Iran au parlement canadien concrétise ce qui ne va pas dans l’approche d’Ottawa. L’un des orateurs clé du programme étudiant les violations des droits humains en Iran était Maryam Radjavi, chef du groupe radical exilé de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran, sur la liste des organisations terroristes jusqu’à récemment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni [NDT : et de l’Union Européenne]. L’OMPI, décrite par de nombreux observateurs comme un groupe proche d’une secte, a été condamnée à de nombreuses reprises par les Nations-Unies pour avoir maltraité ses propres membres.

La venue de l’OMPI dans ce programme aurait causé le retrait du rapporteur spécial de l’ONU pour les droits humains en Iran, Ahmed Shaheed a rapporté Ali Gharib de la Nation. Bien que largement critiqué par les autorités iraniennes, Shaheed a produit des rapports étendus sur les violations des droits en Iran, dont les mauvais traitements infligés aux prisonniers, dont certains sont emprisonnés en Iran à cause de leurs liens avec l’OMPI.

« Si l’on veut améliorer les droits humains en Iran, il ne faut pas inviter le chef de l’OMPI, un groupe accusé de violations graves des droits humains à la tribune » a twitté Golnaz Esfandiari qui tient un blog sur l’Iran. L’OMPI reste très impopulaire en Iran à cause de son soutien à l’ancien chef irakien Saddam Hussein pendant les huit années de guerre entre l’Iran et l’Irak. L’OMPI a combattu contre ses compatriotes à cette époque.

Plus tôt ce mois-ci, Eldar Mamedov a détaillé sur Lobelog comment l’OMPI utilise les droits humains comme un casus belli pour embrouiller les complexités de la politique intérieure de l’Iran vue de l'étranger et enrayer le processus de rapprochement entre l’Iran et l’occident. Il semble que le Canada reproduise l’erreur commise par les Etats-Unis et certains pays européens il y a des décennies : se fier à des groupes radicaux comme l’OMPI ou à quelques monarchistes iraniens pour rester au courant de la complexité de l’Iran d’aujourd’hui.

De plus, le Canada admoneste souvent l’Iran sous le prétexte de défendre les militants des droits humains et des personnalités de l’opposition emprisonnés en Iran. Mais ces mêmes personnes, dont 50 prisonniers politiques de premier plan, ont contacté Barack Obama pour lui demander de mettre fin aux sanctions économiques « paralysantes » qui frappent les Iraniens ordinaires et de s’emparer de « la dernière chance » de dialogue avec Téhéran sous le mandat de Rouhani, le Canada semble se boucher les oreilles.

Il ferait mieux d’écouter des voix plus raisonnables, comme celle de son ancien ambassadeur à Téhéran John Mundy qui a déclaré qu’Ottawa commettait une erreur en rompant ses liens diplomatiques.

Soyons clairs : personne ne nie les violations grossières des droits humains en Iran ou les défis à relever pour atteindre un accord permanent sur le nucléaire avec la république islamique. Mais les droits humains ne pourront s’améliorer que par le dialogue. C’est pourquoi la visite récente en Iran de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, qui y a rencontré plusieurs féministes de premier plan, a eu plus d’effets que les nombreuses déclarations sur les droits humains du Canada.

Les relations du Canada avec l’Iran sont glaciales depuis la révolution islamique de 1979. Elles se sont encore tendues en 2003 quand la photographe Irano-Canadienne Zahra Kazemi est morte d’une fracture du crâne sous la torture en prison en Iran. Mais si Ottawa s’inquiète vraiment du bien-être des Iraniens, dont ceux qui sont persécutés dans le pays, elle devrait réviser sa politique iranienne. Mais pour l’instant, le Canada ne fait que se tromper sur l’Iran.

Source : http://www.theguardian.com/world/iran-blog/2014/may/15/canada-getting-it-wrong-on-iran?CMP=twt_gu

jeudi 1 mai 2014

La section 350 de la prison d’Evine est-elle vraiment calme ? – Mehrangis Kar – 28 avril 2014

Gholam-Hossein Esmaïli, chef de l’infâme prison d’Evine a dit à l’agence de presse Tadbir que la section 350 de la prison était calme et tranquille. Mais depuis, les familles des prisonniers de cette section ont crié sans relâche la violence perpétrée dans la section et on a entendu leurs voix dans le monde entier. Après la révélation, le directeur a dit avoir identifié la source de cette « fausse » nouvelle.

Depuis longtemps, quand nous voulions écrire sur les lois et le déroulement de la justice, nous pensions que nous avions perdu la tête et qu’après 35 ans de république islamique, nous n’avions toujours pas compris que les lois de cette république ne sont que des outils sans vie propre, ce ne sont que des blagues. Certains se sont entrainés à les faire voter tandis qu’à d’autres, beaucoup moins intelligents, on a appris à ne pas permettre de les appliquer. Quel raisonnement sous-tend cette politique ? Je veux dire la politique de la rédaction de lois dans le but d’en tirer des bénéfices sonnants et trébuchants ?

En fait, rien de surprenant à ce que le régime brutal qui s’est imposé en Iran ne prenne la loi pour une farce. Ce qui est en revanche surprenant, c’est qu’il commence par faire voter des lois. Une de ces lois, rédigée en bonne et due forme, se rapporte aux prisons et à la règlementation de l’administration des prisons ; elle a été votée en 2005. Ce qui se passe dans les prisons iraniennes n’a absolument rien à voir avec ce qui est inscrit dans la loi. Ceux qui ont été entrainés à nier la loi, ce qu’ils font très bien d’ailleurs, ont vu une aubaine dans la nomination d’Esmaïli à la tête de la prison d’Evine. Après tout, il avait déjà réussi à proclamer : « Il n’y a pas un seul gramme de drogue vendu et acheté dans toutes les prisons du pays. »

Maintenant qu’Esmaïli a clairement démontré aux détenus d’Evine que les lois qui gouvernent les prisons de ce pays ne sont là que pour faire joli, il prépare le terrain pour qu’on ne s’intéresse jamais à la « recherche de la justice » Il ne semble pas comprendre que la lame même qu’il a ordonné d’utiliser pour raser les prisonniers se retournera bientôt contre lui.

Quand ceux qui m’enseignaient me parlaient de la loi, ils ne s’imaginaient pas qu’un jour la loi connaitrait un tel sort. Ils étaient pleins d’espoir : la loi serait respectée et honorée par ceux à qui ils l’enseignaient. Ils croyaient qu’on n’arrêterait jamais la mise en place de la loi à coups de couteaux, la remplaçant par une matraque. Mais maintenant, ces rêves et ces espoirs sont perdus, mais pas l’amour de la loi, même si des gens comme Esmaïli ont supprimé tout espoir de mise en application des lois que le régime lui-même a promulguées.

La section 350 d’Evine est une base historique. Si elle est secouée, le tremblement de terre arrive. A cause de ce qu’il s’est passé dans les cellules de cette section, et dans les autres cellules des autres sections, des autres prisons du pays, une réconciliation nationale n’est qu’illusoire. Même le régime de l’apartheid avait confiance en lui tandis que ce régime se moque de ses propres lois et règlementations.

La loi régissant l’administration des prisons en république islamique parle des droits du prisonnier en tant que citoyen. Elle en fait la liste, définit leur portée, exige la présence des avocats à tous les étages de l’organisation carcérale. Nulle part elle ne mentionne que si un homme, issu du sein de la république islamique, arrive aux affaires et tente, ne serait-ce que modestement, de l’empêcher de s’écrouler, qu'ils s'appellent Khatami ou Rouhani, on renierait la présomption d’innocence. Cette loi prend toutes les dispositions en cas de violation des droits des prisonniers et contient des règles spécifiques sur les aspects disciplinaires. Elle prévoit un conseil de classement les prisonniers et un autre disciplinaire. Si ces deux conseils n’avaient pas été transformés en farce par des personnes comme Esmaïli, la section 350 de la prison d’Evine aurait vraiment été paisible. Et si le principe de présomption d’innocence jusqu'à la preuve de la faute, stipulé dans l’article 37 de la constitution, n’avait pas été transformé en outil pour la justice, les prisonniers, aujourd’hui blessés et injuriés, joueraient un rôle actif dans la société dans leurs domaines professionnels ou universitaires, et ils auraient œuvré à réduire le nombre de crimes commis dans leurs communautés.

Mais notre sort est entre les mains de criminels qui jouent du couteau et nous attaquent chaque fois qu’un de leurs rivaux prend le dessus dans la lutte perpétuelle pour le pouvoir ; il nous faut donc nous appuyer sur ces mêmes lois pour nous battre pour nos droits. Il nous faut utiliser leurs lois pour les tenir responsables.

La section 350 de la prison d’Evine a bien accueilli les réformateurs entre 1997 et 2006. Après l’élection présidentielle de 2009, c’est devenu le foyer des réformateurs et maintenant, c’est le lieu de résidence des militants des droits humains. Elle a toujours servi d’étalon pour jauger les libertés de pensée et d’expression. Aujourd’hui, ces attaques et cette violence dénotent la peur suscitée par Madame Ashton et les réactions à propos la déclaration sur les droits humains publiée par le parlement européen sur la situation des droits humains en Iran. C’est plus sérieux que cela ne l’a jamais été. On a maintenant peur d’un prisonnier doté de raison et de connaissances. Ce nouveau prisonnier connait la loi et sait que seules des déclarations et des résolutions écrites peuvent ébranler le régime. Ces documents sont une base pour un prisonnier qui ne possède rien dans son propre pays. Elles lui donnent espoir et confiance, et cette confiance signe l’arrêt de mort du réseau des tortionnaires. En plus, elles donnent le sentiment que le monde les regarde, et ça marche même si ce n’est qu’une illusion.

Ils sont très doués pour créer des crises, mais tout autant étroits d’esprit et ils ne voient pas plus loin que le bout de leurs nez.

Alors, par peur de perdre le pouvoir, ils se sont maintenant concentrés sur la section 350 d’Evine. Mais ils n’en tireront rien. L’économie, malade et non-traitée, cherchant toujours à guerroyer, ils ne peuvent s’en débarrasser.

C’est le moment pour tous les Iraniens, de l’intérieur comme de l’extérieur, de déposer plainte contre le régime. Tous les Iraniens seront alors reconnus comme prisonniers de la section 350 de la prison d’Evine. Les Iraniens peuvent commencer à utiliser ces plaintes dans l’intérêt du pays, qui n’est autre que la défense de la dignité humaine. Les outils législatifs sont disponibles à l’intérieur même des lois votées par la république islamique. Tant que les Iraniens ne se présenteront pas comme membres de la famille de tous les prisonniers politiques, aucun progrès n’aura lieu et les déclarations sur les droits humains de l’union européenne resteront sans effets.

Les lois régissant l’administration des prisons en Iran sont un bon outil pour des actions à grande échelle pour défendre leurs intérêts nationaux. La loi spécifie les infractions qui pourraient être commises par les prisonniers. Si l’on avait respecté les dispositions de cette loi, la crise actuelle n’aurait jamais eu lieu.

Les Iraniens de tous horizons peuvent manifester contre les politiques cruelles et sans fondement du régime à un niveau international et mondial. Ils peuvent révéler ses crimes.

Je dis à Monsieur Rouhani que s’il ne défend même pas les droits que son administration a identifiés dans sa charte des droits du citoyen, il sera relégué au rôle de simple « coordinateur d'agences », comme l’avait nommé le président Khatami, beaucoup plus vite qu’il ne le croit. Et ceux qui avaient voté pour lui se demanderont alors ce qui est arrivé à celui qu’ils avaient élu président pour qu’il se transforme en simple coordinateur. Monsieur Rouhani, ne succombez pas à la pression, soyez ferme sur la loi et les droits des citoyens. La population place encore en vous ses espérances et vous pouvez en jouer. Vous serez détruit plus vite que vous ne le croyez si vous n’agissez pas ainsi. Ne vous suicidez pas, le temps presse.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/ward-350-of-evin-prison-is-peaceful.html

mercredi 19 mars 2014

La rencontre entre Mesdames Eshghi et Ashton déclenche une tempête – 15 mars 2014 – Fereshteh Ghazi

Je lui ai dit que Sattar avait été torturé à mort.


La mère de Sattar Beheshti, un bloggeur torturé à mort, a expliqué à Rooz que la chef de la diplomatie européenne lui avait dit qu’elle enquêterait sur le meurtre de son fils auprès des autorités iraniennes. « Madame Ashton m’a traité avec respect et amitié. Elle m’a dit qu’elle parlerait aux autorités iraniennes de Sattar et qu’elle les interrogerait à son sujet. »

La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton s’est rendue en Iran la semaine dernière et elle y a rencontré Nargues Mohammadi, sous-directrice du Centre des Défenseurs des Droits Humains en Iran et Gohar Eshghi, la mère de Sattar Beheshti, une rencontre qui a secoué tout le système politique iranien. Les fondamentalistes qui s’oppose au cabinet Rouhani et les médias qui leur sont affiliés ont traité Mesdames Mohammadi et Eshghi entre autres de « séditieuses », un terme réservé à ceux qui ont protesté activement contre l’élection présidentielle truquée de 2009 ; des parlementaires ont signé des lettres exigeant des explications des ministres des affaires étrangères et du renseignement ; le chef de la justice a menacé le gouvernement de s’opposer à la venue de toute autre délégation étrangère et des membres de la Bassidj se sont rassemblés devant l’ambassade d’Autriche, là où a eu lieu la rencontre.

Mais que s’est-il passé durant la rencontre ? Madame Eshghi l’a raconté à Rooz : « La rencontre a eu lieu tenue dans une atmosphère émotionnelle et amicale. Madame Ashton m’a traité très amicalement et avec beaucoup de respect et m’a dit qu’elle en parlerait aux autorités iraniennes et qu’elle les questionnerait à son sujet. Je lui ai dit que Sattar avait été torturé à mort. Je lui ai dit qu’on avait arrêté Sattar le 18 novembre et tué quatre jours après. Je lui ai dit tout ce qui s’était passé, que j’avais été menacée et que celui qui interrogeait Sattar avait raconté qu’il riait tandis qu’il le battait. Je lui ai dit qu’on avait jugé que s’était un meurtre sans préméditation mais que d’après les propres mots de celui qui l’interrogeait et qui riait en le battant, Sattar était mort de ses mains ; son avocat et moi-même considérons donc qu’il s’agit d’un meurtre avec préméditation.
Nous n’avons rien fait de mal et nous n’avons rien à cacher. Nous sommes allés partout, nous avons écrit à tout le monde, envoyé des messages et parlé à tous dès le début. J’ai sollicité une entrevue avec le chef de la justice, j’ai envoyé un message au guide suprême mais personne ne nous a prêté attention. On ne m’a pas contacté, ne serait-ce que pour me soulager. Mais on a continué à me menacer. Nous avons beaucoup souffert et on a fini par nous dire que c’était un meurtre sans préméditation et que nos plaintes et nos poursuites n’amèneraient à rien.
Madame Ashton m’a rencontrée, mais aucun officiel, aucune autorité de mon pays ne l’a fait. Personne n’a tenté de soulager ma douleur. Le ministre de l’intérieur a prétendu que la famille de Sattar avait été entourée et qu’on lui avait apporté une assistance financière, alors qu’en fait, on a rien fait. Monsieur Motahari a demandé au ministre de l’intérieur de présenter ses excuses à moi ainsi qu’au peuple mais monsieur Kosari a proclamé qu’il n’y avait pas eu d’injustice à l’encontre de Sattar Beheshti. Pourquoi ma rencontre avec Madame Ashton les met-ils en colère ? Ils n’ont rien fait quand je le leur ai demandé. »

Madame Eshghi a répondu aux remarques du général de la garde Djazaeri qui avait dit qu’elle et Nargues Mohammadi étaient folles : « Oui je suis folle à cause de l’injustice et de la cruauté qui m’ont été infligées. Je suis folle à cause du meurtre de mon fils. Je suis folle parce que personne n’a tendu la main à cette victime. Et c’est vrai aussi pour Nargues. Le monde nous connait Nargues et moi. Nous n’attendons rien d’eux (des autorités iraniennes). »
Le journal Djavan a publié une photo de la réunion entre Mesdames Eshghi et Ashton mais a effacé son image de la photo. Rooz a questionné Madame Eshghi sur cette omission : « Je ne fais pas de politique, c’est peut-être pour cela qu’on a effacé mon image. Ils ont pris la vie de mon fils et continué à mépriser sa perte. Nous agissons ainsi pour qu’un autre Sattar ne soit pas tué de la même façon. Il est mort mais sa mémoire vivra. Son corps est parti et je me rends chaque jour sur sa tombe et je parle à mon fils. »

Cette mère endeuillée dit qu’elle continuera à demander justice tant qu’elle vivra, que grâce à eux, elle ignore désormais la peur. « Leurs menaces contre ma fille et moi m’ont rendue plus forte : ils ont dit qu’ils arrêteraient ma fille et lui feraient ce qu’ils avaient fait à Sattar. Quand j’ai vu le corps de Sattar descendre dans la tombe, j’ai ressenti le calme au fond de moi. Nous sommes témoins qu’il est parti dans la bonté et c’est ainsi que le monde s’en souviendra. On dit à raison qu’un homme bon ne meurt jamais, son corps s’en va mais son nom est éternel. Je suis fière d’être la mère de Sattar et je serais fière de partir comme lui. »

Les réactions à la rencontre entre Madame Ashton et ces Iraniennes ne se sont pas limitées à des noms d’oiseaux. Même Madame Ashton n’a pas été épargnée par les insultes. Jusqu’à il y a quelques jours, Madame Ashton a été accusé d’interférence dans les affaires intérieures iraniennes, mais après la rencontre, un député fondamentaliste l’a traitée de sorcière et a qualifié sa rencontre avec les militantes civiques iraniennes de pire qu’une « capitulation ». Il a dit qu’il était inacceptable que les ministres des affaires étrangères et du renseignement n’ait rien fait pour l’éviter. Ali Laridjani, président du parlement iranien, a comparé la rencontre avec Ashton à l’attitude d’un voleur qui agit secrètement et sans être vu. Fatemeh Rahbar, présidente du groupe des femmes au parlement, a écrit à Ashton pour lui expliquer qu’elle avait rencontré des membres de l’opposition armée.

Le journal Djavan, qui appartient aux gardes révolutionnaires, a effacé l’image de Madame Eshghi de la photo de la rencontre qu’il a publiée ; il a cité le fondamentaliste Ahmad Khatami, imam du vendredi de Téhéran, qui aurait dit que la rencontre avait dû être préparée à l’avance.
Le journal a fait face à d’innombrables protestations sur cette suppression de l’image de Madame Eshghi ; il y a répondu en expliquant qu’il l’avait effacée pour ne pas faire d’elle une séditieuse.

Un religieux important de Qom, Hossein Nouri Hamedani, a aussi déclaré que la rencontre avec Ashton démontrait qu’elle interférait dans les affaires intérieures iraniennes et montrait une faiblesse dans la direction du pays qui lui avait permis de rencontrer des dissidents importants.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/march/15/article/i-told-ashton-that-sattar-died-under-torture.html?utm_content=buffer02495&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer