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vendredi 2 mai 2014

Le message est clair : ne rentrez pas en Iran ! – Issa Saharkhiz – 28 avril 2014

Le message est clair et concis : le gouvernement n’a aucune autorité, nous avons le dernier mot et nous ne permettrons pas aux Iraniens qui ont quitté le pays, qui ont la double nationalité et qui résident à l’étranger de rentrer au pays pour y commencer une nouvelle vie.

Voici le message envoyé de temps à autre par un centre politique spécifique en se contentant de changer les mots. La cible est claire : le gouvernement et tous ceux qui attendent des réformes et du changement.

Ce message a été diffusé explicitement deux fois la semaine dernière à ceux qui nourrissaient quelque espoir, surtout les militants politiques et sociaux : attention, arrêtez de vous préparer à rentrer en Iran pour y vivre ou même pour y rendre visite à vos familles. 

Le premier message a été envoyé par le procureur général Mohseni Edjehi lors d’une conférence de presse ; il y a dévoilé en 2013 la création d’un tribunal spécial siégeant à huis clos, chargé de juger par contumace les personnes ayant joué un rôle dans les manifestations qui ont suivi l’élection présidentielle de 2009.

Lundi, Hossein Nouraninejad a été arrêté à son domicile et envoyé en prison dans une section sous la supervision des gardes révolutionnaires ; ce n’est que le prolongement du message d’Edjehi. Nouraninejad est un militant politique proche des réformateurs et du parti Mosharekat (Participation Islamique) ; il avait été arrêté et emprisonné en relation avec le Mouvement Vert mais avait quitté le pays pour s’établir en Australie pour y poursuivre ses études. 

C’est la naissance de son premier enfant qui l’a fait revenir au pays pour y voir son nouveau-né et son épouse, une journaliste, Parastou Sarmadi. Elle a déclaré que des agents étaient venus chez eux et y avaient arrêté son époux ; ils lui avaient dit qu’ils l’emmenaient à la section 1 d’Evine.

C’est de la même façon que Sadjadeh Arabsorkhi et Serajeddine Mirdamadi ont été arrêtés, interrogés et condamnés à leur retour en Iran, après l’élection de Rouhani l’année dernière.

Le président Rouhani et plusieurs membres importants de son cabinet ont, à plusieurs reprises ces derniers mois, invité leurs compatriotes iraniens vivant à l’étranger à retourner chez eux. Durant son voyage de 2009 à New York, Rouhani a délivré  le même message à des Iraniens lors d’un dîner.

Suite à quoi, le secrétaire d’état aux affaires consulaires a précisé qu’il n’existait pas de loi en Iran interdisant aux Iraniens de rentrer au pays. Mais il a aussi dit que la peur des Iraniens qui voulaient rentrer n’avait d’autre base que la propagande des groupes d’opposition.

Pour répondre sur le statut des Iraniens qui avaient quitté le pays ces quatre dernières années, il a répondu que le président avait ordonné la création d’une commission interministérielle pour examiner le retour des Iraniens, surtout de ceux qui ne faisaient l’objet d’aucune poursuite.

Avec le temps, il est devenu clair que certains individus, au sein du régime, sous le contrôle de la justice, n’acceptaient pas cette politique du gouvernement et ne voulaient pas permettre au président de créer des conditions propices au retour des Iraniens, surtout des militants politiques et des journalistes.

C’est le même groupe qui harcèle les familles des militants iraniens émigrés à cause des menaces et de la peur d’être arrêtés et emprisonnés, moyen de forcer les militants d’arrêter leurs actions militantes et médiatiques. Ils envoient souvent des messages, tant directs qu’indirects, qui sont quelquefois menaçants, aux journalistes qui ont une double nationalité et qui travaillaient pour des médias officiels et légaux avant l’élection présidentielle de 2013, pour les persuader d’arrêter de travailler.

Les évènements récents corroborent l’observation qu’au fil du temps, ceux qui sont opposés au retour des Iraniens dans leur patrie l’emportent sur le cabinet Rouhani qui lui, le favorise.

Durant les six derniers mois, des personnes qui se sont rendues au bureau des passeports, à celui du procureur ou à la prison d’Evine ont raconté à leurs proches qu’ils avaient été témoins de l’emprisonnement et de la détention sans motif de beaucoup d’Iraniens qui étaient rentrés au pays. Ils ont vu de jeunes Iraniens sillonnant le bureau des passeports pour comprendre les raisons de leur interdiction de sortie du territoire ou pour récupérer leurs passeports confisqués à l’aéroport à leur retour en Iran. Ces personnes ont dû se rendre au ministère du renseignement, à l’agence du renseignement des gardes révolutionnaires ou au bureau du procureur.

Je pense que le second message envoyé aux Iraniens voulant rentrer au pays, ce sont les évènements de la section 350 de la prison d’Evine qui ont attiré l’attention du monde entier. Le message était clair : s’ils rentraient, les Iraniens subiraient le même traitement : tabassage à mort, blessures, etc.

Ceux qui ont perpétré cette violence contre les détenus d’Evine ont nié leurs crimes mais le tumulte engendré a poussé à la démission du directeur de la prison. Mais il a bénéficié d’avancement, ce qui est un camouflet pour les personnes et les groupes qui défendent les droits humains et qui suivent la situation en Iran, comme le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon et le rapporteur spécial aux droits humains Shahid.

Ces violations grossières et épouvantables des droits humains se passent en Iran alors que ce pays s’est engagé à défendre les droits humains.

Il faut souligner que l’une des faiblesses du cabinet Rouhani a été de ne pas prendre position sur la mise en place de la déclaration universelle des droits humains. On rapporte désormais que les efforts du président pour codifier mes « droits du citoyen » rencontrent aussi de sérieux obstacles en dépit de ses lacunes. Il est maintenant possible que ce projet de loi soit complètement écarté par le parlement.

Si Rouhani ne réussit pas à tenir ses promesses de campagne et à répondre aux demandes de ceux qui ont voté pour lui, la majorité des Iraniens en arriveraient à la conclusion que le transfert de pouvoir par le processus électoral ne produit aucun changement pour eux, ce qui enlèverait toute chance à Rouhani d’être réélu, mais permettrait aussi à ceux qui s’opposent aux programmes et réformes de son cabinet d’écraser les appels des réformateurs qui suivent Seyed Mohammad Khatami et Hashemi Rafsandjani.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/clear-message-do-not-return-to-iran.html

jeudi 1 mai 2014

La section 350 de la prison d’Evine est-elle vraiment calme ? – Mehrangis Kar – 28 avril 2014

Gholam-Hossein Esmaïli, chef de l’infâme prison d’Evine a dit à l’agence de presse Tadbir que la section 350 de la prison était calme et tranquille. Mais depuis, les familles des prisonniers de cette section ont crié sans relâche la violence perpétrée dans la section et on a entendu leurs voix dans le monde entier. Après la révélation, le directeur a dit avoir identifié la source de cette « fausse » nouvelle.

Depuis longtemps, quand nous voulions écrire sur les lois et le déroulement de la justice, nous pensions que nous avions perdu la tête et qu’après 35 ans de république islamique, nous n’avions toujours pas compris que les lois de cette république ne sont que des outils sans vie propre, ce ne sont que des blagues. Certains se sont entrainés à les faire voter tandis qu’à d’autres, beaucoup moins intelligents, on a appris à ne pas permettre de les appliquer. Quel raisonnement sous-tend cette politique ? Je veux dire la politique de la rédaction de lois dans le but d’en tirer des bénéfices sonnants et trébuchants ?

En fait, rien de surprenant à ce que le régime brutal qui s’est imposé en Iran ne prenne la loi pour une farce. Ce qui est en revanche surprenant, c’est qu’il commence par faire voter des lois. Une de ces lois, rédigée en bonne et due forme, se rapporte aux prisons et à la règlementation de l’administration des prisons ; elle a été votée en 2005. Ce qui se passe dans les prisons iraniennes n’a absolument rien à voir avec ce qui est inscrit dans la loi. Ceux qui ont été entrainés à nier la loi, ce qu’ils font très bien d’ailleurs, ont vu une aubaine dans la nomination d’Esmaïli à la tête de la prison d’Evine. Après tout, il avait déjà réussi à proclamer : « Il n’y a pas un seul gramme de drogue vendu et acheté dans toutes les prisons du pays. »

Maintenant qu’Esmaïli a clairement démontré aux détenus d’Evine que les lois qui gouvernent les prisons de ce pays ne sont là que pour faire joli, il prépare le terrain pour qu’on ne s’intéresse jamais à la « recherche de la justice » Il ne semble pas comprendre que la lame même qu’il a ordonné d’utiliser pour raser les prisonniers se retournera bientôt contre lui.

Quand ceux qui m’enseignaient me parlaient de la loi, ils ne s’imaginaient pas qu’un jour la loi connaitrait un tel sort. Ils étaient pleins d’espoir : la loi serait respectée et honorée par ceux à qui ils l’enseignaient. Ils croyaient qu’on n’arrêterait jamais la mise en place de la loi à coups de couteaux, la remplaçant par une matraque. Mais maintenant, ces rêves et ces espoirs sont perdus, mais pas l’amour de la loi, même si des gens comme Esmaïli ont supprimé tout espoir de mise en application des lois que le régime lui-même a promulguées.

La section 350 d’Evine est une base historique. Si elle est secouée, le tremblement de terre arrive. A cause de ce qu’il s’est passé dans les cellules de cette section, et dans les autres cellules des autres sections, des autres prisons du pays, une réconciliation nationale n’est qu’illusoire. Même le régime de l’apartheid avait confiance en lui tandis que ce régime se moque de ses propres lois et règlementations.

La loi régissant l’administration des prisons en république islamique parle des droits du prisonnier en tant que citoyen. Elle en fait la liste, définit leur portée, exige la présence des avocats à tous les étages de l’organisation carcérale. Nulle part elle ne mentionne que si un homme, issu du sein de la république islamique, arrive aux affaires et tente, ne serait-ce que modestement, de l’empêcher de s’écrouler, qu'ils s'appellent Khatami ou Rouhani, on renierait la présomption d’innocence. Cette loi prend toutes les dispositions en cas de violation des droits des prisonniers et contient des règles spécifiques sur les aspects disciplinaires. Elle prévoit un conseil de classement les prisonniers et un autre disciplinaire. Si ces deux conseils n’avaient pas été transformés en farce par des personnes comme Esmaïli, la section 350 de la prison d’Evine aurait vraiment été paisible. Et si le principe de présomption d’innocence jusqu'à la preuve de la faute, stipulé dans l’article 37 de la constitution, n’avait pas été transformé en outil pour la justice, les prisonniers, aujourd’hui blessés et injuriés, joueraient un rôle actif dans la société dans leurs domaines professionnels ou universitaires, et ils auraient œuvré à réduire le nombre de crimes commis dans leurs communautés.

Mais notre sort est entre les mains de criminels qui jouent du couteau et nous attaquent chaque fois qu’un de leurs rivaux prend le dessus dans la lutte perpétuelle pour le pouvoir ; il nous faut donc nous appuyer sur ces mêmes lois pour nous battre pour nos droits. Il nous faut utiliser leurs lois pour les tenir responsables.

La section 350 de la prison d’Evine a bien accueilli les réformateurs entre 1997 et 2006. Après l’élection présidentielle de 2009, c’est devenu le foyer des réformateurs et maintenant, c’est le lieu de résidence des militants des droits humains. Elle a toujours servi d’étalon pour jauger les libertés de pensée et d’expression. Aujourd’hui, ces attaques et cette violence dénotent la peur suscitée par Madame Ashton et les réactions à propos la déclaration sur les droits humains publiée par le parlement européen sur la situation des droits humains en Iran. C’est plus sérieux que cela ne l’a jamais été. On a maintenant peur d’un prisonnier doté de raison et de connaissances. Ce nouveau prisonnier connait la loi et sait que seules des déclarations et des résolutions écrites peuvent ébranler le régime. Ces documents sont une base pour un prisonnier qui ne possède rien dans son propre pays. Elles lui donnent espoir et confiance, et cette confiance signe l’arrêt de mort du réseau des tortionnaires. En plus, elles donnent le sentiment que le monde les regarde, et ça marche même si ce n’est qu’une illusion.

Ils sont très doués pour créer des crises, mais tout autant étroits d’esprit et ils ne voient pas plus loin que le bout de leurs nez.

Alors, par peur de perdre le pouvoir, ils se sont maintenant concentrés sur la section 350 d’Evine. Mais ils n’en tireront rien. L’économie, malade et non-traitée, cherchant toujours à guerroyer, ils ne peuvent s’en débarrasser.

C’est le moment pour tous les Iraniens, de l’intérieur comme de l’extérieur, de déposer plainte contre le régime. Tous les Iraniens seront alors reconnus comme prisonniers de la section 350 de la prison d’Evine. Les Iraniens peuvent commencer à utiliser ces plaintes dans l’intérêt du pays, qui n’est autre que la défense de la dignité humaine. Les outils législatifs sont disponibles à l’intérieur même des lois votées par la république islamique. Tant que les Iraniens ne se présenteront pas comme membres de la famille de tous les prisonniers politiques, aucun progrès n’aura lieu et les déclarations sur les droits humains de l’union européenne resteront sans effets.

Les lois régissant l’administration des prisons en Iran sont un bon outil pour des actions à grande échelle pour défendre leurs intérêts nationaux. La loi spécifie les infractions qui pourraient être commises par les prisonniers. Si l’on avait respecté les dispositions de cette loi, la crise actuelle n’aurait jamais eu lieu.

Les Iraniens de tous horizons peuvent manifester contre les politiques cruelles et sans fondement du régime à un niveau international et mondial. Ils peuvent révéler ses crimes.

Je dis à Monsieur Rouhani que s’il ne défend même pas les droits que son administration a identifiés dans sa charte des droits du citoyen, il sera relégué au rôle de simple « coordinateur d'agences », comme l’avait nommé le président Khatami, beaucoup plus vite qu’il ne le croit. Et ceux qui avaient voté pour lui se demanderont alors ce qui est arrivé à celui qu’ils avaient élu président pour qu’il se transforme en simple coordinateur. Monsieur Rouhani, ne succombez pas à la pression, soyez ferme sur la loi et les droits des citoyens. La population place encore en vous ses espérances et vous pouvez en jouer. Vous serez détruit plus vite que vous ne le croyez si vous n’agissez pas ainsi. Ne vous suicidez pas, le temps presse.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/ward-350-of-evin-prison-is-peaceful.html

samedi 4 août 2012

Interview exclusive de Mojtaba Vahedi après sa démission – Mohammad-Reza Yazdanpanah – 23 juillet 2012


Lors d’une interview exclusive avec Rooz, Mojtaba Vahedi, ancien porte-parole du dirigeant du Mouvement Vert Mehdi Karroubi, qui est toujours assigné à domicile, a annoncé qu’il cessait d’être le conseiller de Monsieur Karroubi. Il l’a annoncé sur son site personnel dans une lettre où il écrit qu’il croit « au renversement total du régime qui a été créé au nom de la religion » et que, dans la mesure où Karroubi persistait à croire dans la « république islamique telle que définie par l’ayatollah Khomeiny », il avait décidé de mettre fin à leur coopération de 30 ans. Dans cette lettre, Vahedi appelle Karroubi son « grand professeur » et écrit que c’est le bon moment de rejoindre des millions d’Iraniens. Il souhaite également beaucoup de succès à Karroubi dans la continuation de sa voie.

Vahedi est un journaliste réformateur bien connu. Jusqu’à cette lettre, il était le conseiller et le porte-parole de Karroubi. Il a également été le rédacteur en chef du journal Aftab Yazd. Il réside actuellement en Virginie aux Etats-Unis.

Rooz : Avez-vous informé Monsieur Karroubi de votre décision de vous séparer de lui avant l’annonce ?
Mojtaba Vahedi : Non. J’ai parlé à l’un de ses enfants après la publication de la lettre. Je pense qu’intellectuellement, ils y étaient préparés. Il y a deux semaines, j’avais écrit que je pensais à me retirer et beaucoup y ont pensé. Depuis un an et demi que je suis aux Etats-Unis, j’ai dit clairement lors de chaque interview, que j’étais journaliste et analyste politique. Avant février 2011, je n’ai dit nulle part que je parlais en tant que conseiller de Karroubi. Je ne l’ai fait qu’après son assignation à domicile et suite à un message qu’il m’a alors envoyé.

Rooz : Que pense-t-il de votre démission ?
Vahedi : Il a été surpris car je discutais normalement avec lui avant de prendre une décision. Il a paru satisfait quand j’ai présenté mes raisons.

Rooz : A-t-il été d'accord avec votre décision ?
Vahedi: Eh bien, être le conseiller de Monsieur Karroubi s’est une relation entre lui et moi. Je respecte beaucoup l’épouse et les enfants de Monsieur Karroubi et j’accepte leurs points de vue et aussi beaucoup de leurs actions. Mais c’est une affaire totalement personnelle entre Monsieur Karroubi et moi. J’ai pris ma décision et j’ai convaincu les enfants de Monsieur Karroubi que c’était la bonne. D’un autre côté, il n’avait pas du tout le droit de me récuser de la part de son père ou de rejeter ma démission.

Rooz : Et si Monsieur Karroubi vous envoie un message pour refuser votre démission ?
Vahedi : Quand bien même, j’ai pris ma décision de ne plus être son conseiller, ce qui ne m’empêchera pas de le respecter durant le reste de ma vie.

Rooz : Il y a quelques mois, un article a rapporté l’insatisfaction de la famille de Monsieur Karroubi de vous voir agir en tant que son conseiller ; n’avez-vous pas décelé de signes le confirmant ?
Vahedi :

Rooz : Alors pourquoi avoir démissionné ?
Vahedi : Parce que je suis persuadé qu’en démissionnant, je n’aurai plus les mains liées pour faire davantage.

Rooz : Dans votre lettre, vous faites référence à des rapports indiquant que, même si Monsieur Karroubi croit que la république islamique n’est ni islamique ni une république, il croit toujours dans la version présentée par l’ayatollah Khomeiny. Que sont ces rapports ?
Vahedi : Il y a des rapports et aucun commentaire. Dans ses derniers commentaires, Monsieur Karroubi a dit et répété qu’il pensait que le régime actuel n’était ni islamique ni une république mais il croit que la république islamique promise par Monsieur Khomeiny peut sauver le pays. Dans son message à l’occasion des élections au neuvième parlement qu'il a délivré par son épouse en 2011, il a clairement expliqué qu’il n’était plus lié à la constitution votée en 1989 et a ajouté qu’il était temps que l’on retourne à la constitution de 1979. En d’autres termes, Monsieur Karroubi ne voit plus beaucoup d’utilité dans la constitution actuelle. Dans une interview, il a également décrit comment on avait inclus le principe du velayate faghih (direction de l’état par le clergé) dans la constitution et son opposition à cette inclusion. Dans une note publiée il y a un mois par Saham News sur « Quelle sorte de régime désire Monsieur Karroubi et quelle sorte ne veut-il pas », j’ai écrit que, certes, Monsieur Karroubi voulait une république islamique, mais si l’on mettait le régime au vote, le peuple ne voudrait plus d’un tel régime. En d’autres termes, j’ai expliqué la nature de mes différents avec Monsieur Karroubi.

Rooz : Après ces remarques, ne pensez-vous pas que votre démission ne fait que confirmer les critiques qui disent que, depuis un certain temps, vos points de vue sont différents de ceux de Monsieur Karroubi et que donc, vous ne pouvez plus être son porte-parole ?
Vahedi : Je ne m’occupe pas des gens qui se réjouissent de ma démission. S’ils sont heureux de penser qu’elle constitue la preuve de ce qu’ils considéraient comme un mensonge, pas de problème. Je n’y pense pas beaucoup. Je pense plutôt qu’à partir de maintenant, je n’ai plus besoin de penser à coordonner mes commentaires avec Monsieur Karroubi. Si mes commentaires d’avant n’avaient pas été alignés avec les siens, il est direct et ne se gêne avec personne. Le ministère du renseignement lui remet tous mes commentaires. S’il y avait eu des différences dans le passé, on m’aurait envoyé une note à ce sujet par son épouse, ses enfants ou le site de Saham News. S’il doit y avoir des problèmes, ce sera à partir de maintenant, il n’y en a pas eu dans le passé.

Rooz : Pourquoi ? Que doit-il se passer dans le futur ? Dans votre lettre, vous avez prévenu que vous dévoileriez les noms de ceux qui prétendent représenter le peuple. C’est ce à quoi vous faites référence en parlant de problèmes dans le futur, sinon, à quoi faites-vous référence ?
Vahedi : Laissons passer un peu de temps et, tout naturellement, ces amis qui pensent que mes commentaires ne sont pas corrects pourront se défendre.

Rooz : Dans votre lettre vous faites référence à ceux qui mentent au nom du régime et pour lui pendant la campagne des futures élections présidentielles. Qui sont-ils ?
Vahedi : Ce peut être un très grand ou un tout petit groupe. Il faut attendre pour voir qui va y participer. Pour l’instant, il ne s’agit que de spéculations et de quelques indications. En tant qu’ancien, actuel et futur supporter du Mouvement Vert, je crois ce que ce mouvement a clairement affirmé : les dernières élections présidentielles ont été truquées, ce gouvernement n’a pas la confiance du vote du peuple et n’a donc aucune légitimité à organiser des élections libres. Si quelqu’un veut participer aux élections présidentielles à venir et ainsi se séparer du Mouvement Vert, ce n’est pas un problème. Mais s’il veut continuer à faire partie du Mouvement Vert et en même temps être affilié à ce régime, à ses lois et structures électorales, alors c’est une tromperie.

Rooz : Mais beaucoup de ceux qui se voient réformateurs et en ligne avec le Mouvement Vert, croient que les élections présidentielles précédentes ont été truquées, qu’il y a eu fraude, mais ils croient aussi que ces problèmes sont maintenant derrière nous et que l’on devrait se concentrer sur les prochaines élections présidentielles. Que dites-vous d’eux ?
Vahedi : Je dis catégoriquement que si quelqu’un s’avance pour dire qu’il ne croit pas dans les affirmations du Mouvement Vert depuis le début, ce n’est pas un problème. Même s’il dit que le Mouvement Vert ment, qu’il n’y a eu ni fraude ni tricheries dans les dernières élections présidentielles et qu’en conséquence il fait de nouveau confiance au système. Ca non plus, ce n’est pas un problème. Mais si quelqu’un prétend être un supporter du Mouvement Vert, peut-il participer au prochain tour des élections alors que la question clé, le problème originel du Mouvement Vert, celui du trucage des élections, n’a pas été résolu ?

Rooz : Alors vous pensez qu’il y a encore un Mouvement Vert et que voulez bâtir votre futur sur ses problèmes passés ?
Vahedi : Ca dépend de ce que vous entendez par Mouvement Vert. C’était un mouvement protestataire à l’intérieur du pays qui annonçait que le régime n’avait pas la légitimité à tenir des élections. Même réprimé, il n’abandonnera pas. A ce jour, cette affirmation n’a pas été rejetée ou traitée. Bien sûr, la faiblesse du mouvement ne vient pas seulement de la répression. Le double langage de certains de nos amis fait que le peuple est indécis, ne connaissant pas leurs relations avec le mouvement, les élections et le régime.

Rooz : D’après les rapports officiels publiés, à ce jour, les divers courants des principalistes et une partie des réformateurs, principalement d’anciens ministres des cabinets de Khatami, se préparent à participer à la prochaine élection présidentielle. Et au milieu de tous, vous parlez du Mouvement Vert et des prochaines élections présidentielles.
Vahedi : J’accepte que les deux principaux groupes participent aux prochaines élections présidentielles. Mais les deux auxquels je pense ne sont pas ceux que vous citez. Je pense que la compétition principale aura lieu entre les deux factions des principalistes et qu’un groupe de réformistes participera dans l’un de ces deux groupes. Je ne crois pas que les réformateurs participeront indépendamment et séparément aux élections.

Rooz : Mais dès maintenant on mentionne des noms comme ceux de Messieurs Aref et Djahanguiri comme candidats du camp réformateur aux prochaines élections. Ils n’ont pas démenti et ont dit que les réformateurs doivent participer aux élections. On rapporte également que Monsieur Khatami soutient ce point de vue et qu’il aurait dit qu’il voit des signes d’ouverture dans l’atmosphère politique du pays pour les prochaines élections présidentielles. Croyez-vous que des réformateurs indépendants seront candidats ou que ceux qui le seront sous cette étiquette ne seront pas réformateurs ?
Vahedi : Je ne comprends pas comment les gens que vous mentionnez peuvent être réformateurs. Monsieur Khamenei a annoncé le 14 khordad qu’il y avait un mouvement de gauche dans le pays qui a plus tard rejoint les ennemis de l’Islam et de l’imam Hossein. En d’autres termes, du point de vue de Monsieur Khamenei, aucun groupe de gauche n’existe, ce qui est la même chose que le groupe réformateur. Et c’est pourquoi la personne que vous citez a reçu une médaille d’honneur de Monsieur Khamenei qui l’a ensuite placé au conseil de convenance aux côtés de Messieurs Mohseni Ejei et Safar Harandi. Je ne crois pas que Monsieur Khamenei aurait donné une médaille à quelqu'un qui aurait ne serait-ce qu’une goutte de sang réformateur ou qu’il lui aurait donné un poste.
En ce qui concerne les remarques de Monsieur Khatami, ce serait bien qu’il nous explique les signes dont il parle. Il ne diffère pas des autres en matière d’intelligence. Il devrait donner des exemples spécifiques, comme Madame Nargues Mohammadi qui a été transférée à la prison de Zandjan et battue. Ou bien Monsieur Hadj Seyed Djavadi, 96 ans, interdit de sortie du territoire. Ce double langage vise à convaincre le peuple de participer aux élections, de leur faire croire que c’est légitime. Je ne crois pas que le peuple soit à ce point ignorant que si Monsieur Khatami avait  fourni ses preuves, il ne les aurait pas comprises.

Rooz : Une opinion s’est développée après l’assignation à domicile de Messieurs Moussavi et Karroubi : la réforme radicale et le Mouvement Vert qui en est la manifestation, ont échoué et il faut retourner à la réforme du genre de Monsieur Khatami. Ne pensez-vous pas que si ces réformateurs qui affirment que le Mouvement Vert est mort, cette approche d’autres réformateurs est plus réaliste ?
Vahedi : Je pense qu’avant d’aborder ce problème, d’autres doivent être clarifiés. Il y a quelques années, Monsieur Khatami a dit à des journalistes que les pouvoirs du prochain président seraient encore diminués s’il n’était pas candidat. Lors de la même réunion, il a dit que certains voulaient que le président ne soit qu’un simple gardien ou un assistant administratif. Alors, s’il vous plaît, dites-moi ce qui a changé depuis. Avait-il tort ? Ils pensent que nous devons accepter ce qui nous est actuellement imposé. Mais nous avons une vraie expérience derrière nous. Certains ont prétendu que, si un président était audacieux, il aurait plus de pouvoir et visaient Ahmadinejad. Mais les évènements de l’année passée ont montré qu’Ahmadinejad était un simple gardien. En d’autres termes, dans le monde de Monsieur Khamenei et de son régime, il ne veut qu’un groupe de pantins appelés président, président du parlement, etc… Je pense qu’aujourd’hui Monsieur Ahmadinejad est encore moins qu’un gardien dans le système de Monsieur Khamenei.

Rooz : Mais ces réformistes soutiennent que ce modèle de réforme vaut mieux que la situation actuelle.
Vahedi : Je doute que ce soit le processus de Monsieur Khatami qui ait apporté les réformes. Je pense que c’est le besoin de réformes qui a porté Monsieur Khatami à la présidence. Il n’est pas correct de dire que Monsieur Khatami ait créé des réformes dans ce pays. Les demandes de réformes dans ce pays, certaines radicales d’autres non, existaient et ont créé la situation qui a amené Monsieur Khatami. Certains demanderont peut-être ce qui est arrivé à cette situation qui a amené Monsieur Khatami en partant de Monsieur Rafsandjani pour en arriver à Monsieur Ahmadinejad. Je ne crois pas que Monsieur Ahmadinejad est devenu président en dépit des déclarations de Messieurs Khatami et Lari disant que les élections de 2005 étaient les plus saines depuis la révolution de 1979, déclaration faite pour réfuter le point de vue de Monsieur Karroubi sur ces élections. De toutes façons, ce que signifient ces remarques, c’est qu’une société qui voulait Monsieur Khatami a changé au fil des 8 années de mandat de Monsieur Khatami et a soudain opté pour Ahmadinejad. Si le résultat des années de réforme c’est ce changement intervenu dans la société, alors, les réformateurs devraient continuer leur chemin et voter pour les élections de l’année prochaine ! Si c’est cela la réforme, moi et beaucoup d’autres avec moi, ne pouvons pas la soutenir. Si ces messieurs disent que les choses ont changé, ou que ces tactiques réformistes ont produit des résultats, alors ils devraient en présenter les raisons publiquement.

Rooz : Mais je me souviens d’avoir lu un article de vous en 2005 dans lequel vous acceptiez Monsieur Ahmadinejad comme président et que les débats sur le sujet devraient cesser. Il semble que la même perspective que vous rejetez aujourd’hui, vous y croyiez il y a quelques années.
Vahedi : Je ne vois pas le rapport avec notre discussion. Oui j’ai écrit cela, mais beaucoup d’autres l’ont aussi fait. Presque tout le monde le pensait. Mais en 2009, c’était le contraire et Messieurs Moussavi et Karroubi n’ont jamais accepté l’idée que les élections étaient saines et non truquées.

Rooz : J’ai relevé ce point pour montrer que, si c’était logique en 2005, pourquoi ne l’est-ce plus aujourd’hui ?
Vahedi : Comme je l’ai dit, en 2005, presque tous ceux qui avaient initialement contesté les résultats des élections ont fini par les accepter. Mais en 2009, le peuple, les groupes politiques et Messieurs Moussavi et Karroubi ont rejeté les résultats annoncés des élections. Ces deux situations sont complètement différentes.

Rooz: Puisque vous avez annoncé que vous n’étiez plus le porte-parole de Monsieur Karroubi, quel rôle vous réservez-vous dorénavant ?
Vahedi : Je suis un journaliste, un analyste politique qui exprime son opinion sans aucun égard.

Rooz : A quel groupe d’opposition vous sentez-vous affilié, dans ou hors du pays ?
Vahedi: Je n’ai aucun lien organique avec quelque groupe que ce soit hors du pays mais je me sens proche de ceux qui considèrent le régime actuel de Téhéran comme non réformable.

Rooz : Pourquoi annoncer votre démission maintenant. C’est-il passé quelque chose de spécial ?
Vahedi : Oui, comme je l’ai dit plus tôt, ces derniers mois certaines personnes sont devenues actives ; en fait, ils trompent le public. En me dissociant de Monsieur Karroubi, je pense pouvoir mieux révéler leur identité. Comme le genre de tromperie est différent, je pense que nous aussi que nous devons changer nos méthodes.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2012/july/23/article/break-away-from-the-green-movement.html

samedi 25 décembre 2010

Mehdi Saharkhiz : Monsieur le Procureur, vous envoyez mon père à la potence !

Mercredi 22 décembre 2010 – Voici la lettre adressée à Abbas Djafari Dolatabadi, procureur de Téhéran par Mehdi Saharkhiz, le fils du journaliste emprisonné Issa Saharkhiz :

Monsieur le procureur, 

Mon père a perdu conscience deux fois aujourd’hui et a été emmené au dispensaire de la prison. monsieur le procureur, comme vous le savez parfaitement, ce dispensaire n’est pas équipé pour traiter les fluctuations importantes et extrêmement dangereuses de la tension de mon père. Si vous ne savez pas ce que ces chutes et montées de tension extrêmes signifient, je vous demande de vous renseigner auprès des spécialistes qui vous rapportent.

Les spécialistes vous ont écrit pour demander une IRM et d’autres examens pour le cœur de mon père .Les spécialistes ont affirmé que mon père, Issa Saharkhiz, ne pouvait supporter son incarcération en raison de la détérioration de son état de santé et, cependant, on le prive toujours de ces droits humains et légaux fondamentaux.

Monsieur le procureur, même si je sais que vous êtes parfaitement au courant de tout ce qui se passe à l’intérieur des prisons, je vous le répète quand même par écrit . Je vous écris pour vous informer de ce que mon père est obligé de subir derrière les murs de cette prison pour qu’il n’existe plus aucune excuse ou regret au jour de sa mort…

Permettez moi de vous mettre en garde : voyez le sort de votre prédécesseur ; un journaliste a été sévèrement blessé puis tué en prison alors qu’il était en poste. Je vous rappelle qu’il a accepté le viol et le meurtre de nos jeunes ; je vous rappelle l’époque où tant d’innocents ont été tués sur son ordre. A l’époque, il avait l’impression fausse que le pouvoir ne l’estimerait que davantage au regard de ses agissements. Il s’était enivré de pouvoir et imbu de respect pour ses supérieurs ; en faisant serment d’allégeance a ce pouvoir, il espérait assurer son succès et sa prospérité futurs.

Monsieur le procureur, même le pouvoir a ses règles propres basées sur des coutumes et des traditions. L’un des éléments intrinsèques du pouvoir ce sont les frontières limitant le règne. Le pouvoir achète les gens les pouvoir les métamorphose, le pouvoir les fait s’abandonner. Malheureusement, les conquérants deviennent les actionnaires du pouvoir, mais le pouvoir ne comprend ni loyauté ni gratitude. Le pouvoir a également besoin d’outils pour grandir. Il asservit ceux qui l’ont partagé et n’hésite pas à remplacer ou a à éliminer quiconque pour arriver à ses fins.

Finalement, le pouvoir reste entre les mains du bourreau. Le bourreau qui s’expose pour que le pouvoir progresse ; il est sacrifié pour que le pouvoir auquel il a fait allégeance soit justifié. Monsieur le procureur, ce qui arrive à mon père en prison aujourd’hui n’est rien d’autre qu’un meurtre au premier degré, un meurtre lent et progressif. Le pouvoir voulait le condamner à mort ; par peur du scandale, il a choisi à la place une mort lente et progressive. Cette fois-ci, c’est vous que le pouvoir asservit. Vous êtes l’encre qui peut révéler la vérité. Si vous choisissez d’être un instrument du pouvoir, rappelez-vous que votre futur sera sombre. Aujourd’hui, c’est Saharkhiz et ses semblables qui sont punis, demain, ce sera vous qui serez inculpé par le même pouvoir auquel vous avez fait allégeance. Je suis certain que vous aussi avez pris connaissance des inculpés des crimes de la prison de Kahrizak.

Monsieur le procureur, les preuves contre vous sont claires aujourd’hui ; lors de votre inculpation, on soulignera que vous avez ordonné le refus d’un traitement médical alors que vous saviez qu’il en avait terriblement besoin. On soulignera que vous l’avez privé de ce traitement plutôt que de renoncer à votre pouvoir. Je m’étonne que vous ayez dit un jour tenir mon père en haute estime. Est-ce votre définition du respect et de la haute estime que d’être complice de son meurtre ? Quelles que soient sa solidité et son étendue, le pouvoir ne peut assassiner ses critiques, il ne peut les détruire morceau par morceau sans complicité. Ne soyez pas l’instrument par lequel le pouvoir détruit et assassine les autres, car ne pouvoir n’a pas de pitié ; le pouvoir ne comprend pas la loyauté.

Monsieur le procureur, vous devriez peut être tirer des conclusion du destin de Saïd Mortazavi* et de ses semblables. On ne sait jamais ; le jour pourrait venir où votre supérieur vous mordra.**

* : Saïd Mortazavi est un juriste iranien controversé et l’ancien procureur du tribunal révolutionnaire islamique et procureur général de Téhéran ; il est resté à ce poste de 2003 à 2009. On l’a appelé le « boucher de la presse » et le « tortionnaire de Téhéran » et est tenu pour responsable des crimes de la prison de Kahrizak après les élections controversées de 2009.

** : Référence à un incident de mai 2004 survenu lors d’une réunion du conseil de surveillance de la presse ; Issa Saharkhiz représentait les propriétaires et les rédactions de la presse et Gholam Hossein Mohseni Ejehi, un religieux de la ligne dure était à l’époque procureur du tribunal spécial pour le clergé. Saharkhiz objecta aux remarques d’Ejehi disant que c’était l’insulter lui et les intellectuels. Ejehi lui répondit en lui jetant les objets lourds qui étaient à sa portée à la figure puis le mordit. La trace de la morsure était bien visible quand Saharkhiz se présenta devant les journalistes. Il traîna Ejehi en justice pour cet incident, mais le dossier fut transféré au tribunal spécial pour le clergé et le procès n’eut jamais lieu.

Source :  Blog de Mehdi Saharkhiz : http://onlymehdi.posterous.com:37179256