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dimanche 17 mai 2015

Rouhani attaqué de tous côtés – Issa Saharkhiz – 1er mai 2015

Alors que le cabinet d’Hassan Rouhani continue d’améliorer la position régionale et internationale de l’Iran, les politiciens durs et les militaires intensifient leur surveillance et leurs attaques. On s’y attendait, mais les attaques se sont transformées en menaces de démission ou d’éviction.

La dernière attaque vient de Djavad Karimi Ghodoussi, membre dur de la commission parlementaire de la sécurité nationale et de la politique étrangère ; il l’oralement mis en garde ; « Si Rouhani ne retire pas ses commentaires (la police en Iran n’a pas le devoir de maintenir les lois islamiques, mais uniquement les lois) et ne se repent pas devant les oulémas et les martyrs, s’il ne présente pas ses excuses au peuple, l’islam lui imposera ce qu’il a imposé par le passé. »

Mohammad-Ali Assoudi, représentant de l’ayatollah Khamenei auprès des gardes révolutionnaires, a utilisé d’autres mots pour le même message quand il a dit que Rouhani devrait tirer des leçons de ce qui est arrivé à Bani-Sadr, premier président du régime islamique après 1979. Il a été demi par le parlement mais avait fui le pays avant.

Trois religieux de haut rang de Qom ont également publié des déclarations critiquant sévèrement Rouhani.

Tout cela indique que le groupe qui, en son temps, considérait Mahmoud Ahmadinejad comme proche de ses idées, ne tolère pas les semblables de Mir-Hossein Moussavi, Mehdi Karroubi, Mohammad Khatami et Hashemi-Rafsandjani et n’accepterait pas non plus un second mandat pour Rouhani. Il utilise tout ce qui est à sa disposition pour le discréditer et finalement l’évincer du pouvoir à mi-mandat.

Il semble improbable que le parlement actuel puisse réunir une majorité des deux tiers pour évincer Rouhani. Mais comme on prévoit que la plupart des députés actuels ne seront pas réélus en février 2016, ils pensent que c’est leur seule chance d’agir. On s’attend à ce que le prochain parlement soit surtout constitué de modérés.

La constitution permet au parlement, par un vote d’une majorité des deux tiers, de convoquer le président qui a alors 30 jours pour se rendre devant le parlement pour convaincre les députés de sa politique et de ses qualifications pour rester en place. Si les deux tiers des députés ne lui votent pas la confiance, le résultat est communiqué au guide suprême qui prend sa décision.

Maintenant qu’il est évident que les durs ont décidé de se débarrasser du chef de l’exécutif, une façon de les en empêcher est d’obtenir, pour l’exécutif, un large soutien public en mettant en œuvre les parties de la constitution qui sont restées lettres mortes et en tenant ses promesses de campagne.

Le président a déjà pris cette orientation et s’efforce de la promouvoir au sein d’un régime qui s’agrippe aux « administrations parallèles ». Il doit canaliser sa politique et ses actions pour que le peuple garde l’espoir, pour que, lors des élections, il sache pour qui voter. Même si cela résulte en un « vote de protestation ».

Source :

samedi 31 janvier 2015

Motahari et l’échec des réformateurs – Issa Saharkhiz – 16 janvier 2015


Plutôt que de secouer le régime, le jeu que le parlementaire Ali Motahari joue seul au parlement pourrait aboutir à l’échec des plans des réformateurs pour la prochaine législature de l’année prochaine. Ce jeu pourrait créer encore plus de différents au sein du camp réformateur et même mettre en question leur stratégie électorale.

Tout d’abord, les organisateurs du « rassemblement National des réformateurs », satisfaits et pleins d’espoir au bout de six ans d’effort et grâce à l’aide apportée par le gouvernement actuel, ont réussi à rassembler les dirigeants des partis membre du conseil de coordination du front réformateur « Shoraye Hamahangui Jebhe Eslahat » ; ils doivent trouver une solution à ce phénomène puisque, selon leurs dires, le but de ce rassemblement est de « maintenir l’unité » lors des prochaines élections.

La question-clé aujourd’hui est : qu’a fait un député idéologue de l’intégrisme pour mettre en question tout le travail fait par la majorité des réformateurs, qui ont réussi à se glisser au parlement et pourquoi devrait-on voter pour les réformateurs lors des élections législatives de l’année prochaine ?

Le préliminaire serait de comprendre ce qui permet aux réformateurs modérés de se rassembler officiellement et à Mohammad Khatami de parler lors de ce rassemblement où on prévoit aussi de lire un message d’Hashémi Rafsandjani.

Bien sûr, l’annulation de l’autorisation de ce rassemblement ou son échec pourraient créer de plus grands problèmes aux dirigeants du « rassemblement national des réformateurs » ; ils espèrent organiser un rassemblement encore plus important lors de la seconde étape de leur processus de récupération. On ne peut négliger qu’on a proféré des menaces claires de perturber ce rassemblement à peine un jour après son annonce.

Les organisateurs de ce rassemblement tentent de rassurer : toutes les démarches ont été effectuées auprès des autorités, ministère de l’intérieur, police, etc… pour assurer un déroulement sûr et utile. Mais qui ignore que la décision finale de l’autorisation de ce rassemblement, surtout que les personnalités qui doivent y parler sont bien connues du régime, n’est pas entre les mains du ministre de l’intérieur ou de celui du renseignement du gouvernement modéré actuel, et même pas entre celles du président.

On pourrait faire remarquer aux réformistes qui ont aidé à catapulter Hassan Rouhani à la présidence avec d’autres partisans du changement, aux dirigeants et aux supporters du Mouvement Vert que leur situation aurait été bien meilleure s’ils n’avaient pas boycotté les dernières élections législatives.

Mais ceux qui en sont conscients devraient garder présent à l’esprit que la jeunesse d’aujourd’hui critique les résultats des députés réformateurs ; ils les comparent avec, non seulement les faits et gestes d’Ali Motahari mais avancent même que les durs et les intégristes sont plus dévoués à ce qu’ils croient et sont plus persévérants que les députés réformateurs.

Ce groupe suscite des réserves par ce qu’il fait, ce qu’il dit, sur  sa prudence à ne pas affaiblir le gouvernement ou à fournir un prétexte aux intégristes ; les réformateurs au parlement devraient cependant préparer un rapport transparent pour montrer à la nation ce qu’ils ont réussi au parlement. Ils devraient démontrer que la situation aurait été bien pire s’ils n’avaient pas été présents.

Il est de plus en plus évident que, parmi les réformateurs, la plupart sont des députés conservateurs ; ils ont soutenu Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi lors de l’élection présidentielle de 2009 ou même travaillé dans leurs comités électoraux, mais il leur manque l’endurance pour faire ce qu’a fait Ali Motahari pour lever l’assignation à domicile des dirigeants du Mouvement Vert ; ils ne sont même pas prêts à défendre les droits du peuple au parlement contre l’envahissement des durs et des intégristes.

Ce groupe n’a pas la conscience tranquille ; la grande peur qui guide leurs actions est ce que le cœur du régime pourrait penser d’eux : il pourrait les disqualifier pour les empêcher de participer aux prochaines élections législatives. Ils semblent ne pas comprendre que le mécontentement d’Ahmad Djanati et l’échec de la surveillance imposée du conseil des gardiens sont cent fois plus respectables que le mécontentement de certains ou la possibilité d’être candidat mais d’échouer à obtenir les votes.

C’est pourquoi on leur demande au moins de répondre à cette question : Les actions et les positions d’Ali Motahari au parlement ont-elles été celles d’un dur pour ne pas avoir coopéré avec lui ? Ou bien avaient-ils un meilleur plan, ce qui a fait que Motahari a été le seul à parler des buts des réformateurs ? Ses mots ont été les seuls au parlement à faire écho aux désirs et aux demandes du peuple, et il ne prétend même pas être réformateur ou respecter les dirigeants du mouvement réformateur.

Au lieu de perdre leur temps à préparer des listes pour les élections, il vaudrait peut-être mieux pour les réformateurs aujourd’hui penser à se libérer du carcan dans lequel ils se sont eux-mêmes enfermés et clarifier leurs positions et leurs buts. Ils ont besoin d’expliquer si leur but est de suivre un processus visant à réactiver la société civile et à  rendre au peuple le domaine de la politique ou bien un projet limité pour assurer leur siège au parlement ou augmenter leur nombre dans cette institution.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2015/january/16/article/motahari-and-the-checkmating-of-reformers.html

mardi 30 décembre 2014

Deux ayatollahs et un nouveau patron pour le parlement – Issa Saharkhiz – 26 décembre 2014


Bien avant que la composition du prochain parlement ne se dessine, les machinations pour le poste de président du parlement ont déjà commencé dans certains partis politiques.

Tout indique que les totalitaires en Iran ont décidé d’installer le perdant de l’élection présidentielle de 2013 au perchoir ou tout au moins d’en faire le chef de la faction intégriste.
Il semble que les deux principaux ayatollahs (Ali Khamenei et Mesbah-Yazdi) ont accepté qu’un ayatollah « 100% islamique » devienne le prochain guide suprême, ce qui ouvrirait la voie au rêve du remplacement de la « république islamique » par un « état islamique ».

Les rapports des médias conservateurs révèlent que l’ayatollah Mohammad-Taghi Mesbah-Yazdi s’appuie sur le front de la fermeté, une association de groupes conservateurs de droite, et s’efforce d’installer son protégé au prochain parlement tout en répandant sa notion d’un « parlement islamique ».

Les rapports confirment qu’Ahmadinejad écarte le plus controversé de ses lieutenants, Rahim Mashaï pour prendre le dessus sur le sale plan de Yazdi. Ce religieux, qui ne s’est pas mêlé de politique pendant les années de la révolution et durant le règne de Khomeiny, se réinvente en appelant à imposer un « guide suprême absolu », et non limité par les lois, la constitution, l’opinion publique, etc.., tout en travaillant sur la direction du prochain parlement.

Son but est d’obtenir la majorité des sièges du prochain parlement pour les membres du front de la fermeté ou les intégristes (conservateurs durs), très liés avec le front, pour que Saïd Djalili soit le prochain président du parlement. Il se débarrasserait ainsi du président actuel Ali Laridjani, qui a établi des relations de travail avec Rouhani, et ainsi ouvrir la porte à plus de confrontations avec le gouvernement d’Hassan Rouhani. D’après ce plan, Kamran Bagheri-Lankarani deviendrait le premier vice-président du parlement pour pouvoir changer la nature du régime de république en théocratie absolue.

Ce qui rend ce plan plus inquiétant est que l’ayatollah Khamenei appuie le processus d’islamisation. De son point de vue, il compenserait l’échec de l’élection présidentielle de 2013 et offrirait une promotion à Saïd Djalili de représentant du guide suprême au conseil national de sécurité à chef de la branche législative du gouvernement. Djalili a récemment fait le tour de ses idées sur tout ce que le public connaît, y compris son idée négative sur le sort des dirigeants du Mouvement Vert.

On ne peut oublier le conseil qu’on a donné à Djalili quand il a perdu la présidentielle : « Faites attention aux quatre ou cinq millions de personnes qui ont voté pour vous ; ils sont importants d’un point de vue qualitatif et il faudra les mobiliser et les utiliser à l’avenir. » Il semblerait que « l’avenir » soit advenu.

Ce qui devrait inquiéter les masses, c’est la composition des centres de pouvoir dans le futur ; au lieu de s’intéresser aux problèmes de la majorité des Iraniens, ce groupe sera en quête de ses rêves totalitaires.

Il est clair que la position clé dans ce jeu est celle de ministre de l’intérieur. Ce rapport montre que le ministre actuel se situe à des kilomètres du programme du gouvernement modéré actuel. Le ministre est un supporter dévoué des plus proches alliés et camarades d’Ahmadinejad. La nomination d’Ismaël Nadjar, gouverneur de Kerman durant la présidence Ahmadinejad, au poste de secrétaire d’état d’où il dirige également le comité de crise du gouvernement, indique les penchants de Nadjar.

L’absence de nomination d’un secrétaire d’état politique dans ce ministère après la démission de Kazem Mirvalad en est un autre exemple. Ce poste jouit du contrôle absolu sur le processus électoral au niveau national. Ceci a récemment été confirmé par les débats au parlement pour les candidats aux postes de gouverneurs des provinces ; les penchants des députés durs et de ceux du front de la fermeté sont alignés avec les points de vue de Rahmani Fazli plutôt qu’avec ceux des alliés et conseillers de Rouhani.

Puisque le but ultime des conservateurs durs ne se limite pas au contrôle du prochain parlement mais s’étend à la limitation des programmes du gouvernement actuel modéré et même au limogeage du président aussitôt que possible ou à l’élimination de sa candidature pour un second mandat, il semble que Rouhani n’ait d’autre choix que de remanier son gouvernement pour en faire une équipe unie pour éviter tout sabotage interne.

Le ministre de l’intérieur est un poste clé dans les décisions sur lesquelles Rouhani doit se concentrer. 

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/december/26/article/two-ayatollahs-and-a-new-majlis-boss.html

jeudi 25 décembre 2014

Les Modérés et le Chemin vers le prochain Parlement – Issa Saharkhiz – 6 décembre 2014

Alors que les principaux partis politiques, que les religieux les plus en vue n’ont encore rien fait pour les prochaines élections législatives en Iran, sauf les nouveaux partis qui visent des sièges de modérés au parlement qui compte 290 sièges, les rapports indiquent que le peu de députés critiques restant ne seront pas réélus.

Il y aurait de larges disqualifications pour les candidats au prochain parlement ainsi qu’une surveillance et un contrôle illimité par des organismes mis en place. En fait, la peur d’une telle surveillance est telle qu’on suspecte le conseil des gardiens de vouloir reproduire ce qu’il avait fait lors des élections à la septième législature en 2004 ; la plupart des députés réformateurs et indépendants avaient organisé un sit-in contre les agissements illégaux du conseil.

En 2004, 139 députés avaient fait une grève de la faim et avaient fini par démissionner pour protester contre la disqualification de 3.500 candidats, plus de la moitié d’un total de 4.679, à la septième législature. Beaucoup se souviennent encore du résultat de la réunion organisée entre le président de la république, de celui du parlement et du guide suprême pour résoudre le problème.

11 ans sont passés depuis ce sit-in mais beaucoup de ces députés sont toujours en prison ; en ce qui concerne les dirigeants de cette époque, le président de la république Mohammad Khatami est aujourd’hui interdit de sortie du territoire, les photos sont toujours interdites, et le président du parlement Mehdi Karroubi est toujours assigné à domicile.

Lors de cette réunion fatidique, après des mises en garde répétées du chef de la justice et de la majorité des réformateurs demandant l’ajournement d’élections illégales, on avait promis au dernier moment que les disqualifications seraient limitées et ne concerneraient qu’une poignée de candidats réformateurs, concluant qu’il vaudrait mieux qu’ils se désistent volontairement.

Finalement, cette promesse a été jetée aux oubliettes et la plainte déposée par le secrétaire d’état à l’intérieur Mostafa Tadjzadeh contre Ahmad Djanati du conseil des gardiens a fini par le conduire en prison à l’isolement pour longtemps.

De nos jours, la majorité des députés réformateurs et indépendants de la neuvième législature ont choisi de garder le silence par peur de subir le même sort que leurs collègues il y a dix ans. Ils ont délégué la poursuite de leurs demandes sur l’élection de 2009 au député conservateur respecté Ali Motahari, qui pourrait lui aussi perdre son accréditation à cause de ses demandes de libération de Moussavi, Karroubi et Rahnavard et de son hostilité à Mahmoud Ahmadinejad, président favori de l’ayatollah Khamenei, ce qui l’a poussé à se retirer de la course à l’élection au prochain parlement.

On a entendu dire que Motahari pourrait être emprisonné, mais à cause du scandale public que cela créerait, beaucoup plus important que celui causé par l’emprisonnement du fils du vétéran religieux de la révolution Mohammad Beheshti, l’arrestation est pour l’instant en suspens.

Un rapide regard aux médias conservateurs modérés ou encore aux remarques des députés révèle que ces peurs de rejet ou d’arrestation, sont sérieuses et très répandues. Il suffit de voir la demande que Djavad Karimi-Ghodoussi, député conservateur de la faction dure, a adressé au bureau de l’assemblée : réexaminer les justificatifs de Motahari, pour non seulement l’empêcher d’être réélu, mais aussi pour le révoquer avant la fin de son mandat.

Ghodoussi, ancien commandant de la force paramilitaire bassidj qui s’est glissé au parlement avec moins de dix pour-cent des suffrages a dit à un journaliste : « J’ai dit à Monsieur Motahari qu’il recevrait une claque pour ses positions politiques et que son problème était qu’il était passé de l’école à l’université puis au parlement sans avoir pris part à la révolution ; bien qu’il vienne d’une famille martyre, il manque de vision politique. »

Cet avertissement menaçant est le signe d’un plan plus important rédigé dans un article de Jahan News : « Monsieur le Docteur Ali Motari est professeur de philosophie ; c'est un intellectuel qui a l’expérience des affaires culturelles ; maintenant qu’il est arrivé à ce poste, nous lui conseillons fraternellement de prendre ses distances avec la politique, au moins pour son père martyr à qui nous devons tant. »

L’autre côté de la médaille : les positions prises par l’extrémiste Ahmad Tavakoli. Le site web Alef, qui lui est affilié, a récemment écrit qu’il avait critiqué ceux qui se servaient des dirigeants des manifestations de l’élection de 2009 pour se débarrasser de leurs rivaux, qui pourraient être candidats à la prochaine élection législative, et appelaient à la création d’une autorité pour définir les critères de la « sédition », terme utilisé pour les dirigeants des manifestations de 2009. Il a averti ceux qui avaient le privilège de pouvoir approuver les candidatures aux élections nationales et qui pourraient s’en servir pour des vengeances personnelles.

Il est peu probable que Motahari se retire des prochaines élections législatives, même si ses rivaux accueilleraient favorablement sa décision de ne pas être candidat, car ce serait ce qui leur coûterait le moins cher.

C’est exactement l’attitude que les adversaires des réformateurs, forces extrémistes et totalitaires, défendent pour que les candidats réformateurs abandonnent volontairement leurs candidatures aux prochaines élections.

Une telle décision signifie également que l’on permet aux forces tyranniques de préparer le chemin pour l’élection de pseudo-réformateurs ou de réformateurs incompétents, groupe auquel même Ali Laridjani, actuel président du parlement est censé appartenir.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/december/06/article/moderates-and-the-road-to-the-next-majlis.html

dimanche 19 octobre 2014

Lune de miel avec tous les courants – Issa Saharkhiz – 16 octobre 2014


Il est vrai que le président représente tous le Iraniens, même ceux qui n’ont pas voté pour lui ou ceux qui sapent continuellement sa politique. Mais tenter de plaire à tous les courants n’a aucune signification et est, de plus, infaisable.

L’histoire d’Hassan Rouhani se métamorphose en une situation étrange : il doit maintenant se montrer proche de tous les courants et donc les mécontenter tous. Contrairement aux dires du porte-parole du gouvernement après le conseil des ministres, qui répondait au député Ali Motahari qui avait qualifié d’ « illégale » l’assignation à domicile des dirigeants du Mouvement Vert, Rouhani a déclaré chercher à « calmer » la situation dans le pays et à « contenter tous les courants. »

Mais la stratégie de contenter tout le monde est maintenant en train de devenir nocive. Les médias favorables au président et ses conseillers devraient arrêter le politiquement correct et informer le président de tous les obstacles mis à sa politique et à ses idées pour qu’il se rende mieux compte de la situation.

La réalité lui montrerait que la lune de miel entre le gouvernement et les courants politiques extrémistes du pays, n’est que de façade et imposée d’en haut. Il est à noter que les autres courants conservateurs n’ont pas, au début, mis d’obstacles au gouvernement, ils n’ont désormais plus de réserves à le saper à chaque fois que l’occasion se présente.

Les extrémistes et les conservateurs suivent deux stratégies différentes pour atteindre le même but qui n’est autre que mettre en échec le gouvernement ou peut-être l’évincer avant la fin de son mandat.

Au fil du temps, alors que les buts modérés des durs deviennent plus difficiles à atteindre, l’alliance des conservateurs avec les extrémistes va se renforcer, en dépit de leurs différences. La nature totalitaire de ces deux mouvements, les extrémistes et les conservateurs, va se renforcer et devenir un problème plus grave pour le gouvernement alors que le nombre de ses supporters diminue et que la critique de ceux qui ont voté pour Rouhani sort de la sphère privée. Alors que Rouhani arrive à mi-mandat, leurs critiques vont s’intensifier et davantage s’exposer.

Rouhani doit savoir que le résultat des urnes ne reflète pas obligatoirement les réelles aspirations des masses, de la même façon que le résultat des élections a différé de ce qui s’était réellement passé dans les isoloirs. La réalité du terrain indique que 60% des votes pour Rouhani pourrait en fait être davantage un résultat des sondages que le reflet de ce que les gens pensent vraiment. La tendance générale des groupes politiques et des élus est généralement davantage à la perte de soutien plutôt qu’à son augmentation. Et ce sera le cas pour Rouhani puisque beaucoup de ses soutiens du début ont déjà rejoint l’opposition ou au moins la critique.

Le président doit faire plus de cas de ses critiques car ils sont meilleurs que ses supporters ignorants et malavisés. Et tandis qu’il s’attaquait à la flagornerie à l’université de Téhéran la semaine dernière, son  gouvernement doit la promouvoir dans tout le pays et dans toutes les couches de la population pour que les médias et les écrivains puissent présenter les sentiments et les souhaits réels du peuple, sans peur d’être arrêtés, harcelés ou punis.

Pour résumer, la lune de miel entre le gouvernement et certains de ceux qui ont voté pour lui est terminée. Toute action imprudente peut avoir des conséquences irréparables et désespérer la plus grande partie de la majorité.

La situation ne permet peut-être pas à la majorité de la population d’exprimer son opinion, mais ce qui se dit dans la rue, dans les taxis ou dans le métro c’est ce que disent plusieurs de ses supporters les plus sincères, comme le député Ali Motahari dans sa lettre.

« D’après l’article 113 de la constitution, le président est responsable du respect de la constitution et, si l’un des deux autres pouvoirs viole la constitution, il peut au moins utiliser le soutien du peuple pour le mettre en garde ou l’avertir ; l’opinion publique jouera alors son rôle. »

« La constitution doit être mise en œuvre, pas conservée sous cloche. »

Source :  : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/october/16/article/honeymooning-with-all-factions.html

dimanche 22 juin 2014

Le journaliste mort – Issa Saharkhiz – 1er juin 2014

Il est probablement vrai que les durs du régime iranien craignent ceux qui diffusent les informations, les militants des médias, les journalistes et les reporters. Ils les voient comme les anciens Américains voyaient les Indiens : le seul bon Indien est un Indien mort (attribué au général américain Sheridan en 1869).

C’est pourquoi les journalistes représentent le groupe le plus important parmi les prisonniers politiques en Iran, si l’on excepte les bahaïs, considérés comme une minorité.

C’est peut-être ce à quoi Behzad Nabavi lui aussi pensait à sa sortie de prison quand il m’a donné ce conseil sur la conduite que nous devrions avoir : « le mieux pour nous est de la fermer. » C’est aussi ce qu’il disait à ceux qui venaient le voir en prison. Il en a aussi parlé dans une lettre au président iranien Hassan Rouhani : il conseillait au président récemment élu de ne pas avoir la libération des prisonniers politiques comme premier objectif mais de plutôt se concentrer sur les solutions à apporter au problème de l’énergie nucléaire et aux problèmes économiques du pays.

Moi-même, quand j’étais prisonnier, je faisais passer le même message à mes visiteurs : les prisonniers politiques, dont des journalistes et des bloggeurs incarcérés dans les prisons d’Evine et de Radjai Shahr portions le même message ; ils ne s’attendaient pas à ce que le nouveau cabinet mette leur libération en top-priorité. J’ai bien sûr assuré Nabavi que nous la fermions tous et que c’était la censure et l’autocensure qui avaient le dernier mot dans les medias nationaux.

Ce que je n’ai pas dit c’est que régime totalitaire qui gouverne l’Iran considérait quiconque impliqué dans les médias de la même façon que le Ku Klux Klan considérait les Indiens et les noirs dans leur pays. Je n’ai pas non plus dit que la plupart des journalistes et des bloggeurs étaient victimes du juge Moghisseh et de ses longues peines de prison, le même juge qui énonçait des peines de mort dans les années 1980, dans une situation complètement différente, et qui, en 2009, a dit que les sympathisants du Mouvement Vert devaient être pendus.

Et maintenant nous lisons que samedi, « les forces de sécurité ont pénétré dans les bureaux de l’hebdomadaire ‘Tedjarat e Farda’ (le commerce de demain), arrêté Saba Azarpeik et l’ont emmenée vers un lieu inconnu. Et en même temps, nous apprenons cette nouvelle incroyable : le juge Moghisseh a condamné huit utilisateurs de Facebook à 123 ans de prison.
Alors que les détails de cette arrestation et de ces verdicts ne sont pas encore publiés, nous savons déjà que c’est l’unité spécialisée dans la cyber-délinquance des gardes révolutionnaires qui avait arrêté les utilisateurs des médias sociaux l’année dernière. Ils sont proches de ceux qui avaient auparavant causé la mort de Sattar Beheshti.

A ce scandale, à ce désastre, il faut encore ajouter la récente décision d’un juge de la région du Fars. Il a cité le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg à comparaître, même s’il semblerait qu’il ait, sous la pression, nié l’avoir fait.

Il a dû entendre dire que les autorités judiciaires défient le président et font tout ce qu’elles peuvent pour lui faire perdre la face, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, lui permettant ainsi de se joindre à la curée, mais il semble avoir oublié sa position dans la hiérarchie. Il est peut-être victime de sa propre ignorance des jeux médiatiques et politiques qui se déroulent à la capitale. Il est devenu célèbre pour son ignorance en partie parce qu’on dit qu’il aurait demandé à un prisonnier pourquoi il avait caché ses emails dans son ordinateur portable.

Ces nouvelles violations et transgressions sont peut-être dues au fait que nous avons envoyé à Rouhani un message, ne pas mettre nos problèmes et notre liberté au nombre de ses priorités et se concentrer surtout sur l’évolution du droit des citoyens, sur les problèmes d’eau et de nourriture des habitants des villes et des campagnes et du bétail.

Dans cette situation, les durs et les autoritaires du régime sont libres de violer toutes les lois dans tous les domaines ; ils peuvent même violer les bureaux des hebdomadaires et les domiciles des journalistes. C’est peut-être à cause de nos recommandations que la cyber-police se sent autorisée à pénétrer le cyberespace et l’intimité des gens, de déposer des plaintes basées sur les écrits personnels et les murmures pour finir par les condamner sous des prétextes comme « activités contre la sécurité nationale », « insultes contre le guide suprême », « propagande contre le régime », « insulte contre la doctrine islamique », etc..

Le résultat en est évident : 123 ans de prison pour huit utilisateurs d’Internet et 20 ans de prison pour Roya Saberinejad-Nobakht et Amir Golestani, Massoud Ghassamkhani et Fariborz Kardarfar condamnés respectivement à 19 ans, 91 ans, 18 ans et 91 ans de prison.
Alors, même si nous acceptons de la fermer à cause de problèmes plus importants et pour notre propre sécurité et par le fait même nous acceptons la censure et l’autocensure, nous continuons et nous continuerons à écrire et à parler de l’emprisonnement des dirigeants du Mouvement Vert, à rendre visite aux proches des prisonniers politiques, à critiquer le régime dans des limites acceptables, à chanter des chants et des poèmes de protestation  et à écrire sur les évènements de l’élection présidentielle de 2009. C’est notre façon de vivre et notre vision de la vie ; dans le même temps, les totalitaires peuvent continuer et continueront à nous voir de la même façon : « le meilleur journaliste est un journaliste mort ».

Source : http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/archive/2014/june/01/article/the-dead-reporter.html

samedi 7 juin 2014

L’avocate des droits humains libérée continue le combat – Simon Tisdall – 01 juin 2014

L’arrestation et l’emprisonnement de Nasrine Sotoudeh avait causé la réprobation internationale. Elle parle ici de son épreuve.


Nasrine Sotoudeh et son fils, Nima, après sa libération l’année dernière - Behrouz Mehri/AFP/Getty Images

Nima, le fils de sept ans de Nasrine Sotoudeh veut sortir jouer. Sa mère, l’avocate iranienne des droits humains dont l’arrestation arbitraire avait suscité une campagne internationale pour la libérer, parle depuis des siècles. Nima s’ennuie.

A la porte de leur appartement, au nord-ouest de Téhéran, Nasrine prend Nima dans ses bras. Le garçon se tient sur la pointe des pieds pour embrasser sa mère. Ils restent embrassés pendant plus d’une minute, comme s’ils ne supportaient pas d’être séparés.

Si c’est le cas, ce n’est guère étonnant. Nima n’avait que trois ans quand les hommes du ministère du renseignement sont venus en silence chercher sa mère en 2009. Personne ne savait si elle reviendrait un jour. Sa condamnation initiale était de 11 ans de prison. Elle était détenue à l’isolement, interdite de visites et de téléphone. Sa santé se détériorait, elle perdait du poids. Des rumeurs couraient sur sa disparition. Et puis, Nasrine Sotoudeh a été libérée à l’improviste, sans explication ni excuses en septembre dernier.

Parlant franchement au Guardian malgré les risques de représailles que cette interview pourrait déclencher de la part des autorités, Nasrine Sotoudeh a expliqué que c’était Nima qui était indirectement responsable de sa première grève de la faim qui avait attiré l’attention internationale sur sa situation difficile.

« Avant l’élection de 2009, j’ai été menacée à de nombreuses reprises pour le travail que je faisais en tant qu’avocate des droits humains, mais je n’ai pas eu de problème sérieux. Mais après, les choses ont changé. J’étais à une réunion de l’association professionnelle des avocates quand soudain, la porte a été brutalement ouverte et des policiers du renseignement sont entrés. Ils m’ont montré un mandat d’arrêt émanant du tribunal et m’ont dit de me présenter devant la cour dans trois jours. J’y suis allée et j’ai été arrêtée. En même temps, cinq hommes ont perquisitionné mon domicile. Ils ont emmené certains de mes effets personnels. Je tenais un journal sur Nima depuis sa naissance, et ce journal, ils l’ont emmené. Une fois en prison, je leur ai demandé de me rendre le journal et d’autres affaires personnelles. Pendant deux semaines, je n’ai même pas pu appeler mon mari au téléphone. Alors j’ai fait une grève de la faim de trois jours, j’ai eu droit au téléphone et mes affaires ont été rapportées chez moi. »

C’était une victoire, petite mais importante ; l’incarcération de Sotoudeh ne faisait que commencer. Apres des interrogatoires longs et souvent effrayants, elle a été accusée d’ « actes contre la sécurité nationale » et « propagande à l’encontre du régime ».

Sotoudeh a été condamnée à 11 ans de prison, 20 ans d’interdiction d’exercer une profession juridique et à l’interdiction de quitter le territoire. Le verdict a été réduit en appel à six ans de prison et 10 ans d’interdiction d’exercer une profession juridique.

En mai 2010, neuf mois après son arrestation, Nasrine a écrit à Nima depuis la célèbre prison Evine de Téhéran ; elle était alors détenue à la section 209, réservée aux prisonniers politiques et sous la supervision du ministère du renseignement. Elle a écrit sur des mouchoirs en papier (le seul papier dont elle disposait) pour tenter d’expliquer l’inexplicable et combler le gouffre de peur et d’incompréhension qui se creusait entre elle et son fils, d’après ses craintes.

« Bonjour Nima, mon bien-aimé, t’écrire une lettre est tellement difficile mon cher Nima. Comment te dire où je suis alors que tu es tellement innocent et trop jeune pour comprendre la réelle signification de mots comme prison, arrestations, verdict, jugement, injustice, censure, oppression qui sont les contraires de libération, liberté, justice, égalité ? Comment t’expliquer que rentrer à la maison ne dépend pas de moi, que je ne suis pas libre de me précipiter vers toi, alors que je sais que tu as dit à ton père de me demander d’arrêter de travailler pour que je rentre à la maison ? Comment t’expliquer que ces six derniers mois on ne m’a pas permis de te voir ne serait-ce qu’une heure ?

Mon cher Nima, durant ces six derniers mois, j’ai pleuré sans pouvoir me contrôler à deux occasions, la première, lors du décès de mon père, quand on ne m’a pas interdit de faire mon deuil et d’assister aux funérailles, la deuxième quand tu m’as demandé de rentrer à la maison et que je n’ai pas pu rentrer avec toi. Je suis retournée dans ma cellule et j’ai sangloté sans contrôle. »

Il y a eu d’autres moments difficiles, beaucoup même pour dire la vérité, bien que Nasrine Sotoudeh soit une femme modeste et effacée, répugnant à dramatiser ses expériences. Pour beaucoup d’Iraniens, et surtout de jeunes Iraniennes, c’est une héroïne nationale, bien qu’on ne la loue qu’en privé et à voix basse. Elle a gagné le prix Sakharov 2012 du parlement européen et beaucoup d’autres récompenses, mais elle dit se sentir étonnée à chaque fois qu’on lui dit qu’elle est célèbre. 

A 50 ans, mince et de taille moyenne, les cheveux châtains coupés court, le sourire éclatant, Narine Sotoudeh semble heureuse chez elle. Mais des cernes sous les yeux et une certaine nervosité trahissent une réalité différente, plus sombre. Elle avoue que sa vue a baissé en prison, mais se dit en bonne santé par ailleurs. Vu tout ce qui lui est arrivé d’horrible, elle semble remarquablement optimiste.

« J’ai commencé à travailler comme avocate après avoir eu mon diplôme, ce qui m’a pris huit ans. Je me suis tout de suite occupée de dossiers de droits humains. Je me suis spécialisée dans le droit des enfants. J’étais très sensible à la peine de mort, surtout pour les mineurs, et c’est toujours un problème en Iran. Je m’intéressais aux droits des femmes, des militants politiques, des journalistes et des minorités religieuses. J’ai travaillé pendant dix ans sur ces dossiers.  »

En plus de sa clientèle privée, Nasrine a travaillé avec ou aide à la fondation de plusieurs ONGs dont le Centre de Défense des Droits Humains, fondé par la lauréate 2003 du prix Nobel de la Paix Shirine Ebadi, et le Comité pour le Droit des Enfants. Le Centre des Droits Humains a été fermé par le gouvernement en 2008.

Avant son arrestation, elle avait représenté Issa Saharkhiz, journaliste réformateur, Heshmat Tabarzadi, militant politique d’opposition et Parvine Ardalan, fondatrice de la campagne Un Million de Signatures pour des droits égaux pour les femmes et lauréate du prix Olof Palme 2008

« J’étais aussi impliquée dans le dossier d’Arash Rahmanipour, arrêté avant l’élection ; on a prétendu qu’il avait été arrêté après, durant les manifestations, c’était un mensonge. Ils étaient très en colère contre moi. On n’aime pas que je défende des dossiers comme celui-là. On m’a demandé à plusieurs reprises de quitter mon travail. On n’aimait pas non plus ce que je disais lors des interviews avec des médias nationaux et internationaux. Lors de mon arrestation, on m’a dit avoir fait un CD de toutes mes interviews. J’ai répondu que je n’avais rien fait de mal. »

Les interrogatoires et le procès ont eu lieu devant un tribunal d’exception à huis clos à la prison d’Evine. « C’était le pire endroit. Les interrogatoires étaient menés par des représentants du ministère du renseignement. Ils étaient vraiment durs, méchants et effrayants. J’ai demandé ma mise en liberté. Leur réponse ? Ils m’ont ajouté un chef d’accusation, adhésion au Centre des Défenseurs des Droits Humains, passible d’une peine de cinq ans. 

Je suis restée à l’isolement jusqu'au bout. Aucune communication. Il y avait cinq cellules dans le couloir, mais uniquement le silence et l’isolement. Le pire moment, c’est lorsqu’un jour je me suis retrouvée enfermée seule avec un homme qui m’interrogeait. Ce n’est pas une situation normale, d’être seule avec un enquêteur. Je me souviens qu’il n’y avait qu’une petite fenêtre. J’ai hurlé. Alors, le sous-directeur de la prison est arrivé en compagnie d’une femme. Il a donné l’ordre qu’elle soit présente tout au long des interrogatoires. Si vous me le demandez, je vous dirais que je n’ai pas été maltraitée physiquement, mais j’ai fait l’objet de beaucoup de menaces psychologiques. Celui qui m’interrogeait m’a dit : « je ne vais pas te libérer, je vais te faire donner une peine de 10 ans. » En fait, j’ai pris 11 ans. Il se conduisait comme s’il avait le pouvoir d’obtenir des juges ce qu’il voulait. Et ils obéissaient. »

Plus tard, Nasrine Sotoudeh a raconté que le responsable de ceux qui l’interrogeaient lui a suggéré de donner des interviews favorables au régime aux medias pour diminuer sa « faute ». Je lui ai ri au nez et lui ai demandé ‘Est-ce que vous pensez de moi ?’ 

Cette suggestion, criante de désespoir, a peut-être été soufflée par la campagne internationale pour libérer Sotoudeh, par sa nomination par Amnesty International en tant que prisonnière de conscience, ainsi que les déclarations d’inquiétude sur la façon dont elle était traitée par les gouvernements américain et autres.

Human Rights Watch, la Commission Internationale des Juristes, la Fédération Internationale des Droits Humains et le Parlement Européen sont tous intervenus en sa faveur, ainsi que certains medias occidentaux et la Société Juridique d’Angleterre et du Pays de Galles qui a appelé à sa libération en janvier 2011.

Quelques mois plus tard, cette même personne est revenue : « Il m’a dit : ‘OK, ne donne plus d’interviews. Contente-toi de tes réunions avec les avocats et informe-nous’. Je lui ai encore ri au nez. Il est revenu à de nombreuses reprises en me menaçant : ‘Je vais te casser. Je vais te faire mordre la poussière et tu y resteras pour toujours.’ »

Nasrine Sotoudeh dit que la séparation d’avec ses enfants, Nima et sa fille Mehraveh, 11 ans à l’époque de son arrestation, a peut-être été l’épreuve la plus difficile à supporter. Mais ses enfants, aussi jeunes qu’ils aient été, ont fait montre d’un grand courage.

En octobre 2012, elle a commencé une nouvelle grève de la faim qui a duré 49 jours pour protester contre sa situation en prison, y compris contre les restrictions appliquées aux visites de sa famille et contre l’interdiction de sortie du territoire de son époux Reza Khandan et de Mehraveh.

A cette époque, lors d’une rare visite de Mehraveh, derrière une vitre, Nasrine Soutoudeh a dit que les autorités de la prison distribuaient ce qu’on appelait une feuille de pardon, qui permettaient aux prisonniers de demander une libération provisoire en échange de l’aveu de leur culpabilité.

« Ce jour-là, ma fille était très soucieuse, alors on l’a laissée s’approcher de moi. Je l’ai serrée dans mes bras. Je sentais qu’elle était très inquiète pour moi. Je lui ai expliqué qu’on distribuait la feuille de pardon. Je lui ai dit : ‘Je peux en prendre une’. Mais ma fille m’a répondu : ‘N’y pense même pas.’ »

C’est l’époque où Reza Khandan a exprimé ses craintes pour la vie de son épouse, disant qu’elle souffrait de vertiges, d’une détérioration de la vue, d’hypotension et qu’elle avait perdu beaucoup de poids. On a fini par accéder à ses demandes, l’interdiction de sortie du territoire a été levée et elle a mis fin à sa grève de la faim.

A-t-elle jamais pensé à abandonner ou à se soumettre ? Elle répond que oui, qu’elle a eu plus que sa part de moments noirs.

« Nous sommes tous des êtres humains. Quelquefois on se sent faible et des pensées démoniaques nous viennent de Satan. Mais je peux vous dire qu’en ce qui concerne les interviews en leur faveur ou la coopération avec eux, je n’ai jamais eu le moindre doute.»

Nasrine Soutoudeh nous dit que sa libération sans condition en septembre de l’année dernière a été une surprise. Elle a coïncidé avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président iranien, à la ligne moins dure, le centriste Hassan Rouhani et avec le voyage de haut-niveau qu’il effectuait pour l’assemblée générale de l’ONU à New York. Elle a dit que 20 autres prisonniers politiques avaient aussi été libérés, sans explication.

« Malheureusement, ce processus a pris fin depuis » nous dit Nasrine Sotoudeh, notant que jusqu'à 800 prisonniers politiques restent détenus. « Je me sens mal par rapport aux autres prisonnières que j’ai laissées derrière moi. Nous avons vécu ensemble pendant trois ans, certaines venaient de minorités ethniques, il y avait aussi des bahaïes, des chrétiennes, des militantes politiques des Vertes, des femmes de gauche, des communistes, mais aussi des journalistes et des écrivaines. Je les connais. J’ai été libérée sans l’avoir demandé. Nous espérions qu’elles aussi seraient libérées, mais ce n’est pas ce qui s’est passé… Mais j’espère toujours que le gouvernement le fera. A une époque, nous étions 30 prisonnières, maintenant, elles ne sont plus que 14. La bonne nouvelle est qu’ils n’en ont pas rajouté et que le total continue à baisser. »

De retour chez elle, son ardoise judiciaire apparemment effacée et malgré ou peut-être à cause de son épreuve de trois ans, Nasrine Sotoudeh a repris son travail d’avocate des droits humains. Elle s’occupe actuellement de deux dossiers de délinquants mineurs accusés de meurtre, et elle envisage d’en prendre un troisième, politique cette fois. Elle a aussi réactivé son Association Professionnelle des Avocates et le Comité des Droits des Enfants, et a lancé une campagne avec sept autres personnes pour l’abolition graduelle de la peine capitale en Iran.

« Ceux qui font campagne pour les droits humains devraient se concentrer sur deux choses : d’abord la réduction de la peine capitale dont l’occurrence a augmenté sous le nouveau gouvernement, et deuxièmement, presser Monsieur Rouhani de réagir aux actions contraires aux droits humains en Iran, comme l’attaque contre les prisonniers d’Evine il y a trois semaines. Si Monsieur Rouhani ne peut réagir correctement à de telles crises, il ne va pas tarder de perdre son soutien dans la société.»

A-t-elle peur que son retour sur le champ de bataille des droits humains puisse avoir de nouvelles conséquences négatives pour elle-même et sa famille ? Nasrine Sotoudeh ne se dit pas concernée. « Depuis ma libération, on ne m’a pas inquiétée, on ne m’a pas contactée. »

Tout de même, ce n’est peut-être pas une coïncidence si son appartement a été cambriolé il y a quatre mois, peu de temps après sa libération. Et son époux a récemment reçu une menace anonyme de lui lancer de l’acide au visage.

Nasrine sourit ; Nima est rentré, maintenant la discussion est terminée. Il veut jouer un air au piano pour sa mère et son invité. Il joue, nous écoutons. Et nous espérons que tout ira pour le mieux.

Source : http://www.theguardian.com/world/2014/jun/01/iran-rights-lawyer-nasrin-sotoudeh?CMP=twt_gu

jeudi 22 mai 2014

Deux célébrations en une seule année en Iran – Issa Saharkhiz – 6 avril 2014


Il n’est pas exagéré de dire que cette année, les Iraniens ont célébré deux grands évènements : Norouz (la nouvelle année iranienne, le premier jour du printemps) et, à la fin des deux semaines de congés de Norouz, l’annonce de la libération des soldats iraniens enlevés.

Mais ce qui a rendu ces festivités encore plus joyeuses, malgré la perte de l’un des soldats enlevés, Djamshid Danaifar, c’est la solidarité de la nation iranienne dans ses demandes de libération des quatre soldats restants. Les Iraniens de tous horizons, quelle que soit leur religion, leur couleur ou leur langue se sont rassemblés autour de cet appel.

Les Iraniens ont ainsi démontré qu’ils pouvaient s’unir et rester déterminés autour d’un but commun et d’une responsabilité humanitaire.  

Qui aurait cru que les prisonniers politiques kurdes iraniens se seraient solidarisés avec l’appel à une libération sans condition de gardes-frontières chiites ? Qui aurait cru qu’un religieux chiite dont les gendres et beaucoup d’autres membres de la famille et d’amis sont emprisonnés, qui est lui-même interdit de sortie du territoire et ne peut même pas accomplir le pèlerinage à la Mecque, qui est l’objet de diatribes quotidiennes des ultra-conservateurs comme le religieux Mesbah-Yazdi prendrait l’initiative d’envoyer un message demande la libération des gardes chiites ?

Qui aurait compris que la majorité des Iraniens s’uniraient pour appeler à la libération des gardes tandis que les religieux importants de la ville de Ghom restaient silencieux sans  lever le petit doigt ?

Il y a beaucoup d’autres exemples d’engagement et de dévouement venant de différentes parties de la société iranienne, mais la clé a été la capacité de la nation, et plus particulièrement des sunnites et des chefs religieux de la province du Sistan-Baloutchistan sous la direction de Molavi Abdol-Hamid. Ce religieux a mis de côté les privations connues et les discriminations dont souffre cette province sunnite pour mettre cet appel humanitaire pour la libération des gardes enlevés au premier plan.

Ont également participé à ce vaste effort des artistes, des sportifs et des commentateurs sportifs qui, grâce à leur grande influence, ont su atteindre le cœur de beaucoup de leurs auditeurs ou spectateurs, les incitant à signer un message demandant aux kidnappeurs de libérer leurs otages. Plus d’un million et demi de signatures sur cet appel ; c’est historique et sans précédent. 

Les déclarations et la signature de Mohammad-Reza Taghipour, ancien combattant en chaise roulante qui est aussi directeur du Musée de la Paix de Téhéran, celles d’Ali Nassirian et de Reza Kianian, artistes de cinéma, parmi tant d’autres enregistrées au bureau des Nations-Unies de Téhéran, ont joué un rôle majeur dans la diffusion du message à la communauté internationale et en fin de compte aux ravisseurs eux-mêmes.  

On ne peut, bien sûr, nier l’impact des efforts officiels de la diplomatie. C’est pourquoi l’on peut accepter cette conclusion officieuse : la libération des gardes-frontières iraniens par ce qui reste du gang Righi a eu lieu suite à des efforts complexes dont les plus importants ont été les mesures prises par les chefs religieux de la province du Sistan-Baloutchistan.

Tout ceci fait maintenant partie de l’histoire. Mais en ayant été plus perspicace, le seul décès aurait peut-être pu être évité, surtout si on n’avait pas publié de rapports inexacts. L’absence de ces rapports erronés aurait pu désarmer les appels à la revanche et à la violence, créant ainsi une atmosphère où il eut été plus difficile de recourir à la violence.

Tout ceci démontre l’inutilité de refuser de parler aux ravisseurs des gardes car cela aurait donné à Djeish al Adel une certaine forme de reconnaissance officielle. Le député Ahmad Bakhshayesh, du comité national de sécurité du parlement a déclaré : «  Comme la république islamique ne voulait pas reconnaitre le groupe Djeish al Adel, elle a demandé de l’aide aux religieux sunnites.

La déclaration du groupe a confirmé l’influence des religieux sunnites qui ont négocié avec eux ; elle louait leurs efforts.

Tout ceci est maintenant derrière nous ; il est temps pour les dirigeants du régime islamique de mettre en pratique leurs discours sur l’union des chiites et des sunnites de ce pays et de permettre à la population et à ses représentants réels, religieux,  militants politiques et sociaux y compris, de prendre en charge leur libre engagement en répondant aux besoins de la population.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/06/article/one-year-two-celebrations-in-iran.html

dimanche 9 février 2014

Interview d’Issa Saharkhiz pour Al-Monitor par Behdad Bordbar – Eloge du journalisme citoyen en Iran – 7 février 2014

Téhéran, Iran – Issa Saharkhiz est un journaliste iranien de premier plan et l’un des fondateurs de l’Association pour la Liberté de la Presse en Iran. Au début de la présidence du réformateur Mohammad Khatami, en 1997, il s’occupait des publications nationales au sein du ministère de la culture et de la guidance islamique, une époque pendant laquelle les médias iraniens ont connu une croissance et une liberté sans précédent. Mais en 1999, les conservateurs ont riposté en interdisant beaucoup de journaux. Saharkhiz a fini par démissionner en raison de la répression. Plus tard, il a fondé Akhbar-é Eghtessad (Nouvelles Economiques). Après les élections controversées de 2009, il a été arrêté et incarcéré. Il a été libéré en septembre dernier, à la fin de sa peine. 

Al-Monitor : Aux dernières nouvelles, Mehdi Karroubi a été transféré chez lui en provenance d’un domicile sécurisé du ministère du renseignement ; cela va évidemment améliorer sa situation. Est-ce que cela veut dire que Rouhani a réussi à convaincre les autres parties du gouvernement de lui permettre de réaliser l’une de ses promesses de campagne ? Considérez-vous qu’il s’agisse d’une victoire pour l'exécutif ?

Issa Saharkhiz : Je crois que le cabinet de Rouhani a joué son rôle. Mais dans les cas d’emprisonnement et d’assignation à domicile, il n’a encore rien obtenu en dépit de tous ses efforts. Ce qui est arrivé à Karroubi aurait dû avoir lieu il y a quelques mois. Il n’y avait aucune raison de le retirer de son domicile et ainsi d’occasionner beaucoup de frais à sa famille, et de le garder dans des conditions qui ont fait empirer sa maladie. Je crois que les affections constantes de Karroubi, surtout son ostéoporose causée par le manque de soleil, les opérations chirurgicales qu’il a dû subir sont les principales raisons de son retour à domicile. Ces raisons étaient plus importantes qu’un accord politique entre l’exécutif et le judiciaire ou les organismes sécuritaires.

A-M : Croyez-vous que l’exécutif essaie de tenir les autres promesses de campagne ? Pensez-vous que le ministre de la culture et de la guidance islamique essaie de tenir les promesses faites à la presse ?

IS : L’exécutif travaille dur. Bien sûr, sa priorité ce sont les négociations sur le nucléaire et les relations internationales. L’exécutif se concentre sur ces problèmes dans l’espoir d’endiguer les effets négatifs des sanctions, d’augmenter les revenus pétroliers, ce qui augmentera automatiquement le budget du gouvernement, de réduire le déficit et enfin d’améliorer l’économie et les conditions de vie de la population. S’il arrive à améliorer les relations internationales, la conséquence prévisible sera la réduction des sanctions, ce qui conduira à plus d’opportunités d’investissement qui elles-mêmes conduiront à plus d’emploi et aidera les industries qui pour l’instant tournent au ralenti. La politique étrangère est la priorité de cet exécutif. Les progrès dans les champs culturel et politique viennent au second plan. Il est normal que Rouhani mette tout son poids et son énergie sur ce problème. Mais les ministres, surtout le ministre de la culture et de la guidance islamique, ont aussi tenté d’améliorer la situation. Par exemple, le conseil de supervision de la presse a accordé des licences de parutions à plusieurs publications même si deux journaux, Neshat et Ham-Miham ainsi que d’autres publications politiques liées aux réformateurs n’ont pas été autorisées. Ils ont également tenté d’obtenir l’autorisation pour le Front de la Participation Islamique d’Iran et l’Organisation des Moudjahidines de la Révolution Islamique de pouvoir se constituer en parti politique, comme par le passé. L’exécutif tente tout doucement d’atteindre ses objectifs politiques et culturels. Mais les promesses faites à la population avant les élections étaient d’une autre ampleur. Les promesses étaient plus importantes et les exigences de la population aussi sont beaucoup plus étendues que ce que l’exécutif a réussi à faire en six mois.

A-M : Un grand nombre de dirigeants du nouvel exécutif ont un background dans les domaines du renseignement et du contre-espionnage. Croyez-vous que l’exécutif considère le peuple d’Iran comme son allié ou bien essaie-t-il seulement d’impressionner et de satisfaire le guide suprême, ou bien la justice ou d’autres organismes pour qu’ils ne s’opposent pas à lui et ne l’empêchent pas de travailler ?

IS : Comme vous le dites, Rouhani et son équipe agissent en secret depuis des années. Ils tentent d’atteindre leurs buts calmement, doucement, sans créer de tension dans la société, ce qui aurait profité aux groupes radicaux. Bien sûr, actuellement, le but de Rouhani n’est pas de déstabiliser le guide suprême : comme vous le savez, si cela devait arriver, les radicaux en tireraient profit pour promouvoir leurs propres buts. Ils utiliseraient le mécontentement de l’ayatollah Khamenei comme point de départ pour mettre la pression sur Rouhani. Ils pourraient même aller jusqu’à orchestrer sa chute avant la fin de son mandat.

A-M : Vous défendez la société civile et une presse indépendante ; craignez-vous une croissance à la chinoise en Iran : l’économie serait florissante, le pays prendrait sa place dans l’économie mondiale, mais les droits humains, la société civile et la liberté de parole resterait dans le même état ?

IS : Oui, c’est un vrai danger. Les infrastructures sociales en Iran ne sont pas celles de la Chine. Durant ces huit dernières années, les organismes sécuritaires et de renseignement ont activement participé à l’économie iranienne. Le secteur privé s’en est trouvé affaibli et n’est pas en bon état. Je pense que si Rouhani met l’accent sur les réformes sociales et politiques tout de suite, il échouera sur le plan économique. Les secteurs de la sécurité et du renseignement peuvent contrôler l’économie du pays et empêcher Rouhani d’atteindre ses buts. Naturellement, quand une société n’a pas d’institutions civiles, elle est dépourvue d’associations économiques et de syndicats. S’il n’y a pas d’organisations et d’associations civiles, si une presse libre ne peut pas jouer son rôle de surveillance, la corruption qui existe actuellement s’en trouvera renforcée. De fait, même si l’exécutif réussit à éradiquer ce cancer qui dévore actuellement le pays, la corruption ne fera que croître et prospérer. Bien sûr, une croissance coordonnée et équilibrée bénéficiera à la société. Comme vous l’avez dit dans votre précédente question, Rouhani a besoin de s’appuyer sur le peuple et les organisations civiles plus que tout, surtout que, lors des élections précédentes, il n’avait aucun parti politique ou aucune organisation spécifique. Il est devenu le seul choix possible pour les réformateurs, alors ils l’ont soutenu et il jouit toujours de leur soutien. Mais s’il les déçoit, ils pourraient arrêter de le soutenir et même commencer à s’y opposer. Le mouvement totalitaire qui veut prendre le pouvoir commence à créer des problèmes à Rouhani et à son exécutif et le temps venu, ils porteraient le coup fatal.

A-M : Durant ces 15 dernières années, les journalistes indépendants ont œuvré sans relâche à la perpétuation de la presse indépendante. Dans le même temps, le mouvement totalitaire a augmenté la pression, a fermé les journaux et emprisonné les journalistes. Comment voyez-vous l’issue de cette lutte ? Peut-on dire que nous voyions un progrès en dépit de toutes les répressions ? Par exemple, y-a-t-il eu une amélioration depuis le départ de Mohammad Khatami ou bien une régression pendant les huit années de présidence d’Ahmadinejad ?

IS : Si l’on doit parler de la presse, nous ne pouvons pas nous limiter au journalisme réalisé en Iran. Après les évènements de l’année 2009, le groupe qui a le plus souffert, officiellement et officieusement, a été celui des journalistes travaillant en Iran. Pendant un certain temps, nous avons eu le plus grand nombre de journalistes et de bloggeurs emprisonnés. Même maintenant, certains de nos meilleurs journalistes sont emprisonnés ou ont perdu leur emploi et beaucoup d’autres ont quitté le pays ou décidé de suspendre leurs activités. Certains de ceux qui ont quitté le pays ont commencé à travailler avec des médias étrangers. C’est pourquoi le ministre du renseignement et les organisations sécuritaires mettent beaucoup de pression sur les familles de ces journalistes dans l’espoir de les empêcher de travailler hors d’Iran. A l’intérieur de l’Iran, les journalistes ont essayé de garder vivant le journalisme au prix d’efforts considérables et nous avons vu quelques progrès récemment. Bien sûr, il y a du chemin à faire pour retrouver ce qu’on a appelé « le Printemps de Téhéran », les deux premières années de la présidence Khatami ; en fait, il se peut que l’on n’atteigne jamais ce but. Ces pressions ont poussé nos journalistes à travailler au niveau international, à s’installer dans les réseaux sociaux et aussi à apprendre et à pratiquer le journalisme citoyen. Il est vrai que le journalisme citoyen diffère du journalisme professionnel, mais en fin de compte, les deux tentent de refléter ce qui se passe dans la société, de révéler ce qui doit l’être pour que le mouvement totalitaire ne puisse agir à sa guise sans aucune opposition. En tout cas, je suis optimiste, je crois que le journalisme en Iran, comme dans le reste du monde, progresse. C’est une profession passionnante mais dangereuse, ce qui attirera beaucoup de gens ; nous pourrions voir, à long terme, des progrès en termes de qualité et de quantité même si, à court terme, nos journalistes peuvent être victimes de pressions et en souffrir.

Source : http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2014/02/iran-saharkiz-rouhani-politics-reform-interview.html#ixzz2sk20dUJ2

samedi 10 août 2013

Les Sanctions Tuent - Mehdi Saharkhiz - 08 août 2013

Monsieur Obama savez-vous que vous êtes en train de tuer le peuple d’Iran !

Monsieur le Président, je suis fier d’être citoyen américain et, pour la première fois de ma vie, j’ai voté pour vous aux Etats-Unis ; j’ai voté pour le changement que vous aviez promis, pour l’espoir que vous me communiquez à chaque fois que vous souriez, pour votre politique pacifique, pour un monde plus sûr où le pays que j’ai quitté et que j’aime toujours ne serait pas bombardé.

Monsieur le Président, quand les gens commencent à mourir à cause des sanctions, on ne peut s’empêcher de demander s’il ne s’agit pas d’une guerre ; quand il y a des morts parce qu’un avion s’est écrasé parce qu’il manque des pièces pour l’entretenir, ou bien quand tous, jeunes et vieux, hommes et femmes pourrissent sur des lits d’hôpital parce que le médicament dont ils ont besoin fait l’objet de sanctions, on se demande où se situe la différence entre les sanctions et la guerre.

Monsieur le Président, les sanctions contre l’Iran ne touchent pas le gouvernement, comme vous l’espériez ; ce ne sont que des outils aux mains d’un gouvernement qui les utilisent contre son peuple, pour leur donner une raison supplémentaire de rendre l’occident responsable de leurs problèmes.

Monsieur le Président, mon père a été arrêté il y a plus de quatre ans maintenant, parce qu’il a dit ce qu’il pensait pour que les peuples du monde puissent ressentir la chaleur du cœur de chaque Iranien ; mais quand les outils nécessaires aux écrivains pour diffuser leurs mots font l’objet de sanctions, c’est un peu étouffer ceux qui ont déjà la tête sous l’eau.

Monsieur le Président, vous savez ce que sont l’espoir et le changement : vous avez mené votre campagne sur l’espoir et le changement. Quand, il y a quatre ans, le vote du peuple a été volé, il s’est battu, il s’est beaucoup battu et, quatre ans plus tard il a de nouveau voté ; pas pour le candidat de son choix, mais pour celui qui avait promis l’espoir et le changement. S’il vous plaît, ne tuez pas cet espoir avec davantage de sanctions. Allégez la pression sur les personnes hospitalisées ; libérez leurs médicaments pour qu’ils puissent respirer, donnez à ceux qui sont privés de voix les outils pour s’exprimer. Donnez à mon peuple les outils dont ils ont besoin pour déployer ses ailes et s’envoler.

Monsieur le Président, mon nouveau président d’Iran dit qu’il a une clé, une clé pour le changement ; s’il vous plaît, accueillez-le sur le seuil.

Mehdi Saharkhiz , 08 août 2013

Source : https://medium.com/p/b0432aecc8c3

dimanche 7 août 2011

Déclaration des journalistes emprisonnés à l'occasion de la Journée des Journalistes


La république islamique d’Iran continue d’insister sur le fait que le pays doive rester la plus grande prison du monde pour les journalistes et le coupable du plus grand nombre de violations des libertés civiles incluant les libertés de parole, d’expression et de la presse.  Le gouvernement iranien, transformé en état policier après le coup d’état de juin 2009 fait tout ce qu’il peut pour limiter la libre circulation de l’information et les activités des journalistes indépendants en en détenant et en en jugeant des douzaines dans tout le pays. En conséquence, plus de trente journalistes sont actuellement derrière les barreaux dans les différents centres de détention d’Iran tandis que d’autres reporters sont cités à comparaître, ont été libérés sous caution et attendent leur procès hors des prisons. De plus, certains journalistes ont été contraints d’abandonner leur profession pour toujours ou de carrément quitter le pays  en raison de l’oppression brutale qui y règne.

Le sort tragique des libertés d’expression et de la presse en Iran, surtout depuis le coup d’état de juin 2009 est si évident qu’il n’a pas besoin d’être expliqué ; la conséquence directe de la situation actuelle est l’autocensure des médias iraniens a rendu cette même presse inefficace et sans aucune valeur. Ces dernières années, les journalistes ont été condamnés a un total de plus de 150 ans de prison lors de procès mis en scène devant des cours martiales cachées sous le nom de tribunaux révolutionnaires. Un tel phénomène est sans précédent et n’a été vu auparavant dans aucun pays du monde.

A lors actuel, il n’est ni rare ni exceptionnel pour un journaliste en Iran d’être condamné à 5 à 7 ans de prison et une multitude d’autres ont pris plus de 10 ans de prison simplement pour avoir fait leur travail. Les militants des médias dans le monde entier ainsi que les défenseurs des droits humains et les journalistes indépendants ont condamné l’assignation à domicile de Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi et dénoncé les restrictions imposées aux rédacteurs en chef des journaux Kalameh et Etemad-é-Melli. Dans le même temps, les efforts pour mettre fin à l’emprisonnement de ces deux personnalités sont devenus la pierre de touche et le symbole de toutes les actions à travers lesquelles les libertés civiles dont les libertés d’expression et de la presse peuvent être restaurées en Iran.

Nous soussignés, condamnons l’oppression et la censure des journalistes et de la presse et exigeons que les libertés civiles et par-dessus tout la liberté d’expression, la libération de tous les journalistes emprisonnés et l’établissement d’un environnement favorable au fonctionnement d’une presse indépendante dans une société libre. C’est pourquoi nous demandons l’aide et le support de tous les militants des droits humains et des avocats des droits civiques du monde entier.

Signé :

Heshmatollah Tabarzadi
Issa Saharkhiz
Ramin Partchami
Abolfazl Abedini
Massoud Bastani
Nader Karimi
Shahin Zeinali
Hamzeh Karami
Aref Darvishi
Ali Asghar Seyed-Abadi
Mahboubeh Karami

Source: http://en-hrana.com/index.php?Itemid=4&catid=2:statements&id=473:a-statement-from-imprisoned-iranian-journalists-on-reporters-day&option=com_content&view=article