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jeudi 25 décembre 2014

Interview de Soussane Tabianian

Soussane Tabianian a été arrêtée et emprisonnée à plusieurs reprises. En 2010, elle a passé un an à la prison d’Evine. Demain, elle se rendra à la prison de Semnan, au nord de l’Iran pour commencer à purger un an de prison pour « propagande contre le régime et soutien à des groupes hostiles au régime ».

Quand avez-vous été arrêtée pour la première fois ?
C’était à l’apogée du mandat de Monsieur Khatami en 2005. La communauté bahaïe avait décidé d’écrire une lettre sur les pressions injustes auxquelles elle devait faire face.

A qui cette lettre était-elle adressée ?
Aux autorités du gouvernement. Je faisais partie de ceux qui ont donné cette lettre à sept ou huit directeurs à Semnan, dont le directeur du département de la justice, le directeur général des assurances et d’autres. Avant de la leur donner, j’ai décrit les injustices dont les bahaïs avaient souffert durant ces années. En fait, c’était une pétition. Mais il ne s’est même pas passé deux jours avant qu’on ne me stoppe et un mois avant que je ne sois convoquée.

Etait-ce ma première fois que vous étiez convoquée ?
Oui, mais il faut mentionner que durant le mandant de Monsieur Khatami, la justice traitait la communauté bahaïe de façon plus légale. Neuf membres de la communauté bahaïe de Semnan ont été convoqués. Nous sommes allés au tribunal et avons été emprisonnés une nuit. Le lendemain, nous avons été libérés sous des cautions très légères. Six d’entre nous ont été condamnés à six mois avec sursis et trois autres à trois de prison. Mon sursis a duré quatre ans.

Etes-vous allée en prison en 2009 pour la même infraction ?
Non, c’était pour autre chose. Le bureau du renseignement de Semnan m’a arrêtée cette année-là quand ma fille avait juste un an et demi et dépendait beaucoup de moi. Cette fois-ci, j’ai été arrêtée pour avoir donné une interview à Massih Alinejad et Radio Farda dans laquelle j’exposai la situation difficile des bahaïs de Semnan.
J’ai été emprisonnée et interrogée plusieurs jours puis libérée sous caution. Mais quelques mois plus tard, le tribunal me condamnait à 18 mois de prison.

De quoi étiez-vous accusée ?
De propagande contre le régime et d’avoir formé un groupe bahaï illégal. J’étais professeur de morale et c’est pourquoi j’ai été condamnée à un an de prison pour formation d’un groupe illégal. J’ai pris six mois pour propagande contre le régime.

Pourquoi avez-vous été transférée de Semnan à Evine ?
Le 30 juin 2010, je me suis présentée pour purger ma peine. On m’a alors dit qu’il n’y avait pas de place pour moi, alors on m’a envoyée dans l’une des plus grandes prisons de Téhéran.
Quatre femmes, dont moi, ont été transférées de Semnan à Evine. C’étaient des jours difficiles pour moi, mais j’ai eu ma récompense. J’ai connu deux personnes à Evine qui m’ont beaucoup influencée, ainsi que mes codétenues. L’une d’elles est Haleh Sahabi, qui a beaucoup aidé à sensibiliser le public sur le sort des prisonnières. Puis, il y a eu un miracle : Nasrine Sotoudeh est arrivée dans notre bloc et nous sommes devenues très proches. A cette époque, je n’avais aucune expérience et je ne connaissais rien à la politique.
Avant l’arrivée de Nasrine, les prisonnières avaient des idées politiques très différentes mais elle a apporté une harmonie positive qui s’est enracinée en nous toutes.
Bien que j’aie été libérée à la fin de ma peine, il semble que cela continue.

Pourquoi avez-vous été arrêtée la fois suivante ?
Le 31 mai 2014, j’avais invité deux de mes amis qui ne sont pas bahaïs pour étudier des langues ensemble. Ma fille assistait à un cours artistique et j’étais seule à la maison avec mon fils Sami, 12 ans. Quand on a sonné, j’ai vu le visage de mes amis, alors j’ai ouvert, mais je  me suis vite rendu compte que tous deux s’étaient blottis au fond de l’ascendeur, confus et apeurés, quand un homme masqué s’est précipité pour maintenir la porte ouverte. J’ai immédiatement fermé la porte. Il a tambouriné dessus pendant près de deux heures. Je lui ai dit que je n’ouvrirai que s’il me présentait un mandat car il serait sinon illégal pour lui d’entrer.

Et il avait un mandat ?
Oui un mandat de perquisition et d’arrestation. Mais pour être franche, ce qu’il m’a montré par le judas ne ressemblait en rien à un mandat officiel. C’était une page déchirée signée par le substitut du procureur, Hossein Zamani, celui qui s’occupait de mon dossier. Il était manuscrit, avec des mots et des parenthèses barrées et disait que l’arrestation devait avoir lieu même si c’était de nuit. C’était un papier désordonné.

Quand avez-vous fini par ouvrir la porte ?
Je l’ai laissé dehors jusqu’à ce que mon mari rentre. Pendant une heure et demie, ils ont retourné l’appartement et m’ont emmenée dans une pauvre cellule sale. J’ai été interrogée immédiatement. Il était 21h30. Je leur ai dit que, d’après la constitution, il était illégal de mener des interrogatoires après les prières du soir. Celui qui m’interrogeait a été surpris de voir que je connaissais ces détails, mais je n’ai pas abandonné. Je lui ai dit qu’on ne m’avait jamais fait part des charges qui pesaient contre moi et que, jusqu’à ce que cela soit fait, je ne lui répondrai pas.

Quelles étaient ces accusations ?
Ils ne me l’ont pas dit le jour même. Le lendemain, ils m’ont sorti de ma cellule d’isolement pour m’interroger. Zamani m’a dit que j’étais ici pour l’interview donnée à Massih Alinejad et Radio Farda. J’ai refusé l’accusation. J’ai été interrogée pendant trois jours mais j’ai résisté à toutes les demi-preuves qu’ils avaient rassemblées car je ne les considérais pas comme légales. Etait-ce une assez bonne raison de me terroriser ou de m’interroger parce que j’avais parlé à Nasrine Sotoudeh, à Monsieur Nourizad ou à des familles bahaïes ? Ou, peut-être parce qu’on m’avait prise en photo à une commémoration de Sattar Beheshti ? Ou parce que j’avais parlé à Radio Zamaneh des pressions économiques sur la communauté bahaïe de Semnan ?

Vous souvenez-vous des interrogatoires ?
Je m’en souviens comme si c’était hier. Celui qui m’interrogeait entrait en fureur, déchirait ses notes et m’insultait mais je répondais en décrivant ce qui se passait. Je disais : « Celui qui m’interroge m’insulte maintenant » ou bien « celui qui m’interroge hurle. »
Pendant les interrogatoires, j’étais sous une pression intense et j’ai perdu sept kilos en une seule semaine. On m’a même envoyée à l’unité de vérification des identités pour comparer ma voix avec l’interview donnée à Radio Zamaneh. Le livre de prière qu’ils avaient trouvé chez nous est devenu une preuve de propagande contre le régime mais j’ai répondu à chaque accusation pendant les interrogatoires mais je sentais que je serai acquittée parce qu’il n’y avait aucune preuve de ma culpabilité.

Quelle est votre profession ?
(Rires) Je savais que vous me poseriez cette question. J’étais conseillère d’orientation. En 2005, je travaillais dans une clinique mais j’ai été licenciée parce que j’étais bahaïe. Comme mon travail touchait à la culture, je n’ai pas eu le droit de continuer. En 2006, j’ai eu une patente pour ouvrir un magasin de vêtements pour femmes, amis après que l’on ait découvert, pour la deuxième fois, que j’étais bahaïe, on m’a retiré ma patente et on m’a dit que je n’avais pas le droit de posséder une boutique.

Combien de temps êtes-vous restée à l’isolement avant d’être transférée à la section générale ?
Je n’ai jamais été transférée à la section générale Après une semaine d’interrogatoires, j’ai été transférée à une section de la prison de Semnan qui interne les prisonniers de conscience. J’étais la seule bahaïe emprisonnée alors j’étais dans une cellule individuelle de la section commune. J’y suis restée 45 jours puis j’ai été libérée sous caution. Mais le tribunal révolutionnaire de Semnan m’a condamnée à un an de prison et la cour d’appel a confirmé le verdict.

Comment vous sentez-vous moralement ?
Je me sens bien, je suis juste inquiète pour mes enfants. Ma fille a sept ans et va à l’école. Elle ne comprend pas totalement la signification de la prison et de mes aspirations. En ce moment, elle est inquiète sans arrêt et répète : « Maman, il y a combien de jours dans un an ? Si j’étudie et que je réussis mon examen, tu reviendras ? »

Croyez-vous en la liberté de conscience ? Par exemple, si votre fils voulait se convertir au judaïsme ou au christianisme, que feriez-vous ?
J’y crois vraiment. La liberté de culte est le premier des droits humains, c’est ce qui ressort de tous nos enseignements. Je crois que nous devons essayer de créer un monde humain uni, que l’on soit musulman, bahaï, chrétien ou athée. L’important est de construire un monde correct et bon.

Source : http://en.iranwire.com/features/6184/

samedi 31 mai 2014

L’Iran et la lutte pour l’égalité

D’abord, il y a eu le site Facebook consacré aux femmes non-voilées, puis le baiser de Cannes et pour finit la vidéo « Happy » postée sur YouTube qui a amenée des arrestations. DW s’intéresse à la lutte pour les libertés fondamentales et l’égalité des sexes en Iran.



« La participation des femmes à la société et à l’économie devrait être considérée comme une chance et non comme une menace. Cela ne fait aucun doute. » Voilà un tweet du président iranien Hassan Rouhani posté le jour international des femmes le mois dernier. Lors d’une interview télévisée le même jour, il a répété le fond de ce tweet en défendant « des chances égales, une protection égale et des droits sociaux égaux » pour les femmes.

Mais une journaliste iranienne basée à Londres a lancé une campagne sur Facebook qui démontre, par son nom autant que par son contenu, que la réalité est loin du but affiché par Rouhani. « Liberté furtive » a commencé lorsque Masih Alinejad a posté une photo d’elle non-voilée sur ce média social et invité ses compatriotes femmes à faire de même.

L’idée s’est répandue comme une traînée de poudre et, en quelques jours, des dizaines de milliers de femmes ont franchi les limites de la loi islamique qui les oblige à avoir les cheveux couverts en public ; elles ont posté sur ce site, des photos d’elles libérées du hidjab.

Un enthousiasme aussi partagé encourageant la tolérance et le militantisme de base parle de lui-même, dit Ryan Mauro de Clarion Project, basé aux Etats-Unis.


La campagne Liberté Furtive a attiré des centaines de milliers de « like »

« Si le président Rouhani était un vrai modéré qui défendait les droits des femmes, elles ne seraient pas obligées de faire ça parce qu’elles n’auraient aucune raison de manifester » a-t-il dit à DW. Il dit aussi que l’expression « égalité des sexes » est relative pour le dirigeant iranien.« Comme le régime lui-même est basé sur la charia islamique, Rouhani ne voit pas de contradiction à réprimer les femmes, à les obliger à se couvrir la tête et à piétiner leur liberté d’expression. »

Une campagne de poids ?

Mauro croit que la campagne d’Alinejad rend Téhéran nerveux. Il cite l’arrestation des jeunes Iraniens qui ont dansé sur la vidéo « Happy » maintenant infâme comme preuve que le régime manque de confiance dans sa propre survie et est marginalisé par les mouvements populaires.

« C’est l’essence même d’une révolution démocratique. Un sentiment d’autonomisation, l’idée qu’ils sont du bon côté de l’histoire et qu’ils peuvent gagner. »

Et pourtant, la militante féministe de premier plan et écrivaine Mansoureh Shojaee, qui a travaillé sur beaucoup de campagnes de haut niveau, dont certaines dénonçant le hidjab obligatoire, n’est pas convaincue que « Liberté Furtive » est assez importante pour avoir une influence majeure. « C’est bien, et je respecte chacune de celles qui y participant. Mais elle ne s’occupe pas des féministes qui s’opposent au hidjab obligatoire et veulent cependant continuer à le porter » a-t-elle dit à DW.


Parce qu’ils sont heureux ….

Shojaee s’occupe aussi de cyber-féminisme et se demande si la campagne en est un bon exemple. « Je me demande ce qui se passerait si elle était attaquée. Ses membres supporteraient-elles de continuer ? Tiendraient-elles le coup ? »Elle pense que cette campagne aurait besoin d’être soutenue par des militantes expérimentées pour la sortir de sa dissimulation furtive et en faire une tentative plus sérieuse et durable qui pourrait vraiment contribuer au changement.

Pas de baiser en public

Gissou Nia, directrice exécutive du Centre de Documentation des Droits Humains en Iran, considère les déclarations contenues dans les photos non-voilées de Facebook comme un témoignage de d’une puissance douce. « Et cela change les mentalités » a-t-elle dit à DW. L’attitude actuelle de vouloir contrôler les femmes a été démontrée lors du dernier festival de Cannes ; la célèbre actrice iranienne Leila Hatami a été publiquement réprimandée pour avoir embrassé Gilles Jacob, le président du festival, sur la joue.

Dans une déclaration sur cet incident, le secrétaire d’état à la culture, Hossein Noushabadi, a dit que quiconque assistait à un évènement international devait respecter « la crédibilité et la chasteté des Iraniennes » pour empêcher de « donner une mauvaise image des Iraniennes » au monde entier.

L’actrice s’est expliquée et a écrit des excuses formelles à l’organisation du cinéma de son pays, mais cela n’a pas empêché un groupe d’étudiantes de porter plainte contre elle et d’appeler à sa flagellation et à sa condamnation à un à dix ans de prison. L’actrice Leila Hatami s’est retrouvée au centre d’une tempête pour un baiser sur la joue à Cannes.

L’incident en dit long et Ryan Mauro considère que l’occident devrait se tenir aux côtés du le peuple iranien pour exploiter cette vague de fond appelant au changement qui y existe de plusieurs années et aider à trouver une manière douce d’évoluer vers une vraie égalité des sexes.

Shojaee est d’accord. « Il y a quelques désavantages à l’implication de l’occident, comme la sécurité, mais les avantages sont plus importants. Nous parlons là de fraternité globale » dit-elle.

Source : http://www.dw.de/iran-and-the-struggle-for-equality/a-17660317

mercredi 28 mai 2014

Pourquoi nous écrivons sur Libertés Furtives-Masih Alinejad #mystealthyfreedom

Vous souvenez-vous qu’il y a quelque temps les agences de presse ont demandé d’enregistrer et de leur envoyer des vidéos sur les vendeurs à la sauvette dans le métro, ou sur le 13-bé-dar (célébration traditionnelle en Iran) ou même sur les désastres causés par les grosses chutes de neige dans le nord pour pouvoir diffuser ces vidéos ?

He bien cette page ne vient pas d’un appel mais d’une question émanant des femmes et se demandant « si on retirait notre hidjab pendant que les autorités et leurs forces regardent ailleurs ? »

Après quoi, les réponses ont commencé à arriver, vraiment de partout. Pas une ni deux ; en une seule journée nous avons reçu des centaines d’images et maintenant, nous en sommes certainement à plus de mille ; les gérer et s’en occuper n’est pas simple et prendra un certain temps.

La réponse massive que nous avons reçue signifie que cette cause, cette question simple qui a été à l’origine de tout, prend de plus en plus d’ampleur. Pourquoi ? Parce que cette fois-ci, la question s’adresse à cette partie de la société iranienne qui n’est pas couverte par les médias en Iran pour transmettre leur voix par leurs images. La censure a toujours existé, cette partie de la société est attaquée par Gasht-e-Ershad (force gouvernementale spécialement dédiée au respect du hidjab et des règles islamiques dans la rue, etc…) surtout l’été et peut-être que cela a attiré quelque attention, mais sans que leur propre voix soit entendue.

Le travail des médias ne se limite pas à diffuser de tels évènements qui arrivent occasionnellement (en été, on a tendance à s’habiller plus légèrement et plus librement parce qu’il fait chaud ! et pour les femmes, source de conflits avec les forces mentionnées plus haut). Un journaliste ne doit pas se contenter de saisir son appareil photo et de prendre quelques clichés de filles battues et humiliées par ces forces. Au moins une fois, il faudrait entendre leurs voix avant qu’elles ne deviennent vraiment des victimes et qu’on voit leurs photos.

Sur cette page, une femme nous montre des photos d’elle diffusées auparavant aux médias et sur le web encore et encore, la montrant recevant des avertissements d’une fonctionnaire de Gasht-é-Ershad, détenue, humiliée. « C’est moi, avertie encore et encore à cause de mon foulard (ce qui veut dire que le foulard ne couvrait pas ses cheveux) ; tout le monde a déjà vu ma photo. Maintenant, qu’on entende ma voix » dit-elle.

Personne, aucune agence de presse, n’a jamais parlé de ce qu’a ressenti cette autre fille ; on lui a frappé la tête contre la voiture de police durant son arrestation, elle saigne ; sa vidéo est apparue aux nouvelles pendant des jours et personne n’a entendu sa voix bien qu’elle et beaucoup d’autres femmes se soient battu pendant toutes ces années.

Cette page ne prétend pas être le numéro 1 dans la lutte contre le hidjab. C’est simplement une page que les femmes se sont appropriées et qu’elles ont choisie pour expliquer aux autres comment leurs droits, même un droit de base comme celui de choisir ce qu’elles portent, doivent être mis en pratique furtivement. En fait, ce sont elles qui sont furtives et cela brise le cœur et elles n’ont jamais pu en parler, parce que, pendant plus de 30 ans, tout le monde les a fait taire en disant : « Ce n’est pas le moment d’en parler. »

Cette page est simple et se contente de raconter l’histoire d’une partie de la société iranienne qui a été retirée de la société et censurée.

Si vous voyez que cette page s’allonge c’est parce que le problème du point de vue des femmes (qui ne croient pas au hidjab) était beaucoup plus important qu’il ne semblait l’être. C’était à fleur de peau dans la ville et maintenant, ce sont les femmes elles-mêmes qui crient leurs soucis furtifs à voix haute, pour défier l’absence de liberté et pour que ceux qui disaient toujours « Le hidjab obligatoire n’est pas un problème » soient forcés d’entendre leurs voix fortes et claires.

Source : https://www.facebook.com/page.masihalinejad/posts/10152291717862740

Exemples de ce que vous trouverez sur cette page Facebook :



Je m’imagine un peu féminine 
Sans foulard 
Sans voile
Je m’imagine riant du fond du cœur
Sans avoir à être timide
Sans tous ces regards obscènes
J’imagine sentir le vent dans mes cheveux
Sans être obligée d’avoir peur
Sans avoir à m’inquiéter
Je m’imagine courant dans la rue
Sans entendre un mot 
Sans que l’on parle dans mon dos 
Je m’imagine assise près de mon amoureux 
Sans avoir à supporter les regards de reproche 
Sans avoir à supporter le fanatisme 
Je m’imagine juste vivant de façon un peu féminine 
C’est tout ce que je demande


J’ai 68 ans. J’espère que vous ne vous moquerez pas de moi en me disant que ce n’est plus de mon âge. Je suis aussi un être humain et j’aime être à l’aise. Je veux aller en enfer et cela ne regarde personne. Je ne veux pas être forcée d’aller au ciel.


Route d’Oramanat, Kurdistan d’Iran
La danse est comme une protestation contre les limites du corps. Les femmes kurdes dansent normalement en groupe. Ce sont leurs moments furtifs de liberté aussi, de temps en temps, puis les montagnes et les routes répercutent ces sons joyeux de rébellion pour que tous sachent que nous attendons davantage le futur puisqu’il n’y a pas de liberté possible en Iran sans que les Iraniennes ne luttent pour la liberté et que nous espérons moins de regards de reproche et de jugements d’une société patriarcale.

mercredi 21 mai 2014

Un propagandiste de la dictature iranienne : Les hommes ont le droit de violer les femmes non-voilées – 21 mai 2014

La dictature iranienne réagit à une nouvelle campagne sur les réseaux sociaux appelant les Iraniennes à poster des photos d’elles montrant des actes furtifs de liberté. Des milliers d’Iraniennes ont partagé des photos d’elles sans le foulard obligatoire (hidjab). Cette action populaire a jusqu’ici attiré plus de 300.000 utilisateurs de Facebook et des milliers d’utilisateurs de Twitter sous le mot-clé #MyStealthyFreedom. La page Facebook a été créée par Masih Alinejad, journaliste iranienne vivant en exil à Londres.

Tentant de répandre la peur dans la société iranienne, Tasnim, une agence de presse de l’état iranien exploitée par le Corps des Gardes Révolutionnaires Iraniens (IRGC) a interviewé Hadi Sharafi « militant des médias » (c’est-à-dire propagandiste du régime) a tenté d’envoyer un message aux supporteurs de la campagne : « Arrêtez ou sinon… »

Dans cette interview Sharifi a accusé Alinejad de travailler pour la CIA et a expliqué que ceux qui avaient « liké » la page Facebook de la campagne l’ont fait pour s’informer sur ses développements et non pour soutenir la cause. Sharifi dit que, si les femmes pensent que c’est leur droit de montrer leur beauté ou de paraître en société comme elles le veulent, ou de révéler leur beauté aux hommes, alors elles devraient aussi envisager le droit des hommes à jouir des femmes. Il a tenté d’expliquer qu’il est naturel et instinctif pour un homme d’être attiré par la beauté d’une femme et de rechercher à avoir des relations sexuelles avec elle, que c’est le droit des hommes de jouir de ce qu’ils aiment. Sharifi dit que si un homme force une femme qui « montre sa beauté », cela ne doit pas être considéré comme un viol.

Sharifi dit que puisque les hommes n’ont pas donné aux femmes la permission de montrer leur beauté, les hommes excités par la « nudité » des femmes n’ont pas besoin de demander la permission des femmes pour assouvir leurs besoins sexuels.

Le propriétaire de Tasnim est l’ancien rédacteur en chef de l’Agence Fars News, une agence de presse d’état exploitée et contrôlée par l’IRGC.

Source : http://persian2english.com/?p=24998

dimanche 9 février 2014

En prison depuis 20 ans – Interview de Mohammad Nazari par Masih Alinejad


Il ressemble à un personnage de fiction endormi depuis des siècles si ce n’est plus. « Je n’ai jamais vu un téléphone portable et tout ce que je sais d’internet, je le sais des autres… J’ai entendu le mot ‘internet ‘ pour la première fois de la bouche d’un ingénieur en prison. »

Mohammad Nazari est un prisonnier politique du bloc 14 de la prison de Redjaï Shahr de Karadj près de Téhéran. Il a passé les 20 dernières années en prison.

Il avoue qu’il a adhéré au Parti Démocratique du Kurdistan Iranien (PDKI), organisation illégale créée en 1945 lors de l’occupation soviétique du Kurdistan iranien suite à la seconde guerre mondiale. Le parti avait déclaré la république kurde qui n’a pas duré longtemps après le départ des troupes soviétiques. Les membres du PDKI ont été considérés comme terroristes et illégaux par les gouvernements iraniens successifs, de la monarchie à la république islamique.

Mais Nazari réfute toute implication dans une activité terroriste. Pendant ces 20 ans, il a écrit de nombreuses lettres aux chefs de la justice iranienne pour demander la révision de son procès. Toutes sont restées sans réponse.

Masih Alinejad, journaliste iranienne basée à Londres, a parlé à Mohammad Nazari de sa vie en prison, de ses chefs d’accusation, de sa grève de la faim et de l’époque où il s’est cousu les lèvres.

Quand avez-vous été arrêté et qui dirigeait la justice à l’époque ?
Quand j’ai été arrêté, Mr. Mohammad Yazdi dirigeait la justice. C’était le 30 mai 1944. Je venais d’avoir 23 ans ; maintenant j’ai 42 ans et en mai, j’aurai passé 20 ans en prison.

Quels étaient les chefs d’accusation ? Vous souvenez-vous de l’endroit où vous vous trouviez quand vous avez été arrêté ?
J’étais chez ma sœur à Bokan et j’ai été arrêté pour coopération avec le PDKI. Le juge était Mr. Djalili-Zadeh qui a mis en scène un procès spectacle et m’a condamné à mort sans même m’accorder l’assistance d’un avocat.

Est-ce que votre famille proche vous a rendu visite ?
Ma mère me rendait visite mais elle est décédée en 2011. Je n’ai malheureusement appris sa mort qu’un an plus tard. La dernière fois que je l’ai vue, elle se plaignait de sa tension trop élevée. A cause de son âge et de son état de santé, j’étais très inquiet pour elle ; elle a fini par mourir de complications. Ma sœur et mon frère me rendaient également visite mais quelques mois après ma grève de la faim, les fonctionnaires de la prison leur ont interdit de me rendre visite.

J’ai entendu dire que vous avez fait une grève de la faim et que vous vous étiez cousu les lèvres pour que les autorités vous écoutent. Pouvez-vous me dire pourquoi ? Que demandiez-vous ?
Durant mon incarcération, les seules personnes qui s’occupaient de mon dossier étaient ma mère et ma sœur. Quand elles faisaient appel aux autorités judiciaires, on leur disait qu’il fallait attendre une amnistie. Mais la dernière fois, on a dit à ma famille qu’on allait m’exécuter et qu’il ne leur fallait attendre ni clémence ni libération. Pour un être humain, le désespoir est le pire ; en faisant passer ce message, les autorités ont retiré à ma mère tout espoir. Ce sont eux qui ont causé sa mort. Je ne les pardonnerai jamais.
La deuxième raison était la mort de deux de mes camarades de cellule au bout de 20 et de 22 ans de prison. Cela prouvait que les autorités n’avaient aucune intention de me libérer. Alors j’ai commencé une grève de la faim le 28 août 2012 et je l’ai arrêtée le 16 octobre de la même année. J’ai aussi fait cette grève de la faim pour soutenir les condamnés à mort. Certains de mes camarades de cellule m’ont rejoint.
Après avoir pris ma décision, j’ai pris des cachets pour m’insensibiliser les lèvres pour ne pas avoir trop mal sur la suggestion d’un de mes amis. Puis je me suis cousu les lèvres. Mais le fil était en nylon très solide et ne se cassait pas facilement et quand j’éternuais ou que je baillais, les coins de mes lèvres s’ouvraient et je devais les recoudre.

Combien de jours avez-vous gardé les lèvres cousues ? Comment ont réagi les autorités ?
49 jours. Ils n’arrêtaient pas de me faire de fausses promesses.

Comment les autres prisonniers ont-ils réagi ? Qu’ont-ils dit en vous voyant ?
Ils m’ont toujours soutenu, pendant ma grève de la faim et tout le reste. Je leur reste pour toujours redevable. Ils m’ont donné du courage.

Comment passez-vous vos journées pendant ces 20 ans ?
Tous les jours se ressemblent, il y a peu de différences, on lit ou on regarde la télévision.

Existe-t-il quelque chose en prison qui puisse vous réjouir ?
Pour quelqu’un qui a passé tant d’années en prison, rien ne vaut la libération des autres prisonniers. La libération de mes codétenus me réjouit. Quand j’ai appris la mort de celui qui m’avait interrogé, Mohammad Minaï, j’ai été très heureux.

Qu’avez-vous connu de pire en prison ?
Le pire, c’est lorsque j’ai appris que plusieurs de mes camarades de cellule avaient été exécutés et le jour où j’ai appris la mort de ma mère. Lors de mes longues années en prison, j’ai appris l’exécution de peut-être plus de 50 personnes. Je garderai pour toujours leur souvenir en moi.

Comment se sent un condamné à mort ?
L’exécution est le plus grand honneur pour un prisonnier politique, mais dans le même temps, personne ne peut prétendre ne pas avoir peur de la mort. Pendant cinq ans, j’ai été condamné à mort, jusqu’en 1997. Chaque semaine j’ai été témoin de l’exécution de mes amis. Chaque semaine je pensais que c’était mon tour. C’était une vraie torture.

Comment ressentez-vous le système d’annonce public de la prison ? Vous attendez-vous à entendre votre nom et l’annonce de votre libération ?
Vu qu’au cours des ans j’ai entendu tant de mensonges des autorités concernant mon amnistie et ma libération, même si j’entendais l’annonce de ma libération aux haut-parleurs, je pourrais tout aussi bien ne pas y croire. C’est pourquoi, comme disent les prisonniers, je ne me rend pas prisonnier du haut-parleur.

Qui ou qu’est-ce qui vous manque le plus de l’extérieur de la prison ?
Quand j’étais à l’extérieur, je n’avais rien à perdre, alors, maintenant, rien ne me manque. Ma mère me rendait heureux dans le passé mais maintenant qu’elle est décédée, personne ne me manque. Ma famille m’a rejeté à cause de ce dont j’étais accusé.

Combien de printemps avez-vous passé en prison ? Quelle est la pire saison en prison ?
Le printemps 2014 sera le vingtième. Mais, pour un condamné à une longue peine, aucune saison n’est bonne. Je n’étais pas libre durant ces printemps pour voir les plantes pousser, les feuilles sortir et les fleurs s’épanouir. Puisque je ne vous pas la beauté de la nature, toutes les saisons sont mauvaises.

Comment conserver l’espoir en prison ? Pensez-vous que les gens à l’extérieur puissent aider ?
Ce qui vient à bout de mon horreur de l’affreuse situation de la vie en prison et me garde l’espoir, c’est ma haine et mon aversion des dirigeants du gouvernement. Je n’ai jamais cru à ma libération, mais que, condamné à perpétuité, je mourrais derrière les barreaux. Mais cette pensée même me fait mal. J’ai toujours été reconnaissant à ma mère pour sa gentillesse et je le resterai. Quand elle me rendait visite, elle me disait que beaucoup de ses voisins me souhaitaient succès et liberté, même s’il ne m’avaient jamais vu. Entendre ces mots me rendait heureux.

Quel est votre plus grand espoir ?
J’ai toujours voulu trouver une voie pour servir mon peuple, c’était ma seule raison d’adhérer au PDKI. Maintenant, mon seul désir est que le gouvernement iranien respecte tous les peuples, les chrétiens, les juifs, les zoroastriens ou les bahaïs, un gouvernement qui reconnaisse leurs droits et qui rendrait l’Iran et les Iraniens fiers.

Avez-vous voté en prison ?
Je suis né dans une famille révolutionnaire, une famille de martyrs, alors, avant d’être incarcéré, j’ai voté à toutes les élections, c’était comme un devoir religieux. Mais après mon incarcération, je n’ai pas voté, même si, j’aurais pu le faire ici.

Que voulez-vous dire à ceux qui liront vos mots sur internet ou entendront votre voix ?
Malheureusement, avec tous les sites et les médias du monde, certains journalistes et certains sites ne font de la propagande que d’un seul parti ou d’un seul groupe. Je leur demande d’élargir leurs vues et d’écouter la voix de quelqu’un comme moi qui est resté en prison pendant 20 ans, personne ne l’a jamais entendu.

Source : http://iranwire.com/en/projects/4804

dimanche 3 novembre 2013

Interview d’Arash Sadeghi par Masih Alinejad


Masih Alinejad : Monsieur Sadeghi, suite à la déclaration de Monsieur Edjeï, beaucoup s’interrogeaient sur votre sort. Je suis heureuse de vous voir libre. Pouvez-vous nous dire où vous étiez détenu ? Dans quelle section ?
Arash Sadeghi : J’ai été détenu à la prison d’Evine dans les sections 209 et 240 et, pendant un certain temps au sous-sol de la section 209

M.A. : Pourquoi ont-ils nié votre détention ? Pourquoi personne ne vous a vu ?
A.S. : Je ne sais pas pourquoi personne ne m’a vu. Dans la cellule 92, j’étais avec deux autres prisonniers, tout le reste du temps, j’étais à l’isolement.

M.A. : Dans la cellule 92, qui était avec vous ?
A.S. : Un homme appelé Mehran et un autre dont je ne me souviens plus le nom. Ils paraissaient être des membres de forces de sécurité détenus depuis longtemps.

M.A. : Votre famille ignorait également votre sort. Ils ne vous ont pas rendu visite ? De quand date la dernière visite de votre famille ?
A.S. : La dernière date de novembre 2012, lorsqu’on a permis à mon père de me rendre visite.

M.A. : Quel était le problème de votre dossier durant cette période ? Pourquoi vous a-t-on gardé à l’isolement si longtemps ? En quoi les accusations qui pesaient contre vous étaient-elles différentes de celles à l’encontre des autres militants du Mouvement Vert ?
A.S. : L’une des accusations mentionnées était notre intention d’organiser un rassemblement devant l’université Tabatabaï en février 2012. Une deuxième était une visite que j’ai rendue à Monsieur Maleki chez lui. A cette occasion, nous avons discuté du boycott actif des élections législatives de 2012. Une troisième concernait ma mère. On avait demandé à ma famille de retirer la plainte. Certains de mes amis étaient au courant. Le rapport du juge d’instruction confirmait que ma mère n’avait pas de problème cardiaque et que c’était le choc qui avait causé l’arrêt cardiaque qui l’avait conduite à la mort. J’étais accusé de « collusion et conspiration contre le régime » et de « propagande contre le régime ». Quand j’ai été libéré sous caution, je n’arrivais pas à y croire, cela m’a causé un choc. Au début, la caution était fixée à $100.000, mais quand ma famille a voulu la déposer, on lui a dit qu’elle était de $170.000. On a encore essayé de différentes façons d’empêcher ma famille de déposer la caution pour que je ne sois pas libéré, mais ma famille a fini par y arriver.

M.A. : Alors ils ont demandé à votre famille de venir vous chercher devant la prison d’Evine ?
A.S. : Désolé, je ne vous entends plus.

M.A. : Je voudrais savoir quand vous avez été libéré.
A.S. : J’ai été libéré le samedi 12 octobre à 21h00.

M.A. : Et votre famille était au courant et elle s’est rendue devant la prison d’Evine ?
A.S. : Oui, elle était au courant, mais elle n’avait pas les moyens financiers de faire le voyage alors elle a demandé à un ami de faire le nécessaire pour qu’on vienne me chercher.

Source : http://hriran.com/en/component/content/article/98-important-news/3782-arash-sadeghi-talks-with-reformist-journalist-after-prison-release.html