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vendredi 26 novembre 2010

Lettre ouverte du défenseur des droits humains, l’avocat Mohammad Mostafaï au guide suprême iranien Ali Khamenei

A son excellence l’ayatollah Khamenei, dirigeant de la république islamique d’Iran, salutations.

C’est la première fois que je vous écris, ce sera aussi la dernière. Je m’adresse à vous car je pense que vous n’avez pas les qualités nécessaires pour diriger un pays et un système démocratiques. Vous savez très bien que vous avez pris le gouvernail du pouvoir par la tromperie, le mensonge, l’hypocrisie et la duplicité et obtenu le titre d’ayatollah par recommandation et opportunisme et êtes devenu le dirigeant de l’Iran sans le mériter après la mort de l’imam Khomeiny. En tout cas, le destin vous a amené à diriger un pays qui compte une diaspora de huit millions d’âmes qui ne peuvent revenir dans leur patrie à cause de votre incompétence et de la mise en place d’un système dictatorial et non démocratique. J’espère que vous lirez cette lettre écrite par un enfant de ce pays, ou à tout le moins que l’on vous la fera passer après que vos « agents anonymes » l’aient lue.

Mr. Khamenei,

J’avais sept ans que j’ai mis les pieds dans une société dont le début était marqué du sceau de la loi de Khomeiny, de gens comme vous et votre puissante bande. J’ai commencé à travailler à sept ans à cause de la pauvreté. Mes parents également travaillaient dur. Je devais frapper à toutes les portes pour pouvoir m’acheter des vêtements chauds pour l’hiver. Je n’oublierai jamais l’époque où je frappais à toutes les portes de Téhéran pour gagner une misère et demander de l’aide à toutes les personnes correctes ou pas. Je n’oublierai jamais les gifles que j’ai reçues et ai du subir pour un morceau de pain. Je n’oublierai jamais l’époque où je devais travailler et souffrir avec mes parents jusqu’à 2 heures du matin. Je n’oublierai jamais les ampoules sur mes mains gonflées dues à un travail dangereux et nocif. Je remplissais un four à céramique. Je n’oublierai jamais comment je devais ravaler mes paroles et souffrir en silence quand j’étais battu et giflé par mon instituteur pour n’avoir pas fait mes devoirs alors que je n’avais pas le temps d’étudier.
Je n’oublierai jamais que dans mon enfance, j’enviais ceux qui avaient un vélo. Je n’oublierai jamais la tristesse de ne pas pouvoir jouer avec des enfants de mon âge et les heures que j’ai passées à pleurer. Je n’oublierai jamais toute la douleur et les souffrances que ma mère a endurées pendant tant d’années.
Ce sont ces souffrances et ces tragédies que ma mère et moi avons vécues qui m’ont fait prendre la décision de changer le cours de ma vie. J’ai décidé d’étudier le droit après le service militaire. Tandis que vous vous remplissiez les poches des revenus du pétrole et d’autres industries, des gens comme moi étaient privés de leurs droits sociaux. Comme je devais travailler pendant mon enfance, j’ai été l’un des plus mauvais élève de l’école primaire au baccalauréat. Après avoir travaillé dur, jour et nuit, j’ai fini par passer le concours d’entrée à la faculté de droit et de sciences humaines de l’université de Téhéran. A la fin, après des années d’études, j’ai pu devenir avocat, un avocat qui s’est juré d’être le défenseur du faible et de l’opprimé.

Mr. Khamenei,

Je vous ai résumé ma vie pour que vous ne pensiez pas qu’il me fut facile d’arriver à faire ce travail que j’aime tant. Durant 30 ans, j’ai souffert sous votre règle et celui d’autres incompétents de votre espèce. J’ai travaillé dur pour me bâtir un statut social correct. Je suis fier d’être le défenseur de ceux dont on a violé les droits et j’ai travaillé sans relâche pour qu’ils les recouvrent. La plupart de ceux qui sont venus me voir avaient vu leurs droits violés par des juges en accord avec un système judiciaire violent et sauvage, des juges qui ne savent qu’être violents et imposer des sanctions inhumaines comme la lapidation, l’exécution capitale, les longues peines de prison, etc…

Mr. Khamenei,

Enfant, j’ai été témoin de mes propres souffrances, douleurs et misère ; avocat, j’ai porté témoignage de la souffrance et des sanglots de ceux qui pénétraient dans mon bureau. Chaque jour, une mère en pleurs venait me demander de l’aide ou un père me suppliait de sauver la vie de son enfant. Comme j’avais ressenti la douleur et la souffrance, je ressentais aussi leur douleur émanant de l’injustice et de l’oppression que vous et vos agents avaient exercées sur eux.

Mr. Khamenei,

J’ai fait des compromis dans ma vie personnelle et familiale alors que je travaillais comme avocat. Je ne voyais pas ma fille pour sauver la vie de ceux qui étaient emprisonnés par vos coquins de copains. Mon épouse, par respect pour mes idéaux, a tout toléré. Grâce à Dieu, j’ai pu sauver de vie de 50 personnes et faire libérer de nombreux innocents emprisonnés.

Mr. Khamenei,

Durant ces sept dernières années, à chaque fois que j’apprenais que les droits d’une personne étaient violés, je la représentais. Je voyageais dans tout le pays, d’une prison à l’autre pour demander justice pour une victime. Je criais que les enfants de moins de 18 ans ne devaient pas être exécutés, je criais que la lapidation était un acte barbare, que les amputations des mains et des jambes, la flagellation, les arrestations arbitraires et la détention illégale étaient néfastes à la soi-disant république islamique. Je frappais à toutes les portes pour sauver la vie des enfants. J’utilisais mon propre argent et celui des contributions d’Iraniens et d’étrangers généreux et de bonne volonté pour payer le prix du sang « dyeh » afin de sauver la vie de ceux qui ne méritaient pas d’être exécutés, pour faire libérer des gens emprisonnés arbitrairement pendant des années.
Je n’oublierai jamais Fatemeh, femme Afghane qui était en prison depuis deux ans. Si je n’avais pas pris son cas en mains, elle serait restée en prison et aurait peut-être été exécutée. Je n’oublierai jamais comment j’ai fait libéré d’un prisonnier transexuel qui était à l’isolement depuis des semaines et était violé quotidiennement par les gardes. Je n’oublierai jamais la femme dont le visage avait été aspergé d’acide par son mari cruel. Il n’y avait personne pour l’aider mais j’ai pu lui procurer des soins médicaux et un certain bien être. Je n’oublierai pas Hedieh, 14 ans, emprisonnée à Evine accusée de « relations illicites ». Elle a fini par être exilée à la prison de Radjaï-Shahr et détenue parmi des criminelles endurcies et a fini assassinée par une codétenue. Je n’oublierai pas Rahim ce jeune habitant de Tabriz ; son épouse avait plu aux agents de votre gouvernement ; il l’avait donc injustement condamné à l’exécution et son épouse à la lapidation. Je n’oublierai jamais mes plaidoiries pour Behnoud Shodjaï, emprisonné depuis l’âge de 17 ans et que vos bourreaux ont exécuté devant mes yeux. Je n’oublierai jamais les souvenirs tristes de mes clients torturés par la police et les fonctionnaires du renseignement.

Mr. Khamenei,

J’ai accepté les dossiers de centaines de personnes qui demandaient de l’aide après que leurs droits aient été violés par vos institutions sécuritaires et judiciaires avec votre permission et celle de vos copains comme Djanati, les frères Laridjani et Ahmadinedjad.

En raison de mon opposition à la lapidation, j’ai accepté tous les dossiers de lapidation qui m’étaient présentés. Je trouvais important qu’une personne sans défense condamnée à la lapidation par les bouchers de la justice assoiffés de son sang soit défendue. Mais où êtes-vous Mr. Khamenei pour voir les crimes et les atrocités commis dans l’institution judiciaire et les prisons de la république islamique, en particulier dans le bloc de sécurité « Guantanamo » 209 d’Evine ? Nous savons tous les deux très bien que vous êtes le principal coupable de tous ces crimes. C’est vous qui avez fermé les yeux en donnant n’importe quel ordre pour protéger votre pouvoir.

Mr. Khamenei,

Je n’ai pas cédé aux menaces des systèmes judiciaire et sécuritaire, et peu m’importait les interrogatoires répétés. Je savais que j’aurais des problèmes. L’année dernière, j’ai accepté le dossier de Sakineh Mohammadi, emprisonnée à Tabriz pour adultère, alors qu’elle était innocente. La nouvelle de son emprisonnement m’a été donnée par une autre cliente elle aussi emprisonnée à Tabriz. On préparait déjà son exécution et tous mes efforts n’aboutissaient à rien, toutes les portes se fermaient. Je n’avais d’autre choix que d’informer les journalistes en Iran comme à l’extérieur pour que les autorités de la république islamique qui refusaient d’écouter mes plaidoiries pour ma cliente innocente finissent par entendre sa voix.

Une fois la nouvelle répandue, beaucoup de politiciens ont exprimé leur soutien, cependant, je n’ai jamais voulu instrumentaliser un dossier. Ce dossier s’est transformé en sujet international sensible.

J’ai été convoqué et interrogé quatre heures au tribunal. Ce jour-là, je ne pensais pas être libéré, mais, grâce à Dieu, le magistrat de la deuxième chambre du tribunal d’Evine m’a laissé partir. Plusieurs heures plus tard, je me suis rendu au bureau et j’ai vu que les agents de la sécurité avaient envahi mon bureau mais étaient partis quand ils ont compris que je n’y étais pas. Néanmoins, de nombreux agents m’attendaient à l’extérieur en embuscade. Apparemment, ils étaient aveugles et ne m’ont pas vu renter dans mon bureau. Quelques heures plus tard, j’ai découvert qu’ils avaient pris mon épouse en otage ; ils ont déclaré que jusqu’à ce que je me présente, elle ne serait pas libérée. C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas céder aux requêtes illégales des autorités juridiques sécuritaires. Quelques jours plus tard, je n’avais d’autre choix que de quitter l’Iran et c’est ainsi que mon épouse a été libérée de vos agents de sécurité. J’ai quitté l’Iran par la frontière avec la Turquie et me suis présenté à la police turque. La nouvelle de ma détention a été publiée dans un journal turc. Une équipe de fonctionnaires du renseignement et des affaires étrangères s’est rendue en Turquie pour négocier mon extradition vers l’Iran. Néanmoins, le soutien des gouvernements américain et européens m’a empêché de tomber dans les mains de vos agents.

Mr. Khamenei,

Vos « soldats croisés » étaient furieux et piqués au vif de n’avoir pas pu me mettre la main dessus et m’arrêter même après avoir pris mon épouse en otage. Ils n’ont pas pu m’arrêter et me faire avouer sous la torture comme ils l’ont fait avec Sadjad Ghaderzadeh, le fils de Sakineh et Houtan Kian, l’autre avocat de Sakineh et utiliser ces aveux aux fins de propagande. Je n’ai pas été attrapé par vos soldats et j’en profite pour faire entendre les voix des femmes et des enfants opprimés en prison et je fais savoir au monde les crimes que vous avez commis contre l’humanité.

Mr. Khamenei,

Même si j’étais tombé entre les mains de vos agents, je n’aurais pas eu peur. Mon sang n’est pas plus rouge que celui des milliers de prisonniers arbitrairement et sommairement exécutés dans les années 80 et 90. Mon sang n’est pas plus rouge que celui de nombreux adolescents, jeunes, hommes et femmes attaqués et tués par vos sbires dans les rues de Téhéran. Je ne suis pas différent des prisonniers politiques privés de leur droit à recevoir la visite de leur famille et de leurs enfants. Mon sang n’est pas plus rouge que celui de Sohrab, de Neda ou des tués du centre de détention de Kahrizak.

Mr. Khamenei,

Puisque vos sbires n’ont pas réussi à m’arrêter, ils tentent de détruire ma personnalité. Un jour ils me traitent d’usurpateur, le lendemain d’avocat en fuite. Le lundi, à 20h30 à la télévision ils me traitent de « mercenaire de l’occident » et m’accusent de liens avec le Parti Communiste des Travailleurs. En même temps, ils continuent de me demander par différents canaux, y compris l’ambassade d’Iran en Norvège, de rentrer en Iran pour mener à bien leurs mauvais plans.

Mr. Khamenei,

J’ai répété à de multiples reprises que je n’étais lié à aucun groupe, je suis un avocat indépendant. Et même si je travaillais avec un groupe, ce ne serait pas un crime. Tous ceux qui vivent hors d’Iran, qu’ils soient communistes, membres de l’OMPI, sympathisants du Toudeh, etc… sont les victimes des crimes que vous et les vôtres avez commis. Ils essaient de récupérer leurs droits. Heureusement, la plupart d’entre eux sont des défenseurs des droits humains tandis que vous les violez.
Mr. Khamenei,

Je suis convaincu que vous n’arriverez à rien par la torture, la force, l’emprisonnement et la contrainte, par la répression de ceux qui s’opposent à votre politique erronée pas plus qu’en diffusant à la télévision des programmes faux et trompeurs ; je vous conseillerais plutôt de cesser de commettre des crimes au nom de l’islam. Arrêtez l’esclavage des femmes, arrêtez de les discriminer, arrêtez les exécutions, les lapidations et les prises d’otages au nom de l’islam. Au lieu d’extorquer des aveux sous la torture, abolissez plutôt les châtiments inhumains. Et je vous le redis, vous et vos agents, anonymes ou pas, ne méritez de toute façon pas de diriger ni de gouverner.

Source : http://persian2english.com/?p=16609

mercredi 3 mars 2010

Lettre de Zia Nabavi au Chef du pouvoir judiciaire

Lettre de Zia Nabavi au responsable de la justice Sadeq Laridjani

Son Excellence l’Ayatollah Laridjani, responsable de la Justice

Je m’appelle Ziaoldin Nabavi. Je suis né en 1983 à Qaemshahr [province du Mazandaran]. J’ai été arrêté juste après les élections, dans la nuit du 14 juin au domicile d’un ami. Après avoir passé 100 jours au bloc 209 de la prison d’Evine tenu par le ministère du renseignement, j’ai été transféré à la détention générale. Actuellement, je suis au bloc 350.

J’ai un diplôme d’ingénierie chimique de l’université de technologie de Babol et on m’a empêché de terminer ma maîtrise de sociologie (je suis ce qu’on appelle un étudiant « étoilé ») [système développé par le ministère iranien de l’éducation supérieure qui pénalise les étudiants ayant des problèmes de discipline avec des étoiles. Après un certain nombre d’étoiles, on interdit aux étudiants de poursuivre leurs études. Ce système est essentiellement utilisé contre les militants étudiants]

Résumé des accusations et verdict y afférant

1. Conspiration pour agir contre la sécurité nationale (trois ans de prison)

2. Propagande contre le régime (un an de prison)

3. Troubles à l’ordre public (un an de prison)

4. Troubles à la tranquillité d’esprit du public (74 coups de fouet)

5. Liens et coopération avec l’organisation des Moudjahiddines Khalq (MKO) (10 ans de prison à Izeh, Khouzestan)

Voici les trois principales raisons de cette lettre:

Premièrement,  faire appel de ce verdict incroyablement sévère et protester contre des accusations tellement hors de propos.

Deuxièmement, défendre la réputation des étudiants « étoilés » leur rendre leur réputation et l’honneur à leur nom, eux qui n’ont fait que défendre leurs droits. Ils n’ont jamais fait partie de groupe politique pour ou contre le gouvernement.

Troisièmement, faire part de mon inquiétude à propos de ma situation (depuis l’arrestation, en passant par les interrogatoires et le procès). Il est de ma responsabilité de lancer un débat qui puisse conduire à un changement dans les procédures. Il est fort probable que les méthodes employées soient devenues la norme et qu’elles aient été mises en œuvre à l’encontre d’autres détenus. La justice affecte directement le sort du peuple. Toute faute est impardonnable.

Puisque la raison principale d mon arrestation la chasse aux étudiants étoilés par les autorités, j’aimerais donner une explication.

La tendance à « étoiler » les étudiants pour les priver de leurs études, a commencé en 2006, autant que ma génération puisse s’en souvenir. La même année, plusieurs étudiants (militants ou membres des syndicats étudiants islamiques de l’université qui voulaient poursuivre leurs études) en ont été empêché alors qu’ils répondaient à tous les critères d’admission de l’université.

Les militants étudiants ont fait part de leurs doléances au bureau d’évaluation (responsable de superviser tous les concours de l’enseignement supérieur). Là, ils ont découvert que, bien qu’ils auraient du être admis, ils avaient été catalogués comme « incapables » de poursuivre leurs études. Je suis devenu un étudiant étoilé en 2008.

Depuis 2006, les étudiants privés de leurs droits à poursuivre leurs études ont tout tenté pour retrouver leurs droits. Ils ont discuté avec les fonctionnaires du ministère de l’enseignement supérieur, les membres de la délégation chargée des infractions dans ce ministère, les commissions parlementaires responsables de l’éducation, des organisations culturelles, la sécurité nationale, les membres du conseil culturel suprême, le conseil de discernement et de hautes personnalités comme Messieurs Hashémi, Khatami et Karroubi.

Les étudiants bannis ont même porté leur demande de justice jusqu’au tribunal administratif de médiation (Le tribunal qui décide sur les dossiers opposant les citoyens et les organes gouvernementaux). Les déclarations des étudiants n’ont pas seulement été considérées comme sans intérêt par les fonctionnaires, mais l’existence des étudiants étoilés a été complètement niée.

Après trois ans d’essais infructueux pour retrouver leurs droits, les étudiants ont été obligés de monter une organisation appelée « Le conseil de défense du droit à l’éducation ». Ils ont collectivement défendu leur dossier à l’époque des élections présidentielles. Ils espéraient que l’atmosphère de la campagne électorale rendrait leurs voix plus facilement audibles en raison d’un public plus nombreux. Les étudiants ont décidé d’écrire aux autorités, de contacter les candidats aux élections présidentielles et de rassembler des informations sur les étudiants « étoilés ».

Au lendemain des élections et des évènements qui les ont suivies, les étudiants n’ont pas atteint leur but. Au contraire, huit des membres les plus actifs ont été arrêtés, emprisonnés et jugés pour des accusations fausses ou inadéquates comme Moharebeh [guerre contre Dieu, une accusation protée contre les membres de groupes armés d’opposition] relations avec des groupes armés d’opposition et conspiration pour renverser le gouvernement.

Comme vous le savez, l’éducation et l’acquisition de savoir ont toujours été tenues en haute estime par nos traditions religieuses. D’un côté, le droit à l’éducation est souligné dans divers articles de la constitution comme dans la déclaration universelle des droits humains de l’organisation des nations unies. Ce droit est considéré comme fondamental et indéniable. La privation de ce droit à l’éducation ne peut donc pas être légalement et raisonnablement considérée comme une sanction.

D’un autre côté, si nous acceptons la privation du droit à l’éducation comme une sanction légitime, il faudrait que les autorités expliquent le processus légal par lequel les étudiants ont été jugés coupables et interdits de poursuivre leurs études. De plus, il est clair que les mesures de privation ont été prises en réponse aux activités des étudiants pendant leurs études supérieures. Par exemple, dans le rapport du ministère du renseignement à mon encontre, il est dit : « L’individu qui avait un rôle opérationnel dans les manifestations étudiants et la grève de l’université de Babol, qui, par ailleurs, n’était pas une manifestation politique et ne concernait que la mauvaise qualité avec laquelle on s’occupait des étudiants, est suspendu d’études pour l’année 2006 ».

Même si nous n’acceptons pas l’argument selon lequel un procès est nécessaire avant qu’un étudiant ne perde ses droits à l’éducation, la question reste ; pourquoi des étudiant qui ont déjà été punis par le conseil de discipline de l’université (j’ai eu deux semestres de suspension) et encore puni en plus par la révocation de ses droits à l’éducation.

Le plus triste et le plus douloureux, c’est la négation de l’existence des étudiants « étoilés » par le ministère de l’éducation supérieure, le bureau des évaluations et même le président dans les médias. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Cette tragédie se conclut par l’arrestation et le procès d’étudiants accusés de Moharebeh. Une erreur de la part des autorités réparée par une erreur plus grande encore ; un problème qui aurait pu être évité par un peu plus de mansuétude de la part des autorités s’est transformé en catastrophe manifestée par un verdict cruel de 15 ans d’emprisonnement. C’est la première fois qu’un militant étudiant est aussi lourdement condamné que je le suis.

Le texte des attendus et du verdict prononcés par le juge laisse apparaître des points dignes d’intérêt. Il semble que ces points aient servi de base pour établir le verdict. Nous n’avons jamais reçu le texte écrit, je dois donc me fier à ma mémoire pour énumérer autant de points que ma mémoire me le permet :

  • L’accusé n’a pas avoué ce dont il était accusé
  • Des membres de la famille de l’accusé ont été membres du MKO et résident actuellement au camp d’Ashraf (base MKO en Irak)
  • L’accusé a fondé une association avec d’autres étudiants interdits d’études et s’est engagé dans des activités politiques et des réunions.
  • L’accusé a été interviewé par des médias étrangers à propos de sa privation d’éducation.
  • L’accusé a préparé des rapports sur la condition de quelques uns des étudiants privés d’éducation et les a envoyés au site d’information d’Amir Kabir (appartenant aux étudiants de l’université polytechnique de Téhéran)
  • L’année dernière, l’agence de presse Iran News Agency a contacté l’accusé qui a considéré l’appel comme suspect et n’a pas répondu.
  • En 2009, un individu du nom d’Ashkan de retour du camp d’Ashraf, a contacté l’accusé et lui a demandé de le mettre en relation avec le MKO. L’accusé a refusé d’accéder à sa requête.
  • En juin 2009, quelqu’un se présentant comme journaliste indépendant a contacté l’accusé mais l’accusé a considéré ce contact comme suspect et n’a pas répondu.
  • L’accusé était présent le 25 juin de 16h30 à 17h30 entre la place Enqelab et le ministère du travail.

Voici mes explications sur ces points:

Je n’ai jamais rien dit d’autre que la vérité durant les interrogatoires malgré la lourde pression psychologique et parfois physiques (station debout prolongée, coups de pieds, coups derrière la tête, insultes, humiliations, etc…), je n’ai pas avoué des crimes que je n’avais pas commis. Mes activités ont toujours eu lieu et au vu et au su de tout le monde.

Chaque personne est indiscutablement responsable de ses propres actions. Donc, condamner quelqu’un pour les actions ou sur des rapports de membres de sa famille est illégal et injuste. Si une telle condamnation était justifiée, personne ne serait innocent sur terre.

Je n’ai jamais nié mon appartenance au conseil de défense des droits à l’éducation et, comme je l’ai dit durant les interrogatoires, j’étais l’une des personnes ayant le plus de responsabilité du groupe. L’important c’est que les actions de ce groupe ne concernaient que le retour dans leur droit aux études des étudiants étoilés. Il n’y a eu aucune activité illégale, en particulier, aucune qui ne puisse être considérée comme hostile envers les institutions.

Comme les autorités niaient l’existence des étudiants étoilés et que les médias d’état, en raison des contraintes qui leur étaient imposées, ne parlaient pas de la situation des étudiants bannis, alors que s’ils l’avaient fait, cela aurait pu aider à démontrer que l’injustice que subissait les étudiants était bien réelle, les étudiants n’avaient pas d’autre choix que de parler aux médias étrangers. Le contenu de ces interviews ne peut pas être considéré comme des exemples de mensonges, de propagande contre le régime ou de trouble à la tranquillité d’esprit du public.

En raison de la sensibilité de ma famille, j’ai toujours fait attention à ne pas établir de contact avec le MKO, ne serait-ce qu’inconsciemment. Comme noté dans le rapport du ministère du renseignement, je n’ai jamais répondu aux contacts suspects, même quand ils venaient d’agence de presse. Il est incroyable que mon refus d’établir le contact soit utilisé contre moi pour justifier 10 ans de prison sous l’accusation de collaboration avec le MKO.

J’étais présent au rassemblement du 25 juin entre 16h30 et 17h30, entre la place Enqelab et le ministère du travail. J’ai décidé d’y participer seul, sans coordination avec quelque groupe que ce soit. Il n’y a pas eu de violence et une accusation de conspiration à agir contre la sécurité nationale et de trouble à l’ordre public ne tient donc pas.

Depuis mon arrestation, il y a sept mois, je n’ai vu ni mandat d’arrêt ni extension de ce mandat, s’il y en a jamais eu. Le seul document écrit que j’ai vu m’a été présenté au 70ème jour de ma détention ; il était intitulé Demande de Réduction [de caution]. Le champ pour le montant était en blanc. Je l’ai rapidement signé sur la demande insistante de la garde du bloc 209. Ce document est dans mon dossier et, dans le champ en blanc, la somme de 500.000 USD est maintenant inscrite.

Pendant les interrogatoires, on me pressait de reconnaître que le conseil de défense des droits à l’éducation était une organisation émanant du MKO et que j’étais leur agent. J’ai néanmoins clairement déclaré pendant l’interrogatoire et au cours du procès que je n’avais ni intérêt ni croyance en commun avec le MKO et que je repoussais toute idéologie politique basée sur la violence et l’obéissance aveugle. J’ai déclaré à de multiples reprises que s’il y avait la moindre preuve de mes liens avec ce groupe (appels téléphoniques, emails, etc…) ou que même si l’un de mes amis ou co-accusés déclarait que j’étais un sympathisant du MKO, je ne verrais aucune objection à être condamné à mort.

De plus, quiconque me connaît sait que j’ai une personnalité critique et que je ne peux pas suivre aveuglément un groupe ou une organisation. Ce trait de personnalité apparaît dans mes écrits ainsi que dans ma conduite et mes activités pendant mes études. Ce point ne peut pas être ignoré du ministère du renseignement et c’est pourquoi je m’interroge sur la base de cette accusation

Dans tous les cas, au nom de la justice, de la dignité des étudiants bannis et de la soif de justice d’une personne opprimée, je vous implore de réexaminer mon dossier pour y voir les injustices dont j’ai souffert. J’accueille favorablement, par avance, toute tentative d’éclaircissement de mon dossier, même en publiant dans les médias les minutes des interrogatoires et le contenu de mon dossier. On pourrait ainsi prouver mon affirmation du manque de toute preuve en relation avec les accusations.

Le jugement est une forme compliquée d’acquisition du savoir, la conduite du système judiciaire émane des présupposés basés sur la théorie et le savoir commun dans la société ; en tant qu’individu qui s’intéresse aux discussions théoriques, je pense nécessaire d’attirer l’attention sur un point.

L’un de nos principaux problèmes est la compréhension du phénomène social qu’est le réductionnisme : l’analyse de problèmes complexes en les simplifiant et en se concentrant sur un seul facteur par problème. Le motif derrière l’approche réductionniste, en plus de découvrir la vérité, est de se libérer du stress causé par la rencontre avec un nouveau phénomène, malhonnêtement. Malheureusement, j’ai été témoin de ce mode de pensée pendant mes interrogatoires.

Les experts [expert est le terme utilisé pour désigner une personne en charge d’un dossier et/ou des interrogatoires] censés disséquer les problèmes pour en trouver les racines, mis face au problème des « étudiants privés d’études », ont choisi de simplifier la solution en niant complètement l’existence de ces étudiants. Après que le plan de dénégation ait échoué, les experts ont lié les étudiants aux groupes hostiles et d’opposition.

Bien que des milliers de raisons puissent être avancées pour démontrer que prêter de tels agissements aux étudiants est horriblement illogique et injustifié, le seul avantage en est, pour les fonctionnaires du renseignement et de la sécurité, le calme de l’esprit émanant de la compréhension du problème qu’ils se sont forgée, même si elle est incorrecte ; c’est ce qui les a poussés à augmenter les sanctions pour avoir recherché le droit à l’éducation.

Croyez-moi, pendant les interrogatoires, je ne désirais pas être relâché mais trouver l’occasion de discuter avec l’expert du dossier. Je voulais lui expliquer le début du problème des étudiants étoilés, tout ce qu’ils ont subi pendant ces années et beaucoup d’autres problèmes. Ca n’a jamais été possible à cause de l’environnement des interrogatoires et des pressions perpétuelles. Chaque conversation était limitée à l’aveu d’un crime que je n’avais ni commis, ni même imaginé.

En tout cas, on n’a jamais répondu à cette demande ; pendant tout le temps où nous avons été privé du droit de poursuivre nos études, aucun fonctionnaire du ministère de l’éducation supérieure, de la justice ou du ministère du renseignement ne nous a rendu visite pour que nous puissions lui expliquer nos doléances ou lui exprimer nos exigences. Nous espérons qu’après toutes nos angoisses et nos détresses, cette lettre devienne un prétexte pour organiser des discussions.

Honorable responsable de la justice,

Mettez-vous s’il vous plait à la place d’une personne qui, en dépit de ses qualifications et ses aptitudes aux études est privé de la poursuite de ses études et de sa progression académique. Le plus terrible c’est que ces étudiants, en raison de leurs efforts pour retrouver leurs droits, ont été sévèrement condamnés, par exemple à des peines de prison. Vous voyez que la répression cachée dans cette injustice est réellement douloureuse.

De nouveau, je supplie que mon dossier et ceux des autres étudiants étoilés soient revus dans une perspective complètement légale, loin des subtilités politiques. Justice devrait être rendue en appel et l’accusation de liens avec le MKO au moins, devrait être éliminée pour que les autres étudiants étoilés et moi-même puissions retrouver notre dignité et laver l’honneur de nos noms.

De plus, puisque beaucoup d’étudiants ont porté l’affaire devant le tribunal administratif du gouvernement, je vous demanderais, dans la lignée des autres changements positifs du système judiciaire, que la manière de traiter ces dossiers soit également changée. De tels changements permettront aux étudiants de retourner à l’université et de continuer leurs études. La liberté est douce, mais la liberté sans possibilité d’étudier et d’acquérir des savoirs est vide de toute joie.

Je vous remercie de toutes vos attentions.

Seyed Ziaoldin Nabavi

Bloc 350 de la prison d’Evine Prison

Traduction: Siavosh J.
Persian2English.com

http://persian2english.com/?p=7652