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jeudi 9 mai 2013

Torture et gouvernement moderne – Mehrangis Kar – 8 mai 2013


Les dernières nouvelles de la torture en Iran se rapportent à l’avocat Djavid Houtan-Kian, emprisonné et torturé parce que, en tant qu’avocat de Sakineh Ashtiani, il s’est efforcé de la soustraire à la lapidation en république islamique d’Iran. Dans une autre partie du monde, les organisations de défense des droits humains aux Etats-Unis fournissent aux agences de presse les derniers rapports sur les actes de torture impitoyables commis à la prison de Guantanamo. Dans les deux cas, les droits humains sont violés. Ces deux aspects indiquent que la torture continue sous un gouvernement responsable aussi bien que sous un régime traditionnel et irresponsable. Les efforts des organisations des Nations Unies n’ont pas réussi à changer cela dans des pays où les gouvernements couvrent les actes de torture sous prétexte de « protection des intérêts nationaux ». La définition de ce terme est si large et floue qu’elle inclut la défense légale d’une femme condamnée à la lapidation et dont même l’avocat est inculpé d’actes contraires à la sécurité du régime et à la sécurité nationale ; alors, il nous faut certainement réévaluer cette définition.

En promettant de fermer la prison de Guantanamo, Barak Obama a attiré beaucoup de voix et de votes. Et cinq ans après cette promesse, qui n’a pas été complètement réalisée, il continue d’être sans cesse torturé par cette promesse tandis qu’il démontre son désir de l’accomplir. En ce moment, cette pression a refait surface dans les médias et les organisations de défense des droits humains tandis que le public américain montre son mécontentement sur l’état de la prison.

Voyons maintenant comment les choses se présentent en Iran et comment ses dirigeants traitent le problème. Observons même brièvement les conversations et les déclarations des candidats à l’élection présidentielle qui rêvent de gagner les votes populaires ; aucun n’a prononcé une seule phrase sur ce que le jeune avocat a révélé sur la torture, les activités illégales en prison, les exécutions, etc… dont il a été témoin durant son incarcération injuste. Il y a bien sûr ceux qui parlent à l’occasion des droits des prisonniers ou des détenus et font des gestes symboliques sur l’assignation à domicile de Mir-Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard et Mehdi Karroubi. Mais aucun n’a le courage de faire écho aux paroles du jeune avocat par peur de ce dont le rédacteur en chef du journal Kayhan, Hossein Shariatmadari, pourrait les accuser. Ils ne peuvent même pas mentionner que de nombreux Iraniens, honnêtes et éduqués sont derrière les barreaux pour avoir défendu les droits de leurs compatriotes. Il semblerait que les tortures et les injustices qui ont lieu dans les prisons iraniennes ne valent même pas la peine d’être citées par les candidats qui font la queue pour élire domicile avenue Pasteur à Téhéran, siège de la présidence. Même le calvaire économique des Iraniens, les démembrements par des peines inhumaines et insensées et les pendaisons ne méritent pas d’être cités dans la campagne. Ils en sont venus à penser que débattre d’un de ces sujets serait traverser la ligne rouge créée par le guide suprême du pays.

Alors, par peur d’être rejetés par le conseil des gardiens, les candidats préfèrent se livrer à des attaques personnelles les uns contre les autres et ainsi éviter toute promesse aux gens dont ils convoitent le suffrage.

Bien qu’on ne puisse ni ne doive ignorer les atrocités commises contre les êtres humains sur toute la terre, on ne peut sous-estimer les éditoriaux et les articles publiés dans les médias américains sur Guantanamo ; leurs auteurs y tiennent leur gouvernement pour responsable de ces actes commis en prison, ce qui les met en difficulté vis-à-vis des principaux officiels politiques, judiciaires ou policiers. Ils le font quand même et appellent à la fermeture de la prison sans s’occuper des conséquences. C’est le sujet de la liberté d’expression. C’est le pouvoir du peuple. Les citoyens des états modernes ont obtenu une presse libre très difficilement tandis que les Iraniens, qui souffrent presque de la faim, ne peuvent même pas en rêver. Ceux qui dirigent l’Iran aujourd’hui, et qui sont arrivés là où ils sont à cause de la révolution de la nation iranienne, paniquent et ont peur de ces avancées dans d’autres pays ; ils en nient donc les bienfaits, les qualifiant de « propagande contre le régime et la sécurité nationale ».

Mais, parmi les candidats à l’élection présidentielle en Iran, il n’y a qu’une exception qui s’élève au-dessus des autres. Il a fait passer son message aux prisonniers par des interviews aux médias et annonçant que tous ses étudiants, à un certain moment, se sont retrouvés en prison. Ghassem Sholeh Saadi connaît les peines du peuple iranien dont les souffrances ont été écartées à cause de la création délibérée par le régime d’une crise économique. On ne sait pas comment le régime va le traiter mais, quel que soit son sort, la voix de ceux qui souffrent va graduellement se faire entendre.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2013/may/08/article/torture-and-modern-government.html

vendredi 26 novembre 2010

Lettre ouverte du défenseur des droits humains, l’avocat Mohammad Mostafaï au guide suprême iranien Ali Khamenei

A son excellence l’ayatollah Khamenei, dirigeant de la république islamique d’Iran, salutations.

C’est la première fois que je vous écris, ce sera aussi la dernière. Je m’adresse à vous car je pense que vous n’avez pas les qualités nécessaires pour diriger un pays et un système démocratiques. Vous savez très bien que vous avez pris le gouvernail du pouvoir par la tromperie, le mensonge, l’hypocrisie et la duplicité et obtenu le titre d’ayatollah par recommandation et opportunisme et êtes devenu le dirigeant de l’Iran sans le mériter après la mort de l’imam Khomeiny. En tout cas, le destin vous a amené à diriger un pays qui compte une diaspora de huit millions d’âmes qui ne peuvent revenir dans leur patrie à cause de votre incompétence et de la mise en place d’un système dictatorial et non démocratique. J’espère que vous lirez cette lettre écrite par un enfant de ce pays, ou à tout le moins que l’on vous la fera passer après que vos « agents anonymes » l’aient lue.

Mr. Khamenei,

J’avais sept ans que j’ai mis les pieds dans une société dont le début était marqué du sceau de la loi de Khomeiny, de gens comme vous et votre puissante bande. J’ai commencé à travailler à sept ans à cause de la pauvreté. Mes parents également travaillaient dur. Je devais frapper à toutes les portes pour pouvoir m’acheter des vêtements chauds pour l’hiver. Je n’oublierai jamais l’époque où je frappais à toutes les portes de Téhéran pour gagner une misère et demander de l’aide à toutes les personnes correctes ou pas. Je n’oublierai jamais les gifles que j’ai reçues et ai du subir pour un morceau de pain. Je n’oublierai jamais l’époque où je devais travailler et souffrir avec mes parents jusqu’à 2 heures du matin. Je n’oublierai jamais les ampoules sur mes mains gonflées dues à un travail dangereux et nocif. Je remplissais un four à céramique. Je n’oublierai jamais comment je devais ravaler mes paroles et souffrir en silence quand j’étais battu et giflé par mon instituteur pour n’avoir pas fait mes devoirs alors que je n’avais pas le temps d’étudier.
Je n’oublierai jamais que dans mon enfance, j’enviais ceux qui avaient un vélo. Je n’oublierai jamais la tristesse de ne pas pouvoir jouer avec des enfants de mon âge et les heures que j’ai passées à pleurer. Je n’oublierai jamais toute la douleur et les souffrances que ma mère a endurées pendant tant d’années.
Ce sont ces souffrances et ces tragédies que ma mère et moi avons vécues qui m’ont fait prendre la décision de changer le cours de ma vie. J’ai décidé d’étudier le droit après le service militaire. Tandis que vous vous remplissiez les poches des revenus du pétrole et d’autres industries, des gens comme moi étaient privés de leurs droits sociaux. Comme je devais travailler pendant mon enfance, j’ai été l’un des plus mauvais élève de l’école primaire au baccalauréat. Après avoir travaillé dur, jour et nuit, j’ai fini par passer le concours d’entrée à la faculté de droit et de sciences humaines de l’université de Téhéran. A la fin, après des années d’études, j’ai pu devenir avocat, un avocat qui s’est juré d’être le défenseur du faible et de l’opprimé.

Mr. Khamenei,

Je vous ai résumé ma vie pour que vous ne pensiez pas qu’il me fut facile d’arriver à faire ce travail que j’aime tant. Durant 30 ans, j’ai souffert sous votre règle et celui d’autres incompétents de votre espèce. J’ai travaillé dur pour me bâtir un statut social correct. Je suis fier d’être le défenseur de ceux dont on a violé les droits et j’ai travaillé sans relâche pour qu’ils les recouvrent. La plupart de ceux qui sont venus me voir avaient vu leurs droits violés par des juges en accord avec un système judiciaire violent et sauvage, des juges qui ne savent qu’être violents et imposer des sanctions inhumaines comme la lapidation, l’exécution capitale, les longues peines de prison, etc…

Mr. Khamenei,

Enfant, j’ai été témoin de mes propres souffrances, douleurs et misère ; avocat, j’ai porté témoignage de la souffrance et des sanglots de ceux qui pénétraient dans mon bureau. Chaque jour, une mère en pleurs venait me demander de l’aide ou un père me suppliait de sauver la vie de son enfant. Comme j’avais ressenti la douleur et la souffrance, je ressentais aussi leur douleur émanant de l’injustice et de l’oppression que vous et vos agents avaient exercées sur eux.

Mr. Khamenei,

J’ai fait des compromis dans ma vie personnelle et familiale alors que je travaillais comme avocat. Je ne voyais pas ma fille pour sauver la vie de ceux qui étaient emprisonnés par vos coquins de copains. Mon épouse, par respect pour mes idéaux, a tout toléré. Grâce à Dieu, j’ai pu sauver de vie de 50 personnes et faire libérer de nombreux innocents emprisonnés.

Mr. Khamenei,

Durant ces sept dernières années, à chaque fois que j’apprenais que les droits d’une personne étaient violés, je la représentais. Je voyageais dans tout le pays, d’une prison à l’autre pour demander justice pour une victime. Je criais que les enfants de moins de 18 ans ne devaient pas être exécutés, je criais que la lapidation était un acte barbare, que les amputations des mains et des jambes, la flagellation, les arrestations arbitraires et la détention illégale étaient néfastes à la soi-disant république islamique. Je frappais à toutes les portes pour sauver la vie des enfants. J’utilisais mon propre argent et celui des contributions d’Iraniens et d’étrangers généreux et de bonne volonté pour payer le prix du sang « dyeh » afin de sauver la vie de ceux qui ne méritaient pas d’être exécutés, pour faire libérer des gens emprisonnés arbitrairement pendant des années.
Je n’oublierai jamais Fatemeh, femme Afghane qui était en prison depuis deux ans. Si je n’avais pas pris son cas en mains, elle serait restée en prison et aurait peut-être été exécutée. Je n’oublierai jamais comment j’ai fait libéré d’un prisonnier transexuel qui était à l’isolement depuis des semaines et était violé quotidiennement par les gardes. Je n’oublierai jamais la femme dont le visage avait été aspergé d’acide par son mari cruel. Il n’y avait personne pour l’aider mais j’ai pu lui procurer des soins médicaux et un certain bien être. Je n’oublierai pas Hedieh, 14 ans, emprisonnée à Evine accusée de « relations illicites ». Elle a fini par être exilée à la prison de Radjaï-Shahr et détenue parmi des criminelles endurcies et a fini assassinée par une codétenue. Je n’oublierai pas Rahim ce jeune habitant de Tabriz ; son épouse avait plu aux agents de votre gouvernement ; il l’avait donc injustement condamné à l’exécution et son épouse à la lapidation. Je n’oublierai jamais mes plaidoiries pour Behnoud Shodjaï, emprisonné depuis l’âge de 17 ans et que vos bourreaux ont exécuté devant mes yeux. Je n’oublierai jamais les souvenirs tristes de mes clients torturés par la police et les fonctionnaires du renseignement.

Mr. Khamenei,

J’ai accepté les dossiers de centaines de personnes qui demandaient de l’aide après que leurs droits aient été violés par vos institutions sécuritaires et judiciaires avec votre permission et celle de vos copains comme Djanati, les frères Laridjani et Ahmadinedjad.

En raison de mon opposition à la lapidation, j’ai accepté tous les dossiers de lapidation qui m’étaient présentés. Je trouvais important qu’une personne sans défense condamnée à la lapidation par les bouchers de la justice assoiffés de son sang soit défendue. Mais où êtes-vous Mr. Khamenei pour voir les crimes et les atrocités commis dans l’institution judiciaire et les prisons de la république islamique, en particulier dans le bloc de sécurité « Guantanamo » 209 d’Evine ? Nous savons tous les deux très bien que vous êtes le principal coupable de tous ces crimes. C’est vous qui avez fermé les yeux en donnant n’importe quel ordre pour protéger votre pouvoir.

Mr. Khamenei,

Je n’ai pas cédé aux menaces des systèmes judiciaire et sécuritaire, et peu m’importait les interrogatoires répétés. Je savais que j’aurais des problèmes. L’année dernière, j’ai accepté le dossier de Sakineh Mohammadi, emprisonnée à Tabriz pour adultère, alors qu’elle était innocente. La nouvelle de son emprisonnement m’a été donnée par une autre cliente elle aussi emprisonnée à Tabriz. On préparait déjà son exécution et tous mes efforts n’aboutissaient à rien, toutes les portes se fermaient. Je n’avais d’autre choix que d’informer les journalistes en Iran comme à l’extérieur pour que les autorités de la république islamique qui refusaient d’écouter mes plaidoiries pour ma cliente innocente finissent par entendre sa voix.

Une fois la nouvelle répandue, beaucoup de politiciens ont exprimé leur soutien, cependant, je n’ai jamais voulu instrumentaliser un dossier. Ce dossier s’est transformé en sujet international sensible.

J’ai été convoqué et interrogé quatre heures au tribunal. Ce jour-là, je ne pensais pas être libéré, mais, grâce à Dieu, le magistrat de la deuxième chambre du tribunal d’Evine m’a laissé partir. Plusieurs heures plus tard, je me suis rendu au bureau et j’ai vu que les agents de la sécurité avaient envahi mon bureau mais étaient partis quand ils ont compris que je n’y étais pas. Néanmoins, de nombreux agents m’attendaient à l’extérieur en embuscade. Apparemment, ils étaient aveugles et ne m’ont pas vu renter dans mon bureau. Quelques heures plus tard, j’ai découvert qu’ils avaient pris mon épouse en otage ; ils ont déclaré que jusqu’à ce que je me présente, elle ne serait pas libérée. C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas céder aux requêtes illégales des autorités juridiques sécuritaires. Quelques jours plus tard, je n’avais d’autre choix que de quitter l’Iran et c’est ainsi que mon épouse a été libérée de vos agents de sécurité. J’ai quitté l’Iran par la frontière avec la Turquie et me suis présenté à la police turque. La nouvelle de ma détention a été publiée dans un journal turc. Une équipe de fonctionnaires du renseignement et des affaires étrangères s’est rendue en Turquie pour négocier mon extradition vers l’Iran. Néanmoins, le soutien des gouvernements américain et européens m’a empêché de tomber dans les mains de vos agents.

Mr. Khamenei,

Vos « soldats croisés » étaient furieux et piqués au vif de n’avoir pas pu me mettre la main dessus et m’arrêter même après avoir pris mon épouse en otage. Ils n’ont pas pu m’arrêter et me faire avouer sous la torture comme ils l’ont fait avec Sadjad Ghaderzadeh, le fils de Sakineh et Houtan Kian, l’autre avocat de Sakineh et utiliser ces aveux aux fins de propagande. Je n’ai pas été attrapé par vos soldats et j’en profite pour faire entendre les voix des femmes et des enfants opprimés en prison et je fais savoir au monde les crimes que vous avez commis contre l’humanité.

Mr. Khamenei,

Même si j’étais tombé entre les mains de vos agents, je n’aurais pas eu peur. Mon sang n’est pas plus rouge que celui des milliers de prisonniers arbitrairement et sommairement exécutés dans les années 80 et 90. Mon sang n’est pas plus rouge que celui de nombreux adolescents, jeunes, hommes et femmes attaqués et tués par vos sbires dans les rues de Téhéran. Je ne suis pas différent des prisonniers politiques privés de leur droit à recevoir la visite de leur famille et de leurs enfants. Mon sang n’est pas plus rouge que celui de Sohrab, de Neda ou des tués du centre de détention de Kahrizak.

Mr. Khamenei,

Puisque vos sbires n’ont pas réussi à m’arrêter, ils tentent de détruire ma personnalité. Un jour ils me traitent d’usurpateur, le lendemain d’avocat en fuite. Le lundi, à 20h30 à la télévision ils me traitent de « mercenaire de l’occident » et m’accusent de liens avec le Parti Communiste des Travailleurs. En même temps, ils continuent de me demander par différents canaux, y compris l’ambassade d’Iran en Norvège, de rentrer en Iran pour mener à bien leurs mauvais plans.

Mr. Khamenei,

J’ai répété à de multiples reprises que je n’étais lié à aucun groupe, je suis un avocat indépendant. Et même si je travaillais avec un groupe, ce ne serait pas un crime. Tous ceux qui vivent hors d’Iran, qu’ils soient communistes, membres de l’OMPI, sympathisants du Toudeh, etc… sont les victimes des crimes que vous et les vôtres avez commis. Ils essaient de récupérer leurs droits. Heureusement, la plupart d’entre eux sont des défenseurs des droits humains tandis que vous les violez.
Mr. Khamenei,

Je suis convaincu que vous n’arriverez à rien par la torture, la force, l’emprisonnement et la contrainte, par la répression de ceux qui s’opposent à votre politique erronée pas plus qu’en diffusant à la télévision des programmes faux et trompeurs ; je vous conseillerais plutôt de cesser de commettre des crimes au nom de l’islam. Arrêtez l’esclavage des femmes, arrêtez de les discriminer, arrêtez les exécutions, les lapidations et les prises d’otages au nom de l’islam. Au lieu d’extorquer des aveux sous la torture, abolissez plutôt les châtiments inhumains. Et je vous le redis, vous et vos agents, anonymes ou pas, ne méritez de toute façon pas de diriger ni de gouverner.

Source : http://persian2english.com/?p=16609

samedi 17 juillet 2010

C’est un crime d’être une femme en Iran

Margaret Wente - Saturday's Globe and Mail

 Sakineh Mohammadi Ashtiani, mère iranienne condamnée à la lapidation pour adultère est pour l’instant toujours en vie, sauvée par un cri de révolte international contre le barbarisme d’état. Mais l’histoire n’est pas finie. Elle est toujours dans le couloir de la mort. Une fois l’émotion retombées, le régime peut simplement choisir de la pendre à la place.

« Ce régime a pris trop de vies » dit Maryam Namazie, militante des droits de l’homme qui vit aujourd’hui à Londres. « Il va bien falloir que ça s’arrête un jour. »

D’après madame Namazie, la prison de Tabriz où Sakineh est enfermée contient 200 autres condamnés à mort. Trente-cinq sont des femmes condamnées à la lapidation. L’une d’entre elles est Maryam Bagherzadeh, 25 ans, en prion depuis quatre ans. Son exécution a été retardée car elle est tombée enceinte lors d’une courte permission. Le régime attend généralement l’accouchement des femmes enceintes pour les tuer.

Puis il y a Azar Bagheri, 19 ans. Elle en avait 14 quand on l’a forcée à se marier. Son mari l’a lourdement chargée, déclarant qu’elle ne l’aimait pas et qu’elle avait eu des relations avec un autre homme. Elle a été arrêtée, condamnée pour relations sexuelles en dehors du mariage et condamnée à la lapidation alors qu’elle n’avait que 15 ans. On l’a soumise à un simulacre de lapidation à deux reprises : enterrée jusqu’à la poitrine et menacée de mort si elle ne collaborait pas. Le couloir de la mort comprend des enfants, des adolescents et 18 personnes condamnées à la pendaison pour homosexualité. La semaine dernière une jeune fille de 16 ans s’est tuée dans sa cellule pour échapper à la pendaison.

Même le bronzage est un crime contre l’islam. « Le public attend de nous que nous réagissions fermement et rapidement à toute inconduite sociale de la part de femmes et d’hommes qui rejettent nos valeurs islamiques » a annoncé en avril le chef de la police de Téhéran Hossein Sadjedinia. « Dans quelques quartiers du nord de Téhéran, on voit beaucoup de femmes et de jeunes filles bronzées qui ressemblent à des mannequins lors d’un défilé. Nous ne tolérerons plus cette situation et commencer par avertir celles qui se comportent ainsi, puis nous les arrêterons et les emprisonnerons. »

Comme le présente madame Namzie : « C’est un crime d’être une femme en Iran. »

On pourrait penser que l’habitude du régime d’assassiner les femmes pour des crimes imaginaire lui vaudrait une condamnation universelle, en particulier d’institutions comme les Nations-Unies. On aurait tort. En avril, l’Iran s’est vu offrir un siège à la commission de l’ONU sur le statut des femmes dont le but est « l’égalité des sexes et la promotion des femmes. » Personne n’a expliqué comment la lapidation des femmes fait avancer l’égalité des sexes. C’est une inversion morale tellement tordue qu’elle défie la satire. Si vous nourrissiez encore quelques illusions sur le fait que l’ONU soit vraiment intéressée par les droits des femmes, abandonnez les tout de suite.

La nomination ridicule de l’Iran était un prix de consolation après son échec, à obtenir un siège au conseil de l’ONU pour les droits humains, en dépit d’un lobbying sévère. Ce qui n’aurait pas été tellement étrange qu’il y parait puisque les membres de ce conseil comprennent des nations aussi soucieuses des droits humains que l’Arabie Saoudite. Le Conseil des droits humains est dominé par un bloc d’états islamiques et africains qui refusent de condamner l’Iran de quelque façon que ce soit. A la place, le conseil passe le plus clair de son temps à dénoncer Israël et les Etats-Unis. « C’est tragique ; c’est comme demander à l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid de siéger à la commission pour l’égalité des races » dit Madame Namazie qui a fuit l’Iran en 1980.

Certains groupes féministes occidentaux ont été ostensiblement silencieux sur la lapidation et autres pittoresques coutumes iraniennes. Ils ont tellement peur d’être infectés par les Américains et les néo-conservateurs qu’ils préfèrent ne rien dire. Même chose pour les groupes musulmans « modérés » en occident.

Pendant des années, la lutte pour les droits humains des femmes iraniennes a été menée par un groupe infatigable d’avocates comme Madame Namazie et Mina Ahadi qui vit maintenant en Allemagne. Madame Ahadi a échappé de peu à la mort pour avoir fait campagne contre les vêtements islamiques obligatoires. (Son époux a été exécuté). « Quand nous organisons des évènements au niveau mondial, quand nous manifestons au niveau mondial et en particulier quand nous contactons les gouvernements européens et que ces gouvernements mettent la pression sur le régime islamique en Iran, nous avons quelquefois une chance, » a-t-elle dit à CNN.

La condamnation de Sakineh Mohammadi Ashtiani a été basée sur de fausses preuves insistent son avocat et ses deux enfants. Elle a déjà reçu 99 coups de fouet. Comme leurs efforts pour plaider pour sa vie n’ont pas porté leurs fruits, son fils s’est tourné vers les militants occidentaux pour trouver de l’aide, une manœuvre à haut risque qui lui a valu une convocation au poste de police. Amnesty International et Human Rights Watch se sont emparé du dossier. Les femmes, de la Norvège au Canada, y compris la PDG de Indigo Books, Heather Reisman, ont lancé des pétitions par Internet. La pétition de madame Reisman, datant d’il y a onze jours rassemble déjà plus de 100.000 signatures (www.freesakineh.org.)

Le régime iranien décrit vigoureusement les manifestations occidentales comme une attaque contre l’Iran et les valeurs islamiques. Alors, a quoi servent vraiment ces pétitions ? Ceux qui suivent les affaires iraniennes disent qu’elles ont vraiment un impact. La lapidation est énormément impopulaire en Iran et les Iraniens n’aiment pas que leur pays soit représenté comme médiéval et barbare. Le soutien de l’extérieur donne également de l’énergie à ceux qui vivent en Iran et luttent contre le régime.

« L’agitation que les médias occidentaux ont lancée en relation avec ce dossier n’affectera pas nos juges » insiste un officiel iranien. « La mise ne pratique des lois religieuses islamique comme la lapidation, le hidjab et l’héritage ont toujours été en but à leur animosité effrontée, par principe, ils s’oppose à tout ce qui touche la loi religieuse. »

Mais grâce aux efforts inlassables de femmes comme Maryam Namazie, Mina Ahadi, Shirin Ebadi et d’autres, Shakineh est toujours en vie. Aussi longtemps qu’être une femme en Iran sera un crime, ils ne s’arrêteront pas. Et nous non plus, nous ne devrions pas nous arrêter.

Source: http://www.theglobeandmail.com/news/opinions/its-a-crime-to-be-a-woman-in-iran/article1643091/?cmpid=rss1