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mardi 30 décembre 2014

Deux ayatollahs et un nouveau patron pour le parlement – Issa Saharkhiz – 26 décembre 2014


Bien avant que la composition du prochain parlement ne se dessine, les machinations pour le poste de président du parlement ont déjà commencé dans certains partis politiques.

Tout indique que les totalitaires en Iran ont décidé d’installer le perdant de l’élection présidentielle de 2013 au perchoir ou tout au moins d’en faire le chef de la faction intégriste.
Il semble que les deux principaux ayatollahs (Ali Khamenei et Mesbah-Yazdi) ont accepté qu’un ayatollah « 100% islamique » devienne le prochain guide suprême, ce qui ouvrirait la voie au rêve du remplacement de la « république islamique » par un « état islamique ».

Les rapports des médias conservateurs révèlent que l’ayatollah Mohammad-Taghi Mesbah-Yazdi s’appuie sur le front de la fermeté, une association de groupes conservateurs de droite, et s’efforce d’installer son protégé au prochain parlement tout en répandant sa notion d’un « parlement islamique ».

Les rapports confirment qu’Ahmadinejad écarte le plus controversé de ses lieutenants, Rahim Mashaï pour prendre le dessus sur le sale plan de Yazdi. Ce religieux, qui ne s’est pas mêlé de politique pendant les années de la révolution et durant le règne de Khomeiny, se réinvente en appelant à imposer un « guide suprême absolu », et non limité par les lois, la constitution, l’opinion publique, etc.., tout en travaillant sur la direction du prochain parlement.

Son but est d’obtenir la majorité des sièges du prochain parlement pour les membres du front de la fermeté ou les intégristes (conservateurs durs), très liés avec le front, pour que Saïd Djalili soit le prochain président du parlement. Il se débarrasserait ainsi du président actuel Ali Laridjani, qui a établi des relations de travail avec Rouhani, et ainsi ouvrir la porte à plus de confrontations avec le gouvernement d’Hassan Rouhani. D’après ce plan, Kamran Bagheri-Lankarani deviendrait le premier vice-président du parlement pour pouvoir changer la nature du régime de république en théocratie absolue.

Ce qui rend ce plan plus inquiétant est que l’ayatollah Khamenei appuie le processus d’islamisation. De son point de vue, il compenserait l’échec de l’élection présidentielle de 2013 et offrirait une promotion à Saïd Djalili de représentant du guide suprême au conseil national de sécurité à chef de la branche législative du gouvernement. Djalili a récemment fait le tour de ses idées sur tout ce que le public connaît, y compris son idée négative sur le sort des dirigeants du Mouvement Vert.

On ne peut oublier le conseil qu’on a donné à Djalili quand il a perdu la présidentielle : « Faites attention aux quatre ou cinq millions de personnes qui ont voté pour vous ; ils sont importants d’un point de vue qualitatif et il faudra les mobiliser et les utiliser à l’avenir. » Il semblerait que « l’avenir » soit advenu.

Ce qui devrait inquiéter les masses, c’est la composition des centres de pouvoir dans le futur ; au lieu de s’intéresser aux problèmes de la majorité des Iraniens, ce groupe sera en quête de ses rêves totalitaires.

Il est clair que la position clé dans ce jeu est celle de ministre de l’intérieur. Ce rapport montre que le ministre actuel se situe à des kilomètres du programme du gouvernement modéré actuel. Le ministre est un supporter dévoué des plus proches alliés et camarades d’Ahmadinejad. La nomination d’Ismaël Nadjar, gouverneur de Kerman durant la présidence Ahmadinejad, au poste de secrétaire d’état d’où il dirige également le comité de crise du gouvernement, indique les penchants de Nadjar.

L’absence de nomination d’un secrétaire d’état politique dans ce ministère après la démission de Kazem Mirvalad en est un autre exemple. Ce poste jouit du contrôle absolu sur le processus électoral au niveau national. Ceci a récemment été confirmé par les débats au parlement pour les candidats aux postes de gouverneurs des provinces ; les penchants des députés durs et de ceux du front de la fermeté sont alignés avec les points de vue de Rahmani Fazli plutôt qu’avec ceux des alliés et conseillers de Rouhani.

Puisque le but ultime des conservateurs durs ne se limite pas au contrôle du prochain parlement mais s’étend à la limitation des programmes du gouvernement actuel modéré et même au limogeage du président aussitôt que possible ou à l’élimination de sa candidature pour un second mandat, il semble que Rouhani n’ait d’autre choix que de remanier son gouvernement pour en faire une équipe unie pour éviter tout sabotage interne.

Le ministre de l’intérieur est un poste clé dans les décisions sur lesquelles Rouhani doit se concentrer. 

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/december/26/article/two-ayatollahs-and-a-new-majlis-boss.html

mardi 22 mars 2011

La marche en terrain miné - Hoshang Asadi – 19 mars 2011


Conférence annuelle de la société internationale pour les droits humains – Bonn 

Mesdames et Messieurs,

Il n’est pas difficile d’être écrivain en république islamique d’Iran. Cela s’apparente simplement à la marche dans un champ de mines ; en un sens, il est beaucoup plus facile de marcher sur une mine et d’en mourir.

Cela peut vous sembler exagéré ; alors je vous présenterai deux épisodes extraits de mon livre, relatant mon expérience personnelle d’écrivain, pour vous expliquer la situation.

« J’étais jeune et amoureux de la liberté. J’aimais mon pays et la littérature. Je rêvais de changer le monde. Je croyais qu’un jour, l’amour dirigerait la vie. J’ai pris part à la révolution de 1979, rêvant du triomphe de la liberté, du pain pour tous et du despotisme relégué au musée.
Mais je me suis soudain retrouvé en enfer. Pendant trois mois, le seul contact physique, je l’ai eu avec celui qui m’interrogeaus. Son idéologie de haine provenait de ses croyances religieuses ; ses instruments étaient le fouet et les menottes. 

J’avais les yeux bandés, j’étais sans défense comme une biche prise au piège par son « frère ». En république islamique d’Iran, « frère » est le titre commun à tous les croyants. Et tous ceux qui m’interrogeaient étaient des « frères » qui n’avaient que des pseudonymes. Ma vie était entre leurs mains, surtout entre celles de celui que tous appelaient « frère Hamid ». Je ne pouvais rien faire ou obtenir sans sa permission, y compris manger, dormir, me réveiller, etc… Je ne pouvais même pas aller aux toilettes sans sa permission. Il se considérait comme ayant tous les droits, défendait le régime « sacré » et me considérait comme un traître, un espion immoral. C’était l’image de Dieu tandis que j’étais Satan. Je devais « avouer » tout ce à quoi il pouvait penser. Ce que j’ai fait. Chaque fois que je perdais conscience sous la torture, pendant les nuits et les jours où j’étais suspendu au plafond, un bras tourné dans le dos. Je n’avais pas le droit de dormir, j’ai même été obligé de manger mes excréments. Et finalement, j’ai « avoué ».

Le jeune écrivain s’était métamorphosé en la personne la plus haïssable. Il me fallait marcher et aboyer comme un chien. »

Celui qui a écrit ces paragraphes et maintenant devant vous et vous parle. Ces phrases venaient de mon livre « Lettres à mes Tortionnaires ». Dans cette situation, j’ai fait trois tentatives de suicide. Mais ils m’ont sauvé à chaque fois pour me soumettre à davantage de torture.

D’après les aveux qu’ils m’ont extorqués sous la torture, j’étais à la fois un espion pour le MI6 et l’Union Soviétique. Pendant mon procès qui a duré six minutes, le juge, un religieux, m’a traité de salaud et a requis mon exécution. Alors, j’ai été condamné à 15 ans de prison.

A l’été 1988, j’ai eu droit à un second procès, qui cette fois n’a duré qu’une minute, par un tribunal mis en place sur ordre de l’ayatollah Khomeiny et qui a prononcé des peines de mort pour des milliers de prisonniers. Ceux qui y siégeaient détiennent aujourd’hui les positions clés dans l’appareil judiciaire ou politique de la république islamique 

Durant ces procès, les juges ne posaient que trois questions simples :
  • Persistez-vous dans vos croyances du passé ?
  • Acceptez-vous la république islamique ?
  • Priez-vous et obéissez-vous à l’ayatollah Khomeiny ?

J’ai menti pour continuer à vivre. Ce n’est pas simple. J’ai survécu et fini par rentrer à la maison au bout de six ans de prison. Ensuite, je suis resté sous surveillance pendant des années. Je devais rapporter le plus infime détail de ma vie aux autorités lors d’interrogatoires hebdomadaires au début, puis mensuels. Puis, un jour, ils nous ont dit, à mon épouse et à moi :
  •  Vous êtes des étrangers ici ; soit vous partez, soit on s’occupe de vous.

Le voyou a prononcé ces mots en brandissant le poing dans notre direction. Voilà maintenant sept ans que je suis parti. Malheureusement, la situation en Iran est bien plus mauvaise et terrifiante que lorsque j’y vivais. Aujourd’hui, les dirigeants de cette république de voyous ne parlent que torture, prison et mort.

Mesdames et Messieurs,

Malgré tout cela, je me dois de vous dire que la marche en terrain miné pour les écrivains est beaucoup plus ancienne que la république islamique. Si l’on isole le dernier siècle de la longue histoire iranienne qui coïncide avec l’avènement de la modernité dans le pays, nous voyons beaucoup d’artistes qui ont passé leurs vies entre prison et torture avant de mourir.

Bozorg Alavi, l’un des premiers romanciers iraniens, a vécu presque la moitié de sa vie en exil, ici, en Allemagne avant de mourir. De l’autre côté de la frontière, Mohammad Ali Djamalzadeh, le premier à avoir écrit des nouvelles, a subi le même sort. Paris, où je vis actuellement, est le lieu de sépulture de Sadegh Hedayat, le plus grand écrivain iranien du vingtième siècle. Il s’y est suicidé à cause de ce qui se passait dans sa patrie. Sa tombe est proche de celle de Gholam Hossein Saedi, l’un des trois plus grands dramaturges iranien.

Tous ces écrivains majeurs, et certains moins importants comme moi, ont été les victimes du despotisme. Ce que ces écrivains ont du affronter en Iran, encore plus que les problèmes émanant du gouvernement, prennent racine dans le despotisme et la dictature qui envahit le pays comme un cancer en phase terminale. De mon point de vue, la racine de cette tumeur cancéreuse réside dans l’interprétation de la religion présentée par les religieux chiites. C’est ce point de vue qui a empêché la première révolution pour la liberté en Iran, au début du vingtième siècle d’être un succès. Puis, un siècle plus tard, on a volé la révolution du peuple iranien et on a établi la république islamique.

Tandis que je vous parle aujourd’hui, la part moderne de la société iranienne se bat âprement contre le despotisme religieux. Malheureusement, nous sommes cruellement seuls dans cette lutte. Le monde libre, dont Bonn est l’une des grandes villes, n’a toujours pas compris l’importance de la bataille pour la liberté en Iran. Il n’a toujours pas compris que les talibans chiites sont beaucoup plus dangereux pour le monde entier que le fascisme ou le stalinisme. En tant qu’écrivain iranien, je ne peux cacher la profondeur de mon chagrin quand des sociétés comme Siemens-Nokia fournissent à la république islamique les outils pour opprimer la liberté en Iran.

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie de votre patience à mon endroit. J’espère que les rassemblements de ce type aideront à faire comprendre que le problème clé en Iran, ce sont les droits humains et pas le nucléaire. L’Iran ne produira plus d’armes nucléaires quand les écrivains ne seront plus forcés de traverser des champs de mines.

Source: http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/archive/2011/march/19/article/walking-through-a-minefield.html

vendredi 26 novembre 2010

Lettre ouverte du défenseur des droits humains, l’avocat Mohammad Mostafaï au guide suprême iranien Ali Khamenei

A son excellence l’ayatollah Khamenei, dirigeant de la république islamique d’Iran, salutations.

C’est la première fois que je vous écris, ce sera aussi la dernière. Je m’adresse à vous car je pense que vous n’avez pas les qualités nécessaires pour diriger un pays et un système démocratiques. Vous savez très bien que vous avez pris le gouvernail du pouvoir par la tromperie, le mensonge, l’hypocrisie et la duplicité et obtenu le titre d’ayatollah par recommandation et opportunisme et êtes devenu le dirigeant de l’Iran sans le mériter après la mort de l’imam Khomeiny. En tout cas, le destin vous a amené à diriger un pays qui compte une diaspora de huit millions d’âmes qui ne peuvent revenir dans leur patrie à cause de votre incompétence et de la mise en place d’un système dictatorial et non démocratique. J’espère que vous lirez cette lettre écrite par un enfant de ce pays, ou à tout le moins que l’on vous la fera passer après que vos « agents anonymes » l’aient lue.

Mr. Khamenei,

J’avais sept ans que j’ai mis les pieds dans une société dont le début était marqué du sceau de la loi de Khomeiny, de gens comme vous et votre puissante bande. J’ai commencé à travailler à sept ans à cause de la pauvreté. Mes parents également travaillaient dur. Je devais frapper à toutes les portes pour pouvoir m’acheter des vêtements chauds pour l’hiver. Je n’oublierai jamais l’époque où je frappais à toutes les portes de Téhéran pour gagner une misère et demander de l’aide à toutes les personnes correctes ou pas. Je n’oublierai jamais les gifles que j’ai reçues et ai du subir pour un morceau de pain. Je n’oublierai jamais l’époque où je devais travailler et souffrir avec mes parents jusqu’à 2 heures du matin. Je n’oublierai jamais les ampoules sur mes mains gonflées dues à un travail dangereux et nocif. Je remplissais un four à céramique. Je n’oublierai jamais comment je devais ravaler mes paroles et souffrir en silence quand j’étais battu et giflé par mon instituteur pour n’avoir pas fait mes devoirs alors que je n’avais pas le temps d’étudier.
Je n’oublierai jamais que dans mon enfance, j’enviais ceux qui avaient un vélo. Je n’oublierai jamais la tristesse de ne pas pouvoir jouer avec des enfants de mon âge et les heures que j’ai passées à pleurer. Je n’oublierai jamais toute la douleur et les souffrances que ma mère a endurées pendant tant d’années.
Ce sont ces souffrances et ces tragédies que ma mère et moi avons vécues qui m’ont fait prendre la décision de changer le cours de ma vie. J’ai décidé d’étudier le droit après le service militaire. Tandis que vous vous remplissiez les poches des revenus du pétrole et d’autres industries, des gens comme moi étaient privés de leurs droits sociaux. Comme je devais travailler pendant mon enfance, j’ai été l’un des plus mauvais élève de l’école primaire au baccalauréat. Après avoir travaillé dur, jour et nuit, j’ai fini par passer le concours d’entrée à la faculté de droit et de sciences humaines de l’université de Téhéran. A la fin, après des années d’études, j’ai pu devenir avocat, un avocat qui s’est juré d’être le défenseur du faible et de l’opprimé.

Mr. Khamenei,

Je vous ai résumé ma vie pour que vous ne pensiez pas qu’il me fut facile d’arriver à faire ce travail que j’aime tant. Durant 30 ans, j’ai souffert sous votre règle et celui d’autres incompétents de votre espèce. J’ai travaillé dur pour me bâtir un statut social correct. Je suis fier d’être le défenseur de ceux dont on a violé les droits et j’ai travaillé sans relâche pour qu’ils les recouvrent. La plupart de ceux qui sont venus me voir avaient vu leurs droits violés par des juges en accord avec un système judiciaire violent et sauvage, des juges qui ne savent qu’être violents et imposer des sanctions inhumaines comme la lapidation, l’exécution capitale, les longues peines de prison, etc…

Mr. Khamenei,

Enfant, j’ai été témoin de mes propres souffrances, douleurs et misère ; avocat, j’ai porté témoignage de la souffrance et des sanglots de ceux qui pénétraient dans mon bureau. Chaque jour, une mère en pleurs venait me demander de l’aide ou un père me suppliait de sauver la vie de son enfant. Comme j’avais ressenti la douleur et la souffrance, je ressentais aussi leur douleur émanant de l’injustice et de l’oppression que vous et vos agents avaient exercées sur eux.

Mr. Khamenei,

J’ai fait des compromis dans ma vie personnelle et familiale alors que je travaillais comme avocat. Je ne voyais pas ma fille pour sauver la vie de ceux qui étaient emprisonnés par vos coquins de copains. Mon épouse, par respect pour mes idéaux, a tout toléré. Grâce à Dieu, j’ai pu sauver de vie de 50 personnes et faire libérer de nombreux innocents emprisonnés.

Mr. Khamenei,

Durant ces sept dernières années, à chaque fois que j’apprenais que les droits d’une personne étaient violés, je la représentais. Je voyageais dans tout le pays, d’une prison à l’autre pour demander justice pour une victime. Je criais que les enfants de moins de 18 ans ne devaient pas être exécutés, je criais que la lapidation était un acte barbare, que les amputations des mains et des jambes, la flagellation, les arrestations arbitraires et la détention illégale étaient néfastes à la soi-disant république islamique. Je frappais à toutes les portes pour sauver la vie des enfants. J’utilisais mon propre argent et celui des contributions d’Iraniens et d’étrangers généreux et de bonne volonté pour payer le prix du sang « dyeh » afin de sauver la vie de ceux qui ne méritaient pas d’être exécutés, pour faire libérer des gens emprisonnés arbitrairement pendant des années.
Je n’oublierai jamais Fatemeh, femme Afghane qui était en prison depuis deux ans. Si je n’avais pas pris son cas en mains, elle serait restée en prison et aurait peut-être été exécutée. Je n’oublierai jamais comment j’ai fait libéré d’un prisonnier transexuel qui était à l’isolement depuis des semaines et était violé quotidiennement par les gardes. Je n’oublierai jamais la femme dont le visage avait été aspergé d’acide par son mari cruel. Il n’y avait personne pour l’aider mais j’ai pu lui procurer des soins médicaux et un certain bien être. Je n’oublierai pas Hedieh, 14 ans, emprisonnée à Evine accusée de « relations illicites ». Elle a fini par être exilée à la prison de Radjaï-Shahr et détenue parmi des criminelles endurcies et a fini assassinée par une codétenue. Je n’oublierai pas Rahim ce jeune habitant de Tabriz ; son épouse avait plu aux agents de votre gouvernement ; il l’avait donc injustement condamné à l’exécution et son épouse à la lapidation. Je n’oublierai jamais mes plaidoiries pour Behnoud Shodjaï, emprisonné depuis l’âge de 17 ans et que vos bourreaux ont exécuté devant mes yeux. Je n’oublierai jamais les souvenirs tristes de mes clients torturés par la police et les fonctionnaires du renseignement.

Mr. Khamenei,

J’ai accepté les dossiers de centaines de personnes qui demandaient de l’aide après que leurs droits aient été violés par vos institutions sécuritaires et judiciaires avec votre permission et celle de vos copains comme Djanati, les frères Laridjani et Ahmadinedjad.

En raison de mon opposition à la lapidation, j’ai accepté tous les dossiers de lapidation qui m’étaient présentés. Je trouvais important qu’une personne sans défense condamnée à la lapidation par les bouchers de la justice assoiffés de son sang soit défendue. Mais où êtes-vous Mr. Khamenei pour voir les crimes et les atrocités commis dans l’institution judiciaire et les prisons de la république islamique, en particulier dans le bloc de sécurité « Guantanamo » 209 d’Evine ? Nous savons tous les deux très bien que vous êtes le principal coupable de tous ces crimes. C’est vous qui avez fermé les yeux en donnant n’importe quel ordre pour protéger votre pouvoir.

Mr. Khamenei,

Je n’ai pas cédé aux menaces des systèmes judiciaire et sécuritaire, et peu m’importait les interrogatoires répétés. Je savais que j’aurais des problèmes. L’année dernière, j’ai accepté le dossier de Sakineh Mohammadi, emprisonnée à Tabriz pour adultère, alors qu’elle était innocente. La nouvelle de son emprisonnement m’a été donnée par une autre cliente elle aussi emprisonnée à Tabriz. On préparait déjà son exécution et tous mes efforts n’aboutissaient à rien, toutes les portes se fermaient. Je n’avais d’autre choix que d’informer les journalistes en Iran comme à l’extérieur pour que les autorités de la république islamique qui refusaient d’écouter mes plaidoiries pour ma cliente innocente finissent par entendre sa voix.

Une fois la nouvelle répandue, beaucoup de politiciens ont exprimé leur soutien, cependant, je n’ai jamais voulu instrumentaliser un dossier. Ce dossier s’est transformé en sujet international sensible.

J’ai été convoqué et interrogé quatre heures au tribunal. Ce jour-là, je ne pensais pas être libéré, mais, grâce à Dieu, le magistrat de la deuxième chambre du tribunal d’Evine m’a laissé partir. Plusieurs heures plus tard, je me suis rendu au bureau et j’ai vu que les agents de la sécurité avaient envahi mon bureau mais étaient partis quand ils ont compris que je n’y étais pas. Néanmoins, de nombreux agents m’attendaient à l’extérieur en embuscade. Apparemment, ils étaient aveugles et ne m’ont pas vu renter dans mon bureau. Quelques heures plus tard, j’ai découvert qu’ils avaient pris mon épouse en otage ; ils ont déclaré que jusqu’à ce que je me présente, elle ne serait pas libérée. C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas céder aux requêtes illégales des autorités juridiques sécuritaires. Quelques jours plus tard, je n’avais d’autre choix que de quitter l’Iran et c’est ainsi que mon épouse a été libérée de vos agents de sécurité. J’ai quitté l’Iran par la frontière avec la Turquie et me suis présenté à la police turque. La nouvelle de ma détention a été publiée dans un journal turc. Une équipe de fonctionnaires du renseignement et des affaires étrangères s’est rendue en Turquie pour négocier mon extradition vers l’Iran. Néanmoins, le soutien des gouvernements américain et européens m’a empêché de tomber dans les mains de vos agents.

Mr. Khamenei,

Vos « soldats croisés » étaient furieux et piqués au vif de n’avoir pas pu me mettre la main dessus et m’arrêter même après avoir pris mon épouse en otage. Ils n’ont pas pu m’arrêter et me faire avouer sous la torture comme ils l’ont fait avec Sadjad Ghaderzadeh, le fils de Sakineh et Houtan Kian, l’autre avocat de Sakineh et utiliser ces aveux aux fins de propagande. Je n’ai pas été attrapé par vos soldats et j’en profite pour faire entendre les voix des femmes et des enfants opprimés en prison et je fais savoir au monde les crimes que vous avez commis contre l’humanité.

Mr. Khamenei,

Même si j’étais tombé entre les mains de vos agents, je n’aurais pas eu peur. Mon sang n’est pas plus rouge que celui des milliers de prisonniers arbitrairement et sommairement exécutés dans les années 80 et 90. Mon sang n’est pas plus rouge que celui de nombreux adolescents, jeunes, hommes et femmes attaqués et tués par vos sbires dans les rues de Téhéran. Je ne suis pas différent des prisonniers politiques privés de leur droit à recevoir la visite de leur famille et de leurs enfants. Mon sang n’est pas plus rouge que celui de Sohrab, de Neda ou des tués du centre de détention de Kahrizak.

Mr. Khamenei,

Puisque vos sbires n’ont pas réussi à m’arrêter, ils tentent de détruire ma personnalité. Un jour ils me traitent d’usurpateur, le lendemain d’avocat en fuite. Le lundi, à 20h30 à la télévision ils me traitent de « mercenaire de l’occident » et m’accusent de liens avec le Parti Communiste des Travailleurs. En même temps, ils continuent de me demander par différents canaux, y compris l’ambassade d’Iran en Norvège, de rentrer en Iran pour mener à bien leurs mauvais plans.

Mr. Khamenei,

J’ai répété à de multiples reprises que je n’étais lié à aucun groupe, je suis un avocat indépendant. Et même si je travaillais avec un groupe, ce ne serait pas un crime. Tous ceux qui vivent hors d’Iran, qu’ils soient communistes, membres de l’OMPI, sympathisants du Toudeh, etc… sont les victimes des crimes que vous et les vôtres avez commis. Ils essaient de récupérer leurs droits. Heureusement, la plupart d’entre eux sont des défenseurs des droits humains tandis que vous les violez.
Mr. Khamenei,

Je suis convaincu que vous n’arriverez à rien par la torture, la force, l’emprisonnement et la contrainte, par la répression de ceux qui s’opposent à votre politique erronée pas plus qu’en diffusant à la télévision des programmes faux et trompeurs ; je vous conseillerais plutôt de cesser de commettre des crimes au nom de l’islam. Arrêtez l’esclavage des femmes, arrêtez de les discriminer, arrêtez les exécutions, les lapidations et les prises d’otages au nom de l’islam. Au lieu d’extorquer des aveux sous la torture, abolissez plutôt les châtiments inhumains. Et je vous le redis, vous et vos agents, anonymes ou pas, ne méritez de toute façon pas de diriger ni de gouverner.

Source : http://persian2english.com/?p=16609

dimanche 10 octobre 2010

Le chapeau de Mr Khamenei - Nooshabeh Amiri - 23 septembre 2010

Les images de la réunion entre les « dirigeants du régime » et Mr. Khamenei le jour de l’Eid-el-Fetr à Téhéran portent toutes les caractéristiques d’une dictature, et elles montrent le destin amer des despotes ; c’est l’histoire du chapeau de Clementis dans l’œuvre de l’écrivain Tchèque Milan Kundera Le Livre du Rire et de l’Oubli qui, en décryptant une image, décrit ce qui se passe dans les dictatures et ce qu’il advient des despotes ; c’est l’histoire des prédécesseurs de Khamenei. Dommage que lui aussi ait suivi le chemin de ceux qui pensent et agissent comme lui, et qu’il n’ait pas compris que l’on doit tirer des leçons de l’histoire.

L’histoire du chapeau de Clementis parle de la façon dont les individus sont éliminés dans une dictature. A l’époque de l’établissement du régime iranien, les photos montrent le guide au premier plan et tous ces assistants autour. Les assistants semblent être en harmonie, en pensée et en paroles.

Cependant, au fil du temps, les assistants disparaissent du cliché. Chaque année, une nouvelle personne disparaît du régime et est éliminée de la photo souvenir. A la fin, il n’en reste qu’un, Clémentis, le guide.

Mais le tour de Clementis arrive aussi. Lui aussi est éliminé de la photo. Le seul problème, c’est que Clementis a mis son chapeau sur la tête du dictateur ; il est donc impossible d’éliminer le chapeau. Si l’on élimine le chapeau, il faut aussi éliminer la tête du dictateur. Alors le chapeau reste et la photo souvenir me montre plus que le dictateur et le chapeau, signe des beaux jours passés.

L’histoire de la photo retouchée remonte aux premières années de la révolution de 1979. A chaque fois que je regardais la vidéo de l’arrivée de Mr. Khomeiny à l’aéroport Mehrabad de Téhéran, je remarquais que l’un de ses collègues manquait sur la vidéo et cela a continué jusqu’à ce que la dernière version ne montre plus que le fondateur de la république islamique et le pilote français qui l’avait ramené. Sur l’image, il semblerait que Mr. Khomeiny soit arrivé en Iran tout seul et que son seul compagnon de route ait été un étranger impossible à éliminer.

De nos jours, les mêmes qui ratatinaient les vidéos de l’arrivée de Mr. Khomeiny à sa seule image et à celle du pilote, s’assurent que tous les individus, évènements et rapports historiques soient occultés à la vue du public afin qu’il ne reste plus qu’Ali et son chapeau. Regardons la photo de plus près :

La photo démontre la solitude totale des dictateurs. Il est entouré des chefs des trois branches du gouvernement et chacun a une apparence différente. Les visages semblent ennuyés et les regards sont pleins de colère. Le chef du pouvoir législatif, Ali Larijani, ne supporte pas de voir le chef du pouvoir exécutif. Sadegh Larijani ne fait pas montre de la confiance qui siérait à un chef du pouvoir judiciaire. Le responsable de l’exécutif, Ahmadinejad est l’image parfaite du dictateur anxieux. C’est un régime dont les cercles intérieurs vont en se rétractant rapidement.

Le fossé qui sépare cette photo des images des premières réunions enthousiastes des chefs des trois pouvoirs du gouvernement, lors des premières années de la révolution, est saisissant. C’est la transition entre un groupe d’alliés unis par des principes à un groupe de mini-politiciens. Cette photo montre la réalité d’un régime qui se rétracte au point qu’aujourd’hui, plus personne ne vient sur le devant de la scène, une scène où les individus à la périphérie singent le rôle des acteurs principaux et en plus le font mal.

C’est une image à laquelle l’éclat des photos de la première période de la révolution manque. Sur cette photo, même Khomeiny, le fondateur du régime, est réduit à une petite photo dans un coin du cadre, simplement pour répondre à une exigence.

 
Cette photo sans vie irradie la misère; c'est un rappel choquant de la différence existant entre nos rêves et ce qu’il en est advenu. Et pourtant, nous souhaitons que Mr. Khamenei, qui a gâché toutes les occasions, se retire et regarde cette photo pour qu’il comprenne ce que voulait dire le poète quand il disait : Oui, même Ali est seul désormais, sans personne derrière lui.



nooshabehamiri(at)yahoo.com

Source: http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/article/2010/september/23//the-cap-of-mr-khamenei.html