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dimanche 11 août 2013

Lettre de Hossein Ronaghi-Maleki à Abolfazl Abedini

Au nom de la justice
Tu vis en moi
Et moi en toi
Nous ne mourrons jamais
Toi, moi et des milliers d’autres,
Nous prendrons cette route.
La victoire nous appartient
La joie et la prospérité nous appartiendront.
Mon bien-aimé, 
Le monde va s’épanouir
Et chaque tulipe née du sang des martyrs
Est une promesse du jour à venir qui sera libre

Houshang Ebtehadj

A mon frère emprisonné et souffrant, Abolfazl Abedini :

Voici aujourd’hui 14 jours que tu es en grève de la faim à cause de ton transfert illégal. Penser à la tyrannie et aux persécutions utilisées pour réprimer les personnes éprises de liberté comme toi, le son de ta voix me rappellent cette ballade inspirante bien loin des murailles d’Evine. Elle venait de la terre du Khuzestân : « Si tu entends un musulman pleurer et que tu ne réagis pas, tu n’es pas musulman. »

Mon cher ami, je te connais depuis des années, depuis l’époque où tu étais la voix des travailleurs opprimés qui souffraient des injustices courantes ; de l’époque où les rues étaient pleines de feu, de fumée et des cris brisés de milliers d’Iraniens qui y étaient descendus pour manifester, appelant à la justice alors qu’ils étaient attaqués ; et ensuite, à l’époque de la prison, des pressions et des mauvais traitements, quand tu as triomphé de la pression de ceux qui t’interrogeaient et que tu es resté en prison.

Je sais que tu es décidé et que tu t’es fait des promesses. C’est malheureusement ta bienveillance et ta persévérance dans l’humanité qui t’ont mis, toi et ta famille dans une situation si difficile.

Je sais que notre détermination et notre persévérance nourriront le futur des enfants de ce pays et je ne peux donc pas m’opposer à ta protestation ou à tes convictions. Je ne peux pas te dire de penser à ta propre santé, à ta propre vie dans ces jours difficiles où tu n’as personne à tes côtés pour porter ta voix. Nous sommes des vagues manquant de tranquillité.

Je resterai à tes côtés, je ressentirai ta douleur car si nous ne restons pas ensemble, nous ne trouverons personne avec qui suivre notre chemin. Je sais que l’égoïsme de certains n’a fait que prolonger ton destin amer au point que tu es prêt à te sacrifier pour la poursuite de la lutte. Ton emprisonnement, celui de Madjid Dori et de Zia Nabavi dans la prison de Karoun aux conditions inhumaines, mêlés que vous êtes aux malfaiteurs dangereux est un sacrifice très lourd dont vous et vos familles payez le prix.

Je sais que tu es en grève de la faim pour protester contre la tyrannie, l’oppression, le manque de légalité, l’assignation à domicile de Mir-Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard et Mehdi Karroubi. Nous partageons tous cette douleur, nous sommes tous opposés à ce climat d’outrages et d’injustice, tu ne devrais donc pas te retrouver seul dans cette voie.

Tu sais que nos mères sont unies sur ce chemin car il c’est un calvaire pour toute mère de voir son enfant s’éteindre comme une chandelle. Si nous n’avons pas de camarade, personne pour faire entendre notre voix, nos mères seront nos porte-voix, elles seront à nos côtés car elles ressentent nos peines et nos souffrances. Je sais qu’avec le soutien de nos mères, notre lutte finira par changer le cours du destin.

Je serai ton compagnon dans tes inquiétudes sur le futur de l’Iran, sur la situation d’Arash Sadeghi à l’isolement et dont personne n’a de nouvelles, et sur les milliers d’Arash et de Neda qui ont payé et qui paieront le prix pour poursuivre ce chemin.

Je lance une grève de la faim pour manifester contre les responsables qui ignorent la santé des prisonniers politiques, les besoins médicaux des militants politiques malades qui sont en prison, les pressions impitoyables sur ma famille, le transfert arbitraire de prisonniers politiques innocents, la situation inhumaine des prisonniers politiques, leur mise à l’isolement et la continuation des actions illégales et violentes.

Que notre santé et notre vie mettent fin à l’emprisonnement, à la torture et aux chaînes qui entravent les mains et les pieds de ceux qui recherchent la liberté. A une époque où rien n’a changé, crions que nous exigeons le changement pour promouvoir la moralité, la dignité, la légalité et la valorisation de la santé mentale et physique des humains.

Mon cher Abolfazl,

La vie est pour nous, artistes, une belle scène,
Chacun chante sa propre chanson
Dans la scène qui convient.
On se souviendra de nous
Une larme à la fois.
Ton image que j’oublierai doucement
Vivre dans la joie est un art.
Ne t’approprie pas la joie des autres
Car comme la nature morte du jour et de la nuit
Nous serons privés de toute joie
L’absence de douleur ne risque pas de nous atteindre.

Seyed Hossein Ronaghi Maleki – prison d’Evine

Source : http://www.kaleme.com/1392/05/20/klm-154375/


samedi 26 mai 2012

Les organisations étudiantes rétorquent aux remarques du ministre des sciences : Arrêtez l’apartheid dans l’éducation – Kaveh Ghoreishi – 16 mai 2012


Un groupe d’étudiants qui milite pour la défense des droits des étudiants privés d’éducation supérieure a critiqué la politique du ministre iranien des sciences, de la recherche et de la technologie, Kamran Daneshdjou et a déclaré que l’administration Ahmadinejad mène une seconde révolution culturelle en pratiquant « l’apartheid dans l’éducation ».

Dans son rapport, Shoraye defa az haghe tahsil (le conseil de défense du droit à l’éducation) rappelle l’intensification, spécialement durant ces trois dernières années, de la politique qui vise à interdire l’éducation supérieure à des centaines d’étudiants par des décrets des comités de discipline des universités ou par le comité central de discipline du ministère de l’éducation du ministère des sciences mais aussi par la pratique « illégale » de marquage des étudiants par des étoiles à l’entrée nationale des programmes de master. Avec le programme des étoiles, les fonctionnaires de l’université donnent aux étudiants qu’ils ne pensent pas faits pour les études supérieures à cause de leurs idées ou de leurs actions politiques un certain nombre d’étoiles ; les fonctionnaires surveillent les étudiants avec l’aide des organismes de sécurité et d’observation des lois. Plus le nombre d’étoiles est grand, plus les étudiants se verront interdire l’éducation supérieure en partie ou en totalité.

Pendant les nombreuses années où Daneshdjou a été ministre des sciences, il a souvent parlé d’islamisation des universités par la séparation des sexes, l’interdiction de poursuivre des études pour les étudiants dissidents et le licenciement ou la mise à la retraite d’office des professeurs. Un étudiant qui s’est vu interdire les études supérieures a appelé ces programmes « des preuves de la détermination de l’administration de la planification de la poursuite des violations des lois existantes et du refus d’accorder aux étudiants le bénéfice de leurs droits légitimes. »

Poursuite et intensification des politiques destructrices

Le ministre de l’éducation a récemment déclaré que « Les militants du mouvement de la sédition, ses chefs et ceux qui font l’apologie des leurs idées erronées » n’ont pas le droit d’accéder aux universités. D’après l’agence de presse officielle IRNA, Daneshdjou a déclaré lors d’un discours à l’université de Shahroud le 27 avril : « Les individus qui ont perdu le nord après la sédition de 2009 et qui ne suivent pas les commentaires avisés de notre guide suprême avisé et continuent dans leur voie n’ont pas leur place à l’université. Notre société, notre population ne nous le permettent pas et nous ne les trahirons pas. » Sédition est le terme que les autorités iraniennes utilisent pour les grandes manifestations organisées et soutenues par le Mouvement Vert qui ont suivi les élections présidentielles de 2009 où Mahmoud Ahmadinejad a été reconduit dans ses fonctions. Ils affirmaient que les élections avaient été truquées.

Cette déclaration du ministre a provoqué des condamnations fermes et des critiques des organisations estudiantines dans tout le pays. La réponse la plus récente est celle du conseil de défense du droit à l’éducation qui a présenté un rapport détaillé et a traité ces remarques de « criminelles. »

En mars-avril, Daneshdjou a aussi répété son message à Qom. Daftare Tahkim Vahdat, la principale organisation estudiantine du pays a condamné ces remarques et a dit qu’elles « révélaient la violation immédiate des droits des étudiants. »

Un étudiant interdit de poursuivre ses études interviewé par Rooz a dit que le calendrier des remarques de Daneshdjou était important ; elles arrivent deux ou trois semaines avant l’annonce des résultats nationaux du concours d’entrée en master à l’université et « qu’elles augmentent l’inquiétude sur de plus grandes contraintes dans l’éducation supérieure. »

Il a aussi dit que la récente expulsion de professeurs comme Alireza Beheshti, Ghorban Behzadinejad et Mohsen Mirdamadi n’était pas sans lien avec ces remarques. « Il semble que Kamran Daneshdjou veuille créer une atmosphère mortifère dans les universités et mener une deuxième révolution culturelle avec le soutien et le conseil d’institutions pures et dures. »

La révolution culturelle de la révolution islamique, que l’on appelle officiellement « réveil de l’islamisation des universités » a eu lieu dans les premières années de la révolution et a causé le licenciement et la purge de beaucoup de professeurs et d’étudiants des institutions de l’éducation supérieure.

Dans son rapport sur les interdictions d’éducation poursuivies et mises en place durant l’administration Ahmadinejad, le conseil de défense des droits à l’éducation écrit : « les politiques d’apartheid en matière d’éducation, surtout ces trois dernières années, ont pris leur élan dans le pays et des centaines d’étudiants ont été empêché de poursuivre leur éducation supérieure. » Le rapport critique aussi « le marquage par des étoiles des étudiants » par lequel les étudiants ne peuvent pas poursuivre leur éducation à cause de leurs idées et actions politiques. En sus d’être privé d’éducation supérieure, beaucoup d’étudiants « étoilés » ont également été arrêtés, interrogés et incarcérés, surtout après les élections présidentielles de 2009 et lors des manifestations dans tout le pays pour protester contre les résultats de l’élection. Dans ce dernier groupe, Madjid Dori, Zia Nabavi et Mahdieh Golrou* qui sont en train de purger leurs peines de prison. Certains étudiants ont aussi été arrêtés et « étoilés » à cause de leurs manifestations aux débats télévisés d’Ahmadinejad durant la campagne pour l’élection présidentielle de 2009. D’autres étudiants qui sont toujours derrière les barreaux : Saïd Djalalifar, Madjid Tavakoli, Emad Bahavar, Eftekhar Borzorguian, Kaveh Rezaï, Arash Sadeghi, Ali Akbar Mohammadzadeh, Moïn Ghamin* et Ali Adjami.

*Mahdieh Golrou et Moïn Ghamin ont depuis été libérés

Source: http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/article/end-education-apartheid.html

lundi 1 août 2011

Les Mères du parc Laleh (Mères en deuil d’Iran) exigent une enquête immédiate sur la terrible situation des prisons iraniennes


Aucun humain épris de liberté ne peut se taire en entendant les terribles nouvelles qui sortent de temps en temps des prisons iraniennes . Ces nouvelles racontent l’histoire d’une catastrophe humaine massive qui se passe quotidiennement dans toutes les prisons du pays, qu’elles soient grandes ou petites, célèbres ou inconnues.

D’après les prisonniers, des simulacres d’exécution, les viols, les ongles arrachés, les têtes de prisonniers enfoncées dans la cuvette des toilettes, les attaques de chiens méchants, la torture de membres proches de la famille, la prise forcée de neuroleptiques jusqu’à être réduits à l’état de légume, les longs interrogatoires, nus, les humiliations sexuelles, les flagellations, la privation de sommeil, l’enfermement dans une petite cage, les longues détentions à l’isolement, les menaces et les mensonges, voilà les tortures les plus communes dans les prisons de la république islamique. Mais torturer les prisonniers pour leur extorquer de faux aveux ne constitue qu’une partie de leurs crimes et  ce que l’on fait quotidiennement subir aux prisonniers politiques ou de droit commun, jeunes ou vieux, hommes ou femmes est horrible et inhumain.

Certaines des lettres que les prisonniers ont réussi à faire sortir décrivent la catastrophe en cours dans les prisons. En écrivant ces lettres, les prisonniers risquent leurs vies avec l’espoir qu’au dehors, quelques personnes les entendent et venir à leur secours.

La deuxième de ces terrifiantes lettres provient du journaliste emprisonné Mehdi Mahmoudian qui est toujours torturé pour avoir fait sortir une première lettres révélant les crimes commis à la prison de Kahrizak. A cause de cette seconde lettre, il a été transféré à l’isolement et a du être hospitalisé suite à une grève de la faim et de la soif. Kahrizak est cette prison célèbre où des manifestants arrêtés lors de l’été 2009 ont perdu la vie peu de temps après leur arrestation. Le régime a bien essayé de réparer les dégâts en la fermant temporairement et en jugeant certains de ses petits chefs à huis clos, mais des crimes plus grands encore ont encore lieu dans les prisons ; les prisonniers meurent à petit feu.

Dans sa deuxième lettre écrite de la prison de Redjaï-Shahr, Mehdi Mahmoudian révèle la terrible situation et parle des tortures sauvages qu’ont y pratique. Les gangs de trafiquants de drogue qui y sévissent, le grand nombre de drogués, les viols et le commerce d’êtres humains et les échanges sexe contre drogue ont causé une épidémie de sida et d’hépatite.

Seyed Zia Nabavi, ancien étudiant, qui purge actuellement une peine de 10 ans à la prison Karoun d’Ahvaz, relate la situation terrible de cette prison. Le nombre de prisonniers est trois fois la capacité nominale de la prison et un tiers d’entre eux sont contraints de dormir par terre, un tiers dort dans une petite cour, s’abritant dans les toilettes quand il pleut. Malheureusement, après chaque averse un peu forte, les égouts se déversent dans la cour et les prisonniers n’ont d’autre choix que de supporter l’odeur pestilentielle, de manger, de dormir, de « vivre » parmi les cafards et les rats. A l’heure de la promenade, il y a trois prisonniers marchant et fumant par mètre carré. « Au-dessus de la cour se trouve un treillis qui limite l’arrivée d’air frais et ajoute encore à la touffeur extrême des étés d’Ahvaz, ce qui non seulement prive les prisonniers de la joie de voir le ciel mais les transforme aussi en animaux en cage. »

Une autre lettre révélatrice a été écrite par neuf prisonnières récemment transférées à la prison de Gharchak dans la banlieue de Varamine ; elle nous raconte les horribles conditions de cette prison. Bien qu’elles aient toutes été transférées de nouveau dans d’autres prisons depuis, il est douloureux de savoir que d’autres femmes et jeunes filles souffrent dans cette prison.

Le nombre de détenues excède plusieurs fois la capacité de cet ancien élevage de poulets. Elles souffrent non seulement du manque d’hygiène et de ventilation mais aussi de la faim, de l’insécurité, on les punit en les battant avec des matraques et en leur arrachnat les ongles.

Extraits de cette lettre :
« La prison Ghartchak de Varamine comporte sept cellules dont chacune a une capacité de quelques dizaines de prisonnières mais qui en abritent chacune 200. Le manque de ventilation ainsi que les odeurs de gaz provenant des égouts ont causé des problèmes respiratoires à beaucoup de prisonnières. Il y a deux salles d’eau et deux toilettes pour plus de 200 prisonnières. En raison de ces restrictions, beaucoup de prisonnières utilisent l’espace entre les bâtiments pour se laver. N’ayant pas d’autre point d’eau, les prisonnières sont obligées d’utiliser les robinets des toilettes pour faire leur vaisselle et leur lessive. Trois repas quotidiens sont censés être servis à la cantine mais en raison du manque de nourriture, plusieurs prisonnières ne les ont pas eu la semaine dernière. Chaque repas consiste en deux tranches de pain rassis et une pomme de terre ou une petite portion de pâtes. Et l’on voit les résultats de la malnutrition surtout qu’il y a beaucoup de prisonnières mineures. En raison du manque de nourriture, les combats sont permanents et on appelle la cantine la « pièce où l’on se bat ».

Nous avons de temps en temps des nouvelles des prisons de Shiraz et elles sont inquiétantes. Par exemple, les rapports sur la mort suspecte du militant politique Réza Mohammadi. A la famille, qui n’avait pas eu de nouvelles depuis longtemps, on a annoncé que la cause de la mort était « un chute sur le sol des toilettes ».  Non seulement on n’a pas rendu le corps à sa famille en dépit de ses demandes répétées, mais on l’a intimidée, les services du renseignement allant jusqu’à arrêter son frère pour l’empêcher de répandre la nouvelle de sa mort.

De la prison de Sanandadj, au Kurdistan, nous entendons que le ministère du renseignement et les gardiens de la révolution humilient et mettent les prisonniers sous pression pendant les interrogatoires, leur rendant la vie insupportable. Les gardiens attaquent les prisonniers politiques, les battant et détruisant ou emportant le peu qu’ils possèdent.

Les nouvelles de la prison Vakil Abad de Mashhad nous parlent non seulement d’exécutions de masse mais aussi de conditions généralement inhumaines. Seyed Hashem Khastar, représentant des enseignants au conseil des éducateurs et qui y est détenu, a écrit au responsable national de la justice ; dans cette lettre il dévoile quelques détails sur la prison : les prisonniers, quatre fois la capacité nominale de la prison, se voient refuser leurs droits les plus fondamentaux et il compare la prison aux « camps de la mort d’Hitler ».

En général, la surpopulation, la non ségrégation des prisonniers en fonction de leurs prétendus crimes, l’insécurité, le manque criant d’installations sanitaires et d’accès aux soins médicaux, le manque ou l’interdiction des mass media comme les journaux ou la radio, les droits d’appels téléphoniques et de visite, indiquent non seulement le mépris des règlements des prisons, mais aussi le mépris des droits humains en prison, ce qui n’est qu’une petite partie du plus vaste problème des violations des droits humains en ce pays.

Comment se taire lorsque nous voyons de nos yeux les meilleurs de nos enfants souffrir d’une telle situation ? Face à cette situation, il ne s’agit plus seulement d’exiger la libération de tous les prisonniers politiques. Ce qui se passe dans les prisons de la république islamique est contraire à la dignité humaine et s’est le devoir de toute personne éprise de justice de se soulever contre cette situation.

Les Mères du Parc Laleh (Mères en Deuil) et leurs sympathisants, en plus de souligner leur juste demande de libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques, demandent que jusqu’à ce que cela advienne, leur sécurité et leur bien-être soient garantis, que tous leurs droits, ainsi que ceux des prisonniers de droit commun, soient respectés en accord avec les règlements des prisons et que les prisons qui ne répondent pas aux normes internationales soient fermées. Luttant main dans la main avec les familles des prisonniers politiques, nous demandons à tous ceux épris de liberté et aux organisations internationales de défense des droits humains de soutenir nos exigences et d’obliger la république islamique d’Iran à se conformer aux lois internationales vis-à-vis de ses citoyens.

Nous exigeons la fermeture immédiate de toutes les prisons illégales et non enregistrées, l’accès à l’hygiène et aux soins médicaux (en particulier pour les femmes et leurs enfants), la séparation des prisonniers en fonction de leurs crimes et enfin le respect des droits fondamentaux des prisonniers, qu’ils soient politiques ou de droit commun.


Source: http://www.madaraneparklale.org/2011/05/mothers-of-laleh-park-mourning-mothers.html

samedi 28 mai 2011

Lettre de Zia Nabavi au responsable du conseil des droits humains de la justice iranienne


A Monsieur. Mohammad Javad Ardeshir Laridjani, responsable du conseil des droits humains de la justice iranienne.

La lettre que vous avez devant les yeux a une longue histoire. Quand je retourne en pensée en octobre 2010, date de mon exil à la prison Karoun, je revois les nombreux instants passés à envisager cette lettre. Il va bien sûr sans dire que la différence entre imaginer et écrire est importante. L’incertitude est une caractéristique de la conduite humaine qui crée souvent doute, suspicion et appréhension et qui entraine l’inefficacité

Ecrire une lettre n’est absolument pas facile. Chaque fois que je prends un stylo pour mettre sur le papier quelques lignes de critique, je me demande si c’est la bonne chose à faire, je me demande le but de cette action et si la situation pourra un jour changer. Je remets mon rôle en question : qui suis-je pour critiquer ? Suis-je capable d’exprimer mes pensées noir sur blanc ? Mes paroles auront-elles un poids ?

Croyez-moi, durant les mois qui ont suivi mon exil la prison de Karoun, j’ai souvent lutté pour savoir ce que je devais faire et comment réagir face à la situation inhumaine, insupportable et désastreuse de cette prison. Bien sûr, depuis mon arrivée, j’ai discuté la situation de la prison avec les autorités pénitentiaires et judiciaires, ce qui a eu quelques effets positifs. Mais la situation de cette prison est tellement hors du domaine de ce qui est considéré comme acceptable que je doute qu’en dépit de toute la bonne volonté des autorités pénitentiaires, le problème puisse être résolu. Il faut une nouvelle approche d’une autorité supérieure pour apporter les changements tellement nécessaires.

Mohammad Javad Ardeshir Laridjani, responsable du conseil des droits humains de la justice iranienne,

Je suis bien conscient qu’en lisant cette lettre, ce sont mes motivations à l’écrire qui détermineront votre réaction. J’ose espérer que cette lettre aura un effet positif, que vous lirez cette lettre avec empathie. Je réalise cependant que votre réaction à cette lettre est hors de mon pouvoir. Franchement, toute tentative de ma part pour défendre des motivations qui ne sont même pas claires pour moi serait pour le moins immorale et incorrecte. Peut-être vaut-il mieux que vous ignoriez totalement mes motivations et que vous la lisiez objectivement.

Je peux vous assurer, et c’est un euphémisme, que je n’ai pas exagéré mon exposé sur la situation dans la prison de Karoun. Il se peut que j’ai omis de signaler quelques uns des inconvénients, mais je n’ai rien écrit qui ne soit véridique. J’ai choisi de limiter mon rapport à mon expérience personnelle au bloc 6 de la prison de Karoun où je suis actuellement détenu.  Il va sans dire qu’en plus des problèmes généraux de ce bloc, j’évoque aussi les problèmes personnels liés à mon dossier. Comme mon dossier n’est pas le sujet de cette lettre, je n’approfondirai pas ce sujet.

Le problème le plus important auquel la prison de Karoun d’Ahvaz doit faire face, c’est sa surpopulation ; par exemple, dans le bloc 6 où je suis actuellement incarcéré. Si l’on se base sur le nombre de lits, ce bloc a une capacité maximale de 110 places ; en moyenne, il y a plus de 300 prisonniers en même temps, soit trois fois la capacité autorisée. Avec une telle surpopulation, il est évident que nous avons de nombreux problèmes pour faire tenir tout le monde, même debout, ce qui en oblige beaucoup à dormir par terre. (J’ai moi-même dormi sans lit pendant 6 mois). Un tiers des prisonniers dort dehors dans la cour et la totalité de l’aire de promenade est recouverte de couvertures. De plus, un grand nombre de prisonniers sont contraints de rester dehors jour et nuit, quel que soit le temps. Et quand il pleut durant la nuit, beaucoup de ces prisonniers sont forcés à trouver refuge dans les cuisines, les salles de bains et les toilettes de la prison. Croyez-moi, la simple observation de ces faits est horrible. En ce moment, la seule chose qui me réjouisse est d’être encore en vie. Je suis reconnaissant de n’avoir jamais eu à dormir dehors dans la cour ou dans les toilettes comme tant d’autres prisonniers.

La surpopulation de la prison a créé des problèmes pour l’intégration des prisonniers. Bien que le bloc 6 soit nommé « quartier de sécurité », il n’y a qu’un prisonnier sur six détenu pour des crimes politiques ou liés à la sécurité. Les autres détenus de ce bloc le sont pour vol ou crime lié à la drogue. L’une des trois salles de la prison a été dévolue aux prisonniers politiques et aux prisonniers détenus pour crime lié à la sécurité. Mais en dehors des quartiers de nuit, tous les prisonniers partagent la cour, les cuisines, les douches et les toilettes.

Les prisonniers inculpés de vols et de crimes liés à la drogue ont des problématiques qui leur sont propres comme la dépendance à la drogue, des maladies dangereuses et d’autres problèmes d’hygiène qu’on ne retrouve habituellement pas parmi les prisonniers politiques, ce qui rend difficile la promiscuité avec ces prisonniers.

Il convient de mentionner qu’il y a une autre prison à Ahvaz pour les inculpés de crimes financiers. Cette prison a une situation hygiénique bien meilleure et il aurait été, sans aucun doute, plus logique d’y incarcérer les prisonniers politiques et les prisonniers pour crimes liés à la sécurité.

La cour de promenade du bloc 6 mesure 8m x 15m ; en raison de la surpopulation, cela veut dire 3 prisonniers au mètre carré durant les promenades. Il faut avoir connu la prison pour comprendre la torture représentée par la privation de promenade où l’on peut un peu allonger ses jambes. De plus, la cour est couverte de solives de fer formant un réseau. Ce dispositif a été mis en place pour empêcher les évasions mais il limite le renouvellement de l’air et augmente la chaleur qui est déjà extrême durant les étés infernaux d’Ahvaz ; la cour se transforme alors en four. Il n’y a malheureusement pas d’ombre et les prisonniers sont donc exposés au fort rayonnement solaire. Le plafond en résille prive également les prisonniers du petit plaisir de regarder le ciel bleu et nous nous sentons comme des animaux en cage.

L’hygiène n’existe pas dans la prison. Que peut-on attendre de plus d’une prison aussi ancienne, surtout si l’on prend en considération la surpopulation et les types de prisonniers qui y sont détenus ? Certains prisonniers menaient une vie simple à l’extérieur et sont donc habitués à cette situation ; ils n’ont pas eu de problème pour s’adapter à leur environnement. Ces personnes ne prennent jamais de douche, ne changent pas de vêtements, n’utilisent pas de savon et marchent pieds nus, même pour aller aux toilettes ou ailleurs. Etant donnée leur présence, je suis sûr que vous commencez à vous rendre compte des conditions d’hygiène dans ce bloc. Les sanitaires du bloc 6 sont aussi très sales et en dessous des standards. Pour aller aux toilettes ou prendre une douche, il faut attendre des heures. L’eau de la douche est souvent froide. La salle d’eau consiste en une ligne de six vieux robinets qui s’écoulent dans une rigole hautement contaminée. Il est également étrange que les sanitaires soient utilisés pour différents usages. Essayez d’imaginer un espace de deux mètres carrés où quelqu’un se lave les mains, un autre boit de l’eau, un autre se brosse les dents, un autre fait la vaisselle, un autre fait ses ablutions, un autre se rase, un autre lave du riz pendant qu’un dernier se mouche. Même si y penser donne envie de vomir, ceux qui vivent cette expérience ne peuvent y échapper.

Un autre problème important du bloc 6 est le système des égouts. En raison d’un système d’égouts inapproprié, les prisonniers ont pris l’habitude de vivre en compagnie de rats et de cafards dans ce bloc. Il y a un problème plus sérieux, c’est que les égouts s’engorgent de temps en temps, se déversent dans la cour et recouvrent l’espace utilisé par les détenus pour dormir. L’odeur envahit tout l’extérieur et persiste pendant des heures. Honnêtement, de temps en temps, la contamination et la puanteur rendent tellement fous qu’une seule bouffée d’air frais semble un rêve inaccessible.

Bien que respirer le même air plein de fumée de cigarette que beaucoup d’autres prisonniers dans un espace confiné soit en soi une torture, quand il est mêlé à la puanteur des égouts il en devient encore plus insupportable ; surtout s’il commence à beaucoup pleuvoir car la cour se transforme alors en piscine et il est impossible de se rendre aux sanitaires et aux toilettes sans charrette.  Ce qui est déchirant, c’est que même si les égouts couvrent tout l’espace extérieur, les prisonniers doivent quand même y installer leurs affaires, y dormir et y manger.

Je ne parlerai pas de la nourriture en prison pour que mes observations ne soient pas interprétées comme des préférences personnelles. Il suffit de dire que l’honorable cuisinier de la prison ne prend même pas la peine d’éplucher les pommes de terre qu’il utilise pour cuisiner.  La prison procure rarement des fruits frais et, en moyenne, après beaucoup de discussions, chaque prisonnier bénéficie au mieux d’un kilo de fruits toutes les six semaines. Ce qui rend les maladies dues au manque de vitamines très courantes en prison.

Cuisiner en prison comporte toute une série de problèmes. Tout d’abord, il n’y a pas de réfrigérateur pour stocker le frais. Ce qui rend la cuisine problématique, surtout durant les mois chauds. Les réfrigérateurs de la prison ont été supprimés après que des inspecteurs y aient découvert de la drogue.  C’est un peu comme retirer tous les véhicules de la rue sous prétexte qu’on aurait découvert de la drogue dans l’une d’elles. La cuisine, en plus d’être sale, est très petite ; elle fait environ 3 mètres carrés.

Il existe également beaucoup de problèmes de communication. Les prisonniers n’ont  pas accès aux journaux ou aux magazines et n’ont pas le droit d’en recevoir de l’extérieur. La direction de la prison restreint également l’accès aux livres.  Je n’ai personnellement pas pu recevoir de livres qui m’auraient intéressés. Les livres ne posent pas de controverses dans les domaines de la philosophie, de la physique ou de la littérature. En ce qui concerne l’accès au téléphone, chaque prisonnier du bloc 6 a droit à trois minutes par semaine. Il va sans dire que trois minutes, ce n’est rien pour quelqu’un dont les êtres chers se trouvent à des milliers de kilomètres. Et même ces quelques minutes ont été supprimées pour tous les prisonniers en raison de circonstances imprévues. Les prisonniers sont au secret. J’ai été privé de téléphone à la prison de Karoun pendant longtemps, on m’a interdit de quitter l’endroit où je dormais et d’utiliser la bibliothèque de la prison.

Ce qui se passe derrière les murs de cette prison est  « indescriptible » et impossible à rapporter. Avant d’être forcé à le vivre, je n’en avais jamais fait l’expérience, je ne l'avais jamais  lu, je n'en avais jamais entendu parler. On n’a jamais dépeint une telle prison dans un livre ou un film. Il m’était inconcevable qu’un tel endroit puisse exister. Je suppose que cette tragédie vient du fait que certains sont obligés de passer tous les instants de leurs vies dans des conditions tellement insupportables, détenus dans un environnement petit, confiné et contaminé, surpeuplé de toutes sortes de prisonniers qui s’opposent. J’ai du mal à décrire un endroit manquant d’air frais ou d’un petit espace où les prisonniers puissent marcher un peu.

Durant les derniers mois que j’ai passés dans cette prison, j’ai parfois passé des jours et des nuits à mettre mes pensées et ma conduite en question, ce qui m’a amené à des conclusions surprenantes.  J’ai l’impression que ma vie glisse lentement d’un état où je vivrais comme un être humain à un état où je suis traité comme un animal. L’instinct de préservation et le désir de survie sont devenus mes principales motivations et mon souci principal. J’ai l’impression que rien n’existe que la survie. Quand je quitte la pièce par exemple, je prends grand soin à n’avoir de contacts avec personne. Si quelqu’un dormant dans la cour s’adresse à moi, je fais semblant de n’avoir pas entendu et je l’ignore brutalement. Quand je fais la queue pour les douches ou les toilettes, je lutte comme un humain préhistorique tout en tentant sans arrêt de limiter au maximum tout contact. Croyez moi quand je vous dis que je ne suis pas du tout chichiteux, j’ai l’impression qu’il faudrait même avoir peur de respirer ici. Durant les froides nuits d’hiver, quand je regardais deux ou trois prisonniers se tortiller sous une couverture humide et sale dans leur sommeil, j’étais choqué de mon manque de pitié et de compassion pour les autres. J’avais l’impression que j’avais complètement accepté que tel devait être le sort du monde et de l’humanité en général. Comment faire preuve de morale dans un endroit où les humains n’ont pas le courage, ne serait-ce qu’un instant, de se mettre à la place des autres ?

J’en ai peut-être dit assez, mais il reste tant à dire. J’ai peur qu’en dire plus ne rende cette lettre moins efficace, alors je n’en dirai pas plus. En écrivant cette lettre, mon espoir est de porter à l’attention des autorités les conditions catastrophiques pour que la situation de la prison de Karoun s’améliore. La situation est tellement malheureuse qu’on pourrait la décrire comme « à la frontière entre l’humanité et la barbarie. »

Zia Nabavi
Prison de Karoun, Ahvaz
Source : http://persian2english.com/?p=21915

samedi 3 juillet 2010

Zia Nabavi dans un état critique après une attaque nerveuse en prison

RAHANA – Seyyed Zia Nabavi a fait une attaque nerveuse à la prison d’Evine. L’attaque nerveuse a été si sévère que Nabavi a perdu la voix et n’a pas pu parler pendant quelques heures. Ces camarades de cellule ont tenté de contrôler sa tension en lui donnant du sucre et de l’eau. Quelques heures après, les fonctionnaires de la prison l’ont transféré à l’infirmerie. Les médecins auraient déclaré que Nabavi est actuellement dans un état critique et que ces attaques pourraient conduire à une défaillance de son système immunitaire.

D’après Daneshjoo News, Nabavi, porte-parole du conseil au droit à l’éducation, a été arrêté le 15 juin 2009 par les agents du renseignement. Les autorités l’ont empêché de rendre visite à sa famille toute l’année dernière. Le juge a dit à sa famille de ne pas préparer l’argent de la caution et que si elle le faisait quand même, il l’augmenterait de 500 millions de tomans (environ 500.000 USD) à 800 millions. Il faut noter que la famille de Nabavi avait demandé au juge de baisser la caution, ne pouvant réunir le montant d’origine.

Nabavi a été détenu au secret pendant 98 jours. Pendant les interrogatoires, il était sous pression pour avouer qie le MKO l’avait persuadé de faire campagne pour un candidat réformiste.

Nabavi, qui s’était classé dans les dix premiers lors de l’examen du master, fréquentait l’université de technologie de Noshirvani. Le gouvernement d’Ahmadinedjad l’a privé de ses droits à poursuivre ses études.

Sources : http://persian2english.com/?p=12426



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mercredi 3 mars 2010

Lettre de Zia Nabavi au Chef du pouvoir judiciaire

Lettre de Zia Nabavi au responsable de la justice Sadeq Laridjani

Son Excellence l’Ayatollah Laridjani, responsable de la Justice

Je m’appelle Ziaoldin Nabavi. Je suis né en 1983 à Qaemshahr [province du Mazandaran]. J’ai été arrêté juste après les élections, dans la nuit du 14 juin au domicile d’un ami. Après avoir passé 100 jours au bloc 209 de la prison d’Evine tenu par le ministère du renseignement, j’ai été transféré à la détention générale. Actuellement, je suis au bloc 350.

J’ai un diplôme d’ingénierie chimique de l’université de technologie de Babol et on m’a empêché de terminer ma maîtrise de sociologie (je suis ce qu’on appelle un étudiant « étoilé ») [système développé par le ministère iranien de l’éducation supérieure qui pénalise les étudiants ayant des problèmes de discipline avec des étoiles. Après un certain nombre d’étoiles, on interdit aux étudiants de poursuivre leurs études. Ce système est essentiellement utilisé contre les militants étudiants]

Résumé des accusations et verdict y afférant

1. Conspiration pour agir contre la sécurité nationale (trois ans de prison)

2. Propagande contre le régime (un an de prison)

3. Troubles à l’ordre public (un an de prison)

4. Troubles à la tranquillité d’esprit du public (74 coups de fouet)

5. Liens et coopération avec l’organisation des Moudjahiddines Khalq (MKO) (10 ans de prison à Izeh, Khouzestan)

Voici les trois principales raisons de cette lettre:

Premièrement,  faire appel de ce verdict incroyablement sévère et protester contre des accusations tellement hors de propos.

Deuxièmement, défendre la réputation des étudiants « étoilés » leur rendre leur réputation et l’honneur à leur nom, eux qui n’ont fait que défendre leurs droits. Ils n’ont jamais fait partie de groupe politique pour ou contre le gouvernement.

Troisièmement, faire part de mon inquiétude à propos de ma situation (depuis l’arrestation, en passant par les interrogatoires et le procès). Il est de ma responsabilité de lancer un débat qui puisse conduire à un changement dans les procédures. Il est fort probable que les méthodes employées soient devenues la norme et qu’elles aient été mises en œuvre à l’encontre d’autres détenus. La justice affecte directement le sort du peuple. Toute faute est impardonnable.

Puisque la raison principale d mon arrestation la chasse aux étudiants étoilés par les autorités, j’aimerais donner une explication.

La tendance à « étoiler » les étudiants pour les priver de leurs études, a commencé en 2006, autant que ma génération puisse s’en souvenir. La même année, plusieurs étudiants (militants ou membres des syndicats étudiants islamiques de l’université qui voulaient poursuivre leurs études) en ont été empêché alors qu’ils répondaient à tous les critères d’admission de l’université.

Les militants étudiants ont fait part de leurs doléances au bureau d’évaluation (responsable de superviser tous les concours de l’enseignement supérieur). Là, ils ont découvert que, bien qu’ils auraient du être admis, ils avaient été catalogués comme « incapables » de poursuivre leurs études. Je suis devenu un étudiant étoilé en 2008.

Depuis 2006, les étudiants privés de leurs droits à poursuivre leurs études ont tout tenté pour retrouver leurs droits. Ils ont discuté avec les fonctionnaires du ministère de l’enseignement supérieur, les membres de la délégation chargée des infractions dans ce ministère, les commissions parlementaires responsables de l’éducation, des organisations culturelles, la sécurité nationale, les membres du conseil culturel suprême, le conseil de discernement et de hautes personnalités comme Messieurs Hashémi, Khatami et Karroubi.

Les étudiants bannis ont même porté leur demande de justice jusqu’au tribunal administratif de médiation (Le tribunal qui décide sur les dossiers opposant les citoyens et les organes gouvernementaux). Les déclarations des étudiants n’ont pas seulement été considérées comme sans intérêt par les fonctionnaires, mais l’existence des étudiants étoilés a été complètement niée.

Après trois ans d’essais infructueux pour retrouver leurs droits, les étudiants ont été obligés de monter une organisation appelée « Le conseil de défense du droit à l’éducation ». Ils ont collectivement défendu leur dossier à l’époque des élections présidentielles. Ils espéraient que l’atmosphère de la campagne électorale rendrait leurs voix plus facilement audibles en raison d’un public plus nombreux. Les étudiants ont décidé d’écrire aux autorités, de contacter les candidats aux élections présidentielles et de rassembler des informations sur les étudiants « étoilés ».

Au lendemain des élections et des évènements qui les ont suivies, les étudiants n’ont pas atteint leur but. Au contraire, huit des membres les plus actifs ont été arrêtés, emprisonnés et jugés pour des accusations fausses ou inadéquates comme Moharebeh [guerre contre Dieu, une accusation protée contre les membres de groupes armés d’opposition] relations avec des groupes armés d’opposition et conspiration pour renverser le gouvernement.

Comme vous le savez, l’éducation et l’acquisition de savoir ont toujours été tenues en haute estime par nos traditions religieuses. D’un côté, le droit à l’éducation est souligné dans divers articles de la constitution comme dans la déclaration universelle des droits humains de l’organisation des nations unies. Ce droit est considéré comme fondamental et indéniable. La privation de ce droit à l’éducation ne peut donc pas être légalement et raisonnablement considérée comme une sanction.

D’un autre côté, si nous acceptons la privation du droit à l’éducation comme une sanction légitime, il faudrait que les autorités expliquent le processus légal par lequel les étudiants ont été jugés coupables et interdits de poursuivre leurs études. De plus, il est clair que les mesures de privation ont été prises en réponse aux activités des étudiants pendant leurs études supérieures. Par exemple, dans le rapport du ministère du renseignement à mon encontre, il est dit : « L’individu qui avait un rôle opérationnel dans les manifestations étudiants et la grève de l’université de Babol, qui, par ailleurs, n’était pas une manifestation politique et ne concernait que la mauvaise qualité avec laquelle on s’occupait des étudiants, est suspendu d’études pour l’année 2006 ».

Même si nous n’acceptons pas l’argument selon lequel un procès est nécessaire avant qu’un étudiant ne perde ses droits à l’éducation, la question reste ; pourquoi des étudiant qui ont déjà été punis par le conseil de discipline de l’université (j’ai eu deux semestres de suspension) et encore puni en plus par la révocation de ses droits à l’éducation.

Le plus triste et le plus douloureux, c’est la négation de l’existence des étudiants « étoilés » par le ministère de l’éducation supérieure, le bureau des évaluations et même le président dans les médias. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Cette tragédie se conclut par l’arrestation et le procès d’étudiants accusés de Moharebeh. Une erreur de la part des autorités réparée par une erreur plus grande encore ; un problème qui aurait pu être évité par un peu plus de mansuétude de la part des autorités s’est transformé en catastrophe manifestée par un verdict cruel de 15 ans d’emprisonnement. C’est la première fois qu’un militant étudiant est aussi lourdement condamné que je le suis.

Le texte des attendus et du verdict prononcés par le juge laisse apparaître des points dignes d’intérêt. Il semble que ces points aient servi de base pour établir le verdict. Nous n’avons jamais reçu le texte écrit, je dois donc me fier à ma mémoire pour énumérer autant de points que ma mémoire me le permet :

  • L’accusé n’a pas avoué ce dont il était accusé
  • Des membres de la famille de l’accusé ont été membres du MKO et résident actuellement au camp d’Ashraf (base MKO en Irak)
  • L’accusé a fondé une association avec d’autres étudiants interdits d’études et s’est engagé dans des activités politiques et des réunions.
  • L’accusé a été interviewé par des médias étrangers à propos de sa privation d’éducation.
  • L’accusé a préparé des rapports sur la condition de quelques uns des étudiants privés d’éducation et les a envoyés au site d’information d’Amir Kabir (appartenant aux étudiants de l’université polytechnique de Téhéran)
  • L’année dernière, l’agence de presse Iran News Agency a contacté l’accusé qui a considéré l’appel comme suspect et n’a pas répondu.
  • En 2009, un individu du nom d’Ashkan de retour du camp d’Ashraf, a contacté l’accusé et lui a demandé de le mettre en relation avec le MKO. L’accusé a refusé d’accéder à sa requête.
  • En juin 2009, quelqu’un se présentant comme journaliste indépendant a contacté l’accusé mais l’accusé a considéré ce contact comme suspect et n’a pas répondu.
  • L’accusé était présent le 25 juin de 16h30 à 17h30 entre la place Enqelab et le ministère du travail.

Voici mes explications sur ces points:

Je n’ai jamais rien dit d’autre que la vérité durant les interrogatoires malgré la lourde pression psychologique et parfois physiques (station debout prolongée, coups de pieds, coups derrière la tête, insultes, humiliations, etc…), je n’ai pas avoué des crimes que je n’avais pas commis. Mes activités ont toujours eu lieu et au vu et au su de tout le monde.

Chaque personne est indiscutablement responsable de ses propres actions. Donc, condamner quelqu’un pour les actions ou sur des rapports de membres de sa famille est illégal et injuste. Si une telle condamnation était justifiée, personne ne serait innocent sur terre.

Je n’ai jamais nié mon appartenance au conseil de défense des droits à l’éducation et, comme je l’ai dit durant les interrogatoires, j’étais l’une des personnes ayant le plus de responsabilité du groupe. L’important c’est que les actions de ce groupe ne concernaient que le retour dans leur droit aux études des étudiants étoilés. Il n’y a eu aucune activité illégale, en particulier, aucune qui ne puisse être considérée comme hostile envers les institutions.

Comme les autorités niaient l’existence des étudiants étoilés et que les médias d’état, en raison des contraintes qui leur étaient imposées, ne parlaient pas de la situation des étudiants bannis, alors que s’ils l’avaient fait, cela aurait pu aider à démontrer que l’injustice que subissait les étudiants était bien réelle, les étudiants n’avaient pas d’autre choix que de parler aux médias étrangers. Le contenu de ces interviews ne peut pas être considéré comme des exemples de mensonges, de propagande contre le régime ou de trouble à la tranquillité d’esprit du public.

En raison de la sensibilité de ma famille, j’ai toujours fait attention à ne pas établir de contact avec le MKO, ne serait-ce qu’inconsciemment. Comme noté dans le rapport du ministère du renseignement, je n’ai jamais répondu aux contacts suspects, même quand ils venaient d’agence de presse. Il est incroyable que mon refus d’établir le contact soit utilisé contre moi pour justifier 10 ans de prison sous l’accusation de collaboration avec le MKO.

J’étais présent au rassemblement du 25 juin entre 16h30 et 17h30, entre la place Enqelab et le ministère du travail. J’ai décidé d’y participer seul, sans coordination avec quelque groupe que ce soit. Il n’y a pas eu de violence et une accusation de conspiration à agir contre la sécurité nationale et de trouble à l’ordre public ne tient donc pas.

Depuis mon arrestation, il y a sept mois, je n’ai vu ni mandat d’arrêt ni extension de ce mandat, s’il y en a jamais eu. Le seul document écrit que j’ai vu m’a été présenté au 70ème jour de ma détention ; il était intitulé Demande de Réduction [de caution]. Le champ pour le montant était en blanc. Je l’ai rapidement signé sur la demande insistante de la garde du bloc 209. Ce document est dans mon dossier et, dans le champ en blanc, la somme de 500.000 USD est maintenant inscrite.

Pendant les interrogatoires, on me pressait de reconnaître que le conseil de défense des droits à l’éducation était une organisation émanant du MKO et que j’étais leur agent. J’ai néanmoins clairement déclaré pendant l’interrogatoire et au cours du procès que je n’avais ni intérêt ni croyance en commun avec le MKO et que je repoussais toute idéologie politique basée sur la violence et l’obéissance aveugle. J’ai déclaré à de multiples reprises que s’il y avait la moindre preuve de mes liens avec ce groupe (appels téléphoniques, emails, etc…) ou que même si l’un de mes amis ou co-accusés déclarait que j’étais un sympathisant du MKO, je ne verrais aucune objection à être condamné à mort.

De plus, quiconque me connaît sait que j’ai une personnalité critique et que je ne peux pas suivre aveuglément un groupe ou une organisation. Ce trait de personnalité apparaît dans mes écrits ainsi que dans ma conduite et mes activités pendant mes études. Ce point ne peut pas être ignoré du ministère du renseignement et c’est pourquoi je m’interroge sur la base de cette accusation

Dans tous les cas, au nom de la justice, de la dignité des étudiants bannis et de la soif de justice d’une personne opprimée, je vous implore de réexaminer mon dossier pour y voir les injustices dont j’ai souffert. J’accueille favorablement, par avance, toute tentative d’éclaircissement de mon dossier, même en publiant dans les médias les minutes des interrogatoires et le contenu de mon dossier. On pourrait ainsi prouver mon affirmation du manque de toute preuve en relation avec les accusations.

Le jugement est une forme compliquée d’acquisition du savoir, la conduite du système judiciaire émane des présupposés basés sur la théorie et le savoir commun dans la société ; en tant qu’individu qui s’intéresse aux discussions théoriques, je pense nécessaire d’attirer l’attention sur un point.

L’un de nos principaux problèmes est la compréhension du phénomène social qu’est le réductionnisme : l’analyse de problèmes complexes en les simplifiant et en se concentrant sur un seul facteur par problème. Le motif derrière l’approche réductionniste, en plus de découvrir la vérité, est de se libérer du stress causé par la rencontre avec un nouveau phénomène, malhonnêtement. Malheureusement, j’ai été témoin de ce mode de pensée pendant mes interrogatoires.

Les experts [expert est le terme utilisé pour désigner une personne en charge d’un dossier et/ou des interrogatoires] censés disséquer les problèmes pour en trouver les racines, mis face au problème des « étudiants privés d’études », ont choisi de simplifier la solution en niant complètement l’existence de ces étudiants. Après que le plan de dénégation ait échoué, les experts ont lié les étudiants aux groupes hostiles et d’opposition.

Bien que des milliers de raisons puissent être avancées pour démontrer que prêter de tels agissements aux étudiants est horriblement illogique et injustifié, le seul avantage en est, pour les fonctionnaires du renseignement et de la sécurité, le calme de l’esprit émanant de la compréhension du problème qu’ils se sont forgée, même si elle est incorrecte ; c’est ce qui les a poussés à augmenter les sanctions pour avoir recherché le droit à l’éducation.

Croyez-moi, pendant les interrogatoires, je ne désirais pas être relâché mais trouver l’occasion de discuter avec l’expert du dossier. Je voulais lui expliquer le début du problème des étudiants étoilés, tout ce qu’ils ont subi pendant ces années et beaucoup d’autres problèmes. Ca n’a jamais été possible à cause de l’environnement des interrogatoires et des pressions perpétuelles. Chaque conversation était limitée à l’aveu d’un crime que je n’avais ni commis, ni même imaginé.

En tout cas, on n’a jamais répondu à cette demande ; pendant tout le temps où nous avons été privé du droit de poursuivre nos études, aucun fonctionnaire du ministère de l’éducation supérieure, de la justice ou du ministère du renseignement ne nous a rendu visite pour que nous puissions lui expliquer nos doléances ou lui exprimer nos exigences. Nous espérons qu’après toutes nos angoisses et nos détresses, cette lettre devienne un prétexte pour organiser des discussions.

Honorable responsable de la justice,

Mettez-vous s’il vous plait à la place d’une personne qui, en dépit de ses qualifications et ses aptitudes aux études est privé de la poursuite de ses études et de sa progression académique. Le plus terrible c’est que ces étudiants, en raison de leurs efforts pour retrouver leurs droits, ont été sévèrement condamnés, par exemple à des peines de prison. Vous voyez que la répression cachée dans cette injustice est réellement douloureuse.

De nouveau, je supplie que mon dossier et ceux des autres étudiants étoilés soient revus dans une perspective complètement légale, loin des subtilités politiques. Justice devrait être rendue en appel et l’accusation de liens avec le MKO au moins, devrait être éliminée pour que les autres étudiants étoilés et moi-même puissions retrouver notre dignité et laver l’honneur de nos noms.

De plus, puisque beaucoup d’étudiants ont porté l’affaire devant le tribunal administratif du gouvernement, je vous demanderais, dans la lignée des autres changements positifs du système judiciaire, que la manière de traiter ces dossiers soit également changée. De tels changements permettront aux étudiants de retourner à l’université et de continuer leurs études. La liberté est douce, mais la liberté sans possibilité d’étudier et d’acquérir des savoirs est vide de toute joie.

Je vous remercie de toutes vos attentions.

Seyed Ziaoldin Nabavi

Bloc 350 de la prison d’Evine Prison

Traduction: Siavosh J.
Persian2English.com

http://persian2english.com/?p=7652