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dimanche 11 août 2013

Lettre de Hossein Ronaghi-Maleki à Abolfazl Abedini

Au nom de la justice
Tu vis en moi
Et moi en toi
Nous ne mourrons jamais
Toi, moi et des milliers d’autres,
Nous prendrons cette route.
La victoire nous appartient
La joie et la prospérité nous appartiendront.
Mon bien-aimé, 
Le monde va s’épanouir
Et chaque tulipe née du sang des martyrs
Est une promesse du jour à venir qui sera libre

Houshang Ebtehadj

A mon frère emprisonné et souffrant, Abolfazl Abedini :

Voici aujourd’hui 14 jours que tu es en grève de la faim à cause de ton transfert illégal. Penser à la tyrannie et aux persécutions utilisées pour réprimer les personnes éprises de liberté comme toi, le son de ta voix me rappellent cette ballade inspirante bien loin des murailles d’Evine. Elle venait de la terre du Khuzestân : « Si tu entends un musulman pleurer et que tu ne réagis pas, tu n’es pas musulman. »

Mon cher ami, je te connais depuis des années, depuis l’époque où tu étais la voix des travailleurs opprimés qui souffraient des injustices courantes ; de l’époque où les rues étaient pleines de feu, de fumée et des cris brisés de milliers d’Iraniens qui y étaient descendus pour manifester, appelant à la justice alors qu’ils étaient attaqués ; et ensuite, à l’époque de la prison, des pressions et des mauvais traitements, quand tu as triomphé de la pression de ceux qui t’interrogeaient et que tu es resté en prison.

Je sais que tu es décidé et que tu t’es fait des promesses. C’est malheureusement ta bienveillance et ta persévérance dans l’humanité qui t’ont mis, toi et ta famille dans une situation si difficile.

Je sais que notre détermination et notre persévérance nourriront le futur des enfants de ce pays et je ne peux donc pas m’opposer à ta protestation ou à tes convictions. Je ne peux pas te dire de penser à ta propre santé, à ta propre vie dans ces jours difficiles où tu n’as personne à tes côtés pour porter ta voix. Nous sommes des vagues manquant de tranquillité.

Je resterai à tes côtés, je ressentirai ta douleur car si nous ne restons pas ensemble, nous ne trouverons personne avec qui suivre notre chemin. Je sais que l’égoïsme de certains n’a fait que prolonger ton destin amer au point que tu es prêt à te sacrifier pour la poursuite de la lutte. Ton emprisonnement, celui de Madjid Dori et de Zia Nabavi dans la prison de Karoun aux conditions inhumaines, mêlés que vous êtes aux malfaiteurs dangereux est un sacrifice très lourd dont vous et vos familles payez le prix.

Je sais que tu es en grève de la faim pour protester contre la tyrannie, l’oppression, le manque de légalité, l’assignation à domicile de Mir-Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard et Mehdi Karroubi. Nous partageons tous cette douleur, nous sommes tous opposés à ce climat d’outrages et d’injustice, tu ne devrais donc pas te retrouver seul dans cette voie.

Tu sais que nos mères sont unies sur ce chemin car il c’est un calvaire pour toute mère de voir son enfant s’éteindre comme une chandelle. Si nous n’avons pas de camarade, personne pour faire entendre notre voix, nos mères seront nos porte-voix, elles seront à nos côtés car elles ressentent nos peines et nos souffrances. Je sais qu’avec le soutien de nos mères, notre lutte finira par changer le cours du destin.

Je serai ton compagnon dans tes inquiétudes sur le futur de l’Iran, sur la situation d’Arash Sadeghi à l’isolement et dont personne n’a de nouvelles, et sur les milliers d’Arash et de Neda qui ont payé et qui paieront le prix pour poursuivre ce chemin.

Je lance une grève de la faim pour manifester contre les responsables qui ignorent la santé des prisonniers politiques, les besoins médicaux des militants politiques malades qui sont en prison, les pressions impitoyables sur ma famille, le transfert arbitraire de prisonniers politiques innocents, la situation inhumaine des prisonniers politiques, leur mise à l’isolement et la continuation des actions illégales et violentes.

Que notre santé et notre vie mettent fin à l’emprisonnement, à la torture et aux chaînes qui entravent les mains et les pieds de ceux qui recherchent la liberté. A une époque où rien n’a changé, crions que nous exigeons le changement pour promouvoir la moralité, la dignité, la légalité et la valorisation de la santé mentale et physique des humains.

Mon cher Abolfazl,

La vie est pour nous, artistes, une belle scène,
Chacun chante sa propre chanson
Dans la scène qui convient.
On se souviendra de nous
Une larme à la fois.
Ton image que j’oublierai doucement
Vivre dans la joie est un art.
Ne t’approprie pas la joie des autres
Car comme la nature morte du jour et de la nuit
Nous serons privés de toute joie
L’absence de douleur ne risque pas de nous atteindre.

Seyed Hossein Ronaghi Maleki – prison d’Evine

Source : http://www.kaleme.com/1392/05/20/klm-154375/


lundi 28 mai 2012

Lettre de protestation du blogger emprisonné Hossein Ronaghi Maleki au guide suprême Khamenei


Salutations respectueuses à son excellence l’ayatollah Seyed Ali Khamenei, guide suprême de la république islamique. 

Ceux qui écoutent la parole et en tirent le meilleur, ceux-là sont des hommes d’entendement.

En raison de votre emploi du temps chargé, je commencerai tout de go par vous rappeler votre discours du nouvel an 2009 : « Je soutiens les actes justes, je dis que nous devrions être justes, regardons les actes ; ceci n’a rien à voir avec les élections, cela concerne ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Soutenir ceux qui servent ce pays est non seulement mon devoir mais aussi le devoir de chacun. Je soutiens et j’applaudis toutes les bonnes actions, tous les bon progrès, ceux qui servent le peuple, ceux qui aident et qui ont de la compassion pour ceux qui sont dans le besoin, ceux qui s’élèvent contre l’injustice et la tyrannie. Je remercie tous ceux qui ont accompli ces actions, que ce soit une personne ou un gouvernement, c’est mon devoir. » Toute personne impartiale ne peut qu’approuver cette déclaration, mais, contrairement à ses lignes directrices, moi Hossein Ronaghi-Maleki, les autres prisonniers politiques et même les dirigeants du Mouvement Vert, Monsieur Mir-Hossein Moussavi, l’hodjatoleslam Mehdi Karroubi et Madame Zahra Rahnavard sommes emprisonnés et nous avons enduré la torture pour avoir recherché la liberté, la justice, pour nous être élevés contre l’oppression et nous être inquiétés du futur de l’Iran. Hélas, personne ne nous a été reconnaissant, nous n’avons connu que l’ingratitude.

Guide suprême de la république islamique, ayatollah Khamenei,

Vous vous souvenez sûrement que l’ayatollah Khomeiny avait souligné en son temps : « Il n’est pas permis à celui qui comprend de ne pas prendre la parole. Quand on comprend, on doit parler, qui que l’on soit, partisan ou dissident. » Votre excellence a pareillement souligné : « Si l’on est conscient et actif, si l’on est témoin de tout signe de fierté mal placée, d’arrogance ou d’égoïsme des dirigeants, on doit manifester avec bienveillance et si l’on se rend compte que le dirigeant n’a pas l’intention d’éliminer ces travers, on doit lui tenir tête et le contester, ce qui finira certainement par redresser ces travers. »

En vérité, la plupart d’entre nous n’a pas dévié de cette ligne et en plus, beaucoup d’entre nous croyaient que ce que nous faisions était supérieur à nos devoirs nationaux, moraux et religieux.
Malheureusement, nous ne pouvons que constater le despotisme, l’illégalité et l’oppression de ceux qui aiment l’Iran et la liberté et de ceux qui se dressent pour leurs droits, de ceux qui ont pris position pour la bonne volonté et ont manifesté contre les conditions injustes en Iran aujourd’hui. 

Votre excellence, ayatollah Khamenei,

Les appareils de sécurité et de renseignement comme le service de renseignement de la Sepah et le ministère du renseignement ont l’impression qu’ils peuvent nous forcer à accepter leurs exigences illégitimes par des menaces, des arrestations et des intrusions dans l’intimité de nos foyers. S’opposant à la religion et à la loi, ces appareils de sécurité ont attaqué des manifestants sans défense les battant impitoyablement, en blessant des centaines, en arrêtant des milliers, en tuant des dizaines ; ils ont arrêté et emprisonné les militants politiques et de la société civile, les critiques et les dissidents. Ils ont imposé une censure manifeste à la presse iranienne. Contrôlant totalement Seda o Sima (radio-télévision nationale) et tous les médias gouvernementaux, ils ont déformé les faits et publié des mensonges éhontés. Ils savent très bien créer des dilemmes psychologiques et mentaux pour les dissidents et les critiques par des tortures diverses et variées, tant et si bien que même le bureau des prisons se plaint maintenant des actions arbitraires de ces appareils sécuritaires.

Guide de la république islamique,

Il nous faut accepter que la justice ne puisse pas être indépendante avec tant d’entités de renseignement et de sécurité. Il nous faut accepter que la société soit au bord de l’explosion et que la paix superficielle actuelle ne soit due qu’à l’oppression, à l’intimidation, aux incarcérations et à la répression. Il nous faut savoir que les idées de ceux qui cherchent la liberté ne peuvent être enchaînées ! On ne peut torturer les idéologies ! La vérité ne peut être réprimée ! Il nous faut accepter que l’affrontement avec le peuple de cette terre devienne de jour en jour plus inhumain et effréné, plus de limites ou de frontières ; on répond à chaque action, à chaque mot critique par la répression et les arrestations. Il nous faut regarder la prison d’Evine et nous souvenir des mots de l’ayatollah Seyed Hassan Tabatabaï Ghomi : « Je sais que les prisons de ce pays sont pleines de prisonniers politiques et pourtant, les arrestations de ceux qui sont épris de liberté continuent. » Il nous faut observer et écouter et, comme l’ayatollah Khomeiny, valider le fait que : « Certains des gardiens de la révolution, dans certains endroits du pays, outrepassent les limites de leurs missions statutaires et interfèrent trop dans les tribunaux et dans d’autres institutions. Il incombe aux chefs des gardiens de la révolution dans tout le pays d’intervenir dans ces actions contraires aux lois et à l’islam pour les faire cesser. » 

Votre excellence, ayatollah Khamenei,

Les évènements de la cité universitaire de Téhéran et du centre de détention de Kahrizak vous avaient perturbé et vous aviez ordonné une enquête ; j’espère que, de la même façon, vous accorderez au moins attention à ma situation affreuse, à celle des prisonniers politiques et de nos familles, aux centres de détention illégaux et à la façon dont ils sont menés. Je proteste contre ces pratiques illégales en commençant une grève de la faim à partir du 26 mai 2012 et j’ajoute que la protection de ma vie est du ressort des fonctionnaires de la république islamique. Cette grève de la faim est une protestation et une plainte :

  • Contre les outrages et les interventions en matière judiciaire de l’unité de renseignement de la Sepah et du ministère du renseignement.
  • Contre la perte d’indépendance de la justice.
  • Pour la restauration de la constitution, des procédures judiciaires, de l’indépendance de la justice
  • Pour la restauration des droits des prisonniers politiques et de leurs familles

Je crois que le silence de tout être humain face à l’oppression et à l’injustice est une trahison du sang innocent des martyrs de cette terre. Je crois que mon sang n’est pas plus noble que le sang des Nedas et des Sohrabs ; je crois que la souffrance de mes parents n’est pas supérieure à la souffrance de leurs parents. Nous savons tous que ces institutions ont exploité la pudeur et la patience des prisonniers politiques.

Cette fois-ci, patiemment, je me prépare à cette action ; peut-être trouverai-je une place aux côtés de feu Hoda Saber qui a perdu la vie en prison. Je citerai le Grand Prophète Mahomet : « Un pays et un gouvernement survivront au blasphème mais pas à l’oppression. »

Je prie votre excellence de croire à l’expression de mes salutations distinguées.

Seyed Hossein Ronaghi Maleki
Bloc 350 de la prison d’Evine, le 26 mai 2012

Source : http://www.kaleme.com/1391/03/06/klm-101893/

vendredi 26 novembre 2010

Lettre ouverte du défenseur des droits humains, l’avocat Mohammad Mostafaï au guide suprême iranien Ali Khamenei

A son excellence l’ayatollah Khamenei, dirigeant de la république islamique d’Iran, salutations.

C’est la première fois que je vous écris, ce sera aussi la dernière. Je m’adresse à vous car je pense que vous n’avez pas les qualités nécessaires pour diriger un pays et un système démocratiques. Vous savez très bien que vous avez pris le gouvernail du pouvoir par la tromperie, le mensonge, l’hypocrisie et la duplicité et obtenu le titre d’ayatollah par recommandation et opportunisme et êtes devenu le dirigeant de l’Iran sans le mériter après la mort de l’imam Khomeiny. En tout cas, le destin vous a amené à diriger un pays qui compte une diaspora de huit millions d’âmes qui ne peuvent revenir dans leur patrie à cause de votre incompétence et de la mise en place d’un système dictatorial et non démocratique. J’espère que vous lirez cette lettre écrite par un enfant de ce pays, ou à tout le moins que l’on vous la fera passer après que vos « agents anonymes » l’aient lue.

Mr. Khamenei,

J’avais sept ans que j’ai mis les pieds dans une société dont le début était marqué du sceau de la loi de Khomeiny, de gens comme vous et votre puissante bande. J’ai commencé à travailler à sept ans à cause de la pauvreté. Mes parents également travaillaient dur. Je devais frapper à toutes les portes pour pouvoir m’acheter des vêtements chauds pour l’hiver. Je n’oublierai jamais l’époque où je frappais à toutes les portes de Téhéran pour gagner une misère et demander de l’aide à toutes les personnes correctes ou pas. Je n’oublierai jamais les gifles que j’ai reçues et ai du subir pour un morceau de pain. Je n’oublierai jamais l’époque où je devais travailler et souffrir avec mes parents jusqu’à 2 heures du matin. Je n’oublierai jamais les ampoules sur mes mains gonflées dues à un travail dangereux et nocif. Je remplissais un four à céramique. Je n’oublierai jamais comment je devais ravaler mes paroles et souffrir en silence quand j’étais battu et giflé par mon instituteur pour n’avoir pas fait mes devoirs alors que je n’avais pas le temps d’étudier.
Je n’oublierai jamais que dans mon enfance, j’enviais ceux qui avaient un vélo. Je n’oublierai jamais la tristesse de ne pas pouvoir jouer avec des enfants de mon âge et les heures que j’ai passées à pleurer. Je n’oublierai jamais toute la douleur et les souffrances que ma mère a endurées pendant tant d’années.
Ce sont ces souffrances et ces tragédies que ma mère et moi avons vécues qui m’ont fait prendre la décision de changer le cours de ma vie. J’ai décidé d’étudier le droit après le service militaire. Tandis que vous vous remplissiez les poches des revenus du pétrole et d’autres industries, des gens comme moi étaient privés de leurs droits sociaux. Comme je devais travailler pendant mon enfance, j’ai été l’un des plus mauvais élève de l’école primaire au baccalauréat. Après avoir travaillé dur, jour et nuit, j’ai fini par passer le concours d’entrée à la faculté de droit et de sciences humaines de l’université de Téhéran. A la fin, après des années d’études, j’ai pu devenir avocat, un avocat qui s’est juré d’être le défenseur du faible et de l’opprimé.

Mr. Khamenei,

Je vous ai résumé ma vie pour que vous ne pensiez pas qu’il me fut facile d’arriver à faire ce travail que j’aime tant. Durant 30 ans, j’ai souffert sous votre règle et celui d’autres incompétents de votre espèce. J’ai travaillé dur pour me bâtir un statut social correct. Je suis fier d’être le défenseur de ceux dont on a violé les droits et j’ai travaillé sans relâche pour qu’ils les recouvrent. La plupart de ceux qui sont venus me voir avaient vu leurs droits violés par des juges en accord avec un système judiciaire violent et sauvage, des juges qui ne savent qu’être violents et imposer des sanctions inhumaines comme la lapidation, l’exécution capitale, les longues peines de prison, etc…

Mr. Khamenei,

Enfant, j’ai été témoin de mes propres souffrances, douleurs et misère ; avocat, j’ai porté témoignage de la souffrance et des sanglots de ceux qui pénétraient dans mon bureau. Chaque jour, une mère en pleurs venait me demander de l’aide ou un père me suppliait de sauver la vie de son enfant. Comme j’avais ressenti la douleur et la souffrance, je ressentais aussi leur douleur émanant de l’injustice et de l’oppression que vous et vos agents avaient exercées sur eux.

Mr. Khamenei,

J’ai fait des compromis dans ma vie personnelle et familiale alors que je travaillais comme avocat. Je ne voyais pas ma fille pour sauver la vie de ceux qui étaient emprisonnés par vos coquins de copains. Mon épouse, par respect pour mes idéaux, a tout toléré. Grâce à Dieu, j’ai pu sauver de vie de 50 personnes et faire libérer de nombreux innocents emprisonnés.

Mr. Khamenei,

Durant ces sept dernières années, à chaque fois que j’apprenais que les droits d’une personne étaient violés, je la représentais. Je voyageais dans tout le pays, d’une prison à l’autre pour demander justice pour une victime. Je criais que les enfants de moins de 18 ans ne devaient pas être exécutés, je criais que la lapidation était un acte barbare, que les amputations des mains et des jambes, la flagellation, les arrestations arbitraires et la détention illégale étaient néfastes à la soi-disant république islamique. Je frappais à toutes les portes pour sauver la vie des enfants. J’utilisais mon propre argent et celui des contributions d’Iraniens et d’étrangers généreux et de bonne volonté pour payer le prix du sang « dyeh » afin de sauver la vie de ceux qui ne méritaient pas d’être exécutés, pour faire libérer des gens emprisonnés arbitrairement pendant des années.
Je n’oublierai jamais Fatemeh, femme Afghane qui était en prison depuis deux ans. Si je n’avais pas pris son cas en mains, elle serait restée en prison et aurait peut-être été exécutée. Je n’oublierai jamais comment j’ai fait libéré d’un prisonnier transexuel qui était à l’isolement depuis des semaines et était violé quotidiennement par les gardes. Je n’oublierai jamais la femme dont le visage avait été aspergé d’acide par son mari cruel. Il n’y avait personne pour l’aider mais j’ai pu lui procurer des soins médicaux et un certain bien être. Je n’oublierai pas Hedieh, 14 ans, emprisonnée à Evine accusée de « relations illicites ». Elle a fini par être exilée à la prison de Radjaï-Shahr et détenue parmi des criminelles endurcies et a fini assassinée par une codétenue. Je n’oublierai pas Rahim ce jeune habitant de Tabriz ; son épouse avait plu aux agents de votre gouvernement ; il l’avait donc injustement condamné à l’exécution et son épouse à la lapidation. Je n’oublierai jamais mes plaidoiries pour Behnoud Shodjaï, emprisonné depuis l’âge de 17 ans et que vos bourreaux ont exécuté devant mes yeux. Je n’oublierai jamais les souvenirs tristes de mes clients torturés par la police et les fonctionnaires du renseignement.

Mr. Khamenei,

J’ai accepté les dossiers de centaines de personnes qui demandaient de l’aide après que leurs droits aient été violés par vos institutions sécuritaires et judiciaires avec votre permission et celle de vos copains comme Djanati, les frères Laridjani et Ahmadinedjad.

En raison de mon opposition à la lapidation, j’ai accepté tous les dossiers de lapidation qui m’étaient présentés. Je trouvais important qu’une personne sans défense condamnée à la lapidation par les bouchers de la justice assoiffés de son sang soit défendue. Mais où êtes-vous Mr. Khamenei pour voir les crimes et les atrocités commis dans l’institution judiciaire et les prisons de la république islamique, en particulier dans le bloc de sécurité « Guantanamo » 209 d’Evine ? Nous savons tous les deux très bien que vous êtes le principal coupable de tous ces crimes. C’est vous qui avez fermé les yeux en donnant n’importe quel ordre pour protéger votre pouvoir.

Mr. Khamenei,

Je n’ai pas cédé aux menaces des systèmes judiciaire et sécuritaire, et peu m’importait les interrogatoires répétés. Je savais que j’aurais des problèmes. L’année dernière, j’ai accepté le dossier de Sakineh Mohammadi, emprisonnée à Tabriz pour adultère, alors qu’elle était innocente. La nouvelle de son emprisonnement m’a été donnée par une autre cliente elle aussi emprisonnée à Tabriz. On préparait déjà son exécution et tous mes efforts n’aboutissaient à rien, toutes les portes se fermaient. Je n’avais d’autre choix que d’informer les journalistes en Iran comme à l’extérieur pour que les autorités de la république islamique qui refusaient d’écouter mes plaidoiries pour ma cliente innocente finissent par entendre sa voix.

Une fois la nouvelle répandue, beaucoup de politiciens ont exprimé leur soutien, cependant, je n’ai jamais voulu instrumentaliser un dossier. Ce dossier s’est transformé en sujet international sensible.

J’ai été convoqué et interrogé quatre heures au tribunal. Ce jour-là, je ne pensais pas être libéré, mais, grâce à Dieu, le magistrat de la deuxième chambre du tribunal d’Evine m’a laissé partir. Plusieurs heures plus tard, je me suis rendu au bureau et j’ai vu que les agents de la sécurité avaient envahi mon bureau mais étaient partis quand ils ont compris que je n’y étais pas. Néanmoins, de nombreux agents m’attendaient à l’extérieur en embuscade. Apparemment, ils étaient aveugles et ne m’ont pas vu renter dans mon bureau. Quelques heures plus tard, j’ai découvert qu’ils avaient pris mon épouse en otage ; ils ont déclaré que jusqu’à ce que je me présente, elle ne serait pas libérée. C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas céder aux requêtes illégales des autorités juridiques sécuritaires. Quelques jours plus tard, je n’avais d’autre choix que de quitter l’Iran et c’est ainsi que mon épouse a été libérée de vos agents de sécurité. J’ai quitté l’Iran par la frontière avec la Turquie et me suis présenté à la police turque. La nouvelle de ma détention a été publiée dans un journal turc. Une équipe de fonctionnaires du renseignement et des affaires étrangères s’est rendue en Turquie pour négocier mon extradition vers l’Iran. Néanmoins, le soutien des gouvernements américain et européens m’a empêché de tomber dans les mains de vos agents.

Mr. Khamenei,

Vos « soldats croisés » étaient furieux et piqués au vif de n’avoir pas pu me mettre la main dessus et m’arrêter même après avoir pris mon épouse en otage. Ils n’ont pas pu m’arrêter et me faire avouer sous la torture comme ils l’ont fait avec Sadjad Ghaderzadeh, le fils de Sakineh et Houtan Kian, l’autre avocat de Sakineh et utiliser ces aveux aux fins de propagande. Je n’ai pas été attrapé par vos soldats et j’en profite pour faire entendre les voix des femmes et des enfants opprimés en prison et je fais savoir au monde les crimes que vous avez commis contre l’humanité.

Mr. Khamenei,

Même si j’étais tombé entre les mains de vos agents, je n’aurais pas eu peur. Mon sang n’est pas plus rouge que celui des milliers de prisonniers arbitrairement et sommairement exécutés dans les années 80 et 90. Mon sang n’est pas plus rouge que celui de nombreux adolescents, jeunes, hommes et femmes attaqués et tués par vos sbires dans les rues de Téhéran. Je ne suis pas différent des prisonniers politiques privés de leur droit à recevoir la visite de leur famille et de leurs enfants. Mon sang n’est pas plus rouge que celui de Sohrab, de Neda ou des tués du centre de détention de Kahrizak.

Mr. Khamenei,

Puisque vos sbires n’ont pas réussi à m’arrêter, ils tentent de détruire ma personnalité. Un jour ils me traitent d’usurpateur, le lendemain d’avocat en fuite. Le lundi, à 20h30 à la télévision ils me traitent de « mercenaire de l’occident » et m’accusent de liens avec le Parti Communiste des Travailleurs. En même temps, ils continuent de me demander par différents canaux, y compris l’ambassade d’Iran en Norvège, de rentrer en Iran pour mener à bien leurs mauvais plans.

Mr. Khamenei,

J’ai répété à de multiples reprises que je n’étais lié à aucun groupe, je suis un avocat indépendant. Et même si je travaillais avec un groupe, ce ne serait pas un crime. Tous ceux qui vivent hors d’Iran, qu’ils soient communistes, membres de l’OMPI, sympathisants du Toudeh, etc… sont les victimes des crimes que vous et les vôtres avez commis. Ils essaient de récupérer leurs droits. Heureusement, la plupart d’entre eux sont des défenseurs des droits humains tandis que vous les violez.
Mr. Khamenei,

Je suis convaincu que vous n’arriverez à rien par la torture, la force, l’emprisonnement et la contrainte, par la répression de ceux qui s’opposent à votre politique erronée pas plus qu’en diffusant à la télévision des programmes faux et trompeurs ; je vous conseillerais plutôt de cesser de commettre des crimes au nom de l’islam. Arrêtez l’esclavage des femmes, arrêtez de les discriminer, arrêtez les exécutions, les lapidations et les prises d’otages au nom de l’islam. Au lieu d’extorquer des aveux sous la torture, abolissez plutôt les châtiments inhumains. Et je vous le redis, vous et vos agents, anonymes ou pas, ne méritez de toute façon pas de diriger ni de gouverner.

Source : http://persian2english.com/?p=16609

lundi 22 novembre 2010

Discours de remerciement de la mère de Kouhyar Goudarzi

Kouhyar Goudarzi

Lauréat du Prix de la Liberté du club national américain de la presse, honoré en son absence
Mesdames et Messieurs,

Je vous salue et vous remercie d’avoir décerné le Prix de la Liberté du Club National de la Presse à mon fils, Kouhyar Goudarzi. Je voudrais que vous sachiez que recevoir le prix John Aubuchon est un grand honneur pour moi et un encouragement pour toutes les mères de prisonniers politiques iraniens [ voir la vidéo de la remise du prix].  Il est réconfortant de savoir que les « charges » retenues contre nos enfants dans leur propre pays, pour lesquelles ils sont emprisonnés, comme travailler pour les droits humains, lutter pour le droit à l’éducation supérieure, liberté de discours, liberté de la presse, droits des enfants travailleurs, campagne contre la peine de mort, droits civils et civiques, etc… ne sont pas des « charges » mais provoquent l’encouragement et même les applaudissements dans d’autres pays. Au nom de Kouhyar et en mon nom propre, je dédie ce prix à la nation iranienne, verte et grande, aux folles de la place de Mai argentines, aux mère palestiniennes, aux mère d’Iran, si patientes, surtout à la mère de Neda Agha-Soltan, à la mère de Sohrab Aarabi, à la mère de Mohsen Rouholamini, à la mère de Kianoush Assa et à toutes les mères de prisonniers politiques d’Iran, dont l’esprit a su rester libre.

Je suis certaine que le noble et vert peuple d’Iran, grâce à sa persévérance et à son endurance, accèdera à ses exigences légitimes et que ce jour viendra. J’aurais souhaité recevoir ce prix pour Kouhyar en personne, cela n’a malheureusement pas été possible en raison des délais. Comme mon fils est toujours en prison, je souhaite qu’il puisse le recevoir lui-même.

Je salue toutes les personnes libres du monde avec beaucoup de respect et de gratitude

Parvin Mokhtare
Mère de Kouhyar Goudarzi

Source: http://www.iranian.com/main/2010/nov/kouhyar-goudarzi