Après Neishabour hier, c'était le tour de Mashhad de témoigner du grand désarroi de la population contre l'envolée des prix. Le fameux poulet est affiché au prix officiel de 4,500 Tomans/kg mais est en réalité vendu à 8000 ou 9000 Tomans/kg (1 US$ vaut environ 1,900 Tomans en ce moment).
Dans cette vidéo apparemment anodine, on l'entend "Mort à la Vie Chère", le chant "Yar-e Dabestani" véritable signature des manifestations de 2009, une manifestante prenant la parole, "Azadi, Azadi" (liberté en Persan), "Référendum, Référendum, c'est la volonté du peuple", l'attaque des forces de sécurité lourdement armées, un manifestant gravement blessé, des manifestants qui volent à son secours, des manifestants qui interpellent les forces de l'ordre.
Le régime prend très au sérieux ces mécontentements et essaye à tout prix d'éviter qu'ils ne servent d'étincelles à une nouvelle vague de manifestations de rue. La propagande du régime met en avant la lutte du gouvernement contre la vie chère. Le procès du "Sultan de la Viande", homme d'affaires possédant plusieurs entreprises, est très médiatisé. Le ministre "de la vie chère" (nom donné par la faction anti-Ahmadinejad du Parlement) est convoqué au Parlement pour un éventuel vote de confiance.
Le mercredi 30 Décembre (9 Dey), le régime iranien a une nouvelle fois commis l’irréparable. Ce jour là, les étudiants de l’Univesrité Azad de Mashhad étaient rassemblés pour commémorer en silence les martyrs de l’Achoura tombés 3 jours auparavant sous les coups de matraque, les balles et les roues de véhicule des forces de sécurité. Vers 13h, plusieurs bus transportant plus de 500 agents fanatisés du Basij et de l’Ansar-e Hezbollah ont fait irruption dans l’enceinte de l’université. Armés de matraques, de couteaux, de chaînes et de sprays moutarde, scandant des slogans à la gloire de Khamenei, ces « soldats de dieu » se sont mis à agresser avec une violence inouïe les étudiants sans défense. Selon plusieurs témoins, activistes et associations étudiantes, le bilan est extrêmement lourd : 2 étudiants (une fille et un garçon) seraient décédés des suites de leurs blessures, une quarantaine de blessés et 210 étudiants arrêtés. Ces exactions étaient commises alors que les forces de sécurité « régulières » encerclaient l’université pour protéger les agents paramilitaires et pour arrêter les étudiants traînés de force vers l’extérieur du campus. Il s’agissait d’une véritable expédition punitive, clairement planifiée pour tuer, torturer, intimider et juguler tout mouvement de contestation au lendemain de la démonstration de force de l’Achoura.
Dès le lendemain, les étudiants de plusieurs universités de Mashhad (Azad, Sajjad et Ferdowsi) ont organisé des rassemblements pour condamner la violence et l’horreur vécue par leurs confrères et pour demander la libération des prisonniers. Le même jour, le quotidien pro-gouvernemental Khorassan, affirmait qu’aucun étudiant n’avait été blessé. Le 3 Janvier, des appels au boycottage des cours et des examens ont été lancés.
D’après plusieurs témoins, 8 blessés très graves, avec des hémorragies importantes, ont été extraits du campus et conduits vers les ambulances et les voitures des forces de l’ordre stationnées à l’extérieur. Leurs amis n’ont pas été autorisés de les accompagner.
Parmi ces blessés, 2 étaient particulièrement atteints : une étudiante gravement blessée au cou et un étudiant touché à la tête par de multiples coups de matraque. Ces deux blessés ont été traînés sur le sol et emmenés vers l’extérieur du campus. D’après des associations étudiantes et des témoins, ces 2 étudiants auraient très vraisemblablement succombé à leurs blessures.
Ces actes ont fait suite aux appels à la violence lancés de façon incessante depuis les tribunes officielles, en particulier par Seyyed Ahmad Elmolhoda, l’Imam extrémiste des prières du vendredi de Mashhad et qui était aussi le virulent orateur de la manifestation pro-gouvernementale qui s’est tenue 30 Décembre à Téhéran. Les agresseurs jouissaient clairement du soutien des autorités de la région de Khorassan.
Le scénario de cette attaque infâme rappelle étrangement celui de l’attaque des dortoirs de l’Université de Téhéran du 15 Juin qui avait fait 5 morts et de très nombreux blessés (lire et voir ici et ici). Un campus bouclé par les forces régulières et des miliciens fanatisés et armés faisant irruption pour casser, frapper et tuer. Six mois plus tard, les plus hautes autorités militaires du régime et le comité spécial du parlement en charge de mener une enquête sur les violences post-électorales affirment que ces exactions avaient été commises par des individus ayant agi de leur propre chef, sans aucun rapport avec les forces gouvernementales.
Les étudiants, véritables fer de lance de la révolution en cours en Iran, ont été la cible d’une vague de répression sans précédent. Semer la peur, réduire au silence et écraser toute velléité de contestation sous une chape de plomb sont clairement les buts recherchés par les instigateurs de ces actes barbares. Or ces criminels ignorent que de tels actes ne font qu’au contraire renforcer la conviction du peuple iranien d’en finir une fois pour toute avec la dictature religieuse.
Toutes nos pensées et nos prières vont aux victimes et à leurs familles.
Source: Site Internet de l'Université Amir-Kabir - lienlienlien Vidéo: mercredi 30 Décembre (attaque)
Vidéo: jeudi 31 Décembre (rassemblement de soutien)