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jeudi 21 janvier 2010

En Iran, la répression à son apogée

En Iran, la situation des droits de l’Homme s’aggrave de jour en jour. Depuis la journée de l’Achoura, le 27 Décembre, une nouvelle vague de répression et de violence sans précédent accroît considérablement la pression sur les opposants au régime. Le pouvoir veut à tout prix contrôler la situation à 3 semaines d’une nouvelle journée de protestation de grande ampleur, le 22 Bahman (11 Février).

Les nouvelles ci-dessous, ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres, témoignant de l’extrême brutalité des méthodes employées. Le régime ne manque pas d’imagination pour composer sa panoplie répressive et pour décliner ses procédés barbares. L’accumulation de ces faits et leur caractère systématique relèvent clairement de crimes contre l’Humanité.

Situation des prisonniers de l'Achoura

  • Cent prisonniers de la journée de l’Achoura ont été transférés le mercredi 13 Janvier à la terrible prison de Gohardasht à Karaj (ville située à 50 km de Téhéran). Ils ont été placés par groupe de 4 dans des cellules normalement individuelles. Ces prisonniers ont été soumis à des conditions inhumaines dans cette prison totalement saturée. Ils ont été sauvagement agressés. Leur provenance n’est à ce jour pas identifiée. Dans la journée du mercredi 13 Janvier, le directeur de cette prison et son adjoint (Ali Haj-Kazem et Ali Mohamadi), ainsi que le directeur de la division de sécurité et des renseignements de la prison et son adjoint (Kermani et Faraji) ont commencé à transférer les prisonniers réguliers pour libérer les cellules individuelles de la 5ème section de Gohardasht. De 400 à 500 prisonniers sont détenus dans des salles prévues normalement pour 90. Les cellules pour 2 contiennent à présent 8 prisonniers. Certains prisonniers sont même gardés dans les couloirs et les lieux de prière de cette prison infâme sans avoir de vêtements appropriés pour se reposer. Ils sont tassés les uns contre les autres, obligés de rester debout la plupart du temps et de se reposer à tour de rôle. Pour ce qui concerne la nourriture, l’infirmerie et l’hygiène, les moyens n’ont clairement pas suivi l’explosion récente du nombre de prisonniers. Ils souffrent de malnutrition. Leur ration de pain a été réduite à 2 morceaux par jour. Chaque prisonnier a le droit d’aller à l’infirmerie une fois tous les 45 jours. Les prisonniers non politiques peuvent rencontrer leur famille une fois par trimestre. (source)
  • Le dimanche 17 Janvier, plus de 40 prisonniers de la journée de l’Achoura ont été transférés à la prison Rajai-Shahr de la ville de Karaj. Ces prisonniers ont été accueillis par une équipe d’interrogateurs qui les a violemment frappés. Le personnel de la prison n’avait pas le droit d’accéder à l’espace où ces prisonniers étaient agressés. (source
  • La section culturelle de la prison d’Evin vient d’être transformée en lieu d’interrogatoire sous la direction du Ministère des Renseignements. Certains prisonniers récemment arrêtés y ont été transférés. Il y a quelques semaines, la section éducative de la prison d’Evin était aussi transformée en lieu de détention. (source).
  • Il n'y a toujours aucune nouvelle de plusieurs centaines de prisonniers détenus depuis le 27 Décembre à la prison d'Eshratabad. L'inquiétude grandit car la prison est directement gérée par les Gardiens de la Révolution pratiquant un black-out total. 
Mutinerie à la prison de Gohardasht
Dans la soirée du dimanche 17 Janvier vers 20h, une mutinerie a éclaté à la prison de Gohardasht. Tout a commencé lorsque 2 gardiens se sont mis à matraquer et à torturer 2 prisonniers dénommés Hossein Karimi et Mehrdad Saraii. Pour se protéger, ces prisonniers ont réussi à neutraliser les 2 gardiens. C’est à ce moment là que de nombreux gardiens ont attaqué les prisonniers pour les rouer de coups avec des matraques électriques. Les prisonniers se sont défendus en neutralisant le responsable des gardiens de leur quartier. Ils l’ont enfermé dans une cellule et ont pris le contrôle du salon principal de leur quartier.  A la suite de cette riposte, ce sont les forces de sécurité qui se sont attaquées aux prisonniers en tirant des gaz lacrymogènes. Pour en neutraliser l’effet, les prisonniers ont commencé à brûler les matelas et les moquettes. Cette mutinerie a duré jusqu’à 23h. Les 2 prisonniers en question ont été une nouvelle fois maîtrisés, frappés et enfermés dans des cellules individuelles. C’est la troisième fois qu’une telle mutinerie éclate à Gohardasht pour protester contre les exactions commises. (source)

NB: Human Rights Activists News Agency (HRANA), dont nous citons ici plusieurs articles, est soumise à une très forte pression de la part du régime.

mercredi 13 janvier 2010

La prison d’Eshratabad, un nouveau Kahrizak ?

Alors que la commission d’enquête parlementaire vient de rendre publique, plus de 7 mois après les faits, son rapport sur les "événements" de Kahrizak (lien) l’inquiétude grandit jour après jour au sujet de la situation de plusieurs centaines de prisonniers du centre de détention d’Eshratabad. Plus de 500 personnes seraient détenues depuis la journée de l’Achoura, le 27 Décembre. Elles seraient torturées et soumises à des conditions de détention extrêmement difficiles depuis plus de 2 semaines.
 


Eshratabad est une base militaire aménagée pour servir de prison. Le centre serait directement géré par le corps des Gardiens de la Révolution (Sepah). Les détenus sont considérés comme "leurs" prisonniers. Ni le pouvoir judiciaire ni les forces de sécurité n’auraient leur mot à dire sur le traitement réservé aux détenus d’Eshratabad. Le black-out total exercé par les Gardiens de la Révolution fait craindre le pire sur le sort de ces détenus.

Le nombre total de prisonniers à Eshratabad serait entre 600 et 2000 selon des sources proches des associations de droits de l’Homme. Un seul témoignage très inquiétant a été publié ces derniers jours par plusieurs sites Internet proches du mouvement vert. D’après ce témoignage, les prisonniers seraient frappés et torturés. Deux prisonniers seraient morts dont une jeune femme. Même s’il est impossible de vérifier la véracité des faits rapportés, il est urgent d’alerter les médias internationaux et de demander la libération des prisonniers.

Il y a quelques mois, alors que le monde entier découvrait l’existence d’un véritable camp de torture et d’exécution à Kahrizak, le régime a été forcé de fermer cette prison qu’il a qualifiée de "non standard" et de demander à une commission d’enquête parlementaire de faire "toute la lumière" sur les exactions commises (le régime a finalement reconnu que 3 prisonniers (photo) étaient tués dans ce camp : Amir Javadifar, Mohsen Rouholamini et Mohammad Kamrani et se propose de couper quelques têtes dont celle du très encombrant ex-Procureur de Téhéran, Saeed Mortazavi).

Kahrizak prouve que le régime sait reculer pour sauver les apparences sous la pression de l’opinion publique et face au désastre en terme d’image dans les médias internationaux. Nous savons que le régime iranien est capable de tout pour juguler la révolte populaire. Nous savons que la vie humaine n’a pas de valeur pour les dictateurs de Téhéran. La vie de nos compatriotes est en gave danger à Eshratabad. Nous devons agir vite pour libérer nos frères et sœurs.


Sources:


jeudi 7 janvier 2010

Le mouvement vert et la violence


Dans une lettre très remarquée adressée aux iraniens de l’étranger, Ezatollah Sahabi, figure politique très importante de la mouvance nationale et religieuse, formule deux demandes qui, à ses yeux, sont à ce stade primordiales pour la réussite du mouvement vert:
  • Le mouvement vert doit tout faire pour éviter de basculer dans la violence car sinon il ferait le jeu du camp d’en face, lui donnant carte blanche pour frapper et réprimer encore plus fort et sortir au bout du compte vainqueur de ce jeu vicieux.
  • Le mouvement vert doit modérer ses demandes et ses revendications s’il veut obtenir des résultats dans la durée et de façon progressive. Sahabi demande par ailleurs d’éviter d’appeler ce mouvement une révolution et de faire un parallèle avec la révolution de 1979. Il pense que seul un mouvement de réforme progressif et installé dans la durée peut aboutir à des résultats concrets.
Il faut rappeler que cette lettre fait suite aux événements de la journée de l’Achoura pendant laquelle les manifestants ont riposté pour la première fois, en lançant des pierres et en encerclant les forces de l’ordre, en brûlant leurs voitures et les photos d’Ali Khamenei. Une controverse s’en est effectivement suivie, certains commentateurs qualifiant la riposte du peuple de violente. Ce jour là, au moins 8 manifestants étaient tués à Téhéran dont un écrasé de façon délibérée par une voiture de police (le vidéo a fait depuis le tour du monde) et le neveu de Mir Hossein Moussavi froidement et délibérément assassiné.

Ezatollah Sahabi soulève en effet deux points très importants et a le mérite de poser des questions quasi identitaires pour un jeune mouvement de libération qui va entrer dans son 8ème mois. Est-ce que riposter, comme l’ont fait les manifestants le jour de l’Achoura, est basculer dans la violence? Les manifestants agressés ont-il le droit de se défendre? Faut-il neutraliser et désarmer un basiji qui s’apprête à frapper ou à arrêter un manifestant? Il est vrai que certains agents des forces de l’ordre ont été frappés ou blessés par les jets de pierre. Mais il n’y a pas eu de lynchage. Au contraire, certaines photos (voir ci-dessous) montrent que les agents blessés étaient même protégés par certains manifestants (un agent blessé, à qui les manifestants ont donné une écharpe verte pour s’essuyer le visage en sang).

Cette vielle figure de l’opposition iranienne conseille aux verts de ne pas envenimer une situation déjà tendue, de ne pas mettre de l’huile sur le feu et surtout et de ne pas s’enfermer dans l’illusion d’un pays entré dans une phase révolutionnaire. Autrement formulée, cette demande revient à ne pas réclamer directement un changement de régime ou le départ de Khamenei.

Notre but n’est pas de répondre à ces questions découlant de la lettre de Sahabi mais de prolonger ce débat et de demander aux lecteurs de ces lignes de prendre part au débat en laissant des commentaires.

Un mouvement transformationnel, populaire et totalement spontané qui s’interroge, qui tâtonne, qui commet parfois des erreurs et qui est en permanence à la recherche de la bonne parade contre la tyrannie et contre l’expression la plus brutale et inhumaine de la violence est tout simplement un mouvement qui mûrit et qui fait preuve d’une vigueur intellectuelle saine et pleine de promesse.

Le texte de la lettre de Sahabi en Anglais et en Persan: lien

Lire aussi:
Le Monde du 28.12.09: Pouvoir et opposition se radicalisent en Iran

Photos montrant les manifestants protégeant des agents blessés






Les forces de l'ordre tirant des balles réelles - Un des martyrs de l'Achoura



Le martyr des étudiants de l’Université Azad de Mashhad



Le mercredi 30 Décembre (9 Dey), le régime iranien a une nouvelle fois commis l’irréparable. Ce jour là, les étudiants de l’Univesrité Azad de Mashhad étaient rassemblés pour commémorer en silence les martyrs de l’Achoura tombés 3 jours auparavant sous les coups de matraque, les balles et les roues de véhicule des forces de sécurité. Vers 13h, plusieurs bus transportant plus de 500 agents fanatisés du Basij et de l’Ansar-e Hezbollah ont fait irruption dans l’enceinte de l’université. Armés de matraques, de couteaux, de chaînes et de sprays moutarde, scandant des slogans à la gloire de Khamenei, ces « soldats de dieu » se sont mis à agresser avec une violence inouïe les étudiants sans défense. Selon plusieurs témoins, activistes et associations étudiantes, le bilan est extrêmement lourd : 2 étudiants (une fille et un garçon) seraient décédés des suites de leurs blessures, une quarantaine de blessés et 210 étudiants arrêtés. Ces exactions étaient commises alors que les forces de sécurité « régulières » encerclaient l’université pour protéger les agents paramilitaires et pour arrêter les étudiants traînés de force vers l’extérieur du campus. Il s’agissait d’une véritable expédition punitive, clairement planifiée pour tuer, torturer, intimider et juguler tout mouvement de contestation au lendemain de la démonstration de force de l’Achoura.



Dès le lendemain, les étudiants de plusieurs universités de Mashhad (Azad, Sajjad et Ferdowsi) ont organisé des rassemblements pour condamner la violence et l’horreur vécue par leurs confrères et pour demander la libération des prisonniers. Le même jour, le quotidien pro-gouvernemental Khorassan, affirmait qu’aucun étudiant n’avait été blessé. Le 3 Janvier, des appels au boycottage des cours et des examens ont été lancés.

D’après plusieurs témoins, 8 blessés très graves, avec des hémorragies importantes, ont été extraits du campus et conduits vers les ambulances et les voitures des forces de l’ordre stationnées à l’extérieur. Leurs amis n’ont pas été autorisés de les accompagner.

Parmi ces blessés, 2 étaient particulièrement atteints : une étudiante gravement blessée au cou et un étudiant touché à la tête par de multiples coups de matraque. Ces deux blessés ont été traînés sur le sol et emmenés vers l’extérieur du campus. D’après des associations étudiantes et des témoins, ces 2 étudiants auraient très vraisemblablement succombé à leurs blessures.

Ces actes ont fait suite aux appels à la violence lancés de façon incessante depuis les tribunes officielles, en particulier par Seyyed Ahmad Elmolhoda, l’Imam extrémiste des prières du vendredi de Mashhad et qui était aussi le virulent orateur de la manifestation pro-gouvernementale qui s’est tenue 30 Décembre à Téhéran. Les agresseurs jouissaient clairement du soutien des autorités de la région de Khorassan.

Le scénario de cette attaque infâme rappelle étrangement celui de l’attaque des dortoirs de l’Université de Téhéran du 15 Juin qui avait fait 5 morts et de très nombreux blessés (lire et voir ici et ici). Un campus bouclé par les forces régulières et des miliciens fanatisés et armés faisant irruption pour casser, frapper et tuer. Six mois plus tard, les plus hautes autorités militaires du régime et le comité spécial du parlement en charge de mener une enquête sur les violences post-électorales affirment que ces exactions avaient été commises par des individus ayant agi de leur propre chef, sans aucun rapport avec les forces gouvernementales.

Les étudiants, véritables fer de lance de la révolution en cours en Iran, ont été la cible d’une vague de répression sans précédent. Semer la peur, réduire au silence et écraser toute velléité de contestation sous une chape de plomb sont clairement les buts recherchés par les instigateurs de ces actes barbares. Or ces criminels ignorent que de tels actes ne font qu’au contraire renforcer la conviction du peuple iranien d’en finir une fois pour toute avec la dictature religieuse.

Toutes nos pensées et nos prières vont aux victimes et à leurs familles.

Source: Site Internet de l'Université Amir-Kabir - lien lien lien
Vidéo: mercredi 30 Décembre (attaque)


Vidéo: jeudi 31 Décembre (rassemblement de soutien)

samedi 2 janvier 2010

17ème déclaration de Moussavi à propos des évènements de l’Ashoura sanglante

Dans sa première déclaration après la tragédie de l’Ashoura 2009 (texte en Persan), Mir Hossein Moussavi a critiqué les attaques brutales des forces gouvernementales contre la nation iranienne en deuil, et propose une solution en cinq points pour sortir de la situation critique actuelle. Il considère les manifestations populaires d’Ashoura et Tassoua (les fêtes religieuses les plus saintes) comme spontanées, il insiste pour que les trois pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire prennent leurs responsabilités face à la nation en votant une loi garantissant la transparence des élections pour restaurer la confiance, en libérant les prisonniers politiques et en leur rendant leur dignité et leur honneur, en reconnaissant la liberté de la presse, des médias et le droit du peuple à manifester légalement. Sans mettre en exergue le martyre de son propre neveu lors des évènements récents, Moussavi rappelle qu’il ne craint pas de devenir l’un des martyrs de la quête des droits légitimes religieux et nationaux et ajoute que son sang n’est pas plus rouge que celui de ceux martyrisés depuis les élections. Il souligne que ce n’est pas en ordonnant l’exécution, le meurtre ou l’arrestation de Karroubi, Moussavi ou d’autres que le problème pourra être résolu.

Texte traduit en Français par MG
Texte en Persan: ici
La page Facebook de Moussavi contenant une traduction en Anglais: ici


Déclaration intégrale de Mir Hossein Moussavi

Au nom de Dieu le Clément et le Miséricordieux

On m’a répété, à moi et à [mes] amis, que si nous ne faisions pas de déclaration, les gens ne descendraient pas dans la rue, arrêteraient de manifester et de revendiquer et le pays serait pacifié. En tant que compagnon de route du grand mouvement populaire Vert, je n’étais pas en faveur de cette idée et je pensais que le retour à la normale ne viendrait que si les réformes nécessaires, basées sur les principes clairs de la constitution, étaient menées à bien.

Pour la commémoration de l’Ashoura, en dépit de nombreuses demandes, ni Karroubi, ni Khatami, ni moi-même, ni aucun autre ami n’a fait de déclaration. Et pourtant, le peuple a agi spontanément et a démontré que les vastes réseaux sociaux qui se sont formés spontanément pendant et après les élections n’attendaient pas les annonces ou les déclarations. Le peuple n’a pas de journaux pour l’accompagner ou l’encourager ; il ne profite pas d’une radiotélévision d’état supposée être neutre, juste et avisée ; et pourtant les nations du monde en ont été témoins : au milieu d’une tempête de menaces, de propagande, d’insultes et d’appels impies, en ce jour saint, les personnes portant le deuil de l’Imam Hossein (le petit-fils du Prophète Mahomet) en appelaient à Hossein pacifiquement et sans slogan radical sont descendues dans les rues et les places qu’ils avaient eux-mêmes choisi ; de nouveau, ils ont été en but à des provocations. Il y a eu des brutalités incroyables comme des voitures écrasant les gens, des milices en civil tirant sur le peuple ; ces miliciens sont aujourd’hui connus et leurs visages et ceux de ceux qui les manipulent se dévoilent de plus en plus. Tout cela a créé un désastre dont les conséquences ne sont pas prêtes de quitter la scène politique de ce pays de sitôt.

Si l’on regarde les images de l’Ashoura, on se rend compte que si parfois les slogans et les actions en sont venus à un radicalisme inacceptable, c’est parce qu’on a jeté des gens depuis des ponts ou des endroits en hauteur, qu’on les a écrasés avec des voitures ou assassinés ; il est intéressant de noter que sur certaines images, les gens voyaient leurs frères derrière les visages des forces de police ou bassidj en train de les réprimer ; dans cette situation critique et dans ce jour assourdissant de haine, ils essayaient de les protéger. Si la radiotélévision avait eu le moindre gramme d’équité, elle aurait diffusé un peu de ces scènes pour calmer l’atmosphère et rapprocher les gens. Mais non ! Le cours des évènements qui ont suivi l’Ashoura et l’étendue des arrestations et des autres actions gouvernementales ont démontré que les autorités répètent leurs erreurs passées sur une plus grande échelle et pensent que la seule solution est la politique de la terreur.

Admettons qu’avec toutes ces arrestations, ces brutalités, ces menaces, qu’avec le musellement des journaux et des médias vous puissiez réduire le peuple au silence pour quelques jours, comment changer l’opinion qu’a le peuple des institutions ? Comment compenser le manque de légitimité ? Comment changer la stupéfaction et la réprobation de tous les peuples du monde pour la brutalité d’un gouvernement contre son propre peuple ? Que faire des problèmes économiques du pays et des conditions de vie qui empirent à cause de la faiblesse extrême de son administration ? Comment faire reculer la menace de plus de sanctions de la part des Nations Unies et des efforts internationaux pour tirer plus encore d’avantages au détriment de notre pays et de notre nation ? En s’appuyant sur quelle expertise, quelle unité nationale, quelle politique étrangère efficace ?

Ils pensent qu’en repoussant les intellectuels, les érudits, les académiciens et les militants politiques ils peuvent revenir au temps d’avant les élections sans s’attaquer aux racines des problèmes actuels du pays. Mais ceux qui ont étudié l’histoire et en savent un peu à propos de la nature compliquée de la sociologie savent que cette idée est le résultat d’une illusion : fuir la réalité et chercher refuge dans des actions superficielles et trompeuses.

Je le dis clairement et sans ambages : l’ordre d’exécuter, d’assassiner ou d’emprisonner Karroubi, Moussavi ou d’autres personnalités du même genre ne résoudra pas le problème. Les annonces faites ce mercredi place Enghelâb et avant cela lors des dernières prières du vendredi par quelques personnalités affiliées aux institutions rendront directement responsables le coeur [des institutions] de toute conséquence d’un acte terroriste et empêcheront toute solution à la crise actuelle. Traiter la plus grande partie de la société de troupeau insignifiant de bœufs et de chèvres, de poussière et de paille et déclarer le meurtre de ceux qui pleurent le meurtre de l’Imam Hossein Mobah (autorisé par la religion) sont des catastrophes causées par un groupe connu et par la radiotélévision d’état. Qu’est-ce que c’est que ces discours depuis une tribune gouvernementale invitant les gens à s’affronter les uns aux autres en nommant un groupe parti de Dieu et l’autre parti du Diable ? Ils annoncent à plusieurs reprises dans une courte allocution que c’est la guerre ! Est-ce un appel à la guerre civile et aux émeutes ? Considérant l’usage fait du discours religieux, les références aux versets du Coran et à l’enseignement du Prophète, les plus éminents de nos religieux sont en mesure de dire ce qu’il convient de faire de ces gens.

Ce qu’on me rapporte en tant qu’humble membre de la société, sur la façon dont on reçoit les déviations de la voie de l’Islam et de notre pays bien-aimé et les remarques de ces derniers jours me rappellent une parole de l’Imam Khomeiny (que la paix soit sur lui) : « Tuez-nous et nous n’en serons que plus puissants. » Devenir l’un des martyrs qui ont donné leur vie depuis les élections pour obtenir ses droits légitimes tant religieux que nationaux ne m’inquiète pas et mon sang n’est pas plus rouge que celui des autres martyrs.

Je le dis sans ambages : à moins que l’existence d’une crise sérieuse dans le pays ne soit reconnue, on ne trouvera pas de solution aux questions et aux problèmes. La non-reconnaissance de la crise justifiera la poursuite des solutions répressives. La reconnaissance de la crise actuelle apportera une solution non de confrontation mais d’unité nationale. Accuser les gens d’impiété et de collaboration avec des pouvoirs étrangers impérialistes et des gens infâmes ou des mouvements épouvantables comme le MKO dans l’espoir que cela puisse conduire à l’élimination physique de certains fidèles de l’Islam et du peuple, voilà la conséquence de l’aveuglement volontaire sur la nature des problèmes nationaux du pays. En tant que fidèle, je dis que le MKO est mort avec ses trahisons et ses crimes ; ne le ressuscitez pas à cause de la haine ou pour en tirer des bénéfices partisans.

Avant de présenter ma solution de sortie de crise, il est nécessaire que je souligne la nature du mouvement Vert : il est islamique, national, opposé à la domination étrangère et loyal à la constitution. Nous suivons l’Imam Hossein. Nous sommes épris de cette liberté dont l’Imam innocent était le signe avant-coureur. Nous suivons celui qui ne tolérait pas que l’on dérobe un bijou du pied d’une juive dans cette vaste terre islamique (référence à l’Imam Ali). Nous croyons en l’interprétation divine de l’Islam qui considère que tous les humains sont semblables et ont une valeur égale dans la création, en la vision de la dignité intrinsèque de l’humain et n’accepte pas que l’attaquant reçoive une nourriture autre que celle offerte à la victime ou qu’il soit soumis à la torture ou autres actes de ce genre.

Mes chers amis, dont beaucoup sont en prison, et moi-même sommes de vrais fidèles de l’indépendance du pays et nous souffrons que notre marché islamique soit devenu un marché trompeur de marchandises importées. Nous sommes fermement opposés à la corruption actuelle qui émane de politiques erronées et du manque de perspicacité. Nous disons qu’une organisation vaste et influente comme l’IRG ne peut pas défendre le pays et les intérêts nationaux si elle doit calculer quotidiennement les hausses et les baisses de la bourse. ; Cela la corromprait en même temps que le pays. Nous disons que les salaires actuels des pauvres ouvriers, employés et d’autres groupes de la nation sont engloutis dans une corruption étendue et nous sommes prêts à participer à des discussions pour le démontrer. Le mouvement Vert est opposé au mensonge et nous considérons ce fait comme une destruction ravageuse pour la nation ; nous considérons donc que les mensonges en matière de politique, de sécurité, d’économie, de culture et d’autres domaines comme étant un grand danger pour le pays.

Nous voulons une administration véridique, généreuse et pacifique et un gouvernement basé sur les votes du peuple, qui considère les différentes opinions et idées du peuple comme une opportunité et non comme une menace. Nous considérons l’investigation dans la vie privée des gens, l’inquisition, l’espionnage, la fermeture des journaux et les limites portées aux médias comme opposés à notre religion prospère et dispensatrice de pouvoir et contre la constitution émanant de notre religion. Nous considérons le gaspillage d’un seul centime des deniers publics à des fins personnelles ou partisanes comme un péché et nous annonçons que la conspiration nationale vieille de 20 ans, approuvée par toutes les couches des institutions, s’est de nos jours métamorphosée en pièce de papier sans valeur ous avertissons que des concurrents importants dans la région dont la croissance économique est supérieure à 10% sont en train d’émerger et se renforcent de jour en jour tandis que notre gouvernement est malheureusement incapable d’établir un budget annuel, de conserver les comptes de la nation, de sauvegarder les économies du peuple et de répondre aux questions de la cour des comptes et du parlement.

Nous ne sommes affiliés ni aux Américains, ni aux Britanniques. Nous n’avons pas envoyé de cartes de vœux aux dirigeants des puissances mondiales et n’espérons pas leur assistance ; nous savons que l’orientation des affaires étrangères des différents pays découle des intérêts de ces mêmes nations et nous haïssons ceux qui ne respectent pas la culture et les convictions nationales de leurs nations. Il est ridicule de nous accuser d’avoir insulté le Coran et l’Ashoura de l’Imam Hossein et d’avoir déchiré le portrait de l’Imam Khomeiny. Evidemment, s’il y avait eu manque de respect le jour de l’Ashoura, nous ne l’approuverions pas mais nous considérons que les pires des manques de respect, ce sont les meurtres de personnes innocentes et de personnes en deuil le jour de l’Ashoura lors d’un mois pendant lequel l’Islam interdit de tuer.

Je pense que la solution des problèmes actuels et de la crise présente est la suivante. La situation du pays ressemble à un torrent rugissant dont les inondations étendues et différents évènements ont conduit à la crue et l’ont rendu boueux. La solution pour apaiser cette grande rivière et clarifier ses eaux ne se trouvera pas dans l’action rapide. Penser à des solutions de cet acabit - certains devraient se repentir, certains devraient négocier, échanger pour solutionner ce grand problème - c’est se tromper de chemin.

Je pense que l’apport d’eau fraîche et claire provenant de ruisseaux et de sources dans cette rivière sera la solution qui, petit à petit améliorera l’eau et la rivière. Je crois également qu’il n’est pas encore trop tard et que nos institutions ont le pouvoir de le faire s’il a la perception de son importance et s’il pose un regard respectueux et bienveillant sur la nation et toutes ses composantes. Je décris quelques solutions qui, comme les ruisseaux et les sources d’eau claire, peuvent influencer l’atmosphère nationale et améliorer la situation :

  1. L’exécutif devrait être responsable face au peuple, au législatif et au judiciaire afin qu’il n’y ait plus de soutien bizarre à l’exécutif en dépit de son incompétence ou de son incapacité ; l’exécutif doit être comptable de tous les problèmes qu’il a créés dans le pays. Bien sûr, si l’exécutif est compétent et équitable, il pourra répondre au peuple et au parlement ; s’il est incompétent et inapproprié, le législatif et le judiciaire le mettrait en accusation selon la constitution.
  2. Voter de nouvelles lois électorales claires qui permettent de regagner la confiance du peuple en des élections libres et justes sans ingérence ni interférence. Ces lois devraient assurer la participation du peuple entier en dépit de ses différences d’opinion et de vue et devraient interdire l’interférence déformée et partisane des autorités à quelque niveau que ce soit. Les partis originels dans les premiers jours de la révolution peuvent être considérés comme des modèles.
  3. Libérer tous les prisonniers politiques et leur rendre leur dignité et leur honneur. Je suis sûr que cela serait interprété comme un atout pour l’exécutif plutôt que comme une faiblesse et nous savons que les mouvements politiques qui ont perdu sont hostiles à cette solution
  4. L’amélioration est impossible sans la liberté de la presse et des médias et la reparution des journaux interdits. Il faut éliminer la peur des médias libres et on devrait s’intéresser à l’expérience internationale en ce domaine. L’expansion des chaînes par satellite, leur importance grandissante et l’influence décisive de ce média démontre clairement l’insuffisance des méthodes traditionnelles et les limites de la radiotélévision nationale. Les méthodes de brouillage des satellites et la censure d’Internet ne sont efficaces qu’à court terme. La seule solution c’est d’avoir des médias libres et informés à l’intérieur du pays. N’est-il pas temps de poser notre regard, depuis l’extérieur des frontières, sur la prospérité politique, culturelle et sociale par un acte courageux basé sur la confiance dans les forces intellectuelles et innovantes de la société ?
  5. Reconnaître les droits du peuple à organiser des manifestations légales, à constituer des partis politiques et des groupes et respecter l’article 27 de la constitution. On peut le faire avec la sagesse et la collaboration des personnes enthousiastes de ce pays ; cela peut remplacer la bataille entre les bassidj, les forces de sécurité et le peuple ou entre le peuple et le peuple dans une atmosphère d’amitié et d’affection nationale.
On pourrait rajouter des articles à la liste ci-dessus. A mon avis, le moindre filet d’eau claire est important par les temps qui courent. Il n’est pas nécessaire que tous ces points soient initiés en même temps. Si l’on constate de la détermination dans cet démarche, cela aidera à clarifier l’horizon. Mes derniers mots seront que toutes ces suggestions peuvent être exécutées avec sagesse, perspicacité et bonne volonté et sans besoin de traités, de négociations ou de marchandages politiques.

Mir Hossein Mousavi
http://www.kaleme.org/1388/10/11/klm-7047

lundi 28 décembre 2009

L'Achoura, un tournant décisif pour le mouvement vert iranien



L’Iran était à feu et à sang hier, lors des commémorations de la mort de l’Imam Hussein (le 3ème Imam des chiites) ou l’Achoura. Des centaines de milliers de manifestants ont pris part à ces manifestations à Téhéran mais aussi dans un grand nombre de villes de province. Une nouvelle fois, les forces de l’ordre ont réprimé avec une violence inimaginable les manifestants. Le bilan provisoire fait état d’au moins 15 morts (selon l’AFP) dont le neveu de Mir-Hossein Moussavi. 550 personnes ont été arrêtées depuis hier. Quelques enseignements importants de cette nouvelle journée historique :


  • Le Symbole de l'Achoura: Le régime iranien a franchi une nouvelle étape dans l’escalade de la violence envers le peuple. Jamais dans l’Histoire de la Perse et de l’Iran depuis l’invasion de l’Islam, un gouvernant n’avait donné l’ordre de tuer en public des opposants contre le pouvoir central le jour de l'Achoura (la violence et la guerre sont d’ailleurs bannies pendant le mois de Moharram, selon l’Islam). Sans entrer dans le détail des relations complexes qu’entretiennent les iraniens avec la religion et le lourd tribut payé pour avoir justement mêlé celle-ci avec la gouvernance de leur pays, il ne fait aucun doute que l’usage de la violence en ce jour au combien symbolique de l’Achoura dans l’imaginaire des chiites, est une nouvelle erreur considérable commise par le régime. Les populations croyantes modérées qui pouvaient avoir gardé quelque sympathie à l’égard de ce régime religieux, vont certainement se distancer de plus en plus d’un pouvoir qui n’est plus qu’une dictature militaire mise à nue et dépourvue de sa force de frappe idéologique basée exclusivement sur la religion.


  • La Riposte: Contrairement aux manifestations pacifiques du mois de Juin et de ces 3 derniers mois (jour de Jérusalem/Ghods, 13 Aban et 16 Azar), cette fois les manifestants ont riposté aux agressions et aux exactions. Il y a eu des scènes incroyables montrant les forces de police et les forces spéciales débordées par les manifestants en colère, serrées contre un mur, des visages en sang. Des barricades, des voitures et des motos des forces de l’ordre renversées et en feu, des jets de pierre incessants, etc. Des centaines de photos et de vidéos ont circulé en quelques heures sur l’Internet montrant le courage inimaginable des manifestants. Les Unes de grands quotidiens européens et américains (NYT, WashPost, IHT) mettaient d’ailleurs l’accent sur cet aspect précis de la révolte des iraniens contre le pouvoir central : la riposte du peuple. Le caractère non violent de cette révolution est devenue depuis 6 mois une marque de fabrique, une véritable signature du mouvement vert. Riposter comme l’ont fait les manifestants hier, va-t-il à l’encontre de la non-violence? Les manifestants ont tout d’abord cherché à se protéger contre la violence gratuite des forces de l’ordre. Ils ont ensuite recherché à marquer les esprits, conscients des ravages que les photos et les vidéos allaient produire sur l’image et le sort du régime iranien. Ils ont certainement voulu passer un message aux éléments les plus brutaux du régime: "Nous sommes pacifiques, nous détestons la violence, mais, unis, nous saurons nous protéger".
  • Une Révolte Globale: Il est désormais évident que la révolte n’est plus limitée à la capitale. Plusieurs grandes villes de province ont également pris part aux contestations : Tabriz (où il y a eu 4 morts), Ispahan et Najaf-Abad (qui étaient en ébullition depuis la mort de l’Ayatollah Montazeri il y a 8 jours), Mashhad, Shiraz, Arak, etc. Par ailleurs, après une très forte mobilisation des étudiants lors des manifestations du 13 Aban et du 16 Azar, il était important de confirmer que les autres générations étaient aussi mobilisées que les jeunes étudiants. Les femmes ont été une nouvelle fois aux avant-postes. Les images de leur bravoure ont fait le tour du monde. Le destin de tout un peuple, toutes générations confondues, semble définitivement lié. Jamais le peuple iranien n’a été aussi soudé, éclairé et déterminé.
  • Fuite en Avant: L’Ayatollah Montazeri disait que ce régime n’était plus qu’une dictature religieuse. La militarisation du régime est un fait bien établi. Il n’y a qu’à regarder la composition des gouvernements Ahmadinejad et la place prise par les Gardiens de la Révolution au sein de la société iranienne. Les événements d’hier démontrent que le régime est même arrivé au point de délaisser les symboles religieux pour ne s’appuyer que sur la toute puissance de son arsenal répressif militaro-judiciaire. Le régime aurait pu faire profil bas, du moins lors d’une journée aussi symbolique que l’Achoura, de rechercher à apaiser les tensions et de mettre en avant des personnalités plus "pragmatiques" que répressives. Rien de tout cela. Au contraire, la mise en avant de toutes les forces de sécurité du régime déployées dès les premières heures de la journée, les appels de menace visant à intimider les manifestants, l’intensité inouïe des heurts, l’ordre de tirer sur les manifestants et enfin le bilan humain extrêmement lourd de la journée de l’Achoura confirment une fuite en avant dans la militarisation à outrance du régime. La répression militaire est la seule et dernière carte qui reste entre les mains de ses dirigeants. Le profond sentiment d’injustice du peuple iranien est décuplé. Ceci donnera encore plus de vigueur et de détermination à la révolution en cours.
  • Tous Contre Khamenei: Ali Khamenei est plus que jamais la cible directe des opposants au régime. Le retrait d’Ahmadinjead et l’annulation de son élection truquée du 12 Juin ne font plus partie des revendications. Les manifestants réclament à présent ouvertement le départ du Guide, le premier personnage de l’Etat. Les réserves pragmatiques constatées lors des manifestations de Juin ("ne pas insulter le Guide trop directement") ont laissé place à l’éclatement d’une colère accumulée depuis 3 décennies contre celui qui concentre tous les pouvoirs au sommet d’un régime corrompu et sanguinaire (photo et vidéo: plaque portant le nom Khamenei arrachée et piétinée).