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dimanche 26 octobre 2014

Lettre d’Heshmat Tabarzadi au Rapporteur Spécial de l’ONU – 15 octobre 2014


A Monsieur Ahmed Shaheed, Rapporteur Spécial de l’ONU sur la situation des droits humains en Iran,

Je vous réitère mes remerciements pour vos efforts pour faire connaître la situation des droits humains en Iran. Vous et moi savons parfaitement que faire connaître et souligner les violations systématiques des droits humains par la république islamique est une grande tâche, bien sûr impossible à mener à bien, parce que ces violations, pour la plupart, sont causées par les lois en vigueur et la culture, et, tant que ce régime religieux sectaire restera en place en Iran, il ne sera pas possible d’abroger ces lois. Il est important de noter que la plupart des exécutions et la violence sont liées aux lois religieuses ; les autorités (le gouvernement, la justice et les diplomates) ont confirmé à de nombreuses reprises l’existence et l’application de ces lois. A cet égard, la seule différence entre Daesh (état islamique d’Irak et de Syrie) et le gouvernement islamique en Iran est la personne qui ordonne ces exécutions et ces violations : Le calife, dirigeant de Daesh ou le guide suprême d’Iran. Comme Daesh, le gouvernement iranien islamique a légitimé et ordonné les mêmes choses : lapidation, amputations, exécutions et la torture utilisée comme « punition ». Dans le même temps, le guide suprême de l’état islamique d’Iran n’a jamais honoré ses propres lois et a mis en œuvre la violence, l’espionnage de l’opinion, les emprisonnements, la torture, la répression et les arrestations.

Monsieur Shaheed,
Je suis journaliste et militant politique. Bien que le gouvernement iranien ait brisé ma plume, dissout mon parti et emprisonné mes amis pour 20 ans, il n’a pas réussi à me faire taire. C’est pourquoi, en accord avec ma responsabilité sacrée de journaliste qui cherche la vérité, j’ai toujours communiqué les violations des droits humains en Iran que vous connaissez bien. Je vous écris d’Iran, et plus particulièrement de la section 12 de la prison de Radjaï Shahr. Donc, alors que le gouvernement islamique d’Iran et ses affiliés dans la justice prétendent que votre rapport est inexact et influencé par des groupes extérieurs au pays, je voudrais confirmer que non seulement votre rapport est exact mais qu’il ne fait que mentionner quelques aspects des atrocités et des violations des droits humains en Iran. Voici deux illustrations de ces violations :

  • Monsieur Djamaloddine Khandjani a plus de 81 ans. C’est l’un des chefs des bahaïs d’Iran emprisonné parce que la communauté bahaïe lui fait confiance. Il a été condamné à 20 ans de prison. Dans quelle société civilisée une personne âgée comme Monsieur Khandjani est-il traité ainsi ? Je pense que les seuls groupes qui ne montrent aucune pitié et manquent ainsi de respect aux personnes âgées sont le gouvernement islamique d’Iran, sectaire, religieux et fanatique et l’état islamique Daesh. En fait, Monsieur Laridjani, responsable de la justice en Iran et personnalité religieuse devrait avoir honte de ses actes et de ses collègues ! Il devrait avoir honte à jamais de parler de loi et d’humanité.
  • Hadji Karim Aziz-Marouf est un prisonnier de 70 ans. Il a subi deux opérations dans ces neuf derniers mois dont la dernière à cœur ouvert. Il a été condamné à perpétuité et a déjà passé 17 ans en prison. Vue sa situation en prison, il ne va pas tarder à mourir. Quelle cruauté dans cette loi qui traite ainsi les malades et les séniors ! Je sais que ce n’est qu’un exemple de nombreux cas. Le système judiciaire en Iran est le seul qui emprisonne une personne réanimée après que son exécution ait échoué. Il est actuellement en prison, et son état mental et physique se détériore. Si cela n’est pas de la cruauté et de la barbarie, alors qu’est-ce ?

Je suis choqué que deux frères, Sadegh et Ali Laridjani, qui dirigent les deux systèmes principaux de l’Iran, la justice et le parlement, se plaignent des remarques du secrétaire général de l’ONU sur les violations des droits humains en Iran et aussi de votre rapport. Ils prétendent que les droits humains islamiques iraniens ont été mis en œuvre et que cela est suffisant pour les Iraniens et que ces critiques proviennent des allégations de l’opposition iranienne et d’une poignée de dissidents anti-islams. Je suis persuadé que ces mensonges, ces illusions et ces fausses publicités sont causées par l’idéologie expansionniste ainsi que par les intérêts partisans de ces individus. Je sais que l’Islam ne permet pas de tels crimes et mensonges. Des millions de musulmans de par le monde mais seulement deux états, Daesh et la république islamique d’Iran ainsi que des groupes comme les talibans et Al Qaeda qui agissent si brutalement et font la promotion de la violence et de la brutalité au nom de la religion. Mais je suis heureux que le monde soit conscient de l’hypocrisie et des mensonges et ne fasse pas confiance à ces systèmes. De plus, il est important de savoir que beaucoup de par le monde surveillent ces actions inhumaines, violations des droits humains et tentative de production d’armes de destruction massive. Ils ne les laisseront pas commettre d’actes arbitraires en Iran.

Je vous prie de croire, Monsieur le Rapporteur Spécial, à l’expression de mes meilleures salutations

Heshmatollah Tabarzadi – Prison de Radjaï Shahr – Karadj – Iran

Source : https://hra-news.org/en/articles/heshmat-tabarzadis-letter-un-special-rapporteur

mardi 5 novembre 2013

2 novembre 2013 – Il faut une commission d’enquête indépendante – Issa Saharkhiz –

Aftab_iran@yahoo.com

Plusieurs militants politiques, des droits civiques et des médias en Iran ont déjà conclu que la lune de miel de Hassan Rouhani avec ceux qui l’ont soutenu a pris fin ; le ministre de la justice de son cabinet, a qualifié les évènements qui auraient eu lieu lors des fêtes de l’Eid Ghadir (commémoration chiite historique) au domicile de Mir-Hossein Moussavi de « blitz médiatique »,  une expression qui aurait mieux convenu au cabinet Ahmadinejad et une réminiscence du temps où il travaillait au renseignement sécuritaire.

Je connais Rouhani ; il est intelligent et juste ; je doute vraiment qu’il partage les points de vue d’un ministre qui, en réalité, est le représentant du chef de la justice, Sadegh Laridjani, dans sa version « modérée ».

Les réformateurs et les partisans de la transformation ont joué un rôle clé dans sa victoire à l’élection présidentielle de juin ; dans les 100 premiers jours de son mandat, le chef du dixième gouvernement fournirait ainsi à ses anciens opposants et à ses nouveaux critiques, des preuves qui, plus que tout démontreraient sa rupture avec ces deux factions ; personnellement, j’en doute sérieusement.

De plus, ce fait pourrait, à lui seul prouver la fin de sa lune de miel, surtout avec les religieux de premier plan de Ghom, Shiraz, etc… ; même des dirigeants réformateurs comme Seyed Mohammad Khatami et des militants nationaux-religieux comme Abdollah Nouri, qui vient de rendre visite aux filles de Moussavi et de Rahnavard et a téléphoné à Kowkab et Nargues qui lui ont exprimé la cruauté et la douleur que leur cause l’assignation à domicile de leurs parents.
« Ne pas interférer avec la création d’une commission pour lever l’assignation à domicile de Moussavi et Karroubi », voilà la position du gouvernement et elle est en adéquation avec ses intentions politiques et culturelles ; mais il ne semble pas possible que Rouhani accepte l’assertion de Mostafa Pour-Mohammadi : l’attaque rapportée contre les filles de Moussavi, gifles et morsure, aurait été forgée par les médias. Et cela, parce que ces remarques ne sont ni « prévoyantes » ni « génératrices d’espoir », deux qualificatifs auxquels le gouvernement aime être associé.

A notre époque, les outils sophistiqués de surveillance sont largement utilisés en Iran et dans le monde entier ; la remarque du ministre de la justice : « la surveillance est une activité normale qui a également lieu en république islamique, comme dans les autres pays » est acceptable mais il est beaucoup moins probable que Mr. Pour-Mohammadi autorise personnellement que Moussavi et les membres de sa famille, ses proches et ses enfants soient « fouillés » ou que l’épouse et les filles de Moussavi soient mises à nu, exposant leurs corps aux agents qui les entourent ou soient soumises à d’autres vexations qu’il n’est même pas possible de relater ici par écrit.

Je voudrais informer Monsieur Rouhani que la fouille à corps est la norme dans les prisons iraniennes de nos jours ; les prisonniers politiques et d’opinion sont régulièrement contraints de se déshabiller et de rester nus pour être non seulement inspectés mais pénétrés par les gardiens de prison quand ils rentrent du tribunal ou de visites médicales.

Ce sont des pratiques communes et intrusives lorsque les prisonniers bénéficient de visites sans séparation ou de « visites religieuses ». C’est pourquoi certains prisonniers s’abstiennent de se rendre dans des établissements médicaux ou que certains membres des familles refusent les visites sans séparation. Si le gouvernement le juge nécessaire, il peut former une commission spéciale qui s’entretiendra avec ceux qui ont été témoins de ces conduites et pratiques.

Même s’ils semble que le président ou ses conseillers les plus proches n’accepteront pas de former une commission spéciale pour la libération de Moussavi et Karroubi, on peut encore espérer que Monsieur Rouhani demandera à son conseiller le plus éminent, l’hodjatoleslam Younessi de former « une commission d’enquête indépendante » composée de membres du gouvernement, de personnalités indépendantes réformatrices, favorables à la transformation et de conservateurs rationnels pour enquêter sur ce problème et sur les fouilles à corps qui sont menées dans le pays, en s’entretenant avec les prisonniers d’opinion et politiques, actuels et anciens, y compris les prisonniers du Mouvement Vert qui, en dépit de tous les dangers, ont ouvertement déclaré avoir été battus et torturés, physiquement et psychologiquement. 

Source : http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/archive/2013/november/02/article/the-need-for-an-independent-fact-finding-commission.html

jeudi 9 mai 2013

La longue liste des exécutions sous le mandat de Laridjani – Fereshteh Ghazi – 29 avril 2013


« Nous n’avons absolument pas d’exécutions politiques en Iran ; les personnes exécutées ont pris les armes contre le régime. Ce n’est pas une activité politique. De plus, d’après les lois de la république islamique, la peine capitale n’est pas le seul châtiment de ceux qui ont commis des actes contraires à la sécurité nationale du pays. Si vous affirmez que nous avons exécuté des personnes uniquement pour cela, alors publiez leurs noms. » C’est une partie des remarques de Sadegh Laridjani, chef de la justice ; sous son mandat, des dizaines de prisonniers politiques ont été exécutés et beaucoup sont encore dans le couloir de la mort.

L’exécution de prisonniers politiques et d’opposants en république islamique a commencé tout de suite après la victoire de la révolution en 1979 par l’exécution de personnalités associées à l’ancien régime : des personnes qui avaient des postes à responsabilité ou étaient, d’une façon ou d’une autre associées à la monarchie. Mais il y avait aussi des personnes qui s’étaient battu pour la victoire de la révolution de 1979 et d’autres qui avaient été aux responsabilités dans la toute nouvelle république islamique mais qui avaient critiqué ou s’étaient opposées aux orientations des nouveaux dirigeants. Tous ont fait face aux pelotons d’exécution.

Dans les premières années de la république islamique, les nouvelles et les photos des personnes exécutées remplissaient les pages des médias locaux. Mais la couverture médiatique des exécutions a diminué petit à petit au point que les autorités de différents niveaux hiérarchiques ont même commencé à les nier ou à empêcher leur publication. C’est pourquoi monsieur Laridjani prétend qu’ « il n’y a pas d’exécutions politiques en Iran. »

Les années 80 sont généralement qualifiées de décennie d’exécution en république islamique. C’est durant cette période que des milliers de militants politiques, dont des critiques et des opposants de la république islamique, ont été envoyés à la mort. Le pire eut lieu en septembre 1989 : des centaines de prisonniers politiques ont été exécutés ensemble d’après les rapports de témoins oculaires ou de membres de familles. Les fonctionnaires et les autorités de la république islamique ont depuis gardé le silence sur ces exécutions et n’ont pas dévoilé leur point de vue sur ces assassinats.

Ces exécutions ont continué la décennie suivante si bien qu’aujourd’hui il y a une liste de prisonniers politiques emprisonnés qui ont été condamnés à mort. Dans le sud du pays, des personnes comme Mohammad Ali Anvari, Hashem Shabani, Hadi Rashedi, Seyed Djaber Alboshokeh et son frère Mokhtar Alboshokeh ont été condamnés à mort pour «  actes contre la sécurité nationale » et ils pourrissent en prison. Les cinq étaient membres d’une association culturelle Alhavar qui avait été autorisée sous la présidence de Mohammad Khatami en 2002. Son nom, qui signifie dialogue, avait été choisi précisément parce que Khatami diffusait tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, sa célèbre idée du dialogue des civilisations. Ses activités étaient culturelles, elles visaient à sauvegarder la langue arabe par des réunions de poésie, des chants en langue arabe, l’organisation de cours d’Arabe et des cérémonies, en gardant le contact avec les familles qui ne permettaient pas à ses filles de poursuivre leurs études.

Dans la célèbre prison Evine de Téhéran, Mohsen et Ahmad Daneshpour Moghadam, arrêtés le jour de l’Ashoura 2099 (le jour où les chiites commémorent l’assassinat historique de leurs imams il y a 1400 ans) ont été condamnés à mort pour « guerre contre Dieu et coopération avec l’organisation des Moudjahidines du Peuple ». Mais, lors d’interviews avec Rooz, Meysam, le fils de Mohsen a déclaré : « Les membres de ma famille n’avaient aucune activité politique. Malheureusement, un de mes frères est en Irak et nous n’avons pas de contact avec lui. Non seulement nous ne nous intéressons pas aux Moudjahidines du Peuple, mais nous les considérons comme une organisation terroriste. Notre seul contact avec l’Irak a eu lieu quand ma mère s’y est rendue. Pendant son voyage et même après son retour, il n’y a eu aucun problème avec les autorités et on ne lui a rien demandé. Mais le jour de l’Ashoura, nos mère, père, frère, un ami de mon père et une autre connaissance ont été arrêtés. Quand je suis rentré à la maison, j’ai trouvé une simple note m’indiquant qu’ils avaient été arrêtés par le ministère du renseignement. »

Vahid Asghari et Ahmad-Reza Hashempour sont aussi des prisonniers politiques condamnés à mort et contrairement aux allégations du responsable de la justice ils n’ont pas pris les armes contre la république islamique. Vahid est emprisonné depuis cinq ans et les membres de sa famille expliquent qu’il étudiait en Inde. Il était venu rendre visite à sa famille mais a été arrêté à l’aéroport alors qu’il voulait rentrer. Il est accusé avec d’autres de diriger des sites contraires à la religion.

Zaniar et Loghman Moradi sont prisonniers politiques à la prison de Radjaï Shahr près de Téhéran ; contrairement aux allégations du responsable de la justice, ils n’ont jamais pris les armes contre la république islamique ; ils sont quand même condamnés à mort. Ils sont accusés avec Madjid Bakhtiar et Hodjabr Ebrahimi de complicité dans le meurtre de Saïdi, fils de l’imam du vendredi de Marivan en 2009. Ils sont aussi accusés d’être des agents britanniques. Une vidéo a été diffusée sur le canal en Anglais de la télévision de la république islamique : plusieurs individus dont apparemment Zaniar et Loghman y prétendent être responsables du meurtre du fils de l’imam. Mais les membres de leur famille disent qu’il s’agit de faux grossiers et que leurs enfants n’ont fait ces déclarations que sous la pression. Peu de temps après, Zaniar et Loghman ont publié une lettre ouverte annonçant que ces aveux avaient été extorqués sous la torture et qu’ils avaient été violés par ceux qui les interrogeaient.

Au Kurdistan, Habibollah Golparipour, Habibollah Latifi et Shirkou Moarefi font partie des prisonniers politiques condamnés à mort pour moharebeh (être ennemi de Dieu). Leur père rejette l’accusation et a dit à Rooz qu’il s’occupait d’activités culturelles et que, lors de son arrestation, les livres qu’il portait lui avaient été confisqués. Il n’y avait pas d’arme à feu et il n’avait aucune activité armée a dit son père. « Le crime de mon fils c’est la possession de quelques livres. Je ne sais pas sur quelle loi ils se sont basés pour porter ces accusations contre mon fils. »

Shirkou Moarefi est un militant politique et civique kurde arrêté en 2008 dans la ville kurde de Saghez. Il a été condamné à mort pour « actes contre la sécurité nationale » et adhésion au parti Komeleh. Son avocat dit que Shirkou n’était pas membre du Komeleh, uniquement sympathisant. L’avocat ajoute que son client ayant rendu son arme aux autorités et s’étant livré de lui-même, il n’aurait pas dû être qualifié de « moharebeh » comme prétendu par l’état.

Ce ne sont que quelques exemples de politiques condamnés à mort. Ces prisonniers n’ont pas eu de procès public et leurs avocats n’ont pas pu défendre leurs clients. La plupart d’entre eux ont avoué sous la torture.

Alors, contrairement à l’affirmation de monsieur Laridjani, il y a eu beaucoup de prisonniers politiques d’exécutés durant son mandat de responsable de la justice. Dans beaucoup de cas, le corps des victimes n’a même pas été rendue à leurs familles dont Farzad Kamangar, Shirine Elmhouli, Djaafar Kazemi, Ali Aghadjari, Ali Saremi, Arash Rahmanipour, Mohammad Alizamani et Zahra Bahrami.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2013/april/29/article/the-long-list-of-executions-during-larijanis-term.html

samedi 23 juin 2012

Les Gardes Révolutionnaires Avant et Après 2009 – Bahram Rafiei – 16 juin 2012


« Toute action comme le lancement d’une révolution de velours sera immédiatement écrasée. Si les groupes et les partis politiques en Iran sont réalistes, ils ne se lanceront pas dans la planification ou la mise en œuvre de tels scénarios. Chacun doit accepter le vote du peuple et le respecter. Le peuple iranien est musulman et veut l’islam ; il voit que la ligne de l’imam et celle du guide suprême suivent le chemin pur de l’islam de Mahomet et ne dévieront jamais de cette voie. »   Voilà les conclusions du général Yadollah Djavani, ancien chef du bureau politiques des gardes révolutionnaires (IRGC) à un reporter de l’hebdomadaire Sobh Sadegh, organe officiel de l’IRGC, juste quatre jours avant les élections du dixième président d’Iran en juin 2009. Le général parlait à un reporter de la publication qu’il supervisait. Dans cette interview, Djavani accusait les réformateurs qui soutenaient Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi de prendre des mesures pour « renverser silencieusement » le régime : « certains groupes réformateurs, surtout les extrémistes, croient qu’ils doivent gagner les élections présidentielles et arriver au pouvoir par tous les moyens. Ils croient que s’ils ne retournent pas au pouvoir, ils en seront écartés pour longtemps et peut-être même n’y retourneront-ils jamais. » Le chef du bureau politique de l’IRGC faisait ces remarques dans le bulletin interne de cette force, Tahlile Rouz (l’Analyse de la Journée) ; il y expliquait à ses messagers politiques qui avaient été envoyés dans tout le pays juste avant les élections, que Moussavi l’emportait sur Ahmadinejad dans la plupart des provinces et ajoutait que la couleur verte, qu’avait choisie les supporters de Moussavi, était le signe du lancement d’une révolution de velours. Djavani avait aussi averti que les vêtements verts, écharpes, chapeaux, bracelets, essuie-glaces et antennes exposés pendant la campagne présidentielle de 2009 en signe de solidarité avec Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi, étaient bien plus que de simple moyens de susciter l’enthousiasme. Voilà les mots que d’autres commandants de l’IRGC ont répétés et manipulés durant les deux semaines précédant les élections du 12 juin 2009. Ce sont aussi les propres mots qui ont alerté les trois candidats à l’élection présidentielle de l’époque qui les considéraient comme l’interférence de l’armée dans les élections.

La veille des élections, Moussavi a écrit une lettre de quatre paragraphes à l’ayatollah Khamenei, le guide suprême du régime islamique ; il y expliquait avoir reçu : « des preuves de l’interférence d’un certain nombre de commandants et d’autorités des forces de l’IRGC et de la bassidj mobilisées pour les élections. Une telle interférence est non seulement une violation de la loi mais elle crée de plus des divisions au sein des commandants, des officiels et du corps sincère et sain de la bassidj et de l’IRGC. Dans la mesure où de telles mesures illégales sont ignorées et où certains des observateurs dans les bureaux de vote appartiennent aux supporteurs de candidats spécifiques, il est inquiétant de penser que le vote populaire pourrait être piraté. » La réponse de l’ayatollah Khamenei a été un silence significatif. Vint le jour de l’élection, le 12 juin. Le décompte des voix accordées aux candidats a été annoncé sur la radio-télévision nationale depuis le ministère de l’intérieur et les évènements ont pris la tournure annoncée par l’ayatollah Khamenei en août/septembre lors d’une rencontre avec le cabinet Ahmadinejad. Lors de cette rencontre particulière, un an avant les élections présidentielle et trois ans après le début de la mandature d’Ahmadinejad, le guide avait déclaré au cabinet : « Travaillez comme si vous aviez cinq ans de plus à travailler. En d’autres termes, supposez que vous gouvernerez cette année et les quatre années suivantes. »

Des manifestations ont eu lieu dans l’Iran tout entier et Moussavi a publié sa première déclaration à la nation iranienne : « Les résultats annoncés pour la dixième élection présidentielle sont déroutants. Ceux qui ont longtemps fait la queue pour voter ont été témoins du mélange des votants et savent pour qui ils ont voté. Ils observent, totalement surpris, ce à quoi jouent les officiels et la radio-télévision nationale. Plus que jamais auparavant, ils veulent maintenant savoir quels officiels ont mis ces jeux en scènes. Je proteste fermement contre les évènements actuels et les violations criantes et grossières du jour de l’élection, je préviens que je ne me soumettrai pas à ce piège dangereux. » Deux jours après l’élection, alors que les forces de police et paramilitaire intensifiaient leur lutte contre les manifestants, Moussavi a publié une autre déclaration : « Ceux qui, après de nombreuses violations, ont annoncé les résultats incroyable de l’élection présidentielle tentent maintenant de finaliser ces résultats pour ouvrir une nouvelle ère dans ce pays. A de nombreuses reprises, j’ai parlé des dangers des actions illégales pendant la campagne et les élections ; j’ai souligné que de telles mesures pouvaient mener à la dictature et au despotisme et que notre nation peut maintenant s’en rendre compte. »

Les manifestations n’ont pas faibli mais se sont intensifiées, surtout à Téhéran. Dès les premières heures du 14 juin, les forces de l’IRGC et de la bassidj ont pris position pour s’attaquer aux manifestants. La première attaque de nuit a eu lieu à l’université de Téhéran. Plusieurs sources étudiantes, y compris la plus grande organisation Daftare Tahkim Vahdat, ont déclaré qu’il y avait eu des morts, ce que les autorités ont nié. Le grand défilé a eu lieu le 15 juin lorsque le peuple de la capitale est descendu dans les rues de la capitale pour montrer son rejet des résultats annoncés de l’élection. Des affrontements ont éclaté et un grand nombre de manifestant a été tué par l’IRGC.

Dans une interview avec le journal contrôlé par l’état Kayhan, Abdollah Araghi, actuel commandant en second des forces terrestres de l’IRGC et à l’époque commandant de la force Mohammad Rassoul Allah de Téhéran, a confirmé la répression des manifestants par l’IRGC : « L’IRGC et la bassidj étaient responsables de la sécurité de la capitale entre le 15 juin et le 16 août.» Il a également souligné qu’il avait personnellement ordonné à ses hommes de « tirer directement » sur les manifestants par son réseau sans fil. Les manifestations s’intensifiaient et les forces IRGC et bassidj dans tout le pays luttaient contre les manifestants, le nombre de morts augmentait et beaucoup de militants civiques, politiques et des médias étaient encerclés et arrêtés. Dans sa cinquième déclaration depuis l’élection, Moussavi a écrit : « Observant la situation, je découvre dans ces évènements, un dessein plus vaste que la simple imposition d’un gouvernement indésirable. On veut imposer une nouvelle vie politique au pays. »
La Seconde Partie du Coup d’Etat

En octobre 2009 lors d’un « séminaire national des religieux dans la ville de Mashhad », le commandant Moshafagh a accusé des personnalités comme Hashemi Rafsandjani, Mohammad Khatami, Mohammad Moussavi Khoeniha et Mir-Hossein Moussavi ainsi que des partis réformateurs comme Majmae Rohanyoun Mobarez (Association des Religieux Combattants), Majmae Nirouhaye Khate Imam (Associations des Forces du Chemin de l’Imam), Mosharekat (Front de la Participation), Mojahedin Enghelab (Organisation des Moudjahidines de la Révolution Islamique), Kargozaran (Cadres de la Construction), Hambastegui (Parti de la Coalition Islamique) et Mardomsalari (Front Démocratique) de comploter pour renverser la république islamique et de tenter de soumettre l’ayatollah Khamenei : « Sachant cela, nous avons brisé leurs tentatives et les avons arrêtées. » Il a aussi remarqué qu’Ahmadinejad était le candidat pour les présidentielles de l’ayatollah Khamenei et a révélé la création, des mois avant les élections, d’un conseil visant à identifier et à s’opposer à la « sédition ». Avant lui, le commandant en chef de l’IRGC, Mohammad-Ali Djafari avait eu des mots similaires en août/septembre 2009. Peu après les mots de Moshafagh, le chef du bureau politique de l’IRGC, Yadollah Djavani a confirmé les idées du chef de la sécurité de l’IRGC au sein du bureau politique et les a appelées « éclaircissement ».

Le parti de la Participation est un parti phare des réformateurs dont la direction et beaucoup de membres ont été arrêtés en 2009, la plupart sont toujours en prison ; il a écrit une lettre ouverte au responsable de la justice, Sadegh Laridjani, dans laquelle il citait les remarques du commandant de la sécurité de l’IRGC comme preuve de l’opinion des manifestants : un « coup d’état électoral » avait été mené par les forces armées sous la direction du guide suprême du pays : « Le discours largement publié du général Moshafagh, gradé de haut rang de l’unité Sarallah, a expliqué les plans du coup d’état électoral qui a eu lieu pendant la dixième élection présidentielle ; il a ainsi confirmé les plaintes des dirigeants du Mouvement Vert contre cette falsifications. » Cette lettre demandait une enquête, car il ne s’agissait pas seulement d’une fraude perpétrée durant les élections, mais d’un processus global ourdi pour pirater les élections avant même l’évènement. La justice n’a répondu ni à la lettre, ni à la requête, mais elle a renvoyé les dirigeants du parti en prison à cause des plaintes contenues dans cette lettre.

En janvier 2011, Mohammad Hossein Safar Herandi, actuel conseiller du commandant de l’IRGC et ancien éditorialiste du journal contrôlé par l’état Kayhan a dit : « Pendant la sédition de l’année dernière, liée à l’étranger, 3.000 individus ont été identifiés et on s’occupe d’eux….100 des principaux organisateurs de la sédition, des criminels, ont été condamnés et on a ainsi arraché les racines du problème. » Un an plus tard, il a confirmé la mort des manifestants et l’arrestation des manifestants et des dirigeants du Mouvement Vert par les forces armées de sécurité pour tenter de prendre le contrôle des manifestations : « Depuis le tout début de la sédition, certains pensaient qu’on mettrait fin au problème en en arrêtant quelques-uns ; c’était une idée simpliste parce que ça ne dépendait pas beaucoup des déclarations des deux (Moussavi et Karroubi) ; ils ne contrôlaient pas tout. » En mars 2011, le journal Kayhan a publié le discours de Hossein Salami, commandant en second de l’IRGC, prononcé dans la ville septentrionale de Babol, à l’intention de l’IRGC et de la Basidj : « La sédition intérieure a été écrasée en relation avec le velayate-faghih (le guide religieux. » Ce qui a suivi ces remarques : l’assignation à domicile des dirigeants du Mouvement Vert, Mehdi Karroubi, Mir-Hossein Moussavi et Zahra Rahnavard. Ce discours annonçait implicitement l’échec des tentatives d’écrasement des manifestations et du Mouvement Vert.

Une année après ses remarques qualifiées « d’amère réalité », il a reconfirmé que l’IRGC n’avait pas réussi à écraser la révolte : « On peut annoncer le nom des séditieux mais pas le nom des initiateurs de la sédition. Certains demandent pourquoi on ne juge pas Moussavi et Karroubi. C’est parce que ne peux pas annoncer le nom de certains de leurs supporteurs. »

Ainsi, au troisième anniversaire du coup d’état électoral de 2009, les commandants de l’IRGC qui ont mis en œuvre leur projet de coup d’état continuent à se faire du souci. Très récemment, l’organe de l’IRGC a été obligé de démentir les remarques du chef du think tank de ses forces qui avait dit : « les cendres de la sédition brûlent encore. »

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2012/june/16/article/two-acts-of-a-coup.html

dimanche 10 octobre 2010

Le chapeau de Mr Khamenei - Nooshabeh Amiri - 23 septembre 2010

Les images de la réunion entre les « dirigeants du régime » et Mr. Khamenei le jour de l’Eid-el-Fetr à Téhéran portent toutes les caractéristiques d’une dictature, et elles montrent le destin amer des despotes ; c’est l’histoire du chapeau de Clementis dans l’œuvre de l’écrivain Tchèque Milan Kundera Le Livre du Rire et de l’Oubli qui, en décryptant une image, décrit ce qui se passe dans les dictatures et ce qu’il advient des despotes ; c’est l’histoire des prédécesseurs de Khamenei. Dommage que lui aussi ait suivi le chemin de ceux qui pensent et agissent comme lui, et qu’il n’ait pas compris que l’on doit tirer des leçons de l’histoire.

L’histoire du chapeau de Clementis parle de la façon dont les individus sont éliminés dans une dictature. A l’époque de l’établissement du régime iranien, les photos montrent le guide au premier plan et tous ces assistants autour. Les assistants semblent être en harmonie, en pensée et en paroles.

Cependant, au fil du temps, les assistants disparaissent du cliché. Chaque année, une nouvelle personne disparaît du régime et est éliminée de la photo souvenir. A la fin, il n’en reste qu’un, Clémentis, le guide.

Mais le tour de Clementis arrive aussi. Lui aussi est éliminé de la photo. Le seul problème, c’est que Clementis a mis son chapeau sur la tête du dictateur ; il est donc impossible d’éliminer le chapeau. Si l’on élimine le chapeau, il faut aussi éliminer la tête du dictateur. Alors le chapeau reste et la photo souvenir me montre plus que le dictateur et le chapeau, signe des beaux jours passés.

L’histoire de la photo retouchée remonte aux premières années de la révolution de 1979. A chaque fois que je regardais la vidéo de l’arrivée de Mr. Khomeiny à l’aéroport Mehrabad de Téhéran, je remarquais que l’un de ses collègues manquait sur la vidéo et cela a continué jusqu’à ce que la dernière version ne montre plus que le fondateur de la république islamique et le pilote français qui l’avait ramené. Sur l’image, il semblerait que Mr. Khomeiny soit arrivé en Iran tout seul et que son seul compagnon de route ait été un étranger impossible à éliminer.

De nos jours, les mêmes qui ratatinaient les vidéos de l’arrivée de Mr. Khomeiny à sa seule image et à celle du pilote, s’assurent que tous les individus, évènements et rapports historiques soient occultés à la vue du public afin qu’il ne reste plus qu’Ali et son chapeau. Regardons la photo de plus près :

La photo démontre la solitude totale des dictateurs. Il est entouré des chefs des trois branches du gouvernement et chacun a une apparence différente. Les visages semblent ennuyés et les regards sont pleins de colère. Le chef du pouvoir législatif, Ali Larijani, ne supporte pas de voir le chef du pouvoir exécutif. Sadegh Larijani ne fait pas montre de la confiance qui siérait à un chef du pouvoir judiciaire. Le responsable de l’exécutif, Ahmadinejad est l’image parfaite du dictateur anxieux. C’est un régime dont les cercles intérieurs vont en se rétractant rapidement.

Le fossé qui sépare cette photo des images des premières réunions enthousiastes des chefs des trois pouvoirs du gouvernement, lors des premières années de la révolution, est saisissant. C’est la transition entre un groupe d’alliés unis par des principes à un groupe de mini-politiciens. Cette photo montre la réalité d’un régime qui se rétracte au point qu’aujourd’hui, plus personne ne vient sur le devant de la scène, une scène où les individus à la périphérie singent le rôle des acteurs principaux et en plus le font mal.

C’est une image à laquelle l’éclat des photos de la première période de la révolution manque. Sur cette photo, même Khomeiny, le fondateur du régime, est réduit à une petite photo dans un coin du cadre, simplement pour répondre à une exigence.

 
Cette photo sans vie irradie la misère; c'est un rappel choquant de la différence existant entre nos rêves et ce qu’il en est advenu. Et pourtant, nous souhaitons que Mr. Khamenei, qui a gâché toutes les occasions, se retire et regarde cette photo pour qu’il comprenne ce que voulait dire le poète quand il disait : Oui, même Ali est seul désormais, sans personne derrière lui.



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Source: http://www.roozonline.com/english/opinion/opinion-article/article/2010/september/23//the-cap-of-mr-khamenei.html