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lundi 17 novembre 2014

Lettre de soutien de 30 organisations de défense des droits humains et de la société civile soutenant la résolution de l’assemblée nationale de l’ONU sur la promotion et la protection des droits humains en Iran

Aux états membres de l’assemblée générale de l’ONU,

Votre excellence,

Nous soussignées, organisations des droits humains et de la société civile, vous écrivons pour demander instamment à votre gouvernement de voter en faveur de la résolution A/C.3/69/L.33 sur la promotion et la protection des droits humains en république islamique d’Iran. Ce vote aura lieu durant la 69ème session de l’assemblée générale des Nations Unies, prévue lors du troisième comité le mardi 18 novembre 2014.

Cette résolution offre une excellente opportunité pour rappeler les inquiétudes actuelles sur les droits humains identifiées par les membres de la communauté internationale et la société civile iranienne. 16 mois après l’entrée en fonction du président Hassan Rouhani, qui a gagné l’élection après avoir promis d’améliorer la situation des droits humains, ceux qui vivent en Iran continuent de souffrir de violations de leurs droits par les autorités. En fait, durant le mois précédant la revue périodique universelle de l’Iran (UPR) au conseil des droits humains à l’ONU, plusieurs états membres ont exprimé leur consternation devant le manque de progrès durant ces quatre dernières années, y compris sur beaucoup des recommandations que l’Iran a accepté durant le dernier cycle d’UPR en 2010.

Les violations des droits humains sont profondément enracinées dans les lois et les politiques d’Iran, ce qui crée de sérieux obstacles aux réformes nécessaires. Le 28 octobre 2014, le rapporteur spécial sur la situation des droits humains en république islamique d’Iran, le Docteur Ahmed Shaheed, a relaté que la situation des droits humains en Iran « continuait à susciter de l’inquiétude » et a détaillé les violations des droits à la vie, à être libéré de la torture et de la discrimination basée sur le sexe, la religion et l’ethnie, les droits à l’éducation, à la santé, à un procès équitable, la liberté d’expression, d’association, d’assemblée, de religion et de foi, ainsi que les limites imposées à la presse. En dépit de son invitation de 2005 aux procédures spéciales des Nations Unies, l’Iran n’est toujours pas désireux d’accepter les multiples demandes de visite. De plus, les autorités ont systématiquement travaillé à saper les efforts de la société civile du pays pour promouvoir et protéger les normes internationales des droits humains.

L’attention continue de la communauté internationale est nécessaire si la république islamique d’Iran doit mettre fin à ces violations et à son manque de coopération. Les états membres de l’ONU doivent continuer à exprimer leur inquiétude à propos de ces violations. Ce faisant, les états membres soutiennent la société civile ainsi que ceux qui, au sein du gouvernement iranien, désirent des améliorations dans la situation des droits humains. En votant pour la résolution, les états encourageront le gouvernement iranien à donner la priorité aux droits humains et à promouvoir et à protéger les droits de la population iranienne.

Depuis le début de l’année, l’Iran a exécuté au moins 600 personnes. Ce chiffre inclut des mineurs et des individus qui ont pu être exécutés pour avoir pacifiquement exercé leurs droits dont le droit à la liberté d’opinion, d’association et d’assemblée. La peine de mort est souvent appliquée en Iran en désaccord avec les sauvegardes prescrites internationalement. Les autorités ont exécuté Reyhaneh Djabbari le 25 octobre 2014 malgré les appels répétés des mécanismes des droits humains de l’ONU, dont le bureau du haut-commissaire aux droits humains de surseoir à l’exécution, sans prendre en compte que l’instruction ne respectait pas les normes internationales d’un procès équitable. De plus, la grande majorité des exécutions en Iran est mise en œuvre pour des délits, comme les délits liés à la drogue, qui ne répondent pas aux critères de « crimes les plus sérieux ». La loi iranienne impose la peine de mort pour des relations sexuelles librement consenties entre adultes, comme l’adultère et les relations homosexuelles, et pour des crimes financiers. L’Iran continue d’exécuter en public malgré les appels du secrétaire général de l’ONU adressé aux autorités à mettre fin à cette pratique.

Les exécutions pour atteintes à la sécurité nationale, qui peuvent avoir des motifs politiques, semblent être mises en œuvre de façon disproportionnée contre les membres des communautés ethniques iraniennes dont les Arabes d’Ahvaz, les Kurdes et les baloutches. Les groupes de défense des droits humains s’inquiètent de la situation de 33 Kurdes sunnites, détenus pour la plupart à la prison Radjaï Shahr de Karaj qui risquent une exécution à tout moment. Ces hommes ont été condamnés à mort suite à des procès grossièrement injustes ; les garanties de base, comme le droit à la défense, n’ont pas été respectées, en contradiction avec les normes internationales d’un procès équitable.

Le rapporteur spécial et les organisations des droits humains continuent à exprimer leur profonde inquiétude pour le nombre de militants, de journalistes, de défenseurs des droits humains, de féministes, de syndicalistes, d’étudiants et de membres des minorités ethniques et religieuses actuellement en détention arbitraire. Les prisonniers iraniens risquent toujours la torture ou d’autres mauvais traitements, dont la détention prolongée à l’isolement et le refus de traitement médical. On leur refuse régulièrement l’accès à un avocat ou à des procès équitables. Beaucoup de détenus sont poursuivis sous des accusations vagues d’atteintes à la sécurité nationale, qui sont régulièrement utilisées pour réduire au silence l’expression pacifique, les associations, les assemblées et les autorités religieuses. En juillet 2014 par exemple, la journaliste Sadjedeh Arabsorkhi a commencé à purger sa peine d’un an d’emprisonnement pour « propagande contre le système. » Il semble que cette accusation est liée aux lettres ouvertes adressées à son père Feyzollah Arabsorkhi, ancien secrétaire d’état au commerce et membre influent d’un parti politique réformateur à l’époque de son emprisonnement.

La discrimination systématique des femmes tant par la loi qu’en pratique mérite aussi que l’on s’y intéresse. Ces dernières années, les autorités ont de plus en plus mis en place des mesures discriminatoires visant à réduire l’accès des femmes à l’éducation supérieure, comme les quotas basés sur le sexe, et ont adopté de nouvelles politiques de contrôle des naissances qui ont pour résultat un accès réduit à la santé sexuelle et aux programmes de planning familial. Les autorités continuent de persécuter ceux qui protestent contre les lois et pratiques discriminatoires, souvent en les accusant de vagues délits contre la sécurité nationale. Ce mois-ci, par exemple, Ghoncheh Ghavami a appris sa condamnation à un an de prison et à deux ans d’interdiction de sortie du territoire par un tribunal de Téhéran pour « propagande contre le système. » Elle a été arrêtée pour avoir protesté contre l’interdiction faite aux femmes d’assister aux matchs dans les stades pendant un matche de l’équipe nationale iranienne de volley-ball.

Cette résolution sur la promotion et la protection des droits humains en Iran lors de la 69ème assemblée générale de l’ONU est une opportunité en or pour que la communauté internationale puisse exprimer son inquiétude sur les droits humains. La résolution accueille favorablement les récentes déclarations positives des officiels iraniens tout en attirant l’attention sur la large gamme des violations. De plus, la résolution appelle les autorités à coopérer avec les procédures spéciales de l’ONU dont le rapporteur spécial sur la situation des droits humains en république islamique d’Iran.

Les vraies mesures du progrès sont une coopération substantielle avec les mécanismes de l’ONU et des améliorations sensibles sur les obligations légales internationales de l’Iran. En votant en faveur de cette résolution le 18 novembre, l’assemblée générale de l’ONU enverra un signal fort au gouvernement et aux Iraniens : le monde se préoccupe de réelles améliorations des droits humains dans le pays.

Nous prions votre excellence de croire à l’expression de nos respectueuses salutations.

  • Roya Boroumand, directrice de la Fondation Abdorrahman Boroumand
  • Hannah Forster, directrice du Centre Africain pour les Etudes sur la Démocratie et les Droits humains
  • Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe des programmes Moyen-Orient et Afrique du Nord, Amnesty International
  • Kamran Ashtari, directeur d’Arseh Sevom
  • Thomas Hughes, directeur d’Article 19
  • Moon Jeong Ho, Commission Asiatique sur les Droits Humains
  • Alireza Ghouloucou, Association pour la Défense des Prisonniers Politiques Azeris en Iran
  • Teymour Aliassi, représentant de l’ONU, Association pour les Droits Humains au Kurdistan d’Iran – Genève (KMMK-G)
  • Mansour Bibak, codirecteur, Groupe pour les Droits Humains au Baloutchistan
  • Docteur Shirine Eabadi, fondatrice et présidente, Centre des Défenseurs des Droits Humains
  • Renate D. Bloem, représentant de l’ONU Civicus
  • Comité de direction Comité des Reporters des Droits Humains
  • Joël Simon, directeur, Comité de Protection des Journalistes
  • Lucia Nader, directrice, Conectas Direitos Humanos
  • Raphaël Chenuil-Hazan, directeur, Ensemble contre la Peine de Mort
  • Michelle Kissenkoetter, directrice de bureau Asie Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH)
  • Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord, Human Rights Watch
  • Mani Mostofi, directeur, Impact Iran
  • Hadi Ghaemi, directeur, International Campaign for Human Rights in Iran
  • Jessica Stern, directrice International Gay and Lesbian Human Rights Commission
  • Phil Lynch, directeur International Service for Human Rights
  • Mahmoud Amiry-Moghaddam, directeur Iran Human Rights
  • Rod Sandjabi, directeur Iran Human Rights Documentation Center
  • Saghi Ghahraman, présidente Iranian Queer Organization (IRQO)
  • Mehrangiz Kar, présidente Siamak Pourzand Foundation
  • Mahmoud Enayat, directeur Small Media
  • Itoro Eze-Anaba, Partnership for Justice
  • Hassan Nayeb Hashem, représentant au conseil des droits de l’homme de Genève Südwind: All Human Rights for All in Iran
  • Firouzeh Mahmoudi, directrice United for Iran
  • Mohammad Mostafaei, directeur  Universal Tolerance Organization
Source : http://www.iranhrdc.org/english/news/press-statements/1000000549-joint-letter-from-thirty-human-rights-and-civil-society-organizations-supporting-un-general-assembly-resolution-on-promotion-and-protection-of-human-rights-in-iran.html?utm_content=buffercce02&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

dimanche 26 octobre 2014

Lettre d’Heshmat Tabarzadi au Rapporteur Spécial de l’ONU – 15 octobre 2014


A Monsieur Ahmed Shaheed, Rapporteur Spécial de l’ONU sur la situation des droits humains en Iran,

Je vous réitère mes remerciements pour vos efforts pour faire connaître la situation des droits humains en Iran. Vous et moi savons parfaitement que faire connaître et souligner les violations systématiques des droits humains par la république islamique est une grande tâche, bien sûr impossible à mener à bien, parce que ces violations, pour la plupart, sont causées par les lois en vigueur et la culture, et, tant que ce régime religieux sectaire restera en place en Iran, il ne sera pas possible d’abroger ces lois. Il est important de noter que la plupart des exécutions et la violence sont liées aux lois religieuses ; les autorités (le gouvernement, la justice et les diplomates) ont confirmé à de nombreuses reprises l’existence et l’application de ces lois. A cet égard, la seule différence entre Daesh (état islamique d’Irak et de Syrie) et le gouvernement islamique en Iran est la personne qui ordonne ces exécutions et ces violations : Le calife, dirigeant de Daesh ou le guide suprême d’Iran. Comme Daesh, le gouvernement iranien islamique a légitimé et ordonné les mêmes choses : lapidation, amputations, exécutions et la torture utilisée comme « punition ». Dans le même temps, le guide suprême de l’état islamique d’Iran n’a jamais honoré ses propres lois et a mis en œuvre la violence, l’espionnage de l’opinion, les emprisonnements, la torture, la répression et les arrestations.

Monsieur Shaheed,
Je suis journaliste et militant politique. Bien que le gouvernement iranien ait brisé ma plume, dissout mon parti et emprisonné mes amis pour 20 ans, il n’a pas réussi à me faire taire. C’est pourquoi, en accord avec ma responsabilité sacrée de journaliste qui cherche la vérité, j’ai toujours communiqué les violations des droits humains en Iran que vous connaissez bien. Je vous écris d’Iran, et plus particulièrement de la section 12 de la prison de Radjaï Shahr. Donc, alors que le gouvernement islamique d’Iran et ses affiliés dans la justice prétendent que votre rapport est inexact et influencé par des groupes extérieurs au pays, je voudrais confirmer que non seulement votre rapport est exact mais qu’il ne fait que mentionner quelques aspects des atrocités et des violations des droits humains en Iran. Voici deux illustrations de ces violations :

  • Monsieur Djamaloddine Khandjani a plus de 81 ans. C’est l’un des chefs des bahaïs d’Iran emprisonné parce que la communauté bahaïe lui fait confiance. Il a été condamné à 20 ans de prison. Dans quelle société civilisée une personne âgée comme Monsieur Khandjani est-il traité ainsi ? Je pense que les seuls groupes qui ne montrent aucune pitié et manquent ainsi de respect aux personnes âgées sont le gouvernement islamique d’Iran, sectaire, religieux et fanatique et l’état islamique Daesh. En fait, Monsieur Laridjani, responsable de la justice en Iran et personnalité religieuse devrait avoir honte de ses actes et de ses collègues ! Il devrait avoir honte à jamais de parler de loi et d’humanité.
  • Hadji Karim Aziz-Marouf est un prisonnier de 70 ans. Il a subi deux opérations dans ces neuf derniers mois dont la dernière à cœur ouvert. Il a été condamné à perpétuité et a déjà passé 17 ans en prison. Vue sa situation en prison, il ne va pas tarder à mourir. Quelle cruauté dans cette loi qui traite ainsi les malades et les séniors ! Je sais que ce n’est qu’un exemple de nombreux cas. Le système judiciaire en Iran est le seul qui emprisonne une personne réanimée après que son exécution ait échoué. Il est actuellement en prison, et son état mental et physique se détériore. Si cela n’est pas de la cruauté et de la barbarie, alors qu’est-ce ?

Je suis choqué que deux frères, Sadegh et Ali Laridjani, qui dirigent les deux systèmes principaux de l’Iran, la justice et le parlement, se plaignent des remarques du secrétaire général de l’ONU sur les violations des droits humains en Iran et aussi de votre rapport. Ils prétendent que les droits humains islamiques iraniens ont été mis en œuvre et que cela est suffisant pour les Iraniens et que ces critiques proviennent des allégations de l’opposition iranienne et d’une poignée de dissidents anti-islams. Je suis persuadé que ces mensonges, ces illusions et ces fausses publicités sont causées par l’idéologie expansionniste ainsi que par les intérêts partisans de ces individus. Je sais que l’Islam ne permet pas de tels crimes et mensonges. Des millions de musulmans de par le monde mais seulement deux états, Daesh et la république islamique d’Iran ainsi que des groupes comme les talibans et Al Qaeda qui agissent si brutalement et font la promotion de la violence et de la brutalité au nom de la religion. Mais je suis heureux que le monde soit conscient de l’hypocrisie et des mensonges et ne fasse pas confiance à ces systèmes. De plus, il est important de savoir que beaucoup de par le monde surveillent ces actions inhumaines, violations des droits humains et tentative de production d’armes de destruction massive. Ils ne les laisseront pas commettre d’actes arbitraires en Iran.

Je vous prie de croire, Monsieur le Rapporteur Spécial, à l’expression de mes meilleures salutations

Heshmatollah Tabarzadi – Prison de Radjaï Shahr – Karadj – Iran

Source : https://hra-news.org/en/articles/heshmat-tabarzadis-letter-un-special-rapporteur

Interview de Nasrine Sotoudeh par le rédacteur d’Arseh Sevom Mohammad-Reza Dardari.




Arseh Sevom : Madame Sotoudeh, pouvez-vous me dire à quoi ressemble pour vous la société idéale ?
Nasrine Sotoudeh : On m’a souvent demandé à quoi ressemblait pour moi la société idéale. Tous les militants se posent cette question sans arrêt. Pour moi, la société idéale possède en abondance la raison, l’amour et la sincérité au lieu de la force militaire et les intimidations du gouvernement : une société qui respecte non seulement les droits des femmes mais aussi ceux des minorités religieuses et ethniques, des enfants et de tous. C’est ainsi que nous pourrons vivre ensemble pacifiquement.

AS : Quelle est la réalité de votre rêve ?
NS : Je rêve d’égalité des droits humains quels que soient le sexe, la couleur, la race ou tout autre critère. L’égalité ne se fera pas du jour au lendemain. Elle a besoin d’efforts continus. Une femme qui s’implique dans de tels efforts a un style de vie certainement différent mais qui n’est pas nécessairement pire qu’un autre. Les enfants de telles mères peuvent souffrir davantage que les autres, mais ils arrivent vraiment à comprendre pourquoi ils doivent endurer de telles difficultés.

AS : Comment tout ce que vous avez fait pour atteindre vos idéaux a affecté votre vie personnelle et votre famille, et surtout vos enfants Nima et Mehraveh ?
NS : Vous savez qu’il y a trois ans et demi, j’ai été envoyée en prison pour motifs politiques. A cette époque, mes enfants étaient petits. Ils ont supporté mon absence de trois ans et demi grâce au grand talent de père de mon époux. Ainsi et aussi grâce à ses efforts incessants pour éduquer nos enfants, mon époux a fait la preuve de son engagement perpétuel pour l’égalité.
Pendant mon absence de trois ans et demi loin de ma famille, j’ai vu mes enfants changer naturellement. Ils ont grandi. Ma fille avait 11 ans quand j’ai été arrêtée, elle en a maintenant 14, elle sait pourquoi sa mère était absente pendant trois ans. Je suis soudain face à une jeune-fille qui motive ses décisions ; mon fils, à l’époque de mon arrestation, ne comprenait même pas le concept d’emprisonnement, il a maintenant six ans. Un cerveau de bébé qui s’inquiète d’emprisonnement, de crime, de vol et de délits politiques, et des erreurs de la police !!! C’est ainsi qu’il a connu toutes ces choses.
Il a perdu son enfance. Il me demande souvent : « Quand ai-je grandi ? J’ai grandi d’un seul coup. » Quand il pense à moi, il se souvient de moi en prison.

AS : Je me souviens qu’avant d’être avocate, vous militiez pour le droit des enfants. Vous êtes l’une des fondatrices de l’ « Association pour la Protection des Droits des Enfants. » Les droits de vos enfants ont-ils pâti de vos idéaux ?
NS : Ces histoires sont, bien sûr, bouleversantes. Mais je vais vous faire part de mon expérience pour vous expliquer que nous devons payer le prix de nos idéaux. Ce n’est pas ce que je voulais. Si vous dites que ce sont mes enfants  qui en ont payé le prix, je suis tout à fait d’accord avec vous. Et si vous dites que l’on n’a pas le droit de faire payer le prix de nos idéaux à nos enfants, je suis encore d’accord avec vous.
Existe-t-il un point de rencontre entre les droits humains et la maternité ? Lors de la Journée Internationale de la Femme, nous avons le droit de parler de nos problèmes. Si une mère travaille pour les droits des enfants, elle tentera certainement de défendre les droits de son propre enfant et si elle souffre, c’est toute la famille qui souffre. Que devrais-je faire ? Est-ce que cela veut dire qu’il faut abandonner notre vision ? Certainement pas.
Pour donner plus de pouvoir à nos enfants, pour les éduquer, nous les obligeons à aller à l’école, ce qui est difficile ; de notre côté, nous devons tolérer quelques difficultés pour enseigner à nos enfants que chaque chose de valeur a un prix.
Ce que nous avons payé pour gagner en justice et en égalité n’a été que « l’éloignement » et « la nostalgie ». C’est tout. Au vu des idéaux que nous cherchons à atteindre, ce n’est pas beaucoup.

AS : Pour finir, comment voyez-vous le futur ?
NS : Je suis un symbole d’égalité et de justice, c’est ce pour quoi je me bats par mon activité légale. Tant que je le pourrai, je me battrai pour ces idéaux. Si on m’en empêche, je me battrai pour continuer avec tous mes droits d’être humain.
Je suis bien sûr optimiste pour le futur. Je ne doute pas que l’égalité triomphera, parce que, sans égalité, il n’existe ni paix ni amour, et que sans paix et sans amour, la vide est vide.

Source : http://www.arsehsevom.net/fa/archives/3564#sthash.yFT4kM6z.dpbs

samedi 17 août 2013

Rapport sur la situation des droits humains en Iran durant les mois de Mai-Juin 2013

Introduction :

Durant le mois de Khordad, qui a vu les 11èmes élections présidentielles en Iran, nombre de sites Web, dont le site officiel du Centre des Défenseurs des Droits Humains, ont fait l’objet d’attaques à trois reprises par un groupe qui s’est lui-même nommé « Jihad virtuel inconnu ». D’après les résultats des enquêtes qui ont eu lieu, il est clair que le groupe ci-dessus mentionné est opéré et dirigé par les agents et les autorités de la république islamique d’Iran. Le problème a bien sûr persisté jusqu’à fin Khordad et même les efforts des spécialistes n’ont pu améliorer la situation.

Dans le même temps, l’accès à Internet a été sévèrement perturbé dans beaucoup de régions du pays en raison du blocage et du filtrage des sites ainsi que de la réduction de la vitesse. A noter : nombre de sites web officiels et d’agences de presse ont également été bloqués par le « groupe de travail pour déterminer les manifestations de contenus illégaux »

Ces actes illicites ne sont que des exemples des restrictions imposées à la liberté d’expression et à la libre circulation de l’information en Iran et ce n’est pas la première fois que nous en sommes témoins. Chaque fois que la république islamique d’Iran sent qu’elle est menacée ou en danger, elle a recours à un arsenal d’actes illégaux comme l’attaque de différents sites web, le brouillage des chaînes de télévision étrangères émettant en Persan et enfin les pressions ou les menaces contre les familles de ceux qui vivent hors d’Iran et s’occupent de journalisme ou d’autres professions touchant à la communication et à la diffusion de l’information. Le régime tente ainsi de réduire au silence les voix critiques et de bâtir des obstacles à la libre circulation et à l’échange d’informations.

De plus, durant le mois de Khordad (du 21 mai au 21 juin 2013) Google, l’un des principaux moteurs de recherche sur internet, a annoncé qu’il avait été averti de tentatives motivées politiquement de piratage de comptes de dizaines de milliers d’Iraniens utilisant ses services.
Il est à noter que par le passé, mon propre site Web intitulé « Shirin Ebadi » a également été piraté et que je ne pouvais plus y pénétrer. De plus, les pirates ont fait mauvais usage de mon nom et ont publié des articles qui n’étaient pas compatibles avec mes points de vue. De plus, sur Skype, plusieurs comptes ont été créés sous le nom de Shirin Ebadi mais aucun d’eux n’a de rapport avec moi.

En plus de ce qui précède, voici le résumé de la situation des droits humains en Iran pendant le mois persan de Khordad. Ce rapport se base sur les informations publiées par les différents médias et leur authenticité a été vérifiée. Ce rapport sera publié en trois parties séparées en Persan et en Anglais.

1-Droits civiques, culturels et politiques

A-Contestataires et militants sociaux
Durant ce mois, 29 personnes ont été arrêtées et détenues ; certaines n’ont été détenues que quelques jours le temps de réunir une caution. Parmi eux, 
  • Trois militants étudiants de l’université de Shiraz : Mohammad Reza Vahedi, Azita Firouz-Zadeh et Mehdi Farmani, 
  • Le responsable des jeunes pour la campagne électorale de Hassan Rouhani, Saïdollah Badashti, 
  • Trois membres des jeunes de la campagne électorale de Hassan Rouhani à Tabriz, Behnam Nikzad, Amin Farid Yahyaï et Ali Oroudjzadeh
  • Un responsable du Front Islamique de la Participation en Azerbaïdjan Occidental Esmaïl Mirzaï ; 
  • Trois membres d’une église située dans un domicile de la province d’Ispahan Mohammad Reza Farid, Saïd Safi et Hamid Reza Ghadiri ; 
  • Quatre sympathisants du conseil des militants nationaux-religieux Reza Aghakhani, Nasrollah Lashani, Alireza Akbarzadeh et Hossein Bahiraï ; 
  • Le chef de l’Organisation des Moudjahidines de la Révolution Islamique dans la province de Kohgiluyeh va Boyer Ahmad Seyyed Reza Askari
  • Le chef du Front Islamique de la Participation dans la province de Kohgiluyeh va Boyer
  • Un membre du Front Islamique de la Participation dans la province de Kohgiluyeh va Boyer Ghassem Yazdani
  • Un membre du conseil central de l’Organisation des Moudjahidines de la Révolution Islamique dans la province de Kohgiluyeh va Boyer Ahmad Seyyed Askar Erfanizadeh
  • Cinq personnes qui assistaient à un meeting de campagne de Hassan Rouhani à Téhéran Mohammad Parsi, Mohsen Rahmani, Nafisseh Nikbakht, Shirine Mirkarimi, Mohammad Ehtesham et Zahra Saff Yari;
  • Un prêtre des assemblées de l’Eglise de Dieu Robert Asserian
  • Un militant civique de la ville d’Ispahan Naïm Salavati
  • Le militant politique Pejman Zafarmand;
  • Un militant étudiant de Tabriz Arash Mohammadi

  • Afshine Keshtkari, militant étudiant, a été transféré à la prison Adel-Abad de Shiraz pour purger sa peine de six mois de prison. 
  • Un autre militant étudiant, Ashkan Zahebian, a été transféré à la prison de Babol pour purger sa peine de six mois de prison.
  • Akbar Amini, condamné à cinq ans de prison, a été arrêté et transféré à la prison d’Evine.
  • Seyed Mahmoud Alizadeh Tabatabaï, avocat, a été condamné à quatre mois de prison et 500 coups de fouet ainsi qu’à une interdiction de pratiquer sa profession pendant cinq ans.
  • Saleh Moradi, avocat militant défendant les droits de la secte des derviches, a été condamné à un an de prison et à un an d’exil.
  • Mahmoud Beheshti Langueroudi, ancien porte-parole de l’association professionnelle des enseignants iraniens, a été condamné à 5 ans de prison en plus de sa peine précédente de quatre ans avec sursis.
  • Ehsan Houshmand, militant national-religieux, a été condamné à un an avec sursis
  • Saïd Madani, membre du conseil national-religieux actuellement emprisonné, a été condamné à six ans de prison en exil à Bandar-Abbas, suivis de 10 ans d’exil dans la même ville.
  • Mohammad-Sadegh Honarvar-Shodjaï, religieux critique et bloggeur actuellement à la prison d’Evine, a été condamné à une année supplémentaire en prison.
  • Mohtaram Rahmani, militante des droits civiques, a été convoquée au tribunal révolutionnaire pour y être interrogée.
  • Hamed Siassi-Rad, Mahdieh Golrou et Hossein Massoumi ont également été convoqués au ministère du renseignement pour y être interrogés.

  • Le ministère du renseignement a fermé le temple de l’Assemblée de Dieu

  • Le renseignement et les institutions sécuritaires ont empêché la tenue d’une cérémonie à Qom en mémoire de feu l’Ayatollah Taheri, religieux critique du régime politique iranien. Les autorités de la république islamique d’Iran n’ont pas permis l’enterrement de l’Ayatollah Taheri près de la tombe de l’Ayatollah Montazeri.

B- Livres, Médias, Ecrivains et Journalistes

  • Deux journalistes, Omid Abdolvahhavi et Hessamoddin Eslamlou ont été arrêtés.

  • La BBC et Radio Farda ont annoncé que le ministère iranien du renseignement a convoqué les familles de ceux qui travaillent dans le département de langue persane de leurs organisations, entre autres, les membres de la famille de Djamshid Barzegar.

  • Un tribunal a suspendu la publication du journal Iran pendant six mois.

  • La caution de 700 millions de rials de Yaser Massoumi, qui avait travaillé dans des sites web d’édition de journaux, a été confisquée après qu’il ait quitté l’Iran. Son garant devra désormais payer 20 million de rials par mois.

  • Le site de Hassan Rouhani, candidat à l’élection présidentielle a été bloqué. Le site web de la coalition entre Mohammad Reza Aref et Rouhani, l’édition web du journal Mardomsalari, le site web d’informations IBNA, le site web du « Gouvernement du Printemps » ainsi que le blog personnel et le site web de Gholam-Ali Radjaï, conseiller d’Hashemi Rafsandjani ont également été bloqués. De plus, l’ordre de bloquer le site Web de l’agence de presse Mehr a été donné mais il a ensuite été révoqué sur ordre direct du procureur.

  • L’usage de Gmail est devenu presqu’impossible pour ses abonnés pendant un temps.
  • Hamrah-e-Avval a commencé à filtrer certains mots contenus dans les messages envoyés par l’état-major de campagne de Hassan Rouhani.

  • Le supplément du quotidien Iran a été interdit par le procureur de Téhéran.

  • Le président de l’association des propriétaires de cinéma a annoncé la faillite de 95% de tous les cinémas du pays.

C) Autres exemples de violations des droits humains
  • Madjid a été exécuté à la prison Redjaï Shahr de Karadj. Le journal Djavan a dit qu’il avait été condamné pour meurtre avec préméditation.
  • Mansour et Morteza ont été condamnés à mort dans la ville de Baharestan. Les organes médiatiques du gouvernement iranien ont annoncé qu’ils avaient été condamnés d’abus et de meurtres d’enfants.
  • Djavad et Saïd ont été condamnés à mort dans a ville de Varamine. Les sources médiatiques liées à l’état iranien ont dit qu’ils avaient été condamnés pour enlèvement et agressions sexuelles de femmes.

  • D’après le livret officiel de sélection des sujets avant de passer les examens d’entrée en Master à l’université, l’admission d’étudiantes a été suspendue dans sept disciplines majeures de l’université industrielle d’Ispahan.
  • Des agents de police et les autorités de la fédération iranienne de football ont interdit l’entrée du stade Azadi aux femmes pour les cérémonies célébrant la qualification de l’équipe nationale pour le prochain Mondial. La république islamique d’Iran s’oppose à la présence des femmes dans les stades aux côtés des hommes.

2-Droits sociaux et économiques
  • La situation économique du pays est toujours qualifiée de défavorable. D’après les dernières informations en provenance du centre iranien de statistiques, aujourd’hui environ 1.700.000 enfants sont obligés de travailler au lieu d’étudier ; le taux d’inflation du mois d’Ordibehesht est de 31% et l’index global a augmenté de plus d’un pour-cent à 156.7%

  • L’industrie automobile a une dette totale de 800 milliards de tomans envers les fonderies.

  • La loi budgétaire a privé 700.000 ouvriers du bâtiment de droit à l’assurance. Le président de la chambre d’industrie et des mines d’Iran a dit que plus de 40% des activités industrielles du pays se sont arrêtées.

  • Le paiement des salaires de certains travailleurs de l’usine Farsit de la ville de Doroud est en retard d’environ six mois.

  • Certaines villes d’Azerbaïdjan Occidental, et des provinces d’Ardabil et du Khūzestān font face à une pénurie de pain.

  • L’épouse de Reza Shahabi, membre de la direction du syndicat des travailleurs de la compagnie Vahed, qui purge actuellement une peine de prison de six ans à la prison d’Evine, a été convoquée au ministère du renseignement pour interrogatoire.

3-Héritage culturel et environnement

Les rapports sur l’héritage culturel et l’environnement indiquent également des conditions défavorables.
  • Le chef du département de l’eau, des égouts et de l’hygiène au ministère de la santé a annoncé que l’irrigation de certains champs par les égouts continuait.

  • Depuis le début de « l’année de l’eau » en Mehr 1391 (septembre/octobre 2012), la quantité d’eau dans les réservoirs des barrages de Téhéran a baissé de 26% par rapport à la même période de l’année précédente.

  • Les activités de fouilles illégales et de contrebande d’antiquités a augmenté durant les quelques mois de cette nouvelle année

  • Certaines demeures historiques de la ville de Yazd ont été détruites.

  • Quelques 400 hectares de forêt de chênes de la province d’Ilam sont au bord de la destruction.

  • D’après une déclaration du porte-parole du comité pour l’agriculture du parlement islamique, des particules de poussières ont affecté 22 provinces d’Iran. Elles ont causé beaucoup de dommages : environ 50% des forêts de Zagros dans la province d’Ilam ont été détruites. D’après un membre des écologistes du parlement islamique, les cancers de la gorge ont augmenté dans les provinces affectées par la pollution atmosphérique causée par les particules de poussière. Les particules de poussière ont rendu toxique la rivière Zayandeh.

Conclusion

Le respect de la liberté d’expression et la libre circulation de l’information font partie des devoirs des gouvernements. Je voudrais donc attirer l’attention des autorités de la république islamique sur ce point ; j’espère que Monsieur Hassan Rouhani, président élu de ce pays mettra fin à ces actions illégales de la part des officiels de l’état.

Shirin Ebadi, défenseur des droits humains et prix Nobel 2003

Note : Pour plus d’information sur les rapports ci-dessus, merci de vous référer aux sites web suivants :
Agence de Presse des Etudiants Iraniens (ISNA), 
Agence de Presse de la République Islamique (IRNA), 
Agence de Presse du Travail en Iran (ILNA), 
Agence de Presse Fars
Agence de Presse Mehr
Agence de Presse du Club des Jeunes Journalistes 
Site Web CDHR
JARAS
Comité des Reporters des Droits Humains
Nedaye Azadi, 
Baztab
HRANA
Ghanoon
Kaleme
Mohebbat News
Sunni Online
Campagne Internationale pour les Droits Humains en Iran 
Majzooban-e Noor, 
Melli Mazhabi
Nedaye Sabze Azadi
Radio Zamaneh
Radio Farda 
BBC.

Source : http://www.humanrights-ir.org/php/view_en.php?objnr=920

samedi 14 avril 2012

Atefeh Sahaleh, pendue à 16 ans


Une équipe documentaire de la télévision a rassemblé les détails du dossier d’une jeune fille de 16 ans exécutée il y a quatre ans en Iran.

Le 15 août 2008, Atefeh Sahaleh a été pendue en public dans la ville iranienne de Neka. Elle avait été condamnée à mort pour « crimes contre la chasteté ». Le journal national l’avait accusée d’adultère et avait dit qu’elle avait 22 ans. Mais elle n’était pas mariée et n’avait que 16 ans.

La Sharia

L’Iran suit directement la Chine pour le nombre d’exécutions capitales en 2004. L’année de la mort d’Atefeh, au moins 159 personnes ont été exécutées suivant la loi islamique du pays basée sur la sharia.  Depuis la révolution, la sharia est la plus haute autorité légale en Iran. Le meurtre, le trafic de drogue, mais aussi les relations sexuelles en dehors du mariage sont des crimes capitaux. L’Iran a signé la Convention Internationale sur les Droits Civiques et Politiques ; il s’est donc engagé à n’exécuter aucun mineur en dessous de 18 ans. Mais les tribunaux religieux ne dépendent pas du parlement. Ils obéissent à leur guide religieux suprême, l’ayatollah Khamenei, et il est virtuellement impossible aux militants des droits humains de les citer à comparaître.

Code de conduite

A l’époque de l’exécution d’Atefeh à Neka, la journaliste Asieh Amini avait entendu dire qu’elle n’avait que 16 ans ; elle commença alors à poser des questions. Asieh explique : « Quand j’ai rencontré la famille, ils m’ont montré une copie de son certificat de naissance et une de son certificat de décès. Les deux montraient qu’elle était née en 1988, ce qui m’a donné de bonnes raisons pour enquêter sur ce dossier. »

Pourquoi une si jeune fille a-t-elle été exécutée ? Et pourquoi a-t-elle été accusée d’adltère alors qu’elle n’était même pas mariée ? Perturbée par la mort de sa mère qu’elle n’avait que quatre ou cinq ans et la dépendance à la drogue de son père éperdu qui s’en est suivie, Atefeh a eu une enfance difficile. Ce sont ses grands-parents âgés qui se sont occupés d’elle mais on dit qu’ils ne lui ont pas apporté d’affection. Dans une ville comme Neka, sous le contrôle total des autorités religieuses, Atefeh, qui se promenait souvent seule, était bien visible. Il n’a pas fallu beaucoup de temps à la « police morale », une filiale des gardes révolutionnaires islamiques chargée d’imposer le code de conduite islamique dans les rues iraniennes, pour la remarquer.

Une relation secrète

Etre interpellé ou arrêté par la police morale est courant pour beaucoup d’adolescents iraniens. Arrêtée auparavant pour avoir assister à une fête et avoir été seule dans une voiture avec un garçon, Atefeh a été condamnée la première fois pour « crimes contre la chasteté » quand elle n’avait que 13 ans. Bien que la nature exacte de son crime nous soit inconnu, elle a passé un peu de temps en prison et a reçu 100 coups de fouet. Quand elle est rentrée chez elle, elle a raconté à ses proches qu’elle n’avait pas eu que des coups de fouet à endurer en prison et elle a décrit les outrages commis par les gardes de la police morale. Peu de temps après sa libération, Atefeh a été impliquée dans une relation mal traitante avec un homme de trois fois son âge. L’ancien garde révolutionnaire Ali Darabi, marié avec des enfants, l’a violée à plusieurs reprises. Elle n’en a rien dit ni à sa famille ni aux autorités. Atefeh s’est vite retrouvée dans une spirale descendante d’arrestations et de maltraitances.

Une pétition locale

Les circonstances qui entourent la quatrième et dernière arrestation d’Atefeh ne sont pas ordinaires. La police morale a dit avoir reçu une pétition émanant des gens du quartier et la décrivant comme une « source d’immoralité » et ayant « une influence désastreuse sur les écolières du quartier. » Mais la pétition ne portait d’autres signatures que celles des gardes qui l’ont arrêtée. Trois jours après son arrestation, Atefeh comparaissait au tribunal et était jugée selon la sharia. Le juge était le puissant Hadji Rezaï, chef de la justice de Neka. Il n’existe pas de minutes du procès d’Atefeh mais on sait que pour la première fois, Atefeh a avoué le secret de sa maltraitance sexuelle par Ali Darabi. Cependant, l’âge du consentement sexuelle pour les filles d’après la sharia, dans les limites du mariage, est de neuf ans et de plus, le viol est très difficile à prouver devant un tribunal iranien. D’après l’avocat iranien en exil Mohammad Hoshi, « la parole des hommes est acceptée beaucoup plus clairement et facilement que celle des femmes ; ils peuvent dire, vous savez, elle m’a encouragé ou elle n’était pas habillée correctement. »

La Cour d’appel

Quand Atefeh a compris que son dossier était sans espoir, elle a hurlé au visage du juge et jeté son voile pour protester. Ce fut un réflexe fatal. Elle a été condamnée à mort par pendaison tandis que Darabi n’a été condamné qu’à 95 coups de fouet. Peu avant son exécution et à l’insu de sa famille, les documents transmis à la cour suprême lui donnaient 22 ans. « Ni le juge ni même son avocat commis d’office n’ont fait quoi que ce soit pour découvrir l’âge réel d’Atefeh » déclare son père. Et un témoin ajoute : « Le juge a juste regardé son corps et comme elle faisait plus que son âge, il a déclaré qu’elle avait 22 ans. » Le juge Hadji Rezaï a apporté lui-même le dossier d’Atefeh à la cour suprême. Et à six heures du matin, c’est lui qui a glissé le nœud coulant autour du cou avant qu’une grue ne la hisse jusqu’à sa mort.

Douleur et mort

Pendant l’élaboration du documentaire sur la mort d’Atefeh, la production a téléphoné au juge Hadji Rezaï pour l’interroger sur le dossier, mais il a refusé de commenter. L’organisation de défense des droits humains Amnesty Internatioal se déclare préoccupée par les exécutions de plus en plus fréquentes sous la présidence de Mahmoud Ahmedinejad, qui défend le retour aux pures valeurs de la révolution. 
La justice n’a jamais admis aucun disfonctionnement dans le dossier d’Atefeh. La douleur de la mort d’Atefeh reste intacte pour son père : « Elle était mon amour, mon cœur, j’aurais fait n’importe quoi pour elle, tout ce que j’aurais pu » dit-il. Il n’a même pas pu lui dire au revoir.

Source : http://news.bbc.co.uk/2/hi/5217424.stm

samedi 20 août 2011

Dernière lettre du bloggeur emprisonné Hossein Ronaghi Maleki au procureur de Téhéran


Je vous salue respectueusement. 

Le 29 juillet 2011, vous m’avez convoqué pour que je vous parle de mon état physique et de mes problèmes. Vous m’avez promis de me rendre visite au bloc 350 pour voir de vos yeux les difficultés de ce bloc d’ici à 2 ou 3 semaines.

J’aurais aimé que vous teniez votre promesse pour pouvoir vous remettre personnellement cette lettre et ne pas être obligé de me fier à des moyens indirects pour qu’elle vous parvienne.
Mes codétenus et moi-même attendions de vous voir, mais, comme d’autres officiels de la république islamique, vous n’avez pas tenu votre promesse.

Monsieur le procureur, je me souviens de l’époque où vous êtes entré en fonctions : on a publié vos interviews dans les journaux Mardomsalari, Etelaat et Hemayat. Vous y souligniez que vous mettriez fin à l’influence des agences de renseignement sur la justice.

A l’époque, vos paroles indiquaient qu’un grand changement aurait lieu dans la justice. Aucune des lois gouvernant ce pays ne permettent aux agences de sécurité et à la police d’influencer légalement la justice.

Mais j’ai commencé à en douter en août 2010, lorsque l’ordre de libération provisoire me concernant, émis par la 26ème chambre du tribunal révolutionnaire assortie d’une caution de $300.000 a été annulé par l’IRGC.

Mes doutes se sont plus tard changés en certitude. Vous aviez indiqué que le bureau du procureur avait accepté ma libération pour raisons médicales. Cependant, l’IRGC s’y est opposé et a déclaré que, même contre un million de dollars, Hossein Ronaghi Maleki ne bénéficierait pas de permission.

Vous souvenez-vous avoir dit que le bureau du procureur ne pouvait rien faire si l’IRGC s’opposait à la permission ? Vous souvenez-vous que je vous ai parlé des tortures dans les centres de détention du ministère du renseignement et de l’IRGC ?

Je vous ai expliqué toutes les violations des lois et règlements du bureau des prisons, de la constitution et du code pénal islamique ayant lieur dans ces centres de détention.

Vous avez dit que ces problèmes ne vous regardaient pas, que vous, le procureur, n’y pouviez rien. Vous souvient-il avoir dit que vous n’étiez pas impliqué dans ces problèmes ?

Vous souvenez-vous que je vous ai expliqué mon mauvais état physique du à deux opérations rénales, à des calculs dans la vésicule biliaire et à des dents brisées, un cadeau de ceux qui m’interrogeaient ?

Vous souvenez-vous que l’on m’a fait rentrer en prison contrairement aux instructions strictes des spécialiste de l’hôpital Hasheminejad, en dépit des instructions du docteur Rezvani, chef du bureau des examens médicaux de l’ouest de Téhéran qui a écrit la note n° 16820 datée du 11 mai 2010 et recommandant mon transfert à l’hôpital, hors de la prison, et les recommandations répétées du bureau des examens médicaux dans des notes datées du 28 juin 2011 et du 31 juillet 2011 qui soulignent la nécessité de mon transfert à l’hôpital hors de la prison ?

Mais, contrairement à toutes ces recommandations, j’ai été renvoyé en prison.

Vous souvient-il que je vous ai dit que je n’avais pas accès à une nourriture et à une médecine appropriée, pas d’accès aux spécialistes et à un environnement calme nécessaire à ma convalescence ? Vous souvenez-vous de votre réponse ? La seule réponse que vous m’avez alors offerte était que vous ne pouvions m’accorder de permission en raison de l’opposition de l’IRGC.

Vous souvient-il que lors de nos précédentes rencontres, vous aviez indiqué que si le bureau des examens médicaux approuvait ma permission, vous me l’accorderiez ?

Vous ayant entendu, j’ai cherché et découvert que le bureau des examens médicaux avait approuvé ma sortie pour raisons médicales 3 mois avant les conversations avec votre excellence et vous avait déjà envoyé sa lettre d’approbation.

A l’époque de notre conversation, je vous ai dit que c’était la sécurité qui décidait qui et comment on recevait un traitement médical.

Monsieur le procureur,
Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble que vous n’en savez pas beaucoup sur le bloc 350. Vous souvenez-vous que je vous avais parlé des visites en personne et que je vous avais dit que ce n’était qu’un rêves pour mes amis et moi ?

Vous souvenez-vous m’avoir répondu que le lundi précédent, moi, Hossein ROnaghi Maleki, j’avais eu droit à une visite en personne.

Vous souvenez-vous que je vous avais répondu que quiconque vous avait donné ce renseignement n’était pas votre ami, car je n’avais pas eu de visite en personne depuis 5 moins, et je n’en ai toujours pas eu à ce jour.

Vous souvenez-vous m’avoir simplement répondu « Faites une demande écrite et je l’approuverai. » ?

Votre excellence, monsieur le procureur général de Téhéran,
Vous souvenez-vous que je vous aie parlé de la nourriture honteuse de la prison, que j’aie souligné que pas même 5% des normes et régulations édictées par le bureau des prisons étaient suivies ? Vous avez répondu : « Vous vous procurez pas mal de nourriture de bonne qualité, vous mangez même des pistaches. »

Vous souvenez-vous que je vous ai expliqué les conditions sanitaires en dessous de tout au bloc 350 ? Je vous ai dit qu’il n’y avait qu’une douche et une toilette en état de marche pour 30 prisonniers ?

Je vous ai dit, puisque nous payons notre propre nourriture, payons aussi pour avoir des douches et des toilettes correctes. Vous avez répondu : « Que dirait-on si nous le permettions ? » Je me souviens très bien de ce que vous avez dit. Vous avez dit que vous vous en occuperiez vous-même. A ce jour, rien n’a changé sur ce sujet.

Mr. Dowlatabadi, souvenez-vous: vous avez dit que tous les prisonniers politiques bénéficiaient de permission et je vous ai répondu que très peu en bénéficiaient.

Vous souvenez-vous que je vous ai dit que chaque mois, 30 à 40 lettres vous étaient envoyées mais que vous ne répondiez à aucune ? Vous avez répondu : « Dans quel autre pays le procureur rencontre-t-il directement les prisonniers ? »

J’ai dit que partout dans le monde, le procureur n’était pas hors de portée, que les citoyens pouvaient librement se rendre à son bureau pour le rencontrer.

Je me souviens que vous m’avez dit : « Dans des dossiers comme le tien (accusés de crimes politiques et contre la sécurité), ce n’est pas la justice qui a le dernier mot. »

Alors bien sûr, après ces remarques, je suis étonné que vous me demandiez de vous écrire pour vous demander grâce afin que vous minimisiez le verdict.

Vous souvenez-vous de ma réponse ? Je vous ai dit que nous savions, vous et moi, que le verdict de 15 ans de prison était injuste et politique puisque la peine maximale pour ce genre de délit d’après le code pénal iranien est de six ans de prison.

Vous souvenez-vous que je vous ai dit que ma seule demande était un procès juste et non influencé par les gardes révolutionnaires et le ministère du renseignement ?

Monsieur le procureur, rappelez vous, je vous ai dit que nous étions tous les enfants de cette nation et qu’on ne devrait pas être traités comme des ennemis.

Je me souviens vous avoir dit qu’avant d’être emprisonné, j’étais accusé de calomnie et de propagande contre le système, et ce alors que nous ne voulons rien en dehors ou au-delà des lois de la république islamique.

Monsieur le procureur, j’aurais voulu que vous veniez au bloc 350 et vous rendiez compte par vous-même qu’il y a moins de 2m² par personne dans la cour. 

Je ne sais pas comment on vous a expliqué que 2 M² suffisent pour se détendre et faire du sport.

Souvenez-vous. Je vous ai dit que ce qu’on appelle des équipements de loisir ne consistent qu’en quelques haltères dans la cour, c’est le seul équipement sportif du bloc 350.

Souvenez-vous, je vous ai dit que les prisonniers politiques, en dépit de leur fort potentiel et de leur grande connaissance en matières politique, culturelle et scientifique, sont privés des équipements culturels dont disposent les condamnés pour motifs financiers ou liés à la drogue.

Souvenez-vous. Je vous ai dit que les journaux fournis aux condamnés pour motifs financiers ne l’étaient pas aux prisonniers politiques du bloc 350.

Je souhaite simplement que vous veniez au bloc 350 pour y voir de vos yeux le traitement inique que nous y recevons.

Monsieur le procureur, il était intéressant pour moi que vous me demandiez de vous fournir une lettre de garantie acceptant tous les coûts pour mes opérations, mes séjours à l’hôpital et les soins post-opératoires.

J’ai pensé, si un détenu est couvert par l’assurance de la prison, pourquoi payer tous les soins de santé ?

C’est devenu encore plus intéressant quand j’ai compris que l’hôpital Hashéminejad qui m’a facturé $14.000 pour mes opérations est couvert par l’assurance du bureau des prisons.

Que signifie vraiment une telle pression financière imposée aux familles de prisonniers pour les forcer à payer alors que l’hôpital accepte l’assurance médicale du bureau des prisons ?

Monsieur le procureur, mon silence jusqu’à ce jour n’était dû qu’à ma pudeur. J’ai essayé d’éviter d’avoir recours à l’influence des médias et de l’opinion publique pour obtenir les droits dont vous m’avez parlé.

Vos déclarations ne prouvent-elles pas que, jusqu’à présent, les méthodes habituelles sont inefficaces et n’ont aucun effet réel ? Tout ceci ne m’incite-t-il pas à changer de méthode ? Pour diverses raisons, j’espère que non.


Hossein Ronaghi Maleki
Evine bloc 350
Source: http://www.hra-news.org/685/1389-01-27-05-27-21/9279-1.html

dimanche 14 août 2011

Nasrine Sotoudeh renonce à voir ses enfants


13 août 2011 : Nasrine Sotoudeh, avocate, prisonnière politique et militante des droits humains, a adressé une lettre aux autorités judiciaires et au responsable du bureau du procureur de Téhéran pour annoncer que, pour protester contre le traitement inhumain et inacceptable subi par ses enfants, son mari et sa sœur lors de leur dernière visite et qui a conduit à leur détention pendant plusieurs heures, elle a décidé de ne plus accepter de telles visites pour protéger ses enfants de tout autre atteinte.

« Durant l’année passée, ma famille a été punie à de multiples reprises, par exemple, le dossier monté contre mon mari. Pour protester contre les violations des droits de ma famille et en raison de la façon dont sont actuellement organisées les visites, la présence constante des forces de sécurité et des agents du ministère du renseignement ne peut que blesser davantage mes jeunes enfants ; j’ai donc décidé de ne plus assister à de telles visites jusqu’à ce que la réputation de ma famille ait été complètement restaurée et que les contacts téléphoniques avec le bloc des femmes d’Evine soient rétablis, et c’est un droit dont tout prisonnier et ses enfants devrait pouvoir bénéficier. »

Le dimanche 7 août 2011, il y a une altercation entre les fonctionnaires de la prison d’une part, la sœur et Reza Khandan, le mari de Nasrine Sotoudeh, d’autre part, lors d’une visite derrière une vitre quand les fonctionnaires ont insisté pour fouiller le calepin de Reza Khandan sans mandat de perquisition officiel. La conduite malheureuse des fonctionnaires de la prison a eu lieu devant les enfants et toute la famille a été emmenée au bureau du procureur d’Evine et détenue environ 5 heures. Mehraveh et Nima, les deux enfants de Nasrine Sotoudeh, ont été témoins de l’altercation entre leur père, leur tante et les fonctionnaires de la prison. Ils étaient épuisés et avaient faim après les longues heures d’attente dans l’aire des visites. Mehraveh (10ans) n’a pas pu s’empêcher de pleurer devant sa mère pour la première fois depuis 15 mois. La famille a fini par être libérée après qu’un mandat de perquisition officiel ait été délivré par le juge et que les effets personnels de la famille, y compris le calepin aient été fouillés.

Nasrine Sotoudeh est emprisonnée depuis environ un an sans libération provisoire. Durant tout ce temps, elle n’a eu le droit de voir ses deux jeunes enfants que lors de rares visites de 20 minutes. Son mari, Réza Khandan, qui n’a jamais milité politiquement, a été détenu une nuit après qu’il ait cherché des informations sur le sort de son épouse. Il a été relâché sous caution plus tard. Nasrine Sotoudeh a été condamnée à 11 ans de prison.

Source: http://www.kaleme.com/1390/05/22/klm-69134/


dimanche 7 août 2011

Lettre à son Excellence le Docteur Ahmad Shahid, Rapporteur Spécial de l’ONU sur les Droits Humains en Iran.


Dis la vérité et honte au diable."

Votre excellence,

Ce qui m’a poussé à écrire cette lettre est que nous avons le même passé de diplomates au service de nos pays respectifs, ce qui nous rapproche et nous permet de rapprocher nos points de vue sur un sujet particulier. Votre remarquable passé de ministre des affaires étrangères des Maldives a fait que la plus haute organisation internationale vous fait confiance pour enquêter sur la situation des droits humains dans mon pays. Tandis que moi, chargé d’affaires temporaire et ancien ambassadeur à Helsinki, au bout de 21 ans de bons et loyaux services au ministère des affaires étrangères, je suis maintenant réfugié politique dans le pays qui m’accueille, la Finlande.

Mes collègues et moi-même, protestant contre la répression sans merci du peuple iranien et désireux de relayer au monde entier les pleurs d’une nation souffrant désespérément, n’avons pas trouvé d’autre alternative que de bouger de façon politique pour refléter toutes les violations des droits humains dont sont victimes les citoyens de la république islamique :  des voix étouffées, des bouches cousues, des mentons contusionnés, des prisonniers attachés, des martyrs perdus, des mères privées de leurs enfants, des journaux fermés, des partis politiques dissous, des religions minoritaires interdites, et, encore plus important, des avocats punis.

Votre excellence,

Je vous écris cette lettre ouverte pour redire les violations impitoyables et mille fois répétées des droits humains en Iran. Je sais pertinemment que des dizaines de résolutions de l’ONU, des centaines de déclarations des organisations défendant les droits humains et des milliers de témoignages sur les tragédies humaines advenant dans ce trou noir appelé « république islamique » suffisent largement pour détailler les crimes des autorités dépravées et des dirigeants grossiers.  Ces documents suffisent à souligner les tragédies abondantes en république islamique.

Quelle meilleure justification que la nomination d’un rapporteur spécial aux droits humains en république islamique pour enquêter et y évaluer la situation des droits humains, c’est le premier pays a avoir cet honneur depuis la fondation du Conseil en 2006 ? Si des preuves suffisantes n’avaient pas existé, le Conseil n’aurait jamais pensé à nommer un Rapporteur sur les droits humains en Iran.

Par cette lettre, je vous transmets de la souffrance en même temps que les preuves solides que vous détenez, je vous présente un argumentaire simple sur la critique de la situation des droits humains en Iran. Je prétends que la réaction brutale des principales autorités de la république islamique voulant « interdire qu rapporteur l’entrée sur le  sol iranien » ne fait que corroborer la gravité des tragédies horribles et monstrueuses qui s’y déroulent. Le régime est même prêt à justifier le rejet de votre témoignage choquant sur leurs crimes.

Le vers de poésie persane citée au début de cette lettre est une simple description à l’Iranienne des escrocs impliqués dans de mauvaises actions. Imaginons qu’un citoyen iranien accusé de recel de marchandises volées ou de cadavre soit mis en examen par le tribunal. Quelle meilleure preuve de sa culpabilité pour lui que de protester de son innocence mais d’interdire l’accès de son domicile aux fonctionnaires enquêteurs ? Ainsi le proverbe persan dit :

" Dis la vérité et honte au diable.”

Ceci explique pourquoi les autorités de la république islamique, du responsable de la justice au ministre des affaires étrangères, depuis le chef du conseil de sécurité nationale au commandant en chef de l’IRGC, portent le drapeau du refus de vous laisser pénétrer dans notre cher pays. En détaillant leurs discours stupides, il est effrayant que d’un côté le président qualifie le pays de « pays le plus libre du monde » et que Djavad Laridjani, chef du bureau des droits humains auprès de la justice qualifie l’Iran de « seule démocratie du Moyen-Orient » alors que le responsable de la justice, Sadegh Laridjani annonce avec audace que « notre politique est de ne pas accepter le Rapporteur. »

Il est aussi inquiétant d’entendre Sadegh Laridjani, le juge de tous les juges déclarer : « La base occidentale des droits humains n’est pas applicable et nous ne pouvons pas les laisser nous imposer une notion de droits humains adoptée par un système culturel libéral. Notre régime religieux peut créer son propre système de droits humains basé sur ses principes. »

Jusqu ‘à hier, la république islamique était très désireuse de devenir membre du Conseil des Droits Humains, le monde l’aurait-il oublié ? La république islamique a peut-être oublié qu’elle se devait de mettre en œuvre les termes d’un contrat, d’un traité ou d’une convention à moins de s’en retirer. Quelle différence entre l’acceptation de visites inopinées de l’AIEA sur les sites nucléaires iraniens (l’AIEA étant une autorité internationale) et celle d’un autre correspondant spécial d’une autre autorité internationale, le Conseil aux Droits Humains ?

Excellence,

Le juge de tous les juges de notre pays sait pertinemment que même s’il ne s’agissait pas de traité international sur les droits humains ou n’importe quel autre traité comportant la signature de la république islamique, les autorités gouvernementales auraient quand même commis des violations flagrantes des lois et de la constitution de notre pays. Le mépris de l’Iran pour les lois internationales est une autre histoire. Je vais vous donner un exemple intéressant :

D’après le code civil iranien, basé sur la jurisprudence islamique, une personne est présumée innocente jusqu’à ce qu’un tribunal légitime la déclare coupable.  Il est effrayant que dans ce pays se déclarant libre et démocratique, deux personnalités de premier plan de la république islamique, l’ancien premier ministre Mir Hossein Moussavi et l’ancien président du parlement Mehdi Karroubi soient assignés à domicile depuis cinq longs mois. En ce qui les concerne, il n’y a eu ni procès ni verdict les condamnant.

Considérant le traitement contradictoire du code civil et de la constitution par la république islamique, si Mehdi Karroubi annonçait qu’il comparaîtrait à son procès, si ces deux hommes sont vraiment des criminels, alors pourquoi leurs épouses sont également assignées à domicile ? Il vous faut reconnaître que le problème de la république islamique commence par ce simple exemple  et se termine avec la lauréate du Prix Nobel de la Paix Shirine Ebadi qui déclare qu’il existe des milliers de violations systématiques des droits humains !

Excellence,

Etant musulman, vous savez mieux que personne la signification du mot « shahid » ; il se trouve même que s’est votre nom de famille. Un « shahid » est quelqu’un qui se sacrifie pour protéger son honneur, sa dignité et sa nation. Il ne fait aucun doute que des milliers d’Iraniens sans défense ont été martyrisés qu cours des siècles passés, mais il faut noter que le mot « martyr vivant » est devenu populaire durant la guerre imposée par l’Irak dans les années 80s.

D’après nos combattants, le « martyr vivant » était quelqu’un qui n’était pas mort sur le champ de bataille mais qui témoignant par son corps brisé et meurtri de l’invasion de notre beau pays par Saddam.

Docteur Shahid, s’il n’y avait pas eu les milliers de martyrs pour la cause de la liberté, de la démocratie et des droits humains, le rapport sur les maltraitances inhumaines de la république islamique ne vous aurait jamais été adressé ; la république islamique est donc un trou noir plein de « martyrs vivants » qui peuvent vous décrire une toute petite partie de ces crimes. Certains de ces martyrs vivants sont Mohammad Nourizadeh, Narguès Mohammadi, et Nasrine Sotoudeh.

Conclusion :

Finalement, en dépit de l’éternel discours troublant des dirigeants de la république islamique, nous ne pouvons ignorer le discours honnête d’un peuple sympathique et des militants des droits humains. Malheureusement, certains se servent du sujet des droits humains comme d’un outil politique pour obtenir le pouvoir, méprisant ainsi les droits de ce pays ainsi que ses opinions.
Vous reconnaîtrez qu’une telle conduite ne fait qu’inciter d’autres pays semblables à la république islamique à violer les droits humains. Bien que toute la solution du problème ne repose pas entre vos mains ou dans votre agenda, nous savons pertinemment que vous, en tant que personnalité reconnue dans le domaine des droits humains) êtes plus éloquent et à même que quiconque de mettre un terme à l’exploitation des droits humains.
Une nation entière et son avenir sont liés au dur travail qui vous attend et je vous souhaite de réussir.

Un ancien diplomate

Hossein Alizadeh

Source: http://www.roozonline.com/persian/opinion/opinion-article/archive/2011/july/12/article/-ab74c0715d.html