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samedi 7 juin 2014

L’avocate des droits humains libérée continue le combat – Simon Tisdall – 01 juin 2014

L’arrestation et l’emprisonnement de Nasrine Sotoudeh avait causé la réprobation internationale. Elle parle ici de son épreuve.


Nasrine Sotoudeh et son fils, Nima, après sa libération l’année dernière - Behrouz Mehri/AFP/Getty Images

Nima, le fils de sept ans de Nasrine Sotoudeh veut sortir jouer. Sa mère, l’avocate iranienne des droits humains dont l’arrestation arbitraire avait suscité une campagne internationale pour la libérer, parle depuis des siècles. Nima s’ennuie.

A la porte de leur appartement, au nord-ouest de Téhéran, Nasrine prend Nima dans ses bras. Le garçon se tient sur la pointe des pieds pour embrasser sa mère. Ils restent embrassés pendant plus d’une minute, comme s’ils ne supportaient pas d’être séparés.

Si c’est le cas, ce n’est guère étonnant. Nima n’avait que trois ans quand les hommes du ministère du renseignement sont venus en silence chercher sa mère en 2009. Personne ne savait si elle reviendrait un jour. Sa condamnation initiale était de 11 ans de prison. Elle était détenue à l’isolement, interdite de visites et de téléphone. Sa santé se détériorait, elle perdait du poids. Des rumeurs couraient sur sa disparition. Et puis, Nasrine Sotoudeh a été libérée à l’improviste, sans explication ni excuses en septembre dernier.

Parlant franchement au Guardian malgré les risques de représailles que cette interview pourrait déclencher de la part des autorités, Nasrine Sotoudeh a expliqué que c’était Nima qui était indirectement responsable de sa première grève de la faim qui avait attiré l’attention internationale sur sa situation difficile.

« Avant l’élection de 2009, j’ai été menacée à de nombreuses reprises pour le travail que je faisais en tant qu’avocate des droits humains, mais je n’ai pas eu de problème sérieux. Mais après, les choses ont changé. J’étais à une réunion de l’association professionnelle des avocates quand soudain, la porte a été brutalement ouverte et des policiers du renseignement sont entrés. Ils m’ont montré un mandat d’arrêt émanant du tribunal et m’ont dit de me présenter devant la cour dans trois jours. J’y suis allée et j’ai été arrêtée. En même temps, cinq hommes ont perquisitionné mon domicile. Ils ont emmené certains de mes effets personnels. Je tenais un journal sur Nima depuis sa naissance, et ce journal, ils l’ont emmené. Une fois en prison, je leur ai demandé de me rendre le journal et d’autres affaires personnelles. Pendant deux semaines, je n’ai même pas pu appeler mon mari au téléphone. Alors j’ai fait une grève de la faim de trois jours, j’ai eu droit au téléphone et mes affaires ont été rapportées chez moi. »

C’était une victoire, petite mais importante ; l’incarcération de Sotoudeh ne faisait que commencer. Apres des interrogatoires longs et souvent effrayants, elle a été accusée d’ « actes contre la sécurité nationale » et « propagande à l’encontre du régime ».

Sotoudeh a été condamnée à 11 ans de prison, 20 ans d’interdiction d’exercer une profession juridique et à l’interdiction de quitter le territoire. Le verdict a été réduit en appel à six ans de prison et 10 ans d’interdiction d’exercer une profession juridique.

En mai 2010, neuf mois après son arrestation, Nasrine a écrit à Nima depuis la célèbre prison Evine de Téhéran ; elle était alors détenue à la section 209, réservée aux prisonniers politiques et sous la supervision du ministère du renseignement. Elle a écrit sur des mouchoirs en papier (le seul papier dont elle disposait) pour tenter d’expliquer l’inexplicable et combler le gouffre de peur et d’incompréhension qui se creusait entre elle et son fils, d’après ses craintes.

« Bonjour Nima, mon bien-aimé, t’écrire une lettre est tellement difficile mon cher Nima. Comment te dire où je suis alors que tu es tellement innocent et trop jeune pour comprendre la réelle signification de mots comme prison, arrestations, verdict, jugement, injustice, censure, oppression qui sont les contraires de libération, liberté, justice, égalité ? Comment t’expliquer que rentrer à la maison ne dépend pas de moi, que je ne suis pas libre de me précipiter vers toi, alors que je sais que tu as dit à ton père de me demander d’arrêter de travailler pour que je rentre à la maison ? Comment t’expliquer que ces six derniers mois on ne m’a pas permis de te voir ne serait-ce qu’une heure ?

Mon cher Nima, durant ces six derniers mois, j’ai pleuré sans pouvoir me contrôler à deux occasions, la première, lors du décès de mon père, quand on ne m’a pas interdit de faire mon deuil et d’assister aux funérailles, la deuxième quand tu m’as demandé de rentrer à la maison et que je n’ai pas pu rentrer avec toi. Je suis retournée dans ma cellule et j’ai sangloté sans contrôle. »

Il y a eu d’autres moments difficiles, beaucoup même pour dire la vérité, bien que Nasrine Sotoudeh soit une femme modeste et effacée, répugnant à dramatiser ses expériences. Pour beaucoup d’Iraniens, et surtout de jeunes Iraniennes, c’est une héroïne nationale, bien qu’on ne la loue qu’en privé et à voix basse. Elle a gagné le prix Sakharov 2012 du parlement européen et beaucoup d’autres récompenses, mais elle dit se sentir étonnée à chaque fois qu’on lui dit qu’elle est célèbre. 

A 50 ans, mince et de taille moyenne, les cheveux châtains coupés court, le sourire éclatant, Narine Sotoudeh semble heureuse chez elle. Mais des cernes sous les yeux et une certaine nervosité trahissent une réalité différente, plus sombre. Elle avoue que sa vue a baissé en prison, mais se dit en bonne santé par ailleurs. Vu tout ce qui lui est arrivé d’horrible, elle semble remarquablement optimiste.

« J’ai commencé à travailler comme avocate après avoir eu mon diplôme, ce qui m’a pris huit ans. Je me suis tout de suite occupée de dossiers de droits humains. Je me suis spécialisée dans le droit des enfants. J’étais très sensible à la peine de mort, surtout pour les mineurs, et c’est toujours un problème en Iran. Je m’intéressais aux droits des femmes, des militants politiques, des journalistes et des minorités religieuses. J’ai travaillé pendant dix ans sur ces dossiers.  »

En plus de sa clientèle privée, Nasrine a travaillé avec ou aide à la fondation de plusieurs ONGs dont le Centre de Défense des Droits Humains, fondé par la lauréate 2003 du prix Nobel de la Paix Shirine Ebadi, et le Comité pour le Droit des Enfants. Le Centre des Droits Humains a été fermé par le gouvernement en 2008.

Avant son arrestation, elle avait représenté Issa Saharkhiz, journaliste réformateur, Heshmat Tabarzadi, militant politique d’opposition et Parvine Ardalan, fondatrice de la campagne Un Million de Signatures pour des droits égaux pour les femmes et lauréate du prix Olof Palme 2008

« J’étais aussi impliquée dans le dossier d’Arash Rahmanipour, arrêté avant l’élection ; on a prétendu qu’il avait été arrêté après, durant les manifestations, c’était un mensonge. Ils étaient très en colère contre moi. On n’aime pas que je défende des dossiers comme celui-là. On m’a demandé à plusieurs reprises de quitter mon travail. On n’aimait pas non plus ce que je disais lors des interviews avec des médias nationaux et internationaux. Lors de mon arrestation, on m’a dit avoir fait un CD de toutes mes interviews. J’ai répondu que je n’avais rien fait de mal. »

Les interrogatoires et le procès ont eu lieu devant un tribunal d’exception à huis clos à la prison d’Evine. « C’était le pire endroit. Les interrogatoires étaient menés par des représentants du ministère du renseignement. Ils étaient vraiment durs, méchants et effrayants. J’ai demandé ma mise en liberté. Leur réponse ? Ils m’ont ajouté un chef d’accusation, adhésion au Centre des Défenseurs des Droits Humains, passible d’une peine de cinq ans. 

Je suis restée à l’isolement jusqu'au bout. Aucune communication. Il y avait cinq cellules dans le couloir, mais uniquement le silence et l’isolement. Le pire moment, c’est lorsqu’un jour je me suis retrouvée enfermée seule avec un homme qui m’interrogeait. Ce n’est pas une situation normale, d’être seule avec un enquêteur. Je me souviens qu’il n’y avait qu’une petite fenêtre. J’ai hurlé. Alors, le sous-directeur de la prison est arrivé en compagnie d’une femme. Il a donné l’ordre qu’elle soit présente tout au long des interrogatoires. Si vous me le demandez, je vous dirais que je n’ai pas été maltraitée physiquement, mais j’ai fait l’objet de beaucoup de menaces psychologiques. Celui qui m’interrogeait m’a dit : « je ne vais pas te libérer, je vais te faire donner une peine de 10 ans. » En fait, j’ai pris 11 ans. Il se conduisait comme s’il avait le pouvoir d’obtenir des juges ce qu’il voulait. Et ils obéissaient. »

Plus tard, Nasrine Sotoudeh a raconté que le responsable de ceux qui l’interrogeaient lui a suggéré de donner des interviews favorables au régime aux medias pour diminuer sa « faute ». Je lui ai ri au nez et lui ai demandé ‘Est-ce que vous pensez de moi ?’ 

Cette suggestion, criante de désespoir, a peut-être été soufflée par la campagne internationale pour libérer Sotoudeh, par sa nomination par Amnesty International en tant que prisonnière de conscience, ainsi que les déclarations d’inquiétude sur la façon dont elle était traitée par les gouvernements américain et autres.

Human Rights Watch, la Commission Internationale des Juristes, la Fédération Internationale des Droits Humains et le Parlement Européen sont tous intervenus en sa faveur, ainsi que certains medias occidentaux et la Société Juridique d’Angleterre et du Pays de Galles qui a appelé à sa libération en janvier 2011.

Quelques mois plus tard, cette même personne est revenue : « Il m’a dit : ‘OK, ne donne plus d’interviews. Contente-toi de tes réunions avec les avocats et informe-nous’. Je lui ai encore ri au nez. Il est revenu à de nombreuses reprises en me menaçant : ‘Je vais te casser. Je vais te faire mordre la poussière et tu y resteras pour toujours.’ »

Nasrine Sotoudeh dit que la séparation d’avec ses enfants, Nima et sa fille Mehraveh, 11 ans à l’époque de son arrestation, a peut-être été l’épreuve la plus difficile à supporter. Mais ses enfants, aussi jeunes qu’ils aient été, ont fait montre d’un grand courage.

En octobre 2012, elle a commencé une nouvelle grève de la faim qui a duré 49 jours pour protester contre sa situation en prison, y compris contre les restrictions appliquées aux visites de sa famille et contre l’interdiction de sortie du territoire de son époux Reza Khandan et de Mehraveh.

A cette époque, lors d’une rare visite de Mehraveh, derrière une vitre, Nasrine Soutoudeh a dit que les autorités de la prison distribuaient ce qu’on appelait une feuille de pardon, qui permettaient aux prisonniers de demander une libération provisoire en échange de l’aveu de leur culpabilité.

« Ce jour-là, ma fille était très soucieuse, alors on l’a laissée s’approcher de moi. Je l’ai serrée dans mes bras. Je sentais qu’elle était très inquiète pour moi. Je lui ai expliqué qu’on distribuait la feuille de pardon. Je lui ai dit : ‘Je peux en prendre une’. Mais ma fille m’a répondu : ‘N’y pense même pas.’ »

C’est l’époque où Reza Khandan a exprimé ses craintes pour la vie de son épouse, disant qu’elle souffrait de vertiges, d’une détérioration de la vue, d’hypotension et qu’elle avait perdu beaucoup de poids. On a fini par accéder à ses demandes, l’interdiction de sortie du territoire a été levée et elle a mis fin à sa grève de la faim.

A-t-elle jamais pensé à abandonner ou à se soumettre ? Elle répond que oui, qu’elle a eu plus que sa part de moments noirs.

« Nous sommes tous des êtres humains. Quelquefois on se sent faible et des pensées démoniaques nous viennent de Satan. Mais je peux vous dire qu’en ce qui concerne les interviews en leur faveur ou la coopération avec eux, je n’ai jamais eu le moindre doute.»

Nasrine Soutoudeh nous dit que sa libération sans condition en septembre de l’année dernière a été une surprise. Elle a coïncidé avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président iranien, à la ligne moins dure, le centriste Hassan Rouhani et avec le voyage de haut-niveau qu’il effectuait pour l’assemblée générale de l’ONU à New York. Elle a dit que 20 autres prisonniers politiques avaient aussi été libérés, sans explication.

« Malheureusement, ce processus a pris fin depuis » nous dit Nasrine Sotoudeh, notant que jusqu'à 800 prisonniers politiques restent détenus. « Je me sens mal par rapport aux autres prisonnières que j’ai laissées derrière moi. Nous avons vécu ensemble pendant trois ans, certaines venaient de minorités ethniques, il y avait aussi des bahaïes, des chrétiennes, des militantes politiques des Vertes, des femmes de gauche, des communistes, mais aussi des journalistes et des écrivaines. Je les connais. J’ai été libérée sans l’avoir demandé. Nous espérions qu’elles aussi seraient libérées, mais ce n’est pas ce qui s’est passé… Mais j’espère toujours que le gouvernement le fera. A une époque, nous étions 30 prisonnières, maintenant, elles ne sont plus que 14. La bonne nouvelle est qu’ils n’en ont pas rajouté et que le total continue à baisser. »

De retour chez elle, son ardoise judiciaire apparemment effacée et malgré ou peut-être à cause de son épreuve de trois ans, Nasrine Sotoudeh a repris son travail d’avocate des droits humains. Elle s’occupe actuellement de deux dossiers de délinquants mineurs accusés de meurtre, et elle envisage d’en prendre un troisième, politique cette fois. Elle a aussi réactivé son Association Professionnelle des Avocates et le Comité des Droits des Enfants, et a lancé une campagne avec sept autres personnes pour l’abolition graduelle de la peine capitale en Iran.

« Ceux qui font campagne pour les droits humains devraient se concentrer sur deux choses : d’abord la réduction de la peine capitale dont l’occurrence a augmenté sous le nouveau gouvernement, et deuxièmement, presser Monsieur Rouhani de réagir aux actions contraires aux droits humains en Iran, comme l’attaque contre les prisonniers d’Evine il y a trois semaines. Si Monsieur Rouhani ne peut réagir correctement à de telles crises, il ne va pas tarder de perdre son soutien dans la société.»

A-t-elle peur que son retour sur le champ de bataille des droits humains puisse avoir de nouvelles conséquences négatives pour elle-même et sa famille ? Nasrine Sotoudeh ne se dit pas concernée. « Depuis ma libération, on ne m’a pas inquiétée, on ne m’a pas contactée. »

Tout de même, ce n’est peut-être pas une coïncidence si son appartement a été cambriolé il y a quatre mois, peu de temps après sa libération. Et son époux a récemment reçu une menace anonyme de lui lancer de l’acide au visage.

Nasrine sourit ; Nima est rentré, maintenant la discussion est terminée. Il veut jouer un air au piano pour sa mère et son invité. Il joue, nous écoutons. Et nous espérons que tout ira pour le mieux.

Source : http://www.theguardian.com/world/2014/jun/01/iran-rights-lawyer-nasrin-sotoudeh?CMP=twt_gu

samedi 20 avril 2013

Hymne à Nasrine Sotoudeh à l’occasion du Nouvel-An - Mansoureh Shojaei


Le 6 du mois persan de Farvardine (26 mars) est le jour anniversaire du prophète Zarathoustra ; c’est aussi le jour où il a commencé à prier son créateur. Mon message pour le Nouvel-An : nous considérons chaque jour comme faste, les signes d’un merveilleux printemps vont croissant, la source du printemps c’est le Nouvel-An ; chaque jour nos yeux engrangent de nouvelles merveilles qui dureront jusqu’au mois de Khordad [juin/juillet ]: une joie de vivre printanière, de l’homme, de la terre et du ciel. A l’arrivée de la chaleur de l’été, leur intensité ira diminuant.

C’est le troisième Nouvel-An loin de la maison ; non seulement aucun ressenti de la venue du printemps mais encore aucun calendrier, en fait il y a bien un calendrier mais il n’indique pas les concordances solaires et lunaires et bien sûr pas non plus la concordance avec le calendrier occidental ; il coïncide avec les plus vieilles informations sur l’Iran. Ce calendrier ne mentionne ni les saisons, ni la nature, ni Zarathoustra, ni rien de tout ça. Sa raison d’être, ce sont les évènements qui frappent l’Iran, et leur importance qui va croissant ou décroissant. Par exemple, le jour du changement d’année correspond avec la libération provisoire de certains détenus et l’arrivée inopinée de Nasrine Sotoudeh chez elle, de même que le 1er Favardine (21 mars) correspond à la naissance d’un être cher en Iran, le 5 Farvardine (24 mars) au jour où Kasra Nouri, l’un des derviches détenus à la prison d’Adel-Abad de Shiraz s’est évanoui au sixième jour de sa grève de la faim.
Le 6 Farvardine, après une semaine de liberté provisoire, Nasrine devra retourner en prison. Je ne me souvenais plus de la date de naissance de Zarathoustra ni celle du début de sa prédication mais, le sixième jour après Norouz, j’ai plusieurs fois décroché le téléphone pour contacter Nasrine, et je l’ai raccroché tout doucement. Tous les jours du nouveau calendrier sont pleins de jours propices aux relations, pleins aussi de l’angoisse de savoir s’il faut ou non prendre contact ; il correspond à mon destin, toujours attendre dans l’incertitude, attendre la décision des autres, savoir si je dois ou non écrire. Surtout, ne pas créer davantage de problèmes, ne pas gêner, ne pas… La voix tranquille et triste de Réza Khandan qui dit que la relation est établie, la voix dit que l’incertitude a disparu, qu’ils viennent de rentrer de voyage… La voix décidée et gentille de Nasrine, un peu gênée qui enfin me libère de mon stress.
Il y a d’abord eu les gentilles salutations habituelles, les conseils de l’avocate de toujours qui se soucie de la situation des prisonniers, et puis l’empathie et puis elle en voulait un peu à toute la propagande officielle autour de ses libérations provisoires, bien loin de la vérité ; selon elle, ces libérations provisoires, trop courtes, ne compensent pas les peines lourdes et injustes, elles ne résolvent aucun problème. Elle dit qu’à la mort de ses parents, elle n’a eu qu’une permission d’un jour ; elle parle avec une grande tristesse et une grande amertume de leurs décès. Et maintenant, au sixième jour, elle doit retourner en prison sans finir ses vacances avec son mari et ses enfants. Elle dit que cette libération provisoire trop courte n’est pas le remède à toutes ces condamnations, à toutes ces injustices. Elle dit que le remède serait de respecter les personnes qui souffrent de condamnations injustes et qui sont fatiguées de cette injustice. Elle dit que le remède serait de fixer les innombrables prisonniers dans l’incertitude sur leur sort (de nombreux prisonniers n’ont pas de statut légal, accusé, condamné, en incarcération préventive, etc…) de leur permettre d’être jugés équitablement. Elle dit que les prisons sont pleines, que de nombreux jeunes ont été condamnés pour s’être intéressés au sort de leurs compatriotes, ce qui met leur avenir en danger, alors comment penser à réclamer la liberté dans ces conditions ? Elle dit que l’abrogation de toutes les condamnations injustes, est son vœu du nouvel an. Elle dit que sa liberté provisoire est trop courte, qu’il lui fallait rejoindre ses codétenues, alors elle a dit au-revoir.

Le 6 Farvardine de mon calendrier a concordé avec le jour de la prière de Nasrine pour ses amis. Qu’elle ait longue vie et que ses paroles soient éternelles.

Source : http://www.roozonline.com/persian/opinion/opinion-article/archive/2013/march/28/article/-64806860b2.html



samedi 3 novembre 2012

Neuf Prisonnières Politiques en Grève de la Faim - Fereshteh Ghazi – 2 novembre 2012


Neuf prisonnières politiques ont entamé une grève de la faim pour protester contre l’attaque des gardes spéciales de la prison d’Evine contre le quartier des prisonnières politiques. Amin Ahmadian, époux de Bahareh Hedayat a confirmé la nouvelle à Rooz et a expliqué : « Mardi après-midi, ils ont emmené les prisonnières politiques dans la cour de la prison pendant qu’ils perquisitionnaient leurs cellules et confisquaient certains objets personnels. La raison de cette perquisition n’est pas encore claire mais il semblerait qu’ils cherchaient un téléphone portable ou un autre moyen de communication. »

Il y a actuellement 37 prisonnières politiques à la prison d’Evine. L’époux de Bahareh Hedayat explique : « Les prisonnières politiques ont subi une fouille au corps menée de façon vexatoire. En conséquence et pour répondre à ce harcèlement, elles ont entamé une grève de la faim. »

Bahareh Hedayat, Jila Baniyaghoub, Mahsa Amrabadi, Hakimeh Shokri, Shiva Nazarahari, Jila Karamzadeh Makvandi, Nazanine Deyhami, Raheleh Zokaï et Nassim Soltan-Beigui sont les neuf prisonnières en grève de la faim.

Le mari de Bahareh Hedayat ajoute : « Bahareh s’est toujours opposée aux grèves de la faim. Elle a même parlé à plusieurs reprises à Nasrine Sotoudeh pour tenter de la convaincre d’arrêter sa grève de la faim mais la situation est maintenant si déchirante et ignoble qu’elle a été contrainte de faire la grève de la faim. Nous n’aurons pas d’autre information jusqu’à notre prochaine visite dimanche»

Nasrine Sotoudeh est en grève de la faim depuis deux semaines pour protester contre les pressions faites à sa famille. Son mari, Reza Khandan, a dit à Rooz que l’état de son épouse est très inquiétant et qu’elle avait été transférée au dispensaire d’Evine à plusieurs reprises.

Amin Ahmadian ajoute : « Hier matin, on a menacé Madame Sotoudeh de lui interdire les visites de sa famille si elle n’arrêtait pas sa grève, et de la condamner à une peine de trois semaines à l’isolement pour la punir. On a également menacé les neuf autres prisonnières de les transférer à l’isolement si elles n’arrêtaient pas leur grève.»

Jila Baniyaghoub, Mahsa Amrabadi et Faran Hessami ne voient pas leurs droits à recevoir la visite de leurs familles honorés par les autorités de la prison : leurs époux, Bahman Ahmadi-Amouï, Massoud Bastani et Kamran Rahimian sont aussi incarcérés mais à la prison de Radjaï Shahr.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2012/november/02/article/nine-female-political-prisoners-on-hunger-strike.html

dimanche 24 juin 2012

Nasrine menace de commencer une grève de la faim


De la page facebook de Reza Khandan, l’époux de Nasrine Sotoudeh 

21 juin 2012 : Nous avons vu Nasrine hier à la prison d’Evine depuis une cabine de visite. Nasrine était très en colère que notre demande pour une visite en personne ait été refusée à de nombreuses reprises.

Elle a dit que si sa demande de visite en personne à ses enfants et sa mère est refusée une fois de plus, elle commencera une grève de la faim la semaine prochaine.

J’ai tenté de la dissuader mais hier soir, quand Hanieh Saneh Farshi, en liberté provisoire d’Evine, m’a expliqué les pressions que Nasrine endurait de ne pas voir ses enfants et sa mère, j’ai compris qu’en raison de la situation, elle avait bien le droit de prendre cette décision. J’essaierai pourtant de l’en dissuader si j’y arrive.

Voilà 10 mois que la mère de Nasrine, qui est malade, et son frère n’ont pas pu lui rendre visite. Et, d’après une lettre du bureau du procureur adressée au bureau des visites d’Evine, ils n’ont toujours pas le droit de la voir, ne serait-ce que derrière la vitre des cabines.

Bien que ce soit inhabituel, notre visite à Nasrine d’hier a coïncidé avec le jour de visite des hommes du bloc 350 d’Evine. Plusieurs gardiens de prison ont empêché les membres des familles qui étaient en visite et le autres prisonniers présents de la saluer, ne serait-ce qu’en agitant la main, ce qui a transformé l’atmosphère de la zone de visites en un lourd environnement sécuritaire. Les salutations entre les prisonniers et les membres de leurs familles et leurs proches ont toujours eu lieu les jours de visite.

Le docteur Ali-Reza Radjaï et l’un des anciens collègues de Nasrine, le docteur Ghassem Sholeh-Saadi ont été les deux seuls prisonniers politiques qui ont réussi à approcher Nasrine et lui demander de ses nouvelles.

Les membres de la famille qui ont été témoins de la situation dans la salle de visite ont demandé, choqués « Les visites sont-elles toujours aussi encadrées et entourées d’une atmosphère de sécurité aussi lourde ? »

dimanche 14 août 2011

Nasrine Sotoudeh renonce à voir ses enfants


13 août 2011 : Nasrine Sotoudeh, avocate, prisonnière politique et militante des droits humains, a adressé une lettre aux autorités judiciaires et au responsable du bureau du procureur de Téhéran pour annoncer que, pour protester contre le traitement inhumain et inacceptable subi par ses enfants, son mari et sa sœur lors de leur dernière visite et qui a conduit à leur détention pendant plusieurs heures, elle a décidé de ne plus accepter de telles visites pour protéger ses enfants de tout autre atteinte.

« Durant l’année passée, ma famille a été punie à de multiples reprises, par exemple, le dossier monté contre mon mari. Pour protester contre les violations des droits de ma famille et en raison de la façon dont sont actuellement organisées les visites, la présence constante des forces de sécurité et des agents du ministère du renseignement ne peut que blesser davantage mes jeunes enfants ; j’ai donc décidé de ne plus assister à de telles visites jusqu’à ce que la réputation de ma famille ait été complètement restaurée et que les contacts téléphoniques avec le bloc des femmes d’Evine soient rétablis, et c’est un droit dont tout prisonnier et ses enfants devrait pouvoir bénéficier. »

Le dimanche 7 août 2011, il y a une altercation entre les fonctionnaires de la prison d’une part, la sœur et Reza Khandan, le mari de Nasrine Sotoudeh, d’autre part, lors d’une visite derrière une vitre quand les fonctionnaires ont insisté pour fouiller le calepin de Reza Khandan sans mandat de perquisition officiel. La conduite malheureuse des fonctionnaires de la prison a eu lieu devant les enfants et toute la famille a été emmenée au bureau du procureur d’Evine et détenue environ 5 heures. Mehraveh et Nima, les deux enfants de Nasrine Sotoudeh, ont été témoins de l’altercation entre leur père, leur tante et les fonctionnaires de la prison. Ils étaient épuisés et avaient faim après les longues heures d’attente dans l’aire des visites. Mehraveh (10ans) n’a pas pu s’empêcher de pleurer devant sa mère pour la première fois depuis 15 mois. La famille a fini par être libérée après qu’un mandat de perquisition officiel ait été délivré par le juge et que les effets personnels de la famille, y compris le calepin aient été fouillés.

Nasrine Sotoudeh est emprisonnée depuis environ un an sans libération provisoire. Durant tout ce temps, elle n’a eu le droit de voir ses deux jeunes enfants que lors de rares visites de 20 minutes. Son mari, Réza Khandan, qui n’a jamais milité politiquement, a été détenu une nuit après qu’il ait cherché des informations sur le sort de son épouse. Il a été relâché sous caution plus tard. Nasrine Sotoudeh a été condamnée à 11 ans de prison.

Source: http://www.kaleme.com/1390/05/22/klm-69134/


jeudi 2 juin 2011

Légende d'une photo - Mansoureh Shojaï (Nasrin Sotoudeh)


Le 29 mai, tu as eu 49 ans ; on a révoqué ta licence d’avocate, tes amis du barreau se sont lamentés sur l’injustice qui t’était faite, mais tu es sortie, fière et souriante du tribunal.

Comme tu sembles douce sur cette photo historique avec ton sourire innocent, ce geste joyeux, levant les bras si librement, sans faire cas des visages lugubres et hostiles des gardiens autour de toi. Tu sembles si pleine de dignité en ne faisant cas de rien, ni des gardiens, ni des menottes.

Que cette photo est belle, tes petites mains menottées enlaçant Réza, ton regard aimant fixé sur le visage de Réza, tu as créé une scène tellement idyllique ! Et Réza, digne et réservé, comme toujours, plein d’amour et de bonté t’a enlacée. Tu as réussi à créer une scène comme ça sous le regard belliqueux des agents, majestueuse, grandiose, féminine et audacieuse.

Secouant les jouets pourris d’un homme d’état, tu as levé joyeusement tes mains menottées pour tenir dans tes bras l’homme de ta vie, qui fait partie de la tribu des hommes épris de liberté les plus libres,  avec ravissement et fascination.

Cette photo est une merveille ; l’amour décoré de douleur, et la douleur transformée en un rire magique pour raconter un conte merveilleux d’engagement et de fidélité.

Cette photo est une merveille ; ce n’est pas l’une de ces photos habituelles des personnes entravée dans les « blocs des prisons ». C’est une photo d’Amour, de Femmes, de Femmes Amoureuses. Sur cette photo, tu es à ton apogée, tu es Femme.

Aujourd’hui, au seuil de ta  quarante-neuvième année, je te parle en tant que femme, je t’admire en tant que femme ; et, en tant que sœur, je m’incline devant l’endurance de Réza et ta ferveur pour les révérer.

Source : http://www.facebook.com/note.php?note_id=10150215088442356

dimanche 29 mai 2011

Lettre de Nasrine Sotoudeh à son mari Reza Khandan


En attendant de comparaître pour l’annulation de sa licence d’avocate, Nasrine a écrit à son mari.

Mon cher Réza,

On a beaucoup parlé de la solitude en prison. Je veux partager avec toi ma vie en prison, car tu ne t’y attends sûrement pas. Peux-tu imaginer la nouvelle situation en prison créée par la jeune génération ? L’environnement surprenant qui existe en dehors de la prison existe également entre les murs de la prison ; c’est une nouvelle forme d’existence à la fois à l’intérieur de la société et derrière les barreaux. La vie est parfois heureuse et optimiste, parfois calme et sage, parfois attentive et analytique, mais toujours tolérante et prête à accepter le compromis et c’est cette tolérance qui nous aidera à atteindre nos buts. Tu sais mieux que personne que, de la même façon que l’eau qui ruisselle finit, avec le temps, par fracturer la pierre, notre tolérance et notre flexibilité finiront par faire disparaître les obstacles de notre chemin.


Mon cher Réza, tout le monde, en prison, s’interroge sur sa liberté. Ma liberté m’importe bien sûr, mais le plus important pour moi, c’est la justice qui a été ignorée et déniée. Comme beaucoup d’autres prisonniers, je rêve aussi d’un voyage en famille, ou d’une marche libre sous la pluie, je rêve de lever les yeux sur les arbres d’une allée, de passer un après-midi avec mes petits dans un parc. Au fait, te souviens-tu notre joie à nous trois quand tu rentrais à la maison après le travail ? Nous étions une famille heureuse et malgré les menaces durant les interrogatoires préliminaires, lorsqu’on m’a menacée de nous effacer, moi et mon mari, de la surface de la terre, nous sommes toujours heureux ; car celui qui m’interrogeait n’a pas compris que le bonheur résidait dans les cœurs. Il va sans dire que toutes ces choses me font envie et qu’elles sont importantes pour moi, mais rien n’est plus important que ces peines de centaines d’années de prison infligées à mes clients et à d’autres personnes éprises de liberté, accusés de crimes qu’ils n’ont pas commis. Bien que je n’ai eu le privilège d’en représenter qu'un petit nombre, je continuerai à m’opposer à leurs verdicts injustes, que j’aie ou non une licence d’avocate.

On me fait un procès pour annuler ma licence juridique ; une licence que j’ai toujours essayé d’honorer. Même si le gouvernement me retire un jour ma licence, ils ne pourront pas me dépouiller de mon honneur, et c’est tout ce dont j’ai besoin.

Mon Réza bien-aimé, tant que des verdicts tellement injustes existeront et que le tribunal révolutionnaire continuera à énoncer des jugements tellement choquants, avec ou sans licence juridique, je continuerai à m’opposer à ces verdicts injustes. Dis-leur qu’ils peuvent annuler ma licence si ça leur chante, mais qu’ils ne me dépouillent pas de mon droit à la justice.

Prison d’Evine
Bloc des prisonnières politiques
Mai 2011 [Khordad 1390]

Source: Feminist School http://on.fb.me/jfuUp3

lundi 9 mai 2011

Nasrine Sotoudeh interdite de conversations téléphoniques; on craint qu’elle ne soit transféré à la prison de Gharchak.


Dimanche 8 mai 2011 – Depuis son transfert au bloc méthadone d’Evine il y a 10 jours, Nasrine Sotoudeh n’a pas eu de contact téléphonique avec sa famille. Réza Khadan a declaré à la Campagne pour l’Egalité : « Après le transfert de Nasrine, nous nous sommes rendus en salle de visite mais les enfants n’ont malheureusement pas eu le droit de la voir ; depuis quelques temps, les enfants pouvaient voir leur mère de façon informelle quelques minutes dans le couloir. »

Lors de sa dernière visite, Nasrine Sotoudeh avait informé son époux, Réza Khandan, que les autorités judiciaires avaient l’intention de transférer plusieurs prisonnières vers une prison de Tcharmshahr de Varamine très prochainement. Il faut mentionner que le verdict n’a toujours pas été confirmé par le tribunal révolutionnaire, ce qui invalide son arrestation temporaire selon le code pénal islamique. 

« Emmener les enfants dans la zone de Varamine alors qu’on ne sait même pas s’il y existe des routes sûres, est très risqué, surtout en été quand il fait très chaud, ce qui rendra les visites en personne presque impossibles pour les enfants. »

Des prisonnières pourraient être transférées autour de Varamine, ce qui a causé un grand émoi parmi les familles de ces prisonnières. La prison Ghartchak de Varamine et aussi connue sous le nom de « deuxième Kahrizak ». Les prisonnières qui y ont été transférées venant de Radjai-Shahr ont décrit la situation comme effroyablement insupportable.

Source: http://1million4equality.info/spip.php?article7761

dimanche 1 mai 2011

Interview de Réza Khandan avec la Campagne Internationale pour les Droits Humains - 29 avril 2011


Reza Khandan : « On a dit à mon épouse Nasrine qu’elle ne serait pas libérée si elle n’avoue pas. »

« Dès les premiers jours qui ont suivis son arrestation et son incarcération, Madame Sotoudeh a relaté qu’on la pressait de faire de faux aveux. Je pense que c’est environ en janvier ou février qu’on lui a clairement dit que, si elle refusait d’avouer, elle ne pourrait pas quitter la prison. Bien entendu, mon épouse a répondu sans hésitation qu’elle ne le ferait jamais. »

« Lors de ma première visite avec mon épouse après le Nouvel An iranien, elle m’a informé de son intention de reprendre sa grève de la faim. Vue sa maigreur, j’ai réussi à la convaincre de ne pas le faire. Nasrine a cependant ajouté que si la situation perdurait jusqu’en juin, elle n’aura d’autre choix que de reprendre sa grève de la faim. J’espère vraiment que ce ne sera pas le cas. »

« Je ne sais pas pourquoi il demande ça à Nasrine. Mon épouse n’est pas du genre à reculer quelque soient les pressions exercées sur elle et elle ne l’acceptera jamais même s’ils l’emprisonnent pendant 100 ans. Non seulement elle ne donnera jamais cette interview mais elle ne s’autorisera même pas à l’envisager. Si cela avait été le cas, elle aurait pris des mesures beaucoup plus simples avant d’être arrêtée pour être sûre de rester libre. »

« Ils ont recommencé au Nouvel An. Quand ils ont compris que leurs tentatives resteraient sans résultat, ils ont dit à mon épouse d’ignorer ce qui s’était passé, que ce n’était pas important, et qu’ils s’étaient contentés de lui demander de coopérer. Mon épouse a bien sûr refusé de coopérer. C’est le type de pressions auxquelles sont soumises de nombreux prisonniers. Je suis sûr qu’une heure avant sa libération, ils essaieront encore de lui extorquer de faux aveux. »

« En réalité, même et s’ils la gardent sous contrainte physique et psychologique derrière les barreaux, Nasrine ne fera jamais cela. Je ne veux pas dire que ce que fait mon épouse est bien, mais tout ce que je sais c’est qu’elle en est incapable. Ils pourront encore la presser d’avouer, je suis convaincu qu’elle rejettera de nouveau cette demande. Les aveux n’ont de sens que lorsque l’individu auquel on les demande a commis un acte criminel. Mais ils veulent quand même qu’elle endosse la responsabilité d’un acte qu’elle n’a pas commis. Ce ne sont pas des aveux. » 

Interrogé pour savoir si Nasrine Sotoudeh  a été torturé, Réza Khandan répond : « Elle ne m’a jamais rien dit à ce sujet. Je pense qu’être privée de ses enfants est pour elle la pire des tortures. Lors de la première arrestation de mon épouse, une de ses amies nous rendait régulièrement visite. Elle se rappelait que des années plutôt, elle avait était arrêtée et condamnée à 8 ans de prison alors qu’elle était encore célibataire ; à l’époque, le verdict ne l’avait pas impressionnée. Il y a quelques années, alors qu’elle avait déjà deux enfants, elle avait été arrêtée pendant 20 jours ; elle aurait donné n’importe quoi pour pouvoir serrer ses enfants dans ses bras. Voilà huit mois que mon épouse attend ce moment. Imaginez la pression psychologique sur un être humain à qui on refuse cette chose. Elle n’a toujours pas pu serrer ses enfants dans ses bras sans présence d’agents de sécurité. »

« Mes enfants ont vu leur mère pendant sept ou huit minutes et toujours en présence de gardiens. Je ne sais comment qualifier un tel acte. Je ne le qualifierai pas de torture ou de pression psychologique. Je laisserai à d’autres le soin de le définir. Une mère peut accepter d’être battue si on lui laisse passer du temps avec ses enfants dans un environnement libre et sans stress, si l’on ne fouille pas les poches de sa petite fille et qu’on ne lui confisque pas à chaque fois les chocolats et les chips qui s’y trouvent à chaque fois qu’elle va voir sa mère. Il n’y a rien de plus atroce et terrible que ce genre d’expérience pour une mère.

Source: 
http://persian.iranhumanrights.org/1390/02/sotoudeh_confessions/

samedi 30 avril 2011

Nasrine Sotoudeh transférée au bloc Méthadone d’Evine


Samedi 30 avril 2011 – L’avocat et militante des droits humains Nasrine Sotoudeh a été transférée du bloc 209 d’Evine au bloc méthadone où sont incarcérées toutes les prisonnières politiques.

Suivant Daneshjoo News, ce transfert a lieu alors que le mari de Nasrine Sotoudeh vient d’annoncer qu’elle a perdu beaucoup de poids durant son incarcération, elle pesait 58 kilos et en pèse désormais 44. Réza Khandan rapporte également qu’en dépit des problèmes de vue dont elle souffre, les autorités de la prison ont refusé de lui laisser consulter un ophtalmologiste.

Nasrine Sotoudeh a été arrêtée en septembre dernier et été condamnée à 11 ans de prison ; elle est interdite de travailler dans le domaine légal pendant 20 ans. Elle purge actuellement sa peine à Evine. Durant son incarcération, Nasrine Sotoudeh  a fait plusieurs grèves de la faim pour protester contre la situation en prison et la conduite inqualifiable des autorités de la prison.

Avant d’être avocate, Nasrine Sotoudeh était journaliste et faisait des reportages sur les violations des droits humains, des femmes et des enfants. En tant qu’avocate, elle a principalement défendu les droits des femmes et a représenté des prisonniers politiques et des mineurs qui se trouvaient dans le couloir de la mort pour avoir commis des crimes.

Récemment, le tribunal révolutionnaire l’a également condamnée à une amende de 50 USD pour « non respect du code vestimentaire islamique. »



vendredi 15 avril 2011

Interview accordée par Réza Khandan au Centre de défense des familles des personnes tuées ou détenues en Iran


Mardi 12 avril 2011

Monsieur Khandan, pourriez-vous, si cela vous est possible, nous parler de la situation de Nasrine Sotoudeh et des pressions qui s’exercent sur elle et sa famille ?

Je me suis rendu au bureau du procureur avant le Nouvel An iranien (Norouz) pour demander une visite en personne avec mon épouse. On m’a demandé de fournir une demande par écrit, ce que j’ai fait. En réponse à cette demande et devant 30 à 40 personnes, on m’a déclaré que cette visite m’était accordée… et on me l’a refusée un peu plus tard. Le jeudi 24 mars nous devions aller voir Nasrine, le jeudi étant jour de visite, mais on nous a dit que la prison était fermée [pour les vacances de Norouz]. La semaine suivante, le jeudi 31 mars, nous sommes une fois de plus allés à Evine dans l’espoir de rendre visite à mon épouse. Il y avait beaucoup d’autres personnes venues de toutes les provinces d’Iran pour rendre visite à leurs êtres chers détenus mais une fois encore, les portes étaient closes. Malheureusement, quand les portes sont fermées, il n’y a personne pour répondre à nos questions. Nous avons attendu 4 ou 5 heures, perdant presque une journée entière de travail et nous n’avons vu personne. A ce jour, nous n’avons eu que trois conversations téléphoniques de dix minutes avec Nasrine. Je n’essaie même plus de contacter le bureau du procureur, cela ne sert à rien. La dernière fois que je m’y suis rendu, j’ai été arrêté environ 10 minutes pour avoir élevé la voix. Le procureur ne se sent pas obligé de répondre aux questions, alors j’ai cessé de contacter son bureau pour formuler des demandes.

Vos enfants arrivent-ils à tenir bon ? Leur mère leur manque-t-elle ?

On arrive à s’en sortir mais c’est très difficile pour les enfants, surtout pendant la période de Norouz où l’on se visite beaucoup. Pendant que les officiels du régime étaient tout à l’animation de Norouz et qu’ils rendaient visite à leurs êtres chers comme ils le désiraient, ils nous privaient de toute visite. Nous n’avons eu droit ni à une visite d’une minute face à face, ni même à une visite en cabine. Mon fils n’arrive pas à faire face. Il a perdu tout espoir. Hier soir, durant une brève conversation téléphonique avec sa mère, il s’est écroulé et lui a dit qu’elle ne reviendrait jamais à la maison. La réalité se fait jour peu à peu et la situation se détériore jour après jour. Son esprit est plein de notions étranges. Il est convaincu que sa mère ne reviendra jamais. Il discute avec moi et souligne qu’elle ne reviendra pas. Ma fille a d’autres problèmes. Sa tante est encore plus inquiète à son sujet car elle a tendance à tout intérioriser. Elle est de plus à un âge difficile. Je suis perdu ; je ne sais plus quoi faire.

Toute la famille pourrait aller s’installer dans une tente devant la prison pour manifester. Personne ne nous répond. Personne ne prête attention à la myriade de lettres que nous avons écrites [au procureur et aux autorités judiciaires]. C’est à cause de ces lettres que j’ai été convoqué et qu’on a porté plainte contre moi. En huit mois, nos enfants n’ont pas vu leur mère plus d’une heure. D’après les lois iraniennes, il est intolérable qu’un enfant de trois ans soit privé de sa mère. Nous avons fait des visites pendant la période du Norouz mais nous n’aurions pas du ; Nasrine manquait trop à ses enfants. Son absence était omniprésente. Que pouvais-je faire ? J’ai fini par les emmener loin de Téhéran.


Source: http://kanoonjb.com/index.php/2010-11-18-08-00-50/7837-2011-04-12-12-18-32

lundi 17 janvier 2011

Réza Khandan, mari de l’avocate et militante des droits humains Nasrine Sotoudeh libéré de prison

Lundi 17 janvier 2011 – Réza Khandan.avait été arrêté après sa convocation au bureau du procureur ; il a été inculpé d’  « encouragement à l’opinion publique et publication de mensonges » et sa caution a été fixée à 50.000 USD. Réza Khandan a également rapporté que la caution présentée par Guiti Sotoudeh, la sœur de Nasrine, avait été refusée par le juge ; la famille Khandan a donc été forcée de présenter un autre garant pour la caution. Réza Khandan a finalement été relâché cet après-midi contre une caution présentée par un autre garant. Il faut souligner que Réza Khandan a été convoqué au bureau du procureur de la prison d’Evine après l’annonce du verdict de son épouse.

Nasrine Sotoudeh, avocate et militante des droits humains reste à l’isolement à la prison d’Evine malgré les pressions internationales et ses nombreuses grèves de la faim pour protester contre l’illégalité des accusations à son encontre. Nasrine Sotoudeh a été arrêtée le 4 septembre. Elle a été condamnée à 11 ans de prison et à une interdiction de pratiquer le droit et de quitter le pays de 20 ans.

Source: http://www.feministschool.com/spip.php?article6652

dimanche 16 janvier 2011

Le mari de Nasrine Sotoudeh, Réza Khadan arrêté .

Dimanche 16 janvier 2011 – Réza Khandan, le mari de Nasrine Sotoudeh a été arrêté tôt ce matin à son arrivée au bureau du procureur pour répondre à une convocation reçue la semaine dernière.

D’après le site Web Change for Equality, ses chefs d’inculpation restent flous. D’après les membres de la famille, le tribunal a fixé la caution à 50.000USD, la caution déposée par la sœur de Nasrine Sotoudeh n’a pour l’instant pas été acceptée.

Réza Khandan a été convoqué au bureau du procureur d’Evine après l’annonce du verdict de son épouse. La pression accrue qu’il subit vient probablement des interviews données pour aider à la libération de son épouse.

En dépit de la pression internationale et de ses nombreuses grèves de la faim pour protester contre l’illégalité de ses chefs d’inculpation, Nasrine Sotoudeh, avocate et militante des droits humains est toujours à l’isolement à la prison d’Evine. Elle a été arrêtée le 4 septembre 2010 et a été condamnée à 11 ans de prison et interdite de pratiquer son métier et de quitter le pays pendant 20 ans.

Source: Kaleme: http://www.kaleme.com/1389/10/26/klm-43915/

dimanche 12 décembre 2010

Nasrine Sotoudeh refuse de se rendre dans l’aire de visite les yeux bandés et menottée

Samedi 11 décembre 2010 - Réza Khandan, le mari de Nasrine Sotoudeh, a exprimé sa grande inquiétude que lui inspire le manque de nouvelles de son épouse. Khandan a informé la Campagne Internationale pour les Droits Humains en Iran que, pour d’obscures raison, Nasrine Sotoudeh n’a pas été amenée à l’aire de visite d’Evine jeudi quand il est venu la voir : « Jeudi, je me suis rendu à Evine pour la voir. Même si j’ai pu pénétrer dans la salle de visite, je n’ai pas réussi à rencontrer mon épouse. Nasrine n’est pas venue tandis que tous les autres prisonniers qui avaient droit à une visite sont venus. Un fonctionnaire de la prison s’est adressé à moi pour me dire que Nasrine avait refusé la visite en raison des mesures de sécurité. En fait, ils ne m’ont pas vraiment expliqué ce qu’ils entendaient par mesures de sécurité. Apparemment, ils voulaient amener Madame Soutoudeh dans l’aire de visite les yeux bandés et menottée et elle a refusé la visite si telles en étaient les conditions. Il est intéressant de noter que lors des deux visites précédentes, ces problèmes n’existaient pas ; je l’ai vu sans bandeau ni menottes. Après cette déclaration, je suis bien sûr très inquiet puisqu’en plus, je n’ai pas pu la voir.»

Par manque de moyen de communication pour savoir ce qui était exactement arrivé à son épouse, Réza Khandan a informé la Campagne Internationale pour les Droits Humains en Iran. « Je ne suis pas sûr de ce qui a empêché Nasrine de se présenter à la visite de jeudi et cela m’inquiète beaucoup. Notre dernier contact a été téléphonique lundi de la semaine dernière ; elle m’a alors informée que, suite à ces précédentes déclarations au tribunal, elle commencerait une troisième grève de la faim pour protester contre la prolongation de sa détention préventive. »

Nasrine Sotoudeh, avocate et experte des droits humains est incarcérée à l’isolement à Evine depuis septembre et a passé plus de 50 jours d’incarcération en grève de la faim.


INTERVIEW DU MARI DE L’AVOCATE DES DROITS HUMAINS EMPRISONNEE par Joanne Michele


Joanne Michele, Correspondante pour l’Iran de Safe World, interviewe Réza Khandan, époux de l’avocate iranienne emprisonnée Nasrine Sotoudeh

INTERVIEW
L’interview qui suit a eu lieu entre le 15 et le 26 novembre. Dans cette période, Nasrine a comparu deux fois.



Comment vous et votre famille faites-vous face ? Quels ont été les changements la vie quotidienne de votre famille…Vos enfants comprennent-ils la situation ?
REZA KHANDAN:
A cause de leur différence d’âge, je dois m’adresser à chacun d’eux différemment, suivant leur maturité. Je pensais que Nima ne supporterait pas la situation plus de deux jours, mais avec l’aide de ma mère et de mes amis, nous avons essayé de créer un climat normal, comme avant, quand leur mère était à la maison. Nima, trois ans, ne comprend pas du tout la situation. Il a commencé par penser que sa mère travaillait beaucoup et ne pouvait pas rentrer à la maison. Mais il a fini par comprendre que l’absence de sa mère n’était pas liée à son travail et il a commencé à se poser des questions sur la situation. Mehrawareh a 11 ans. Elle est très mûre pour son âge et a tenté de remplacer sa mère auprès de Nima. Elle est très occupée ce qui l’empêche de trop s’inquiéter. Elle est devenue plus calme et sérieuse. Je suis vraiment inquiet et préoccupé mais j’essaie de me contrôler. Le soutien de la famille, des amis et des gens en général détruit en grande partie le sentiment de solitude et d’impuissance. Le plus gros de nos inquiétudes n’est pas pour le présent mais pour le futur, pour la façon dont l’emprisonnement continuera après tout ce temps.

Quelles sont les conditions de détention de Nasrine, comment est-elle traitée ?
Physiquement, elle est très faible à cause de sa grève de la faim et on a du mal à croire qu’il s’agit bien de celle qu’elle était auparavant. Depuis son arrestation, elle est complètement seule et à l’isolement. La tension d’être loin de la famille, surtout des jeunes enfants, fait souffrir quiconque dans sa situation. Nasrine a été soumise à à peu près toutes les formes de torture psychologique. Elle a dit qu’elle n’oublierait jamais la douleur ressentie de ne pas pouvoir assister aux funérailles de son père. Elle est affectée par-dessus tout par les mensonges perpétuels et les promesses non tenues qu’on lui fait.

Quels droits ont-ils été octroyés à Nasrine et quels droits lui ont été refusés ?
Le premier droit qu’on lui a refusé, c’est la liberté car elle n’est qu’accusée et son crime n’a pas été prouvée. Elle devrait être libre lors de son procès et jusqu’au verdict. Nous n’en savons pas beaucoup sur sa situation. Elle n’a eu accès au dossier que pendant les audiences ; à part ça, nous en savons très peu sur son dossier ou sur les preuves qui peuvent l’étayer. Elle a rencontré nos enfants une seule fois. En 75 jours, elle n’a eu droit qu’à une seule visite officielle ; en 75 jours, elle n’a vu ses enfants qu’une fois. Je ne l’ai vue qu’une fois, au tribunal, en présence des employés, des autorités et des avocats. Elle n’a pu contacter sa famille et ses avocats que de façon exceptionnelle, une fois, ça n’a duré que trois secondes. Physiquement, elle est si faible que vous ne pourriez pas la reconnaître. Emotionnellement, elle va mieux, mais ses enfants lui manquent.

Qu’est-ce qui réconforte Nasrine en prison, si tant est que quelque chose le puisse ?
Nous ne le savons pas. Nous savons seulement qu’elle n’a pas de contact avec les autres détenues et qu’elle est continuellement à l’isolement.

Combien de fois avez-vous pu la voir ? Et votre famille ?
La première fois, ils lui ont permis de voir sa sœur. La deuxième fois, ils m’ont demandé de venir lui rendre visite avec les enfants ; une fois sur place, ils n’ont plus voulu que j’y aille et je ne pouvais pas laisser les enfants seuls avec les gardiens de prison. Ils sont revenus de la prison en larmes. La troisième fois, les enfants sont allés en visite avec la sœur de Nasrine et ma mère ; c’était la première fois qu’ils la voyaient dans cette situation et ils sont tous revenus de la prison en larmes. Nous ne pouvons pas la contacter par téléphone ; les appels doivent venir de la prison et c’est très rare.

Qu’est-ce qui vous inquiète dans le procès de Nasrine et le verdict qui s’ensuivra ?
Nous craignons qu’elle ne soit condamnée à une longue peine de prison même si elle devrait être respectée et récompensée car elle est non seulement innocente mais source de fierté !
Avant le procès, durant 70 jours, les avocats n’ont pu la rencontrer qu’une fois et n’ont pas eu accès à son dossier.

Quelle a été votre première pensée quand vous l’avez vue aujourd’hui [le 15 novembre après la première audience]…a-t-elle beaucoup changé ?
Elle était extrêmement faible et fragile. Elle ressemble à ce qu’elle était étant jeune, alors j’essaye de la convaincre d’arrêter sa grève de la faim. Je lui ai tenu la main, elle était si petite elle semblait ne pas avoir de poids. Les 75 jours d’isolement ont pris leur tribut, elle était très heureuse à l’idée de me voir et s’est montrée très émotive, mais pas durant l’audience. Je n’ai pas pu la voir durant l’audience mais ses avocats m’ont dit qu’elle y était très sérieuse et déterminée, comme d’habitude.

Quel soutien avez-vous reçu de la communauté internationale ?
La seule aide dont nous ayons eu connaissance consiste en plusieurs déclarations de soutien à Nasrine. S’il y a eu autre chose, nous l’ignorons. Nous espérons que les institutions internationales de défense des droits humains montrent leur présence puissante et soutiennent Nasrine parce qu’elle est elle-même un avocat de la défense. Son procès, c’est le procès de la loi. Si un gouvernement quelconque peut se permettre de bloquer le pouvoir d’un avocat des droits humains, il a les mains libres pour traiter toute critique ou tout opposant comme il le désire. Malheureusement, la communauté internationale a permis au gouvernement de franchir cette limite. Toute défense internationale est la bienvenue et aidera à sa libération, surtout si elle est apolitique et durable dans le temps. Son message c’est que la loi soit appliquée justement et que toutes les lois discriminatoires soient réformées.

Que voulez-vous que le monde sache de Nasrine ?
Le monde doit savoir que tout ce qu’elle a fait pour mériter ce châtiment, c’est de soutenir son client. Même sous la menace d’être arrêtée, elle a continué à soutenir ses clients avec bravoure et détermination. Maintenant, c’est au monde de la soutenir. Maintenant, c’est au monde de la soutenir. Nasrine a plusieurs visages. Quand elle est avec les enfants, elle quitte son monde professionnel pour être une vraie mère, en temps que professionnelle, elle donne une nouvelle dimension au professionnalisme. C’est aussi une épouse merveilleuse. A chaque fois que nous réussissons à la contacter, en personne ou par téléphone, elle nous manque encore plus.


mardi 30 novembre 2010

Réza Khandan à propos de la seconde audience de son épouse Nasrine Sotoudeh : « Un acquittement est hautement improbable »

Dimanche 28 novembre 2010 – Réza Khandan, l’époux de Nasrine Sotoudeh, a informé la Campagne Internationale pour les Droits Humains en Iran, qu’à son avis, et en raison du peu d’attention que le juge Pir-Abbassi a prêté aux preuves versées au dossier par son épouse et ses avocats durant la seconde audience qui a duré plus de 5 heures, il était hautement improbable qu’elle soit acquittée.

Déclaration de Réza Khandan rapportée par la Campagne Internationale pour les Droits Humains en Iran : « Les audiences n’ont pas été très prometteuse. Chaque partie est restée sur ses positions. C’était presque comme si le juge et le procureur vivaient dans un monde différent de celui de Madame Sotoudeh et de ses avocats. Les deux parties ont parlé mais n’ont pas tenté de comprendre le point de vue de la partie opposée. L’atmosphère était très peu coopérative et si l’on prend en compte tout ce que mon épouse a du traverser jusqu’à présent, je n’ai pas beaucoup d’espoir qu’elle obtienne un acquittement. Actuellement, mon seul espoir est qu’on lui accorde la liberté sous caution pour qu’elle puisse rentrer à la mais et récupérer physiquement en attendant le verdict. »

La seconde audience de Nasrine Sotoudeh, avocate et militante des droits humains, a eu lieu le dimanche 28 novembre 2010 à la 26ème chambre du tribunal révolutionnaire présidé par le juge Pir-Abassi et en présence des quatre avocats de Nasrine Sotoudeh. Réza Khandan, époux de Nasrine Sotoudeh, des représentants du Barreau iranien et du syndicat national des avocats étaient également présent à l’audience qui a duré 5 heures. Pir-Abassi, le juge qui s’occupe du dossier, doit rendre son verdict et décider si Nasrine Sotoudeh doit rester en détention la semaine dernière.

Réza Khandan a décrit l’état physique de Nasrine Sotoudeh comme bien meilleur que la semaine dernière quand elle était en grève de la faim : « Les avocats de Nasrin ont tout tenté pour obtenir la liberté sous caution, mais malheureusement, rien n’a été décidé aujourd’hui. Ils ont aussi demandé que Nasrine soit sortie de sa cellule à l’isolement, mais le juge n’a pas été convaincu par les arguments qu’ils ont présentés et Nasrine est donc retournée à l’isolement après l’audience. »

« Les accusations étaient plus ou moins les mêmes que celles présentées à la première audience. Ils y ont ajouté l’adhésion au Centre des Avocats pour la Défense lors des interrogatoires. Ses avocats ont objecté aujourd’hui que d’après la loi, cette adhésion n’était pas un crime et que Nasrine n’en avait jamais été membre. En général, le dossier de Nasrine est très complet cette fois-ci et inclut toutes ses interviews et ses commentaires à la presse ainsi que des interviews avec des enfants et des femmes. »

« Ils m’ont permis d’entrer dans la salle 45 minutes après le début de l’audience. Quand je suis entré, Nasrine était en train de prononcer ses derniers mots. Elle se plaignait de la façon dont elle a été traitée en prison et expliquait que le plus dur lors de son incarcération était l’isolement. Nasrine a aussi demandé que des sanctions disciplinaires soient prises à l’encontre d’un des fonctionnaires qui l’avait insultée. Nasrine s’était également plainte lors de l’incident, mais il n’y a aucune trace écrite de sa plainte dans son dossier. Nous ne savons pas comment procéder sur le sujet. »

Khandan a déclaré qu’en dépit de la plaidoirie très complète de Mohammad Ali Soltani, un des quatre avocats de Nasrine Sotoudeh, ils ne croyaient pas à la probabilité de son acquittement. « Vu la façon dont son dossier a été traité depuis le début, je doute qu’elle soit acquittée. Mon seul espoir actuellement c’est qu’on la libère sous caution pour qu’elle puisse rentrer à la maison et se remettre physiquement en attendant le verdict. »

Nasrin Sotoudeh, avocate et militante des droits humains, a été arrêtée début septembre et mise à l’isolement. Elle était soit en grève de la faim ou de la soif pendant la plus grande partie de son incarcération.