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dimanche 26 septembre 2010

Journée spéciale Femmes d’Iran sur France Culture (jeudi 30 septembre)

Femmes d’Iran
Journée spéciale sur France Culture
Jeudi 30 septembre 2010, de 6h à 23h

Sensibilisée par la situation des femmes en Iran, et notamment par la situation personnelle de Sakineh Mohammadi Ashtiani, France Culture propose une journée spéciale Femmes d’Iran, jeudi 30 septembre 2010 de 6h à 23h, pour faire entendre la voix des femmes en Iran, et mieux connaître leurs vies et leurs engagements à travers des entretiens, des débats et des reportages.

Avec notamment : Shirin Ebadi, avocate iranienne et Prix Nobel de la Paix 2003, Taslima Nasreen, écrivain bangladaise, Darya Dadvar, soprane, Golshifteh Farahani, actrice et chanteuse, Sou Abadi, documentariste …

Tout au long de cette journée spéciale, France Culture rend compte de la condition féminine en Iran, d’un point de vue social, politique, religieux, et culturel, dans ses programmes et ses journaux avec :

Dès 6h, Pas la peine de crier de Marie Richeux, Les matins de France Culture de Marc Voinchet,Questions d’époque de Louise Tourret et Florian Delorme, Les pieds sur terre de Sonia Kronlund,La grande table de Caroline Broué et Hervé Gardette, Du grain à moudre de Julie Clarini et Brice Couturier, Le RenDez-Vous de Laurent Goumarre, et à 22h10, Hors champs de Laure Adler.

Retrouvez également un dossier spécial préparé par la rédaction de franceculture.com
  
JEUDI 30 SEPTEMBRE 2010
6h-7h
Pas la peine de crier par Marie Richeux
Avec des chroniques autour de l’Iran, et la réaction de Françoise Huguier, photographe et grande voyageuse, invitée toute cette semaine.

7h-9h
Les matins de France Culture par Marc Voinchet
La situation des femmes en Iran
Avec sous réserve : Chahla Chafiq, écrivaine et sociologue, Shahnaz Gholami, journaliste et militante aujourd'hui réfugiée en France, qui fut un moment incarérée dans la même cellule que Sakineh, et Karim Lahidji, Vice-président de la Ligue Internationale des Droits de l’Homme et Président de la Ligue des Droits de l’Homme en Iran.

7h13-7h19
En toute franchise par Hubert Huertas
En attente

7h18-7h27
Les enjeux internationaux par Thierry Garcin
Femmes et politique en Iran
Avec Mohammad-Reza Djalili, professeur honoraire à l'Institut de hautes études internationales de Genève.

11h-12h
Questions d’époque par Louise Tourret et Florian Delorme
La société iranienne
Avec notamment Farida Adelkhah, sociologue.

12h-13h30
La grande table par Caroline Broué et Hervé Gardette
Table ronde critique autour de l’exposition Reza Une terre, une famille au Parc de la Villette, et le livre « La gelée royale» de Farida Hachtroudi

13h30-14h
Les pieds sur terre par Sonia Kronlund
Reportage

18h20-19h
Du grain à moudre par Julie Clarini et Brice Couturier
Existe-t-il un féminisme musulman?
Avec notamment Wassyla Tamzali, écrivain algérienne, ancienne avocate à la cour d'Alger, ex-directrice du droit des femmes à l'Unesco, auteur d'"Une femme en colère : lettres d'Alger aux européens désabusés" (Gallimard), et  Taslima Nasreen, écrivain bangladaise, auteur notamment de "Libres de le dire : conversations mécréantes" avec Caroline Fourest (Flammarion).

19h-20h
Le RenDez-Vous par Laurent Goumarre,
Les créatrices iraniennes
Avec notamment Darya Dadvar, soprane, Golshifteh Farahani, actrice et chanteuse, et Sou Abadi, documentariste.

22h10-23h
Hors champs par Laure Adler
Rediffusion
Shirin Ebadi, avocate iranienne, prix Nobel de la Paix 2003. (1ère diffusion : le 18 juin 2010).


Contacts :
Adrien Landivier, Chargé des relations presse/01 56 40 21 40 / 06 11 97 37 85
Caroline Cesbron, Responsable de la communication/06 22 17 34 46/ 01 56 40 23 40

samedi 17 juillet 2010

C’est un crime d’être une femme en Iran

Margaret Wente - Saturday's Globe and Mail

 Sakineh Mohammadi Ashtiani, mère iranienne condamnée à la lapidation pour adultère est pour l’instant toujours en vie, sauvée par un cri de révolte international contre le barbarisme d’état. Mais l’histoire n’est pas finie. Elle est toujours dans le couloir de la mort. Une fois l’émotion retombées, le régime peut simplement choisir de la pendre à la place.

« Ce régime a pris trop de vies » dit Maryam Namazie, militante des droits de l’homme qui vit aujourd’hui à Londres. « Il va bien falloir que ça s’arrête un jour. »

D’après madame Namazie, la prison de Tabriz où Sakineh est enfermée contient 200 autres condamnés à mort. Trente-cinq sont des femmes condamnées à la lapidation. L’une d’entre elles est Maryam Bagherzadeh, 25 ans, en prion depuis quatre ans. Son exécution a été retardée car elle est tombée enceinte lors d’une courte permission. Le régime attend généralement l’accouchement des femmes enceintes pour les tuer.

Puis il y a Azar Bagheri, 19 ans. Elle en avait 14 quand on l’a forcée à se marier. Son mari l’a lourdement chargée, déclarant qu’elle ne l’aimait pas et qu’elle avait eu des relations avec un autre homme. Elle a été arrêtée, condamnée pour relations sexuelles en dehors du mariage et condamnée à la lapidation alors qu’elle n’avait que 15 ans. On l’a soumise à un simulacre de lapidation à deux reprises : enterrée jusqu’à la poitrine et menacée de mort si elle ne collaborait pas. Le couloir de la mort comprend des enfants, des adolescents et 18 personnes condamnées à la pendaison pour homosexualité. La semaine dernière une jeune fille de 16 ans s’est tuée dans sa cellule pour échapper à la pendaison.

Même le bronzage est un crime contre l’islam. « Le public attend de nous que nous réagissions fermement et rapidement à toute inconduite sociale de la part de femmes et d’hommes qui rejettent nos valeurs islamiques » a annoncé en avril le chef de la police de Téhéran Hossein Sadjedinia. « Dans quelques quartiers du nord de Téhéran, on voit beaucoup de femmes et de jeunes filles bronzées qui ressemblent à des mannequins lors d’un défilé. Nous ne tolérerons plus cette situation et commencer par avertir celles qui se comportent ainsi, puis nous les arrêterons et les emprisonnerons. »

Comme le présente madame Namzie : « C’est un crime d’être une femme en Iran. »

On pourrait penser que l’habitude du régime d’assassiner les femmes pour des crimes imaginaire lui vaudrait une condamnation universelle, en particulier d’institutions comme les Nations-Unies. On aurait tort. En avril, l’Iran s’est vu offrir un siège à la commission de l’ONU sur le statut des femmes dont le but est « l’égalité des sexes et la promotion des femmes. » Personne n’a expliqué comment la lapidation des femmes fait avancer l’égalité des sexes. C’est une inversion morale tellement tordue qu’elle défie la satire. Si vous nourrissiez encore quelques illusions sur le fait que l’ONU soit vraiment intéressée par les droits des femmes, abandonnez les tout de suite.

La nomination ridicule de l’Iran était un prix de consolation après son échec, à obtenir un siège au conseil de l’ONU pour les droits humains, en dépit d’un lobbying sévère. Ce qui n’aurait pas été tellement étrange qu’il y parait puisque les membres de ce conseil comprennent des nations aussi soucieuses des droits humains que l’Arabie Saoudite. Le Conseil des droits humains est dominé par un bloc d’états islamiques et africains qui refusent de condamner l’Iran de quelque façon que ce soit. A la place, le conseil passe le plus clair de son temps à dénoncer Israël et les Etats-Unis. « C’est tragique ; c’est comme demander à l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid de siéger à la commission pour l’égalité des races » dit Madame Namazie qui a fuit l’Iran en 1980.

Certains groupes féministes occidentaux ont été ostensiblement silencieux sur la lapidation et autres pittoresques coutumes iraniennes. Ils ont tellement peur d’être infectés par les Américains et les néo-conservateurs qu’ils préfèrent ne rien dire. Même chose pour les groupes musulmans « modérés » en occident.

Pendant des années, la lutte pour les droits humains des femmes iraniennes a été menée par un groupe infatigable d’avocates comme Madame Namazie et Mina Ahadi qui vit maintenant en Allemagne. Madame Ahadi a échappé de peu à la mort pour avoir fait campagne contre les vêtements islamiques obligatoires. (Son époux a été exécuté). « Quand nous organisons des évènements au niveau mondial, quand nous manifestons au niveau mondial et en particulier quand nous contactons les gouvernements européens et que ces gouvernements mettent la pression sur le régime islamique en Iran, nous avons quelquefois une chance, » a-t-elle dit à CNN.

La condamnation de Sakineh Mohammadi Ashtiani a été basée sur de fausses preuves insistent son avocat et ses deux enfants. Elle a déjà reçu 99 coups de fouet. Comme leurs efforts pour plaider pour sa vie n’ont pas porté leurs fruits, son fils s’est tourné vers les militants occidentaux pour trouver de l’aide, une manœuvre à haut risque qui lui a valu une convocation au poste de police. Amnesty International et Human Rights Watch se sont emparé du dossier. Les femmes, de la Norvège au Canada, y compris la PDG de Indigo Books, Heather Reisman, ont lancé des pétitions par Internet. La pétition de madame Reisman, datant d’il y a onze jours rassemble déjà plus de 100.000 signatures (www.freesakineh.org.)

Le régime iranien décrit vigoureusement les manifestations occidentales comme une attaque contre l’Iran et les valeurs islamiques. Alors, a quoi servent vraiment ces pétitions ? Ceux qui suivent les affaires iraniennes disent qu’elles ont vraiment un impact. La lapidation est énormément impopulaire en Iran et les Iraniens n’aiment pas que leur pays soit représenté comme médiéval et barbare. Le soutien de l’extérieur donne également de l’énergie à ceux qui vivent en Iran et luttent contre le régime.

« L’agitation que les médias occidentaux ont lancée en relation avec ce dossier n’affectera pas nos juges » insiste un officiel iranien. « La mise ne pratique des lois religieuses islamique comme la lapidation, le hidjab et l’héritage ont toujours été en but à leur animosité effrontée, par principe, ils s’oppose à tout ce qui touche la loi religieuse. »

Mais grâce aux efforts inlassables de femmes comme Maryam Namazie, Mina Ahadi, Shirin Ebadi et d’autres, Shakineh est toujours en vie. Aussi longtemps qu’être une femme en Iran sera un crime, ils ne s’arrêteront pas. Et nous non plus, nous ne devrions pas nous arrêter.

Source: http://www.theglobeandmail.com/news/opinions/its-a-crime-to-be-a-woman-in-iran/article1643091/?cmpid=rss1

mardi 8 juin 2010

Lettre pour ma fille, Shiva Nazar Ahari

La mère de la militante des droits humains Shiva Nazar Ahari écrit une lettre à sa fille

Ma chère fille,

Il semble qu’il soit maintenant normal dans ce monde d’emprisonner pour les crimes de recherche de la liberté et d’amour pour les êtres humains. Voilà plus de six mois que tu es emprisonnée pour ce crime-là. En tant que mère, je suis fière de toi. Tu as toujours été la meilleure et tu l’es encore.

Ma chère fille, quand je suis allée à l’université pour récupérer ton diplôme, tous les fonctionnaires de l’université m’ont félicitée d’avoir une fille d’une telle persévérance et ils m’ont tous dit prier pour que, dans le futur, la prison ne sanctionne plus l’amour des êtres humains et la recherche de la justice.

Et maintenant, je crie à haute voix du fond de mon cœur : c’est moi qui ai élevé Shiva et si quelqu’un mérite la prison, c’est moi, pas Shiva.

Enchaînez-moi donc et libérez ma fille.


Ta mère,
Shahrzad Kariman

Source : http://persian2english.com/?p=11368






mercredi 19 mai 2010

La camarade de cellule de Shirin témoigne

Mahdieh Golroo écrit en mémoire de la prisonnière exécutée Shirin Alam-Hooli
Texte traduit par Marthe Gonthier

Mahdieh Golroo, membre emprisonnée du Conseil pour le Droit à l’Education, a écrit une lettre à la mémoire de sa camarade de cellule, la prisonnière politique exécutée Shirin Alam-Hooli.

12 mai 2010 

Tu étais avec nous et maintenant tu es partie sans nous, comme le parfum d’une fleur. Où es-tu partie ?
 
Nous avons passé la nuit de samedi sans Shirin. C’était le moment le plus amer de notre emprisonnement. Ce fut une sombre et terrible nuit. Chaque seconde nous semblait une éternité à nous qui aspirions à revoir Shirin.
 
Le téléphone de la section des femmes était coupé depuis samedi après-midi ce qui ne faisait qu’augmenter l’angoisse. Nous étions ensemble dans une pièce qui n’appartenait qu’à nous. Shirin aimait cela. Elle avait souffert plus que nous et aimait l’isolement mais elle a été la première à quitter la pièce. Cette nuit-là, même celles qui étaient détenues depuis longtemps se remémoraient les personnes s’évanouissant brusquement dans les ténèbres de la nuit pour rejoindre la lumière éternelle de la liberté. Nous avons parlé des souvenirs amers de celles dont les camarades étaient envoyées à la potence. Nous admirions la résistance de ces femmes qui supportaient la tension provoquée par la mort de leurs amies pour que l’avenir des générations suivantes soit plus radieux.

Hélas, le cercle infernal des injustices continue, et notre patience a été mise à rude épreuve quand Shirin a été brutalement séparée de nous sans même avoir le temps de dire au revoir comme si la corde l’appelait par son nom, espérant voir une lueur de peur dans ses yeux d’aigle. Mais je sais bien que le courage de Shirin ridiculisa  cette austère nuit d’Evin et la rigueur de la corde.

L’écoulement de chaque seconde était difficile à supporter. Nous attendions des nouvelles de Shirin. Pour l’emmener, ils ont utilisé pour excuse une erreur dans leurs dossiers : le nom de son père y était mal orthographié. Il ne nous est pas venu à l’esprit que c’était la dernière fois que nous la voyions. L’appétit de vivre de Shirin, les efforts et les progrès qu’elle faisait dans les études la faisaient ressembler à une nouvelle arrivante en prison sur le point d’être libérée.

Quelle nuit que cette nuit. L’appel des prisonniers du dimanche matin fut un lourd fardeau sur nos épaules. Nous avons alors eu la certitude qu’une fois encore, la corde avait pris la vie d’une combattante, une lionne du Kurdistan, dont la résistance défiait les montagnes. C’était difficile de le croire.

Aux informations de deux heures, nous avons entendu que Shirin avait été exécutée et ne reviendrait donc jamais. Même si nous avions déjà appris des exécutions auparavant, par expérience ou par des écrits historiques, nous avons ressenti l’amertume de la perte de Shirin dans chaque cellule de notre corps.

Cette nuit fut l’apogée de toutes les nuits de nos vies. Nous espérions quelque chose que les prisonniers d’il y a vingt ans désiraient déjà ; la fin des injustices pour que la génération à venir n’ait pas à en passer par là.

Quatre jours se sont écoulés depuis cette tragédie. Une écharpe noire, la couleur du deuil, repose sur son lit. 

Je dors sur le sol de ma cellule. Mes compagnes de cellule insistent pour que je dorme dans le lit de Shirin. 

Mais je ne peux pas prendre la place du professeur de poterie ; elle est irremplaçable.
 
Mahdieh Golroo, 
Prison d’Evine
12 mai 2010

Lire aussi:

Fereshteh Ghazi: Shirin ne voulait pas partir

Lettre de Shirin Alam Houli (executée): Je suis un otage

Le martyre de Shirin Alam-Houli (condamnée à mort)


mercredi 12 mai 2010

Shirin et Farzad

5 prisonniers politiques ont été pendus à l'aube, le dimanche 9 mai 2010. 

Il faut lire et relire ces mots, les derniers qui nous restent de Shirin et de Farzad. Ces lettres font à présent partie de notre patrimoine national. Ces mots d'anges, c'est notre Panthéon à nous.Nous avons perdu Shirin et Farzad, mais nous avons retrouvé notre identité et notre fierté.

Pourvu que le dernier mot de Shirin, "Serketfin", qui signifie VICTOIRE en Kurde, guide nos pas et nos cœurs. Cette rivière de larmes et de sang, ne peut que conduire à la VICTOIRE. Nous le devons à Shirin et à Farzad et à tous les autres martyrs de la liberté.


Shirin

Pourquoi ai-je été enfermée, pourquoi vais-je être exécutée ? Pour quel crime ? Parce que je suis kurde ? Ils me disent de renier mon identité kurde, mais si je le fais, je me renie moi-même. Monsieur le juge et enquêteur : quand vous m’interrogiez, je ne parlais pas votre langue et je ne vous comprenais pas.

Farzad
C’est moi qui aime reprendre le rôle du petit poisson noir.
C’est moi, votre camarade du couloir de la mort.
Maintenant, les vallées et les montagnes sont derrière lui et la rivière traverse une plaine. De gauche, de droite, d’autres rivières se sont jointes à elle et l’eau est maintenant abondante dans la rivière. Le petit poisson aime que l’eau soit abondante… le petit poisson voulait aller jusqu’au fond de la rivière.
Le Petit Poisson nageait calmement dans la mer et pensait : Ce ne m’est pas difficile d’affronter la mort, ce n’est pas regrettable non plus.

Lettre de Shirin Alam Houli: Je suis un otage

Le martyre de Shirin Alam-Houli

Farzad Kamangar: « Soyez forts, camarades »

Lettre de Farzad Kamangar, Enseignant emprisonné condamné à mort

Lettre deFarzad Kamangar: Les Anges qui rient le lundi


Lettre de Shirin Alam Houli (executée): Je suis un otage

Lettre de la prisonnière politique Shirin Alam Houli
Shirin a été exécutée par les monstres de Téhéran le dimanche 9 mai. Cette lettre date du 3 mai.
Comment décrire ces souffrances sans fin? Comment pleurer ces vies brisées?
Les martyrs du 9 mai, nous ne vous oublierons jamais.




Je suis un otage

Shirin Alam Houli, est née le 3 juin 1981 dans le village de Gheshlagh près de la ville de Makou en Iran. Elle a été arrêtée en mai 2007 par les gardes révolutionnaires à Téhéran. Elle a passé les 25 premiers jours de son incarcération dans un endroit inconnu sous une torture physique et psychologique brutale. Elle a ensuite été transférée au bloc 209 de le prison d’Evine où elle a été gardée à l’isolement pendant six mois et encore brutalement torturée. Après quoi, elle a été transférée à la section des femmes de la prison d’Evine. Le 19 décembre 2009, elle a été condamnée à deux ans de prison pour être sortie illégalement d’Iran et à mort pour « Moharebe » (être ennemie de Dieu) pour sa soi-disant implication dans le Parti Vie Libre du Kurdistan (PJAK). Elle a été jugée par la 15ème chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran par le juge Salavati. Son avocat a été informé de la sentence le 3 janvier 2010 et a fait appel, à ce jour, aucune nouvelle de la cour d’appel. Dans sa première lettre, Madame Alam Houli parlait des tortures physiques et psychologiques brutales qu’elle avait endurées pendant les interrogatoires qui font qu’elle souffre actuellement de nombreux problèmes de santé qu’elle souligne dans sa dernière lettre. Dans sa lettre précédente, Madame Alam Houli avait également déclaré que ses interrogateurs avaient tout essayé pour qu’elle cesse sa grève de la faim. Dans sa seconde lettre, elle explique comment ils essaient de la forcer à faire des aveux télévisés, lui demandant de renier son identité kurde en lui faisant subir de nouveaux interrogatoires.


Lettre de Madame Shirin Alam Houli

Je rentre dans ma troisième année de prison, trois ans dans les pires conditions derrière les barreaux de la prison d’Evine. J’ai passé les deux premières années sans avocat en prison préventive. Toutes mes questions sur mon dossier sont restées sans réponse jusqu’à ce que je sois injustement condamnée à mort. Pourquoi ai-je été enfermée, pourquoi vais-je être exécutée ? Pour quel crime ? Parce que je suis kurde ? Si c’est le cas, je suis née kurde, je parle Kurde, le Kurde est la langue que j’utilise pour communiquer avec ma famille, mes amis et ma communauté, c’est la langue avec laquelle j’ai grandi. Mais je n’ai pas le droit de la parler ou de la lire, je n’ai pas le droit d’étudier dans ma langue et je n’ai pas le droit de l’écrire. Ils me disent de renier mon identité kurde, mais si je le fais, je me renie moi-même. Monsieur le juge et enquêteur : quand vous m’interrogiez, je ne parlais pas votre langue et je ne vous comprenais pas. J’ai appris le Persan durant les deux ans que j’ai passé à la section des femmes de mes amies. Mais vous m’avez interrogée, jugée et me condamnée dans votre propre langue même si je ne comprenais pas et ne pouvais pas me défendre. La torture à laquelle vous m’avez soumise est devenue mon cauchemar. Je souffre constamment à cause des tortures que j’ai subies. Les coups sur la tête pendant les interrogatoires m’ont causé de graves problèmes. Je souffre de migraines sévères pendant lesquelles je perds conscience, j’ai des saignements de nez à cause de la douleur et cela dure des heures avant que je ne reprenne mes esprits. Un autre « cadeau » que vos tortures m’ont laissé, ce sont mes problèmes oculaires qui empirent chaque jour. Ma demande de lunettes est restée sans réponse. Quand je suis entrée en prison, mes cheveux étaient noirs. Après trois ans d’emprisonnement, mes cheveux ont blanchi. Je sais que ce que vous m’avez fait, vous l’avez également fait à tous les Kurdes comme Zeynab Djalalian et Ronak Safarzadeh… Les yeux des mères kurdes sont pleins de larmes, dans l’attente de voir leurs enfants. Elles sont constamment angoissées ont peur de chaque coup de fil qui pourrait leur annoncer l’exécution de leurs enfants. Aujourd’hui, 2 mai 2010, on m’a de nouveau emmenée au bloc 209 de la prison d’Evine pour interrogatoire. Ils m’ont demandé de coopérer pour être pardonnée et non exécutée. Je ne comprends pas ce qu’ils veulent dire par coopération, quand je n’ai rien fait de plus que ce que j’ai déjà dit. Ils veulent que je répète tout ce qu’ils disent, mais je refuse de le faire. Les enquêteurs m’ont dit : « Nous voulions te relâcher l’année dernière, mais ta famille n’a pas voulu coopérer et on en est arrivé là. » Il m’a avoué que j’étais un otage et qu’avant qu’ils n’atteignent leur but, ils me garderont prisonnière ou ils m’exécuteront, mais ils ne me relâcheront jamais.

Shirin Alam Houli, 3 mai 2010 Serkeftin

A noter, à la fin de sa lettre elle a écrit « Serketfin » ce qui signifie VICTOIRE en Kurde

Lire aussi:

Le martyre de Shirin Alam-Houli

mardi 11 mai 2010

Farzad Kamangar: « Soyez forts, camarades »

Farzad Kamangar, instituteur condamné à mort, a écrit une lettre aux autres instituteurs emprisonnés. La lettre suivante a été publiée par l’Agence de Presse des Militants des Droits Humains (HRANA).

« Soyez forts, camarades »

Il était une fois une maman poisson qui avait pondu 10.000 œufs. Seul un petit poisson noir avait survécu. Il vivait dans un ruisseau avec sa mère.

Un jour, le petit poisson dit à sa mère : « Je veux m’en aller d’ici. » Sa mère demanda : « Pour aller où ? » Le petit poisson répondit : « Je veux aller voir le bout du ruisseau. »

[Note du traducteur : Le Petit Poisson Noir est le titre d’une nouvelle pour enfants. L’histoire a été écrite en 1967 par l’instituteur dissident Samad Behrangui. Le livre a été interdit sous le régime du Shah. Il raconte l’histoire et les aventures d’un petit poisson noir qui n’observe pas les lois de sa communauté et part pour découvrir la mer. En chemin, il se bat courageusement contre des ennemis. Ce conte est un classique de la littérature iranienne de la résistance]

Salut, compagnons de cellule. Salut compagnons de souffrance !

Je vous connais bien : vous êtes l’instituteur, le voisin des étoiles de Khavaran*, les copains de classe de douzaines de personnes dont les écrits étaient en annexe de leurs procès, l’enseignant de ceux dont le crime était des pensées humaines. Je vous connais bien : vous êtes les collègues de Samad et d’Ali Khan. Vous vous rappelez bien de moi ?
[Note du traducteur : Khavaran est un cimetière à l’est de Téhéran où beaucoup d’opposants exécutés dans les années 80 ont été enterrés dans des fosses communes]

C’est moi, enchaîné à la prison d’Evine.

C’est moi, l’écolier tranquille, assis sur les bancs brisés de l’école, aspirant à voir la mer alors que je suis dans un village écolier du Kurdistan. C’est moi, qui, comme vous, a raconté les contes de Samad à ses écoliers, au cœur des montagnes de Shahou [au Kurdistan].

C’est moi qui aime reprendre le rôle du petit poisson noir.

C’est moi, votre camarade du couloir de la mort.

Maintenant, les vallées et les montagnes sont derrière lui et la rivière traverse une plaine. De gauche, de droite, d’autres rivières se sont jointes à elle et l’eau est maintenant abondante dans la rivière. Le petit poisson aime que l’eau soit abondante… le petit poisson voulait aller jusqu’au fond de la rivière. Il pouvait nager tout son soûl sans se cogner.

Soudain, il repéra un grand groupe de poissons, 10.000 et l’un d’entre eux dit au petit poisson noir : « Bienvenue dans la mer, camarade ! »

Chers collègues emprisonnés ! Est-il possible de s’asseoir derrière le même bureau que Samad, de regarder les enfants de ce pays dans les yeux et cependant de se taire ?

Peut-on enseigner et ne pas indiquer le chemin vers la violence aux petits poissons du pays ? Qu’importe qu’ils viennent d’Aras [rivière au nord-ouest de l’Iran en Azerbaïdjan], du Karoun [rivière au sud-ouest de l’Iran au Khouzestan],du Sirvan [rivière du Kurdistan] ou du Sarbaz Roud [rivière du Sistan-Baloutchistan] ? Qu’importe puisque la mer est notre destinée commune pour nous unir tous ? Le soleil est notre guide. Nous serons récompensés par la prison, d’accord !

Est-il possible de porter le lourd fardeau de l’enseignement, d’être responsable de semer les grines du savoir et de cependant se taire ? Est-il possible de voir les bouchées traverser la gorge des écoliers, d’être témoin de leurs visages émaciés et faméliques et de se tenir tranquille ?

Est-il possible de vivre cette année sans justice ni équité et de s’abstenir d’enseigner le E de l’Espoir, le E de l’Egalité, même si ces enseignements vous font atterrir à la prison d’Evine ou vous conduisent à la mort ?

Je ne peux concevoir enseigner au pays de Samad, de Khan Ali et d’Ezzati et ne pas rejoindre l’éternité de l’Aras*.Je ne peux concevoir être témoin de la douleur et de la pauvreté du peuple de cette terre et ne pas donner nos cœurs à la rivière et à la mer pour qu’elles rugissent et débordent.

[Note du traducteur : l’Aras est une rivière au nord-ouest de l’Iran formant la frontière avec l’Azerbaïdjan. Samad s’y est noyé l’été 1968. Certains ont considéré suspectes les circonstances de sa mort et ont accusé les agents du régime du Shah de sa mort]

Je sais qu’un jour cette route rude et inégale sera pavée pour les enseignants, et les souffrances que vous aurez endurées seront une marque d’honneur pour que chacun voit qu’un enseignant est un enseignant, même si son chemin est barré par le processus de sélection*, la prison et l’exécution. Le petit poisson noir, mais pas le héron, ont décerné cet honneur à l’enseignant.

[Note du traducteur : le processus de sélection ou Gozineh est destiné à écarter les enseignants et d’autres fonctionnaires sur les bases de leurs points de vue idéologies, politiques et religieux]

Le Petit Poisson nageait calmement dans la mer et pensait : Ce ne m’est pas difficile d’affronter la mort, ce n’est pas regrettable non plus.

Soudain, le héron plongea et attrapa le petit poisson.



Grand-mère Poisson finit son histoire et dit à ses 12.000 enfants et petits-enfants qu’il était l’heure de se coucher. 11.999 petits poissons lui souhaitèrent bonne nuit et allèrent au lit. La grand-mère aussi alla dormir.

Un petit poisson rouge n’arrivait pas à dormir. Ce poisson était perdu dans ses pensées.

Un enseignant du couloir de la mort, prison d’Evine.
Farzad Kamangar
Avril 2010


Explication de Farzad Kamangar sur le titre de sa lettre:
Il y a huit ans, la grand-mère de l’un de mes écoliers, Yassin, du village de Marab écoutait la cassette de l’histoire de l’enseignant Mamousta Ghoutabkhaneh. Elle me dit ensuite : « Je sais que ton sort, comme celui de l’enseignant qui a écrit et enregistré ce poème, c’est d’être exécuté ; mais sois fort camarade ». La grand-mère a prononcé ces paroles tout en tirant sur sa cigarette et en regardant les montagnes.
Version anglaise et persane: http://persian2english.com/?p=9881

 

vendredi 19 mars 2010

L’Iran: une prison pour les Journalistes

Article de Pejman Yousefzadeh
version anglais: ici

Les journalistes sont devenus la cible principale de la répression de l’opposition par le gouvernement iranien après les élections présidentielles controversées de juin dernier ; 52 d’entre eux sont actuellement détenus ; l’Iran est ainsi devenu le premier pays pour le nombre de journalistes emprisonnés suivant le Comité de Protection des Journalistes.

La vague d’arrestations, qui s’est accélérée récemment, a jeté un froid sur les journalistes iraniens à une époque où l’opposition lutte pour maintenir son défi au gouvernement face à la répression lourde des personnalités réformistes.

En réponse, une sorte de journalisme « clandestin » a émergé, explique Réza Valizadeh, 32 ans, qui travaillait pour la radiotélévision d’état mais a fui le pays pendant la répression postélectorale.

« Nous avons une sorte de journalistes guérilleros, portant des masques, anonymes, écrivant sous des pseudonymes et envoyant des mails sans mentionner leur vrai nom aux médias extérieurs à l’Iran, publiant sur des blogs sous des pseudonymes » explique Valizadeh qui vit maintenant à Paris.

« Une période très noire et très amère attend les journalistes » a-t-il déclaré à The Associated Press. Réplique aux Leveretts, qui vont sûrement bientôt nous expliquer que les journalistes iraniens jouissent de libertés sans pareil, grâce au grand et bon Mahmoud Ahmadinejad.

La famille de Shiva Nazar Ahari écrit au procureur de Téhéran

Cette lettre a été envoyée par la famille de Shiva Nazar Ahari au procureur de Téhéran, Abbas Djafai Dolatabadi.
Version persane ici, anglaise: ici
Comité des Reports pour les Droits Humains (CHRR) 
15 Mars 2010 

80 jours se sont écoulés depuis l’arrestation de la militante des droits humains Shiva Nazar-Ahari et sa famille attend toujours sa libération. Shiva Nazar-Ahari avait déjà été arrêtée le 14 juin 2009 sur son lieu de travail et elle avait passé 100 jours en prison.

Ce membre du CHRR a passé 190 jours de l’année persane 1388 (2009-2010) en prison, dont 100 jours dans les cellules d’isolement de la prison d’Evine.

Le CHRR est un organisme indépendant dont le but est de diffuser les violations des droits humains et d’en défendre les victimes. Pendant ses quatre ans d’activité, le CHRR a publié de nombreux rapports, déclarations et articles sur les violations des droits humains. L’organisation est politiquement indépendante de toute organisation iranienne ou étrangère. Malgré cela, neuf membres du CHRR ont été arrêtés par les forces de sécurité l’année dernière. De plus, les autres membres du comité ne sont pas exempts de pression de la part des forces de sécurité.

La lettre qui suit a été écrite par la famille de Shiva Nazar-Ahari au procureur de Téhéran, Abbas Djafai Dolatabadi.

Cher Monsieur Djafari Dolatabadi, Procureur de Téhéran
 
Nous vous écrivons car nous n’arrivons pas à vous rencontrer. Ces derniers jours, nous avons tenté de vous rencontrer à plusieurs reprises au bureau du procureur de Téhéran. Nous avons donc décidé de faire entendre notre voix en vous écrivant, même si nous vous avions rencontré auparavant et que nous vous avions alors dit ce que nous vous écrivons aujourd’hui. A cette époque, nous ne pensions pas que notre fille serait détenue aussi longtemps. Lors de cette réunion, nous avions été choqués d’entendre les charges qui pesaient contre notre fille et nous ne les croyons toujours pas vraies. En tant que parents de Shiva Nazar-Ahari, jeune femme détenue de la prison d’’Evine, nous aimerions commencer l’année réunis tous ensemble, comme les autres familles iraniennes. Mais il semble que nous n’aurons pas cette chance cette année.

Monsieur le Procureur, 
Puisque vous ne voulez pas relâcher notre fille sous caution (comme vous le savez, Shiva a été libérée de prison une première fois sous une caution de 200.000USD), au moins laissez-nous la rencontrer en prison. Quatre mois après son arrestation, nous n’avons toujours pas pu la rencontrer ; nous n’avons eu droit qu’à un entretien avec notre fille derrière une glace sombre et par téléphone.

A la veille du Nouvel An, est-ce une demande si importante ?

Nous vous demandons, si vous n’avez pas pris la décision de libérer notre fille, d’au moins alléger ses conditions de vie en prison. Qu’elle soit dans une cellule dotée au moins d’un poste de télévision. Notre fille est actuellement dans une cellule sans confort et on lui refuse même les livres et les journaux. Voilà plus d’un mois et demi que nous apportons des livres à Evin ; à chaque fois, les autorités nous obligent à les ramener avec nous.

Monsieur le Procureur, donnez au moins l’ordre que notre fille puisse bénéficier de livres et de journaux. Enfin, nous espérons que votre bonté islamique se rappellera de nous et de notre famille et que notre fille sera avec nous.

dimanche 14 mars 2010

Interview de Zahra Rahnavard

Interview de Madame Zahra Rahnavard, l'épouse de Mir Hossein Moussavi avec Kaleme
Date:  jeudi 11 mars 2010
Version persane: Kaleme
Version anglaise: Khordaad88

 Le Docteur Zahra Rahnavard, peintre, sculpteur et professeur à l’université de Téhéran:
  • « J’espère que toutes les prisonnières politiques seront relâchées avant le nouvel an, toutes, des militantes féministes, aux journalistes, aux militantes des droits humains ou des droits des enfants, jusqu’aux anonymes arrêtées lors des manifestations de rue, aux étudiantes qui n’ont fait que réclamer leurs droits. »
  • « Nos cœurs et nos prières sont avec les mères en deuil dont les fleurs se sont fanées. Les mères de Néda, Sohrab, Seyyed Ali, Ashkan, Kianoush, Ramin Ramezanin Aliréza Eftekhari, Mahram Tcheguini et les mères des martyrs innocent comme Nasser Amirnedjad, Iman Namzaï, Kaveh Sabzalipour et ceux dont le nom ne sera jamais connu. Et les mères et les familles dont les proches ont enduré de grandes souffrances après les élections, certains blessés lors des manifestations, d’autres torturés en détention ; certains sont en prison depuis des mois maintenant. »
  • « J’espère que l’année qui vient sera l’année de la liberté, de la démocratie, de la justice et la fin des discriminations,spécialement contre les femmes. »
C’est une bonne idée de commencer l’interview par une question sur les femmes et le mouvement vert. Il y a quelques temps, les féministes ont publié une déclaration se plaignant qu’aucune déclaration ou discussion post-électorales il n’ai été fait mention de leurs exigences. Ces militantes écrivent qu’elles croient que les problèmes des femmes représentent une grosse part de la crise actuelle et que, si l’on ne tente pas de les résoudre, aucune solution ne sera viable dans la durée. C’est pourquoi un groupe de ces militantes a écrit une lettre critique à Karroubi et Moussavi. Qu’en pensez-vous ? Croyez-vous que, depuis les élections, les candidats aient oublié les femmes et leurs problèmes ?

Vraiment, pourquoi nous les femmes devrions nous asseoir et attendre qu’on nous materne ? C’est à nous de faire quelque chose. Nous avons beaucoup à apprendre des grandes figures féminines de l’histoire. Nous avons des milliers d’années sur lesquelles nous pencher. Depuis le jour où, suivant le Coran, l’humanité était une seule nation, ou le temps où, suivant certains théoriciens, les femmes étaient les décisionnaires originales, quand, suivant les découvertes archéologiques, les dieux étaient des déesses et gouvernaient le monde. L’histoire de la civilisation, si nous ne voulons considérer que cette partie, nous dit que les premiers industriels, les tisserands, les potiers et les fermiers (si non les chasseurs) étaient des femmes. Bien sûr, à cette époque les accords n’étaient pas écrits ; ils répartissaient les tâches suivant le physique, l’économique, le religieux et la tradition entre hommes et femmes. On n’a pas prouvé historiquement qu’une société gouvernée uniquement par les femmes ait existé ; mais nous savons au moins qu’il fut un temps où, même si elles n’étaient pas au pinacle de la loi, elles jouaient quand même un rôle prépondérant dans les lois et le gouvernement de la société.

Qu’est-ce qui nous empêche d’apprendre de leurs expériences ? Au troisième millénaire pendant les élections récentes les femmes furent peut-être traitées comme des citoyennes égales, mais, juste après les élections, ce statut leur fut retiré à la vitesse de la lumière. En dépit de ce qui s’est passé, nous continuons à exiger la liberté, la fin des discriminations, de la violence et l’arrêt de la polygamie.

Le Mouvement Vert et celui des droits des femmes sont-ils lies? Si oui, pouvez-vous nous parler de ce lien?

Sur les problèmes les plus généraux, les deux mouvements se recoupent beaucoup. Sur les problèmes plus spécifiques, le mouvement des droits des femmes doit s’élargir et faire remonter ses demandes au somment du Mouvement Vert et même au-delà. En ce qui concerne les droits de bases, l’égalité des sexes, la démocratie et le respect de la loi, les deux mouvements sont en totale harmonie. Mais j’aimerais réaffirmer fermement que dans toute l’histoire, les mouvements politiques réformistes généraux ont prouvé que la lutte des femmes pour l’égalité a besoin de se séparer du mouvement politique généraliste pour la démocratie.
En Iran, on ne peut pas attendre d’un mouvement politique généraliste – dans ce cas, le Mouvement Vert – qu’il élimine l’inégalité et la violence contre les femmes sans l’aide d’un mouvement de femmes bien établi et indépendant. Les défendeurs des droits des femmes doivent lutter férocement pour l’égalité des sexes et lutter contre les lois à deux vitesses sur la valeur de la vie humaine, les décisions des tribunaux, les lois du divorce, la sanction légale de la polygamie, les lois concernant la citoyenneté entre autres.
Les mouvements politiques généralistes des deux siècles passés, la révolution industrielle, la révolution française, la démocratie américaine, la révolution bolchevique, la chute du régime communiste en Russie, n’ont pas vraiment œuvré à la promotion des droits des femmes. Ce n’est que bien après, quand les femmes ont bâti un combat séparé pour elles, qu’elles ont commencé à faire avancer leurs droits légaux.

Quelle est la responsabilité du mouvement vert envers l’égalité des sexes ? 
Le Mouvement Vert doit comprendre qu’aujourd’hui, les femmes sont à l’avant-garde ; elles prennent des initiatives et se sacrifient majestueusement, comme elles l’avaient déjà fait lors de la révolution islamique. Donc, le Mouvement ne devrait pas détourner les yeux des droits des femmes. La plateforme du Mouvement doit être attentive aux problèmes du droit des femmes et l’égalité des sexes doit y être incorporée. Comme Moussavi l’a dit lors d’une interview précédente, nous sommes des amis du mouvement des femmes et cette amitié est de la camaraderie.

Cependant, la réalité c’est que le Mouvement Vert est comme un parapluie pour beaucoup d’autres mouvements sociaux significatifs, par exemple le mouvement des femmes, le syndicalisme, le mouvement étudiant et le mouvement des enseignants. Les slogans généraux du Mouvement Vert sont la liberté, l’égalité, le respect de la loi et la démocratie. S’il penche trop en faveur d’un des mouvements qu’il abrite ou d’un autre le ferait paraître partial. Comme je l’ai déjà dit, le mouvement des femmes qui est soutenu par le Mouvement Vert, doit être actif et également imposer un programme indépendant du Mouvement Vert.
Dans le même temps, le Mouvement Vert devrait, dans ses déclarations et ses points de vue, reconnaître l’importance de chacun des mouvements qu’il abrite et exiger l’amélioration de l’environnement politique et insister sur un gouvernement qui répondrait aux désirs de chacun des mouvements qu’il abrite, sans apparaître partial.
Dans cette situation, quel est le rôle du gouvernement ? 
J’ai dit à de multiples reprises que ce gouvernement est illégitime. Mais, comme il a été établi comme étant officiel et qu’il se reconnaît lui-même comme officiel, il devrait faire face aux responsabilités qui lui incombent et non détruire les familles, condamner des femmes et des enfants à la misères en ne prenant pas leurs exigences en compte, en les réprimant, en proposant des lois anti-femmes du nom de la protection de la famille alors qu’elles ne satisfont que les hédonistes. S’ils prétendent être un gouvernement, ils devraient retirer immédiatement les lois anti-femmes, désigner des commissions pour restaurer les droits des femmes et s’inspirer par les idéaux du mouvement des femmes en interaction avec le législatif et le judiciaire. Mais ce gouvernement est bien incapable d’agir ainsi.

Au lendemain de la 10ème élection présidentielle, un groupe de députés et leurs supporteurs ont décidé de voter la soi-disant loi de protection de la famille et ce, alors qu’on répond à la plus petite manifestation d’étudiants, d’enseignants, d’ouvriers ou de journalistes contre la violation des droits des citoyens avec des menaces, des arrestations et des procès injustes. Pourquoi tant de hâte à faire voter une législation qui légaliserait la polygamie et serait plus rétrograde que celle votée il y a 35 ans ?

Je suis perplexe. D’un côté ils essaient de tirer avantage de la situation en avançant leur ordre du jour contre la volonté des femmes éprises de liberté de ce pays. Ils pensent que le Mouvement Vert ne fait pas attention aux problèmes des femmes et qu’ils peuvent donc profiter de l’occasion pour mettre en œuvre leurs exigences rétrogrades. Pour eux, il s’agit bien sûr d’une occasion, mais ce n’est pas la raison de leurs actions, alors, quelle en est la raison ? Ce gouvernement a un esprit rétrograde qui cherche la violence. Ils sont liés à des groupes de pression répressifs qui se sont imposés dans certaines couches de la société islamique, qui ont commis des meurtres en série, qui en ont accusé et menacé d’autres, qui ont physiquement attaqué les opposants lors de réunions publiques pour pouvoir créer une société fermée. Aujourd’hui, ces groupes sont au pouvoir et ont l’autorité d’imposer et de mettre en œuvre leurs points de vue. Mais, même s’ils y arrivent temporairement, ils perdront sur le long terme. Ils devraient savoir qu’on ne peut pas toujours présenter des points de vue rétrogrades au nom de l’Islam. L’islam est une religion progressiste qui peut interagir avec le monde moderne et les idées nouvelles et son idjtihad [1] permettent « l’innovation » dans un contexte contemporain. En fait, je pense que le parlement est soumis à la pression du gouvernement pour voter ces législations anti-femmes.

Lors d’une interview, vous avez déclaré que vous ne reconnaissiez pas le gouvernement et que vous ne feriez pas de compromis avec lui. Cette interview a été largement diffusée et est devenu le sujet du jour. Quelles raisons discernez-vous derrière une telle attention portée à vos mots ?

A ce moment là, il y avait des rumeurs prétendant que les dirigeants du Mouvement Vert négociaient, chacun de leur côté avec le gouvernement. C’était bien sûr une interprétation fausse. De telles rumeurs ont été propagées par les journaux des conservateurs de droite. Ils faisaient grand cas de rumeurs sans fondement pour briser le moral de la population. Ils glorifiaient la nouvelle selon laquelle le Mouvement Vert aurait eu peur, qu’il aurait perdu et aurait regretté les actions accomplies. En tant que membre du Mouvement Vert, aux côtés du peuple, j’ai déclaré ce qu’il pensait, je n’ai rien dit de neuf. Je n’ai fait que porter la parole du peuple qui avait refusé la retraite. C’est ce peuple qui guide les dirigeants du Mouvement Vert vers la liberté et la démocratie.

Comment voyez-vous le futur du Mouvement Vert ?

Si une nation veut changer sa destinée, elle gagnera, c’est sûr. C’est le message d’espoir du grand Coran. Si vous servez Dieu, Dieu vous aidera et affermira vos pas. C’est la promesse du tout-puissant. Si nos pas sont affermis, nous gagnerons certainement et nous pourrons jouir d’une nouvelle vie en incarnant nos pensées.

Certains sont inquiets des violences qui pourraient survenir lors des célébrations du dernier mercredi de l’année. Quelle solution préconisez-vous pour arrêter la violence ? 

Ces célébrations font partie des anciens rites nationaux des Iraniens. C’est un jour de joie, un jour où les gens sourient et enlèvent la tristesse de leurs visages. C’est l’époque où la nature s’épanouit en un printemps de fleurs colorées. Grâce aux célébrations du Norouz, le premier jour du printemps et au bon esprit qui règne en ce jour, à son don de liberté, le Mouvement Vert sera certainement heureux et fier. Le Mouvement Vert, c’est la compassion, la résistance et le calme. Nous devrions commémorer le souvenir de gens comme Néda, Sohrab et les autres martyrs. Nous ne devrions pas commettre de violence, nous devrions aimer tous les gens, qu’ils soient verts ou d’une autre couleur. Nous disons aux militaires que nous les aimons aussi. Soyez nos frères et offrez des fleurs au peuple au lieu de matraques et de balles. Si violence il y a, ce sera celle du gouvernement.

Durant les 9 derniers mois, vous avez été attaquée à plusieurs reprises. Quelquefois, les attaques étaient physiques comme celle de la « Journée de l’Etudiant » ou le jour anniversaire de la révolution. D’autres fois, ces attaques prenaient la forme de calomnies et d’accusations de la part des médias liés au gouvernement. L’un des chefs de l’opposition au Mouvement Vert est allé jusqu’à vous traiter de sioniste et de supportrice de la minorité bahaï qui aurait dissimulé ses idées au peuple. Pourquoi toute cette violence à votre encontre ?

Il savent très bien ce dont nos femmes sont capables dans leurs travaux scientifiques et d’encadrement. Ils connaissent également mon implication et ma passion pour le Mouvement Vert et le rôle que j’y joue. M’emprisonner ne leur servirait à rien pour l’instant ; ils ont donc décidé à la place de me tourmenter dans la rue et dans les médias. Quelles illusions ! Notre peuple n’a pas oublié les trente livres que j’ai écrits et qui démontrent clairement mes principes et ce en quoi je crois. Ce que je peux faire m’a été accordé par Dieu. Suivant le Coran, je leur dirais simplement de ne pas se battre les dons de Dieu, car c’est sa volonté.
Ils n’ont pas pu m’étouffer par la malédiction de leurs mensonges et leurs diffamations car le Mouvement Vert me procure l’oxygène dont j’ai besoin pour continuer vivement et allègrement.

Dans l’une des attaques dans les médias, l’opposition au Mouvement Vert avait dit que Moussavi aurait dû nommer Zahra Rahnavard chef de cabinet. Est-ce une attaque contre vous ou une louange adressée à une femme ? 

Ceux qui ont fait circuler ces rumeurs et qui sont situés politiquement à droite, n’ont jamais ressenti la joie d’être un(e) intellectuel(le) et un(e) artiste à la recherche de la liberté de sa nation. Ils sauraient autrement que s’ils nous donnaient à nous, les intellectuels, tout ce qui peut exister sous le soleil, y compris le pouvoir, nous leur renverrions promptement, car il nous suffit pour être heureux (ses) de travailler avec notre esprit, notre art et d’enseigner à des étudiants merveilleux. J’ai néanmoins décidé de militer pendant la campagne électorale pour soutenir notre constitution ignorée, les libertés et la démocratie, et je continuerai dans le futur. Peut-être, comme vous le soulignez, ces déclarations comiques de l’opposition au Mouvement Vert louent-elles la femme plus qu’elles ne la condamnent. Je vais juste leur dire que je ne suis qu’une femme parmi tant d’autres que compte du Mouvement Vert, toutes plus capables que moi. Qu’en ferez-vous ?

Madame Rahnavard, on vous connaît mieux en tant qu’artiste plasticienne. L’une de vos œuvres les plus célèbres est la « Sculpture de la Mère » sur la place de la Mère de Téhéran, l’une des sculptures les plus célèbres des 2 premières décennies de la république islamique. Certains de vos opposants ont placé des cordes autour du cou de la sculpture. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Les artistes ressentent leurs œuvres comme aussi proches d’eux que leur propre corps. Cela vient du cœur L’artiste met tout son amour dans son art qui raconte toutes les histoires qu’il/elle a tues, toutes ses larmes, ses secrets, ses aspirations et ses rêves. Mais quand les forces extrémistes ôtent la vie des gens uniquement parce qu’ils cherchent la liberté, que ce soit en les exécutant, en les battant brutalement ou par d’autres moyens, à quoi peut-on s’attendre de leur part pour une statue de bronze ? Comment comprendraient-ils ce que cette statue représente ? Comment comprendraient-ils la maternité et l’art ? Vous avez vu la réaction formidable du peuple qui a dit que s’ils abattaient la statue il amènerait Rahnavard en personne et la poserait sur le socle. Je suis inquiète pour tout mon art. Les peintures et les sculptures peuvent être facilement sujettes à un tel vandalisme. J’espère que Dieu nous sauvera des leurs inventions.

Qu’est-ce qui a dérangé le Mouvement Vert récemment et quels sont vos espoirs pour le futur ?

La révolution islamique, en dépit de sa grandeur et de sa gloire, a été un projet qui n’a pas été amené à son terme ; ses buts et ses idéaux auraient dû être menés à bien par la république islamique, mais cela ne s’est pas fait. C’est pourquoi le Mouvement Vert s’occupe de problèmes comme la liberté, la démocratie, le droit des femmes et le respect de la loi.
Pour répondre à votre question sur les malheurs du Mouvement Vert, ne me demandez pas la liste des doléances et des souffrances que le mouvement a supporté, il faudrait des océans d’encre pour tout écrire. Je ne veux pas faire de comparaisons mais, emprisonner les intellectuels, couper les mains, construire des minarets de têtes et des tas de corps, tout ceci c’est du déjà vu dans l’histoire des dictatures. J’espère que ceux qui nous gouvernent actuellement apprendront de ces exemples remarquables et épargneront à notre république aimée un sort si abominable et amer.
Donc, que devraient-ils faire ? Qu’attendons-nous ? Comment nous satisfaire ? Ce qui est important, c’est de faire ce qu’il faut, pas qui le fait. Nous attendons donc du régime la liberté pour la presse et les médias, les journalistes, les femmes, les hommes, les jeunes et les vieux. Nous voulons qu’ils offrent des fleurs aux militaires qui, à leur tour les offriront au peuple pour faire pardonner leurs actes. Nous voulons qu’ils libèrent les prisonniers pour que, au lieu de détenir des amoureux de la liberté, les prisons soient plantées de fleurs, soient transformées en jardins. On les transformeraient en centres culturels, en laboratoires de recherche scientifique, tous les efforts possibles doivent être faits pour développer nos industries et l’agriculture pour que notre jeunesse ait moins de problème d’emploi, de mariage et d’éducation. Au niveau international, nous voulons une politique bien pensée et amicale, alignée sur nos intérêts nationaux. Nous voulons que l’on accède aux exigences des femmes, des ouvriers, des enseignants et des artistes. Tout ceci et bien plus encore peut être atteint par une saine administration. Parmi tous ces mouvements, le Mouvement Vert a une sympathie particulière pour le mouvement des femmes. Le Mouvement Vert exige la libération de tous les prisonniers, particulièrement des femmes dont les époux, les mères et les enfants attendent impatiemment la libération rapide ces jours-ci [2]

[1] Un terme technique de la loi islamique décrivant le processus d’élaboration d’une décision légale par une interprétation indépendante des sources légales
[2] Proches de Norouz – le nouvel an iranien

Les femmes, victimes de la révolution iranienne - Mehrangiz Kar

Article de Mehrangiz Kar 
5 mars 2010

samedi 27 février 2010

A la gloire des femmes iraniennes

Le 8 Mars (journée internationale de la femme), le mouvement vert célébrera le courage et la détermination des femmes iraniennes. Nous sommes fiers de nos mères et de nos sœurs. Ce sont elles qui changent la société en profondeur et qui rendent tout retour en arrière impossible.



Lire aussi:

Appel pour la liberté et l’égalité des sexes en Iran

mercredi 24 février 2010

Shadi SADR: "la violence n'appartient pas à notre culture"

Shadi SADR, avocate, journaliste, militante des droits de l’Homme et activiste politique dont le courage lui a valu d'être emprisonnée il y a quelques mois a eu un entretien avec Voice of America (VOA) après la réunion de l’ONU à Genève au sujet des droits de l'Homme en Iran, le lundi 15 février 2010. La traduction de cet entretien en Français ci-dessous a été réalisée par Ghazamfar. La traduction en anglais est disponible ici.

Shadi SADR, fait preuve d'un courage exceptionnel. Elle a été sur tous les fronts malgré les menaces, malgré son emprisonnement. Le 5 Mars 2010, elle interviendra lors d'un colloque à Francfort à quelques jours de la journée internationale des femmes (8 Mars). Elle symbolise à elle seule le combat des femmes iraniennes, leur détermination et leur contribution décisive au mouvement vert.
 

Traduction de la vidéo

Journaliste: Une conférence de presse a eu lieu suite à la réunion sur les droits humains à Genève. Shadi Sadr, avocate et militante féministe en était l’une des participantes. Comment la république islamique pourra-t-elle se défendre face au rapport qu’elle a publié alors que les militants des droits humains se sont rassemblés et que de nombreux meurtres et arrestations de militants des droits civils et politiques ont eu lieu ?

Shadi Sadr: La plus grande partie du rapport publié par la république islamique décrit notre constitution et nos lois pour montrer à la communauté internationale que nous avons des lois en Iran. Il est vrai que ces lois existent et qu’elles pourraient améliorer la situation des droits humains en Iran jusqu’à un certain point, mais à condition d’être respectées. La principale question c’est la mise en application de la loi et la règle de la loi en Iran. De ce point de vue, le rapport du gouvernement se tait ou présente des informations erronées.

Le problème ne se limite pas à la situation des prisonniers politiques ou des violations des droits humains après les élections. Par exemple, le problème de la « loi sur la famille » en Iran. Ce qui m’intéresse, c’est qu’après avoir combattu la loi pendant trois ans et montré sa nature « misogyne » ; il rend légitime la polygamie et encourage les « mariages temporaires » ; le gouvernement iranien a indiqué dans son rapport que la « loi sur la famille » fait partie des lois en cours de ratification par le congrès pour améliorer la situation des femmes en Iran. Pour les représentants des autres pays qui ne connaissent pas cette loi, il suffit de penser qu’il y a une loi en cours de ratification qui soutient les femmes et les familles. C’est parce qu’il ne connaissent pas réellement le contenu de notre législation. Nous nous efforçons ici d’expliquer plusieurs points comme celui que je viens de citer et de montrer que le contenu de ce rapport n’est pas véridique.

Un autre point que le rapport du gouvernement iranien met bien en avant : les organisations internationales de droits humains mettraient la pression sur l’Iran en tentant de lui imposer les valeurs et les normes occidentales, donc les organisations internationales de droits humains sont contre notre culture. Finalement, ils prétendent que les organisations internationales de droits humains sont contre l’islam et que c’est la raison pour laquelle ils ne peuvent accepter beaucoup de leurs lois. Je pense que la question qui mériterait d’être posée c’est la polygamie est-elle acceptable dans la culture iranienne. Et aussi, dans quelle partie de la culture iranienne est-il permis de battre des manifestants pacifiques qui cherchent simplement leurs votes et s’opposent aux décisions prises par des politiciens ? Il n’y a pas de violence dans notre culture. Une violence d’une telle ampleur dans la rue est absolument contraire à notre culture.

Justifier les violations des droits humains en utilisant la culture iranienne comme excuse n’aide pas la cause ; cela abîme l’image des Iraniens aux yeux de la communauté internationale. La communauté internationale est face à un gouvernement qui admet l’exécution et la lapidation, encourage la polygamie, bat les protestants et torture et tue les prisonniers. Ils font tout ça et l’attribue à la culture iranienne. Vous voyez ce que cela veut dire ?

Journaliste: Critiquez-vous la façon dont les rapports sont rédigés à cette importante réunion de l’ONU? Les décisions et les déclarations émanant de la convention de l’ONU sur les droits humains sont très importantes. Y a t il des points que vous aimeriez évoquer sur la conduite de la convention ?

Shadi Sadr: Voyez-vous, le processus d’examen des violations des droits de l’homme dans les pays est nouveau. A cause de toutes les restrictions mises par le gouvernement iranien sur les militants civiques ou politiques en Iran, nous en savons très peu sur les mécanismes et les processus de la commission des droits humains de l’ONU. C’est ce qui a rendu nos espoirs complètement utopiques parfois. Ici, il nous faut être réalistes et comprendre que ce sont les gouvernements qui jouent les rôles principaux dans ce mécanisme. Nous, les militants des droits civiques et humains, ne sommes pas les décideurs ici, nous ne pouvons qu’influencer le résultat. Les processus sont très complexes et bureaucratiques. Des milliers d’intérêts politiques sont en jeu. Même ceux qui prétendent être très impliqués par les violations des droits humains en Iran peuvent même éviter de s’exprimer à cause d’accords politiques ou économiques conclus secrètement.

Je pense que quelques points sont importants dans ce processus complexe. D’abord, nous ne devons pas en attendre trop. C’est un processus. Ce qui se passera lundi ne sera qu’un début. Lundi, ce n’est que l’ouverture du dossier. Nous aurons largement le temps dans les mois à venir, surtout en mars pour influer sur ce processus; c’est à cette époque que les décisions finales seront prises. Il est aussi important que nous exigions des normes internationales et de clarifier ce que essayons d’atteindre de ce processus. L’ONU et la commission des droits humains ne vont pas répondre à tous nos vœux. Nous devons seulement influencer le processus.

Il est aussi très important que tous les militants des droits civiques participent à ce processus parce que le gouvernement iranien a annoncé dans son rapport que le rapport national iranien avait été écrit en coopération avec des groupes de droits civiques, mais aucun n’est nommé dans son rapport. Il y a 30 organisations représentant l’Iran qui prétendent être des ONG de défense des droits civiques. Alors que la plupart des militants des droits civiques sont soit en prison, tués ou ont fui le pays, il faut trouver qui sont ces 30 groupes de droits civiques. Qui sont ces personnes représentant les droits civiques en Iran ?
Je pense également que, pour affecter le processus, les manifestations devant l’ONU doivent être de grande ampleur.


Autre texte de Shadi Sadr disponible sur ce blog: 

L'Ayatollah Montazeri: du pardon à l'éradication de la violence

ps: si vous avez accès à d'autres traductions des textes de Shadi Sadr en Français, veuillez nous les transmettre pour publication sur ce blog.