dimanche 18 mai 2014

Influence de l’OMPI sur la politique de l’Union Européenne – Eldar Mamedov

Signe de la renaissance des liens entre l’Union Européenne (UE) et l’Iran, Edgars Rinkevics, ministre letton des affaires étrangères, s’est rendu à Téhéran le 24 avril. Cette visite est importante car la Lettonie occupera la présidence tournante de l’UE pendant le premier semestre 2014. On a discuté de la coopération régionale entre l’UE et l’Iran, l’Asie centrale et l’Afghanistan lors de la visite indiquant le désir de l’UE de regarder au-delà du programme nucléaire iranien. Cette visite marque une nouvelle étape dans la reconnexion entre l’occident et l’Iran après le voyage en Iran de ministres des affaires étrangères et de délégations parlementaires de plusieurs pays de l’UE dont l’Autriche, la Suède, l’Italie et le Royaume-Uni.

Mais ces avancées ne font pas plaisir à tout le monde. Le Conseil National de la Résistance d’Iran (CNRI), vitrine d’une organisation iranienne dissidente exilée, l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI), classée comme terroriste par l’UE jusqu’en 2009 et par les Etats-Unis jusqu’en 2012, a dénoncé le voyage effectué le mois dernier à Téhéran par le ministre des affaires étrangères Sebastian Kurz. Cette dénonciation a eu lieu deux semaines après que les soi-disant Amis de l’Iran Libre (AIL), réseau informel de députés européens alliés du CNRI, aient organisé une conférence appelant à un changement de régime en Iran et faisant du CNRI-OMPI une alternative démocratique.

C’est le message dont le CNRI et ses associés comme AIL font la promotion depuis des années dans les pays européens où l’OMPI a eu beaucoup plus de temps pour faire du lobbying qu’aux Etats-Unis. La notion d’hostilité irréconciliable entre l’occident et l’Iran était relativement facile à promouvoir sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013) mais l’élection du modéré Hassan Rouhani et les progrès significatifs dans les négociations sur le programme nucléaire avec Téhéran mettent toute l’histoire en questions. Donc l’OMPI, qui déteste la notion de rapprochement entre l’Iran et l’Occident, a changé de tactique et a choisi les droits humains pour affronter le régime iranien.

La nouvelle stratégie de l’OMPI est de se servir de l’inacceptable augmentation des exécutions et des incidents comme l’attaque brutale contre les détenus de l’infâme prison Evine de Téhéran comme preuves que les promesses de campagne de Rouhani, réforme et modération, ne sont que du bluff et que la seule façon de changer l’Iran est un changement de régime. Mais les députés européens répétant le mantra de l’OMPI « Rouhani le bourreau »oublient de reconnaître que les peines de mort sont de la compétence de la justice iranienne et pas de son président. Ils rejettent aussi le fait qu’en Iran la politique est importante. La justice est dominée par les durs qui utilisent les exécutions pour saboter l’agenda de libéralisation de Rouhani. Rouhani a prudemment refoulé les plans des conservateurs en matière de politique intérieure, ce qui confirme ses aptitudes de réformateur, mais, en raison des contraintes au-milieu desquelles il est forcé d’agir, l’ordre des étapes est fondamental : il doit d’abord résoudre le problème nucléaire et obtenir le retrait des sanctions, ce qui lui donnera plus d’espace politique pour s’attaquer aux problèmes sociaux et des droits humains.

La bonne nouvelle c’est que les efforts de lobbying de l’OMPI pour contrer la diplomatie iranienne ont peu de chances d’aboutir. Malgré les sommes faramineuses dépensées par l’OMPI pour se faire approuver des élites politiques, l’importance du groupe dans l’UE se limite à une partie du parlement européen. Les décisionnaires en matière d’affaires étrangères de l’UE, le Conseil de l’UE et le Service d’Action Extérieur, ne considèrent pas l’OMPI comme une alternative sérieuse au gouvernement actuel de Téhéran puisqu’elle ne jouit virtuellement d’aucun support dans la population iranienne. La ligne dominante de l’UE favorise clairement la diplomatie avec l’Iran, ce qui, nous l’espérons, conduira à un accord sur le programme nucléaire controversé de Téhéran. Plus les chances de succès augmentent pour la diplomatie, plus l’OMPI perdra de son importance.

Il ne faudrait cependant pas complètement négliger la capacité de l’OMPI à pourrir le climat des relations Europe-Iran. Les institutions comme le Parlement Européen sont par nature ouverts au lobbying de différents groupes et l’OMPI s’est montrée très capable de recruter des supporters. Dans la droite conservatrice, l’OMPI est vue comme défenseur loyal des valeurs d’Israël et de l’occident contre les soi-disant « mollahs fous » iraniens ; dans la gauche progressiste, l’OMPI est vue comme une victime de l’invasion américaine de l’Irak qui a besoin de protection (l’OMPI a créé sa base, Camp Ashraf, en Irak suite à son exil d’Iran).

Le lobbying coûteux de l’OMPI et ses efforts de défense ont aussi fait croire que le groupe défendrait les droits humains et surtout les droits de femmes face au « régime médiéval et barbare des mollahs ». La présence importante des femmes, dont la dirigeante Maryam Radjavi, sert aussi de preuve de son engagement pour l’égalité des sexes et la laïcité. Peu importe que les membres du camp Ashraf, sauf bien sûr Madame Radjavi, soient invariablement habillées en uniforme quasiment militaires et coiffées de foulards, et peu importe les violations prouvées des droits humains de ses membres par l’OMPI.

Au niveau opérationnel, l’OMPI est extrêmement obstinée et agressive. Les lobbyistes de l’OMPI sont constamment présents dans les cafeterias des bâtiments du parlement européen de Bruxelles et de Strasbourg ou devant la salle des réunions plénières de Strasbourg. Il y a des endroits stratégiques pour bombarder les députés européens et leurs assistants de demandes de soutien pour l’OMPI. Mais quelquefois, ils en font trop. Une députée m’a raconté qu’elle avait été obligée de hurler contre un militant de l’OMPI jusqu’à ce qu’il descende de l’ascenseur qu’elle utilisait pour se rendre à son bureau. Même les bureaux des députés sont leur cible : les lobbyistes de l’OMPI n’ont aucun scrupule à y entrer sans y être invités et à distribuer des tracts contre la prétendue « tyrannie islamo-fasciste » de Téhéran.

Il y a une autre menace contre l’OMPI au parlement européen. En mai 2011, plusieurs députés européens venant de tous les horizons politiques, ont envoyé une lettre ouverte à leurs collègues pour les mettre en garde contre la légitimation de l’OMPI et de son programme destructeur, dont certains poids lourds comme le puissant président allemand du comité des affaires étrangères, le chrétien-démocrate Elmar Brok, le dirigeant des sociaux-démocrates, le politicien autrichien Hannes Swoboda, la présidente du partie des libéraux-démocrates européens Annemie Neyts et beaucoup d’autres. La dernière résolution du parlement européen sur l’Iran ne fait pas mention de l’OMPI ou de ses demandes. Et la délégation pour les relations avec l’Iran, qui donne la parole à divers groupes d’opposition, n’a pas offert de plateforme à l’OMPI.

Il faut néanmoins faire plus pour contrer la propagande de l’OMPI qui peut entraver les efforts diplomatiques en direction de l’Iran qui peuvent, sans doute, permettre au gouvernement de réformer de l’intérieur. Les individus et les organisations de la diaspora iranienne, dont la plus grande majorité n’est pas favorable à l’OMPI, pourraient penser qu’affronter l’OMPI lui donnerait une importance injustifiée, mais la réalité est que, l’OMPI étant le seul groupe d’opposition organisé et constamment présent, elle réussit à se faire entendre. La seule façon d’empêcher les députés européens qui désirent sincèrement un changement démocratique en Iran mais manquent d’informations sur la politique iranienne ou l’OMPI de tomber dans le piège de l’OMPI est de leur fournir d’autres sources d’information.

Téhéran doit aussi jouer son rôle. Les chefs de l’OMPI et le gouvernement iranien ne se réconcilieront jamais, le gouvernement islamique a exécuté en masse des membres de l’OMPI suite aux actes terroristes de l’OMPI contre les officiels iraniens qui ont aussi tué des civils et l’OMPI s’est rangée aux côtés du régime de Saddam Hossein durant la brutale guerre Iran-Irak, mais l’organisation ne menace pas le gouvernement iranien actuellement de façon tangible. Se plaindre du groupe auprès de dignitaires étrangers donne de l’Iran une image faible et préoccupée de problèmes secondaires. Par exemple, les liens du parlement européen avec l’OMPI ont été évoqués à chaque réunion de la délégation du parlement européen durant sa visite en Iran en décembre 2013 alors que les membres de cette délégation n’ont jamais soutenu l’OMPI. Dénoncer l’OMPI auprès de ce groupe s’apparente à prêcher des convertis.

Finalement, un accord réussi sur le nucléaire retirera toute importance à l’OMPI et l’UE a un rôle important à jouer dans ce processus. Cet accord devra aussi faire place à des améliorations tangibles à l’intérieur de l’Iran. Jusqu’à présent l’OMPI n’a pas représenté de défi crédible à ce processus mais il ne faut pas lui donner l’occasion de parasiter les soucis légitimes de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien et sur ses politiques des droits humains et civiques.



samedi 17 mai 2014

Pourquoi le Canada fait fausse route sur l’Iran – Saeed Kamali Dehghan – 15 mai 2014

Depuis que le Canada a rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran, Ottawa a durci le ton sur l’Iran, adoptant une approche similaire à celle d’Israël.

Alors que l’occident a saisi l’occasion de s’engager avec le président modéré Hassan Rouhani, le Canada semble prendre la direction opposée, ignorant non seulement les appels au dialogue de la communauté internationale mais aussi celles des dissidents iraniens qu’Ottawa prétend défendre. Au contraire, le Canada s’aligne avec les radicaux, des groupes d’exilés rusés et la droite israélienne, s’éloignant des réalités du terrain.

En 2012, le ministre des affaires étrangères du Canada, John Baird a décrit l’Iran comme « la plus importante menace à la paix et à la sécurité globales dans le monde d’aujourd’hui » quand il a annoncé sa décision unilatérale de fermer l’ambassade de son pays à Téhéran et d’expulser les diplomates iraniens du sol canadien.

En un an, alors que Rouhani se rendait à New-York pour réorganiser les relations de l’Iran avec l’occident, soutenu par un large mouvement populaire en Iran, Baird a averti : «  des mots gentils, un sourire et une offensive de charme ne remplacent pas des actes. »

Plus tard, alors que l’Iran et six puissances mondiales dont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, sont parvenus à un accord historique sur le nucléaire à Genève, tentant ainsi de désamorcer les menaces d’une autre guerre au Moyen-Orient, le Canada a fait preuve d’un grand scepticisme.

La grande excuse du Canada, ce sont les droits humains. Bien sûr, l’effarante situation des droits humains en Iran, dont le nombre élevé d’exécutions et d’arrestations arbitraires de militants politiques reste un grand problème.

Mais la politique d’Ottawa qui tend à isoler Téhéran, alors que Rouhani est en but aux pressions des va-t-en-guerre de l’intérieur et des intégristes, dessert le futur de la paix dans le monde ainsi que le bien-être des Iraniens eux-mêmes. En refusant de s’engager avec l’Iran, le Canada tourne aussi le dos aux appels répétés des personnalités iraniennes de l’opposition à exploiter l’occasion unique qui se présente suite à l’élection de Rouhani.

La manifestation sur les droits humains en Iran au parlement canadien concrétise ce qui ne va pas dans l’approche d’Ottawa. L’un des orateurs clé du programme étudiant les violations des droits humains en Iran était Maryam Radjavi, chef du groupe radical exilé de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran, sur la liste des organisations terroristes jusqu’à récemment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni [NDT : et de l’Union Européenne]. L’OMPI, décrite par de nombreux observateurs comme un groupe proche d’une secte, a été condamnée à de nombreuses reprises par les Nations-Unies pour avoir maltraité ses propres membres.

La venue de l’OMPI dans ce programme aurait causé le retrait du rapporteur spécial de l’ONU pour les droits humains en Iran, Ahmed Shaheed a rapporté Ali Gharib de la Nation. Bien que largement critiqué par les autorités iraniennes, Shaheed a produit des rapports étendus sur les violations des droits en Iran, dont les mauvais traitements infligés aux prisonniers, dont certains sont emprisonnés en Iran à cause de leurs liens avec l’OMPI.

« Si l’on veut améliorer les droits humains en Iran, il ne faut pas inviter le chef de l’OMPI, un groupe accusé de violations graves des droits humains à la tribune » a twitté Golnaz Esfandiari qui tient un blog sur l’Iran. L’OMPI reste très impopulaire en Iran à cause de son soutien à l’ancien chef irakien Saddam Hussein pendant les huit années de guerre entre l’Iran et l’Irak. L’OMPI a combattu contre ses compatriotes à cette époque.

Plus tôt ce mois-ci, Eldar Mamedov a détaillé sur Lobelog comment l’OMPI utilise les droits humains comme un casus belli pour embrouiller les complexités de la politique intérieure de l’Iran vue de l'étranger et enrayer le processus de rapprochement entre l’Iran et l’occident. Il semble que le Canada reproduise l’erreur commise par les Etats-Unis et certains pays européens il y a des décennies : se fier à des groupes radicaux comme l’OMPI ou à quelques monarchistes iraniens pour rester au courant de la complexité de l’Iran d’aujourd’hui.

De plus, le Canada admoneste souvent l’Iran sous le prétexte de défendre les militants des droits humains et des personnalités de l’opposition emprisonnés en Iran. Mais ces mêmes personnes, dont 50 prisonniers politiques de premier plan, ont contacté Barack Obama pour lui demander de mettre fin aux sanctions économiques « paralysantes » qui frappent les Iraniens ordinaires et de s’emparer de « la dernière chance » de dialogue avec Téhéran sous le mandat de Rouhani, le Canada semble se boucher les oreilles.

Il ferait mieux d’écouter des voix plus raisonnables, comme celle de son ancien ambassadeur à Téhéran John Mundy qui a déclaré qu’Ottawa commettait une erreur en rompant ses liens diplomatiques.

Soyons clairs : personne ne nie les violations grossières des droits humains en Iran ou les défis à relever pour atteindre un accord permanent sur le nucléaire avec la république islamique. Mais les droits humains ne pourront s’améliorer que par le dialogue. C’est pourquoi la visite récente en Iran de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, qui y a rencontré plusieurs féministes de premier plan, a eu plus d’effets que les nombreuses déclarations sur les droits humains du Canada.

Les relations du Canada avec l’Iran sont glaciales depuis la révolution islamique de 1979. Elles se sont encore tendues en 2003 quand la photographe Irano-Canadienne Zahra Kazemi est morte d’une fracture du crâne sous la torture en prison en Iran. Mais si Ottawa s’inquiète vraiment du bien-être des Iraniens, dont ceux qui sont persécutés dans le pays, elle devrait réviser sa politique iranienne. Mais pour l’instant, le Canada ne fait que se tromper sur l’Iran.

Source : http://www.theguardian.com/world/iran-blog/2014/may/15/canada-getting-it-wrong-on-iran?CMP=twt_gu

Lettre du Syndicat Libre des Travailleurs Iraniens à l’Organisation Internationale du Travail – 9 mai 2014


Nous voudrions vous informer que Djafar Azimzadeh, président du comité de direction du Syndicat Libre des Travailleurs Iraniens et Djamil Mohammadi, membre du comité de direction, ont été arrêtés tôt le 30 avril lors de l’attaque de leurs domiciles, leurs effets personnels, ordinateurs portables, disques durs et téléphones portables ont été confisqués. Au même moment, la résidence de Parvine Mohammadi, vice-présidente du comité du syndicat, a été attaquée, tous ses effets personnels ont été confisqués, sa porte fracturée ; comme elle était absente, elle n’a pas été arrêtée. Quand les coordinateurs de la pétition des 40.000 travailleurs se sont rassemblés devant le ministère du travail le 1er mai pour manifester contre la fixation du montant des salaires pour la nouvelle année et demander une révision basée sur l’article 41 du code du travail, les forces de sécurité et du renseignement les ont attaqué et ont arrêté Parvine Mohammadi, Shahpour Ehsani-Rad, membres du comité de direction du Syndicat Libre des Travailleurs Iraniens avec plusieurs autres travailleurs. Tous ont été libérés sauf Djafar Azimzadh et Djamil Mohammadi qui sont à la prison d’Evine. Les autorités de la prison ont déclaré aux membres de leurs familles et aux autres membres du syndicat qu’ils devaient pour l’instant, rester en détention.

L’attaque des agents du renseignement contre les travailleurs a lieu un mois avant la session annuelle de l’organisation internationale du travail ; des représentants du gouvernement de la république islamique d’Iran y assisteront et, la semaine prochaine, des représentants de l’organisation internationale du travail vont se rendre en Iran pour enquêter sur la situation des travailleurs en Iran. Chaque fois que le gouvernement iranien envoie des représentants de l’organisation gouvernementale, la maison du travail, aux réunions de l’organisation internationale du travail, ils rapportent faussement notre situation déplorable et en montrent un visage différent. Le gouvernement réprime les travailleurs et, au lieu de répondre à ceux qui demandent une augmentation des salaires et que le gouvernement respecte l’article 41 du code du travail, il les arrête et les harcèle.

Monsieur Rouhani, le président, a déclaré le 1er mai : « La formation d’organisations civiques, populaires et d’organisations spécifiques aux travailleurs devrait être libre et normale. Les travailleurs devraient pouvoir transmettre leurs problèmes clairement et facilement aux autorités et au ministère du travail à travers leurs organisations et associations libres. » Alors pourquoi les travailleurs qui ont transmis au ministère du travail leurs problèmes sont-ils traités ainsi ? Tous ces discours ne sont-ils là que pour embrouiller la communauté internationale et l’organisation internationale du travail ?

Les travailleurs célèbrent la fête du travail dans le monde entier par des défilés dans la rue, crient leurs demandes et déclarent leurs protestations contre le manque de droits, mais, en Iran, les travailleurs sont toujours arrêtés, réprimés et attaqués.

En Iran, les travailleurs n’ont pas le droit d’avoir leurs propres organisations et les travailleurs qui, pour transmettre leurs demandes, forment des organisations de travailleurs, sont l’objet de répressions très dures ; le gouvernement iranien ne respecte en rien les droits des travailleurs ; par des rapports erronés aux instances internationales, il tente d’empêcher nos voix d’arriver jusqu’à vous.

Le Syndicat Libre des Travailleurs Iraniens a été fondé lors une assemblée générale du 20 avril 2007 par des travailleurs de différents secteurs ; il a commencé à fonctionner sous le nom d’union nationale des travailleurs en chômage et expulsés et a pris son nom définitif lors de sa deuxième assemblée générale le 20 avril 2008.

Monsieur le directeur général,

L’Iran a été l’un des premiers pays à rejoindre l’organisation internationale du travail et a signé la première convention en 1957. Mais aujourd’hui, 57 ans plus tard, la république islamique d’Iran a refusé de signer plusieurs conventions de l’OIT (138, 98, 87). Les conventions 87 et 98 ont pour sujet le droit de s’organiser, d’organiser des réunions et de mener des négociations collectives. En fait, le gouvernement iranien non seulement ne signe pas ces conventions mais encore traite tous les travailleurs qui font la moindre tentative dans ce sens cruellement et durement. Djafar Azimzadeh et Djalil Mohammadi en sont l’exemple.

Ces deux membres de notre syndicat sont en prison uniquement pour avoir voulu se rendre au ministère du travail pour réitérer les demandes des travailleurs appuyés sur une pétition de 40.000 signatures.

En vous envoyant cette lettre, le Syndicat Libre des Travailleurs Iraniens vous demande, en raison de vos responsabilités, de considérer la violation des droits des travailleurs innocents Djafar Azimzadeh et Djamil Mohammadi et de demander aux autorités iraniennes de les libérer sans condition et de mettre fin à toute action judiciaire à leur encontre.

Syndicat Libre des Travailleurs Iraniens, 4 mai 2014

Source : http://iranlaborreport.com/?p=2416

Semaine 20 pour un Iran Libre et Démocratique

Nouvelles des Prisonniers
A-Transferts
  • Arjang Davoudi refuse de comparaître au tribunal ; il est transféré à l’isolement à la section 240 d’Evine puis à celle de Bandar Abbas.
  • Mehdi Dolati-Darabad transféré à la section 7 d’Evine.
  • Hamid Manafi-Nazerlou, militant azéri, transféré d’Evine vers un lieu inconnu.
  • Amanollah Mostaghim hospitalisé.
  • Seyyed Zia  Nabavi a été transféré à la prison de Semnan.
  • Seyyed Davoud Rahimi transféré de l’hôpital à la section 240 d’Evine.
  • Hassan Tafah hospitalisé.

B-Arrestations-Incarcérations
  • Ebrahim et Hatam Daheimi, militants politiques arabes, arrêtés.
  • Setareh Davari, militante étudiante, arrêtée.
  • Elham Farahani (Naïmi), bahaïe arrêtée pour purger sa peine de 4 ans.
  • Ahmad Karimi, militant sunnite, arrêté à Saghez.
  • Seradjedin Mir-Damadi, journaliste et militant politique arrêté.
  • Adel Modjarat, militant sunnite, arrêté à Saghez.
  • Shamim Naïmi, bahaï, arrêté pour purger sa peine de 3 ans.
  • Fazel Tchoupani, enseignant kurde, arrêté à Baneh.
  • Nasser Zarei, militant sunnite, arrêté à Saghez.

C-Libérations
  • Kaveh Darolshafaï a été libéré d’Evine.
  • Hossein Farzine en libération provisoire de 3 jours.
  • Ali Kheirdjou a été libéré de la prison d’Ardebil.
  • Mohammad Mirzaï libéré de la prison de Vakilabad après 5.5 ans.
  • Behnam Sheikhi, militant azéri, en libération provisoire d’Evine.

D-Autres Nouvelles
  • Les Mères de Khavaran reçoivent le Prix Gwangju pour les Droits Humains.

Nouvelles de l’injustice en Iran
  • Mohammad Matadji, militant politique, condamné à 1.5 ans de prison.
  • Tofigh Megtaïzadeh, nouvellement converti à l’islam sunnite, condamné à un an de prison.
  • Djafar, Hamed et Heidar Sayahi, nouvellement convertis à l’islam Sunnite, condamnés à un an de prison.
  • Une femme exécutée à Rejaei Shahr samedi.
  • 2 exécutions à Zahedan samedi.
  • 11 exécutions à Ghezel Hessar dimanche.
  • 9 exécutions à la prison Karoun lundi.
  • 4 pendaisons à Oroumieh mardi.
  • Une pendaison à Semnan jeudi.

L’université – la Culture
  • Un concert attaqué par des extrémistes à Yazd.
  • L’écrivaine Marina Nemat gagne le prix des Droits Humains de Genève.

Manifestations 
  • 8 jours de manifestations pour les ouvriers du ciment de Dashtestan.

L’Iran à l’étranger 
  • Le premier ministre pakistanais rend visite à Rouhani.
  • L’Arabie Saoudite invite Zarif à se rendre à Riyadh.
  • Zarif rencontre le président autrichien.

L’économie en Iran 
  • Plus de 6.000 ouvriers de la région de Ghazvine n’ont pas été payés depuis 62 mois.

Politique en Iran
  • Le domicile d’Ebrahim Yazdi secrétaire général du Mouvement Iranien de la Liberté attaqué.
  • Le ministère de la justice rejette la commission d’enquête sur le jeudi noir à Evine.
  • Le syndicaliste d’Iran Shargh Hassan Touzanjbani licencié.
  • Une quatrième femme est nommée gouverneur, de l’île de Gheshm.
  • Certains membres du PJAK forment un nouveau parti nommé KOVAR et annoncent qu’ils sont prêts à dialoguer avec le régime islamique.

Nouvelles en vrac
  • Le commandant de la bassidj dit que les antennes satellites sur les toits empêchent les anges de rentrer dans les maisons.
  • 7 condamnés à mort épargnés par les familles des victimes à Zandjan.
  • Khorramabad fait partie des 20 villes les plus polluées du monde.

Sur le blog cette semaine


Et toujours, la liste des prisonniers politiques en Iran (en Anglais) : http://hyperactivist.info/ipr.html
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vendredi 16 mai 2014

Lettre des Yaran (membres du comité provisoire de la communauté bahaïe) à Mohammad-Djavad Laridjani

Suite aux récentes allégations de Mohammad-Javad Laridjani sur la situation des bahaïs en Iran : « Personne n’est en prison parce qu’il est bahaï ; les droits de citoyens des bahaïs sont protégés tant qu’ils ne commettent pas d’actes illégaux »

Au nom de Dieu,

A son excellence Mohammad-Djavad Laridjani, chef du département des droits humains de la justice,

Vos remarques provocantes lors de l’émission Discussion de l’Information sur la deuxième chaîne de la télévision iranienne diffusée le 17 mars, nous poussent, nous, membres de l’ancien comité provisoire de la communauté bahaïe d’Iran (Yaran) actuellement emprisonnés, à porter à votre connaissance quelques points, sans aucun plan ou intention d’exprimer des pensées dérangeantes, en évitant toute orientation ou point de vue politique, uniquement poussés par notre sens des responsabilités.

Le problème des bahaïs et les cruautés qui leur sont imposées n’ont rien de neuf. Certains médias, surtout les chaînes de télévision de la république islamique, ont systématiquement et unilatéralement attaqué ce groupe de leurs compatriotes, les soumettant à des accusations non-fondées. Et tout au long de ces années, pas un seul bahaï n’a été autorisé à répondre légalement à ces accusations injustes pour éliminer ces soupçons.

Monsieur Laridjani,

Il est encourageant de noter que vous traitez les droits humains comme d’un sujet important et que vous trouviez important de prêter attention à ses différents aspects. Mais le plus important, ce qui nous remplit de joie, c’est que, pour la première fois, vous affirmiez qu’en république islamique, on traitera les bahaïs sur la base de leurs droits de citoyens et que leur sécurité est de la responsabilité du gouvernement. Nous accueillons favorablement votre point de vue et voudrions affirmer que les bahaïs aussi espèrent que leurs droits de citoyens seront reconnus et respectés.

Il est réconfortant que vous considériez les bahaïs comme des citoyens ; cela promet des jours meilleurs orientés vers des relations avec cette communauté opprimée. Cependant, lorsque vous déclarez que « personne n’est en prison parce qu’il est bahaï » et « si les bahaïs ne commettent pas d’actes illégaux, leurs droits de citoyen seront respectés », vous sous-entendez que lorsque les bahaïs sont attaqués, c’est qu’ils ont commis des actes illégaux. Cette déclaration montre que, sur ce point, vous ignorez beaucoup de choses. Nous espérons donc, en mettant quelques faits en lumière, vous informer, vous aidant ainsi à assumer votre responsabilité essentielle de chef du département des droits humains de la justice d’une part, et témoigner de faits historiques pour éclairer la conscience de nos compatriotes impartiaux d’autre part. Malheureusement, la communauté bahaïe d’Iran a toujours été victime d’énormes violations de ses droits humains et d’accrochages graves avec les forces de sécurité et la justice à cause de l’intolérance religieuse et du refus des autres croyances. Nous espérons qu’après le changement d’attitude des autorités de votre honorable gouvernement, nous verrons le respect des droits humains de cette communauté.
  • 1-Monsieur Laridjani, plus de 220 bahaïs ont été exécutés, depuis une jeune fille de 16 ans  (  Mona Mahmoudnejad, exécutée en 1983 pour avoir enseigné aux enfants d’un orphelinat expulsés de l’école pour leur foi http://en.wikipedia.org/wiki/Mona_Mahmudnizhad) jusqu’à un vieillard de 95 ans ; d’après les documents officiels, on a dit à tous qu’ils ne seraient pas exécutés s’ils renonçaient à leur foi pour se convertir à l’islam ; leurs droits de citoyens ont-ils été respectés ? Si une personne est un criminel, sera-t-elle blanchie de son crime si elle renonce à sa foi ?
  • 2-Licenciement de dizaines de milliers de bahaïs de l’administration, l’arrêt du paiement de leurs retraites et, très souvent, interdiction pour les bahaïs de travailler dans le secteur privé : est-ce là le respect des droits humains ? Ces personnes n’avaient commis aucun crime, la raison invoquée pour leur licenciement était « adhésion à la secte bahaïe dévoyée ». A ce jour, Monsieur Laridjani, pouvez-vous nous citer un seul fonctionnaire bahaï ? La réponse est sûrement non puisqu’à ce jour, aucune administration n’a le droit d’employer un bahaï.
  • 3-La confiscation collective des biens des bahaïs de Yazd, l’interdiction pour eux de toute transaction commerciale sont-elles basées sur leurs droits de citoyens ? Monsieur Laridjani, les nourrissons à l’époque de la promulgation de ce règlement sont maintenant des adultes et ils rencontrent toujours de nombreux problèmes dans leurs transactions commerciales. Est-ce que ces nourrissons et ceux qui sont morts depuis longtemps déjà étaient tous des criminels ?
  • 4-L’expulsion de milliers d’étudiants bahaïs des universités après la révolution islamique et l’interdiction faite à des dizaines de milliers de jeunes enthousiastes d’entrer à l’université pendant ces 35 dernières années étaient-elles uniquement dues à leurs droits en tant que citoyens ? Vous ne considérez certainement pas les nombreuses notes de service aux universités pour leur ordonner de ne pas inscrire les bahaïs ou d’expulser les étudiants bahaïs comme étant en accord avec le soutien à l’éducation de la communauté bahaïe et le respect de leurs droits humains. Ces notes de service existent et ont été rédigées par un gouvernement qui, à vos yeux, respecte les droits des citoyens.
  • 5-Nous vous invitons à revoir la résolution de mars 1991 sur les bahaïs, édictée par le conseil culturel révolutionnaire suprême et promulguée par les plus hautes autorités du pays et à la comparer avec la constitution, les lois définissant les droits humains et citoyens. Cette résolution stipule clairement que :

  • Il ne faut pas inscrire les étudiants qui se disent bahaïs
  • Les bahaïs ne peuvent être employés par le gouvernement
  • Il faut les expulser des universités soit au moment de l’inscription ou durant leurs études s’ils se disent bahaïs
  • Il faut stopper leur progression sociale et économique.
  • Il convient de mentionner que lorsqu’un groupe d’étudiants bahaïs expulsés a porté plainte auprès de la cour administrative de justice en 2008, le jugement a confirmé : « Vous êtes expulsés en accord avec une résolution du conseil culturel révolutionnaire suprême. » La question est donc : comment cette résolution est-elle liée au soutien à apporter aux bahaïs et au respect de leurs droits de citoyens ? Et d’une façon impartiale, cette résolution n’explique-t-elle pas mieux le point de vue du régime et sa façon de se conduire envers les bahaïs ?
  • 6-Monsieur Laridjani, en toute conscience, nous aimerions vraiment que vous répondiez à cette question : Lorsque les bahaïs ont créé une structure permettant de poursuivre des études supérieures à leurs jeunes qui ne pouvaient y accéder, de façon virtuelle, depuis leurs domiciles, sans assistance du gouvernement, quel crime ont-ils commis ? L’éducation privée est-elle un crime d’après les lois de ce pays ? Est-il juste de condamner à de longues peines de prison ceux qui se sont sincèrement donné de leur temps pour l’éducation des jeunes ? Les actions officielles contre cette tentative n’ont-elles pas pour but de stopper tout progrès culturel de cette communauté ? Tous ces actes officiels ne reflètent-ils pas l’expression du soutien du régime au droit à l’éducation des bahaïs ?
  • 7-Monsieur Laridjani, le licenciement des salariés bahaïs des secteurs public, semi-public et même privé, la confiscation des biens privés des bahaïs dans les secteurs de l’agriculture et de l’industrie, et, d’après les documents disponibles, la pose de scellés sur des commerces bahaïs dans différentes villes, sans aucune base légale, l’éviction de nombreux villageois bahaïs, la confiscation de leurs troupeaux et de leurs terres ancestrales, ainsi que les problèmes sans nombre et sans fin auxquels les bahaïs sont confrontés pour gagner leur vie ne sont en aucune façon une réponse factuelle à un groupe qui, comme vous le dites vous-même, est sous la protection du régime. Il est bien sûr superflu d’affirmer que la protection des citoyens fait partie des devoirs inhérents à tout gouvernement. La question est : ces barrières et problèmes perpétuels ne sont-ils pas faits pour mettre en œuvre l’un des mandats du conseil culturel suprême de la révolution, à savoir empêcher le progrès économique des bahaïs ?
  • 8-Comment considérer la confiscation des biens bahaïs et de leurs lieux saints dans tout le pays ? Quel acte criminel commis par un quelconque bahaï a causé la confiscation de tous les lieux de culte et de rassemblement dans différentes villes et villages ? Vous qui pensez que les relations avec les bahaïs sont basées sur leurs droits de citoyens, vous accepterez sûrement que les bahaïs soient enterrés selon leurs désirs, suivant les rites et coutumes, dans un endroit approprié que tout gouvernement se doit de sécuriser. Cependant, même ce droit a été retiré aux bahaïs. Monsieur Laridjani, la confiscation et la profanation des cimetières bahaïs s’accordent-elles avec leurs droits de citoyens ? A votre avis, que signifie l’enlèvement des cadavres de leurs tombes ?

Monsieur Laridjani,

Ce qui précède n’est qu’un petit exemple des restrictions et des violations des droits humains que les bahaïs endurent. Bien sûr, les violations des droits humains ne se limitent pas aux bahaïs, ni aux dissidents culturels, artistiques, politiques et sociaux qui demandent des droits égaux d’après les principes explicités dans la constitution et la déclaration universelle des droits humains. Comme expliqué auparavant, il est urgent de créer des lois qui sauvegardent explicitement ces droits ; ensuite, il faut mettre en place des structures gouvernementales pour que l’application de ces lois ne dépende pas d’une interprétation tyrannique et arbitraire. Nous croyons que l’unité, l’égalité et la liberté de tous ne sont pas que des sujets civiques et légaux mais plutôt des principes spirituels dont la source est le créateur unique qui a créé toute l’humanité de la même poussière. Les structures civiques et légales, la foi dans l’unité et l’égalité et le respect des droits des autres font aussi partie des principes qui doivent émaner de la conscience et de la foi. Il conviendrait donc que les honorables autorités de la république islamique d’Iran se servent de ses capacités législatives pour renforcer la nation iranienne et permettre aux nobles peuples d’Iran, quelles que soient leurs croyances et leurs ethnies, de bénéficier de ses droits de citoyens en tant qu’Iraniens.

Les membres de l’ancien comité provisoire de la communauté bahaïe d’Iran (Yaran)

Source : http://iranpresswatch.org/post/9946/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+iranpresswatch+%28Iran+Press+Watch%3A+The+Baha%27i+Community%29

jeudi 15 mai 2014

Interviews et Rapports de la prison de Redjaï Shahr de Karadj – Massoud Bastani – 11 mai 2014



Il y a deux semaines, on a rapporté dans certains médias iraniens que les prisonniers de la section 350 de la célèbre prison d’Evine de Téhéran avaient été tabassés par les gardes et les forces spéciales durant une fouille. Les autorités ont officiellement nié la violence mais ont par la suite été contraints d’admettre les excès de la pénitentiaire. Certains prisonniers auraient été transférés à l’isolement. Mais un autre aspect de la brutalité qui s’est fait jour plus tard c’est que certains prisonniers envoyés à l’isolement ont eu la tête rasée.

A la prison de Redjaï Shahr, aussi connue sous le nom de Gohar-Dasht, à environ 40 kms de Téhéran, environ dix prisonniers se sont rasé la tête pour protester contre la violence des gardes d’Evine et en solidarité avec les prisonniers victimes. Mais des jeunes, hommes et femmes, militants politiques en dehors des prisons se sont également rasé la tête en solidarité avec les prisonniers et ont posté leurs photos sur Facebook. Ces rapports ont rallumé l’espoir que le mouvement civique en Iran soit toujours bien vivant et actif.

Parmi les dix prisonniers de Redjaï Shahr qui se sont rasé la tête : Reza Entessari, Hamid-Reza Borhani, Djafar (Shahine) Eghdami, Saïd Razavi-Faghih, Mehdi Mahmoudian, Saïd Madani, Farshid Yadollahi, Missagh Yazdannejad et Mostafa Nili.



J’ai d’abord parlé à Mehdi Mahmoudian et lui ai demandé pourquoi il s’était rasé ; il m’a répondu sans hésitation : « Ma réponse à quiconque essaie de m’humilier a toujours été de me défendre en lui ôtant l’instrument qui lui permet de m’humilier. Alors, quand la justice utilise des tactiques comme raser la tête d’un prisonnier pour l’humilier en tant que personne, il faut lui ôter cette tactique. Je suis en train de leur dire que cette action ne nous humilie pas. » Je lui ai dit : « Mais tu n’es pas à Evine. » Et il m’a répondu : « Je n’ai pas fait ça en solidarité avec Evine ; mon but principal était de retirer cet outil des mains de la justice. Je me souviens qu’en 2009, certains de ceux qui menaient les interrogatoires tentaient d’utiliser certains problèmes personnels des prisonniers pour leur mettre la pression, pour en tirer de faux aveux en mettant l’accent sur les aspects privés. Alors je les ai mis au défi, non seulement en leur présentant moi-même ces problèmes mais j’ai été jusqu’à en inventer pour qu’ils n’essaient pas de me contrôler. » Je lui ai demandé comment son épouse et sa fille réagiraient à sa tête rasée. Mehdi a levé les yeux comme pour imaginer la scène et m’a dit : « J’ai entendu dire que ma fille avait dit qu’elle était fière que j’ai montré ma solidarité avec mes amis. Je pense que je peux ainsi lui expliquer que je suis prêt à payer le prix de mes convictions. Cela lui montrera que je ne prends pas mon idéal à la légère. »



Reza Entessari est un derviche Gonabadi récemment transféré d’Evine à Redjaï Shahr récemment ; il a été condamné à huit ans de prison. « Ecoute, il faut répondre à ce qui se passe et avoir un impact. Ce que j’ai appris en tant que derviche, c’est qu’il faut toujours être solidaire des autres. Se raser la tête, pour les derviches, c’est une vieille histoire. Les derviches dirigeants se sont toujours rasés pour montrer qu’ils étaient différents. En 2009, on a emprisonné un derviche et on l’a rasé ; la réponse des autres membres de la communauté a été de se raser également. Les durs sont en colère quand ils voient une telle solidarité parmi la population. J’espère que cela va se transformer en une plus large protestation. Un moment, j’ai espéré que le ministre du renseignement ayant une vision plus large des évènements ne recourrait pas à de telles pratiques dans de petits établissements comme les prisons, mais, malheureusement, ce sont eux qui l’influencent maintenant. »

Mostafa Nili est un ancien membre du Mouvement Vert d’Iran transféré à Redjaï Shahr l’année dernière. Quand je lui ai demandé pourquoi il s’était rasé la tête, lui aussi m’a répondu très vite. « Je suis resté longtemps à la section 350 d’Evine et j’ai des sentiments forts pour les détenus qui s’y trouvent. J’ai pensé que j’aurais probablement été du nombre de ceux rasés par les gardes de la prison si je m’y étais trouvé. Il faut agir pour neutraliser cet outil utilisé par les gardes. Il y a bien sûr d’autres actions à prendre pour protester dans le monde entier ; pendant la période de l’apartheid en Afrique du Sud, ils remplissaient les prisons. Je pense que de tels actes font craindre à l’autre partie ses prochaines réactions. Quand j’ai entendu que les gens, hors de la prison se rasaient aussi la tête, cela m’a fait plaisir que l’on n’ait pas oublié les prisonniers. C’est très réconfortant. Je crois que réaliser les buts du Mouvement Verts aura un coût pour ceux qui s’y sont engagés. »

Hamid-Reza Borhani est un autre prisonnier politique. Il était en train d’écrire. Il m’avait vu poser des questions aux autres prisonniers, alors, quand je me suis approché, il m’a donné une note dans laquelle il avait écrit son point de vue : « Le mouvement n’humiliera jamais un mode de vie, même s’il ne l’approuve pas. Mais les autres, pour leur part, humilient les modes de vie qui diffèrent du leur. Les nouveaux mouvements protestataires ont réussi à ralentir les plans de répression et les actions du régime. Raser la tête d’un prisonnier est normalement une punition. Les gardes veulent humilier la personne qu’ils rasent. Se raser la tête n’est pas illégal ; alors, les membres des nouveaux mouvements civiques peuvent le faire pour montrer leur protestation et faire passer le message aux autres.”



Le prisonnier suivant que j’ai questionné est Djafar (Shahin) Eghdami. C’était une surprise pour moi car j’avais entendu dire qu’il voulait garder les cheveux longs en prison. Sur ses motivations, il m’a dit : « Ce que les fonctionnaires de la prison ont fait est un acte humiliant ; quand j’ai entendu que la mère du martyr Mostafa Karim-Beigui, tué pendant les manifestations de 2009, avait protesté en se rasant la tête, je me suis immédiatement rasé. Je pense que le mouvement de protestation sociale doit utiliser de telles tactiques qui sont peu coûteuses et offrent une grande possibilité aux autres de le rejoindre. Les militants sociaux et politiques devraient organiser de tels évènements et tenir leurs objectifs. Nous devons montrer que ce que nous demandons est éthiquement supérieur à eux, comme l’a dit la dissidente birmane Aung San Suu Kyi. Le mouvement civique iranien peut prouver, par des actions telles que celle-ci, que la résistance continue. » Quand je lui ai demandé ce que serait la réaction de sa famille en le voyant la tête rasée, il a répondu : « Je l’ai déjà fait une fois quand j’étais à la section 209 d’Evine, alors je ne m’inquiète pas, ils m’ont déjà vu comme ça avant. »



Saïd Razavi-Faghih est le dernier que j’ai interrogé sur ses raisons de se raser la tête. « La principale raison était de montrer ma solidarité avec mes amis de la section 350 qui ont été attaqués et violentés. C’est un acte symbolique de solidarité. Bien sûr, cela ne réduira pas la souffrance de ces prisonniers mais cela ne nous impose pas une grande souffrance non plus. Mais c’est un acte important de solidarité. » Sur la solidarité des personnes extérieures à la prison, il a dit que même si cet acte n’a pas de signification abstraite, il aura un effet social positif. « Je crois que beaucoup d’idéologies, religieuses ou non, ont pu survivre grâce à la solidarité de leurs membres et sympathisants. Les danses de groupe, les rituels des différentes minorités sont des exemples de ces actions unificatrices. » Quand je lui ai demandé ce qu’il aurait attendu s’il avait été parmi les prisonniers de la section 350 que l’on a rasé de force, il m’a répondu : « La moindre des choses est la solidarité. Si l’on n’en est pas capable, au moins, il ne faut pas rester indifférent parce que l’une des plus importantes caractéristiques humaines est de ressentir de la sympathie, de l’empathie avec les autres, et même avec les animaux et la nature. »

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/may/11/article/interviews-and-reports-from-inside-rajaishahr-prison-in-karaj.html?utm_content=buffera313f&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

Nasrine Sotoudeh : Je préférerais être décapitée.


Nasrine Sotoudeh, avocate défenseure des droits humains, qui a été emprisonnée trois ans pour avoir défendu des avocates, les droits des femmes et le droit des prisonniers en général, a écrit à « Liberté Furtive » sur l’appel des femmes à avoir le droit de choisir le Hidjab.

« Libertés furtives » - C’est un terme plutôt ironique pour désigner l’accroissement des activités en Iran. Comme nous le savons tous, si une action est furtive, elle ne peut être appelée LIBERTE.

Le terme « Liberté furtive » est un indicateur des pressions qui existent en Iran. Habituellement, on ne prend pas au sérieux la manière dont les femmes sont couvertes pour plusieurs raisons. Dans les médias sociaux, de telles actions n’ont rien de furtives ; quand des milliers de femmes bravent les lois du hidjab dans les médias sociaux, on ne peut plus nier les pressions qui appellent au changement.

Je vais vous raconter une anecdote du temps de mon emprisonnement. Pendant des années, les prisonnières ont été obligées de porter le tchador (une sorte de long voile, normalement noir, qui couvre entièrement le corps de la femme), même si rien de tel n’est précisé dans la loi. Je voudrais souligner que cette sorte de pression sociale, qui existe hors des murs de la prison, est exacerbée et beaucoup plus pesante à l’intérieur de la prison. Dans les prisons, les gardiens pensent qu’ils ont un pouvoir total sur les prisonniers et qu’ils peuvent leur faire faire tout ce qu’ils veulent, ce qui crée des ressentiments.

En prison, j’ai débattu avec les responsables pour leur expliquer que, d’après la loi, ils n’avaient pas le droit de nous forcer à porter le tchador. Le chef de la prison n’a néanmoins pas suivi la loi et a fini par répéter que nous devions porter le tchador. Cela a duré toute une journée, j’ai dit à mes geôliers que je ne porterai plus le tchador et que je préférai que l’on me décapite devant la porte du directeur de la prison. Je n’allais plus porter le tchador et je ne l’ai plus porté.

Il n’est pas nouveau que l’on force les prisonnières à porter le hidjab ; il n’est pas nouveau non plus qu’elles résistent à cette pression. En fait, pendant les 30 dernières années, beaucoup de femmes ont contesté cette obligation de porter le hidjab, c’est juste que ces protestations n’ont pas eu la diffusion qu’elles auraient mérité, pour beaucoup de raisons différentes, entre autres l’absence d’Internet.

Dans notre section, il y avait aussi quelques femmes plus âgées que nous et qui portaient le tchador par choix. C’était leur choix et, bien sûr, je l’ai respecté. Pendant la période où j’étais interdite de visites à cause de ce refus, ces femmes venaient me voir après leurs propres visites et m’exprimaient leur sympathie. Elles ont toujours insisté que porter le tchador étaient leur propre choix et ne dépendait pas de ce que le chef de la prison décrétait. Je leur ai à chaque fois exprimé mon respect pour leur choix.

Comme toujours, je souhaite que les gouvernements donnent plus de liberté pour que chacun puisse vivre sa vie. C’est le chemin qui mène à un plus grand respect mutuel.

Source: https://www.facebook.com/StealthyFreedom/photos/a.859102224103873.1073741828.858832800797482/867162266631202/?type=1