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jeudi 15 mai 2014

Interviews et Rapports de la prison de Redjaï Shahr de Karadj – Massoud Bastani – 11 mai 2014



Il y a deux semaines, on a rapporté dans certains médias iraniens que les prisonniers de la section 350 de la célèbre prison d’Evine de Téhéran avaient été tabassés par les gardes et les forces spéciales durant une fouille. Les autorités ont officiellement nié la violence mais ont par la suite été contraints d’admettre les excès de la pénitentiaire. Certains prisonniers auraient été transférés à l’isolement. Mais un autre aspect de la brutalité qui s’est fait jour plus tard c’est que certains prisonniers envoyés à l’isolement ont eu la tête rasée.

A la prison de Redjaï Shahr, aussi connue sous le nom de Gohar-Dasht, à environ 40 kms de Téhéran, environ dix prisonniers se sont rasé la tête pour protester contre la violence des gardes d’Evine et en solidarité avec les prisonniers victimes. Mais des jeunes, hommes et femmes, militants politiques en dehors des prisons se sont également rasé la tête en solidarité avec les prisonniers et ont posté leurs photos sur Facebook. Ces rapports ont rallumé l’espoir que le mouvement civique en Iran soit toujours bien vivant et actif.

Parmi les dix prisonniers de Redjaï Shahr qui se sont rasé la tête : Reza Entessari, Hamid-Reza Borhani, Djafar (Shahine) Eghdami, Saïd Razavi-Faghih, Mehdi Mahmoudian, Saïd Madani, Farshid Yadollahi, Missagh Yazdannejad et Mostafa Nili.



J’ai d’abord parlé à Mehdi Mahmoudian et lui ai demandé pourquoi il s’était rasé ; il m’a répondu sans hésitation : « Ma réponse à quiconque essaie de m’humilier a toujours été de me défendre en lui ôtant l’instrument qui lui permet de m’humilier. Alors, quand la justice utilise des tactiques comme raser la tête d’un prisonnier pour l’humilier en tant que personne, il faut lui ôter cette tactique. Je suis en train de leur dire que cette action ne nous humilie pas. » Je lui ai dit : « Mais tu n’es pas à Evine. » Et il m’a répondu : « Je n’ai pas fait ça en solidarité avec Evine ; mon but principal était de retirer cet outil des mains de la justice. Je me souviens qu’en 2009, certains de ceux qui menaient les interrogatoires tentaient d’utiliser certains problèmes personnels des prisonniers pour leur mettre la pression, pour en tirer de faux aveux en mettant l’accent sur les aspects privés. Alors je les ai mis au défi, non seulement en leur présentant moi-même ces problèmes mais j’ai été jusqu’à en inventer pour qu’ils n’essaient pas de me contrôler. » Je lui ai demandé comment son épouse et sa fille réagiraient à sa tête rasée. Mehdi a levé les yeux comme pour imaginer la scène et m’a dit : « J’ai entendu dire que ma fille avait dit qu’elle était fière que j’ai montré ma solidarité avec mes amis. Je pense que je peux ainsi lui expliquer que je suis prêt à payer le prix de mes convictions. Cela lui montrera que je ne prends pas mon idéal à la légère. »



Reza Entessari est un derviche Gonabadi récemment transféré d’Evine à Redjaï Shahr récemment ; il a été condamné à huit ans de prison. « Ecoute, il faut répondre à ce qui se passe et avoir un impact. Ce que j’ai appris en tant que derviche, c’est qu’il faut toujours être solidaire des autres. Se raser la tête, pour les derviches, c’est une vieille histoire. Les derviches dirigeants se sont toujours rasés pour montrer qu’ils étaient différents. En 2009, on a emprisonné un derviche et on l’a rasé ; la réponse des autres membres de la communauté a été de se raser également. Les durs sont en colère quand ils voient une telle solidarité parmi la population. J’espère que cela va se transformer en une plus large protestation. Un moment, j’ai espéré que le ministre du renseignement ayant une vision plus large des évènements ne recourrait pas à de telles pratiques dans de petits établissements comme les prisons, mais, malheureusement, ce sont eux qui l’influencent maintenant. »

Mostafa Nili est un ancien membre du Mouvement Vert d’Iran transféré à Redjaï Shahr l’année dernière. Quand je lui ai demandé pourquoi il s’était rasé la tête, lui aussi m’a répondu très vite. « Je suis resté longtemps à la section 350 d’Evine et j’ai des sentiments forts pour les détenus qui s’y trouvent. J’ai pensé que j’aurais probablement été du nombre de ceux rasés par les gardes de la prison si je m’y étais trouvé. Il faut agir pour neutraliser cet outil utilisé par les gardes. Il y a bien sûr d’autres actions à prendre pour protester dans le monde entier ; pendant la période de l’apartheid en Afrique du Sud, ils remplissaient les prisons. Je pense que de tels actes font craindre à l’autre partie ses prochaines réactions. Quand j’ai entendu que les gens, hors de la prison se rasaient aussi la tête, cela m’a fait plaisir que l’on n’ait pas oublié les prisonniers. C’est très réconfortant. Je crois que réaliser les buts du Mouvement Verts aura un coût pour ceux qui s’y sont engagés. »

Hamid-Reza Borhani est un autre prisonnier politique. Il était en train d’écrire. Il m’avait vu poser des questions aux autres prisonniers, alors, quand je me suis approché, il m’a donné une note dans laquelle il avait écrit son point de vue : « Le mouvement n’humiliera jamais un mode de vie, même s’il ne l’approuve pas. Mais les autres, pour leur part, humilient les modes de vie qui diffèrent du leur. Les nouveaux mouvements protestataires ont réussi à ralentir les plans de répression et les actions du régime. Raser la tête d’un prisonnier est normalement une punition. Les gardes veulent humilier la personne qu’ils rasent. Se raser la tête n’est pas illégal ; alors, les membres des nouveaux mouvements civiques peuvent le faire pour montrer leur protestation et faire passer le message aux autres.”



Le prisonnier suivant que j’ai questionné est Djafar (Shahin) Eghdami. C’était une surprise pour moi car j’avais entendu dire qu’il voulait garder les cheveux longs en prison. Sur ses motivations, il m’a dit : « Ce que les fonctionnaires de la prison ont fait est un acte humiliant ; quand j’ai entendu que la mère du martyr Mostafa Karim-Beigui, tué pendant les manifestations de 2009, avait protesté en se rasant la tête, je me suis immédiatement rasé. Je pense que le mouvement de protestation sociale doit utiliser de telles tactiques qui sont peu coûteuses et offrent une grande possibilité aux autres de le rejoindre. Les militants sociaux et politiques devraient organiser de tels évènements et tenir leurs objectifs. Nous devons montrer que ce que nous demandons est éthiquement supérieur à eux, comme l’a dit la dissidente birmane Aung San Suu Kyi. Le mouvement civique iranien peut prouver, par des actions telles que celle-ci, que la résistance continue. » Quand je lui ai demandé ce que serait la réaction de sa famille en le voyant la tête rasée, il a répondu : « Je l’ai déjà fait une fois quand j’étais à la section 209 d’Evine, alors je ne m’inquiète pas, ils m’ont déjà vu comme ça avant. »



Saïd Razavi-Faghih est le dernier que j’ai interrogé sur ses raisons de se raser la tête. « La principale raison était de montrer ma solidarité avec mes amis de la section 350 qui ont été attaqués et violentés. C’est un acte symbolique de solidarité. Bien sûr, cela ne réduira pas la souffrance de ces prisonniers mais cela ne nous impose pas une grande souffrance non plus. Mais c’est un acte important de solidarité. » Sur la solidarité des personnes extérieures à la prison, il a dit que même si cet acte n’a pas de signification abstraite, il aura un effet social positif. « Je crois que beaucoup d’idéologies, religieuses ou non, ont pu survivre grâce à la solidarité de leurs membres et sympathisants. Les danses de groupe, les rituels des différentes minorités sont des exemples de ces actions unificatrices. » Quand je lui ai demandé ce qu’il aurait attendu s’il avait été parmi les prisonniers de la section 350 que l’on a rasé de force, il m’a répondu : « La moindre des choses est la solidarité. Si l’on n’en est pas capable, au moins, il ne faut pas rester indifférent parce que l’une des plus importantes caractéristiques humaines est de ressentir de la sympathie, de l’empathie avec les autres, et même avec les animaux et la nature. »

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/may/11/article/interviews-and-reports-from-inside-rajaishahr-prison-in-karaj.html?utm_content=buffera313f&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

dimanche 27 avril 2014

Sept détenus de Redjaï-Shahr annoncent leur grève de la faim

Sept détenus de Redjaï Shahr ont commencé une grève de la faim mercredi 23 avril pour protester l’attaque violente contre les prisonniers de la section 350 d’Evine :

Noble peuple d’Iran,

La révolution de 1979 n’était pas un évènement isolé mais un long processus répondant aux demandes et aux besoins du peuple d’Iran. Partant d’une monarchie constitutionnelle, les slogans n’étaient pas un hasard : liberté et justice, le but était le droit du peuple à la souveraineté sur son propre futur. Malheureusement, les années qui ont suivi la victoire de la révolution, les autorités du pays ont, à de multiples reprises, violé les principes enchâssés dans la constitution et relatifs aux droits sociaux du peuple. La justice n’a non seulement pas réussi à être responsable, mais, très souvent, l’institution en elle-même a violé la loi.

Attaquer des prisonniers politiques, les contraindre physiquement et psychologiquement ainsi que leurs familles, cela n’est malheureusement pas la première fois que cela se produit. La maltraitance des prisonniers politiques par les autorités judiciaires est devenue acceptable et les actions criminelles des personnels de sécurité des prisons sont devenues une habitude. Quel dommage que les officiels du régime ne tirent pas la leçon des conséquences de leurs actes : les résultats à court terme produisent des pertes à long terme.

Dans le passé, il n’y a pas eu d’enquête équitable sur les agissements immoraux et illégaux, encore moins de châtiment : les meurtres de Zahra Kazemi, Zahra Bani-Yaghoub, Hoda Saber, Sattar Beheshti ou la tragédie amère des crimes et maltraitances qui se sont passés au centre de détention de Kahrizak, et aucune enquête. Les autorités judiciaires sont devenues plus dures et rigides dans leurs relations avec les prisonniers de conscience et les prisonniers politiques, élargissant le fossé séparant le régime du peuple.

Dans ces conditions, les évènements du Jeudi Noir ont ouvert de nouvelles blessures pour le peuple d’Iran, amoureux de la démocratie et en recherche de liberté. 

Une semaine après les évènements douloureux et inhumains qui ont eu lieu dans la section 350 d’Evine, bastonnades vicieuses ayant causé des blessures terribles aux prisonniers, transfert par la force à l’isolement, aucune autorité judiciaire, administrative ou sécuritaire n’a eu une conduire responsable. Ils ont nié leur responsabilité en fabriquant des mensonges diffusés dans les médias officiels dont la télévision d’état Seda o Sima.

Le chef du Bureau des Prisons qui est officiellement le responsable, a purement et simplement nié les faits, et il a aussi ajouté l’insulte aux blessures en ridiculisant les détenus. Le silence éloquent et le manque de réaction des ministères de la justice et du renseignement est inexplicable et suspect. Il semblerait que ces messieurs aient oublié que le vote de la nation en juin 2013 était « non » aux mensonges, à l’illégalité, à la corruption et à l’incompétence et « oui » aux demandes du Mouvement Vert d’Iran.

Alors nous, prisonniers de conscience et prisonniers politiques de la section 12 de la prison de Redjaï Shahr, en union avec nos amis de la section 350 de la prison d’Evine, avons commencé une grève de la faim le mercredi 23 avril pour protester contre la conduite illégale des institutions judiciaire et sécuritaire et les agissements inconscients des responsables.

Djafar Shahin Eghdami
Reza Entessari
Massoud Bastani
Saïd Razavi Faghih
Mehdi Mahmoudian
Saïd Madani
Mostafa Nili

Prison de Radjaï Shahr 

Source: http://www.kaleme.com/1393/02/04/klm-181991/

dimanche 26 mai 2013

Nouvelle vague de convocations, de retour de prisonniers en prison et d’exécutions- Fereshteh Ghazi – 20 mai 2013

A moins de quatre mois de l’élection, l’Iran voit une nouvelle vague de convocations au ministère du renseignement pour les militants civiques et politiques, de non-reconductions des mesures de libertés provisoires et de rappel en masse de ces prisonniers. De plus, deux prisonniers politiques, que le procureur de Téhéran a traité d’espions du Mossad et de la CIA, ont été exécutés la semaine dernière.

Certains espéraient que la lourde atmosphère politique s’allègerait un peu à l’approche de l’élection, alors qu’en fait on a resserré les boulons pour les militants politiques et civiques. Le procureur de Téhéran a ouvertement déclaré aux prisonniers qui bénéficiaient d’une permission qu’ils devaient rentrer en cellule à cause des élections. Nombre de journalistes, de militants politiques et civiques ont été convoqués au ministère du renseignement et ont dû répondre par écrit à des interrogatoires. On leur demande plus spécialement de parler de leurs contacts avec les bureaux de campagne de certains candidats aux présidentielles, dont Hashemi Rafsandjani. Parmi ceux qui ont été convoqués, Fatemeh Mahdiani, rédactrice en chef de l’agence de presse spécialisée dans le monde du travail ILNA. Elle a maintenant été convoquée par l’administration de la prison d’Evine.

Bahareh Hedayat, militante étudiante s’est vue refuser l’extension de sa liberté provisoire et on lui a demandé de rentrer en prison immédiatement. Ahmad Zeidabadi, Massoud Bastani, Bahman Ahmadi Amouï, Mehdi Mahmoudian, Hossein Ronaghi Maleki, Jila Karamzadeh Makvandi, Shiva Nazar-Ahari et Behnam Ebrahimzadeh font partie des prisonniers dont on a refusé d’étendre la liberté provisoire et à qui on a dit de revenir en prison avant mardi.

Mardi, c’est le jour où le conseil des gardiens annoncera sa décision sur le groupe final des candidats à l’élection présidentielle.

Certains prisonniers ne s’attendaient pas à être rappelés en prison. Ahmad Zeidabadi par exemple était en plein traitement médical pour ses yeux, traitement qu’il a dû suspendre à cause de son retour en prison avant le jour des élections. Un autre prisonnier politique, Hossein Ronaghi-Maleki, bloggeur et militant des droits humains était également sous traitement médical quand il a été rappelé, comme l’explique sa mère. Elle ajoute que son fils ne participait absolument pas aux élections à venir et pourtant, on lui a demandé de stopper son traitement médical et de revenir en prison.

Behnam Ebrahimzadeh, prisonnier politique et militant des droits des enfants a aussi été rappelé en prison alors qu’il soigne son fils de 13 ans qui souffre d’un cancer. Il avait pourtant déclaré qu’il ne portait aucun intérêt aux élections à venir. Son fils Nima était sous chimiothérapie

Hier, le bureau du procureur de Téhéran a annoncé que Mohammad Heidari et Kourosh Ahmadi espionnaient pour le compte d’Israël et de la CIA et qu’ils avaient donc été exécutés. Le bureau a annoncé que Heidari avait, à de nombreuses reprises, fourni des informations secrète sur la sécurité à des agents du Mossad en dehors d’Iran et qu’il avait été payé pour ça. D’autre part ils ont dit qu’Ahmadi était en contact avec des agents de la CIA pour lesquels il rassemblait des informations sur divers sujets pour les remettre à l’agence américaine. 

Ahmadi avait la nationalité suisse. L’un de ses anciens camarades de cellules a dit à Rooz que, lorsqu’il avait demandé aux autorités pourquoi on ne publiait pas son dossier, elles lui auraient répondu que c’était en raison de sa nationalité étrangère et que si l’ambassade de Suisse avait vent de son dossier, elle s’en inquièterait. On lui a dit que si cela arrivait, il serait exécuté pour le dissuader de contacter qui que ce soit, même les membres de sa famille. D’après ce camarade de cellule, Ahmadi était un homme d’affaires de 40-42 ans qui avait vendu des missiles et des engins de télécommunication qui était venu en Iran pour y ouvrir un bureau.

Les médias n’ont connu les noms de ces deux personnes qu’après leur exécutions.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2013/may/20/article/new-wave-of-summons-return-of-prisoners-to-prison-and-executions.html

lundi 1 août 2011

Les Mères du parc Laleh (Mères en deuil d’Iran) exigent une enquête immédiate sur la terrible situation des prisons iraniennes


Aucun humain épris de liberté ne peut se taire en entendant les terribles nouvelles qui sortent de temps en temps des prisons iraniennes . Ces nouvelles racontent l’histoire d’une catastrophe humaine massive qui se passe quotidiennement dans toutes les prisons du pays, qu’elles soient grandes ou petites, célèbres ou inconnues.

D’après les prisonniers, des simulacres d’exécution, les viols, les ongles arrachés, les têtes de prisonniers enfoncées dans la cuvette des toilettes, les attaques de chiens méchants, la torture de membres proches de la famille, la prise forcée de neuroleptiques jusqu’à être réduits à l’état de légume, les longs interrogatoires, nus, les humiliations sexuelles, les flagellations, la privation de sommeil, l’enfermement dans une petite cage, les longues détentions à l’isolement, les menaces et les mensonges, voilà les tortures les plus communes dans les prisons de la république islamique. Mais torturer les prisonniers pour leur extorquer de faux aveux ne constitue qu’une partie de leurs crimes et  ce que l’on fait quotidiennement subir aux prisonniers politiques ou de droit commun, jeunes ou vieux, hommes ou femmes est horrible et inhumain.

Certaines des lettres que les prisonniers ont réussi à faire sortir décrivent la catastrophe en cours dans les prisons. En écrivant ces lettres, les prisonniers risquent leurs vies avec l’espoir qu’au dehors, quelques personnes les entendent et venir à leur secours.

La deuxième de ces terrifiantes lettres provient du journaliste emprisonné Mehdi Mahmoudian qui est toujours torturé pour avoir fait sortir une première lettres révélant les crimes commis à la prison de Kahrizak. A cause de cette seconde lettre, il a été transféré à l’isolement et a du être hospitalisé suite à une grève de la faim et de la soif. Kahrizak est cette prison célèbre où des manifestants arrêtés lors de l’été 2009 ont perdu la vie peu de temps après leur arrestation. Le régime a bien essayé de réparer les dégâts en la fermant temporairement et en jugeant certains de ses petits chefs à huis clos, mais des crimes plus grands encore ont encore lieu dans les prisons ; les prisonniers meurent à petit feu.

Dans sa deuxième lettre écrite de la prison de Redjaï-Shahr, Mehdi Mahmoudian révèle la terrible situation et parle des tortures sauvages qu’ont y pratique. Les gangs de trafiquants de drogue qui y sévissent, le grand nombre de drogués, les viols et le commerce d’êtres humains et les échanges sexe contre drogue ont causé une épidémie de sida et d’hépatite.

Seyed Zia Nabavi, ancien étudiant, qui purge actuellement une peine de 10 ans à la prison Karoun d’Ahvaz, relate la situation terrible de cette prison. Le nombre de prisonniers est trois fois la capacité nominale de la prison et un tiers d’entre eux sont contraints de dormir par terre, un tiers dort dans une petite cour, s’abritant dans les toilettes quand il pleut. Malheureusement, après chaque averse un peu forte, les égouts se déversent dans la cour et les prisonniers n’ont d’autre choix que de supporter l’odeur pestilentielle, de manger, de dormir, de « vivre » parmi les cafards et les rats. A l’heure de la promenade, il y a trois prisonniers marchant et fumant par mètre carré. « Au-dessus de la cour se trouve un treillis qui limite l’arrivée d’air frais et ajoute encore à la touffeur extrême des étés d’Ahvaz, ce qui non seulement prive les prisonniers de la joie de voir le ciel mais les transforme aussi en animaux en cage. »

Une autre lettre révélatrice a été écrite par neuf prisonnières récemment transférées à la prison de Gharchak dans la banlieue de Varamine ; elle nous raconte les horribles conditions de cette prison. Bien qu’elles aient toutes été transférées de nouveau dans d’autres prisons depuis, il est douloureux de savoir que d’autres femmes et jeunes filles souffrent dans cette prison.

Le nombre de détenues excède plusieurs fois la capacité de cet ancien élevage de poulets. Elles souffrent non seulement du manque d’hygiène et de ventilation mais aussi de la faim, de l’insécurité, on les punit en les battant avec des matraques et en leur arrachnat les ongles.

Extraits de cette lettre :
« La prison Ghartchak de Varamine comporte sept cellules dont chacune a une capacité de quelques dizaines de prisonnières mais qui en abritent chacune 200. Le manque de ventilation ainsi que les odeurs de gaz provenant des égouts ont causé des problèmes respiratoires à beaucoup de prisonnières. Il y a deux salles d’eau et deux toilettes pour plus de 200 prisonnières. En raison de ces restrictions, beaucoup de prisonnières utilisent l’espace entre les bâtiments pour se laver. N’ayant pas d’autre point d’eau, les prisonnières sont obligées d’utiliser les robinets des toilettes pour faire leur vaisselle et leur lessive. Trois repas quotidiens sont censés être servis à la cantine mais en raison du manque de nourriture, plusieurs prisonnières ne les ont pas eu la semaine dernière. Chaque repas consiste en deux tranches de pain rassis et une pomme de terre ou une petite portion de pâtes. Et l’on voit les résultats de la malnutrition surtout qu’il y a beaucoup de prisonnières mineures. En raison du manque de nourriture, les combats sont permanents et on appelle la cantine la « pièce où l’on se bat ».

Nous avons de temps en temps des nouvelles des prisons de Shiraz et elles sont inquiétantes. Par exemple, les rapports sur la mort suspecte du militant politique Réza Mohammadi. A la famille, qui n’avait pas eu de nouvelles depuis longtemps, on a annoncé que la cause de la mort était « un chute sur le sol des toilettes ».  Non seulement on n’a pas rendu le corps à sa famille en dépit de ses demandes répétées, mais on l’a intimidée, les services du renseignement allant jusqu’à arrêter son frère pour l’empêcher de répandre la nouvelle de sa mort.

De la prison de Sanandadj, au Kurdistan, nous entendons que le ministère du renseignement et les gardiens de la révolution humilient et mettent les prisonniers sous pression pendant les interrogatoires, leur rendant la vie insupportable. Les gardiens attaquent les prisonniers politiques, les battant et détruisant ou emportant le peu qu’ils possèdent.

Les nouvelles de la prison Vakil Abad de Mashhad nous parlent non seulement d’exécutions de masse mais aussi de conditions généralement inhumaines. Seyed Hashem Khastar, représentant des enseignants au conseil des éducateurs et qui y est détenu, a écrit au responsable national de la justice ; dans cette lettre il dévoile quelques détails sur la prison : les prisonniers, quatre fois la capacité nominale de la prison, se voient refuser leurs droits les plus fondamentaux et il compare la prison aux « camps de la mort d’Hitler ».

En général, la surpopulation, la non ségrégation des prisonniers en fonction de leurs prétendus crimes, l’insécurité, le manque criant d’installations sanitaires et d’accès aux soins médicaux, le manque ou l’interdiction des mass media comme les journaux ou la radio, les droits d’appels téléphoniques et de visite, indiquent non seulement le mépris des règlements des prisons, mais aussi le mépris des droits humains en prison, ce qui n’est qu’une petite partie du plus vaste problème des violations des droits humains en ce pays.

Comment se taire lorsque nous voyons de nos yeux les meilleurs de nos enfants souffrir d’une telle situation ? Face à cette situation, il ne s’agit plus seulement d’exiger la libération de tous les prisonniers politiques. Ce qui se passe dans les prisons de la république islamique est contraire à la dignité humaine et s’est le devoir de toute personne éprise de justice de se soulever contre cette situation.

Les Mères du Parc Laleh (Mères en Deuil) et leurs sympathisants, en plus de souligner leur juste demande de libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques, demandent que jusqu’à ce que cela advienne, leur sécurité et leur bien-être soient garantis, que tous leurs droits, ainsi que ceux des prisonniers de droit commun, soient respectés en accord avec les règlements des prisons et que les prisons qui ne répondent pas aux normes internationales soient fermées. Luttant main dans la main avec les familles des prisonniers politiques, nous demandons à tous ceux épris de liberté et aux organisations internationales de défense des droits humains de soutenir nos exigences et d’obliger la république islamique d’Iran à se conformer aux lois internationales vis-à-vis de ses citoyens.

Nous exigeons la fermeture immédiate de toutes les prisons illégales et non enregistrées, l’accès à l’hygiène et aux soins médicaux (en particulier pour les femmes et leurs enfants), la séparation des prisonniers en fonction de leurs crimes et enfin le respect des droits fondamentaux des prisonniers, qu’ils soient politiques ou de droit commun.


Source: http://www.madaraneparklale.org/2011/05/mothers-of-laleh-park-mourning-mothers.html

vendredi 29 avril 2011

Grève de la faim à Radjaï-Shahr


Les prisonniers politiques de la prison de Radjaï Shahr entrent dans leur deuxième semaine de grève de la faim.

Lundi 25 avril 2011 - Daneshjoo News rapporte que la grève de la faim menée par un certain nombre de prisonniers politiques de la prison de Radjaï Shahr pour protester contre le régime autoritaire et la situation terrible de la prison, vient d’entrer dans sa deuxième semaine ; les prisonniers annoncent qu’ils ont l’intention de continuer leur manifestation pacifique « Non à la dictature ».

La semaine dernière, dans une lettre ouverte au secrétaire general de l’ONU Ban Ki Moon, les prisonniers de Rajaï Shahr répètent leur intention de continuer à manifester en prison et en appellent au secrétaire général de l’ONU pour qu’il envoie un rapporteur spécial en Iran pour inspecter la situation des prisonniers et enquêter sur les violations des droits humains. Extrait de cette lettre : 

« Suite à l’expérience acquise lors de la grève de la faim du dimanche10 avril, nous soussignés, prisonniers politiques et militants civiques et politiques, avons décidé de faire la grève de la faim une journée le dimanche 17 avril pour la première semaine, deux jours lors de la seconde semaine, dimanche 24 avril et lundi 25 avril et trois jours lors de la troisième semaine dimanche 1er mai, lundi 2 mai et mardi 3 mai en l’honneur des journées internationales des travailleurs, des enseignants et de la liberté de la presse, en solidarité avec les travailleurs, les enseignants et les journalistes, et pour protester contre l’oppression et toutes les pressions dont ils sont l’objet. »

Les prisonniers politiques de Radjaï-Shahr sont dans une situation terrible et continuent à être privés d’appels téléphoniques. « Si le régime actuel n’arrête pas son autoritarisme et continue de refuser la mise en œuvre des dispositions légales basées sur la Déclaration Universelle des Droits Humains, ce mouvement de protestation reprendra le dimanche 22 mai sous la forme d’une grève de la faim illimitée, jusqu’à ce que nos exigences soient entendues. »

Mansour Ossanlou, dirigeant syndicaliste, Rassoul Badaghi de l’association des enseignants, Madjid Tavakoli, militant étudiant, Issa Saharkhiz, journaliste, Heshmatollah Tabarzadi, Keyvan Samimi et Mehdi Mahmoudian, trois militants politiques sont parmi les signataires de la lettre au Secrétaire Général de l’ONU.

Source: Daneshjoo News - http://www.daneshjoonews.com/news/humanrights/6996-1390-02-05-15-31-55.html